Georges Lemaître
À travers des portraits touchants mêlant texte et BD, découvrez comment ces hommes sont allés jusqu’au bout d’eux-mêmes.
Maximilien Kolbe
Au service des autres, leur foi a changé le monde !
Eric Liddell
garçons ÉPATANTS
Général Philippe Leclerc de Hauteclocque
12 hommes, 12 manières de répondre aux défis qu’a posés le e siècle – guerres, sciences, littérature, politique, religion –, 12 façons de vivre la foi, le courage, l’amour de la vérité et le don de soi pour les autres. Ces figures inspirantes, qui se sont battues pour que le monde soit meilleur, ne sont pas d’hier : elles sont d’aujourd’hui, elles sont de demain. Elles sont pour tous les garçons qui ressentent dans leur cœur le désir de s’engager sur un chemin de générosité et de lumière.
Jean-Paul II
Joseph Moscati
#saintsavanttout
Des
Édouard Branly
« Pour être saint, évêque, d’être e ir a ss e c é n s a p t s ’e n il » . x u ie g li e r u o e s u ie g li e prêtre, r Pape F rançois
Marcel Callo Illustré par Hervé Duphot, Alban Marilleau, Clément Rizzo, Grégoire Vallancien
Charles Péguy
Pepe des Cristeros
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Pier Giorgio Frassati
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J. R. R. Tolkien
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Sommaire Jean-Paul II (Karol Wojtyla).........................................................................7 Eric Liddell .......................................................................................................... 13 Joseph Moscati ................................................................................................ 21 Marcel Callo .......................................................................................................27 Pepe des Cristeros (saint José Luis Sanchez del Rio)................. 33 John Ronald Reuel Tolkien ...................................................................... 39 Édouard Branly ............................................................................................... 45 Général Philippe Leclerc de Hauteclocque...................................... 53 Georges Lemaître .......................................................................................... 59 Maximilien Kolbe .......................................................................................... 65 Charles Péguy ...................................................................................................71 Pier Giorgio Frassati ..................................................................................... 77
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Jean-Paul II (Karol Wojtyla)
LA VOIX DU MONDE ET DES SANS-VOIX
(1920-2005) ‹‹ Karol, Karol, pourquoi es-tu encore déguisé ? demande monsieur Wojtyla. – Je veux être acteur, papa, répond le jeune Karol en enfilant un bonnet sur ses boucles blondes. – Acteur ? Tu veux jouer un rôle ? Tu veux te cacher derrière un personnage, et devenir un pantin ? – Non, non (il fait de grands signes de la tête puis sourit), un acteur doit connaître tous les hommes et les femmes qui existent pour bien jouer, pour pouvoir les représenter. Je veux parler pour ceux qui n’ont pas la chance d’être sur scène. »
Monsieur Wojtyla rit de bon cœur : « Karol, “la voix du monde et des sansvoix”, j’espère que tu trouveras les mots justes pour percer les âmes et les éclairer. » Il fait un clin d’œil à son fils.
Cette gaieté passagère n’est pas ordinaire chez les Wojtyla depuis que la mère de Karol et son frère sont morts, emportés par la maladie. Une douleur que Karol garde dans son cœur, secrètement, et qu’il confie à Dieu dans ses prières : il prie sa mère d’intercéder pour lui.
À l’école, Karol écoute ses professeurs avec passion, mais parfois, il est distrait, en songeant à la troupe de théâtre qu’il a montée avec ses amis pour faire vivre la littérature de son pays, la Pologne ; il aime jouer sur scène et se donner entièrement, il pratique aussi le football et la randonnée en montagne.
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Cependant, alors qu’il commence ses études, deux événements terribles s’abattent sur lui : son père, fatigué, malade, s’assoupit un jour dans son fauteuil en lisant la nouvelle pièce de théâtre de Karol. Lorsque celui-ci rentre à la maison, il ne parvient pas à le réveiller. La mort l’a emporté. Quelque temps après, c’est la guerre en Pologne : le pays est envahi par les Allemands et les habitants s’enfuient. Karol est obligé d’arrêter ses études de polonais. Les Allemands veulent éradiquer la culture polonaise. « C’est intolérable, s’exclame Karol réuni avec ses amis, nous devons résister avec nos armes : la littérature et le théâtre. – Mais comment faire ? demandent ses compagnons. – Organisons des spectacles privés dans les salons de nos amis, faisons résonner dans le secret notre langue et notre culture ! La Pologne ne peut s’éteindre. »
Karol travaille la journée dans une carrière de pierre, c’est un métier difficile qui le fatigue beaucoup, mais dès qu’il a un peu de temps libre, il écrit et répète ses textes. « Tu verras, père, dit-il en lui-même, je parviendrai à faire entendre la voix de ceux que l’on veut réduire au silence. » Orphelin, opprimé par les Allemands, Karol trouve le réconfort dans la prière et en lui naît une nouvelle vocation : il veut être prêtre pour secourir les âmes et donner sa vie à Dieu. Mais les Allemands ont fermé les séminaires, il suit donc des cours et se prépare à devenir prêtre, en cachette.
