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Soyez des témoins

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LUIGI MARIA EPICOCO

LUIGI MARIA EPICOCO

« Le témoignage, pour un chrétien, est seulement un baptême qui fonctionne. » Luigi Maria Epicoco

En choisissant d’offrir ce livre à tous les prêtres de Rome, le pape François a montré, une nouvelle fois, la place centrale – et primordiale – du témoignage dans la vie d’un chrétien, consacré ou non. Un livre événement en Italie (cinq réimpressions en quelques semaines) pour nous plonger aux racines de notre baptême et y trouver comment être présents aux autres avec délicatesse et bienveillance.

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Soyez des témoins

Soyez des témoins LE LIVRE OFFERT PAR LE PAPE FRANÇOIS AUX PRÊTRES DE ROME

France 14,90 € TTC www.mameeditions.com

EPICOCO_vOK.indd 3

21/07/2020 14:13


LE LIVRE OFFERT PAR LE PAPE FRANÇOIS AUX PRÊTRES DE ROME

Traduction : Caroline Izoard


À cause de mes frères et de mes proches, je dirai :« Paix sur toi ! » Psaume 121,8 À Don Crocifisso Tanzarella


PROLOGUE (ou pourquoi changer de perspective peut changer toute l’histoire)


Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux (Mc 6, 30-33). Chaque fois que nous nous mettons à l’écoute, que nous entrons au désert, nous désirons ardemment laisser la foule en dehors de ces jours ou de ces heures d’intimité avec Jésus. Il ne s’agit pas seulement des personnes que nous rencontrons en temps normal et dont est peuplée notre vie chrétienne, mais surtout de la multitude de préoccupations, de pensées, d’émotions, d’angoisses, d’espérances que nous avons tous en nous. Nous voudrions écarter tout cela et passer quelques instants avec Jésus. Quand nous agissons ainsi, cela dure comme une simple traversée en barque, un temps très bref. L’instant d’après, tout refait surface.

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Si nous nous lançons dans cette lecture avec un grand désir d’intimité avec le Seigneur, nous devons être conscients que tout reviendra ensuite. Au cours de ces heures ou de ces jours, tout sera amplifié dans notre tête et dans notre cœur. Apparemment, cela deviendra même pire qu’avant. Mais nous ne devons pas nous en effrayer, c’est normal. Chaque fois que nous baissons le volume et que nous entrons vraiment dans le silence – un silence qui est comme absence de paroles, de pensées, de préoccupations, de rêves ou de désirs –, tout ce qui est vrai et que nous avons au-dedans de nous émerge. Généralement, ce que nous vivons au quotidien n’est pas pleinement authentique. C’est comme si nous recouvrions d’un tapis ce que nous portons en nous : le tapis du faire. Nous sommes tellement accaparés par le besoin de faire, d’agir – nous souffrons tous du « syndrome » de Marthe – que nous ne prenons pas le temps de nous interroger sur ce que nous portons vraiment en nous. C’est la raison pour laquelle tout ce dont nous voudrions nous débarrasser, en réalité, revient devant nous à ce moment-là. C’est toujours pareil : si nous n’entrons pas vraiment dans un climat de prière, tout ce que nous souhaiterions résoudre se présente devant nous de façon dramatique. C’est la façon « sympathique » par laquelle Dieu nous console, en nous plongeant dans une crise très profonde. Cette idée de fond ne vient pas de moi mais se trouve dans l’Évangile. Nous n’évoquerons pas, pour le moment, le thème central de nos réflexions, car je voudrais que ce prologue soit une véritable lectio divina. Le texte que nous lirons ne sera pas tout à fait celui de

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l’Évangile, qui bien sûr nous servira aussi de piste, mais c’est nousmêmes qui serons une page de l’Évangile. Notre lectio divina portera sur cette page sacrée qu’est notre vie.

La faim, le besoin, le manque Pendant les temps liturgiques forts, nous utilisons souvent un extrait de l’Évangile, et peut-être même parfois en abusons-nous, celui des tentations de Jésus au désert (Mt 4, 1-11). Avant d’examiner ce texte, il nous faut clarifier le concept de désert. Qu’est-ce que le désert ? L’évangile de Matthieu commence par cette annotation : « Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. » En lisant attentivement, il semble que quelque chose ne colle pas, car c’est l’Esprit qui conduit Jésus dans le désert et qui l’y mène expressément pour que le diable le tente. On m’a toujours enseigné que l’Esprit Saint n’a pas grand-chose à voir avec le diable, et pourtant cet extrait de l’Évangile révèle une sorte d’association de malfaiteurs entre les deux. Il semble même que l’Esprit ait quasiment conclu une sorte de pacte avec le diable. En effet, c’est lui qui conduit Jésus au désert afin qu’il soit soumis à la tentation, à l’expérience de l’épreuve. Soit il y a une erreur dans tout cela (peut-être aussi y a-t-il aussi une erreur dans notre perception), soit l’Évangile nous indique une réalité plus profonde. Tout d’abord, ce que nous appelons normalement « expérience de la tentation » n’est pas une œuvre du mal mais de l’Esprit. Le mal pense être le protagoniste de cette expérience alors que, par

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inadvertance, il sert les intérêts de l’Esprit sans le savoir. Il me semble que c’est une bonne nouvelle pour tous. Quand nous faisons l’expérience du mal, il nous semble que le mal l’emporte, que le mal a trouvé une ruse, une intelligence, une stratégie pour entrer dans notre vie et en sortir ce qu’il veut. En vérité, c’est toujours Dieu qui le laisse faire. S’il le laisse faire, c’est que le Seigneur voit beaucoup plus loin que ce que nous pouvons voir nous-mêmes, beaucoup plus loin que ce que le mal peut voir. Nous ne devons donc pas prendre peur quand, très souvent, nous devons affronter le mal en nous et autour de nous. Jésus fait l’expérience similaire de ce que cache l’Esprit. C’est en effet dans le désert, après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, que Jésus a faim. La tentation commence au moment où il ressent la faim, au moment où il commence à ressentir un besoin. Si nous devions donner une définition de notre condition humaine, nous devrions dire que nous sommes des « êtres de besoins ». Le mal se présente à notre porte à chaque fois que nous ressentons un besoin. Son œuvre de persuasion et de perversion ne réside pas tant dans le fait de nous faire ressentir un besoin (ce qui est humain) que dans la solution qu’il nous propose pour le satisfaire. Dans une analyse peut-être un peu trop simpliste, lorsque nous pensons à nos besoins – qu’ils soient de nature affective, psychologique, spirituelle, humaine, physique –, nous pensons que le problème se trouve précisément dans cette expérience de faiblesse que nous vivons. Nous confondons la tentation avec l’expérience du manque. Mais en réalité, le mot « manque » est la définition la plus juste. C’est parce que nous sommes des créatures que nous sommes en manque.

