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Méditations de Noël

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Jean-Philippe Fabre

Noël, fête de la venue du Sauveur, de l’union charnelle de Dieu et de l’humanité. Quel plus beau cadre que Notre-Dame de Paris pour préparer notre cœur à le vivre dans la joie ?

�éditations de Noël

Illustré par des images du spectacle Dame de cœur, qui avait sublimé la beauté de cette cathédrale tant aimée, cet ouvrage reprend trois conférences de l’Avent qui y avaient été prononcées, trois méditations sur les annonces de la naissance de Jésus faites à Zacharie, à Marie, à Joseph. Une quatrième, sur le prophète Isaïe, y a été ajoutée, pour souligner que cet événement était attendue de longue date par le peuple d’Israël.

Jean-Philippe Fabre est prêtre du diocèse de Paris depuis 1998. Docteur en théologie biblique (Faculté Notre-Dame – 2012), il est directeur des cours publics et professeur au Collège des Bernardins.

9,90 € France TTC www.mameeditions.com

9782728929214_CV_AVENT.indd Toutes les pages

Photographie de couverture : © Lux Fiat – Dame de cœur

Un livre magnifique sur la foi, qui parlera tant aux chrétiens qu’à ceux qui sont en recherche.

Jean-Philippe Fabre chapelain à Notre-Dame de Paris

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CONFÉRENCES DONNÉES À NOTRE-DAME DE PARIS

I Préface de Mgr Patrick Chauvet

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Jean-Philippe Fabre chapelain à Notre-Dame de Paris

CONFÉRENCES DONNÉES À NOTRE-DAME DE PARIS

Préface de Mgr Patrick Chauvet Recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris

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Préface L’une des missions pastorales de Notre-Dame, l’Église-mère du diocèse de Paris, est de nourrir spirituellement celles et ceux qui viennent boire à la source. Les conférences appartiennent à la tradition de la cathédrale. À côté des célèbres conférences de Carême, il y a tout au long de l’année des enseignements qui permettent aux fidèles d’approfondir leur foi. En lien avec le Collège des Bernardins, les conférences ont une dimension spirituelle pour favoriser une entrée dans le dessein d’Amour de Dieu. Le père Jean-Philippe Fabre propose tout au long de ces pages une belle méditation sur le mystère de Noël ; une invitation à ouvrir les Écritures pour creuser en chacun d’entre nous le désir de Dieu. Nous ne pourrons jamais nous habituer au mystère de l’Incarnation. Pour retrouver la joie de Noël, ne 7

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faut-il pas nous mettre à l’école de ceux qui ont attendu le Messie ? « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; Quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? » (Ps 41, 3) C’est bien l’attente de l’Être aimé qui habille nos cœurs ; cette attente amoureuse pour bien se préparer à accueillir le Sauveur ! Ensuite l’étonnement qui nous émerveille ; mais sommes-nous prêts à être une nouvelle fois étonnés par les messagers de Dieu ? Tout comme Zacharie, Marie ou Joseph, sommesnous prêts à modifier nos projets pour entrer dans la volonté de Dieu ? Enfin, l’obéissance de la foi ; cela suppose de désarmer et de lâcher prise pour que la Parole de Dieu prenne chair en nous et qu’elle transforme nos cœurs. Merci au père Jean-Philippe Fabre de nous proposer, à travers les Écritures, ce chemin qui nous conduit en nos cœurs pour y découvrir la source de notre joie : « devenir comme Dieu », non pas prendre sa place, mais se laisser diviniser pour le face-à-face tant désiré. Monseigneur Patrick Chauvet,

recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

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Introduction

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En décembre 2017, à Notre-Dame de Paris, je donnais trois conférences de l’Avent. Le recteur de la cathédrale, monseigneur Chauvet, m’avait demandé d’apprêter les cœurs à entrer dans la grâce de Noël. C’est pourquoi, je choisissais de méditer sur les trois annonces, contenues dans les évangiles, qui préparent à la naissance du Sauveur : l’annonce faite à Zacharie de la naissance du précurseur Jean-Baptiste ; l’annonce faite à Marie de la naissance du Fils du Très-Haut ; l’annonce faite à Joseph de prendre Marie et l’Enfant sous son toit. Les deux premières annonces se trouvent dans l’évangile de Luc, la troisième dans celui de Matthieu. Chacune de ces annonces a donné lieu à une conférence et nous fait entrer dans l’imminence de la venue du sauveur. Au moment de publier ces trois conférences, il m’a semblé opportun d’y ajouter une méditation préparatoire sur trois magnifiques oracles annonçant la naissance du Sauveur dans le prophète Isaïe. En effet, la venue d’un Messie faisait l’objet d’une attente déjà longue au sein du peuple d’Israël. Il fallait du temps pour que le cœur

