Skip to main content

Créer un jardin-foret comestible

Page 1

Robert Elger

CRÉER UN

JARDIN-

FORÊT

COMESTIBLE

Conception • Implantation • Entretien


© 2022, Rustica éditions, Paris Dépôt légal : février 2022 1re édition – N° édition : RU18631 (R22010) ISBN : 978-2-8153-1863-1 www.rusticaeditions.com


SOMMAIRE 4

La forêt comme modèle…

COMMENT IMPLANTER UNE FORÊT COMESTIBLE ? 9

Qu’est-ce qu’une forêt comestible ? Naturelle ou artificielle ? 9 Les diverses strates d’une forêt comestible 10 La durée de vie d’une forêt comestible 10 Où implanter une forêt comestible ? 11 Quand implanter une forêt comestible ? 11 Les surfaces nécessaires 11 Le nombre de végétaux à implanter 11 Une cohabitation de plantes très différentes 13 Quel sol pour une forêt comestible ?

Quand travailler le sol ? Un sol couvert en permanence 17 Pourquoi recouvrir le sol ? 18 Avec quoi recouvrir le sol ? 16

9

15

Une étape essentielle : la préparation du sol 15 Pourquoi préparer son sol ? 15 Un travail du sol tout en souplesse 15 Aérer le sol en surface… 16 … et en profondeur

16

21

Implantation d’une forêt comestible Quelles espèces et variétés choisir ? 21 Une implantation en trois étapes 21

43

Suivi et entretien d’une forêt comestible 43 Renouvellement de la couverture du sol 43 Arrosage 44 Tuteurer ou non ? 44 Désherbage 45 Élagage et taille 46 Transplantation et complément de plantation 47 Surgreffage et recépage 48 Cueillette

LES ESPÈCES À ADOPTER DANS UNE FORÊT FRUITIÈRE 83

Végétaux de la strate haute Végétaux des strates intermédiaires Végétaux de la strate inférieure

125

Index

54 65


LA FORÊT COMME MODÈLE…

U

ne terre qui n’est pas cultivée se couvre d’herbes, puis de ronces et de buissons, d’arbres enfin. À terme, la voilà transformée en forêt. Une fois implantée, cette forêt évolue très lentement, s’auto-entretenant et se complexifiant au fil des ans. Les arbres gagnent en volume, forment des fleurs puis des fruits et des graines. Apportées par le vent ou les oiseaux, de nouvelles espèces germent et croissent. Certaines s’implantent lentement et timidement, d’autres plus énergiquement. Des plantes meurent, d’autres les remplacent imperceptiblement. Si une forêt naturelle ne se contente pas de se reproduire à l’identique, elle permet avec

4

le temps la mise en place d’un milieu stable qui se perpétue de saison en saison. Les jeunes pousses apparaissent au printemps, les fleurs évoluent en fruits en été, les feuilles se colorent et chutent en automne. En hiver, toute la végétation semble se reposer avant le renouveau printanier. Et cela pendant très longtemps ! Composée d’espèces domestiques utiles à l’alimentation humaine, la forêt comestible se veut l’espace cultivé le plus proche de cet équilibre naturel, sans l’égaler cependant. Certes, les végétaux qui la composent demeurent en place de nombreuses années et gagnent régulièrement en volume et en production. Néanmoins, la plupart


des végétaux qui y poussent – arbres et arbustes en particulier – sont des espèces et des variétés horticoles incapables de se pérenniser de façon spontanée. Une variété même ancienne de pommier ou de poirier cultivée ne pourra pas se propager naturellement par semis car ses pépins ne reproduisent pas ses caractéristiques originelles – saveur, productivité, calibre du fruit, époque de maturité, comportement à l’égard des divers parasites, etc. Tombés à terre, ils donneront naissance à des arbres, pommiers ou poiriers, qui se contenteront de porter une dizaine d’années plus tard de petits fruits probablement aigres et coriaces. Un peu comme les pommiers et les poiriers sauvages qui apparaissent spontanément dans nos forêts et qui sont originellement issus de pépins de pommiers et poiriers cultivés. Pour s’implanter et se reconduire en culture, une variété de pommes devra être greffée. De même, les semis de groseillier, de noisetier, de néflier ou goji sont moins productifs que les variétés bouturées ou