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Voilà la raison pour laquelle nous ne devrions pas mal parler de nos besoins. Le problème n’est pas dans l’expérience de la fragilité, mais dans la façon dont le mal nous suggère d’y répondre. Si nous nous réconciliions avec nos manques, en acceptant le fait qu’ils révèlent notre humanité, peut-être réussirions-nous à comprendre ce que l’Esprit veut nous enseigner. Mais notre première forme de cécité, qui nous empêche de comprendre vraiment le sens de notre besoin, est d’endosser les lunettes du moralisme. Lorsque nous pensons à nos manques, nous posons aussitôt un jugement moral. Ce n’est pourtant pas la première chose à faire. Nous ne devons pas immédiatement définir comme bon ou mauvais ce que nous éprouvons, mais plutôt nous interroger sur ce que ce besoin dit de nous, ce qu’il nous révèle, ce que peut-être nous ne connaissons pas encore de nous-mêmes. Ce qui nous manque dans notre vie s’exprime, en effet, par des symptômes. Nous commettons parfois des erreurs mais, en fait, notre expérience de péché nous révèle une chose importante et nous devons être disposés à écouter ce qu’elle nous dit. Tant que nous ne repartons pas de l’expérience de la faim, du manque, du besoin, en pensant simplement que Jésus lui-même a éprouvé le même manque, le même besoin, nous restons bloqués, dès le départ, sur un plan strictement moral. Sans doute acceptons-nous facilement que Jésus soit le Fils de Dieu, mais il nous est plus difficile d’admettre qu’il soit aussi Fils de l’homme, qu’il ne soit pas seulement, en fait, vrai Dieu, mais aussi vrai homme. Jésus nous a enseigné la meilleure manière de vivre notre humanité. Quand nous regardons l’homme Jésus, nous

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regardons exactement ce qu’est un homme, donc ce que chacun de nous devrait être. L’Évangile n’a pas de honte à dire que Jésus a eu faim, détruisant en nous l’idée qu’il n’a besoin de rien parce qu’il est Jésus. Jésus aussi éprouve le besoin. Il a besoin de manger, il a besoin d’amis et s’entoure de personnes, il a besoin d’être compris, il a besoin du Père. Dans les moments particulièrement délicats de sa vie, de joie et de souffrance, il a toujours ses amis avec lui. C’est le cas au mont Thabor (Mt 17, 1-8) et à Gethsémani (Mt 26, 37-46). Jésus nous enseigne que la première façon de vivre son humanité est d’accepter d’avoir besoin. Cette réconciliation est nécessaire : repartir de nos manques, de notre faim, de notre besoin, et se rappeler que Jésus a été solidaire avec nous par ce manque et ce besoin. Il connaît ce manque qui nous touche parce qu’il l’a vécu : « En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » (Hb 4, 15).

La tentation Qu’est-ce que l’expérience de la tentation ? Comme je le disais auparavant, celle-ci émerge violemment quand une personne commence à faire silence, quand elle cesse de s’affairer. Tout ce que l’on porte en nous et que l’on a caché pendant longtemps, comme la poussière mise sous le tapis, émerge dans les blessures, dans les désirs, dans les espérances, dans les préoccupations, dans ce qui manque et dans ce que nous voudrions. C’est l’expérience du désert. Nous rencontrons ce sur

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quoi nous ne voudrions jamais tomber et que nous avons peur de croiser, parce que nous craignons de ne pas avoir les réponses adaptées et les forces suffisantes pour affronter les bêtes féroces qui habitent en nous. Nous élaborons ainsi une technique infaillible : nous faisons le plein de réponses pour ne pas affronter la question. Nous lisons, nous étudions, nous prions, nous travaillons, mais nous faisons en sorte de nous gaver de réponses sans jamais affronter la question. Quand un moine entame son noviciat, l’expérience la plus forte qu’il vit est celle de la cellule, d’une cellule nue, où il n’y a rien. Il n’a rien d’autre dans ce périmètre que lui-même. C’est là que commencent à émerger des choses qu’il n’imagine même pas et qu’il a fuies pendant longtemps. Au début, nous faisons un peu de résistance, mais ensuite nous ne réussissons pas à contenir ce que nous portons en nous. C’est comme l’avancée d’une foule confuse et devant laquelle nous réagissons souvent avec rage. Nous voudrions maintenir tout en ordre par la force de notre volonté et de nos raisonnements. Mais cela n’est pas possible. Notre tête et notre volonté ne sont pas capables de tout maintenir sous contrôle. Ce n’est qu’illusion de penser en être capable, et quand nous nous apercevons que nous n’y arrivons pas, surgit la colère, le sentiment d’impuissance, la frustration, une sorte de « salade » de sentiments opposés où nous nous retrouvons rarement. L’Évangile nous enseigne la bonne façon de gérer ce monde intérieur que, tous, nous avons en nous. Revenons à Marc (6, 33-34) : « Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention.

