COURSES AU LARGE Les courses au large, et à travers elles les exploits des aventuriers des mers bravant les éléments en solitaire ou en équipage, véhiculent du rêve et fascinent irrésistiblement. En 1960, le navigateur britannique Francis Chichester inaugure la Transat anglaise, la première course transatlantique en solitaire, jugée être une folie. Éric Tabarly en remportera la victoire quatre ans plus tard : une légende est née. En 2021 , le skipper français Yannick Bestaven gagne le Vendée Globe. Cette édition très remarquée par la participation historique de six femmes, et de nombreux bateaux équipés de foils, aura été riche en péripéties et s’inscrit déjà dans l’histoire. Entre ces deux dates s’est écrit un récit au long cours, empreint de victoires exceptionnelles, de tragédies, de performances et d’émotions puissantes. Ce beau livre illustré retrace l’épopée de 50 courses et records mythiques qui ont marqué l’histoire de la voile et de la navigation. Il y est question des grandes épreuves, de celles qui frappèrent les esprits, mais aussi et surtout de prouesses humaines, sportives et techniques. Au-delà de sa richesse narrative et iconographique, il propose également les témoignages de navigatrices et navigateurs qui sont étroitement associés à ces aventures légendaires.
Olivier Bourbon est journaliste dans l’univers de la mer, de la voile et des grands événements de course au large depuis 2009. Il collabore notamment au magazine Voiles et Voiliers. Il vit à Saint-Malo où il s’adonne à sa passion des activités nautiques.
www.vagnon.fr
50courses_CV.indd 2-5,7
MDS : VA00324
Préface de Clarisse Crémer
Olivier Bourbon
COURSES AU LARGE 50 AVENTURES LÉGENDAIRES
32,95 € TTC
Avec les témoignages de Isabelle Autissier, Franck Cammas, Catherine Chabaud, Samantha Davies, Michel Desjoyeaux, François Gabart, Francis Joyon, Jean Le Cam, Armel Le Cléac’h et Loïck Peyron.
COURSES AU LARGE
50 AVENTURES LÉGENDAIRES
50 AVENTURES LÉGENDAIRES
Olivier Bourbon
31/08/2021 09:08
INTRODUCTION
Ce livre est né d’une passion, d’une fascination. Pour la mer, pour l’océan, pour la navigation. Enfant puis adolescent, je suivais les courses au large avec une admiration sans bornes envers ces femmes et ces hommes qui partaient à l’aventure, en quête de compétition et d’émotion. Adulte, cette passion est devenue un métier, journaliste, et le rêve de côtoyer ces marins est devenu réalité. Après une douzaine d’années à travailler dans la presse nautique et à suivre les grandes épreuves, le moment était venu de prendre un peu de recul, de se plonger dans le passé de la voile océanique pour mieux comprendre son présent, et appréhender son avenir. Quand l’opportunité de rédiger l’ouvrage que vous tenez entre les mains s’est présentée, j’ai accepté sans hésiter, plein d’entrain mais bien conscient de la complexité de la tâche. Difficile exercice, en effet, dans la longue et riche histoire de la course au large, de ne retenir que cinquante événements marquants. Il a fallu faire des choix, parfois difficiles, et cet ouvrage ne prétend pas à l’exhaustivité. Il m’est rapidement apparu indispensable d’intégrer les grands records. Comme les courses, ils permettent de raconter des aventures humaines hors norme et d’illustrer les impressionnants progrès technologiques, engendrant des gains en performance considérables. Ce livre débute par la Transat anglaise 1960, et s’achève par le Vendée Globe 2020-2021. Il retrace donc soixante ans de course au large. Dans les premiers textes, vous lirez les incroyables périples de pionniers traversant l’océan Atlantique en quarante jours ou bouclant un tour du monde en plus de trois cents jours, avec des bateaux sur lesquels il paraîtrait aujourd’hui bien improbable de se lancer de tels défis. En vous approchant de la fin de l’ouvrage, l’Atlantique sera avalé en moins de quatre jours, et le tour du monde en quarante jours, à bord de machines hyper pointues et complexes.
50_COURSES_mep_V12.indd 4
31/08/2021 08:54
Outre les récits de ces cinquante aventures légendaires, j’ai souhaité donner la parole à certains de leurs grands acteurs qui nous livrent des témoignages inédits, toujours passionnants, parfois terrifiants. Je tiens à remercier pour leur disponibilité et leur enthousiasme Loïck Peyron, Isabelle Autissier, Catherine Chabaud, Michel Desjoyeaux, Samantha Davies, Franck Cammas, Armel Le Cléac’h, François Gabart, Francis Joyon et Jean Le Cam (par ordre d’apparition dans l’ouvrage). À ce casting de choix s’ajoute Clarisse Crémer, que je remercie également pour la rédaction de sa jolie préface. Navigatrice en solitaire la plus rapide autour du monde en monocoque, à l’occasion du Vendée Globe 2020-2021 (bouclé en 87 jours et 2 heures), Clarisse incarne, par son talent et par sa jeunesse, l’avenir de la course au large. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce livre que j’en ai eu à l’écrire. Il s’adresse à tous les publics, des spécialistes désireux de se remémorer des souvenirs forts aux novices souhaitant découvrir des histoires marquantes, qui vont souvent bien au-delà de la navigation pure. Bonne lecture !