marcottées et ne produisent que des fruits de petite taille. Seules certaines espèces vivaces comme l’ail des ours, le pourpier d’hiver ou l’origan se propagent spontanément par semis naturel. Entre 3 et 7 ans sont nécessaires à une forêt comestible pour assurer les premières cueillettes. Son entretien se réduit alors de façon drastique et votre présence ne sera plus requise qu’occasionnellement. Son implantation exige toutefois une mise en œuvre qui vous demandera du temps, de bonnes connaissances et un certain savoirfaire. Comme une forêt comestible se maintient en place de nombreuses décennies, une mauvaise décision prise lors de son implantation – préparation du sol inadaptée, sélection inappropriée des plantes, mauvais positionnement des espèces et variétés, etc. – se perpétuera pendant des années. Prendre les bonnes options dès le départ, c’est vous épargner par la suite de regrettables déconvenues. 5


COMMENT IMPLANTER UNE

FORÊT COMESTIBLE ?


8


QU’EST-CE QU’UNE FORÊT COMESTIBLE ?

P

our nos aïeux, la forêt traditionnelle, qui permettait de précieuses cueillettes de faines, d’airelles, de noisettes sauvages ou de champignons, constituait un espace nourricier important. En associant diverses espèces végétales choisies pour leur intérêt alimentaire, la forêt comestible systématise ce rôle nourricier et permet de cueillir des fruits, des feuilles ou des jeunes pousses dont la consommation s’étale du premier printemps à la fin de l’automne.

Naturelle ou artificielle ? Qu’elles soient plantées ou semées, les diverses espèces reproduisent à terme un boisement pas tout à fait naturel, sans vraiment être artificiel. Une fois en place, il ne lui faudra que quelques années pour s’étager en diverses strates et former un écosystème certes cultivé, mais assez proche d’un petit espace forestier naturel. Ici, pas d’alignement strict ! Même si la disposition des plantes ne doit rien au hasard, les végétaux qui composent la forêt comestible s’agencent dans un désordre apparent pour former un espace nourricier qui évoque singulièrement un boqueteau naturel.

Les diverses strates d’une forêt comestible L’étage supérieur (canopée)

L’étage supérieur, aussi appelé « canopée », est composé d’espèces fruitières à grand développement comme les pommiers, les poiriers, les cerisiers, les pruniers, les figuiers et les abricotiers, voire les noyers ou, sur sol sablonneux acide, les châtaigniers. À terme, leur hauteur atteint et même dépasse les 10 m. Ces arbres de plein vent requièrent une forte luminosité pour croître et mûrir leurs fruits. La distance qui les sépare les uns des autres doit être suffisamment importante pour que leur feuillage ne recouvre que partiellement les strates inférieures et permette à ces dernières de disposer de la luminosité nécessaire.

Les strates intermédiaires

Elles rassemblent les arbres fruitiers à développement moyen comme les pêchers et les kakis, ainsi que les arbustes à petits fruits comme les groseilliers, les amélanchiers et les framboisiers. Greffés sur des portegreffes nanifiant, les pommiers, poiriers ou cerisiers peu vigoureux trouvent eux aussi place dans ces strates intermédiaires. 9


STRATE SUPÉRIEURE

NORD

Vers la maison d’habitation 5m

26

10 m

15 m


Pour planter les scions… Utilisez une fourche-bêche si le sol est lourd et argileux ou une bêche s’il est léger et sableux. 1. Coupez au sécateur les racines trop longues ou abîmées sans retailler la partie aérienne. 2. Écartez le paillis et ouvrez un trou de plantation du volume des racines en décompactant au besoin le fond de l’excavation. 3. Déposez le scion dans le trou de plantation en positionnant le bourrelet de greffe – qui marque la jonction du porte-greffe et de la variété – nettement au-dessus du niveau du sol. 4. Faites glisser de la terre fine entre les racines jusqu’à les recouvrir entièrement et tassez énergiquement avec le pied avant de repositionner le paillis. Une plantation d’automne ne nécessite pas d’arrosage après mise en place des arbres.

