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9782728937622 Le guerrier lion

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GUERRIER LION LA LUX ACADÉMIE TOME 3

JAMES R. HANNIBAL mame


Titre original : Lightraider Academy #3 – Lion Warrior originellement publié par Enclave Publishing, un label de Oasis Family Media. © 2023 by James R. Hannibal Couverture : Emilie Haney Illustrations des cartes : James R. Brown & Melissa Nash

Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sophie Cluzel Édition : Marie Rémond Direction artistique : Thérèse Jauze Suivi graphique : Laura Burnel Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Inass Houari Mise en page : Bruno Ringeval © Mame, Paris, 2026, pour l’édition française. 57 rue Gaston Tessier, CS 50061, 75166 Paris Cedex 19 www.mameeditions.com ISBN : 978-2-7289-3762-2 MDS : MM37622 « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011. » « Ce livre ne peut être reproduit ni utilisé à des fins d’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle. La fouille de textes et de données est interdite conformément à l’article 4(3) de la Directive (UE) 2019/790. »


JAMES R. HANNIBAL

Le

GUERRIER LION LA LUX ACADÉMIE | TOME 3

TRADUIT DE L’ANGLAIS (ÉTATS-UNIS) PAR BLANCHE HINTERLANG


Pour Cindy, John, James, David, Kerry, Josh, Brannon et tous les jeunes de la Lux Académie. Je ne pouvais rêver de meilleurs éclaireurs en me lançant dans cette quête.


Les Dents du Lion

Les îles Gelées

La baie la chute de

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Emen Yan

Les Falaises de Cuivre

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Forêt de Haute-Terre

MONTS INFRANCHISSABLES

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Le Berceau des rois

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Les Hauts du Soufre

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L’étang de Tovat

Les Crêtes Bleues

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Bois Sombre LES PLAINES DE TARLAN a Kezi e d es arm LE L G s I e L ’A EL PIC

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PREMIÈRE PARTIE

LES FLAMMES

« En toute circonstance, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. » (2 Co 4, 8–9)


1 connor enarian keledev les monts célestes Un nuage de poussière attira l’attention de Connor. Un cavalier chevauchait vers lui à toute allure. Sans doute le héraut de la garde aérienne qu’il attendait. Alerté par le cor de l’un des dirigeables, un son puissant qui s’était répercuté en écho sur les pentes des monts Célestes, Connor avait mené son escadron vers le plateau situé sous la Flèche de l’Espoir. Ils avaient été les premiers à atteindre le plateau. Connor vit le héraut agiter frénétiquement les bras et crut entendre les mots « vallée ouest » et « orcs ». Il dut attendre d’être suffisamment proche pour que les cris prennent un sens. – Des orcs ! Ils arrivent du mont Défi. Dépêchez-vous, sentinelles ! Il ne faut jamais agir dans la précipitation, songea Connor en se rappelant les mots de Quinton, leur maître d’armes. Il leva une main apaisante. – Combien ? – D’après nos guetteurs, ils sont très nombreux. Trois compagnies, peut-être. 13


– Soit trois ou quatre fois notre nombre, ce qui ne joue pas en notre faveur, déclara Connor. Il prit le cor accroché à sa ceinture et qui avait remplacé depuis longtemps son sifflet de berger. Il se retourna et souffla vers l’est, priant pour que son appel soit entendu. Enfin, il regarda ses troupes : « À la vallée de l’Ouest ! » Teegan lança son faucon dans les airs et contourna leur escadron composé de cadets et de veilleurs. – Vous avez entendu ? Formez les rangs ! Quand la troupe fut prête, elle galopa jusqu’à la tête de la colonne et se rangea à côté de Connor. – Si seulement la garde aérienne pouvait voler plus près des Monts. Cela nous donnerait un peu plus de temps. – Les vents sont trop violents. Nous avons laissé le mal franchir les montagnes. À présent, nos gardes doivent lutter contre les mêmes intempéries que celles qui nous protègent des dragons. En bon escadron de sentinelles, la colonne se mit à chevaucher avec rapidité et légèreté. Maître Quinton avait nommé ainsi les douze petites unités créées pour protéger les montagnes supérieures. Trop petites, au goût de Connor. Non seulement ils étaient en souseffectif, mais leurs recrues étaient inexpérimentées. Comme si elle lisait dans ses pensées, Teegan lui demanda : – À ton avis, combien sont-ils exactement ? – Soixante, si le héraut a bien reçu le message des guetteurs. Peut-être moins. Mais sûrement plus que notre troupe de quatorze. Je regrette que Dag ne soit pas avec nous. Quand il s’agissait de combat rapproché, le mineur valait à lui seul trois ou quatre hommes. Il avait intégré la sphère des Gardes, qui lui convenait en tout point. Mais Dag dirigeait son propre escadron. Teegan redressa la tête. 14