50_COURSES_mep_V12.indd 5
31/08/2021 08:54
DE 1960 À 2021 : 50 AVENTURES LÉGENDAIRES
DES PIONNIERS CONCRÉTISENT UNE IDÉE FOLLE
UNE TRANSATLANTIQUE DÉJÀ MYTHIQUE 36 10
Route du Rhum 1978
12
LA COURSE AU LARGE LA PLUS TRAGIQUE DE L’HISTOIRE
Transat anglaise 1960
ÉRIC TABARLY FORGE SA LÉGENDE Transat anglaise 1964
UN DÉFI INÉDIT, TROIS DESTINS HORS DU COMMUN
Fastnet Race 1979
16
Golden Globe Challenge 1968-1969
ALAIN COLAS CHANGE DE DIMENSION
40
ÉRIC TABARLY BAT UN RECORD VIEUX DE 75 ANS
42
Record de l’Atlantique Nord 1980
22
Transat anglaise 1972
LIONEL PÉAN FAIT TRIOMPHER L’ESPRIT D’ÉQUIPE
44
Whitbread Round the World Race 1985-1986
UNE ÉPOPÉE DE SEPT MOIS EN ÉQUIPAGE 26 LOÏC CARADEC VICTIME DU GIGANTISME, 48 PHILIPPE POUPON IMPÉRIAL
Whitbread Round the World Race 1973-1974
TABARLY/COLAS UN DUEL DE GÉANTS
Route du Rhum 1986
30
Transat anglaise 1976
LA GENÈSE DU VENDÉE GLOBE L’ÉLOGE DE LA SOBRIÉTÉ
52
BOC Challenge 1986-1987
34
Mini-Transat 1977
50_COURSES_mep_V12.indd 6
31/08/2021 08:54
OLIVIER DE KERSAUSON, PLUS FORT QUE LES ALÉAS
54
Record du tour du monde en solitaire 1988-1989
AINSI NAQUIT LA LÉGENDE
80
Transat Jacques Vabre 1993
58
Vendée Globe Challenge 1989-1990
TÉMOIGNAGE DE LOÏCK PEYRON
EN SOLITAIRE POUR UNE GRANDE PREMIÈRE
63 SECONDES POUR L’ÉTERNITÉ
82
Transat AG2R 1994
62
CHRISTOPHE AUGUIN DOUBLE LA MISE
84
BOC Challenge 1994-1995
FLORENCE ARTHAUD, PREMIÈRE FEMME À REMPORTER UNE GRANDE COURSE EN SOLITAIRE
64
Route du Rhum 1990
TÉMOIGNAGE DE ISABELLE AUTISSIER
88
LE PLUS RUDE DES VENDÉE GLOBE
90
Vendée Globe 1996-1997
DES DRAMES ET DES EXPLOITS
68
Mini-Transat 1991
LE TRIOMPHE D’ALAIN GAUTIER
TÉMOIGNAGE DE CATHERINE CHABAUD 94 72
Vendée Globe 1992-1993
BRUNO PEYRON ET SON ÉQUIPAGE, PLUS RAPIDES QUE PHILEAS FOGG Trophée Jules Verne 1993
50_COURSES_mep_V12.indd 7
L’INTOUCHABLE LAURENT BOURGNON
96
Route du Rhum 1998
76
LA FLOTTE BALAYÉE PAR UNE TERRIBLE TEMPÊTE, SIX MARINS PÉRISSENT
100
Sydney-Hobart 1998
31/08/2021 08:54
LA MER EMPORTE PAUL VATINE
104
VINCENT RIOU, DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE 130
Transat Jacques Vabre 1999
Vendée Globe 2004-2005
LA RÉVÉLATION D’ELLEN, LA REVANCHE DE FRANCIS
L’ ASCENSION FULGURANTE D’ELLEN MACARTHUR
108
Transat anglaise 2000
MICHEL DESJOYEAUX EXCELLE, ELLEN MACARTHUR ÉMERVEILLE
134
Record du tour du monde en solitaire 2004-2005
LE TOUR DU MONDE EN 50 JOURS 110
138
Trophée Jules Verne 2005
Vendée Globe 2000-2001
FRANCIS JOYON DÉTRÔNE DAME ELLEN 142 TÉMOIGNAGE DE MICHEL DESJOYEAUX 114
Record du tour du monde en solitaire 2007-2008
« LA COURSE DU MILLÉNAIRE »
LE CHEF-D’ŒUVRE DE MICHEL DESJOYEAUX
116
The Race 2000-2001
146
Vendée Globe 2008-2009
L’HÉCATOMBE DES TRIMARANS ORMA
120
Route du Rhum 2002
TÉMOIGNAGE DE SAMANTHA DAVIES
150
ARMEL LE CLÉAC’H : 13 SECONDES POUR LANCER UNE CARRIÈRE
DE NEW YORK À L’EUROPE EN MOINS DE QUATRE JOURS
152
124
Solitaire du Figaro 2003
Record de l’Atlantique Nord / Record des 24 heures 2009
LE PERSÉVÉRANT VDH PULVÉRISE LE RECORD 126 DU TOUR DU MONDE « À L’ENVERS »
LE RETOUR DES GÉANTS, LE SACRE DE CAMMAS
Global Challenge 2003-2004
Route du Rhum 2010
50_COURSES_mep_V12.indd 8
154
31/08/2021 08:54
TÉMOIGNAGE DE FRANCK CAMMAS
158
L’ÉQUIPAGE DE FRANCK CAMMAS SIGNE L’UN DES PLUS GRANDS EXPLOITS 160 DE LA VOILE FRANÇAISE Volvo Ocean Race 2011-2012
THOMAS COVILLE, PREMIER SOLITAIRE À TRAVERSER L’ATLANTIQUE EN MOINS DE CINQ JOURS
186
Record de l’Atlantique Nord en solitaire 2017
FRANÇOIS GABART EN ÉTAT DE GRÂCE
188