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Caché dans le palais épiscopal, en Pologne, il s’instruit, lit les écrits des grands saints et cherche la voie que Dieu ouvre pour lui. Quelques années plus tard, pour parfaire son éducation, il est envoyé à travers l’Europe pour découvrir les différentes manières d’apporter la foi à ceux qui se sont détournés de Dieu. Il comprend alors l’importance de la jeunesse et va voir son évêque : « Monseigneur, j’aimerais monter des groupes sportifs chrétiens, les jeunes aiment se dépenser et je pense que le football, la randonnée ou encore le canoë seraient de bons moyens de leur faire comprendre les vertus du chrétien. – Bien sûr, Karol, mais à quelles vertus penses-tu ? – Je pense à la charité, l’entraide. Dans le sport, il faut donner le meilleur de soi-même, apprendre à se connaître et à connaître les autres. Nous avons besoin de mettre le christianisme au cœur du sport. »
Devenu prêtre, Karol Wojtyla est reconnu pour son intelligence (on dit qu’il peut lire un livre et écouter une conversation en même temps : il retient tout) mais aussi pour ses œuvres de charité : il soutient les plus pauvres. La situation des pays envahis par le régime soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale l’oblige à étudier la politique et l’économie. Tant et si bien qu’il est nommé évêque de Cracovie, en Pologne. En recevant cette charge, il forge sa devise, qui ne le quittera plus : Totus tuus, qui signifie : « Tout à toi. » Il se donne complètement à Dieu, comme la Sainte Vierge s’est donnée, il se fait le servant du Seigneur, se laissant guider par lui.
Quelques années plus tard, il est nommé cardinal et se rend à Rome pour participer aux affaires de l’Église. Loin de la Pologne, il reste soucieux de son pays ; il rencontre les défenseurs des ouvriers et ne cache pas ses positions : « Il faut que la Pologne se tourne vers ses pauvres, qu’elle n’oublie pas ceux qui travaillent dans l’ombre et qui n’ont parfois rien à manger. »
En octobre 1978, les cardinaux se réunissent à Rome pour élire un nouveau pape : Karol Wojtyla est choisi, il prend le nom de Jean-Paul II. C’est la plus haute charge qu’un prêtre puisse recevoir, celle de guider le peuple catholique, de lui montrer le chemin vers le Christ.
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Devant la place Saint-Pierre, à Rome, des milliers de catholiques sont réunis pour l’entendre, certains s’étonnent de ce nouveau pape polonais, d’autres qui ne le connaissent pas lèvent les yeux, curieux. C’est avec un grand sourire qu’il s’adresse aux catholiques du monde entier, par ces mots : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! » Les acclamations fusent, c’est un immense moment de joie et de ferveur. Pourtant la tâche n’est pas facile. Le nouveau pape Jean-Paul II est l’ennemi des communistes qui sont présents dans les pays de l’Est. Il voyage à travers le monde pour apporter la parole de Dieu, et lorsqu’il descend de l’avion, il embrasse la terre en signe de respect. « Quel rôle joue-t-il ? » se demandent les uns. « Est-il toujours heureux derrière ce sourire ? » se demandent les autres. Jean-Paul II ne joue pas, il garde en lui ces phrases du poète Shakespeare : « Le monde entier est un théâtre », et sur ce théâtre, Jean-Paul II a trouvé sa place : il est le pape, c’est-à-dire le premier serviteur du Christ.