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de l’homme puisse se préparer à une grâce aussi inouïe que la venue de l’enfant-Dieu. Le Très-Haut a pris son temps pour que tous ne se voient pas reprocher ce qui le fut aux disciples d’Emmaüs : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire ce qu’ont annoncé les Prophètes. » Ainsi, une conférence préliminaire parcourant le prophète Isaïe nous permet d’entrer dans le temps de Dieu : préparons ainsi nos cœurs à accueillir la grâce de Noël. Jean-Philippe Fabre, chapelain à Notre-Dame de Paris.

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Isaïe ou l’évangile de la grâce L’annonce de la venue du prince de la Paix

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Tout l’Ancien Testament, depuis la promesse qu’une descendance d’Ève écraserait la tête du serpent (Gn 3, 15) jusqu’à l’annonce de la venue d’Élie « avant que ne vienne le jour du Seigneur, grand et redoutable » (Ml 3, 23), est dans l’expectative du Sauveur. Il suffirait de regarder l’espérance d’Abraham lorsqu’il monte sur la montagne avec son fils, son unique, son bien-aimé, Isaac (Gn 22). On pourrait aussi entendre l’oracle que Nathan rapporte à David dans lequel Dieu s’engage à une fidélité dynastique qui fera du Messie à jamais le « fils de David ». Mais pour l’heure, nous voudrions nous arrêter à Isaïe. À son propos, Jean-Paul II, dans Dominum et vivificantem, s’approprie l’ancienne dénomination : « le cinquième évangile » ou bien encore « l’évangile de l’Ancien Testament ». En effet, le prophète, une fois traduit en grec, utilise plusieurs fois le terme « évangéliser », c’est-à-dire « annoncer une bonne nouvelle ». On peut le dire, Isaïe est « l’évangéliste de l’Ancien Testament » : personne mieux que lui n’a annoncé la venue

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du Sauveur. Les évangélistes eux-mêmes ont reconnu la pertinence et la beauté des prédictions d’Isaïe, le mentionnant explicitement plus d’une vingtaine de fois, sans compter toutes les allusions implicites. Après le Psautier, le livre d’Isaïe est le livre biblique le plus cité dans le Nouveau Testament. La liturgie de l’Avent ne s’y est pas trompée. Chaque année, nous entendons les grands textes qui nous préparent à la naissance de Jésus. Plus particulièrement le livret dit « de l’Emmanuel », couvrant les chapitres 6 à 12, forme cette magnifique praeparatio evangelica. Nous choisissons ici trois oracles qui jalonnent la préparation de Noël, plaçant sous nos yeux la venue à l’être d’un garçon, depuis sa conception jusqu’à ses premiers pas. L’oracle de l’Emmanuel (Is 7) proclame l’annonce étonnante de la grâce accordée à une vierge enceinte. L’oracle de la naissance du Prince de la Paix (Is 9) promet une grande lumière dans les ténèbres humaines. Enfin, dans l’oracle de la souche de Jessé (Is 11), le petit garçon conduit les animaux sauvages au sein d’une création harmonieuse.

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Is 7, 10-15. Accueillir le signe inouï de la grâce : une maternité virginale. Le Seigneur parla encore ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du S­ eigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. » Le quatrième dimanche de l’Avent de l’année A, on entend ce magnifique oracle de l’Emmanuel. La faillite d’Acaz, roi de Juda, est l’occasion pour Isaïe de méditer sur le plan de Dieu. Comment le Seigneur pourra-t-il conduire son peuple si la succession dynastique ne tient pas son rang ? À vue humaine, la situation semble désespérée. C’est alors que Dieu prend les choses en main et annonce une issue : il trace un chemin inattendu. 17