– Alors, je remplacerai Dag, aujourd’hui. Je prends volontiers ton quota d’orcs, si tu n’es pas d’humeur vindicative. – Mais bien sûr ! C’est moi qui m’occuperai des tiens. Sa taquinerie eut le mérite de lui remonter le moral, et Connor jeta un coup d’œil vers ses troupes. Sur ses douze soldats, sept n’avaient encore jamais combattu : six garçons et une jeune femme, des cadets vaillants fraîchement débarqués des collines de l’Est. Il se concentra à nouveau sur la route et baissa la voix. – Tout bien considéré, autant que nous nous chargions des leurs. La peur se lit sur leur visage. Nous laissons le mal dévaler les pentes. Combien de vies allons-nous perdre à ce rythme-là ? – Nous laissons ? répondit Teegan, les yeux brillants. Les Parchemins ne nous enseignent-ils pas que le Sauveur est le seul souverain ? – Si, mais ils nous apprennent également que nous devons assumer les conséquences de nos actes. Ils quittaient la lisière de la forêt et la piste rocailleuse se fit plus étroite. Teegan dut ralentir. Quand elle rattrapa Connor, un pli inquiet barrait son front. – Tu penses qu’un Keledan est responsable de la brèche. – Mon avis n’a aucune importance, répondit Connor en se redressant sur sa selle. La seule chose qui compte, c’est que notre pays ne sera plus jamais en paix si nous ne mettons pas fin à cette guerre une fois pour toutes. Il s’attendait à une réplique cinglante, mais Teegan leva le bras vers le ciel. – Aethia les a trouvés. Ils sont derrière la colline. Connor fit signe à la colonne de ralentir. Ils approchaient des lacs du Passage et à cet endroit des montagnes, il n’y avait plus de pins pour cacher la poussière soulevée par les sabots de leurs chevaux. Même Aethia pouvait révéler leur présence, et la moindre 15


erreur leur coûterait l’effet de surprise. Autrement dit, leur unique avantage. – Appelle ton faucon, dit-il à Teegan. Les orcs peuvent la sentir. – Inutile, elle sait ce qu’elle fait. Elle va se tenir à l’est pour dissimuler son odeur. Les trois archers qui chevauchaient avec leur escadron remontèrent la colonne pour les rejoindre. Ils étaient si peu nombreux que le premier contact avec l’ennemi était crucial. – Notre faucon les a repérés. Ils sont de l’autre côté de la crête, les informa Connor. Dès que nous aurons atteint le sommet, repérez vos cibles et tirez. Deux flèches d’un coup. Une fois la première ligne tombée, vous nous rejoindrez au combat rapproché. – Et s’ils sont trop nombreux ? demanda l’un d’eux. Où battrons-nous en retraite ? – Il n’y aura pas de retraite. Une fois cette colline franchie, nous arriverons sur le dernier tronçon de la route qui mène au lac du mont Défi. Soit nous les arrêtons, soit nous mourons au combat. Êtes-vous prêts ? Il y eut quelques hochements de tête et des grognements bravaches, bien que le teint pâle des plus jeunes trahissait leur appréhension. Malgré tout, les boucliers scintillants apparurent au bras des cavaliers, cadeau du Sauveur à tous les Keledans. – Bien, déclara Connor. Son propre bouclier d’argent se matérialisa sur son bras sans pour autant le gêner dans le maniement de sa fronde. Il tira Revornosh, l’épée qui avait pourfendu un dragon. La levant haut vers le ciel, il fit danser les rayons du soleil sur son estoile pourpre et lança son cheval. – Chargez !


2 L’escadron forma deux lignes et s’élança pour franchir la colline tandis que les archers restaient en arrière. Ces derniers s’immobilisèrent sur la ligne de crête et bandèrent leurs arcs pendant que les cavaliers dévalaient la pente de plus en plus vite. Teegan, plus légère que les autres, prit la tête du groupe. Connor visa avec sa fronde et lâcha une pierre pour la couvrir. Un orc fit volte-face et, avisant la menace, hurla pour avertir ses compagnons. La pierre de Connor l’atteignit en plein front, et l’orc s’écroula. À côté de lui, un deuxième orc lâcha son arc, atteint à l’épaule par une flèche qui venait de voler au-dessus de Teegan. Une seconde plus tard, elle chargeait, et la créature tomba à terre. Celui qui se tenait juste derrière lui fut transpercé par le trident de Teegan et ses entrailles fondues jaillirent de sa cuirasse. Courageusement, Teegan venait d’ouvrir une brèche, et Connor s’élança. Il lâcha ses rênes et, guidant sa jument avec ses jambes, comme Teegan le lui avait appris il y a bien longtemps, tailla dans la masse. Les orcs tombaient sous les coups de Revornosh. – Connor, à ta gauche ! 17


