Les secrets de l’alchimiste Grand Œuvre et art des transmutations
Sommaire Chapitre 1 Aux origines de l'alchimie..................
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Origine étymologique.............................................. 10 Hermès-Trismégiste................................................. 11 Les alchimies orientales.......................................... 14 Origine biblique de l’alchimie................................ 19 Figure de l’alchimiste............................................... 21 Typologie de l’alchimiste......................................... 23
Chapitre 2 Les grands principes de l'alchimie..................................................... 24 L’alchimie est-elle une science ?............................. 26 Le Grand Œuvre....................................................... 32 Fusion d’atomes et transmutation....................... 34 Un procédé ignoré.................................................... 35 Donner raison à l’alchimie ?................................... 36 La pierre philosophale............................................. 38 La transmutation...................................................... 40 Les transmutations biologiques............................ 42 La spagyrie.................................................................. 46 L’oratoire ou alchimie spirituelle........................... 57 L’alchimie et ses symboles....................................... 59 6
La langue des dieux.................................................. 62 Langue du cheval et langue verte.......................... 68
Chapitre 3 L'alchimie historique de l'Égypte antique à la Renaissance....................................... 70 L’alchimie égyptienne et grecque........................... 72 L’alchimie en Islam et ses adeptes........................ 75 L’alchimie médiévale d’Occident........................... 79 L’alchimie de la Renaissance.................................. 94
Chapitre 4 L'alchimie contemporaine................ 102 L’alchimie du xviiie siècle....................................... 104 L’alchimie prérévolutionnaire................................ 110 L'alchimie aux xixe et xxe siècles........................... 112 Les alchimistes d’aujourd’hui................................ 116
Chapitre 5 Les alchimistes inspirateurs des sciences et des arts........................ 118 L’alchimie et la science............................................. 120 L’alchimie et les arts.................................................. 122
Pour conclure.............................................. 134 Bibliographie.............................................................. 136 7
Aux origines de l’alchimie
Les origines de l’alchimie sont si difficiles à cerner... À vrai dire, il s’agirait selon certains de décrire en un mot les origines de l’univers, voire d’expliquer ce qu’est le big bang. L’alchimie tend à saisir l’insaisissable. Et bien qu’il y eût des propositions romantiques frôlant la sciencefiction ou des envolées poétiques, quelques pistes rationnelles sont possibles, qui toutefois n’éclaircissent pas tous les mystères.
Origine étymologique Il est toujours profitable de connaître l’étymologie d’un nom. Le mot « alchimie » peut être défini succinctement par son origine. D’où provient le substantif « alchimie » ? Il est arabe dans sa forme (al-kimia) qui signifie tout simplement « la chimie ». Ce terme fut conservé dans l’Occitan alkimia et dans l’espagnol alquimia. Les noms anglais et allemand ont gardé une dérivation médiévale telle « alkémie ». En arabe, le mot a été emprunté à l’adjectif égyptien kam-it ou kem-it qui signifie « noir ». Kimia dérive sans doute de Khem-it (le pays noir, nom qui désignait l’Égypte dans l’Antiquité pour la noirceur des alluvions du Nil). Le mot même nous apporte donc d’utiles renseignements quant à la patrie d’origine égyptienne réelle ou symbolique de l’alchimie.
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HermèsTrismégiste À l’époque de la dynastie des Ptolémées, lorsque le monde grec pénétra en Égypte, quelques précis d’astrologie furent traduits en grec et commencèrent à circuler sous le nom de Thot, le dieu égyptien au bec d’ibis, considéré comme le père de l’écriture, de tous les arts et de toutes les sciences, y compris l’alchimie. Le nombre de ces traités d’astrologie continua à augmenter jusqu’à la formation d’un ample corpus de textes, non plus sous la plume de Thot, mais sous celle d’Hermès-Thot. Ce changement est dû au fait que les Grecs avaient relevé de grandes affinités entre la figure de Thot et celle de leur Hermès. Ils avaient donc réuni les deux divinités en un seul personnage : Hermès-Thot. Par la suite, lorsque chez les Grecs s’affirma la tendance à considérer les anciens dieux comme de simples héros (ou comme des hommes illustres au passé très lointain ayant obtenu des honneurs divins en reconnaissance de leur valeur et de leur savoir), le dieu Hermès-Thot fut humanisé et il se transforma en un sage très ancien : Hermès-Trismégiste. C’est-à-dire Hermès « trois fois grand » en grec. C’est ce personnage qui aurait été le créateur, ou le « transmetteur », de l’alchimie à une époque indéterminée mais que certains alchimistes n’hésitaient pas à évoquer comme le xxe siècle avant notre ère.