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Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. » La véritable attitude que nous devrions avoir envers cette « foule » que nous portons en nous est la compassion et non la colère. Nous devrions commencer par éprouver une grande compassion pour ce qui nous habite. L’Évangile dit que Jésus éprouvait de la compassion parce que les gens étaient « comme des brebis sans berger », c’est-à-dire des gens dont personne n’a cure, des brebis qui ne savent pas où aller, des situations qui n’ont pas de sens et c’est pourquoi ils sont dépaysés. C’est ce sentiment de dépaysement que nous ressentons. Jésus réagit à tout cela non pas par un jugement, mais par la compassion. Au regard de ma petite expérience, je m’aperçois qu’il m’est pénible de prendre une attitude de compassion à l’égard de ce que je porte en moi. Je voudrais tout résoudre, tout remettre à sa place, tout contrôler, cataloguer, diriger. Mais, tant que nous conservons une attitude de jugement, nous ne sortirons pas le meilleur de nous-mêmes, mais le pire. Probablement l’avons-nous tous expérimenté dans nos relations, au moins une fois. Quand tu dis que tu aimes bien quelqu’un mais qu’il ne connaît de toi que ton jugement et non pas le meilleur de toi-même, il vit dans une anxiété de performance. C‘est comme si on le regardait avec prétention. Le jugement ne tire jamais le meilleur des personnes. C’est seulement quand elles sentent qu’on leur veut du bien qu’elles réussissent à faire sortir le meilleur

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d’elles-mêmes, quand elles se sentent accueillies, comprises, accompagnées, quand elles sentent sur elles un regard de miséricorde. Donc, soit nous arrêtons de porter ce jugement contraignant, soit, en voulant être meilleurs, nous n’en serons toujours que pires. La compassion de Jésus aide les foules à trouver de nouveau un berger, à trouver une nouvelle direction. Avant de poursuivre dans la lecture de ce livre, il serait bon de prendre du temps pour donner un nom à ce que nous portons en nous, donner un nom compatissant et non pas moralisateur et portant un jugement. Par exemple, en commençant par prononcer à haute voix ce que nous désirons vraiment mais que nous ne disons jamais, ou ce qui nous fait mal en ce moment et que nous ne voulons pas admettre, ou ce qui nous préoccupe le plus… Nous devons nous écouter. Tant que la foule anonyme que nous portons dans notre cœur ne devient pas un visage, tant que nous ne parvenons pas à la regarder en face, nous ne réussirons jamais à en venir à bout. Le premier travail que nous devons faire est donc simplement de prendre du temps pour énoncer clairement ce que nous sommes en train de vivre, comment nous en sommes arrivés là, avec ces attentes, ces espérances, ces choses que nous voudrions oublier, avec ces autres que nous voudrions résoudre, que nous voudrions comprendre. Chacun de nous porte un morceau de son histoire. Nous devons nous arrêter et photographier ce morceau d’histoire, nous le raconter sans doute. Mais l’écrire aussi nous ferait beaucoup de bien, pour l’avoir sous les yeux et regarder le nom propre de cette « foule » qui nous habite.

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Écoute ! Le temps du désert n’est pas en premier lieu un temps de consolation, mais de désolation, parce qu’il permet la rencontre avec une partie de nous que nous n’affrontons jamais. Nous avons dit que la première manifestation de notre intériorité est la présentation de nos besoins et que, généralement, nous n’avons pas de bons rapports avec nos défauts. Dans la prière, nous devrions donc demander au Seigneur de nous aider à regarder nos défauts comme lui les regarde : comme ce qui nous rend, en fait, authentiquement humains. Établir une nouvelle relation avec nos défauts. Quelque chose nous fait mal au-dedans de nous, une foule de pensées, d’émotions, de choses positives ou négatives, des obstacles qui empêchent notre rencontre avec le Christ. Si nous affrontons tout cela avec nos muscles – raison et volonté –, nous n’en viendrons jamais à bout. Le Seigneur nous dit que c’est seulement avec une attitude de compassion, d’accueil, d’amour, avec une attitude de miséricorde, que nous pouvons en venir à bout. Quelle est la première règle de l’amour ? La première chose que doit faire une personne, si elle aime vraiment, c’est écouter. Pour apprendre à nous aimer, le premier ingrédient est de nous écouter. Nous devons apprendre à nous écouter. Le protagoniste principal doit être, ici, notre moi qui se raconte. L’Esprit fait graduellement remonter à la surface tout ce qui est caché ou latent et que nous portons en nous. Nous devons toutefois faire attention. Le mal ne nous regarde pas (ce n’est pas pour rien que nous nous apprêtons à lire l’Évangile des tentations). Le mal entre dans le mécanisme que nous venons de décrire et cherche à le pervertir.

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Comment raisonne le mal Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient (Mt 4, 1-11). Voyons, avant tout, comment les tentations sont structurées. Ce sur quoi s’appuie le diable n’est pas la proposition même, mais la façon dont elle est proposée. Nous percevons une faiblesse et il dit aussitôt : « Si tu es fils… » Structurellement, c’est le vrai problème que nous avons tous. Si Dieu est mon Père et m’aime, si Dieu dit qu’il m’aime, pourquoi est-ce que je ressens un manque ? Le diable se fonde sur ce raisonnement. Il s’adresse à Jésus, comme à nous, de la même manière : « S’il est vrai que tu es fils… » Le mal veut mettre à mal notre sentiment

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filial. Ce à quoi le diable tient le plus, ce ne sont pas tant nos chutes, nos péchés, mais notre conviction de fond que, peut-être, nous ne sommes pas vraiment fils, la conviction de fond que nous ne sommes pas aimés. La racine de notre désespoir vient du fait que le mal met en doute notre certitude d’être fils et d’être aimés. Paul dit : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La persécution ? le danger ? le glaive ? […] Ni la mort ni la vie, […] ni les Puissances – nous pouvons ajouter : pas même nos péchés – rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ qui a donné sa vie pour nous » (voir Rm 8, 35 s.). S’il y a bien une chose qui ne peut être touchée en nous, c’est la certitude victorieuse et intérieure que nous sommes fils et que nous sommes aimés. C’est la base de toute notre spiritualité. Mais le mal se sert de cela pour mettre en doute cet amour : « Comment est-il possible que tu prétendes être aimé et que tu connaisses des moments de faiblesse ? Comment est-il possible que Dieu dise qu’il pourvoit à tes besoins et que tu aies toujours faim de tout ? » Le diable propose alors trois solutions afin que nous puissions rassasier notre faim à sa façon.