Grâce au cri de l’archer, Connor tourna la tête juste à temps pour éviter que le cimeterre de pyranium s’enfonce dans son flanc. Son bouclier scintilla, et la lame fut brisée en deux. L’orc hurla de rage. En guise de réponse, Connor cria : « Pour le Sauveur ! » Il frappa l’orc au visage. Malgré la force du coup, il parvint à retenir sa monture et lui fit faire demi-tour avant de plonger Revornosh dans la poitrine de son ennemi à terre. La bataille semblait bien engagée, mais la réalité le rattrapa rapidement : aidés d’un archer, Teegan et lui venaient d’abattre sept orcs seulement. Il en restait encore des dizaines qui avançaient inexorablement vers eux. L’une des veilleurs fut projetée de sa monture. Son cheval gisait, mort, à côté d’elle, et déjà trois orcs l’encerclaient. Connor rengaina son épée et tira son bâton, une arme forgée par les Aropha eux-mêmes, le peuple des Anciens, et dirigea sa pointe d’acier vers elle. – Cadets ! Sur le flanc droit ! Défendez-la ! Les jeunes cadets obéirent, faisant tournoyer marteau, hache et épée. Cinq s’abattirent sur les orcs tandis que deux autres venaient à la rescousse de la jeune femme, la hissant sur la croupe d’un cheval. Malheureusement, les vaillants cadets n’étaient pas encore suffisamment entraînés au combat à cheval. Les orcs reformèrent leur ligne et les forcèrent à reculer. Si le reste de la troupe n’intervenait pas immédiatement, ils allaient mourir. – Teegan ! Repliez-vous ! Protège les nouveaux ! Repliez-vous. N’avait-il pas dit lui-même un instant plus tôt qu’il n’y aurait pas de retraite ? Les cavaliers firent reculer les chevaux, exécutant la manœuvre d’une main de maître, et purent ainsi contrer les orcs et rendre les coups. De nombreux ennemis tombèrent, mais il en restait encore une trentaine debout. 18


Rapidement, il regarda derrière lui, en direction des eaux scintillantes du lac du mont Défi. Elles n’étaient qu’à une centaine de mètres. Cent mètres pour contrer l’attaque ou pour rejoindre le repos éternel d’Elamhavar. Ils avaient un avantage : les rochers et les pentes de la colline formaient une muraille de chaque côté de la route, empêchant les orcs de les encercler. Seulement, cela ne durerait plus longtemps et d’ici là, Teegan et lui ne pouvaient, à eux seuls, abattre suffisamment d’orcs pour espérer gagner le combat. Ils avaient besoin d’aide. Connor leva les yeux vers les Monts. Le soleil de midi dansait au milieu des tourbillons glacés. Au cœur de la bataille, il pria. – Yi rusa kazelatesh elevana. Men taya veni zoweresh ? Je lève mes yeux vers les montagnes. D’où le secours me viendra-t-il ? Il lui sembla que la fin du verset vint des pentes de la montagne, telle une réponse à sa prière. Men ke’Premor, bi keshema po kezavol ke’Krafor. De mon roi, Créateur du ciel et de la terre. Le son du cor couvrit les clameurs des orcs et le fracas des lames. Connor vit Aethia jaillir d’un nuage de poussière. Derrière elle, un deuxième escadron de sentinelles dévalait la pente, Dagram Kaivos en tête. Juché sur son gladion, une race de chevaux spécialement élevée pour le combat aux temps anciens, même si désormais la plupart des Keledans les utilisaient comme bêtes de trait, Dag dépassait de loin les autres cavaliers. Derrière lui, Connor vit briller la tunique rouge pâle du héraut qui lui avait apporté la nouvelle de l’arrivée des orcs. Le jeune homme appartenait à la garde aérienne, mais il n’était ni guetteur ni soldat. Il n’avait rien à faire dans la bataille. À quoi jouait Dag ? À peine cette pensée lui avait-elle effleuré l’esprit qu’une flèche vint se planter dans le cou du héraut. Son cheval se cabra, et Connor fut incapable de voir la suite. 19


Comprenant qu’ils étaient encerclés, les orcs rugirent et leur arrièregarde se tourna pour faire face aux nouveaux assaillants, offrant la percée tant attendue par Connor. Son escadron, qui était en train de battre en retraite, ralentit, mais ne s’arrêta pas. – Halte ! cria Connor. Tenez vos positions ! Trop tard. Déjà, le sol se faisait plus plat. Ils arrivaient sur les berges sableuses du lac. Les orcs avaient gagné du terrain. Immédiatement, ils se déployèrent pour encercler leurs ennemis. Connor reforma ses troupes. – Ne les laissez pas passer ! Ne les… Son cri se coinça dans la gorge. Il venait de voir quatre créatures noires s’élancer de la troupe d’orcs vers les airs : oiseaux gigantesques au long cou épais et aux ailes aussi larges que des chevaux. La bête au centre de la formation avait un sachet noir accroché à ses serres. Elle semblait déséquilibrée par le poids qu’elle transportait. Les trois autres oiseaux volaient autour d’elle, comme s’ils la protégeaient, elle et son étrange chargement. – Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Teegan. – On dirait un genre de vautour ou d’aigle, mais c’est ce qu’ils transportent qui m’inquiète. Connor repoussa un orc et agita Revornosh. – Archers ! Abattez les rapaces ! Un ordre facile à donner, mais difficile à exécuter. Les archers étaient occupés à repousser leurs assaillants. Seule la jeune femme qui venait de perdre son cheval avait les mains libres. Assise derrière son camarade, elle saisit son arc et visa. Un oiseau tomba à terre, puis un deuxième. Les deux survivants changèrent de cap et parvinrent à esquiver les flèches suivantes. Connor avait les yeux fixés sur les deux créatures quand, soudain, le ciel changea. Une immense ombre recouvrit les berges du lac. 20


