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La collapsologie heureuse

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Vadim Turpyn

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SOMMAIRE AVANT-PROPOS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 QU’EST-CE QUE LA COLLASPOLOGIE ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Petite introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9   Apocalypse ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9   Aux origines de la collapso. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13   Définition et hypothèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 Développons ce qu’est la collapso . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24   Un prisme énergético-économique sur l’histoire. . . . . . . . . . . . . . 24   Les limites structurelles d’un système. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27   Pluridisciplinarité et complétude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 Existe-t-il des solutions ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33  L’impasse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33  L’acceptation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38   La renaissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

UN PEU DE PHILOSOPHIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47 Du matérialisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47   Les prémices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47   Petite définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54   De l’intérêt dans ce contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56 De l’apport de la philosophie…. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59   De l’impossibilité de décrire le réel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59   Combattre les nihilismes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64   La réconciliation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

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… vers Spinoza. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69   Une pensée diamétralement opposée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69   La nécessité de retourner le récit du libre arbitre    (liberté hier, contrainte demain : la liberté doit se réinventer) . . . 72   La joie, moteur du système. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75

L’AUTRE VOIX, L’AUTRE VOIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77 Les trois genres de connaissance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77   Le premier genre de connaissance :    la connaisance par ouï-dire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78   Le deuxième genre de connaissance :    la connaissance des rapports . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79   Le troisième genre de connaissance :    la connaissance « intuitive ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

Amor fati / Amor intellectualis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84  Comprendre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84  Respecter . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91  Aimer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94 Sortir de cet imaginaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96   Les proportions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96   Les changements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98   Réussir à s’en détacher (… sans oublier pour autant) . . . . . . . . . . 101

CONCLUSION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107 Témoignages. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111 Ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

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AVANT-PROPOS La collapsologie est un objet d’étude, une interrogation, un état de l’art, sur la question des limites du système pla‑ nétaire, en ressources et en viabilités pour l’espèce humaine. Cette question sur la pérennité de notre mode de vie – passionnante – peut vite devenir un attracteur de nos peurs, un sujet appelant ainsi le suivant : du bouleversement de la biodiversité au réchauffement climatique, en passant par l’aci‑ dification des sols, la fonte des permafrosts ou le tarissement des diverses sources de matières premières… Mais de tout cela, il faut pouvoir dessiner une voie de sortie, passer de l’apocalypse à l’« happy collapse ». C’est modestement ce que ce livre tentera de faire, et il s’adresse autant à ceux dont le sujet est connu qu’aux néophytes et il s’appliquera à vous faire sortir, autant que faire se peut, de l’imaginaire de la collapsologie.

Vadim Turpyn

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QU’EST-CE QUE LA COLLAPSOLOGIE ? Petite introduction La collapsologie ne peut être abordée sans que l’on en dessine au moins rapidement les contours. Cette première partie présente succinctement les grandes lignes de la discipline, et, sans prétendre être exhaustive, elle pourra être complétée par les ressources et travaux des diverses parties prenantes qui seront ici présentées.

Apocalypse… ? Dans ce propos liminaire, et avant toute chose, rappelonsnous que les récits apocalyptiques ne datent pas d’hier. Le fait que nous soyons ici aujourd’hui à pouvoir en parler ne contribue aucunement à la confirmation et encore moins à la solidité de ces thèses, chaque théorie ayant fait son temps sans que jamais rien ne périclite d’une quelconque manière. Nous nous souviendrons de tous ces épisodes avec d’autant plus d’amusement que nous nous demandons comment certains ont pu y croire, à l’instar du prophète Philippulus d’Hergé1… 1.  L’Étoile mystérieuse, Hergé.

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Les récits eschatologiques qui accompagnent ces propositions imaginées – du bug de l’an 2000 à la fin du calendrier maya, en passant par les pandémies et quarantaines, les catastrophes technologiques et autres scénarios du même acabit – sont autant d’exemples qui illustrent la propension de notre cognition à envisager le pire (au moins pour une part de la population ou peut-être du moins pour un temps de l’existence).

