J UDITH B OUILLOC & S ARA U GOLOTTI
La VOIE D’ APRÈS L ’ ŒUVRE
DE SAINTE
T HÉRÈSE
mame
DE L ’E NFANT -J ÉSUS
À Françoise et Cécile, merci. Pour Ruben aussi.
« Je me réjouis d’être petite puisque les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste. » Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face
CHAPITRE 1
La montagne de Dieu
« Jésus gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui. » Mc 3, 13
Sur le chemin d’Henri, il y a des arbres de toutes
les couleurs et des volcans qui grondent. L’enfant progresse lentement entre les fleurs sauvages et les ruisseaux à traverser. Sac au dos, il chante à tue-tête : « Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tout cela, ta sagesse l’a fait ; la terre s’emplit de tes biens. » L’enfant rencontre parfois des promeneurs du dimanche qui coupent sa route et ses chants. Ils lui font remarquer : « Qu’il chante faux ! Qu’il est vraiment petit pour son âge ! Trop lent ! Trop fragile pour voyager ! » Henri n’écoute pas ces reproches, car il est trop occupé à ramasser les minuscules trésors que lui offre le chemin. 11
À genoux sur le sable, il s’émerveille devant une petite fleur blanche. Le lys miniature a poussé dans la fissure d’un rocher. On dirait qu’il a percé la pierre, à moins qu’il n’ait trouvé une petite voie dans le granite ? Une fourmi passe sous la petite fleur blanche. Elle porte sur son dos un morceau de pain qui fait vingt fois sa taille. La petite fourmi zigzague entre les grains foulés par les passants, l’enfant la suit et débouche sur un immense champ de lavande ! Devant cette mer violette et parfumée, Henri se rappelle pourquoi il aime tant les fourmis et les insectes en général. Malgré leur petitesse, ces créatures n’en finissent pas de le surprendre ! La fourmi porte sur son dos un très lourd fardeau. L’abeille danse entre les brins mauves pour fabriquer le plus délicieux des miels. Les araignées d’eau aux longues pattes glissent à la surface du lac vert. Henri essaie de les attraper, mais il n’arrive qu’à se mouiller les pieds. Les araignées, elles, marchent sur l’eau. Comme Jésus dans la Bible ! Jésus ! C’est pour lui qu’Henri s’est mis en marche. L’enfant est attiré par sa croix perchée au sommet de la montagne. Cette croix est le symbole de la mort et de la résurrection de Jésus, le signe de son très grand amour 12
pour les hommes. Quand l’enfant plisse les yeux, il aperçoit la cime enneigée surplombée de cette croix immense. La montagne l’appelle. C’est là-haut qu’Henri veut aller : sur la plus haute montagne de l’univers, là où la terre touche le ciel. Au sommet de l’amour !
CHAPITRE 2
Le gros livre usé
« Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. » Ps 118, 105
Plusieurs fois par jour, l’enfant trébuche sur le
chemin. Les ronces griffent ses bras, les rochers volcaniques écorchent ses genoux. Mais comme il est petit, il ne tombe pas de très haut et peut se relever bien vite. Tel un petit lutin entêté, Henri finit par reprendre sa route. Aujourd’hui, quel dommage, le sommet est caché par le feuillage des arbres. Henri ne peut qu’imaginer la montagne de son idéal. Il lui semble qu’il avance à contresens, car la foule des promeneurs va à l’opposé de là où il voudrait aller. En fin de matinée, il a même l’impression de tourner en rond. Tout le monde a disparu… et il se retrouve seul entre les grands sapins. 19
– Ai-je vraiment pris la bonne direction ? se demande l’enfant à chaque pas. La fatigue, l’agacement, le poids du sac le font sérieusement douter. C’est qu’il est temps de faire une pause. Henri jette son sac dans l’herbe, et en tire un pique-nique qu’il partage avec les oiseaux. Après le repas, il ouvre un très gros et très vieux livre. C’est une bible offerte par ses parents. À l’extérieur, elle est aussi usée que la semelle de ses chaussures de marche, mais à l’intérieur, les mots lui semblent toujours neufs. Ils racontent l’histoire du peuple juif et celle de Jésus. On y trouve aussi des prières qui ressemblent à des poèmes. Ce sont les psaumes qu’Henri fredonne jour et nuit. Ce soir, la Bible lui dit : « Je prends les ailes de l’aurore et me pose au-delà des mers : même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit. » L’enfant répète ces mots. Lorsqu’il ferme les yeux, il sent le souffle du vent dans son dos. La voix de Dieu se promène dans la Bible et dans la brise du jour. Cette présence à ses côtés le guide et l’inspire.
20
Henri reprend la route d’un pas décidé. La nuit descend sur la montagne qui réapparaît derrière les arbres. Au-dessus du sommet, un groupe d’étoiles a la forme d’un H majuscule. Ébloui par la beauté de la voie lactée, Henri s’écrie : – Mon nom est inscrit dans le ciel !