PÈRE GUY-EMMANUEL CARIOT
La Citadelle imprenable Petite méthode pour résister à l’adversaire et obtenir la libération
« Seigneur, mon roc, ma forteresse, Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite, mon bouclier, mon fort, ma citadelle imprenable ! » Psaume 17, 2-3
Je tiens à remercier particulièrement ceux qui m’ont conseillé et relu : l’abbé Augustin Cayla, le R.P Jean-Baptiste Golfier, sœur Claire de Bénazé, Thibaud Dary, Edouard Tétreau et le docteur Bruno Caumartin. Un grand merci également à Mgr Stanislas Lalanne pour sa patiente relecture et pour l’imprimatur qu’il a accordée à cet ouvrage ainsi que Mgr Guy de Kerimel pour sa préface.
PRÉFACE Les exorcistes, à l’écoute de nombreuses personnes qui viennent les voir parce qu’elles se pensent éprouvées par les attaques du Prince des ténèbres - le Diable ou Satan prennent conscience de l’importance d’éduquer au combat spirituel. Bien des gens, y compris des chrétiens, ignorent la nécessité de combattre intérieurement pour rester libres face au mal. Au baptême, le Christ nous a délivrés de la fatalité du mal ; encore faut-il que les baptisés exercent cette liberté et ne se laissent pas mener par leurs passions, ou par les courants de pensée à la mode ou la force de persuasion des nombreuses images qui harcèlent leurs yeux et leurs cœurs en permanence. Car, bien que libres, ils gardent un certain penchant pour le péché. Ils ont donc besoin de fortifier leur liberté intérieure. Le combat spirituel consiste à exercer notre liberté, en discernant ce qui est bien et en engageant notre volonté à le choisir. La liberté intérieure est un don de Dieu et une conquête de chaque jour à mener par le baptisé, avec la grâce de Dieu. Le mal se présente à l’être humain sous un aspect séduisant et persuasif, comme un apport positif qui fera du bien. Dès que l’homme commence à discuter avec la tentation, il est fragilisé, ses défenses sont rapidement vaincues et il cède. Avant d’attribuer son échec au pouvoir de Satan, il doit assumer sa propre responsabilité et reconnaître 5
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souvent un mauvais exercice de sa liberté. Satan en effet ne peut rien sur la volonté humaine si celle-ci ne cède pas. Mais plus elle cède à la tentation, plus Satan acquiert une certaine prise sur elle. L’habitude du péché, et surtout du péché mortel, donne à Satan un certain pouvoir sur la personne. Ainsi donc Satan agit directement ou indirectement par la séduction et par la peur qui paralyse. Il est donc nécessaire de se former au discernement et de savoir fuir rapidement quand l’ennemi arrive, tout fringant ou tout effrayant, pour éviter de se laisser hypnotiser par le faux bien ou par la peur. Le père Guy-Emmanuel Cariot, exorciste du diocèse de Pontoise, propose dans ce livre une méthode pour résister aux attaques de l’Adversaire et rester libre ou retrouver la liberté perdue. Cette méthode demande d’exercer son regard de foi, ou plus exactement d’apprendre à voir venir celui qui attaque, de ne pas se laisser fasciner par le mal et d’être assez souple pour se tourner immédiatement vers Dieu. Même si la liberté humaine est entravée par le péché qui obscurcit l’intelligence et affaiblit la volonté, elle n’est jamais complètement empêchée. Elle est l’instrument majeur de la victoire, avec la grâce de Dieu. Comment ne pas laisser envahir la ville fortifiée qu’est le chrétien ? Comment résister à l’ennemi ou le chasser s’il a commencé à entrer dans la ville ? En décrivant cette ville, le père Cariot montre qu’elle a en son centre un château 6
Préface
inexpugnable où réside Dieu. Et l’ennemi est bien incapable de s’affronter à la puissance divine, d’autant plus qu’il n’est qu’une créature. Savoir que Dieu est présent dans chacune de ses créatures humaines et particulièrement en chacun des baptisés donne une assurance dans le combat : nous avons en nous Celui qui est invincible. Cette assurance, cependant, ne doit pas nous faire tomber dans le péché de présomption. Dieu n’interviendra pas de manière magique pour nous délivrer sans que nous engagions notre liberté. Sa présence est un soutien précieux pour notre combat et non pas une occasion de démissionner de notre poste. Puisse ce livre éclairer bien des gens et leur redonner courage dans le combat spirituel ! † Guy de Kerimel Évêque de Grenoble-Vienne Président de la Commission épiscopale pour la pastorale liturgique et sacramentelle Responsable du Bureau national des exorcistes