Transformer La première solution est de transformer. En quoi consiste une telle tentation ? C’est très simple. Tu as faim ? Trouve une solution par toi-même en transformant les pierres en pain. Il y a toujours moyen de combler la faim que l’on éprouve. Tout est bon, pourvu que l’on ne ressente plus la faim. Nos tentatives de remplir ce vide

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sont des plus variées et sont nos tentatives de changer les pierres en pain, de transformer les choses en solution. Comment peut-on vaincre cette tentation de transformer ? En écoutant. Nous devons d’abord comprendre que, lorsque le Seigneur nous demande la continence en tout, à commencer par la nourriture, il ne le fait pas pour un motif ascétique, formaliste, pharisaïque. Il le fait parce que la première chose que nous devons faire est d’écouter notre faim et non de la satisfaire avec tout ce qui nous tombe sous la main pour combler notre vide. La première façon de faire face à une tentation est d’arrêter de tout transformer et de commencer à écouter. Nous nous apercevrons que le Seigneur nous envoie un message à travers cette expérience de manque. Ce qui, en réalité, nous semble être un malheur, un problème ou la racine de nos maux, porte plutôt un message de Dieu. Je me demande si nous sommes capables d’intercepter ce message, d’écouter notre faim, de nous mettre en prière et de dire : « Seigneur, aujourd’hui, je me mets devant toi et je te remets ma faim, mon manque, mon besoin. Que veux-tu me dire à travers cette expérience de faiblesse ? » J’aimerais avoir une réponse toute faite à écrire, mais la vérité est que je ne la connais pas, parce que seul le Seigneur peut la donner. Ce qui est certain est qu’il ne nous met jamais dans une situation de ce genre, sinon parce qu’il veut nous conduire quelque part. La véritable tentation est de tromper sa faim, de la combler, de transformer les choses, de les utiliser, juste pour atténuer, pour anesthésier cette sensation de précarité que nous éprouvons. Mais s’il ne s’agissait que de cela, nous aurions déjà résolu de nombreux problèmes. Il y

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a bien plus que trois tentations et l’Évangile ne nous en présente que trois, seulement pour nous indiquer trois grands courants. Nous ne devons cependant pas oublier que nous sommes uniques en tout, dans nos empreintes digitales, certes, mais aussi dans notre capacité à aimer et à pécher. Uniques dans notre vie spirituelle. L’expérience de l’unicité signifie qu’il s’agit d’une expérience d’exception pour laquelle nous ne trouvons souvent pas beaucoup de témoins à qui nous confronter. Il nous arrive parfois de parcourir des chemins que personne n’a jamais parcourus avec cette responsabilité de l’unicité.

Mettre Dieu à l’épreuve Dans la première tentation, le mal nous dit de transformer les choses et l’Esprit, au contraire, nous demande d’écouter notre faim. En effet, Jésus répond : « Il est écrit : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche… », ce qui revient à dire : « Il me dit quelque chose et c’est de cela que je dois me nourrir, de ce qu’il me dit à travers ce qui me manque. » Ensuite, dans la deuxième tentation, le mal conduit Jésus sur le pinacle du temple et répète : « Si tu es son Fils… », mets à l’épreuve l’amour de Dieu. S’il est vrai qu’il t’aime, il doit faire quelque chose pour toi. S’il est vrai qu’il t’aime, tu peux te jeter en bas et il te sauvera certainement. Si tu ne me fais pas confiance, moi qui suis le diable, fie-toi aux Psaumes qui disent : « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres » (voir Ps 90, 11-12).

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Il s’agit d’une suggestion très fine : « Mon problème – pourrait-on penser – est peut-être l’amour de Dieu et, pour être sûr de son amour, je dois mettre Dieu à l’épreuve. » C’est ainsi que le mal nous fait chuter, en nous poussant à tenter le Seigneur : « Essaie de voir s’il t’aime en le défiant. » Comment vainc-t-on cette tentation ? En retournant le problème : nous devons, nous, accepter d’être mis à l’épreuve. Souvenons-nous de Job, l’homme mis à l’épreuve par excellence. Sa femme, alors qu’il est au cœur de ses mésaventures, lui dit : « Tu t’es comporté honnêtement toute ta vie et regarde ce que t’a fait le Seigneur. C’est pourquoi, maintenant, tu peux maudire Dieu ! » Job répond : « Non, si nous accueillons le bonheur comme venant de Dieu, comment ne pas accueillir de même le malheur ? » (voir Jb 2, 9-10). Ce que dit Job, c’est qu’accepter le bien est facile. C’est faire de la place à l’expérience du mal qui ne l’est pas. Il fait donc écho à ce que nous dit l’Évangile : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés. Pas un petit oiseau ne tombera, un moineau sans qu’il ne le veuille, il connaît tout. Est-il possible qu’il ait perdu de vue ce qui est en train de se passer en ce moment dans notre vie ? » (voir Lc 12, 6-7). Nous devons accepter ce qui est. Faire de la place à ce qui est. Quand nous avons l’impression d’être conduits à quelque chose de mauvais, de terrible, c’est là qu’il nous faut faire de la place, accepter d’être mis à l’épreuve par le Seigneur, en fuyant la tentation de le mettre à l’épreuve pour être rassurés sur son amour. Jésus l’a aussi vécu au moment de sa mort, au cours des heures où il est resté suspendu sur la croix. En effet, une des dernières

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tentations vient au moment de la suggestion macabre et diabolique de celui qui lui dit : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » (Lc 23, 35-43). Nous avons du mal à accepter que le Seigneur ne nous sauve pas aussitôt et, parce qu’il ne nous sauve pas immédiatement, nous pensons qu’il ne nous aime pas. Voilà comment le mal obtient la destruction de notre relation avec lui. Nous ne tirons que des conséquences logiques de ce que nous vivons. Mais c’est le mal qui fait preuve d’une logique implacable. Il n’est pas irrationnel mais profondément rationnel : « Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix, sauve-toi toi-même. Si tu ne descends pas, cela signifie que tu n’es pas le fils de Dieu et c’est la preuve qu’en ne me sauvant pas, tu ne sers à rien. » Ce que fait l’autre larron est tout à fait différent. Il accepte sa condition et dit : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » Il ne sait même pas l’expliquer. La seule chose qu’il réussit à dire (et qui le sauve) est : « Souviens-toi de moi » (Lc 23, 41-42). Ce serait beau si, quand nous expérimentons ce que nous portons en nous, nos manques, le mal que nous avons en nous et hors de nous, notre unique prière pouvait simplement être un acte d’abandon : « Seigneur, souviens-toi de moi, fais ce que tu veux. Tu veux que je perde ? Je perdrai. Tu veux que je tombe ? Je tomberai. Si tu le veux, je le veux aussi. » Cela détruirait la tentative de la deuxième tentation : « Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14, 36). J’accepte que cela se fasse à ta manière, non pas à ma manière.

