Skip to main content

Donner une âme à sa maison

Page 1

Olivia de Fournas

Donner une âme à sa maison

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 3

23/02/2022 10:38:21


À Betty et Marc †, Françoise et Christian, Élisabeth et Jacques, familles ­d ’accueil qui m’ont offert plus qu’un toit, avec ma reconnaissance éternelle.

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 4

23/02/2022 10:38:21


Introduction

« Cette maison enfouie qui bouge au tréfonds de nous, c'est la maison qu'à notre tour nous rebâtissons pour d'autres. »

Colette Nys-Mazure, Célébration du quotidien

J’ai vécu avec mes parents, en colocation ou au sein de familles d ­ ’accueil et seule. J’ai séjourné dans des appartements, des maisons, une clinique, des pensionnats, une chambre de service… Ballottée entre plusieurs domiciles, parfois ou souvent privée de vie familiale durant mon adolescence, amputée brutalement à deux reprises de mon lieu de vie, il m’a toujours manqué une maison. ­Certains murs furent des refuges, d ­ ’autres des prisons. Certains furent quittés à regret, ­d’autres de plein gré. Les uns m’ont laissé des cicatrices, les autres ont pansé mes plaies. Je rêvais déjà d'une maison à 14 ans, dans le pensionnat 5

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 5

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

anonyme d ­ ’une grande ville, en regardant les fenêtres éclairées des voisins. Derrière les vitres de ­l’immeuble d’en face, des familles se réunissaient autour ­ ­ d’un repas. ­J’imaginais leurs liens, leurs conversations et ­l’agencement de ­­l’appartement. Vivre chez soi avec sa famille, y a-t-il sort plus enviable ? Autant dire que la maison est un sujet qui m’a toujours… habitée. J’ai conscience qu'elle représente beaucoup plus qu’un toit et quatre murs. Est-ce une lubie matérialiste d ­’accorder tant ­d’importance à un lieu ? « Pensez aux réalités ­d’en haut, non à celles de la terre », exhortait saint Paul aux Colossiens. De plus en plus ­d’âmes volantes n’ont pas besoin de ce qu’elles considèrent comme une « boîte à vivre ». Les habitués des penthouses vitrés, des hôtels ou des « maisons Kleenex » quittent leur logis comme leurs pays, sans en prendre ombrage. Les « Partout », comme les nomme David Goodhart1 en les opposant aux « Quelque part », sont bien où qu’ils soient. Les aventuriers et quelques grands saints rejettent parfois la propriété. Ils ont pourtant bien souvent des racines plantées dans leur enfance, dans une maison, un pays, une terre connue. 1. David Goodhart, Les Deux clans, Paris, Les Arènes, 2019.

6

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 6

23/02/2022 10:38:21


Introduction

D’ailleurs, si Jésus lui-même « n’a pas d'endroit où reposer sa tête » (Mt 8, 20), il venait d ­ ’un endroit précis, à Nazareth. Il a été élevé par ses parents dans une maison. Il a grandi en Galilée auprès de Joseph, un charpentier – un spécialiste des constructions. À J­éricho chez Zachée, à Béthanie chez Marthe ou Simon, le Fils de Dieu est passé d ­ ’habitation en habitation. Dans les évangiles, le logis est une pierre d ­ ’angle. Jésus y enseigne, y rassemble ses apôtres lors de la Cène et rompt même le pain chez les disciples ­d’Emmaüs. La vie du Christ m’a confortée dans ­ l’intuition ­profonde que, pour être fécond n’importe où, encore faut-il être heureux chez soi. Le « pays » où ­l’on habite et la manière ­d’y vivre sont donc une affaire sérieuse. Notre maison parle pour nous, parfois plus que les mots. Que l­’on soit propriétaire, locataire ou invité, notre rapport au monde et aux autres s'élabore sous un toit. Quand il décrit la désolante pension Vauquer dans Le Père Goriot, ou bien l­’austère maison des Grandet, Balzac révèle en même temps ceux qui ­l’habitent. De nombreuses œuvres littéraires commencent par des privations de maison et de famille – les deux allant souvent de pair. L’étymologie grecque du mot « maison », oïkos, signifie d ­ ’ailleurs à la fois « maison » et « maisonnée ». La 7