AVANT-PROPOS Ce livre veut expliquer simplement une réalité bien complexe. Il est le fruit de l’accompagnement de personnes malmenées par les forces du mal et qui viennent me rencontrer en tant qu’exorciste diocésain pour obtenir une grâce de libération, de la part du Christ. Néanmoins, je parlerai seulement allusivement de l’exorcisme, cette prière de l’Église qui vise à chasser le démon du corps des possédés, car nous nous situons ici en amont de cette pratique. Ce livre est en grande partie fondé sur le premier entretien que j’ai avec les personnes que je rencontre. C’est pour elles que j’ai imaginé la « théorie du château » que je vais exposer ici. Le mot « théorie » vient du grec theorein qui peut signifier « contempler ». On verra combien la contemplation est au cœur du processus. Cependant, cette théorie ne s’adresse pas seulement à ceux qui subissent, ou croient subir, des attaques spécifiques du démon, mais à tous ceux qui rencontrent le tentateur dans leur existence. Ce livre s’adresse donc à tout chrétien prenant au sérieux sa vie spirituelle. Il parle de l’âme du combat spirituel et en définit les contours. Il présentera cette théorie en la détaillant. Il s’agit tout à la fois d’un exercice et d’une prière, l’exercice menant à une prière mieux ajustée et à une libération.
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LA CITADELLE IMPRENABLE
Je ne m’attarderai pas à décrire, ni à nommer « l’ennemi ». Il est la synthèse de tout ce qui nous fait du mal et de ce qui cause notre malheur. Il peut être de l’ordre de la blessure ancienne, du vice enraciné, mais être aussi spirituel, démoniaque. Ce que cette petite méthode tend à prouver, c’est qu’il nous est bon de lui tourner le dos pour porter résolument notre regard vers Dieu et boire à sa source de vie.
Chapitre I
Notre ville est attaquée
À l’ouest du Gers, non loin de Condom, se trouve un petit village
appelé
Larressingle.
Surnommé
« la petite
Carcassonne », c’est une superbe petite cité fortifiée abritant en son centre un grand château, des habitations et une église. Je vous invite à considérer votre vie comme Larressingle. Les différentes constructions correspondent à tel ou tel aspect de notre vie : vie professionnelle, vie familiale et sociale, vie quotidienne (sommeil, alimentation), vie intellectuelle, grands projets de vie et vie spirituelle. L’enceinte, tel un rempart très haut, en symbolise l’unité.
Il est bon, avant de commencer, de nous arrêter quelques instants sur l’identité de cet ennemi : qui est-il ? Les personnes qui viennent voir un exorciste sont convaincues qu’il s’agit du démon. Cette conviction empêche souvent le début d’un travail de libération tant ces personnes croient ressentir l’emprise maléfique sur elles et se considèrent incapables de lui résister, et encore moins de retrouver leur liberté. Personnellement, je préfère écouter longuement
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leur récit et ne pas me prononcer trop vite sur l’identité de leur « ennemi ». L’important, au début du chemin de libération, est de constater que l’ennemi peut avoir plusieurs visages, souvent superposés les uns sur les autres. Il est celui qui nous fait du mal, qui empêche notre vie d’être vécue et qui nous rend malheureux. On peut reconnaître ici le visage du Prince de ce monde, du diable. Figure énigmatique, souvent rejetée par la pensée moderne, il demeure pourtant bien présent dans la foi de l’Église et dans sa liturgie. Le pape Paul VI rappelle combien son existence est réelle : « Ils s’écartent de l’enseignement de la Bible et de l’Église ceux qui refusent de reconnaître son existence ou qui en font un principe autonome n’ayant pas lui aussi, comme toute créature, son origine en Dieu ; ou encore qui l’expliquent comme une pseudo-réalité, une invention de l’esprit pour personnifier les causes inconnues de nos maux1. »
L’ennemi a encore d’autres visages. Il peut s’agir de la persistance d’un traumatisme ancien ou d’un vice profondément enraciné. Ils ne sont pas « le » diable, mais peuvent toutefois porter son empreinte. Ils ne nécessitent en tous les cas pas le même type de réaction. Certes, tout mal vient du démon, mais toute attaque n’est pas clairement signée de lui.