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L’idolâtrie La troisième tentation, c’est celle où le diable montre tous les royaumes du monde, leur gloire et dit à Jésus : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi » (Mt 4, 9). C’est la tentation de l’idolâtrie : considérer comme Dieu celui qui n’est pas Dieu et croire qu’il peut nous sauver. Voilà un point commun à tous les hommes : le malheur du monde vient du fait que nous donnons le nom de Dieu à ce qui n’est qu’illusion (la carrière, l’argent, le sexe, les mauvaises relations, les objets). Un psaume, qui fait référence aux idoles, dit : « Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas. Leurs mains ne peuvent toucher » (Ps 113b, 5-7). Nous faisons confiance à des choses qui ne sont pas vivantes et qui ne peuvent pas nous sauver. Chacun a ses systèmes d’idolâtrie. Peut-être que le démon ne nous présente pas tous les royaumes du monde, mais il nous montre nos « petites bricoles », nos positions, nos communautés, notre reconnaissance, ce que nous avons dans notre tête. Il nous convainc que tout cela nous rendra heureux et que, si nous nous sentons mal, c’est parce que nous ne les possédons pas pleinement. Il dit : « Moi, je te donne ces choses. Toi, adore-moi et je te les donne ». Le problème, c’est qu’il est vrai que le mal a le pouvoir de nous donner les choses de ce monde. Il nous les donne, mais au prix d’un malheur plus profond et, parfois, irrémédiable. Cette réflexion d’un évêque m’a touchée : « Nous nous obstinons parfois à vouloir des choses pour nous et peut-être qu’à la fin, nous les obtenons. Mais, si ce n’est pas la volonté de Dieu, même si nous

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les obtenons, nous les paierons inévitablement à prix fort. » Si nous nous entêtons, à la fin nous obtenons ce que nous voulons. Cela est vrai pour le bien, mais aussi pour le mal. Jésus nous a dit que la prière qui fonctionne est une prière obstinée. Si l’on fonctionne par fixation, à la fin, on obtient ce que l’on veut. Mais la vraie question est la suivante : en quoi sommesnous en train de mettre notre confiance ? Sommes-nous disposés à démasquer nos idolâtries ? Derrière tout cela se cache l’illusion de la possession. C’est vrai aussi pour la chasteté que nous avons réduite à une question sexuelle et affective. En vérité, la chasteté est la liberté de posséder. Une personne peut être irrépréhensible au niveau affectif et sexuel, mais ne pas être absolument chaste, parce qu’elle ne vit pas avec chasteté à l’égard de sa communauté, de ses enfants, de son travail, de sa famille. Elle vit avec la possession des choses qu’elle a. Elle les charge d’attentes comme si elles étaient Dieu. En les gardant serrées contre elle, elle pense que sa vie en tirera tout son sens et c’est, au contraire, de là qu’arriveront les plus grandes déconvenues. Le rapport entre Abraham et Isaac me revient à l’esprit. La grande purification qu’Abraham doit vivre pour guérir d’un problème de manque de chasteté dans sa paternité est justement ce qui le réhabilite pour vivre sainement sa vocation. Dieu lui prend Isaac et Abraham lui-même doit le faire mourir, en un certain sens. Il doit donc renoncer de façon radicale à son fils pour rétablir un équilibre père-fils (Gn 22, 1-14). Le Seigneur nous demande constamment cette forme de purification parce qu’il sait que le mal mise tout sur la possession.

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Tu possèdes des choses et tu les tiens serrées contre toi. C’est de l’idolâtrie. Nous devons savoir renoncer, nous devons savoir sacrifier Isaac.

Se décider Nous ne pouvons trouver de solution à ce problème des trois tentations qu’à condition de prendre une décision. Si la bonne chose à faire reste extérieure à nous, elle ne porte pas de fruit. Jésus sort vainqueur quand, à chaque proposition que le mal lui fait, Il prend position et prend une décision. Jésus ne se contente pas de subir. Il contre-attaque. Le Seigneur nous dit que nous devons apprendre à choisir ce qui est bien pour nous. Nous ne devons pas simplement vivre une situation de bien mais savoir choisir le bien. C’est ici que nous nous redécouvrons pauvres de Yahvé, parce que lorsque nous arrivons à dire : « Je dois prendre une décision, je dois exercer ma liberté », nous nous rendons compte que nous ne savons pas être libres, que nous n’avons pas la force d’exercer notre liberté. Cette conscience de pauvreté nous fait alors crier vers lui et nous fait dire : « Ou tu m’aides, ou je n’y arriverai jamais ! » La grâce de Dieu nous demande d’être libres, mais après un chemin de purification. Même si nous acceptons d’être libres et d’exercer notre liberté, nous nous apercevons que nous n’en avons pas la force et que nous devons demander sa grâce. Avec la grâce de Dieu, nous pouvons être libres. Ce n’est donc pas simplement une question de volonté personnelle. Nous devons bannir, une fois pour

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toutes, le pélagianisme1 de notre théologie. Nous sommes encore trop pélagiens. Nous pensons que, par nos seuls mérites et notre volonté, nous pouvons tout mais, au contraire, nous ne possédons rien sans la grâce. Sans la grâce de Dieu, nos efforts personnels sont insuffisants. Nous avons sûrement besoin de notre liberté mais celle-ci doit rencontrer la grâce. Saint Augustin l’a souligné dans une formule très efficace : « Le Dieu qui nous a faits sans nous, ne nous sauve pas sans nous. » Concluons notre prologue en nous rappelant que l’objectif poursuivi ici est de laisser l’Esprit nous offrir un récit différent de notre vie. Nous devons changer la clé de lecture de notre existence. Nous vivons comme immergés dans la « catéchèse de l’Accusateur », non de l’Esprit. Bien souvent nous sommes à son écoute, lui qui nous juge, lui qui nous met avec moralisme devant les choses, lui qui bloque notre vie, lui qui nous enlève la paix. L’Esprit, au contraire, nous fait le même récit en nous le racontant de façon différente. Demandons-nous si nous sommes disposés à écouter l’Esprit qui veut nous raconter la même histoire de son point de vue. Notre vie est très souvent un problème de narration. Le premier véritable changement ne vient pas de nos choix, mais de la façon dont nous 1. Le pélagianisme est une hérésie ayant comme fondement la conviction que le péché originel n’a blessé en aucune façon la volonté de l’homme. Chacun peut donc se fier exclusivement à sa propre volonté pour choisir le bien. Cela va à l’encontre de l’évidence de la vie de toute personne expérimentant quotidiennement que la seule volonté ne réussit pas à nous faire choisir le bien. On peut désirer le bien, mais on ne réussit pas toujours à le choisir par notre seule volonté.