Un dragon ? Impossible. Rejetant la tête en arrière, Connor regretta son manque de foi. Ce n’était pas un dragon, mais un vaisseau. Un garde-tempête avait été suffisamment fou pour braver les vents et se lancer dans la bataille. Les grandes voiles en soie se dirigeaient vers les deux aigles mais, rapidement, elles s’enroulèrent, entraînant le panier d’osier avec elles. Le vaisseau fut ballotté et pencha étrangement sur le côté, avant de chuter vers la berge blanche. L’archer visa à nouveau l’oiseau qui portait la sacoche de cuir, mais sa dernière escorte se plaça devant lui et reçut la flèche à sa place. Désormais seul, le rapace redoubla d’allure et piqua vers le lac. – Non ! hurla Connor. Comme en réponse à son cri, l’oiseau sursauta une première fois, puis une deuxième, semblant lutter contre de puissantes bourrasques. Enfin, il tomba au sol à un mètre de l’eau, ses griffes toujours serrées sur sa sacoche de cuir, et Connor entendit le craquement écœurant de sa colonne vertébrale. Au même moment, le vaisseau qui avait bravé les Monts s’écrasa sur le versant de la montagne, de l’autre côté du lac. Les ballons en soie, encore visibles derrière la colline, s’enflammèrent. Quel pilote courageux venait de sacrifier sa vie cette fois ? La bataille était gagnée. Les deux escadrons de sentinelles avaient balayé la compagnie d’orcs. Laissant Teegan remercier Dag, Connor se précipita sur la berge pour examiner le cadavre de l’oiseau. Deux hameçons de la garde aérienne étaient plantés dans son corps. Avant qu’il puisse découvrir ce que contenait la sacoche de cuir, il entendit un crissement derrière lui. Connor fit volte-face et dégaina son épée, prêt à combattre. Un jeune homme blond gravit la crête puis descendit la pente d’un pas chancelant, le visage égratigné, la tunique déchirée et brûlée par endroits. 21


Connor le regarda, bouche bée. – Aaron ? Aaron Ilmari, l’ancien coéquipier du veilleur Sireth Yar, tituba vers lui, visiblement hébété, avant de remarquer l’oiseau qui gisait aux pieds de Connor. Il leva le harpon qu’il tenait encore entre les mains et le salua d’un geste vague. – Ah, je l’ai eu finalement ! Surtout, ne me remercie pas.


3 kara orso keledev le vœu d’orvyn – Gardez votre équilibre ! Kara regarda ses dernières recrues perchées sur leurs plaques de talanium, en équilibre précaire sur le pont suspendu et songea à la réaction de Sireth Yar si l’un des novices venait à basculer dans le vide. Elle n’avait aucune envie d’annoncer ce genre de nouvelle au maître des gardes quand il rentrerait de sa patrouille. Encore eût-il fallu qu’il rentre. Sireth et son fils Teran, jeune cadet Éclaireur comme elle, étaient partis depuis des jours. À plus d’une lieue sous ses pieds, les eaux calmes du fjord étaient si bleues qu’elle avait l’impression de se tenir au-dessus du ciel, d’autant plus que deux dirigeables flottaient tranquillement à la surface des flots. Ses pieds se mirent à chanceler, et Kara releva brusquement la tête. Elle croisa le regard du chef des novices. Ces derniers temps, de nombreux pilotes et guetteurs de la garde aérienne avaient rejoint son camp d’entraînement, au Vœu d’Orvyn, sur ordre du conseiller Zayn Boreas. Kara avait pour tâche de les former au combat. Ce groupe-ci était dirigé par un jeune homme qui avait déjà passé 23


haut la main sa formation de copilote. Ses yeux marron, à moitié cachés par une masse de cheveux noirs, soutinrent son regard. À en croire ses épaules détendues, le garçon n’était nullement perturbé par les oscillations du pont retenu par de simples chaînes. – Combien de temps devons-nous continuer l’exercice, mademoiselle Orso ? – Jusqu’à ce que vous le maîtrisiez parfaitement, monsieur Ray. Samar Ray était sans aucun doute le novice le plus doué qu’elle ait jamais entraîné. Tellement doué qu’il en était arrogant. Le jeune homme tendit son épée au-delà de la balustrade et la fit mouliner dans le vide. Le pont vibra, mais sa tête et son torse demeurèrent parfaitement immobiles. Il haussa les épaules. – Vous ne faites qu’un avec votre groupe, répliqua Kara en montrant les huit autres novices qui se tenaient derrière lui. Alignés deux par deux, ses camarades affichaient un air terrifié ou contrarié, peinant à se maintenir sur le pont chancelant. Habitants des plaines ou bergers des collines, ils n’étaient pas habitués à manquer d’oxygène, qui se raréfiait dans les hauteurs. L’un d’eux, l’air malade, menaçait même de rendre son petit déjeuner. – Si l’un de vous échoue, alors tout le monde échoue. Est-ce clair ? Samar serra les lèvres, mais garda le silence. Kara se hâta de reprendre le contrôle, avant qu’un novice bascule par-dessus bord. – Regardez-moi ! Concentrez-vous. Inspirez… Elle prit elle-même une profonde inspiration et traça un cercle dans l’air avec la pointe de son épée. – Et expirez. Inspirez… Expirez. Le pont s’immobilisa. – Bien. Elle marqua un temps d’arrêt, pour qu’ils puissent savourer ce moment de calme. 24