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 7

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

maison est au cœur de récits fascinants – Ulysse souhaite rentrer à Ithaque dans l’Odyssée et Lioubov refuse de vendre le domaine de La Cerisaie. Dans La Chute de la maison Usher ­d’Edgar Poe, maison et famille sont liées à tel point que les fissures de ­l’une symbolisent la décadence de ­l’autre. Comment faire le deuil ­d’une maison que ­l’on n’a pas eue ? En travaillant à donner une âme à la sienne. J’ai donc cherché à pénétrer les secrets des bâtisses qui rayonnent. À identifier comment leurs habitants parvenaient à devenir la discrète présence qui accueille le proche ou ­l’étranger. À valoriser la transmission des souvenirs, des rituels, du temps passé ensemble qui solidifient les murs porteurs du foyer. Comment accorder une juste place à sa maison, entre obsession et désintérêt ? Comment vivre sous son toit sans devenir son esclave ? Puisque c'est dans notre maison que nous demeurons, autant réfléchir à la manière d'y habiter. Car si on lui accorde l­’importance qu’elle mérite, la maison peut devenir un intermédiaire vers le Royaume des Cieux.

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 8

23/02/2022 10:38:21


1.

Choisir le lieu où j’habite

« Les maisons ne mentent jamais. Quand ils parlent ­d ’eux-mêmes, les gens s’entourent de superstructures auxquelles ils finissent par croire. Mais le lieu où ils ont choisi de vivre, inévitablement, dit tout ­d ’eux. »

Donato Carrisi, Le tribunal des âmes

Comme une seconde peau, la maison me protège. Elle m’apprend à vivre avec moi-même et en compagnie des autres. Quand je l­’interroge, elle me renseigne sur ­l’importance que j’accorde au travail, à la famille, à ma vie sociale ou intérieure. En fonction des âges de ceux qui l'habitent, elle devient lieu de rassemblement ou de recueillement, studieux lorsque j'y travaille, serein lorsque j'ai besoin de repos. Dans une société

9

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 9

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

de plus en plus mobile, elle fait office d ­ ’ancrage. Dans tous les cas, elle demeure un endroit de ressourcement dans lequel je puise mon énergie. Je n’aime pas beaucoup m’en éloigner. J’y reviens après une journée de travail, toujours impatiente de la rejoindre. J’y retrouve une part de moi-même laissée en la quittant. Elle me rapproche également de ceux qui ­l’habitent ou la traversent, et tant pis pour le bruit ou ­l’exiguïté. La maison de mes rêves est joyeuse, aimante et toujours peuplée. À ­l’inverse, le philosophe Michel Onfray valorise avant tout un lieu capable de lui procurer « calme, silence, méditation, solitude2 ». L’essayiste Dominique Loreau ne jure que par les petits espaces. À chaque foyer son style de maison. Que cherchons-nous entre ses murs ? Une base arrière pour nous sécuriser ? Un tremplin pour exhiber notre statut social ? Nos motivations doivent être décantées. À chacun ses préférences, à condition de regarder en face qui nous sommes. Il est parfois difficile de discerner ses résistances, souvent héritées de ­l’enfance. J’avoue, pour ma part, craindre la charge mentale et financière ­d’une maison, mais pas seulement. Au fond, j’ai sur2. Le Figaro, 23 juillet 2021.

10

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 10

23/02/2022 10:38:21


Choisir le lieu où j’habite

tout peur d ­ ’en être obnubilée, de vouloir rattraper avec elle le temps pendant lequel j’en ai été privée. Oui, les constructions sont aussi vouées à disparaître, il faut savoir vivre avec l­’inconfort de leur existence transitoire. Toutefois, une maison est parfois nécessaire pour maintenir un esprit de famille, reconstruire une famille disloquée, digérer une séparation ou un deuil. À condition de ­l’habiter vraiment, c’est-à-dire de passer du temps entre ses murs. Comme si elle ouvrait ses bras, la maison offre alors un espace pour se remettre en selle et tisser des fils entre ses occupants. Adolescente, je me sentais comme le Cadet Rousselle du chant populaire, celui qui « a trois maisons » – donc aucune – et des affaires partout. J’aurais tout donné pour être attendue dans ­l’une ­d’elles, même « sans poutres ni chevrons ».