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vivons notre existence. Si nous la faisons raconter par l’Accusateur, nous ne réussirons pas à en sortir. Si, au contraire, nous nous laissons raconter notre vie par l’Esprit, alors peut-être avons-nous une opportunité. Je partage souvent une anecdote parce qu’elle m’a impressionné et marqué profondément. Un jour, alors que j’habitais Rome, j’ai vécu la confession la plus parfaite de toutes mes années de sacerdoce. Il s’agit d’une personne qui s’était accusée de tout avec une extrême précision : nombre, sortes, qualités, descriptions, intentions, tout, parfaitement tout. Quand elle eut fini, au bout de vingt minutes, je lui ai dit : « Écoutez, vous avez oublié un péché : vous avez oublié de dire que vous vous détestez parce que seule une personne qui se déteste parle d’elle de cette façon. » En effet, ce que cette personne avait dit était totalement vrai, mais la façon dont elle l’avait dit était odieuse, sans réclamer miséricorde. Si notre but est de nous écouter dire la vérité, nous pouvons tout aussi bien écouter le mal. Il ne dit, en effet, que des choses vraies, mais il les dit avec haine, pour accuser, pour nous arrêter. Il le dit pour nous faire désespérer. Le mal dit la vérité, mais il la dit de façon mensongère, en fournissant un récit erroné. Il le fait pour nous accuser avec haine. L’Esprit Saint sait nous dire les mêmes choses avec un amour très profond. Tout dépend de celui que nous voulons écouter. Si nous écoutons celui qui nous accuse, l’Accusateur, nous ne réussirons qu’à en tirer un profond sentiment d’enfer, de manque d’espérance et de sens. En revanche, quand le Consolateur nous dit ces mêmes choses, c’est comme si, au moment même où il nous les confie, il nous

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montre déjà l’issue de secours. Comme s’il nous révélait que notre Dieu est déjà descendu aux Enfers, qu’il est descendu dans notre misère pour nous sauver. C’est la belle nouvelle de l’Évangile. Laissons le micro à l’Esprit Saint et permettons-lui de nous raconter des choses qui, jusqu’à présent peut-être, nous avaient été racontées par la mauvaise personne.


1 LA FAIBLESSE (ou pourquoi Dieu façonne des témoins à partir de leurs erreurs et non de leurs talents)


Entrons à présent dans le vif du sujet de nos réflexions. Dans le prologue, nous avons fait une lectio divina particulière sur une page de l’Évangile toute spéciale qui est celle de notre vie même, et ceci pour la simple raison que notre point de départ ne peut être autre que notre propre vie. Très souvent, lorsque l’on s’intéresse au christianisme, on ressent le besoin de le comprendre, mais cela n’a jamais lieu de façon abstraite. Pour comprendre le christianisme, nous devons le mettre en relation avec notre histoire, parce que le Seigneur nous tutoie toujours lorsqu’il nous parle. Il ne s’adresse pas à notre vie de façon générale parce que chacun de nous est singulier et unique. Quant à l’annonce de l’Évangile, soit elle est unique et elle entre dans l’unicité de notre vie, soit elle ne l’est pas. Elle peut aussi être très claire, mais elle doit être avant tout « vivable », palpable dans notre expérience. « Faiblesse », c’est le mot qui nous guidera dans ce chapitre. Nous essaierons de répondre à la question suivante : comment le Seigneur fait-il pour choisir quelqu’un ? Quel est le critère que

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Dieu, par exemple, utilise pour choisir les personnes qui auront le devoir de former et d’éduquer les autres ? La Bible fourmille d’histoires d’appels nous racontant comment Dieu raisonne pour choisir celui qui doit conduire son peuple et réaliser la promesse. Probablement devons-nous revenir sur ces histoires pour chercher à comprendre la nôtre, à travers elles. Peutêtre aussi pour nous rendre compte si notre appel entre dans cette grande mentalité qu’est la mentalité de Dieu. En effet, la mentalité du monde prend une autre voie en affirmant qu’il faut « avoir quelque chose de bon » pour être choisis. Pour le monde, le point de départ doit être une certaine habileté. Le nom le plus courant que nous utilisons pour parler de ces habiletés est « talents ». Généralement, ceux-ci nous donnent une certaine assurance. Savoir faire quelque chose est rassurant. Dieu n’utilise pas ce critère de choix. En fait, il ne part pas de ce que le monde catalogue dans le domaine du faire. Toutes les histoires bibliques en témoignent, mais l’une d’entre elles est particulièrement éloquente, c’est l’appel de David.

David Israël est en train de vivre un moment extrêmement dramatique, parce que le roi Saül a perdu la tête, a perdu la « route », a perdu sa relation avec Dieu. En conséquence, Saül ne jouit plus de la faveur de Dieu qui envoie le prophète Samuel chercher un autre roi pour le remplacer. Samuel se rend dans le village de Bethléem et cherche la famille d’un certain Jessé. Parmi les enfants de cet homme, il devra

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comprendre lequel Dieu a choisi pour être roi. Il devra faire preuve de discernement (1 S 16, 6-13). C’est dans cette circonstance que Samuel est appelé à changer son regard pour ce choix : Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit : « Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur ! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1 S 16, 6-7). Il s’agit déjà là d’une polémique très vive à l’égard de la mentalité du monde, parce que le monde vit d’apparence. Même le plus humble d’entre nous vit d’apparence, c’est-à-dire qu’il vit en espérant être aperçu par quelqu’un. Mais le Seigneur dit : « Ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Qui peut regarder notre cœur, sinon seulement celui qui a fait notre cœur ? Qui peut vraiment regarder notre cœur en dehors du Seigneur ? Les autres doivent se contenter de l’apparence. En nous appelant, le Seigneur a pensé à nous et non à notre apparence, à ce qui se voit. Les talents sont ce que l’on voit de nous, mais le Seigneur n’est pas parti de là : « Je ne t’ai pas choisi parce que tu sais faire quelque chose, je ne t’ai pas choisi tel que le monde te choisirait, j’ai vu en toi cette chose que le monde ne peut pas voir, ton cœur. » Jessé appela Abinadab et le présenta à Samuel, qui dit : « Ce n’est pas lui non plus que le Seigneur a choisi. » Jessé présenta Shamma, mais Samuel dit : « Ce n’est pas lui non plus que le Seigneur a choisi. » Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur

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n’a choisi aucun de ceux-là. » Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. » Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là. Quant à Samuel, il se mit en route et s’en revint à Rama (1 S 16, 8-13). Nous connaissons tous l’histoire de cet appel particulier de David. Mais je voudrais analyser en détail ce qui se passe dans ce récit. Qui est David ? Ce n’est pas l’aîné et cela en dit déjà long. Il n’a pas un physique imposant. Il n’est pas rassurant par son aspect, et le texte biblique dit même qu’il est « roux et beau » ce qui dénote une différence par rapport aux autres. Le Seigneur choisit ce garçon. Je dirais même que si le Seigneur doit choisir, il le fait à partir d’une différence, à partir d’une faiblesse, à partir de ce que le monde rejette. David est d’abord mis à l’écart. En effet, son père se rappelle de lui seulement après l’insistance de Samuel. C’est seulement après que Samuel lui a dit : « N’as-tu pas d’autres garçons ? », qu’il pense à Samuel. Un père qui oublie l’un de ses fils ! David est presque invisible aux yeux de Jessé, mais il n’est pas invisible aux yeux du Seigneur. Il n’est pas présent à ce moment-là, mais le Seigneur l’envoie chercher, ramener des champs et, quand celui-ci entre dans la maison, il dit immédiatement à Samuel : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » À compter de ce moment, une histoire

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particulière commence pour David. Il doit apprendre à être roi, il doit apprendre ce que signifie guider un peuple. Mais le point de départ de toute son histoire repose sur cette expérience d’être oublié, mis à l’écart et, en même temps, sur le fait d’être choisi. David a quelque chose que ses frères n’ont pas, quelque chose de différent dans son cœur. Nous n’insistons pas sur ce choix par hasard et c’est pourquoi, d’ici peu, nous adjoindrons à David une autre figure pour souligner, encore plus, l’aspect que je voudrais approfondir au sujet de la faiblesse. Mais avant, il me semble juste de souligner une vérité de fond : nous vivons toujours la faiblesse de notre vie comme une malédiction. Mais si nous avions été justement choisis en vertu de notre faiblesse et de notre différence ? L’histoire de David n’est pas linéaire. Je me demande, d’ailleurs, lequel d’entre nous possède une histoire linéaire. L’histoire du futur roi d’Israël est faite de blessures, surtout dans sa relation avec son père, dans sa relation avec lui-même, par l’aspect sous lequel il se présente, pour ce qu’il est. Mais Dieu le choisit et c’est une provocation que nous ne devons jamais oublier. Si nous avions été choisis non en vertu de nos talents, mais au contraire en vertu de notre faiblesse, serions-nous encore autorisés à maudire notre faiblesse ?

Moïse Faisons, un instant, une pause dans l’histoire de David et ajoutons-en une autre, d’une intensité encore plus tragique. Nous

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sommes à peu près en 1250 av. J.-C. Cela fait quatre cents ans environ qu’est mort le célèbre Joseph d’Égypte, celui qui fut vendu par ses frères, qui devint « grand » et qui, en raison de la famine, conduisit son peuple sur la terre des pharaons (voir Gn 37–50). Eh bien, le texte biblique nous dit que quatre cents ans plus tard « un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph » (Ex 1, 8). L’histoire de Joseph est oubliée. C’est désormais Ramsès II qui règne. Celui-ci se rend compte que ce peuple est en train de s’accroître et qu’il représente un danger. D’un côté, il a besoin de lui parce qu’il constitue une main-d’œuvre utile mais, en même temps, il veut le tenir sous contrôle. Il organise alors une sorte de massacre que nous pourrions appeler en termes modernes « contrôle des naissances ». Il donne l’ordre que les garçons soient tués à leur naissance. Dans ce climat de terreur, de contrôle des naissances, d’oppression, vit une famille de Juifs qui a déjà deux enfants : Marie et Aaron. Mais voici qu’en naît un troisième, un garçon. En vertu de la loi, il ne peut être laissé en vie, mais sa mère désobéit à l’ordre du roi et, sans l’aide d’une sage-femme, elle met au monde son troisième enfant, cherchant à le dissimuler. Trois mois plus tard, cependant, elle n’a d’autre choix que de l’abandonner en s’en remettant à la Providence. Elle le met dans un panier préparé à cet effet et le laisse sur le Nil. La sœur de l’enfant, Marie, suit le panier autant que possible et s’aperçoit qu’il arrive dans les mains de la fille du pharaon. Cette femme accueille l’enfant comme un don. Marie s’en approche et lui offre la possibilité de trouver une nourrice. La fille du pharaon

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accepte et l’enfant est ramené auprès de sa mère jusqu’au jour de son sevrage. L’enfant a la vie sauve et reçoit le nom significatif de Moïse, qui signifie « sauvé des eaux » (voir Ex 1). Ce qui pouvait ressembler à une histoire avec une fin heureuse ne l’est pas, en réalité. D’abord, il n’est pas facile d’expliquer à un enfant qu’il a été abandonné par sa famille à cause d’un pharaon auprès duquel, entre autres, il doit vivre. L’enfant a besoin de ses vrais père et mère qui lui ont pourtant été retirés avec violence. Il grandit dans une famille ennemie de la sienne, auprès des ennemis de son peuple. C’est alors que commencent à se sédimenter en lui une série de conflits intérieurs qui, à un moment donné, explosent en un geste de rage puisqu’il tue un Égyptien en train de maltraiter l’un des siens. Son expérience d’orphelin, la blessure de l’abandon que Moïse porte en lui, devient de la rage et le transforme en assassin (voir Ex 2, 1-15). C’est un assassin dont l’histoire est une circonstance atténuante – pourrions-nous dire –, mais cela n’enlève pas le fait qu’il devrait assumer la responsabilité de son acte. Pourtant, il ne le fait pas. Quand le pharaon le cherche pour le tuer, Moïse a peur d’affronter les conséquences de son acte et fait ce que font généralement les lâches : il s’enfuit. Il s’enfuit car il a peur. Et s’échappant – cela est intéressant –, il part se réfugier dans une zone du désert habitée par les Madianites (voir Ex 2, 16-22). Qui sont-ils ? Les bergers de Madian sont des descendants du peuple d’Israël ayant refusé d’entrer en Égypte quand Joseph y avait accueilli les siens. Les Madianites avaient donc conservé une sorte de liberté. C’étaient des bergers errants, mais