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Cette ancienneté du personnage fondateur de l’alchimie ouvre les portes à une hypothèse qui assignerait à l’alchimie une origine première dans de vieilles civilisations terrestres ayant eu un niveau scientifique et technique plus avancé que l’humanité actuelle. Le mythe de l’Atlantide, civilisation aux connaissances très élevées, est souvent cité. Avant la destruction de l’île, des savants auraient œuvré pour mettre au point un procédé simple (la future alchimie) pour parvenir à saisir les lois de la matière et de la vie. Cependant la triple grandeur d’Hermès-Trismégiste est associée à l’alchimie opérative (au laboratoire) qui utilise trois corps fondamentaux : le sel, le soufre et le mercure. Hermès-Trismégiste signifie donc aussi « l’alchimiste hermétique ».
Dans l’Égypte antique¸ les prêtres des temples étudient le ciel. Les nombreux secrets de ces « dialogues » célestes étaient conservés dans les sanctuaires¸ avec beaucoup d’autres¸ parmi lesquels les pratiques d’extraction des métaux et fort probablement l’alchimie…
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Les Alchimies orientales L’alchimie chinoise Des pensées et des pratiques de type alchimique ont existé en Chine dès le ve siècle av. J.-C. et en Inde dès le vie siècle. La recherche des remèdes d’immortalité fait partie de la culture chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants qui s’étend en Chine, du ve siècle av. J.-C. à l’unification des royaumes chinois en 221 av. Les souverains font confiance à la voix des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » ont souvent des pratiques s’apparentant à l’alchimie et à la spagyrie. Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi par la dynastie Qin, pour la Chine, à partir du iie siècle avant l’ère chrétienne. On retrouve la trace, dans les Mémoires historiques de Sima Qian, d’un récit parlant de transmutation en or et d’allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han en 133 av. J.-C. On y voit le magicien Li Shao-jun se rendre chez l’empereur et lui dire : « Si vous sacrifiez au fourneau, alors je vous enseignerai comment faire des vases en or jaune ; et dans ces vases vous pourrez boire et acquérir l’immortalité ».
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« C’est probablement, dit J. Needham1, le plus ancien document sur l’alchimie dans l’histoire du monde. » Les alchimistes chinois font une distinction entre « alchimie extérieure ou laboratoire » (waidan, waitan) et « alchimie intérieure ou oratoire » (neidan, nei tan). L’alchimie extérieure, telle que pratiquée par Ge Hong par exemple, cède la place à l’alchimie intérieure qui domine dès la fin de la Dynastie Tang en 907.
Alchimie Taoïste Les premières traces écrites de cette alchimie intérieure qui s’inscrit dans le cadre du taoïsme datent du viiie siècle. En réalité l’alchimie au laboratoire n’a pas disparu mais elle est devenue de plus en plus discrète face aux missionnaires qui étudiaient, au xixe siècle la pensée chinoise. La discrétion fut particulièrement importante face aux jésuites. C’est ainsi que l’Occident ne connaît que l’alchimie interne du taoïsme.