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Il s’agit d’abord d’accueillir un signe qui vient de Dieu. Dans un dialogue étonnant, Dieu propose à Acaz de demander « un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut ». Le roi refuse, au nom d’une raison qui ­pourrait passer pour religieuse : « Non, je ne mettrai pas à l’épreuve le Seigneur mon Dieu. » Au fond, Acaz élabore sa propre conception de ce qu’il peut ou non requérir de Dieu. Voilà précisément ce qui « fatigue Dieu » : lorsque l’homme refuse de voir les signes que Dieu lui-même dévoile. Une idée trop humaine de Dieu empêche de croire en l’initiative divine. Il s’agit ainsi de discerner les signes que Dieu envoie. Seule la foi permet de distinguer de tels signes. Préparons-nous à voir dans le plus petit des signes – la venue à l’être de l’enfant-Dieu – la plus grandiose des révélations. Croire en la grâce, c’est demander à Dieu de faire jaillir une route inouïe Ce signe que Dieu met en place pour Acaz est pour le moins inattendu : une grossesse ! Il s’agit d’un signe à la fois invisible et grandiose. Invisible, puisqu’il s’agit des prémisses de la vie dans le sein maternel. Grandiose, puisque l’enfant qui naîtra sera de conception virginale. Ce n’est pas la naissance d’un fils qui est ici extraordinaire. C’est le fait que cet enfant naisse d’une femme vierge. Des centaines d’années avant la naissance de Jésus, Isaïe avait prévenu que la mère du Messie g­ arderait 18

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sa virginité. Cette naissance ne serait pas le fruit de la nature seule mais le fruit de la grâce. Cet oracle est si inouï que l’ange le rappellera à Joseph pour présenter le dessein inconcevable de Dieu : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils… » (Is 7, 14 et Mt 1, 23). L’Église a tellement contemplé la virginité de la mère de Jésus que cette dernière en porte constamment le nom : la Vierge Marie. Marie comblée de grâce est le signe à tout jamais que Dieu vient mêler sa divinité à notre humanité. Il s’agit enfin d’accueillir la divinité dans notre humanité. À celui dont la naissance est annoncée, un nom est imposé : « Emmanuel ». En hébreu, cela signifie « Dieu avec nous ». « Être avec », c’est l’expression biblique utilisée pour la communion entre les personnes. Lorsqu’il s’agit de Dieu, l’expression est fréquente dans la bouche des envoyés divin, notamment les anges : « Le Seigneur est avec toi. » Dans la Bible, on y entend l’assurance que Dieu se préoccupe du destin de ceux qui sont dans la misère. Il est prêt à intervenir et à prendre parti. Dieu se met du côté du faible, il partage son combat et met toute sa puissance pour le libérer. Ainsi ­l’expression est-elle une révélation de salut. En donnant le nom d’Emmanuel à un enfant, Dieu manifeste qu’il a choisi de sauver en se faisant l’un de nous. On retrouvera ce nom dans la bouche de l’ange lors de la dernière 19

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conférence, celle de l’annonce faite à Joseph. C’est en passant par notre humanité qu’il met en route son plan de salut. La grâce fait son chemin en notre humanité. Dans ce premier oracle, Dieu donne le signe, discret mais tangible, qu’il intervient pour bouleverser le cours de l’Histoire. En insérant un enfant-Dieu dans notre temps, il lie à tout jamais sa divinité à notre humanité.

Is 9, 1-6. Accueillir le don imperceptible de la grâce : un enfant nous est né. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a ­dévorés. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-àjamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, 20

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et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers ! La première lecture de la nuit de Noël nous fait entendre ces premiers mots : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » C’est l’annonce la plus imminente de la naissance du sauveur et le refrain du Psaume reprend la proclamation d’Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné ! » L’Emmanuel promis en Is 7 a pris naissance. L’oracle se préoccupe avant tout de ceux qui souffrent : ce peuple qui marche dans les ténèbres, c’est le peuple de Dieu éprouvé par les inquiétudes de cette terre et les ténèbres de la mort. Noël apporte avant tout une grâce de consolation. Les ténèbres nous entourent. Les épreuves que nous traversons sont nombreuses en ce monde : la sourde progression de la maladie, le poids lancinant de la solitude, l’incompréhension devant le manque d’amour, la misère matérielle, l’inquiétude récurrente de l’avenir, le deuil de l’être aimé, la violence sociale d’un virus, la recherche démoralisante d’un travail, le décalage grandissant des choix de société, ici même l’incendie de notre cathédrale… À ces épreuves subies s’ajoute ­lourdement le 21