1. Paul VI, Audience générale du mercredi 15 novembre 1972.
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Il est aussi fréquent pour un exorciste de recevoir des personnes au psychisme fragile qui se sentent persécutées par le démon. Un discernement éclairé doit se faire à ce moment précis. Il est demandé, dans les notes pastorales précédant le Rituel de l’exorcisme, que le prêtre exorciste montre « avant tout la plus grande réserve et la plus grande prudence nécessaires. Tout d’abord, qu’il ne croie pas facilement qu’une personne est obsédée par le démon, si elle souffre d’une maladie, surtout d’ordre psychique ». Dans l’ancien Rituel, la recommandation était la même. En remontant dans l’histoire, la prudence est toujours présente, comme l’attestent les conclusions du synode de Reims en 1583. Elles donnent cet avertissement qu’on croirait avoir été écrit à notre époque : « Avant que le prêtre entreprenne d’exorciser, il doit diligemment s’enquérir de la vie du possédé, de sa condition, de sa renommée, de sa santé et d’autres circonstances ; et en doit communiquer avec les gens sages, prudents et bien avisés, car souventes fois les crédules sont trompés et les mélancoliques, lunatiques et ensorcelés trompent l’exorciste, disant qu’ils sont possédés et tourmentés du diable : lesquels toutefois, ont plus besoin de remèdes du médecin, que du ministère de l’exorciste.1 » La complexité de ces questions et les doutes quant à la certitude morale de l’action spécifique du démon dans la vie des personnes malmenées ne doivent toutefois en aucun cas empêcher de travailler à
1. Bruno de Jésus-Marie, La Belle Acarie. Bienheureuse Marie de l’Incarnation, Paris, 1943, p. 436-443.
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leur libération. Les causes sont souvent obscures, mais la réalité est claire : ces personnes sont attaquées par un ennemi, quelle qu’en soit la nature.
Je vais tenter dans cette première partie de détailler les différents lieux où les personnes tourmentées se sentent attaquées, en parcourant ce village virtuel qu’est notre vie. On le voit ici, l’image même du village laisse entendre que si un seul bâtiment est attaqué, c’est tout l’ensemble qui est concerné. Je vous propose donc de visiter, l’un après l’autre, huit bâtiments de ce village fortifié qu’est notre vie : la ferme, le salon, le réfectoire, la chambre, la bibliothèque, le théâtre, la salle des cartes et enfin l’église. La ferme La ferme symbolise notre vie professionnelle ou nos études. Quand notre ferme est attaquée, nous ne réussissons pas à mener à terme nos projets, ou quelque chose semble l’empêcher. Notre progression professionnelle est bloquée. Il n’est pas rare, lorsqu’une personne me sollicite comme exorciste, qu’elle parle de son travail et des nombreuses contrariétés qu’elle y subit. Souvent, il s’agit d’une difficulté, voire d’une impossibilité à être embauchée. Les diplômes et l’expérience sont là mais quand arrive l’entretien d’embauche, c’est la catastrophe. Ou alors le CDD s’est bien passé, mais 14
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ne s’est pas transformé en CDI. Ou encore des collègues se montrent jaloux, mauvais et profèrent des menaces. Tous ceux qui travaillent savent bien qu’il n’est pas nécessaire d’invoquer le diable pour éprouver ces désagréments dans le monde du travail. Pourtant, ce que vivent ces personnes leur laisse penser que quelque chose est anormal dans ces échecs à répétition, alors même qu’elles ont les capacités requises. Le travail est un élément essentiel de nos vies. Sans travail, notre vie perd en dignité sociale, sans travail notre subsistance doit se tourner vers l’aide sociale. Le travail est un lieu essentiel de notre humanité. Dans l’hypothèse d’une attaque spirituelle liée à la sorcellerie ou à une malédiction, il est tout à fait normal d’envisager les dégâts dans la sphère professionnelle. Le travail étant atteint, le travailleur en est blessé de différentes manières : - Doute par rapport à ses propres capacités : s’il est bon de savoir se remettre en cause et d’envisager une réorientation professionnelle le temps venu, il est tout à fait néfaste de se poser quotidiennement des questions quant à son avenir et d’être entravé par elles au point de ne plus pouvoir accomplir son devoir. Se dénigrer en permanence est une vraie plaie qui empêche de progresser ou simplement de faire ce que l’on a à faire. - Problèmes de santé liés à la charge de travail ou à l’ambiance qui règne sur le lieu de travail. Cela peut conduire 15