Record du tour du monde en solitaire 2017
FRANÇOIS GABART REMPORTE UNE RÉGATE 164 PLANÉTAIRE DE 78 JOURS
TÉMOIGNAGE DE FRANÇOIS GABART
190
FRANCIS JOYON REMPORTE LE DUEL ULTIME
192
Vendée Globe 2012-2013
UNE ÉDITION ROCAMBOLESQUE
168
Mini-Transat 2013
Route du Rhum 2018
LOÏCK PEYRON, L’HOMME QUI TOMBE À PIC
TÉMOIGNAGE DE FRANCIS JOYON
196
172
Route du Rhum 2014
UNE CINQUANTIÈME SENSATIONNELLE 198 Solitaire du Figaro 2019
ARMEL LE CLÉAC’H ENFIN SACRÉ
176
Vendée Globe 2016-2017
TÉMOIGNAGE DE ARMEL LE CLÉAC’H
UNE NEUVIÈME ÉDITION DÉTONANTE 180
FRANCIS JOYON, MAÎTRE DU SOLITAIRE, 182 EXCELLE EN ÉQUIPAGE
202
Vendée Globe 2020-2021
TÉMOIGNAGE DE JEAN LE CAM
206
Trophée Jules Verne 2016-2017
50_COURSES_mep_V12.indd 9
31/08/2021 08:54
10
Course en solitaire
DES PIONNIERS CONCRÉTISENT UNE IDÉE FOLLE Transat anglaise
L’Ostar, également appelée « Transat anglaise », est la première course transatlantique en solitaire de l’histoire. En juin 1960, cinq hommes intrépides (quatre Britanniques, un Français) s’élancent de Plymouth pour tenter de rallier New York. Parmi eux, il y a Francis Chichester, un aviateur devenu marin.
1960
cas d’accident… Je me levai alors pour déclarer que si personne ne voulait s’en charger, nous étions prêts, Blondie [Hasler] et moi, à nous lancer tous deux à travers l’Atlantique pour une demi-couronne. » Hasler espère que la préparation d’une épreuve si ardue incitera les participants à se libérer de certaines routines désuètes de la navigation. Les marins
À la fin des années 1950, l’idée même d’une course à la
pourraient se concerter pour aboutir à des solutions
voile en solitaire est révolutionnaire. Alors que dire si
innovantes, voire révolutionnaires, tant au niveau des
cette épreuve se dispute sur l’Atlantique Nord et d’est en
équipements que de la tactique.
ouest, contre les vents dominants ? Pourtant, quelques marins britanniques, Francis Chichester et Blondie
Cinq pionniers s’élancent de Plymouth
Hasler en tête, sont déterminés à lancer cette épreuve.
Le journal The Observer se laisse convaincre et décide d’organiser en 1960 la course transatlantique en soli-
Une folie
taire, baptisée « Observer Single-Handed Trans-Atlantic
Chichester raconte dans son ouvrage Seul en course com-
Race » (Ostar). En France, l’épreuve est appelée plus
ment fut imaginée et lancée la première course transat-
simplement « Transat anglaise ». Le 11 juin 1960, quatre
lantique en solitaire, sous l’impulsion de Blondie Hasler :
marins britanniques hissent les voiles à Plymouth : les
« La plupart des brillants navigateurs de compétitions océa-
enthousiastes Francis Chichester et Blondie Hasler, bien
niques, habitués à courir avec des équipages expérimentés et tou-
sûr, mais aussi David Lewis et Valentine Howells. Arrivé
jours au complet, considéraient cette course en solitaire comme
en retard en Angleterre, le Français Jean Lacombe part
une folie et redoutaient les réactions de l’opinion publique, en
quelques jours plus tard, sur le plus petit voilier de la flotte (6,50 mètres). Navigant uniquement à l’aide de compas et de sextants, les marins n’ont alors que
1re édition
50_COURSES_mep_V12.indd 10
Plymouth-New York
3 000 milles
5 bateaux au départ
5 bateaux à l’arrivée
31/08/2021 08:54
Quatre des cinq concurrents de la première Transat anglaise avec de gauche à droite Francis Chichester, Blondie Hasler, Valentine Howells et David Lewis.
Sir Francis Chichester, le grand aviateur devenu grand marin
peu d’occasions d’envoyer des nouvelles à la terre.