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poids de nos propres fragilités, de nos blessures, de nos incapacités à aimer, à prier, à vivre pleinement. Quelle place pour une bonne nouvelle ? Précisément, l’évangile ne vient pas nier le poids du jour. Il l’assume. Par la douce lumière de l’évangile, nos ténèbres s’éclairent. Telle est la promesse qu’Isaïe met sous nos yeux. La lumière de Noël s’approche paisiblement, parfois imperceptiblement, de celui qui ouvre la pesanteur de sa vie à la grâce du sauveur. Comment Dieu s’y prendra-t-il pour apporter douceur et réconfort à ceux sur qui « le joug pesait et dont la barre meurtrissait son épaule » ? Isaïe évoque ici les jours de Madiane. Il fait référence au temps de Gédéon, à l’époque duquel les Madianites oppressaient Israël. À cette époque antique, Dieu avait réduit l’armée de Gédéon à seulement trois cents soldats pour obtenir la victoire. Dieu avait voulu prendre de faibles moyens pour que le cœur d’Israël ne s’enorgueillisse pas. Gédéon faisait alors l’expérience que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les forts » (1 Co 1, 27). Les jours de Madiane rappellent que la grâce de Dieu passe toujours dans les moyens les plus faibles et les plus négligeables. Dieu pouvait-il choisir moyen plus humble que la naissance d’un enfant pour vaincre toutes les sourdes puissances de ce monde ? La grâce prend le chemin d’un enfant. 22

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Il reste alors à accueillir la grâce de la Paix. À « cet enfant qui nous est né, à ce fils qui nous a été donné », sont imposés quatre noms : « Conseiller-merveilleux, DieuFort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ces dénominations doubles révèlent à la fois l’identité et la mission du nouveau-né. Arrêtons-nous quelques instants sur la quatrième appellation, « Prince de la Paix ». Au cœur de civilisations stimulées par l’expansion guerrière et les campagnes d’invasion, Isaïe propose un nouveau genre de principat. Le Prince de la Paix prépare une civilisation nouvelle où « ils forgeront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes ! » (Is 2, 4). Le sauveur que le monde attend pourra dire dans son discours testamentaire : « Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix » (Jn 14, 27). La Paix proclamée par le Christ n’est pas une utopie idéaliste. Elle est le fruit de sa présence parmi les hommes, lui dont l’évangile change les cœurs en profondeur. La Paix de Jésus est une grâce transformante. Dans ce deuxième oracle, on assiste à la naissance de l’enfant-Dieu. Il vient au milieu d’une humanité ­marquée par les ténèbres, choisissant non les armes des plus forts mais les moyens des plus humbles. C’est pourquoi il porte le nom de « Prince de la Paix ».

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Is 11, 1-10. Accueillir le Messie, porteur de la grâce : le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de 24

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la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Le mardi de la première semaine de l’Avent, la liturgie nous fait entendre ce magnifique oracle de la souche de Jessé. L’enfant né dans l’oracle précédent est descendant de la lignée royale de David. Il est l’oint, le Messie de Dieu. Il est admirable que Dieu donne des signes de sa fidélité. Tout le livre d’Isaïe est traversé par cette question : comment Dieu pourra-t-il rester fidèle à ses promesses dynastiques ? En effet, Dieu a promis à David que sa descendance règnerait à jamais. Malgré les diverses tribulations des successeurs de David, le nouveau Roi qui vient de naître est chargé de ces promesses. Si Isaïe a sous les yeux l’enfant-roi Ézéchias, qui concentre en lui toutes les espérances de son époque, il prophétise surtout la venue à venir d’un autre enfant-roi, de la lignée et de la maison de David : oui, « un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David ! ». C’est cette promesse ­dynastique à laquelle se réfère l’ange Gabriel devant la Vierge Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; […] et son règne n’aura pas de fin. » Ainsi, Jésus est le signe de la fidélité de Dieu, qui est la ceinture de ses hanches. Sa venue a été préparée depuis des 25

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siècles au cœur du peuple élu. L’enfant-Dieu rappelle à chacun que Dieu tient ses promesses au-delà des vicissitudes de l’histoire. C’est là l’une des grâces de Noël. C’est par un enfant que Dieu montre sa puissance. Sur cet enfant repose l’Esprit du Seigneur : « Esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » Ce qui fait la spécificité de ce garçon, c’est la présence toute particulière de l’Esprit de Dieu qui le conduit. De cet oracle d’Isaïe, on connaîtra les sept dons de l’Esprit Saint. L’enfant-Dieu est le premier qui recevra en plénitude cet Esprit, à tel point qu’il en sera « oint », en hébreu « Messie », en grec « Christ ». Cela est attesté en Is 61, 1 : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » Nous le savons par les évangiles, Jésus, conduit par l’Esprit Saint reçu à son baptême, exercera un ministère fait de sagesse et de discernement, de conseil et de force, de connaissance et de crainte du Seigneur. « Il annoncera la bonne nouvelle aux humbles, guérira ceux qui ont le cœur brisé, proclamera aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération… » (voir Is 61, 1). Par la puissance de l’Esprit Saint, il dispose des moyens efficaces de la grâce. Dans un vocable d’une poésie indépassable, Isaïe décrit l’enfant-pasteur au cœur de la création nouvelle : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se 26