Aussi, et comme s’il fallait le préciser, nous ne parlerons plus ici d’apocalypse, de fin du monde, ni de quoi que ce soit d’autre qui puisse s’apparenter à cet imaginaire fictionnel. A contrario, tout le sujet de ce livre sera de souligner la joie de ce qui peut émerger et susciter le désir du « demain » plutôt que la tétanisation crispée d’un sombre futur. La puissance des affects n’est pas à négliger quand il s’agit de persévérer dans son être et, quand il s’agit d’émotions – et il s’agit toujours d’émotions –, il faut savoir choisir les bonnes. La collapsologie est ainsi très souvent caricaturée en pré‑ sentant les thèses d’une fin du monde – un moyen de ne pas traiter le sujet et de stigmatiser ceux qui ont porté ces thèses en occultant le fond du propos qui traite plutôt de la fin d’un monde. Cela serait donc soi-disant la fin du monde. Laissez-moi, s’il vous plaît, en rire de bon cœur. Est-ce là bien sérieux ? Personne n’en gardera de rancœurs, on ne sait que trop bien comment cela fonctionne… Les gens ont parfois une idée si vague de la chose que le vague même de cette idée est pour eux l’exacte définition de cette chose2. Pourquoi serait-ce différent pour la collapsologie ? Bon, et puis le terme

2.  Emprunt et détournement de l’allocution de Paul Valéry à propos de la poésie : « La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. »

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Cette introduction est aussi l’occasion de rappeler toute la subtilité qu’a le langage de façonner la pensée, et de facto son importance (qui plus est concernant un sujet qui attire les militants autant que les populismes, les slogans autant que l’alarmisme). C’est un sujet qui meut et canalise l’énergie de ceux, nombreux, qui l’étudient avec un zèle certain, et cela d’autant plus que ce sujet a déjà témoigné, par le passé, de sa capacité à pouvoir enfermer les intéressés dans un imaginaire sombre, voire paralysant, et empli d’une certaine tristesse.

Qu’est-ce que la collapsologie ?

« collapsologie », c’est bien, mais c’est trop long ! Nous parlerons donc sans distinction de collaspologie ou de collapso.

C’est aussi là le point essentiel qui me pousse à rédiger aujourd’hui ces quelques lignes, comme un final pour une aventure que nous avons collégialement partagée au sein de « La Collapso Heureuse »3, un groupe de discussion ouvert sur le sujet, avec quelques amis tout d’abord, puis au rythme des arrivées, avec quelques dizaines de milliers de personnes à l’heure actuelle. Ces espaces numériques – un forum accom‑ pagné d’un groupe sur le réseau social de M. Zuckerberg – sont le fruit et le résultat de quelques années de causes et d’effets successifs qui remontent aux événements des Nuits debout, début 2016, dans une bourgade du nord de la France. Les rencontres de la vie étant ce qu’elles sont, celles-ci ont abouti et accouché de cette initiative.

Cette initiative est alors apparue comme nécessaire dans le sens où il fallait pouvoir opposer aux affects tristes de la collapsologie la possibilité d’une joie au moins aussi forte.

3.  Le groupe Facebook : La Collapso Heureuse.

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Il s’agit ici d’un point crucial, car le désir, dans le sens de ce qui nous meut, qui naît d’une joie, sera toujours plus grand que celui qui naît d’une tristesse – à l’instar d’un gouvernement qui fonctionnerait par la peur plutôt que par l’amour. Mais quel est le rapport, me direz-vous ? Aucun, vous répondrai-je… sinon que la problématique que nous abordons ici est globale et qu’elle ne peut être gérée qu’en étant la plus inclusive possible : comprendre qui comprend le plus de choses possible, le plus de subjectivité possible, et en s’appliquant autant que faire se peut à ne laisser personne sur le carreau, ce qui la rendrait au contraire, exclusive… et ce que nous souhaiterions éviter, autant que faire se peut. Ainsi, il faut qu’elle soit rendue attrayante, cette pro‑ blématique, et même – osons le terme – qu’elle soit ren‑ due « sexy », sinon quoi, je ne vois pas comment cela ne pourrait pas dégénérer en une instabilité politique forte et ce, à toutes les échelles. Les ruptures d’appro‑ visionnement pourraient créer des instabilités locales et, se faisant, elles rendraient caduques les institutions en les déstabilisant, pouvant aller jusqu’à la remise en question de la légitimité même des nations, et dès lors des instances supra étatiques tels le FMI, l’OMC, l’Union européenne ou autres consortiums politico-économiques.