À 59 ans, Francis Chichester entre dans la légende de la
Hasler et Lewis choisissent la route du nord, Howells
course au large, moins de dix ans après avoir découvert
et Lacombe, celle du sud. À bord de Gipsy Moth III,
la voile. Avant de s’adonner à cette nouvelle passion, il
Chichester choisit une voie médiane. Cette décision se
avait en effet excellé dans l’aviation. Il s’était notamment
paye par des conditions très difficiles : vents contraires,
engagé dans la Royal Air Force durant la Seconde Guerre
froid, brouillard. À chaque fois qu’il tente de faire
mondiale. Il se reconvertit dans la navigation à la voile à
route directe sur New York, le vent se met à souffler
l’âge de 50 ans et transpose ses connaissances acquises dans
pile dans l’axe de son bateau. Chichester explique
l’aviation. Sa victoire dans la première Transat anglaise
qu’une telle navigation revient à tenter d’atteindre
force le respect et précède d’autres exploits. À l’été 1966,
une porte avec un homme dressé sur son passage, un
il quittera Plymouth pour tenter un tour du monde par
tuyau d’arrosage pointé sur lui. Une image parlante
les trois caps, qu’il bouclera après 226 jours de mer.
pour celles et ceux qui ne connaissent pas la navigation.
Pour cette performance, le navigateur sera fait cheva-
Après 40 jours, 12 heures et 30 minutes de navigation,
lier commandeur de l’Ordre de l’empire britannique,
le marin britannique remporte la première Transat
et deviendra donc « Sir » Francis Chichester. La reine
anglaise. Deuxième : Hasler, 48 jours. Troisième : Lewis,
Elizabeth II utilisera pour l’anoblir une épée ayant appar-
56 jours. Quatrième : Howells, 63 jours. Lacombe ferme
tenu à Francis Drake, le premier Anglais à avoir réalisé
la marche le 23 août, après 74 jours de mer.
un tour du monde à la voile, quatre siècles auparavant.
1. Francis Chichester (Britannique) en 40 jours, 12 heures, 30 minutes
50_COURSES_mep_V12.indd 11
2. Blondie Hasler (Britannique)
3. David Lewis (Britannique)
31/08/2021 08:54
12
Course en solitaire
ÉRIC TABARLY FORGE SA LÉGENDE Transat anglaise Officier de marine de 32 ans, Éric Tabarly est encore un inconnu quand il prend, en mai 1964, le départ de la deuxième Transat anglaise, à bord de Pen Duick II. Au terme d’une traversée mouvementée, son statut va considérablement changer. Une légende est née, et la France se découvre une passion pour la course au large.
1964
dans laquelle il découvre l’annonce de la prochaine course transatlantique en solitaire organisée par les Britanniques. Passionné par les récits des participants à la première édition, en 1960, il considère que cette course représente la compétition la plus complète de la navigation à la voile. Le jeune homme est convaincu
La deuxième édition de l’Ostar, appelée Transat
qu’il doit se lancer. Reste à savoir avec quel bateau il
anglaise en France, est organisée en 1964, sur un par-
courra. Aucun voilier ne lui est plus cher que Pen Duick.
cours entre Plymouth (Angleterre) et Newport (États-
Pour remettre en état ce cotre de 1898 à l’allure inimi-
Unis). Quinze marins sont inscrits, pour la plupart bri-
table, Tabarly a consenti des années de sacrifice. Mais
tanniques. Gagnant de la première édition en 40 jours,
il sait que ce gréement ancien ne convient pas pour
Francis Chichester est favori. Mais la victoire va reve-
cette course à travers l’Atlantique, car un homme seul
nir à un marin français alors inconnu…
ne peut le maîtriser. Il lance donc la construction d’un ketch de 44 pieds (13,60 mètres), adapté au solitaire
Tabarly se lance dans l’aventure
et au parcours de la Transat anglaise. Il le nomme Pen
Officier de marine et passionné de course au large,
Duick II, tout simplement.
Éric Tabarly prend la décision de participer à la Transat anglaise un soir de juin 1962. Il lit une revue nautique
À Newport, à bord de Pen Duick II, Éric Tabarly vient d’apprendre qu’il a remporté la Transat anglaise de 1964.
2e édition
50_COURSES_mep_V12.indd 12
Plymouth-Newport
2 800 milles
14 bateaux au départ
14 bateaux à l’arrivée
31/08/2021 08:54
50_COURSES_mep_V12.indd 13
31/08/2021 08:54
14
Course en solitaire
Un sang-froid remarquable Pen Duick II est mis à l’eau très tardivement, le 5 avril, pour un départ de Plymouth prévu le 23 mai. Tabarly accoste dans le port anglais seulement cinq jours avant le coup d’envoi de la Transat. Il est en retard. Pen Duick II est loin d’être prêt. Bien que d’un tempérament peu
Premier sans le savoir
anxieux, Tabarly se fait du souci. Il travaille jusqu’à la
Le 18 juin 1964, quand Éric Tabarly arrive à Newport,
dernière minute pour être au point. Au moment de
il n’a pas la moindre idée de son classement. Les pre-
prendre le départ de sa première traversée de l’Atlan-
mières vedettes arrivent et lui apprennent la bonne
tique à la voile, il fait pourtant preuve d’un sang-froid
nouvelle : « You are the first! » Il n’a pas encore franchi
remarquable et affirme ne pas ressentir d’appréhension
la ligne que des journalistes lui demandent ses pre-
ni d’émotion particulière à l’idée d’affronter le grand
mières réactions. Un exercice qu’il n’apprécie pas for-
large. Dans le feu de l’action, pas le temps de se poser de
cément : « J’accorde, en pleine mer, les premières interviews
questions. Très solide mentalement, Tabarly n’a pas peur
de ma vie. Ces gens-là ne connaissent visiblement pas grand-
de la solitude. Il est d’attaque pour s’élancer comme s’il
chose à la voile et les questions qu’ils me posent m’atterrent.
partait en croisière.