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très libres, qui ne se sentaient pas particulièrement liés à un territoire et se tenaient volontairement éloignés de ces situations se transformant, au fil du temps, en oppression. Parmi les Madianites, Moïse croise un berger du nom de Jéthro. Celui-ci a des filles. Moïse en épouse une et pense, de cette façon, avoir un peu arrangé sa vie. Il est intéressant de voir qu’à certains moments de notre existence, des choses nous arrivent alors que nous ne les avons pas choisies. Elles peuvent nous blesser à tel point que nous détournons notre regard d’une partie de notre histoire pour les oublier. Souvent, une personne blessée blesse. Notre première réaction instinctive face au mal subi n’est pas la sanctification, mais une réaction très humaine à la blessure. Et Moïse ? C’est précisément ce qu’il fait. Il tente de récupérer tout seul un équilibre, en se réinventant une vie pour s’en sortir. En général, il nous arrive tous un jour de chercher à recréer un équilibre dans notre vie, de façon très humaine. Nous tentons seuls de rester à la surface, en reconstruisant un monde nous permettant, à tout prix, d’aller de l’avant. Si l’on ne peut effacer le passé, on vit au moins en faisant l’effort de l’oublier le plus possible. Le problème avec le passé est que si on ne l’affronte pas, il nous persécutera toute notre vie. Nous ne pouvons pas le fuir. Voilà la grande leçon que reçoit Moïse juste au moment où il pense avoir trouvé son équilibre. Essayons simplement de réfléchir à la façon dont il est arrivé au mariage. Il fuyait. Il n’a certainement pas fait de discernement et suivi une session de préparation au mariage. Il ne s’est pas demandé

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si celle qu’il avait rencontrée était la femme de sa vie, ou si l’appel au mariage était la chose la plus importante. Le geste par lequel il a choisi son épouse est dicté en grande partie par son histoire passée. Je veux dire qu’il ne suffit pas de choisir ce qui nous arrive simplement parce que notre histoire nous a amenés là où nous sommes. À un moment donné, nous devons affronter notre passé et, si nous n’avons pas le courage de le faire par nous-mêmes, le Seigneur intervient. C’est ce qui se passe dans la vie de Moïse : au moment où il s’y attend le moins, Dieu qui avait parlé à Abraham, à Isaac et à Jacob, lui adresse la parole (voir Ex 3, 1 s.). Face à l’expérience du buisson ardent, mû par la curiosité de celui qui voit des broussailles sèches brûler sans être consumées par le feu, Moïse entend la parole du Seigneur. D’abord, celui-ci l’appelle par son nom. C’est l’expérience de Dieu : nous sommes toujours appelés par notre nom, et nous ne le sommes pas pour ce que nous savons faire. Dieu s’adresse précisément à nous, non à ce que nous sommes capables de faire. Lui sait parfaitement qui nous sommes, il nous adresse la parole et nous appelle. Dieu dit à Moïse : « Mon ami, tu dois revenir en arrière, aller en Égypte et libérer mon peuple. » C’est pour cette mission que Moïse doit affronter son passé. C’est dans cet appel à être guide qu’il doit affronter son passé, et c’est justement parce que le Seigneur l’appelle qu’il doit rebrousser chemin. Son passé pèse encore sur ses épaules, il a peur, une terreur somatisée aussi par un trouble physique dont il est atteint : il est bègue. Et il n’est peut-être pas idéal d’envoyer une personne avec des difficultés de langage pour négocier des traités diplomatiques avec le pharaon.

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Moïse a beaucoup de limites, comme nous le voyons : une blessure d’abandon, l’assassinat, la lâcheté, le bégaiement… et pourtant, il semble que le Seigneur ne se soit pas effrayé de ces limites. Paradoxalement même, il l’appelle justement parce qu’il est cette personne, faite ainsi, avec ces caractéristiques. Nous pourrions alors penser que la faiblesse, notre faiblesse, l’expérience de la limite dans notre histoire, ce que nous avons subi, ce que nous avons fait, est la raison pour laquelle le Seigneur nous a appelés. Pour ainsi dire, il peut sembler que notre vocation soit une justification de notre faiblesse et de nos limites. Non. Le Seigneur n’en a que faire de nos limites, de notre faiblesse. Il ne les regarde pas en les justifiant, mais il nous dit qu’il y a là une opportunité pour nous. Ce qui nous prépare vraiment à faire ce à quoi nous sommes appelés est caché dans l’expérience de cette faiblesse et de ces limites. Moïse doit alors faire deux choses : se réconcilier avec ce qui lui est arrivé et faire preuve de créativité. Il est bègue ? Il devra quand même trouver le moyen de parler avec le pharaon. Il va donc emmener son frère Aaron (voir Ex 4, 14 s.). Moïse trouve un moyen de faire ce que le Seigneur lui a demandé. Avec notre mentalité humaine, nous pourrions nous demander : « Mais Dieu n’aurait-il pas pu appeler directement Aaron ? » Non, pas Aaron, c’est Moïse que je veux – dit Dieu –, c’est lui que je veux et je ne suis pas effrayé par la façon dont il est fait. Je ne suis pas effrayé par son histoire, je ne suis pas effrayé par ses limites, par sa faiblesse, je ne suis pas effrayé par ses défauts.

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Table des matières Prologue .................................................................................... 9 La faiblesse .............................................................................. 33 La croix ................................................................................... 55 La vérité .................................................................................. 81 Accompagner ........................................................................ 101 Les relations .......................................................................... 123 Le quotidien .......................................................................... 147 L’esprit .................................................................................. 167


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« Le témoignage, pour un chrétien, est seulement un baptême qui fonctionne. » Luigi Maria Epicoco

En choisissant d’offrir ce livre à tous les prêtres de Rome, le pape François a montré, une nouvelle fois, la place centrale – et primordiale – du témoignage dans la vie d’un chrétien, consacré ou non. Un livre événement en Italie (cinq réimpressions en quelques semaines) pour nous plonger aux racines de notre baptême et y trouver comment être présents aux autres avec délicatesse et bienveillance.

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