– Maintenant… Samar eut un mouvement vers le bâtiment principal du Vœu d’Orvyn, construit sur la plus haute falaise de l’avant-poste et qui surplombait la mer des Vœux. Une ourse énorme à la fourrure gris et bleu observait leur exercice depuis une passerelle qui prolongeait la cour du bâtiment. – Votre ourse a peut-être envie de nous rejoindre. À moins qu’elle ait le vertige, évidemment. – Ioanu ne m’appartient pas, et non, elle n’a pas le vertige. Son clan n’a peur de rien. – Alors pourquoi reste-t-elle à l’écart ? – Parce qu’elle n’a pas besoin de s’entraîner. – Moi non plus. – Oh, pardon, mais je ne suis pas d’accord. Kara leva son épée un peu plus haut et s’adressa au groupe. – Gardez votre position. Respirez et maintenant… Levez la jambe. – C’est une blague ? Samar se retourna pour faire face à ses compagnons. Tout en levant la jambe, ils s’agrippèrent à la chaîne qui les protégeait du vide. – Ils sont supposés apprendre à se battre, à manier l’épée. Pas à faire ça. Ils ont l’air ridicules, c’est tout. – Ils sont soudés. Ils forment un groupe. Votre groupe. Alors, imitez-les, monsieur Ray. Maintenant. – Ça n’est pas dans votre intérêt. – C’est un ordre, répondit Kara en le fusillant du regard. – Très bien. Samar obéit, mais de la pire des façons imaginables. Il sauta sur la balustrade et s’y maintint, nullement gêné par les secousses provoquées par ses camarades, puis il leva une jambe et vint coller la semelle de sa botte contre le genou de sa jambe opposée. Tout en soutenant 25


le regard choqué de Kara, il tendit son bras libre et fit tourner son épée. – Alors, heureuse ? – Arrêtez immédiatement, Samar, répliqua Kara en l’appelant par son prénom au mépris des règles. Avec prudence, elle reposa sa jambe au sol et demanda aux autres de l’imiter. – Arrêtez immédiatement ! répéta-t-elle. – Pourquoi ? Aurais-je mal compris l’exercice, ô Grande Éclaireuse ? Toutes mes excuses. Je rectifie cela tout de suite. Samar bondit dans les airs et se retourna pour atterrir, toujours sur la balustrade, mais dos à elle. – Mieux ? – Vous avez très bien compris mon ordre. Revenez sur le pont ou vous allez finir par basculer dans le fjord. Le garçon s’exécuta avec une soudaine humilité. – Oui, bien sûr. Comme vous voudrez. Ce revirement surprit Kara. Samar fixait un point derrière elle, un air d’envie sur le visage. Elle suivit son regard et vit que les arbres de la crête avaient pris feu. – N’y pensez même pas, reprit Kara. Vous n’êtes pas encore prêt. Conduisez votre équipe à la caserne et donnez l’alerte au maître des gardes. – Et vous ? – Le devoir m’appelle. Elle leva un bras, mais Ioanu venait déjà vers elle. L’ourse sauta sur un chariot en bois conçu pour glisser sur quatre rails en talanium. Le chariot, qui passait sous le pont, permettait ainsi de relier les falaises du fjord. Kara se mit à courir. De son côté, le chariot allait de plus en plus vite et, bientôt, Ioanu la dépasserait. Il était hors de question 26


de laisser l’ourse arriver la première sur le champ de bataille. Autant la rejoindre. Mais il faudrait viser juste. Entre la vitesse à laquelle le chariot dévalait les rails et le vent, elle avait de fortes chances de manquer son but et de se retrouver dans les eaux du fjord, vingt pieds plus bas. – Podovu motah se natholiond. Shalorovu se sumiond. Ton gardien veille. Il ne permettra pas à ton pied de trébucher. Kara rouvrit les yeux, inspira profondément et sauta par-dessus la barrière. Comme elle l’avait prévu, le vent la poussa sous le pont, mais la chute fut plus lente que ce qu’elle avait calculé. Les câbles qui soutenaient le chariot s’étaient affaissés sous le poids d’Ioanu. Elle allait manquer le chariot… Soudain, elle sentit le bois sous ses pieds : elle avait atterri au bord de la plateforme. Elle tendit les bras pour s’accrocher. – Ioanu ! Ce ne fut pas une patte, mais une main qui se referma sur son poignet. Samar la tira jusqu’à lui et lui adressa un sourire affreusement condescendant. – Qu’aviez-vous dit, déjà ? Je ne suis pas encore prêt ? – Comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? – De la même façon que vous, bien que mon atterrissage fût plus gracieux que le vôtre. Le chariot continuait sa course vers la falaise. Kara repoussa Samar et tira le frein. Le chariot stoppa dans un soubresaut et une pluie d’étincelles. De là, Kara, Samar et Ioanu pouvaient rejoindre un chemin parallèle qui les conduisit jusqu’à un sentier. Ils émergèrent dans une clairière qui abritait l’un des postes d’arrière-garde. Kara et Samar levèrent les bras pour se protéger le visage : le poste était en feu et la clairière irradiait d’une chaleur insupportable. 27