[…] Ces premières retrouvailles avec mes congénères renforcent mon naturel peu loquace. » Tabarly remporte la
Ne jamais baisser les bras
Transat anglaise en 27 jours, 3 heures et 56 minutes,
La traversée de l’Atlantique d’Éric Tabarly, passion-
soit 13 jours de moins que Francis Chichester quatre
nante humainement et techniquement, mériterait un
ans auparavant. Le 22 juin, le Britannique termine
livre entier. Cet ouvrage existe, il a pour titre Victoire
deuxième et déclare que c’est un honneur d’avoir
en solitaire. Tabarly y raconte sa course en détail. Sa
été battu par un marin comme lui. Quel meilleur
mésaventure la plus marquante est la perte de son
hommage Tabarly pouvait-il recevoir ? Entre ces deux
pilote automatique, au bout d’une semaine de course.
grands marins, le respect est mutuel. Le modeste Éric
Il est persuadé que cette fortune de mer va lui coûter
Tabarly occupe la une des médias en France et devient
la victoire. Il est tenté d’abandonner mais, le décou-
un héros national. Le général de Gaulle le fait che-
ragement passé, il se reprend. Il lui semble inconce-
valier de la Légion d’honneur. Tabarly devrait être
vable de renoncer. Baisser les bras sous prétexte qu’il
éreinté par sa traversée et les sollicitations qui s’en-
pense ne plus pouvoir gagner serait incompatible avec
suivent, mais ce n’est pas le cas. La course qu’il vient
l’esprit du sport. Il doit terminer, à n’importe quelle
de gagner correspond en tout point à l’existence qu’il
place. Faute de pilote, Tabarly doit barrer plus sou-
souhaite mener. « Faire ce que l’on aime décuple la résis-
vent que prévu et il imagine un système pour pouvoir
tance », explique-t-il. Une belle leçon de vie.
grappiller de rares heures de sommeil. Ne parvenant pas à établir une liaison radio avec l’organisation de la course, il ignore tout des positions de ses concurrents. Se pose alors une question lancinante : « Où sont les autres ? » Éric Tabarly, assailli par les journalistes et les photographes après sa victoire.
1. Éric Tabarly (Français) en 27 jours, 3 heures, 56 minutes
50_COURSES_mep_V12.indd 14
2. Francis Chichester (Britannique)
3. Valentine Howells (Britannique)
31/08/2021 08:54
Course en solitaire
50_COURSES_mep_V12.indd 15
15
31/08/2021 08:54
52
Course en solitaire
LA GENÈSE DU VENDÉE GLOBE BOC Challenge Quatre étapes sont au programme de la deuxième édition du BOC Challenge, la course autour du monde en solitaire avec escales, au départ et à l’arrivée de Newport. À Sydney, Philippe Jeantot et d’autres concurrents imaginent les contours de ce qui deviendra le Vendée Globe.
1986-1987
Rio et Newport. Vingt-cinq concurrents sont au départ, dont beaucoup engagés sur des bateaux spécialement conçus pour la course et bien préparés. La confrontation s’annonce relevée. Philippe Jeantot remet son titre en jeu à bord de son nouveau monocoque, Crédit
Agricole III. Les Français sont bien représentés avec égaLe tout premier BOC Challenge, en 1982-1983, avait
lement Titouan Lamazou, Jean-Luc Van Den Heede,
réuni 17 concurrents. Philippe Jeantot, un marin
Jean-Yves Terlain, Guy Bernardin…
inconnu du public, avait largement dominé l’épreuve, remportant les quatre étapes, après 159 jours de navi-
Philippe Jeantot double la mise
gation autour du monde.
C’est un navigateur sud-africain, John Martin, qui remporte la première étape à Cape Town, devant Philippe
Un parcours inchangé, un plateau étoffé
Jeantot. Comme on pouvait s’y attendre, le deuxième
La deuxième édition du BOC Challenge se tient quatre
acte vers Sydney est difficile et marqué par la dispari-
ans après la première, en 1986-1987. Le parcours reste
tion de Jacques de Roux, dont le bateau est retrouvé
identique. La première étape mène les solitaires de
vide. Titouan Lamazou l’emporte seulement quatre
Newport (États-Unis) à Cape Town (Afrique du Sud).
heures devant Philippe Jeantot qui prend la tête au clas-
Ils affrontent ensuite l’océan Indien pour rallier Sydney
sement général et confirme sa domination en gagnant
(Australie), avant de se mesurer au Pacifique et de pas-
la troisième étape au Brésil. Jeantot est en position très
ser le cap Horn pour atteindre Rio de Janeiro (Brésil).