Vue de Mangzhou¸ extrait du Livre des Merveilles de Marco Polo. 1. Joseph Needham est un biochimiste anglais du xxe siècle à la renommée mondiale. 15
L’alchimie indienne En Inde, les premiers textes alchimiques connus n’apparaissent pas avant le second siècle de l’ère chrétienne. Il n’est pas du tout absurde d’admettre l’existence de telles recherches – mais avec transmission orale – à une époque considérablement antérieure. Quoi qu’il en soit l’orientation de l’alchimie (et de la spagyrie) qui en découle est thérapeutique. Certains autochtones se soignent avec la pharmacopée médicinale des ermites indiens. Il s’agit là d’une boisson alchimique, tantôt végétale, tantôt minérale. François Bernier, docteur en médecine de l’Université de Montpellier remarque en 1723, dans son étude des sectes ascétiques, des personnages très étranges, qui ne cessent de déambuler d’un côté à l’autre ; des gens qui se moquent de tout, que rien ne touche ; des gens secrets, qui, à ce qu’on dit dans le peuple, « savent fabriquer de l’or et rendre le corps en parfaite santé et fortifier à tel point l’estomac qu’ils digèrent très bien n’importe quoi ». Il s’agit de sectes qui appartiennent au courant de synthèse mystique du « râsa ». Au début du Moyen Âge, ces étranges autochtones ont assimilé toutes les techniques spirituelles de l’Inde, y compris les plus anciennes.
Il existerait en Inde une plante grâce à laquelle on peut obtenir la vie éternelle… 16
Rasayana L’alchimie et la spagyrie de l’Inde s’appellent râsayân. Esens de Al-Biruni affirme que ce mot est composé à partir de râsa (or). Mais le mot râsa provient de l’ancien sanscrit, employé également dans le sens de suc, du suc végétal. À l’origine rasayana était donc la voie du suc ou la voie de l’essence vitale. Il s’agit d’un art limité à certains médicaments pour la plupart tirés de plantes. Ces opérations, outre la fabrication de pharmacopées, sont aussi liées à un principe spirituel. Cette spiritualité si profondément implantée en Inde favorisa l’éclosion de l’alchimie. Dans la terminologie indoue employée plus tard pour définir le règne minéral, râsa indiquera le Mercure. Lorsqu’on attesta l’usage de préparation des drogues métalliques et mercurielles afin de les substituer aux drogues végétales, conseillées par les textes les plus anciens, le rasayana changea de signification en passant de la voie du suc à la voie du mercure ou voie du cinabre. Comme l’alchimie occidentale et le taoïsme, l’alchimie indienne (associée au yoga) mettait en relations étroites une totale libération spirituelle de l’adepte (dite aussi éveil) et sa victoire effective sur le vieillissement et sur la mort.
Le but du yoga est la libération du cycle des réincarnations. Il cherche à accomplir l’unification de l’être humain dans ses différents aspects. Le yoga est surtout l’une des préparations à l’alchimie interne avec le Qi Gong et le Falun Gong des Chinois. 17
Origine biblique de l’alchimie
Dialogue entre l'alchimie et la nature¸ Jean Perréol¸ 1516¸ Musée Marmottan Monet¸ Paris.
Comme dans de nombreux domaines de l’histoire, il s’avère profitable de ne pas négliger les légendes. Celles sur l’alchimie furent véhiculées par les Grecs. L’un d’eux explique son origine en ayant recours à des mythes très particuliers car parfois ils rejoignent la Genèse biblique. Les alchimistes de l’époque gréco-alexandrine ne donnent aucune information logique (à nos yeux) sur les premiers pas de l’alchimie. Ces textes sur l’origine légendaire du Grand Art nous furent transmis par l’encyclopédiste Zosime de Panopolis qui vivait en Égypte en 300 ap. J.-C. Dans ses œuvres, il revient à plusieurs reprises sur le thème de l’ange qui révèle aux hommes les procédés pour « teindre » (transmuter) les métaux en expliquant qu’il s’agit d’un procédé très ancien. Le mythe de l’origine angélique révélé par Zosime semble inspiré, du Livre d’Enoch qui est un ouvrage apocryphe2 lui-même inspiré de l’Ancien Testament. La Bible elle-même se fait l’écho au chapitre V de la Genèse de cette descendance « angélique »: « Les enfants de Dieu, voyant 2. La Bible apocryphe (du grec, apokruphod : tenu secret) comprend plusieurs livres dont le livre du patriarche Enoch, septième après Adam, descendant de Seth et ancêtre de Noé. 19
que les filles des hommes étaient belles, choisirent des femmes parmi elles. » Il semble donc que ce soit sur l’oreiller que se firent les premières confidences sur l’alchimie. Évidemment cela est peu probable mais nous n’en savons pas plus, même si Panopolis dévoile qu’il y aurait deux catégories d’anges, l’une pour délivrer le secret aux hommes, l’autre pour le leur cacher.