Mais alors, comment se pourrait-il que la collapsologie soit heureuse ?

Ces deux mots – « collapsologie » et « heureuse » – peuvent sembler étrangers l’un à l’autre, en effet…, mais leur juxtaposition – légèrement provocatrice – n’est autre qu’une manière détournée d’éveiller (ou de réveiller) des 12


La réponse à cette question de la joie dans la collapsologie semble pourtant évidente, et si c’est aussi le cas pour vous, chère lectrice, cher lecteur, épargnez-vous cette lecture, de grâce ! Pour les autres, commençons ensemble par voir de quoi il retourne. Qu’est-ce donc que la collapsologie ?

Qu’est-ce que la collapsologie ?

questionnements, et par là même de réintroduire la joie dans le champ d’un discours qui l’avait complètement effacée. Pour être plus précis, un discours qui n’a pas encore réussi à l’intégrer en substance dans la discipline.

Aux origines de la collapso Le terme « collapsologie » est le fruit de la réflexion de plusieurs acteurs que l’on désigne aujourd’hui comme des collapsologues, parmi lesquels Raphaël Stevens et Pablo Servigne : ils sont aussi et bien évidemment beaucoup plus que cela, et un terme ne pourrait être que réducteur. Le mot s’est formé à partir du verbe anglais to collapse qui signifie « s’effondrer », adjoint au suffixe « –logie » qui en fait alors l’étude scientifique de l’effondrement. Ce chemi­ nement est explicité dans le livre Comment tout peut s’effon‑ drer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes4. Pour autant, ce terme, au commencement, n’est rien de plus qu’une tournure née d’une blague entre amis… C’est aussi l’écho qu’il trouvera auprès de ses lecteurs, et ensuite sur les réseaux sociaux, et qui partici­pera à donner de la voix au concept, un concept qui, par ailleurs, est bien antérieur à l’apparition de cette dénomination particulière. Parmi les précurseurs, on peut penser à Joseph Fourier, mathéma­ticien 4.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Le Seuil.

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du xixe siècle, connu notamment pour ses transformations si utiles5, et à qui l’on peut rendre la première ébauche de ce que l’on nomme aujourd’hui « l’effet de serre ». Le champ scientifique connaît donc, depuis quelques siècles maintenant, les effets que peuvent avoir les activités humaines, comme en témoigne une gazette néozélandaise, The Rodney & Otamatea Times, du 14 août 1912, disant en ces termes originaux et traduits ci-après : Science Note and News Coal Consumption affecting climate The furnaces of the world are now burning about 2,000,000 tons of coal a year. When this is burned, uniting with oxygen, it adds about 7,000,000,000 tons of carbon dioxide to the atmosphere yearly. This tends to make the air a more effective blanket for the earth and to raise its tem‑ perature. The effect may be considerable in a few centuries.

Traduction : Note scientifique et actualités Consommation de charbon affectant le climat Les fours du monde brûlent environ 2 000 000 de tonnes de charbon par an. Une fois brûlés, ils se mélangent avec l’oxygène et environ 7 000 000 000 de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année. Cela renforce la couverture atmosphérique de la terre ce qui augmente sa température. L’effet pourra être considérable d’ici quelques siècles.

5.  La transformée de Fourier est un outil mathématique permettant, par exemple, la compré‑ hension et la mise en œuvre de nombreuses techniques de traitement des signaux. Elle associe à un signal son spectre, spectre qui, par définition, est la transformée de Fourier du signal. Cet outil trouve de nombreuses applications dans des domaines tels que la reconnaissance vocale, l’amélioration de la qualité des images, les transmissions numériques, le milieu biomédical ou encore l’astronomie.

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Qu’est-ce que la collapsologie ?