Il organise les Journées mondiales de la jeunesse où se retrouvent des jeunes chrétiens du monde entier pendant deux semaines afin de prier, de se rencontrer et de découvrir de nouvelles cultures. Ainsi, de nombreux croyants qui s’étaient éloignés de l’Église retrouvent la joie du partage, et de chanter Dieu ensemble. Pourtant, un jeune homme, lui, n’aime pas ce pape, il s’appelle Ali Agça. Il participe alors à un complot visant à donner la mort à Jean-Paul II. Le 13 mai 1981, au milieu de la foule, il tire deux coups de pistolet sur le pape avant d’être arrêté par la police. 10 9782728927746-GARCONS_EPATANTS-P01_80-V02.indd 10
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Protégé par Notre-Dame de Fatima, qui dévie la balle, Jean-Paul II est seulement blessé. Sur son lit d’hôpital, il demande : « Pourrais-je rencontrer ce jeune homme qui m’a tiré dessus ? » Les médecins sont stupéfaits et ne comprennent pas : « Mais, Très Saint Père, ce meurtrier est en prison. Il serait dangereux pour vous de le rencontrer. – Alors, j’irai le voir en prison. D’ailleurs, ce garçon est un homme avant d’être un meurtrier, et c’est à l’homme que je veux m’adresser. »
Deux ans plus tard, Jean-Paul II et Ali Agça discutent ensemble dans la cellule de prison. Jean-Paul II lui pardonne son acte et lui sourit : « Dieu t’aime, mon fils », lui dit-il. Le reste de la conversation est secret…
Jean-Paul II reprend alors les voyages, il appelle au renouveau de la foi. Lorsqu’il vient en France, il invite tous les fidèles à prier la Vierge : « Marie nous enseigne tous à contempler avec un ardent amour le visage du Christ. »
Des années d’engagement intenses passent. Devenu très malade, il est difficile pour lui de marcher, il vieillit. Tous les jours, il prêche au balcon du Vatican, mais les forces lui manquent. Il se tourne vers son fidèle conseiller et lui dit : « Si je ne peux plus parler, je ne suis plus bon à rien. Je n’ai pas les talents des mimes, et que dire d’un homme de théâtre que l’on n’entend plus ? » La Vierge entend la voix profonde de son pape, du jeune Karol rêvant de jouer la comédie, et, une nuit, dans son sommeil, elle le prend dans ses bras pour que les anges du paradis profitent, eux aussi, du talent de Jean-Paul II. Il rend son dernier soupir. Les avions arrivent de tous les pays, les chefs d’État se pressent pour lui rendre un dernier adieu, pendant que la Pologne se recouvre de bougies : les flammes montent au ciel accompagnées de prière, dans le sillage du pape défunt. Les fidèles s’unissent dans la prière et toute la jeunesse remercie le ciel pour ce pape extraordinaire.
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Eric Liddell L’ÉCOSSAIS VOLANT
(1902-1945) En 1907, sur la côte chinoise, une famille écossaise s’avance vers un grand navire dont la cheminée laisse s’échapper de la fumée. Les parents, monsieur et madame Liddell, tiennent par la main leurs fils, Robert, qui a huit ans, et son jeune frère, Eric, de trois ans son cadet. Eric presse la main de son père, il ne comprend pas bien ce qui est en train de se dérouler, mais il sent la tristesse de la famille, alors il repose encore une fois cette question : « Où est-ce que l’on va ? Pourquoi Robert et moi nous avons des valises et vous non ? » Sa mère s’arrête et se met à genoux pour être à sa hauteur : « Écoute-moi bien, mon fils chéri, avec ton père nous devons poursuivre notre mission d’éducation ici, en Chine, mais toi et ton frère vous devez suivre l’école en Angleterre. – Mais, maman, tu es maîtresse, pourquoi est-ce qu’on ne fait pas l’école ici ? – En Angleterre, c’est une très belle école, tu pourras y étudier pour faire des grandes études, et tu pourras faire du sport avec des amis. Tu aimes ça, n’est-ce pas, courir, jouer à la balle ? – Oui ! Oui ! » Et joyeusement, Eric attrape le bras de son grand frère en chantonnant : « On va avoir des amis et on va faire du sport ! » Puis il s’arrête, inquiet : « Mais, c’est loin l’Angleterre ? demande-t-il à sa mère. – C’est un long voyage en bateau, mais nous viendrons vous voir très vite», répond son père.
C’est ainsi, loin de leurs parents, qu’Eric et Robert grandissent. À l’école, ils ont de très bons résultats, pourtant c’est sur le terrain de sport qu’Eric brille et récolte le succès. Il est inscrit dans l’équipe de cricket et dans l’équipe de rugby à XV. En semaine, il travaille le jour à l’école et s’entraîne le soir pour le sport, et, le week-end, il fait des compétitions. Bien vite, il est convoqué 13 9782728927746-GARCONS_EPATANTS-P01_80-V02.indd 13
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par son entraîneur de rugby : « Eric, tu es notre meilleur joueur, je t’observe depuis quelques années, tu es assez âgé maintenant pour devenir notre capitaine. » Le visage d’Eric s’empourpre, c’est un honneur pour lui de diriger cette équipe. Il est très aimé par ses camarades qui boivent chacune de ses paroles : on dit qu’il a une bouche d’or car chaque fois qu’il parle, il redonne courage à tous les joueurs. Un jour, lors d’un match contre un autre collège, l’équipe d’Eric est en mauvaise posture, ils perdent de dix points et la défaite semble inéluctable. Mais Eric réunit ses joueurs sur le terrain : « Nous nous laissons aller. Il faut que chacun se rappelle quel est son talent propre et que nous communiquions davantage. »
Acclamé par ses camarades, mais humble, il remercie Dieu de lui avoir donné de si bonnes jambes.