favorable pour le dernier parcours vers Newport mais
Enfin, la quatrième et dernière étape se dispute entre
il se fait une frayeur. Le mât de Crédit Agricole III risquant de céder, il doit impérativement faire une escale technique à Recife (Brésil). Il termine quatrième de
2e édition
Newport-Cape Town – Cape Town-Sydney – Sydney-Rio de Janeiro – Rio de Janeiro-Newport
50_COURSES_mep_V12.indd 52
25 bateaux au départ
31/08/2021 08:55
Course en solitaire
53
Transformer le rêve en réalité Retour en arrière. Nous sommes à Sydney, à l’issue de la deuxième étape du BOC Challenge. Philippe Jeantot, Guy l’étape et gagne au classement général après 134 jours
Bernardin et le Sud-Africain Bertie Reed font le constat
de course, soit 25 jours de moins que lors de sa pre-
suivant : les escales du BOC sont trop longues et cassent
mière victoire. Titouan Lamazou (137 jours) et Jean-
le rythme de la course. Jeantot détaille : « Comme le décrit
Yves Terlain (146 jours) complètent le podium. Le
Bernard Moitessier dans son ouvrage La Longue Route, la
retour de Philippe Jeantot dans son port d’attache
communion avec la mer va crescendo au fur et à mesure que
des Sables-d’Olonne est triomphal. Le marin a de la
le temps passe. On entre en symbiose, on quitte le rythme ter-
suite dans les idées et déclare aux journalistes présents
rien. À chaque escale, d’un seul coup, tout s’arrête. Tout cet
qu’il étudie une autre course, le tour du monde en
acquis accumulé sur le bateau disparaît. C’est pourquoi nous
solitaire sans escale et sans assistance, avec un départ
avons imaginé le tour du monde en solitaire, sans assistance
des Sables-d’Olonne. En effet, cette idée un peu folle
et sans escale, dans l’esprit du Golden Globe. » L’idée aurait
avait été évoquée par Philippe Jeantot et deux autres
pu rester au stade de l’utopie mais c’était sans compter
concurrents lors d’une escale…
sur la volonté farouche de Philippe Jeantot qui transforme le rêve en réalité. Le 26 novembre 1989 est donné le départ du « Vendée Globe Challenge ».
Philippe Jeantot, à bord du monocoque Crédit Agricole III, remporte pour la deuxième fois le BOC Challenge.
1. Philippe Jeantot (Français) en 134 jours
50_COURSES_mep_V12.indd 53
2. Titouan Lamazou (Français)
3. Jean-Yves Terlain (Français)
31/08/2021 08:55
Témoignage
62
Vendée Globe 1989-1990
« CE N’ÉTAIT PAS DE LA FOLIE, JUSTE UNE AVENTURE » Loïck Peyron « Le marin choisit sa souffrance, c’est un luxe extraordinaire Nous partons dans l’inconnu. Des marins ont déjà fait le tour du monde à la voile mais c’est la première fois qu’il y a une vraie ligne de départ commune pour tout le monde. Parmi les 13 engagés, seulement quelques-uns ont déjà franchi l’équateur et bouclé un tour du monde, mais jamais en solitaire et sans escale. Les journalistes estiment que nous allons revenir fous après des mois seuls en mer. C’est un fantasme de terrien de croire cela. Ce n’est pas de la folie, juste une aventure. Le marin choisit sa souffrance, c’est un luxe extraordinaire.
Je pars avec le tout premier Macintosh portable, qui pèse six kilos J’ai 29 ans et j’ai traversé l’Atlantique une bonne quinzaine de fois. J’ai déjà du métier. Le Vendée Globe me tente car j’aime les premières. Je m’engage avec un petit budget, à bord d’un bateau pas tout jeune, sur lequel Titouan Lamazou a terminé deuxième du BOC Challenge 1986-1987, derrière Philippe Jeantot. À l’époque, les moyens de communication sont encore
Loïck Peyron était l’un des 13 pionniers au départ du premier Vendée Globe. Il se remémore des moments très forts.
50_COURSES_mep_V12.indd 62
limités mais je pars avec le tout premier Macintosh portable, qui pèse six kilos, doté d’un tout petit écran noir et blanc et d’un logiciel de navigation. Je suis au
31/08/2021 08:55
top de la technologie [rires] ! Cet ordinateur est un
aller plus doucement. Les premiers signes annonciateurs
collector que j’ai gardé.
de ces mers hostiles, ce sont les oiseaux, les albatros.
Témoignage
63
Puis il y a cette longue houle qui ne s’arrête jamais. Au
L’Atlantique, c’est un peu notre jardin
large des Kerguelen, j’apprends la naissance de mon
Je suis déjà conscient que le meilleur moyen de gagner
premier enfant. À la radio crachotante, j’entends ses pre-
une course, c’est de la finir. Je vais donc devoir trou-
miers pleurs. Nous appelons notre fille Marie-Kerguelen.
ver le bon compromis entre attaque et préservation de leur départ et nous sommes les premiers à la bouée de
Les icebergs sont à la fois ma plus grosse angoisse et mon meilleur souvenir
dégagement. Les jeunes régatiers sont à l’attaque dès
Il n’y a aucune limite sud sur le parcours, nous avons une
les premières heures. L’Atlantique, c’est un peu notre
grande liberté pour jouer les casse-cou. Je me retrouve à
jardin. Les conditions peuvent être difficiles mais on
traverser des champs d’icebergs. J’en vois des dizaines,
connaît. Dans l’Atlantique Sud, je suis troisième der-
de jour comme de nuit. C’est à la fois très stressant et fas-
rière Titouan Lamazou et Philippe Poupon.