• Formation des arbres Le scion n’est pas retaillé à la plantation. Par la suite, une taille sommaire aidera à former l’arbre. La première année, conservez sur le

tronc quelques pousses tire-sève pour lui permettre de grossir et ébauchez la future couronne de l’arbre en maintenant en place 3 à 5 branches vigoureuses.

Point de greffe Paillis

Tire-sève

Départ végétation

Plantation

Printemps

Été

Automne

ANNÉE 1

Hiver

Printemps

Été

Après chute des feuilles Automne

ANNÉE 2

Taille

Départ végétation

Hiver

Printemps

Après chute des feuilles et taille

Été

Automne

ANNÉE 3

Hiver

27


LES ESPÈCES À ADOPTER DANS UNE

FORÊT FRUITIÈRE


S

i le premier critère d’adoption d’une espèce dans l’établissement d’une forêt comestible est sa capacité à se pérenniser sans intervention humaine, le second est son adaptation aux conditions climatiques de votre région. Observez les jardins et les vergers autour de vous. Les arbres et arbustes fruitiers, les plantes légumières ou condimentaires très présents seront adoptés de façon prioritaire. Enfin, tenez compte des exigences de chaque espèce pour les implanter au meilleur emplacement possible, selon le cas au cœur de la forêt comestible ou en lisière, à exposition est, nord, ouest ou sud.

VÉGÉTAUX DE LA STRATE HAUTE Les arbres de la strate la plus élevée assurent de généreuses cueillettes pendant de nombreuses années. La plupart supportent les hivers frais, voire froids – avec plus ou moins de vaillance il est vrai. Seule exception : l’olivier, dont la culture est à réserver aux régions méditerranéennes. En dépit de sa réputation de frileux, le figuier peut quant à lui facilement être adopté au nord de la Loire si vous choisissez des variétés adaptées. Le châtaignier ne pousse bien que sur sol acide : en terre calcaire, il est préférable d’y renoncer.

54


Arbre fruitier

ABRICOTIER PRUNUS ARMENIACA

EXIGENCE EN LUMIÈRE

forte

L’abricotier est un arbre assez touffu de 6 à 8 m de haut, à port plus ou moins étalé ou érigé selon la variété. Sa durée de vie ne dépasse généralement pas 40 ans.

Variétés : Toutes les variétés

conviennent dans le Sud. Au Nord, préférez ‘Luizet’, ‘Hargrand’ ou ‘Pêche de Nancy’.

Implantation : Par plantation de scion ou greffe en place. Porte-greffe : Prunier myrobolan sur terre lourde, pêcher franc sur terre légère et non calcaire, abricotier franc sur terre caillouteuse et calcaire. Cueillette : Les fruits jaune orangé et parfois teintés de rouge se cueillent à pleine maturité, selon la variété en juillet ou août.

Besoins spécifiques :

L’abricotier apprécie peu les conditions météorologiques humides et sa floraison précoce le rend sensible aux gels printaniers. L’adaptation régionale de la variété est déterminante. Ne le plantez pas en bordure de forêt comestible car il n’apprécie pas le grand vent.

Entretien : Une taille annuelle réduite

assure une fructification plus régulière, sa floraison, qui s’initie l’été de la formation du rameau, ne se développant que sur le bois de 1 an. Une taille d’été pratiquée après la récolte aide aux renouvellements des charpentières et favorise la pénétration de la lumière.

55


Arbuste à fruits

ARGOUSIER HIPPOPHAE RHAMNOIDES EXIGENCE EN LUMIÈRE

forte

L’argousier est un arbuste épineux de 2 à 3 m de haut. Dioïque, il sépare les fleurs mâles et femelles sur 2 pieds distincts.

Variétés : ‘Tytti’, ‘Hergo’

Besoins spécifiques : Il se contente

(femelle), ‘Tarmo’ (mâle).

d’un sol sableux ou graveleux, même pauvre, mais exige une forte luminosité.