Peu de temps après, il est convoqué par l’entraîneur de l’équipe de cricket qui lui annonce une bonne nouvelle : « Eric, tu es notre meilleur joueur, je t’observe depuis quelques années, tu es assez âgé maintenant pour devenir notre capitaine. » Eric Liddell devient donc doublement capitaine, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre ses études et bientôt de rejoindre son frère aîné à l’université, pour y étudier les sciences.
L’université d’Édimbourg, en Écosse, qui est le pays de la famille Liddell, dispose de pistes d’athlétisme. C’est là qu’Eric découvre la joie des 14 9782728927746-GARCONS_EPATANTS-P01_80-V02.indd 14
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entraînements matinaux, les techniques de course et les premières compétitions nationales et internationales. Avant chaque course, il adresse ses prières à Dieu, lui demandant de bien veiller sur lui et de l’aider à garder courage. Il devient rapidement le meilleur coureur du 100 mètres dans son université. Tant et si bien qu’en 1923, à l’âge de 21 ans, son entraîneur l’inscrit aux Jeux olympiques qui ont lieu à Paris l’année suivante. Il a un an pour perfectionner sa course et pour se préparer à affronter les plus prestigieux coureurs du monde entier.
Cependant, six mois avant la course, son entraîneur le convoque. « Eric, je viens de recevoir le calendrier des courses olympiques. Le 100 mètres aura lieu le dimanche 12 juillet. » Eric bondit sur ses pieds : « Dimanche ! Mais je… mais ce n’est pas possible ! Le dimanche est le jour du Seigneur, je ne peux pas courir le dimanche ! – Ne fais pas l’idiot, répond son entraîneur, tu peux courir une fois, un dimanche. Ce sont les Jeux olympiques ! – Jeux olympiques ou championnat du monde, peu importe, je ne travaille pas le dimanche et l’athlétisme est mon travail. – Que veux-tu faire alors ? reprend son entraîneur en levant les yeux au ciel. Je te désinscris ? » Eric réfléchit quelques instants, puis il prend sa décision : « Le 400 mètres a lieu la veille, je peux courir le samedi, alors inscris-moi au 400 mètres. – Mais… (son entraîneur est furieux). Mais le 400 mètres, c’est une tout autre course, tu n’es pas préparé pour cela ! Il faut de l’endurance en plus de la vitesse ! – Très bien, j’ai quelques mois pour me préparer», répond Eric Liddell.
C’est ainsi qu’il s’entraîne tous les jours, refusant de sacrifier le jour du Seigneur. Il implore Dieu de lui venir en aide. Dans les journaux de son pays, il est présenté comme un illuminé, on se moque de lui : « Eric Liddell, le fou de Dieu qui va rater les Jeux olympiques. »
Le jour de la course, à Paris, la foule rit ouvertement en voyant Eric Lidell rentrer sur la piste. Face à lui se tiennent des coureurs de 400 mètres très 15 9782728927746-GARCONS_EPATANTS-P01_80-V02.indd 15
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expérimentés. Mais Eric reste concentré sur sa course, il a confiance. Un homme sort de la foule et lui tend un papier, sur lequel est écrit ce verset de la Bible : « J’honorerai ceux qui m’honorent, dit le Seigneur. » Puis l’homme disparaît. Eric tient ce papier très fort dans sa main et le garde pendant toute la course : il y a donc quelqu’un qui croit en lui. La course est lancée, Eric prend la tête très rapidement. Ses jambes s’envolent, mais, s’il est le plus rapide, sera-t-il le plus endurant ? Ses adversaires le talonnent, dans le public on attend que son souffle faiblisse. « Il ne tiendra pas », disent les commentateurs. Mais il allonge davantage le pas, il ne court plus, il bondit, l’écart se creuse désormais avec ses poursuivants. La ligne d’arrivée n’est plus très loin. Il entend dans sa tête toutes les critiques de ceux qui voulaient l’empêcher de participer à cette course. Mais, plus encore, il sent en lui la présence de Dieu, de Dieu qui accompagne tous ceux qui ne renoncent pas. Un pas puis un autre pas, puis un autre encore, et c’est déjà la ligne d’arrivée ! Eric est premier ! C’est la victoire ! La foule l’acclame ! Les commentateurs ne savent plus où se cacher, Eric a même battu le record du monde de vitesse ! Les supporters l’entourent, ils le soulèvent et le portent sur leurs épaules. L’ovation dure jusqu’au soir. Sa réputation est faite maintenant, il est invité partout dans le monde, on le célèbre ! Il est appelé « l’Écossais volant » !
