JEAN-FRANÇOIS KIEFFER
LE CHIEN RONCHON
mame
Notre ami Loupio a vécu bien des aventures. Et moi le capitaine Théo, je les connais toutes ! Écoutez plutôt celle-ci..
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ous sommes sur une petite place de la ville d’Assise. Enzo, le vieil aveugle, se réchauffe au soleil du matin. Son ami Loupio lui tient compagnie… Loupio — Et cette chanson, t’en souviens-tu, Enzo ? ♫ C’était un mendiant ronchon, il grognait pire qu’un cochon. Une fée vint à passer, qui lui donna un denier. Comme il en demandait plus… Le voilà changé en puce !
Enzo — Ho ho ho ! Moi je connais d’autres paroles, écoute plutôt : ♫ C’était un jeune musicien qui chantait soir et matin. À la fée, il demanda des chanteurs d’être le roi. La baguette fit toc toc toc… Le voilà changé en coq ! Loupio — Je ne chante quand même pas comme un coq, Enzo ! Enzo — Bien sûr que non, Loupio ! Mais… Entends-tu ? Du bas de la ville, montent des cris d’enfants et de féroces aboiements. Loupio — Je vais voir ce qui se passe. Enzo — Et tu reviens me raconter, hein ? Loupio — Promis, Enzo. Loupio s’élance en direction des cris. Au fond d’une ruelle, il surprend une bande d’enfants qui jettent des pierres sur un vieux chien. Le pauvre animal hurle de colère et de douleur ! Les enfants — Va-t’en, sac à puces ! Tu es tout sale ! Tu sens mauvais ! Loupio — Mais ? Arrêtez ! Laissez cette bête tranquille ! Les petits disparaissent comme une volée de moineaux.
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Loupio — Pauvre chien ! T’ont-ils blessé ? Laisse-moi voir… Le chien — GRRRRR ! Loupio — Ouh, tu n’as pas l’air commode. Allons, n’aie pas peur de moi ! Mis en confiance, le chien appuie ses pattes boueuses sur la tunique de Loupio et lui lèche le visage en ronronnant.
Loupio — Holà, doucement ! C’est vrai que tu ne sens pas très bon… Tu aurais besoin d’un brin de toilette. Suis-moi ! La fontaine aux Saules n’est pas très loin.
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Grognant et soupirant, le chien abandonné suit Loupio jusqu’à la fontaine. Loupio — Tu vas voir comme l’eau fraîche fait du bien. Allez, commençons par les pattes… Mais d’un bond, le chien a plongé dans la fontaine, où il s’ébat si vigoureusement que voilà Loupio trempé de la tête aux pieds !
Loupio — Ouh, qu’elle est froide ! Ah, c’est malin ! Bon, je crois que tu n’as besoin de personne pour te laver ; alors adieu ! Mon ami Enzo m’attend. Loupio s’est à peine éloigné de la fontaine que le chien dégoulinant le rattrape et se frotte à ses jambes en reniflant. Loupio — Tu sais, chien ronchon, je ne vais pas pouvoir te garder ! D’ailleurs j’ai déjà un compagnon, c’est Frère Loup… Allez, file. Et bonne chance !
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Mais rien n’y fait : le vieux chien ne quitte plus Loupio d’une semelle ! Loupio — Que vais-je faire de toi ? J’ai une idée : allons trouver mes amis bergers sur la colline ! Je suis sûr qu’un deuxième chien leur sera utile. Ils arrivent sur la colline au-dessus d’Assise. Loupio — Nous approchons, je les entends chanter. Écoute comme c’est beau… ♫ Nous gardons nos troupeaux de brebis et d’agneaux dans les grands prés là-haut, sur le mont Subasio. Pour vivre en solitaires dans ce pays désert, du printemps à l’hiver, bien maigre est le salaire. Nous subissons du ciel la pluie, le vent, la grêle, brûlés par le soleil, engourdis par le gel. Mais si l’on nous offrait de changer de métier, n’accepterions jamais : nous resterons bergers. Loupio — Bonjour, les bergers ! Un berger — Oh, Loupio ! Il est à toi, ce chien ? Loupio — Je crois qu’il n’est à personne… N’en auriez-vous pas besoin ? Il ferait sûrement un bon chien de berger !
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