Une place pour Dieu En tant que chrétienne, j'essaye de me demander ce que le Christ aurait fait à ma place. Comment lui faire droit dans mon projet de maison ? Je suis intimement convaincue que notre lieu de prédilection magnifie nos talents, même si cette intuition ne repose sur aucun texte magistériel. Le contemplatif rayonnera davantage s’il choisit un habitat proche de la nature, à proximité d ­ ’un lieu de prière où il pourra se ressourcer. Le sociable, lui, s’implantera dans un lieu accessible 11

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 11

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

pour ouvrir ses portes plus facilement. Sans discernement repensé à chaque étape de notre vie, notre domicile peut vite refléter nos préoccupations matérielles. Or, chacun n’espère-t-il pas être ancré dans le monde sans totalement lui appartenir ? Notre maison a également vocation à servir les autres. Les familles d ­ ’accueil, par exemple, manquent cruellement à ­l’appel. Des foyers unis pourraient aider les moins bien lotis. Pourquoi ne pas postuler auprès du Service départemental de l'accueil familial (Sdaf) pour être recruté en tant qu’assistant familial et vivre aux côtés de ceux qui ont moins de chance ? Plus facilement, lorsque les enfants partent, les chambres vides peuvent accueillir temporairement des étudiants isolés. À la retraite, de plus en plus de personnes envisagent de passer leurs vieux jours dans une maison partagée, comme un béguinage. Ce projet collectif, composé ­de logements individuels et ­d’espaces communs, permet ­d’éviter la solitude et l­’isolement. Comment une maison peut-elle nous aider à devenir plus féconds ? Colocation solidaire ou chambre solitaire, bâtisse séculaire ou tiny house mobile... Quelle que soit sa taille ou son apparence, une maison chrétienne éclaire, mais n’éblouit pas. Sans ostentation, elle invite à la simplicité et à l­’humilité de l­’Évangile. C’est bien le moins si 12

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 12

23/02/2022 10:38:21


Choisir le lieu où j’habite

l­’on pense aux personnes mal logées, dans des squats, hôtels, caravanes, foyers ou centres ­ d’accueil. Sans oublier celles qui vivent dans la rue.

Oublier (un moment) le rationnel Notre histoire personnelle rencontre celle d ­ ’un lieu. Avant de choisir où fonder notre foyer, remettons notre projet entre les mains de Dieu et laissons les petits signes du Ciel nous guider. La présence d ­ ’une chapelle, un coup de téléphone à une personne accueillante, un aïeul enterré à proximité… Demandons aux enfants ­d’écrire ou de dessiner ce qu’ils aimeraient y trouver dans un « cahier de maison », sorte de journal de bord commun. La maison est ­d’abord un endroit que l’on aime, avant de vouloir ­l’améliorer. Confions notre dessein à saint Joseph, patron de la famille. Et maintenant, fermons les yeux, laissons notre mémoire rassembler les images de tous les lieux dans lesquels nous avons habité et discernons ce que nous avons retenu de chacun... Pourquoi ai-je été malheureuse dans un endroit et sereine dans un autre ? Je me souviens de la gaîté ­d’une chambre ­d’enfant partagée avec mon frère, de la chaleur des maisons bénies qui m’ont accueillie comme un enfant supplémentaire, du premier appartement où j’avais enfin mon mot à dire... 13

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 13

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

Ces souvenirs concrets sont désormais incarnés dans ma nouvelle maison. Ils m’aident, à leur manière, à guérir de mon passé. J’essaye de restituer aujour­d’hui dans mon appartement ce que j’ai pris chez les autres. Pour favoriser les complicités entre les enfants vécues dans mon enfance, j’ai, par exemple, installé des lits-tiroirs dans les chambres. Afin de rendre un peu de ­l’amour donné par mes familles ­ d’accueil, j’essaye de prêter attention à ceux qui ont besoin ­d’un logement. Pour que les membres de ma famille se sentent chez eux, j’essaye de laisser chacun donner son avis quand j’achète un objet, sans me réserver systématiquement le dernier mot. J’essaye.

AVANT DE CHOISIR SA MAISON - Invoquer ­l’Esprit Saint et réciter une neuvaine à saint Joseph avant de commencer sa recherche3. - Se demander à quel usage sa maison est prioritairement destinée : travail, famille, vie sociale ou intérieure. - Chercher comment inclure les autres dans son projet : famille d ­ ’accueil, béguinage… - Se remémorer les maisons dans lesquelles on a été heureux et incarner ces souvenirs dans son projet. 3. https://hozana.org/priere/neuvaine/saint-joseph/logement

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 14

23/02/2022 10:38:21


2.