cinant. Les icebergs sont à la fois ma plus grosse angoisse
la machine. Avec Alain Gautier, nous prenons le meil-
et mon meilleur souvenir. Je vis le passage du cap Horn
Quand Philippe Poupon déclenche une balise de détresse, ce n’est pas une blague
comme une vraie délivrance. Juste après l’avoir franchi,
Au large de l’Afrique du Sud, Philou [Philippe Poupon]
nir dans un endroit civilisé. Je suis troisième, derrière
déclenche sa balise de détresse. Je suis le concurrent le
Titouan Lamazou et Jean-Luc Van Den Heede.
tout change, la mer se calme, on a l’impression de reve-
plus proche donc je me déroute pour rejoindre sa dertempête effroyable pendant 24 heures. Je ne sais pas du
C’est valorisant de sentir que nous apportons quelque chose aux gens qui nous suivent
tout à quoi m’attendre, mais quand Poupon déclenche
Dans l’Atlantique Sud, je rattrape Jean-Luc. Je tente un
une balise de détresse, ce n’est pas une blague… Je
coup sur la fin de parcours pour dépasser Titouan mais
découvre son bateau couché, la seule position que je n’ai
finalement je termine deuxième, à 24 heures du vain-
pas imaginée ! Philou est bien à bord, il a tout essayé
queur. J’arrive de jour, c’est magnifique, il y a beaucoup
pour redresser son bateau, sans succès. Je le tracte pour
de spectateurs pour m’accueillir. Cela surprend après
l’orienter différemment par rapport au vent et à la houle,
des mois passés coupé du monde. C’est valorisant de
et je lui suggère de couper le mât d’artimon [le mât le plus
sentir que nous apportons quelque chose aux gens qui
à l’arrière d’un voilier]. Le bateau se redresse enfin. Je
nous suivent, que nous leur faisons vivre des aventures
prends la peine de filmer cette scène pas banale. Je n’ai
par procuration. Il est prévu que Titouan descende les
aucun moyen de transmettre les images à terre. Au cap
Champs-Élysées pour fêter sa victoire. Il ne veut pas y
Horn, j’enverrai les cassettes dans des bidons étanches
aller seul. C’est ainsi que je me retrouve avec lui dans
à mes frères Stéphane et Bruno, venus me retrouver. Ce
une décapotable sur les Champs-Élysées. Un moment
seront les premières images visibles depuis la terre d’un
étonnant. Avant nous, un seul autre navigateur avait
bateau encore en mer.
eu cet honneur : Éric Tabarly. Ce Vendée Globe est un
nière position connue. Je me retrouve au près dans une
point de passage important dans ma carrière, il me per-
Philou me laisse aux portes de l’enfer
met de me faire connaître, de gagner en notoriété et
Philou me laisse aux portes de l’enfer. Voir le favori de
de convaincre des partenaires de continuer. Je change
la course dans cet état à l’entrée des mers du Sud me
très vite de sujet, j’ai déjà d’autres projets pour la sai-
calme un peu. La descente de l’Atlantique s’est faite en
son 1990. J’enchaîne avec la Solitaire du Figaro puis
mode attaque mais dans ce désert maritime, je vais y
la Route du Rhum en multicoque… »
50_COURSES_mep_V12.indd 63
31/08/2021 08:55
64
Course en solitaire
FLORENCE ARTHAUD, PREMIÈRE FEMME À REMPORTER UNE GRANDE COURSE EN SOLITAIRE Route du Rhum
Florence Arthaud déjoue les pronostics et décroche la victoire dans la Route du Rhum au terme d’une traversée épique. Victime de sérieux soucis techniques, à bout de forces, la charismatique navigatrice de 33 ans tient tête à une flotte d’hommes. Un sacre inspirant pour de nombreuses sportives.
1990
notamment participé aux trois premières éditions du Rhum (onzième en 1978, vingtième en 1982, onzième en 1986). Mais elle n’est pas au top de sa forme physique. Ses cervicales la font souffrir et elle arpente les pontons malouins avec une grande minerve. Une opération chirurgicale avait été envisagée, mais elle aurait compromis sa participation à la course. Hors
Dans les jours qui précèdent le départ de la qua-
de question pour la navigatrice de manquer ce ren-
trième Route du Rhum, très peu d’observateurs ima-
dez-vous avec l’histoire.
ginent Florence Arthaud capable de gagner l’épreuve. Certes, elle dispose d’une machine à la hauteur de son
Le gratin de la course au large en solitaire
talent, un superbe trimaran de dernière génération
Florence fait face à une concurrence féroce : le tenant
(Pierre
Ier).
Elle a aussi une solide expérience, ayant
du titre Philippe Poupon, Laurent Bourgnon, Loïck Peyron (qui a terminé deuxième du Vendée Globe quelques mois plus tôt), Mike Birch, Jean Maurel,
4e édition
50_COURSES_mep_V12.indd 64
Saint-Malo-Pointe-à-Pitre
3 542 milles
31 bateaux au départ
11 bateaux à l’arrivée
31/08/2021 08:55
Course en solitaire
est aussi marquée par la limitation de la taille des
« Je plane, j’existe dans une autre stratosphère, une autre réalité… »
bateaux à 60 pieds (18,28 mètres), pour des raisons
Le départ est donné le 4 novembre. Tous les favoris ou
de sécurité et de budget. Cela met hors de compéti-
presque subissent des soucis techniques durant cette
tion certains marins de renom. Bruno Peyron, Francis
traversée entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre et Florence
Joyon et Hervé Laurent se voient refuser l’entrée avec
Arthaud n’est pas épargnée. Au moment où elle prend
leurs bateaux trop longs. Joyon coupe un morceau de
la tête, l’ambiance à bord de Pierre Ier n’est pas à la fête.