Les premiers Keledans qui osèrent s’aventurer sur ces pics escarpés, qui s’étendaient vers l’est depuis les monts Célestes, avaient construit le Vœu d’Orvyn en plusieurs étapes. Il s’agissait en réalité d’un vaste complexe formé de nombreuses structures séparées par les fjords et reliées entre elles par un système de ponts, de chariots et de barques. Les quatre promontoires les plus élevés étaient surmontés de tours de guet offrant une vue imprenable sur la frontière orientale des pics Célestes et les Brumes de Tempête. Sur les pics moins élevés, les pionniers avaient construit des arrière-postes pour stocker de la nourriture ou se reposer. Ils étaient, dans les faits, rarement utilisés. Soudain, Kara repéra de la fumée qui montait d’un fjord un peu plus loin. Un deuxième poste était en feu. – J’ai peine à croire à un accident, déclara Samar. Kara laissa retomber son épée et ouvrit d’un geste sec son couteau à deux lames avant de lui adresser un regard perçant. – Vraiment ? Ioanu, truffe au sol, flairait le sentier. Son armure bleu foncé brilla tout autour d’elle. – Des gobelins. Ils sont encore proches. À peine avait-elle prononcé ces mots que deux créatures se matérialisèrent au milieu de la clairière enfumée. Elles se précipitèrent sur Samar. Kara le repoussa. – Que faites-vous ? gronda-t-il. – Je te protège. En petit nombre, les gobelins n’étaient pas une véritable menace pour un cadet Éclaireur, et Kara les abattit sans le moindre effort. Deux autres gobelins émergèrent de la fumée et voulurent les prendre à revers, mais ils ne firent pas le poids face aux griffes d’Ioanu. Le calme revint. On n’entendait rien d’autre que le vent et les 28


craquements des deux postes consumés par les flammes. Samar croisa les bras. – J’aurais pu me battre. N’est-ce pas pour cela que nous nous entraînons ? – Que les choses soient claires. Tu n’es pas encore prêt, et je n’ai pas envie de me coltiner un blessé sur le chemin du retour. Ioanu releva le museau et montra le brasier. – Les flammes sont trop vives. Nous pouvons encore protéger les arbres qui délimitent la clairière, mais les postes sont perdus. – Nous n’aurons qu’à les reconstruire, répliqua Samar d’un ton désinvolte. – Je ne suis pas certaine que Sireth soit heureux de gaspiller des ressources et des bras au moment même où l’ennemi déferle dans Keledev. Elle se tourna alors vers Ioanu. – Mais c’est son affaire, pas la nôtre. J’ai reçu un corbeau ce matin. Je suis convoquée à un conseil à Ras Telesar. Je laisse les novices sous ta responsabilité. Contournant l’ourse, Samar releva le col de sa tunique pour lui montrer le symbole qui y était brodé. – Si vous voulez éviter un long voyage à cheval, mademoiselle Orso, je peux vous y conduire. Vous avez un pilote à votre disposition. – Copilote, si j’ai bien compris la nouvelle hiérarchie des gardes. La réplique de Kara eut pour mérite d’effacer son sourire. – Vous voulez profiter de mon dirigeable, oui ou non ?


4 connor keledev ras telesar Connor observait les vaisseaux depuis le huitième rempart. Autrefois verdoyante, la clairière qui s’étalait devant l’Académie avait viré au brun sous l’effet des multiples atterrissages et décollages des appareils. Mais elle était l’un des rares endroits proches de la forteresse à être épargnée par les vents violents qui balayaient les pentes des Monts, assurant aux pilotes un endroit sûr où se poser. De nombreuses voiles de soie bleu foncé, verte ou pourpre approchaient, projetant leurs ombres sur l’herbe desséchée. Au bout de la clairière gisait l’épave du vaisseau d’Aaron Ilmari, que l’escadron de Connor avait remorquée depuis le lac du mont Défi. Un vaisseau aux ballons pourpres atterrit, et Kara sauta au sol, suivie par le pilote, un garçon aux cheveux noirs, au teint olivâtre et à la mâchoire carrée. À sa vue, une légère appréhension serra la poitrine de Connor. Il sentit une envie pressante d’appeler Kara, malgré la distance qui les séparait. Une voix l’en empêcha. – Vous la verrez bien assez tôt, monsieur Enarian. Maître Belen posa sur son bras une main brunie par les ans. 30