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au « burn-out », syndrome d’épuisement professionnel menant à une dépression plus ou moins sévère et souvent à des troubles physiques. - Suspicion vis-à-vis de ses collègues ou de son employeur. Tout est interprété négativement, comme si tout tournait autour de soi. Les difficultés habituelles et quotidiennes sont alors lues à travers le filtre de la défiance : « On cherche par tous les moyens à me coincer », « On attend mes erreurs, mes faux pas », « Mon chef me donne de plus en plus de travail pour que je ne puisse plus l’assumer ». Hélas, il peut arriver que tout cela soit bien réel et que le lieu de travail devienne un enfer. Si c’est le cas et si cela vient de collègues ou d’employeurs nuisibles, on cherchera un autre travail, si cela est possible. Cela peut aussi être le fruit d ’activités occultes, mais c’est vraiment plus rare. Dans ces d ifférents cas, on aura intérêt à utiliser la méthode exposée au deuxième chapitre de ce livre. Le salon Le salon représente notre vie de famille, en particulier les relations entre chacun de ses membres. Quand cette pièce est attaquée, la vie familiale devient un enfer, chacun s’enferrant dans ses positions. On ne se pardonne plus, on ne communique plus. On se méfie les uns des autres, et on soupçonne les parents et beaux-parents d’actions mauvaises à notre égard. Cela peut être aussi un conjoint qui, subitement, se montre totalement désintéressé, taciturne, violent, colérique. Cela 16
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peut être lié au changement de comportement d’un enfant ou d’un adolescent qui se met à s’opposer violemment à ses parents ou à rejeter avec agressivité tout ce qui concerne la foi chrétienne, et ce jusqu’au blasphème. Souvent, quand un exorciste est consulté, il y a la sensation, voire la certitude, d’avoir été maudit ou ensorcelé par un proche parent, souvent la belle-mère. Dans les cultures africaines où le « nous » familial est beaucoup plus fort qu’en Occident, on reste très sensible à cela, et il n’est pas rare d’attribuer un échec à l’activité nocive d’un proche. Cependant, cette sorcellerie existe bien et dépasse largement la sphère africaine. Les conséquences à l’intérieur de la famille sont désastreuses : à la place d’un rapport filial normal s’instaure un climat de méfiance et de crainte qui peut laisser des adultes dans une dépendance infantile vis-à-vis de parents abusifs, eux-mêmes plongés dans une représentation du monde malsaine. Comment opère cette sorcellerie ? Souvent, elle utilisera des objets appartenant à la personne contre laquelle on fait agir le sorcier, voire des éléments corporels tels des cheveux ou des ongles. Le sorcier utilisera cela comme objet de maléfice. Il n’est pas rare qu’une personne, après la visite de quelqu’un de son entourage, retrouve chez elle des objets « maléficiés » (épingles dans les oreillers, cheveux liés par un cordon, clous rouillés entourés d’un tissu, pattes d’oiseau ou oiseau mort cloué sur une porte, etc.). Sans dramatiser ces situations, on comprend bien la peur qui peut naître d’un tel 17
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rapport familial. La situation se dégrade encore lorsque face à ces actions de sorcellerie on déclare : « Je ne lui pardonnerai jamais. » Cette déclaration est en fait terrible. On est là dans une sorte de victoire diabolique. Si nous avons déjà déclaré cela publiquement ou si nous l’avons pensé, il est très important d’en faire pénitence en allant se confesser. Sinon, cette simple déclaration devient une belle porte d’entrée à l’action démoniaque. Dans le cadre des relations familiales, il faut dire un mot des « liens intergénérationnels » que beaucoup évoquent pour expliquer leur malaise. Souvent, la soi-disant connaissance d’un tel lien intergénérationnel vient de la révélation qu’un mage ou un sorcier consulté aurait faite : « Si vous allez mal, c’est que votre arrière-grand-mère a pratiqué un rite de sorcellerie concernant sa descendance » ou encore : « Votre malaise vient du fait que votre grand-père défunt agit aujourd’hui contre vous ». La commission doctrinale de la Conférence des évêques de France a établi en 2007 une note doctrinale concernant la prière pour la guérison spirituelle de l’arbre généalogique telle qu’elle fut pensée par le père Hampsch 1. D’un point de vue psychologique et spirituel, la commission attire l’attention sur les méthodes de guérison de l’arbre