Implantation : Plantation de plants en

conteneurs ou repiquage de drageons.

Cueillette : Les baies orangées de

l’argousier se récoltent en automne.

Arbuste à fruits

Entretien : Il présente une forte

capacité à drageonner et 1 seul plant peut donner en 5 ans 10 à 20 nouveaux pieds. Contentez-vous de tailler à ras du sol les pousses les plus âgées qui portent moins de fruits.

BAIE DE MAI

LONICERA CAERULEA SUBSP. KAMTSCHATICA EXIGENCE EN LUMIÈRE

Moyenne à forte

La baie de mai est un arbuste buissonnant et très rustique qui atteint 1,5 m de haut. Ses fruits évoquent les myrtilles mais, contrairement à ces dernières, elle prospère dans tout type de sol.

Variétés : ‘Maistar’, ‘Mailon’, ‘Fialka’… Implantation : Par plantation

de jeunes plants en conteneurs.

en sol ordinaire, même calcaire, cet arbuste qui supporte tout, même une période de sécheresse passagère.

Cueillette : Les petites baies

Entretien : Éliminez à la fin de l’hiver les

oblongues bleues et pruineuses se récoltent en mai et juin.

66

Besoins spécifiques : Plantez

branches en surnombre ou trop âgées.


CASSEILLE

Arbuste à fruits

RIBES × NIDIGROLARIA EXIGENCE EN LUMIÈRE

Faible à forte

Cet hybride vigoureux entre le cassissier et le groseillier mesure 2 à 2,5 m de haut.

Variété : ‘Josta’

Besoins spécifiques : Très rustique

Implantation : Plantation de plants en conteneurs ou en racines nues et bouturage ligneux en place.

Entretien : Conservez à l’arbuste

Cueillette : Les grosses baies

acidulées se cueillent à maturité en deuxième partie de juillet.

et résistant aux maladies, cet arbuste ne présente aucune exigence particulière.

une silhouette buissonnante mais aérée en supprimant au printemps les branches mortes ou trop âgées.

Arbuste à fruits

CASSIS RIBES NIGRUM

EXIGENCE EN LUMIÈRE

Faible à forte

Le cassis est un arbuste touffu à port buissonnant de 1 m à 1,5 m de haut.

Variétés : ‘Andega’, ‘Bigno’, ‘Arno’, ‘Neva’… Implantation : Par plantation en conteneurs ou en racines nues ou bouturage ligneux en place.

Entretien : Supprimez au ras du sol

en fin d’hiver les branches de plus de 3 ans ainsi que celles qui sont trop faibles ou en surnombre. Ne conservez pas plus de 10 à 15 branches par touffe.

Cueillette : Récoltez les baies

presque noires en juillet, à maturité.

Besoins spécifiques : Le cassis

apprécie les ambiances fraîches et les périodes hivernales bien marquées.

67


CRÉER UN

JARDIN-

FORÊT

COMESTIBLE

En assurant de précieuses cueillettes sauvages, la forêt traditionnelle constituait pour nos aïeux un espace nourricier vital. En associant diverses espèces fruitières, légumières et condimentaires pérennes, la forêt-jardin se veut l’espace cultivé le plus proche de ce système originel. Conforme aux principes de la permaculture, une forêt comestible constitue un équilibre naturel garantissant au jardinier, novice ou confirmé, des récoltes régulières pour un suivi peu contraignant. Structure, analyse du terrain, choix des végétaux strate par strate, préparation du sol, implantation, entretien… Découvrez dans cet ouvrage toutes les informations nécessaires et plus de 100 espèces adaptées à la conception et à l’installation de votre futur jardin-forêt comestible !

L’AUTEUR Pépiniériste et jardinier, auteur spécialiste de la permaculture, Robert Elger a déjà publié de nombreux ouvrages aux Éditions Rustica dont le Calendrier de la permaculture, Mon cahier premier potager mois par mois et Mon premier jardin en permaculture.

12,95 € TTC

MDS : RU18631

www.rusticaeditions.com


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Créer un jardin-foret comestible by Fleurus Editions - Issuu