– Elle vous attendra dans la salle de Manna. Connor ne put détacher ses yeux de Kara et du pilote qui, visiblement, venait de dire quelque chose de drôle, car elle se mit à rire. Un talent que Connor ne maîtrisait pas encore. – Vraiment ? – Ayez foi, mon garçon, comme elle a foi en vous. Pour le moment, suivez-moi. Nous avons à parler tous les deux. Le maître de la sphère des Inventeurs mena Connor jusque dans la tour qui abritait son atelier. L’épave d’Aaron n’était pas la seule chose que les sentinelles avaient rapportée à Ras Telesar. Ils avaient également emporté l’étrange oiseau abattu sur les berges du lac, sans oublier son chargement. Belen poussa la porte de son atelier. Connor s’était préparé à affronter l’atroce puanteur de la carcasse, mais il ne sentit rien, si ce n’est des vapeurs de sel. D’ailleurs, il ne vit pas d’oiseau non plus. Sur la vieille table rugueuse de Belen étaient posés un paquet et un journal ouvert sur des pages vierges. Belen s’assit sur un banc derrière la table et saisit un crayon. – Décrivez-moi la scène. Tout ce que vous avez remarqué concernant les rapaces. – C’est dans ce but que j’en ai rapporté un ici. Pour que vous puissiez l’étudier. D’ailleurs, où est-il ? – Je l’ai brûlé. Comme nous le faisons à chaque fois qu’un cadavre de créature sombre se retrouve de ce côté-ci de la Barrière. – Mais, Monsieur, si… D’une main, Belen l’interrompit. – Pensez-vous que nous pouvons étudier les corruptions de dragons pour apprendre à les combattre ? Découvrir leurs faiblesses ? Connor hocha la tête. – Je pense qu’en abattant la bête depuis son appareil, votre ami Aaron a découvert le seul point faible qui nous intéresse. 31


Belen regarda Connor par-dessus ses lunettes, une version épurée de l’invention qu’il avait mise au point pour Lee : deux verres enchâssés dans une fine monture en métal. – Combien de coups d’horloge allons-nous perdre à étudier les corruptions de dragons ? Devons-nous salir nos mains de leur sang et de leurs entrailles, répandre leur poison sur nos meubles et nos outils ? – Effectivement, décrit ainsi… – Bien. Nous devons seulement être en mesure de reconnaître le mal. C’est pour cela que je prends des notes, comme le fit maître Rayn Hayabuck avant moi. Aujourd’hui encore, ses connaissances sont précieuses pour l’éducation de nos cadets. Mais souvenez-vous de ceci : nous n’avons pas besoin de nous attarder dans les ténèbres, ni de plonger dedans. Maintenant, décrivez-moi la créature en question. Il fallut à Connor un bon moment pour retranscrire la scène. Il se remémora le vol maladroit de l’oiseau, son cou immense et ses ailes luisantes. – On aurait dit quelque chose entre l’aigle et le vautour, mais en bien plus gros. Il ressemblait plus à un charognard qu’à un oiseau de proie. Belen grogna tout en notant soigneusement la description. Une fois l’exercice terminé, il rangea son carnet sur une étagère derrière lui avant de poser une main sur la sacoche. – Il nous reste ceci. Selon vous, les trois oiseaux avaient pour mission de jeter le sac dans le lac du mont Défi. – C’est ce que j’ai déduit de leur itinéraire, répondit Connor en fronçant les sourcils. Mais je ne comprends pas : si nous devons traiter les créatures sombres avec prudence, pourquoi n’en va-t-il pas de même avec leur chargement ? – Une excellente question, que je me suis moi-même posée avant de prendre un tel risque. Avec un peu d’aide, et beaucoup de précautions, 32


j’ai ouvert la sacoche à l’extrémité de la clairière et figurez-vous que nous avons moins affaire à de la sorcellerie de dragon qu’à de la géologie. À titre d’image, il s’agit d’une épée, et non du combattant qui la manie : elle n’est ni bonne ni mauvaise, tant qu’elle n’a pas été utilisée pour remplir un but particulier. Comprenez-vous ? Connor le regardait d’un air hésitant. – Je vais vous éclairer. Maître Belen dénoua les cordons de la sacoche, et Connor découvrit une énorme quantité de poudre argentée. – De la shairosite. La poudre de bannissement. – Tout juste. Elle n’a pas été contaminée. – La poudre de bannissement reste dangereuse. Nous l’avons utilisée pour fermer le portail de Vorax sur le versant nord de la Barrière. Résultat : c’est toute sa forteresse qui a été détruite. Avec Zel Boreas, nous nous sommes servis de shairosite pour transformer une simple tempête en portail vers Keledev. Mais à chaque fois, nous avons utilisé une quantité bien moindre que celle-ci. Qui sait quelle réaction une telle quantité de shairosite aurait pu provoquer dans les lacs du Passage ? – Je n’en ai aucune idée et je me garderai bien de tenter la moindre expérience. Les dragons avaient peut-être pour intention de déstabiliser, voire de détruire les lacs, afin d’empêcher nos expéditions à Tanelethar. Il y a également une autre possibilité, mais elle est si effrayante que je n’en dirai pas plus tant que je n’ai pas d’autres éléments. Quoi qu’il en soit, nous devons renforcer la garde autour des lacs du Passage en cas de nouvelle attaque. Il faudra y poster des escadrons dédiés. Connor ne put réprimer un rire nerveux. – Qui ? Nous manquons déjà d’effectif. – C’est malheureusement vrai. 33