Parmi les précurseurs toujours, difficile de ne pas évoquer : •  Arnold Toynbee au xxe siècle, pour son analyse des civilisations ; •  Joseph Tainter, pour sa thèse sur « l’accumulation de com‑ plexité dans un système et provoquant l’autodestruction du système » ; •  Jared Diamond et son best-seller Effondrement6. Ce der‑ nier fut d’ailleurs cité en plus haut lieu par le gouverne‑ ment Macron lors d’une allocution du Premier ministre Édouard Philippe aux côtés de Nicolas Hulot alors ministre de l’Écologie ; •  nous pouvons citer l’Institut Momentum7, créé par Agnès Sinaï et Yves Cochet, qui se définit lui-même comme un « laboratoire d’idées sur les issues de la société industrielle et la décroissance solidaire en réponse au choc social de l’effondrement ». Il y a aussi tout un petit monde qui gravite, dans la sphère publique, autour du sujet de la collaspo, sans y être pour autant affilié d’une quelconque manière. Les plus remar‑ quables représentants me semblent être quelques-uns parmi les suivants : •  Valérie Cabanes, qui milite ardemment pour la recon‑ naissance d’un droit de la Terre et qui a obtenu une belle victoire à force d’efforts pour porter haut la considération d’écocide dans le droit français ; •  Jean Jouzel, prix Nobel de la paix pour la contribution du GIEC8 quand il en était le directeur ; •  Philippe Bihouix, ingénieur qui nous parle volontiers des low-tech ;

6.  Traduction de Jean-Luc Fidel et Agnès Botz, Poche, 2009. 7. www.institutmomentum.org 8.  GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, aussi connu sous l’acronyme IPCC, en anglais, pour Intergovernmental Panel on Climate Change.

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•  Nadia Maïzi, chercheuse, mathématicienne, directrice du Centre de Mathématiques appliquées de MINES-ParisTech et directrice de la Chaire « Modélisation prospective » au service du Développement durable de Sophia-Antipolis ; •  Jean-Marc Jancovici, ingénieur, dont les thèses allient et rapprochent économie et énergie. Il est connu pour avoir formalisé le bilan carbone lors de son passage à l’Ademe9 (bilan qui fut d’ailleurs rendu obligatoire pour les entre‑ prises de plus de 2 000 personnes par l’article 173 de la loi de Transition écologique et énergétique, dite loi TEE, dans une comptabilité extra-financière avec prise en compte des critères ESG10). Ajoutons qu’il est aujourd’hui, entre autres, membre du Haut conseil pour le climat, le HCC, fondé en 2018 comme une institution indépendante française consultative sur les questions climatiques ; •  Matthieu Auzanneau, auteur de L’Or noir. La grande histoire du pétrole 11 et président du Shift Project, think-tank sur la décarbonation de l’économie ; •  Valérie Masson-Delmotte, qui est une paléoclimatologue française, directrice de recherche au CEA et coprésidente du groupe n° 1 du GIEC depuis 2015 et elle aussi membre du HCC cité plus haut ; •  Dimitry Orlov, ingénieur russe qui a notamment défini une échelle connue sous le nom des « Cinq stades de l’effondrement » ; •  Loïc Steffan, membre fondateur de « La Collapso Heureuse », professeur d’économie, membre de l’OBVECO et ami ; •  Pierre-Éric Sutter, psychothérapeute et aussi membre de l’OBVECO ; •  et sans oublier Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe des sciences, spinoziste à ses heures perdues. 9.  Ademe : Agence de la transition écologique (anciennement Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). 10.  Critères ESG : Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. 11.  Aux éditions La Découverte Poche.

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On ne peut cependant pas passer sous silence le discours « Briser la stratégie des horizons », du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, en 201512, qui fut un fait marquant de la prise de conscience par le monde bancaire et assurantiel des conséquences que pourraient avoir le change‑ ment climatique et autres changements d’origine anthropique sur ces domaines en particulier.

Qu’est-ce que la collapsologie ?

La liste n’est évidemment pas exhaustive et je m’en excuse déjà auprès de tous ceux que j’oublie, Alain Grandjean, Pascal Canfin, Laurence Tubiana et tant d’autres…

Que les conséquences soient climatiques (augmentation en amplitude et en fréquence des ouragans, canicules et autres extrêmes météorologiques), de stress sur les res‑ sources (demande croissante et réserves qui ne suivent pas pour des raisons physiques ou de politique internationale) ou sur la disparition de la biodiversité et des services gra‑ tuits qu’elle peut rendre (pollinisation des abeilles, etc.), que ce soit l’acidification des terres, des océans, que ce soit la réduction de l’ozone atmosphérique, les perturbations des cycles du carbone, de l’azote ou du phosphore ou le char‑ gement en aérosol atmosphérique, que ce soit les change‑ ments des affectations des terres ou la migration des espèces animales et végétales face aux transformations de leurs environnements, plus nous avançons et plus ces probléma‑ tiques vont croissantes. Plus les problématiques s’accentuent et plus la lumière est mise sur ces événements qui, dès lors, ne peuvent plus être glissés sous le tapis et deviennent spectaculaires, le spectaculaire laissant place à l’alarmisme. Plus la lumière 12.  Discours prononcé par Mark Carney le 29 septembre 2015 à la Lloyd’s Bank à Londres  : https://www.bankofengland.co.uk/speech/2015/breaking-the-tragedy-of-the-horizon-climatechange-and-financial-stability