Quand les enfants des hommes se furent multipliés dans ces jours, il arriva que des filles leur naquirent élégantes et belles. Et lorsque les anges, les enfants des cieux, les eurent vues, ils en devinrent amoureux ; et ils se dirent les uns aux autres : choisissons-nous des femmes de la race des hommes, et ayons des enfants avec elles. Et ils se choisirent chacun une, et s’en approchèrent, et ils cohabitèrent avec elles ; et ils leur enseignèrent la sorcellerie, les enchantements et les propriétés des racines et des arbres. » Le livre d’Enoch, chap. VII, 1, 2, 10.
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Figure de l ‘alchimiste Nous savons que l’alchimiste, ou qu’il se trouve, a mauvaise presse. Ce fait repose sur l’attitude psychologique de l’homme, de chaque homme : tout ce qu’il ne connaît pas lui fait peur et le rend parfois agressif. L’alchimiste est aussi convoité pour sa capacité à transmuter le plomb ou le mercure en or. Il ne peut qu’être la cible des malhonnêtes de tout acabit, du simple miséreux avide de richesse à l’assassin patenté. Les États peuvent allez jusqu’à le maintenir en prison jusqu’à ce qu’il délivre la formule de transmutation. Dans les siècles passés certains eurent une fin tragique. De nos jours l’alchimiste est dans l’illégalité s’il fabrique de l’or. Au début du siècle dernier un homme se présenta à la Banque de France pour monnayer un lingot qu’il avait fabriqué. Le préposé prit l’or en lui disant : « Estimez-vous heureux que je me cantonne à vous le confisquer. J’aurais pu fort bien vous faire emprisonner car il est interdit de faire de l’or. » À la suite de cette mésaventure la plupart des adeptes se mirent à affirmer qu’ils étudiaient la seule alchimie « spirituelle ». Certains néophytes tombèrent dans le panneau
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et écrivirent des livres sans valeur, à leur corps défendant, sur l’alchimie spirituelle. Dans tous les cas l’alchimiste doit s’isoler. Voici un sage conseil de l’évêque alchimiste saint Albert le Grand : « Un alchimiste doit habiter loin des hommes, une maison particulière, dans laquelle il y ait deux ou trois pièces destinées aux sublimations. »
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Typologie de l’alchimiste Les alchimistes se trouvent dans toutes les religions, autant en Occident qu’en Orient. Quant à l’origine sociale des adeptes, elle est pittoresque et fort diversifiée. Dans l’Église il y a autant des papes que des cardinaux, des évêques et de nombreux prêtres, qu’ils soient chanoines ou modestes vicaires. Parmi les hommes du peuple nous trouvons divers corps de métier : boulangers, imprimeurs, maréchaux-ferrants, menuisiers… Parmi les souverains illustres, il y eut un descendant de Charlemagne, petit-fils de Charles Quint : l’empereur Rodolphe II de Habsbourg. Il fut le protecteur de l’art hermétique (alchimie et spagyrie). Un de ses protégés devint son médecin personnel, qu’il intronisa comte palatin pour services rendus. C’était Michel Maïer, surnommé l’Hermès allemand, et dont les ouvrages font encore autorité.
Saint Albert le Grand (vers1200-1280) était un dominicain, alchimiste et spagyriste. Évêque de Ratisbonne, il retourna à l’enseignement et fut un professeur célèbre au xiiie siècle. Il a laissé une œuvre scientifique particulièrement brillante dans le domaine des sciences naturelles et surtout de l’alchimie. 23
Les Petits Précieux
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