1. Père John Hampsch, La Guérison de vos racines familiales, 1986, Goleta, Californie ; trad. française 2002.
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généalogique pratiquées dans telle ou telle communauté catholique. Elle appelle le chrétien à être vigilant, à reconnaître et à valoriser la responsabilité de chacun et à prendre conscience de la nécessité du combat spirituel. Elle rappelle aussi l’importance de l’apprentissage de la patience. Il est fréquent, face à un problème existentiel, de chercher des causes extérieures. Cependant, si la personne n’est pas mobilisée elle-même, elle ne guérira jamais. Du point de vue théologique, la commission a rappelé combien la doctrine catholique excluait ce genre d’action de la part des défunts : « Que les âmes des défunts encore au purgatoire puissent nuire de façon actuelle et décisive à la santé spirituelle de leurs descendants, et qu’en délivrant les uns, on puisse actuellement guérir les autres, voilà qui apparaîtrait comme une vérité nouvelle dans l’Église catholique et sans appui dans la Tradition : on ne saurait donc ni la reconnaître ni la mettre en pratique.1 » Le Catéchisme de l’Église catholique vient ici préciser et compléter cette affirmation : « Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est
1. « Sur la guérison des racines familiales par l’eucharistie », note de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France, janvier 2007.
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une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. » (CEC 958). Il est donc affirmé par le Catéchisme de l’Église catholique qu’une action des âmes du purgatoire sur nos vies est possible et rendue e fficace par notre prière pour elles. On voit bien ici toutefois qu’il ne s’agit que d’une action visant le bien et en aucun cas d’une action nuisible. Il faut noter que le débat reste ouvert sur ces questions de transmissions intergénérationnelles d’emprise. Il y a en premier lieu les mises en garde nécessaires : ne pas déresponsabiliser la personne en renvoyant la cause de son trouble dans le passé et hors de sa responsabilité, ne pas imaginer une âme d’un défunt attaquant une personne aujourd’hui. Ensuite, on peut regarder la réalité des liens psychologiques : non-dits qui perdurent sur plusieurs générations et qui empêchent littéralement de vivre. Les liens moraux existent aussi, rebondissant sur les générations : c’est la mauvaise attitude qui se répète par imitation (le mari, dont la mère et la grand-mère étaient déjà battues par leur conjoint, bat sa femme à son tour). Mais qu’en est-il des liens démoniaques ?
