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Pape François

À 90 ans, Benoît XVI partage son histoire pour la première fois depuis sa renonciation. Préfacée par le pape François, cette biographie entièrement relue par le pape Benoît XVI se clôt par le premier entretien qu’il a accordé depuis la fin de son pontificat. Elio GUERRIERO est théologien, historien et auteur. Il a été le rédacteur en chef de la revue Communio en Italie pendant plus de vingt ans. Il est proche de Benoît XVI depuis les années 1980 et a édité plusieurs anthologies rassemblant ses écrits et discours.

LA BIOGRAPHIE DE BENOÎT XVI

Cette ample biographie de mon prédécesseur Benoît XVI arrive à point nommé. Elle offre une vision d’ensemble de sa vie et du développement de sa pensée, une présentation fiable et équilibrée.

SERVITEUR DE DIEU ET DE L’HUMANITÉ

Elio Guerriero

Elio Guerriero

SERVITEUR DE DIEU ET DE L’HUMANITÉ LA BIOGRAPHIE DE BENOÎT XVI

www.mameeditions.com 25 € France TTC

Photographie de couverture © Alessandra Benedetti / Getty Images

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Préface du pape François

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Préface du pape François

Elio Guerriero

SERVITEUR DE DIEU ET DE L’HUMANITÉ LA BIOGRAPHIE DE BENOÎT XVI MamE 9782728923939_Biopape_CORRE.indd 4-6

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Édition originale : Elio Guerriero, Servitore di Dio et dell’umanità, la biografia di Benedetto XVI. © 2016 Mondadori Libri S.p.A., Milano. Traduction française : © Mame, Paris, 2017 15/27 rue Moussorgski 75018 Paris www.mameeditions.com Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : David Gabillet Édition : Pauline Berthelé, assistée d’Isaure Angleys Direction artistique : Armelle Riva Mise en pages : Pixellence Direction de fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten ISBN : 978-2-7289-2393-9 MDS : 531 676 Achevé d’imprimer en avril 2017 par CPI Firmin-Didot (France) N° d’édition : 17079 Dépôt légal : mai 2017 Tous droits réservés pour tous pays.


Préface du pape François

Cette ample biographie de mon prédécesseur Benoît XVI arrive à point nommé : elle offre une vision d’ensemble de sa vie et du développement de sa pensée, une présentation fiable et équilibrée. Dans l’Église, nous avons tous une grande dette de reconnaissance à l’égard de Joseph Ratzinger – Benoît XVI – en raison de la profondeur et de l’équilibre de sa pensée théologique, toujours vécue au service de l’Église jusqu’aux plus hautes responsabilités de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi durant le long pontificat de Jean-Paul II et ensuite de pasteur universel. Sa foi et sa culture ont apporté une contribution essentielle au magistère de l’Église, capable de répondre aux attentes de notre temps, surtout au cours des trois dernières décennies. De plus, le courage et la détermination avec lesquels il a affronté des situations difficiles ont montré le chemin pour y répondre avec humilité et vérité, dans un esprit de renouveau et de purification. Mais surtout, le lien spirituel établi entre nous tout au long de ces premières années de mon pontificat est resté d’une grande profondeur. Sa présence discrète et sa prière pour l’Église sont d’un grand soutien et d’un grand réconfort dans ma mission. Je rappelle souvent sa dernière audience des cardinaux, le 28 février 2013, juste avant de quitter le Vatican, où il prononça ces mots si émouvants : « Parmi vous se trouve le futur pape, à qui je déclare aujourd’hui ma soumission et mon respect inconditionnels. » Je ne pouvais imaginer qu’ils me seraient destinés. À chacune de nos rencontres j’ai pu expérimenter non seulement le respect et l’obéissance, mais également une proximité spirituelle pleine d’affection, la joie de prier ensemble, une véritable fraternité, compréhension et amitié, ainsi que sa disponibilité pour donner des conseils. Qui mieux que lui peut comprendre les joies comme les difficultés du service de l’Église universelle et du monde d’aujourd’hui, et être spirituellement proche de celui qui est appelé par


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le Seigneur à en porter le fardeau ? Sa prière m’est donc particulièrement précieuse et son amitié appréciable. La présence simultanée d’un pape émérite et d’un pape en fonction est une nouveauté dans l’Église. Comme ils s’apprécient, c’est une nouveauté heureuse. Elle exprime d’une manière particulièrement évidente la continuité du ministère pétrinien, sans interruption, comme les maillons d’une même chaîne, scellés par l’amour. Le peuple saint de Dieu en chemin l’a très bien compris. À chaque fois que le pape émérite, répondant à mon invitation, est apparu en public et que j’ai pu l’embrasser devant tout le monde, la joie et les applaudissements des personnes présentes se sont faits intenses et sincères. J’ai beaucoup de gratitude pour le pape Benoît XVI d’avoir bien voulu participer au Jubilé de la Miséricorde, franchissant la Porte sainte juste après moi. Dans l’une de ses récentes interventions (dans L’Osservatore Romano du 17 mars 2016), il reconnaît comme un « signe des temps » le fait que « l’idée d’une miséricorde de Dieu soit de plus en plus centrale et dominante » et que « l’homme moderne soit en attente de miséricorde » ; voilà qui démontre encore une fois et de façon très claire que l’amour miséricordieux de Dieu est le fil conducteur intime de ces derniers pontificats, le message le plus urgent que l’Église doit porter à l’extérieur jusqu’aux périphéries d’un monde marqué par les conflits, les injustices et le mépris des personnes humaines. À travers toutes les évolutions naturelles des situations et des personnes, la mission de l’Église et le service de Pierre sont toujours l’annonce de l’amour miséricordieux de Dieu pour le monde. Toute la vie, la pensée et l’œuvre de Joseph Ratzinger ont poursuivi ce but, et, avec l’aide de Dieu, je poursuis mes efforts dans la même direction.