Belen referma la sacoche. – À ce propos, il y avait autre chose dans le paquet. Quelque chose qui pourrait bien nous aider à renforcer notre défense. L’inventeur posa sur la table un récipient en verre. À l’intérieur, Connor vit des morceaux d’un métal cuivré, recouverts d’huile. D’un geste rapide, Belen retira le couvercle du récipient et saisit l’un des losanges avec une pince, avant de le poser sur le panneau de bois. – Savez-vous ce que c’est ? – Pas le moins du monde. – Du métal de soufre, presque aussi malléable que l’argile. On le trouve uniquement dans les mines des Hauts du Soufre, une chaîne de montagnes de Tanelethar. Les forgerons les plus fortunés en achètent pour augmenter la puissance de leurs forges, car ce métal transforme les flammes en feu incandescent. Mais il semblerait qu’il possède une autre propriété, dont j’ignorais tout jusqu’ici. Observez bien. L’inventeur en coupa une lamelle et la laissa tomber dans une auge de pierre remplie d’eau. Le métal se mit à grésiller avant de luire, comme s’il était chauffé à blanc, et d’exploser. Connor se jeta en arrière et protégea son visage. – C’est le même phénomène que les minéraux marins, ces pierres dorées qui bouillonnent dans l’eau. – Pourtant, la réaction est tout autre. Les pierres dorées s’enflamment dès qu’elles quittent l’eau salée. Il semble au contraire que le métal de soufre s’embrase au contact de l’eau. Il saisit un chiffon et dut s’y prendre à plusieurs reprises pour étouffer la flamme. – On l’éteint difficilement. Mais ce n’est pas tout. Belen coupa des tranches supplémentaires et les déposa sur la table, toutes espacées de plusieurs centimètres. Il plongea ensuite ses 34


pinces dans l’eau et laissa tomber une seule goutte sur la première lamelle. Comme lors de la précédente démonstration, elle prit feu, immédiatement, ainsi que les tranches suivantes qui explosèrent chacune à leur tour, successivement. Se souvenant d’un terme utilisé par Belen pour parler des réactions à la chaîne en classe de philosophie naturelle, Connor commenta le phénomène. – Le métal agit de manière solidaire en présence de sa propre espèce. Tout en essayant d’éteindre le feu, le gardien le regarda d’un air ravi. – Oui, oui. Très bien. Vous avez toujours été un élève brillant, mon garçon. Brillant. – Dans quel but a-t-on choisi ce métal ? – Hmm ? Visiblement, Belen avait perdu le fil de leur conversation, ce qui lui arrivait souvent. Lee y voyait le signe d’une grande intelligence, ce à quoi Teran répliquait qu’il s’agissait d’une question d’âge. Connor le ramena sur terre. – La sacoche, maître Belen. Pourquoi avoir mis le métal de soufre dedans ? – Ah, oui. Pour servir de détonateur, je pense. Un feu se serait déclenché sous l’eau avec une puissance extraordinaire. À mon avis, les dragons espéraient que l’eau s’infiltre dans la shairosite. Le métal de soufre aurait explosé, comme vous venez de le voir à l’instant, éparpillant la poudre dans tout le lac. – Ce qui aurait pour conséquence de détruire l’un des portails du Sauveur. – Peut-être. Et encore, c’est une des possibilités les moins sinistres. Espérons ne jamais subir les effets de leur plan. Belen rangea le métal de soufre. – Inutile de nous perdre dans des spéculations douteuses. En 35


réalité, si je vous ai fait venir ici, c’est pour une raison tout autre et bien plus importante. Il se mit à fouiller l’une des poches de sa veste. – Voyez-vous… À ce moment, la cloche de la salle de Manna retentit. Belen retira la main de sa veste. – Notre conversation devra attendre, mon garçon. Le directeur nous appelle. Allez-y, je vous rejoins dans un instant.


La guerre des dragons a franchi la barrière. Les forces de la Terre Libre s’amenuisent. Si l’Assemblée ne décide pas rapidement de prendre un nouveau tournant, l’invasion des dragons sera inarrêtable. Pendant un an, Connor et Kara ont gardé secrète la localisation de la Dague Rouge. Leur seule chance de vaincre Heleyor et de mettre fin à la guerre. Le temps est venu de révéler leur découverte et d’agir. Connor, Teegan et Aaron se mettent en quête de la Dague, tandis que Kara est missionnée pour aider les nouvelles forces armées aériennes, les brise-vent, à se former au combat afin de mettre toutes les chances de leur côté. Pendant ce temps, Lee et Zel parcourent Tanelethar à la recherche de l’armée d’Aladoths, afin de les empêcher d’atteindre un portail et de rejoindre Keledev. Chacune de leurs quêtes va prendre une tournure personnelle et les mener à dépasser leurs peurs, leurs doutes, et à s’appuyer sur le Sauveur et se rapprocher de lui toujours plus. NE RIEN FAIRE, C’EST L’ÉCHEC ASSURÉ. POUR ATTEINDRE LA VICTOIRE, TOUS DEVRONT AGIR MALGRÉ LEURS DOUTES ET FAIRE CONFIANCE AU SAUVEUR.

22,90 € France TTC www.mameeditions.com MDS : MM37622


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