Ces mises en garde n’empêchent pas de reconnaître combien nous héritons d’une culture qui contient des peurs, des terreurs. Il est important d’en prendre conscience. Prenons un exemple : des hommes et des femmes originaires 20
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des Antilles peuvent porter en eux p rofondément l’histoire de l’esclavage et de ses violences. Mais il faut alors plus se tourner vers la transmission de vivant à vivant (grands- parents et parents vivants) ou à l’ensemble de la culture aujourd’hui largement façonnée par les médias et par l’école. Il n’est pas nécessaire d’imputer ce malaise à l’activité actuelle d’un ancêtre malfaisant, au risque de ne pas aider ces personnes qui resteront sous une autre emprise ou victimes d’un autre blocage. S’il est démontré qu’un ancêtre a été particulièrement malfaisant durant sa vie (sorcellerie, satanisme, meurtres, abus sexuels, sadisme, etc.), on encouragera le recours à la prière et particulièrement à l’offrande de messes célébrées à son intention. Le réfectoire Le réfectoire est bien évidemment le lieu où nous nous restaurons, il représente notre rapport à la nourriture et peut être le lieu de plusieurs addictions. Quand il est attaqué, notre rapport à l’alimentation est détruit : impossibilité de manger tel ou tel aliment, envie de vomir ou envie de dévorer sans être rassasié. Nous laisser dominer par ce que nous recevons définit aussi les addictions que nous plaçons ici au réfectoire. Dans le large éventail des attaques ressenties par les fidèles venant demander l’aide d’un exorciste, il y a tout ce qui a trait à l’alimentation. Nous sommes là évidemment tout proches de troubles psychologiques bien connus même s’ils sont difficiles à soigner. Certaines personnes attaquées parlent de 21
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maléfices ingérés sous forme de nourriture ou de boisson, à leur insu ou au cours d’un rituel auquel elles ont participé plus ou moins volontairement. Depuis cette absorption, elles vivent un véritable enfer. Elles sentent ce qu’elles ont ingéré, et cela bloque leur vie et souvent leur alimentation. La nourriture a pour eux une odeur nauséabonde (odeur d’excréments souvent ou de viande putréfiée). Nausées, vomissements, renvois incessants peuvent empêcher littéralement de vivre. Un dégoût s’installe de plus en plus vis-à-vis de la nourriture et cela, comme toutes les autres attaques, mais encore plus rapidement, peut mener à la mort. Par ailleurs, l’ingestion compulsive met aussi en danger la personne. La consommation excessive et récurrente d’alcool plonge aussi celui ou celle qui s’y adonne dans un véritable enfer, qui touche et affecte gravement son entourage. Toutes les addictions sont situées ici au « réfectoire » comme autant de lieux d’excès : un plaisir apparent et fugace occupe l’imagination en promettant toujours plus de jouissance. L’addiction est aussi une fuite. Il est certain que ceux concernés par ces addictions doivent avoir recours à des médecins addictologues. Ils les aideront petit à petit à s’en libérer. Mais tant au niveau psychologique que spirituel, ces addictions sont plus des conséquences, des symptômes, que des causes. Devenir dépendant de l’alcool ou de produits stupéfiants révèle un malaise antérieur auquel cette addiction offre une fausse porte de sortie. L’addiction est bien un
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abandon du château, une fuite. Cela a des conséquences spirituelles désastreuses. Une guérison et une libération demeurent toutefois possibles. La chambre La chambre représente le lieu de l’intimité personnelle et, le cas échéant, conjugale. Quand notre intimité est attaquée, notre sommeil est perturbé, notre vie sexuelle est déviante et troublée, nous nous détournons de nos engagements conjugaux ou religieux. Lieu du repos, la chambre peut devenir un lieu de cauchemar. Le sommeil est troublé de plusieurs manières : cela peut être de l’ordre de l’insomnie, les personnes n’arrivant pas à s’endormir avant le petit matin, ou du réveil brutal à une heure déterminée. La vie sociale et la santé sont alors menacées. Certains, principalement des célibataires, peuvent sentir à leur côté, la nuit, la présence d’un tiers. Cela peut être aussi de l’ordre des rêves ou plutôt des cauchemars : apparition de monstres, de morts, d’hommes en tenue noire avec capuchon cachant le visage, lit qui se soulève ou s’affaisse, etc. Il faut noter ici que la prolifération absolument incroyable des films d’horreur fournit à ceux qui les regardent un imaginaire fantasmagorique réellement effrayant. Beaucoup consomment régulièrement ce genre de programmes, jugeant très mal de leur nocivité et de leur perversité. Dans le récit que ces personnes font de ces terreurs nocturnes, on a souvent du mal à discerner si ces visions ont lieu lorsqu’elles sont éveillées ou 23