Un projet familial

« Bien chez soi, mieux ensemble. »

Devise de Fratries, colocation solidaire française

Alors que je cherchais une maison à Reims, une amie m’a demandé : « Connais-tu les trois critères essentiels pour bien choisir son logement ? » Sa réponse en forme de boutade rejoint celle des professionnels de l­’immobilier : « L’emplacement, l’emplacement et l­’emplacement. » En effet, une maison proche ­d’une gare, ­d’une grande ville et ­d’une école peut sembler la panacée. Puis-je cependant laisser les commodités guider mon choix ? Les agents immobiliers ont sans doute raison, la situation géographique compte, mais pas seulement pour l'aspect pratique. Les personnes qui nous entourent sont primordiales. Commerçants et voisins donnent 15

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 15

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

une âme au lieu. « Le Prince », mon épicier préféré que je connais suffisamment pour lui laisser mes clefs, fait partie de ma vie. Ma paroisse et les amis de mon quartier aussi. Car, à moins de vivre dans une thébaïde étanche au monde comme le héros de Huysmans dans À rebours, nous finissons par ressembler aux personnes que nous côtoyons. Si nous sommes chrétiens, nous avons notamment besoin d ­ ’autres personnes qui partagent notre foi. Nous agissons en effet différemment dans un endroit déchristianisé ou à proximité ­d’une communauté religieuse. C’est l­’intuition alléchante de Monasphère. Cette entreprise propose à des familles de s’établir autour de lieux spirituels, comme un sanctuaire ou une abbaye. Choisir une nouvelle habitation est l­’occasion de se demander si les personnes qui nous entourent vont purifier nos appétits ou les aiguiser. Avec qui sera-t-il possible de développer une vie intérieure fraternelle et spirituelle ? L’entourage a-t-il un mode de vie différent du mien et vais-je me sentir toujours un peu décalée ? L’éducation des enfants est également à prendre en compte. Auprès de qui vont-ils être élevés ? Existe-t-il des groupes scouts, un patronage, une paroisse où ils seront les bienvenus ? Le mode de vie de leurs camarades sera-t-il en cohérence avec le nôtre ? 16

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 16

23/02/2022 10:38:21


Un projet familial

Un projet commun Sur quelle terre s’enraciner ? Si ­l’on est marié, un terrain d ­ ’entente avec son conjoint doit être trouvé : un foyer qui ressemble seulement à l'un des deux dissone. ­L’engagement des époux reste le socle de la maison. Si chacun reste avec son rêve en tête, sans cesse repoussé, la maison ne s’incarne jamais. Certes, la synthèse devient difficile lorsque l­’un désire un appartement simple et fonctionnel proche des axes routiers, avec parking et vide-ordures, et l­’autre une maison de charme à rénover dans la campagne. Peut-on envisager une alternance possible en fonction des saisons de la vie ? Car un projet a priori fédérateur, comme l­’acquisition d ­ ’une maison, peut devenir œuvre de division. Si Jack London avait vraiment écouté sa femme, il n’aurait peut-être pas fait construire Wolf House, la maison californienne de ses rêves qui l­’a écrasé de dettes. Il en va de même pour le mari de Rebecca, du roman éponyme, avec Manderley. Dans ce manoir, le fantôme de sa première épouse empêchait la seconde de vivre. Coïncidence ? Les deux demeures ont rapidement brûlé. J’aime la vision de la maison solide, résumée par Isaïe : « Mon peuple habitera un séjour de paix, des demeures protégées, des lieux sûrs de repos » (Is 32, 18).

17

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 17

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

En plus des petits dialogues du quotidien, le choix ­d’une maison mérite donc une réunion officielle bien préparée. Réservons une date et un endroit agréable, étalons une carte de la ville ou de la commune sur la table et commençons à échanger sur nos désirs. - Quel est notre projet commun pour cette maison (être proches de nos amis, réunir la famille, avoir de ­l’espace, télétravailler facilement…) ? - Combien de temps comptons-nous y demeurer ? - Quel budget pouvons-nous y consacrer ? - Sommes-nous chacun disposé à faire des concessions sur la taille ou l­’emplacement ? - De quoi souhaitons-nous être les plus proches (école, travail, famille élargie, lieu de vacances, paroisse, etc.) ? - Quelle place pour la nature (jardin, parc, forêt) ? - Souhaitons-nous plutôt un cœur de ville, une banlieue, un village ou la campagne ? - De combien de chambres avons-nous besoin ? - Comment y accéder (voiture, gare, RER, métro) ? - Préférons-nous un lieu avec ou sans travaux ? Si les discussions conduisent à une impasse, voire à un conflit, un médiateur familial peut être consulté. Une séance peut parfois suffire. Le logement idéal n’existe toutefois pas. Il possède nécessairement des défauts : excentré, bruyant, trop petit, sombre… Demandons 18