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est mise sur ces événements, plus il y a de monde qui s’y intéresse… jusqu’au monde économique lui-même.

À ce propos, le Forum économique mondial de Davos13 dresse une cartographie des risques et, depuis quelques années, le thème du réchauffement climatique y prend une place et un poids grandissants. Forbes rapportait même en 2020 que « les menaces graves pour notre climat repré‑ sentent l’intégralité des principaux risques à long terme repris dans le Global Risks Report, tandis que les “confrontations économiques” et la “polarisation politique intérieure” sont reconnues comme des risques importants à court terme pour l’année 2020. »14

Le Forum de Davos Le Forum économique mondial est l’Organisation internationale de coopération public-privé. Le Forum engage les principaux dirigeants politiques, commerciaux, culturels et autres de la société à façonner les programmes mondiaux, régionaux et industriels. Il a été créé en 1971 en tant que fondation à but non lucratif et il a son siège à Genève, en Suisse. Il est indépendant, impartial et n’est lié à aucun intérêt particulier. Le Forum s’efforce de démontrer l’esprit d’entreprise dans l’intérêt public mondial tout en respectant les normes les plus élevées de gouvernance. L’intégrité morale et intellectuelle est au cœur de tout ce qu’elle fait.

On voit des politiciens qui viennent se nourrir des thèses collapsologistes et on a par exemple vu, sur le forum de La 13. http://www3.weforum.org/docs/WEF_Global_Risk_Report_2020.pdf 14. Citation extraite d’un article paru dans Forbes : https://www.forbes.fr/politique/ davos-2020-les-risques-pour-le-climat-au-coeur-des-debats/

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Qu’est-ce que la collapsologie ?

Collapso Heureuse, les listes de Lyon se positionner pour la campagne électorale des municipales (publicité dont nous nous serions bien passés, entre nous soit dit, le sujet étant hors de tout bastion politique et devant rester l’affaire de tous). Isabelle Attard est une archéozoologue, directrice de musée et femme politique française membre d’Europe Écologie-Les Verts. Elle fut députée de la 5e circonscription du Calvados entre 2012 et 2017 et fut aussi l’une des person‑ nalités politiques qui s’est emparée du sujet et qui a pu ainsi contribuer à son rayonnement sans pour autant en faire de la récupération ; je m’arrête ici, parce qu’en fait, aujourd’hui le sujet est devenu si important que nul n’en fait l’impasse. La République en marche avait tout un pan de son programme axé sur le sujet. C’est dire… En ce qui concerne le vainqueur des présidentielles de 2017, les paroles prononcées au regard des actes finalement posés font hurler le brûlant silence si l’on fait fi des stratégies de communication mises en place… C’est mieux que rien, dirons-nous. Si la collapsologie ne date que des années 2010, le Club de Rome15 formule dès les années 1970 une esquisse et une modélisation du monde dont les résultats seront publiés dans un rapport qui s’intitule « Limits to growth » (« Halte à la croissance »), et qui sera vendu à 12 millions d’exemplaires et traduit dans une quarantaine de langues. Il ne s’agit pas de l’œuvre d’« ayatollahs de l’écologie »16 ou autres « khmers verts »17, pour reprendre les expressions introduites récem‑ ment dans le discours public par nos contemporains poli‑ ticiens, puis repris par les journalistes. Il s’agit au contraire d’industriels (financement par la Fondation Volkswagen), de scientifiques, de prix Nobel, qui veulent savoir, par une 15.  Le Club de Rome est un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu’en développement. 16.  Éric Dupond-Moretti, en août 2020. 17.  Yves Calvi, en juin 2020.