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endormies. En général, les rêves nous représentent pendant la nuit des faits, des sensations survenues pendant le jour. De temps en temps, cette « mise en scène » peut nous offrir des issues à des situations gênantes, bloquantes. Lors de cette « mise en scène », l’esprit du mal peut aussi agir. La volonté, comme le corps, est endormie, et la vulnérabilité plus grande. Si les rêves viennent de la mémoire du jour, ils peuvent aussi venir de l’intrusion du mauvais d’une manière qui nous échappe et qu’il est difficile d’évaluer. En tous les cas, la nuit devient un rendez-vous quotidien avec les terreurs les plus grandes. Ne pas dormir a des conséquences très directes sur la vie sociale ainsi que sur la santé physique, intellectuelle et spirituelle. La chambre est aussi le lieu principal, habituel, où se vit l’activité sexuelle. La vie sexuelle est un lieu particulièrement attaqué. Le démon, de nature angélique, ne possède pas de corps. Il veut abîmer le plus possible la vie sexuelle humaine. Créée par Dieu, elle a la double finalité d’être le lieu de l’amour conjugal et le moyen pour transmettre la vie. Cette double finalité rend jaloux le démon, qui va se servir de la sexualité humaine pour abîmer le projet de Dieu. La personne qui se sent attaquée sur ce point par l’esprit du mal peut subitement être amenée à nourrir des fantasmes assez destructeurs, souvent fondés sur la violence (domination et soumission) ou la perversité. Quand une personne dont la vie conjugale est paisible se trouve confrontée à ces nouveaux
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désirs, il y a de quoi ressentir une véritable panique. On peut noter aussi, principalement chez les personnes originaires de pays d’Afrique occidentale, le phénomène des « maris de nuit » ou « femmes de nuit » correspondant en Occident à ce que l’on appelait dans les recueils de démonologie « les incubes » et « les succubes ». Il s’agit de personnification dans le sommeil d’un être maléfique qui a des relations sexuelles avec la personne attaquée. Le phénomène est complexe : de temps en temps cela peut aller jusqu’à l’orgasme et à d’autres moments cela ressemble à un viol qui peut occasionner des blessures physiques et psychiques bien réelles. Beaucoup de culpabilité naît dans le premier cas, et une grande souffrance dans le second. Ce sont principalement des femmes qui se plaignent de cela. C’est considéré en Afrique occidentale comme le résultat d’un maléfice, qui provoque une immense fatigue et un dégoût de soi. Il faut aussi noter ici les tentations très fortes conduisant au délitement du lien conjugal. La tentation de l’adultère peut avoir trois effets : l’adultère en lui-même, l’adultère au moyen de la pornographie si facilement accessible sur internet, et le délaissement de son conjoint au niveau sexuel même s’il n’y a pas formellement d’adultère. Ces tentations sont très répandues. Quand elles mènent inexorablement à l’adultère consommé, les conséquences sont aussi très destructrices. « J’aime mon mari et je ne veux pas le tromper mais c’est plus fort que moi », me disait une jeune femme qui n’en pouvait plus de la pression qu’elle ressentait et qui 25
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la poussait, d’après elle, à se donner facilement, comme si cela n’avait pas d’importance. Elle en ressentait une grande tristesse mais elle fut libérée de cette pression, ce qui fit sa grande joie. La bibliothèque La bibliothèque est le siège de notre vie intellectuelle, de la construction de nos idées et de nos réflexions. Quand cette pièce est attaquée, notre être est dévoré par l’orgueil, qui nous fait penser que nous sommes au-dessus de tout, et pouvons être l’alpha et l’oméga de nous-mêmes. L’orgueil est un péché capital, ce qui signifie qu’il est à la tête d’autres péchés qui le suivent. C’est le péché de l’Ange mais aussi le nôtre. Il nous empêche de vivre dans une relation saine avec les autres et nous met en position de porte-à-faux avec Dieu. « C’est une grande faute que de se croire plus que l’on n’est et de s’estimer moins que l’on ne vaut », dit Goethe. L’orgueil est effectivement une plaie de notre humanité. Il peut dévorer notre vie et nous mener au plus grand désespoir. L’orgueil, c’est prétendre de manière irrationnelle à ce qui nous dépasse. Il y a dans l’orgueil quelque chose du reflet qui nous est renvoyé dans le miroir et des pensées que cela fait naître en notre cœur. L’orgueil s’appuie toujours sur nos talents, nos qualités, notre beauté, mais il est pour chacun « un appétit désordonné de sa propre excellence1 ». On le
1. Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, q. 84, art. 2.
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voit très bien dans la parabole que Jésus raconte à propos du pharisien et du publicain : À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était p harisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. (Lc 18, 9-14).
« Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne », cela est certes bien, très bien, mais le pharisien va s’autocentrer, se donner en référence, alors qu’il devrait rendre grâce du bien qu’il a pu faire. Il a un appétit désordonné de l’excellence de sa vie. On le voit, l’orgueil est toujours intellectuel. L’orgueil exposé aux autres s’appelle la vanité. Celui qui est orgueilleux se croit supérieur aux autres ; le vaniteux, lui, veut que cela se sache. L’orgueil est plus difficile à discerner car moins visible, plus intérieur. C’est 27
LA CITADELLE IMPRENABLE
ce qui habite le cœur d’Adam et Ève lorsqu’ils acceptent la suggestion du serpent. Ils veulent être comme Dieu. Ils prétendent à ce qui les dépasse. Accepter d’être limité, créé, aurait été bien plus rationnel. Au contraire, l’orgueil va les ouvrir à des pensées mortelles : « Dieu nous étouffe ! Libérons-nous de son joug, car il veut nous limiter pour que nous ne devenions pas son égal ! » Tous les athéismes militants puisent dans cette révolte leur existence et, par aveuglement, produisent les fruits que nous connaissons. Le rationalisme, en rejetant toute transcendance et en refusant d’envisager l’être humain comme étant aussi un être spirituel, tombe dans le même piège. La science, qui doit découvrir les lois qui régissent l’univers, peut être orgueilleuse également. Car si des lois régissent l’univers, ce ne sont pas les scientifiques qui les créent. La découverte scientifique doit aborder chaque nouveauté avec beaucoup d’humilité. On voit à quel point manque cette humilité quand on entend parler un certain nombre de généticiens qui pensent éthique ce qui est seulement possible techniquement. Le vivant devient alors un matériau exploitable. Mais l’orgueil intellectuel peut aussi se révéler à propos de choses très peu intellectuelles… Si j’ai envie de connaître l’avenir, je vais consulter mon horoscope, ou aller voir un spirite ou un voyant. C’est un acte d’orgueil insensé, l’avenir appartenant à Dieu. Je me fais Dieu, car je refuse de dépendre de la réalité des choses, du temps qui passe et des lois qui régissent ma vie. 28
BIBLIOGRAPHIE « Foi chrétienne et démonologie », Congrégation pour la doctrine de la foi, 1975. « Superstition, magie, satanisme », Note pastorale de la conférence épiscopale de Campanie, 1994. « Magie et démonologie », Lettre pastorale de la Conférence des évêques de Toscane, 1994. Note doctrinale n° 6 sur la guérison des racines familiales par l’eucharistie, Commission doctrinale de la conférence des évêques de France, 2007. Consultable seulement sur internet. Ignace de Loyola, Exercices spirituels, collection Sagesses, Seuil, 1982. Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Dieu fait-il concourir les démons au salut des hommes ? collection Sed Contra, Artège, 2018. Serge-Thomas Bonino, Les Anges et les démons, quatorze leçons de théologie, collection Bibliothèque de la revue thomiste, Parole et silence, 2007. Marc-Antoine Fontelle, L’Exorcisme, un rite chrétien, collection Patrimoines, Cerf, 2016. Denis Biju-Duval, Emmanuel Dumont, Pascal Ide, Louis Pelletier, Bernard Peyrous, Martin Pradère, Combattre le 117
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démon, Histoire, théologie, pratique, collection IUPG, Éditions de l’Emmanuel, 2011. Le Prince de ce monde, Carmel. Revue de spiritualité chré-
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TABLE DES MATIÈRES Préface de Mgr de Kerimel.......................................................5 Avant-propos.............................................................................9 Chapitre I. Notre ville est attaquée.........................................11 Chapitre II. Les neuf étapes de la théorie du château...........41 Chapitre III. Application de la théorie aux différentes parties du château..............................................................................61 Chapitre IV. Comment le démon nous attaque-t-il ?............77 Conclusion..............................................................................91 Annexe 1. Prières pour mieux vivre le combat spirituel.......95 Annexe 2. Enseignement des papes de notre temps..........103 Annexe 3. Les neuf étapes de la théorie du château (rappel)..................................................................................115 Bibliographie ........................................................................117
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