son trimaran quelques jours avant le départ, tandis
Florence rencontre des problèmes de pilote automa-
que Peyron et Laurent s’élancent en « pirates », c’est-
tique. Elle est aussi privée de communication avec la
à-dire sans figurer au classement officiel.
terre et donc de toute information météo. Elle doit
Lionel Péan – entre autres… La Route du Rhum 1990
65
aller au bout d’elle-même, comme elle l’expliquera 20 ans plus tard dans son ouvrage Un vent de liberté : Florence Arthaud, vêtue d’un tee-shirt à l’effigie du groupe de rock The Pogues, dignement fêtée à Pointe-à-Pitre.
En multicoque : 1. Florence Arthaud (Française) en 14 jours, 10 heures, 8 minutes
50_COURSES_mep_V12.indd 65
2. Philippe Poupon (Français)
3. Laurent Bourgnon (Français)
31/08/2021 08:55
66
Course en solitaire
« Je barre 22 heures ou 23 heures sur 24, n’ayant pas assez prévu de gasoil pour recharger les batteries. Je plane, j’existe dans une autre stratosphère, une autre réalité, je vis sans aucune nouvelle du monde des vivants, un peu sauvage, un peu animale, un peu philosophe – un tout petit peu – un peu spirituelle. » Plus grave encore, la navigatrice est victime d’une hémorragie due, on l’apprendra plus tard, à une fausse couche. Elle songe à déclencher sa balise de détresse mais continue sa route, coûte que coûte.
Une victoire légendaire Non seulement, Florence parvient à rester en course au prix d’efforts colossaux, mais elle résiste en plus aux assauts de ses poursuivants. Le 18 novembre 1990, elle franchit la ligne d’arrivée et triomphe en Guadeloupe, après 14 jours et 10 heures d’une traversée mouvementée (c’est un euphémisme). Florence debout sur un flotteur de son bateau, cheveux au vent : l’image est ancrée dans la mémoire collective. Devançant Philippe Poupon, Laurent Bourgnon et Mike Birch, elle devient à 33 ans la première femme à remporter une grande course au large en solitaire. Avec cette victoire devenue légendaire, Florence Arthaud ouvre la voie aux navigatrices telles Isabelle Autissier, Catherine Chabaud et bien d’autres. Rien ne pouvait arrêter Florence, elle méritait cette victoire, c’était son tour. Malgré toutes les difficultés rencontrées, elle a toujours cru en ses chances et a fait preuve d’une patience et d’une persévérance remarquables.
À quelques encablures de la ligne d’arrivée, Florence Arthaud savoure la victoire promise, debout sur le flotteur de son trimaran.
En monocoque : 1. Titouan Lamazou (Français)
50_COURSES_mep_V12.indd 66
31/08/2021 08:55
50_COURSES_mep_V12.indd 67
31/08/2021 08:55
COURSES AU LARGE Les courses au large, et à travers elles les exploits des aventuriers des mers bravant les éléments en solitaire ou en équipage, véhiculent du rêve et fascinent irrésistiblement. En 1960, le navigateur britannique Francis Chichester inaugure la Transat anglaise, la première course transatlantique en solitaire, jugée être une folie. Éric Tabarly en remportera la victoire quatre ans plus tard : une légende est née. En 2021 , le skipper français Yannick Bestaven gagne le Vendée Globe. Cette édition très remarquée par la participation historique de six femmes, et de nombreux bateaux équipés de foils, aura été riche en péripéties et s’inscrit déjà dans l’histoire. Entre ces deux dates s’est écrit un récit au long cours, empreint de victoires exceptionnelles, de tragédies, de performances et d’émotions puissantes. Ce beau livre illustré retrace l’épopée de 50 courses et records mythiques qui ont marqué l’histoire de la voile et de la navigation. Il y est question des grandes épreuves, de celles qui frappèrent les esprits, mais aussi et surtout de prouesses humaines, sportives et techniques. Au-delà de sa richesse narrative et iconographique, il propose également les témoignages de navigatrices et navigateurs qui sont étroitement associés à ces aventures légendaires.
Olivier Bourbon est journaliste dans l’univers de la mer, de la voile et des grands événements de course au large depuis 2009. Il collabore notamment au magazine Voiles et Voiliers. Il vit à Saint-Malo où il s’adonne à sa passion des activités nautiques.
www.vagnon.fr
50courses_CV.indd 2-5,7
MDS : VA00324
Préface de Clarisse Crémer
Olivier Bourbon
COURSES AU LARGE 50 AVENTURES LÉGENDAIRES
32,95 € TTC
Avec les témoignages de Isabelle Autissier, Franck Cammas, Catherine Chabaud, Samantha Davies, Michel Desjoyeaux, François Gabart, Francis Joyon, Jean Le Cam, Armel Le Cléac’h et Loïck Peyron.
COURSES AU LARGE
50 AVENTURES LÉGENDAIRES
50 AVENTURES LÉGENDAIRES
Olivier Bourbon
31/08/2021 09:08