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couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main » (Is 11, 6). Par trois fois, l’enfant est mentionné. Il est au centre d’une création dont le fonctionnement est bouleversé, renversé. C’est lui, ce jeune pasteur, qui conduira ensemble le veau et le lionceau, qui remettra tout à l’endroit. Doit-on s’étonner dès lors que les premiers à qui est annoncée la naissance de cet enfant soient des bergers ? Dans un monde où beaucoup de choses sont à l’envers, la grâce de Noël consiste à nous donner un jeune pasteur dont la naissance bouleversera le monde jusqu’à le remettre dans le bon sens. Laissons-nous conduire, tels des agneaux confiants, par celui qui est à jamais le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. La méditation des trois oracles nous aura permis d’assister à la naissance prophétique d’un enfant, de sa conception à ses premiers pas « sur le trou de la vipère ». Après avoir médité sur le signe inouï de la maternité v­ irginale, nous avons pu accueillir le don du prince de la Paix. L’enfant sur qui repose l’Esprit 27

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Saint vient bouleverser la création tout entière. Il nous est bon, à présent, de nous approcher plus près de cet enfant par les trois annonces évangéliques qui préparent sa venue.

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Table des matières Préface............................................................................. 7 Introduction.................................................................. 9 Isaïe ou l’évangile de la grâce. L’annonce de la venue du prince de la Paix................................ 13 Is 7, 10-15. Accueillir le signe inouï de la grâce : une maternité virginale............................................ 17 Is 9, 1-6. Accueillir le don imperceptible de la grâce : un enfant nous est né.......................... 20 Is 11, 1-10. Accueillir le Messie, porteur de la grâce : le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira................. 24 Jean-Baptiste ou la préparation à la grâce............. 29 L’annonce à Zacharie du plan salvifique de Dieu (Lc 1, 5-25)................................................................. 31 Trois étonnements pour ressaisir l’authenticité de notre vie humaine................................................ 34

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Trois annonces sur Jean-Baptiste pour entrer dans le temps de Dieu......................... 37 Trois lieux pour s’ouvrir à la grâce......................... 40 Marie ou l’accueil de la grâce.................................... 45 L’annonce à Marie de la naissance virginale du Sauveur (Lc 1, 26-38)......................................... 47 Trois dépassements de l’annonce à Marie sur celle à Zacharie : l’inouï du plan de Dieu........................................................................ 50 Comment Marie est devenue bénéficiaire de la grâce divine....................................................... 53 Accueillir la grâce, accueillir le Sauveur................ 56 Joseph ou le déploiement de la grâce...................... 61 L’annonce à Joseph de l’humanité salvatrice de Jésus (Mt 1, 18-25).............................................. 63 Trois difficultés à comprendre le rôle de Joseph dans le dessein de Dieu.......................... 66 Trois attitudes de Joseph dans le déploiement de la grâce.............................. 69 Trois enseignements sur le plan d’un Dieu qui fait grâce par son Fils .................... 72

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Noël, fête de la venue du Sauveur, de l’union charnelle de Dieu et de l’humanité. Quel plus beau cadre que Notre-Dame de Paris pour préparer notre cœur à le vivre dans la joie ?

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Illustré par des images du spectacle Dame de cœur, qui avait sublimé la beauté de cette cathédrale tant aimée, cet ouvrage reprend trois conférences de l’Avent qui y avaient été prononcées, trois méditations sur les annonces de la naissance de Jésus faites à Zacharie, à Marie, à Joseph. Une quatrième, sur le prophète Isaïe, y a été ajoutée, pour souligner que cet événement était attendue de longue date par le peuple d’Israël.

Jean-Philippe Fabre est prêtre du diocèse de Paris depuis 1998. Docteur en théologie biblique (Faculté Notre-Dame – 2012), il est directeur des cours publics et professeur au Collège des Bernardins.

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