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 18

23/02/2022 10:38:21


Un projet familial

à Dieu de nous faire aimer notre maison, si tel n’est pas le cas. La Fontaine mettait en garde son héron : « Gardez-vous de rien dédaigner / Surtout quand vous avez à peu près votre compte. » La maison élue, fruit de compromis faits par amour, porte la marque de notre mariage. N’est-ce pas pour mon conjoint que je supporte ce meuble improbable hérité de ma bellefamille, qui rompt l'harmonie de la pièce ?

Consulter les enfants Une fois cette réunion de cadrage effectuée, si ­l’on cherche le bien de famille, les enfants doivent aussi être consultés. Leur avis peut éclairer un aspect auquel les adultes n’auraient pas pensé (la ruelle qu’il fallait emprunter pour se rendre à l­’école effrayait ma fille, par exemple). « Dieu inspire souvent le meilleur conseil au plus jeune », écrivait saint Benoît dans sa célèbre Règle. Ils ont des goûts plus simples que les nôtres. Et sans doute aussi plus de bon sens. Je me désole toujours d ­ ’entendre certains parents parler de « leur maison » ou dire à leur enfant : « Tu feras ce que tu voudras quand tu seras chez toi. » Comme si leurs enfants faisaient seulement partie du décor. Intégrés à la réflexion, ils peuvent décrire leur maison idéale. Si nous les impliquons au moment où nous hésitons entre 19

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 19

23/02/2022 10:38:21


Donner une âme à sa maison

plusieurs endroits, invitons-les à exprimer les points positifs et négatifs de chaque lieu. Enfin, lorsque la maison est choisie, ils peuvent décider de leur chambre (parfois un tirage au sort est salutaire) et de sa décoration. Enfin, quel projet commun, quelle devise pourrait figurer au fronton de notre futur foyer ? « Messire Dieu premier servi », affirmait Jeanne ­d’Arc. Je n’ai pas de maison – et donner un nom à un appartement sonnerait un peu étrangement – mais, si j’en avais une, j’ai déjà réfléchi à son nom : je l­’appellerais « Rencontre ».

POUR AFFINER SON PROJET - Comment se ressourcer spirituellement à proximité de sa future maison (paroisse, sanctuaire…)? - Existe-t-il des lieux pour que les enfants fortifient leur foi ? - Le voisinage va-t-il m’aider à devenir meilleur ? - Organiser une réunion conjugale préparée pour en parler. - Consulter ses enfants. - Se demander comment faire une place à Dieu dans la maison. - Trouver une devise commune pour les habitants de la future maison en piochant dans des paroles ­d’évangile, ou parmi les devises humaines : « Juste et fidèle » (devise de la famille d ­ ’Alton), « Toujours unis » (devise de la maison Frey, dans Game of Thrones ), etc.

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 20

23/02/2022 10:38:21


Table des matières Introduction.................................................. 5 Chapitre 1 : Choisir le lieu où j’habite............ 9 Chapitre 2 : Un projet familial...................... 15 Chapitre 3 : Accueillir ses proches ................ 21 Chapitre 4 : Accueillir des inconnus............. 31 Chapitre 5 : De l­’importance des maîtres de maison .................................................... 41 Chapitre 6 : Dieu dans chaque pièce............. 49 Chapitre 7 : Déco catho et coin prière ......... 57 Chapitre 8 : Ordre ou désordre ?.................. 65 Chapitre 9 : Les rituels.................................. 73 Chapitre 10 : Déménager et transmettre....... 83 Conclusion................................................... 93 Remerciements............................................. 96

DonnerUneAmeASaMaison_BAT.indd 95

23/02/2022 10:38:23


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Donner une âme à sa maison by Fleurus Editions - Issuu