Mais cette vie de sport ne le satisfait plus complètement. Il aime courir, mais il désirerait se rapprocher de Dieu. Alors, un soir, après avoir répondu à des interviews de journalistes, il se rend dans une église pour prier Dieu. Quelques jours plus tard, il discute avec un pasteur : sa décision est prise, il veut être missionnaire comme l’étaient ses parents. Huit ans après avoir été sacré champion au Jeux olympiques, et vingt-cinq ans après son voyage de la Chine vers l’Europe, le voilà embarqué à nouveau pour un retour vers le pays de son enfance. Il est envoyé en Chine pour devenir missionnaire : là-bas, il doit enseigner et aider les familles pauvres. Il apprend vite la langue chinoise. Il est très apprécié par les enfants à qui il donne des cours. Surtout parce que, après l’école, il les emmène faire du sport : il leur apprend le rugby et le cricket.
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Un jour, lors d’une fête organisée à la mission, il aperçoit une jeune femme, Florence Mackenzie, la fille d’un missionnaire canadien. Il en tombe éperdument amoureux. Ses jambes connues pour leur solidité semblent s’amollir, l’amour le rend maladroit, il s’avance pourtant vers elle : « Mademoiselle Mackenzie, souhaiteriez-vous découvrir un soir de la semaine un délicieux restaurant du centre-ville ? » Elle le regarde en souriant et acquiesce d’un signe de tête. C’est le début d’un bel amour. Ils se marient et ont trois enfants.
Cependant, ce bonheur est de courte durée, car, en Chine, la guerre contre le Japon a commencé. L’empire japonais envahit les côtes chinoises, c’est une guerre particulièrement violente. Eric veut protéger sa famille. L’unique moyen étant l’exil, il trouve une place dans un bateau pour sa femme et ses enfants. Les adieux sont déchirants. Alors que le bateau sonne ses derniers coups à la corne de brume avant de se perdre à l’horizon, Eric Liddell reçoit une lettre sur le quai : « Mon frère, je suis malade, pourrais-tu venir ici me remplacer ? »
C’est une lettre de Robert, son frère aîné, qui est médecin dans la campagne chinoise. Eric rentre chez lui et prépare ses bagages, la campagne est dangereuse en ces temps de guerre, mais il est missionnaire, il doit faire son travail jusqu’au bout. Il remplace alors son frère qui repart en Europe pour se faire soigner. Quelques jours plus tard, les soldats japonais entrent dans le village, pillent les maisons et emmènent Eric dans un camp où sont enfermés les civils étrangers. Ce camp s’appelle Weixan. Il est entouré de fils barbelés électriques, des soldats veillent sur les prisonniers du haut des miradors.
Par son courage et son esprit de détermination, Eric organise la vie du camp : « Nous devons travailler dans ce camp si nous ne voulons pas dépérir. Je peux enseigner aux enfants et soigner les malades. Quels sont vos talents à vous ? » Et chacun, selon son talent, propose des activités. Les uns établissent une cuisine, d’autres nettoient les toilettes, d’autres encore organisent des
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tournois de sport. Eric est très aimé parce qu’il ne dit du mal de personne, il apaise les conflits. La vie est très difficile car les soldats japonais ne donnent que très peu de nourriture aux prisonniers, les pluies tombent abondamment et les moustiques transmettent de nombreuses maladies.
Il pense aussi parfois, le soir, à ses enfants qui grandissent loin de la guerre, au Canada. Enfin, après des années d’emprisonnement, une rumeur se répand : les Américains vont délivrer les prisonniers, ils arrivent !
Mais Eric est à bout de forces. Il a donné toute sa joie, tout son amour et toute son énergie pour soutenir les malades et les plus faibles. Sa tête bourdonne, ses yeux le font souffrir. Il s’effondre dans les bras d’un de ses camarades du camp : « Je me suis abandonné complètement », dit-il dans un murmure. Et celui qui, en donnant tout aux hommes, a consacré sa vie à Dieu, s'abandonne dans les bras de Dieu. L’Écossais volant s’envole vers le ciel le 21 février 1945.
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