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approche prospective, pendant combien d’années encore le monde va pouvoir répondre à la demande de l’humanité, humanité dont les besoins vont croissants, à l’instar de la démographie. Leur modèle, modestement baptisé « World  », modélise le monde, à une échelle macroscopique, c’est-à-dire avec beau‑ coup de recul et de hauteur, avec des indicateurs18 tels que : •  la population et le système démographique ; •  l e système alimentaire, la production de nourriture, sa distribution ; •  le niveau de production industrielle et de services ; •  la pollution ; •  les ressources utilisées ; •  etc.

Ils font alors tourner ce modèle en imaginant plusieurs scé‑ narios différents. Dans ceux-ci, on trouve des hypothèses de réduction de l’activité, un cas dit standard, «  Business as usual  », comme diraient les Anglo-Saxons et beaucoup d’autres qui décrivent un panel de possibles. Les pires d’entre eux illustrent un effondrement de la société thermo-industrielle d’ici les années 2030 dans le pire des cas, et 2050 dans un autre scénario moins extrême (mais loin d’être le moins extrême). Notons tout de suite qu’un modèle est toujours une simplifi‑ cation de la complexité du réel. Il pose un cadre particulier et permet d’illustrer des tendances, mais en aucun cas la science ne saurait être prédictive et pourrait encore moins affirmer pouvoir prédire l’avenir. Il faut garder en tête la nuance impor‑ tante qu’il peut y avoir entre vrai et vraisemblable. On maximise la vraisemblance, mais on ne dit pas le vrai. Ce modèle est 18.  Notez bien que le model World3 n’intègre aucune composante relative au réchauffement climatique.

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Le sujet existe donc déjà depuis longtemps, comme nous avons pu le voir avec ces quelques exemples. L’« effondre‑ ment » est un mot dur qu’il ne faut considérer que pour les temps géologiques, les temps longs et relatifs à l’objet étudié ici, à savoir le climat dans ses périodicités ou au regard des temps de création des ressources dans toute la durée de leur formation (100 à 600 millions d’années selon les pétroles).

Qu’est-ce que la collapsologie ?

ainsi repris 30 ans plus tard, pour être actualisé et backtesté, ce qui signifie en français que les projections d’alors sont confrontées à des données bien réelles, de terrain, qui, 30 ans plus tard, peuvent être comparées à ce qui avait été dit alors (une nouvelle étude, bien plus récente, refait ce travail en mars 2020, une thèse réalisée au sein d’Harvard University19).

Le climat se situe dans la temporalité des ères géologiques, on compte donc en millions d’années. Si on se replace main‑ tenant au niveau de notre subjectivité, de notre temporalité, considérant des durées de quelques dizaines d’années corres‑ pondant à une vie humaine, il vaudrait alors mieux reprendre Alain Damasio20 qui évoque plutôt des « délitements », terme qui me semble bien plus concordant et adéquat quant aux événements que nous allons expérimenter ou que nous expé‑ rimentons déjà (migration climatique, sécheresses à répéti‑ tion, multiplication des phénomènes atmosphériques de type ouragans ou typhons, etc.).

19. https://nrs.harvard.edu/URN-3:HUL.INSTREPOS:37364868 20.  Alain Damasio est un écrivain de science-fiction, né le 1er août 1969 à Lyon.

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collapsologie

heureuse

Comment se pourrait-il que la collapsologie – aussi appelée théorie de l’effondrement – soit heureuse ? Extinction des espèces, changement climatique, danger nucléaire, pollutions… Notre monde semble, selon les théories collapsologues, sur le point de s’effondrer. Face à cet électrochoc et les angoisses que cela génère, il est nécessaire de voir les choses autrement, de s’en extirper, en utilisant le prisme de la joie, et non de la tristesse. Il faut contribuer à la positivité, et non plus à la négativité.

MDS : RU16910

www.rusticaeditions.com

12,95 € TTC

L’auteur, Vadim Turpyn, membre et cofondateur du groupe Facebook « La Collapso Heureuse », nous propose d’observer et de détricoter le mécanisme de nos sociétés basé sur la tristesse et la peur, pour accueillir la joie selon la philosophie de Spinoza, et porter un regard apaisé et optimiste sur un effondrement (possible ?) à venir afin de l’accompagner au mieux.


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La collapsologie heureuse by Fleurus Editions - Issuu