Serviteur de Dieu et de l’humanité À mes maîtres von Balthasar, de Lubac et Ratzinger


Introduction

Une biographie de Joseph Ratzinger – Benoît XVI – doit inévitablement commencer par un regard historico-géographique. Il est né en Allemagne en 1927 alors que s’installait malheureusement le nazisme qui a laissé tant d’horreur derrière lui. Comme de nombreux catholiques allemands, il s’est appliqué à refuser toute forme de violence, tout en cherchant à survivre à cette onde de barbarie qui est partie de l’Allemagne et a atteint l’Europe tout entière. Les événements de la guerre l’ont conduit, lors de sa formation, à s’intéresser à deux théologiens, Augustin et Bonaventure, qui ont placé le temps au centre de leur réflexion. Le Père africain avait situé l’amour de Dieu à l’origine de l’histoire et sa grâce, annoncée par Jésus, comme un don offert à la faiblesse de l’homme. L’antique magister parisien, une fois devenu ministre général des Franciscains, en lien avec ce tournant historique apporté par le poverello d’Assise, a mis en lumière la continuité dans la révélation de Dieu qui, ayant atteint son sommet en Jésus Christ, reste vivante, et agissante dans le temps, malgré la faiblesse et la corruption des institutions. Cependant, malgré les illusions millénaristes de Joachim de Flore et de ses admirateurs de tout temps, il n’est pas possible de faire sans elles. Le règne de Dieu annoncé par Jésus s’approche certainement avec la présence de la grâce et des sacrements mais, encore une fois, l’homme n’a pas la capacité de le réaliser ni même d’en accélérer la venue. En s’appuyant sur la pensée de ces deux docteurs de l’Église, et des deux théologiens contemporains que sont Henri de Lubac et Hans Urs von Balthasar, Ratzinger a été un adversaire tenace à Vatican II de la vision naturaliste scolastique qui prédominait encore dans les congrégations et les universités pontificales romaines. Quelques années plus tard, il a cependant pris fermement ses distances avec Rahner, Küng, les théologiens de la libération et tous ceux qui, insistant avec excès sur la nouveauté, prenaient le risque de rompre le fil de la tradition. Il s’agit pour Ratzinger d’un


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chemin ininterrompu qui remonte jusqu’aux origines apostoliques et à Jésus lui-même. À Munich, le cardinal a fait la connaissance de la Katholische Integrierte Gemeinde, un petit mouvement de chrétiens qui, devant l’horreur du nazisme, en sont venus à retourner vers l’Israël de toujours et à un sentiment de gratitude des chrétiens envers le peuple de la promesse. Cette impulsion lui a permis de façonner sa pensée sur les différentes religions et sur l’unique Alliance établie par Dieu avec l’humanité à travers les enfants d’Abraham. C’est ainsi qu’a pris forme sa perception de la révélation enracinée dans l’Alliance au Sinaï et conduite à son accomplissement en Jésus avec la nouvelle loi proclamée sur le mont des béatitudes. Préfet de l’ancien Saint-Office, Ratzinger s’est attaché à soutenir l’œuvre de Jean-Paul II, mettant un point final aux conséquences dramatiques du nazisme et de la guerre, renvoyant l’Europe non seulement à ses origines chrétiennes mais également à l’amour, à la beauté capable de façonner et de rendre accueillants les pays et les villes, à l’environnement et aux paysages. Devenu pape, Benoît XVI , comme il l’avait déjà fait à Munich, n’a pas vu sa mission avant tout comme une réforme des institutions séculaires mais plutôt, posant son regard plus loin, il a invité l’Église à la foi et à la conversion, au changement du cœur nécessaire devant les scandales sexuels et économiques. Il a rappelé à tous les hommes que le doute n’est pas l’apanage des croyants, sommés d’expliquer les raisons de leur foi : le doute concerne tout homme qui regarde le créé avec sympathie, il concerne celui qui gouverne le monde de manière responsable. L’ancrage de Platon dans le monde de l’esprit demeure une option sérieuse pour l’homme qui s’interroge avec conscience et loyauté, avec la raison qui le distingue des autres créatures. Son héritage reste une infatigable défense de la vérité, précieux bien pour l’humanité tout entière, avec l’encyclique sur l’amour qui concerne tous les hommes en quête de sens, d’une possible cohabitation dans la fraternité. Sa renonciation au ministère pétrinien est un autre héritage de grande valeur. Après avoir appelé l’Europe, à la suite de son vénéré prédécesseur, à retrouver ses origines et son cœur, il a donné à l’Église de s’ouvrir à de nouvelles frontières géographiques et spirituelles, la faisant entrer dans ce troisième millénaire dont Jean-Paul II parlait si souvent.


Introduction

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Je n’ai pas écrit cet ouvrage pour contribuer à la cause de béatification de Joseph Ratzinger. Au contraire, je suis convaincu que l’Église aurait tout intérêt à renoncer aux canonisations des papes parce que, comme le rappelait Hans Urs von Balthasar, cette pratique lui fait courir le risque de se canoniser elle-même ainsi que son histoire. La vie des souverains pontifes se déroule au-devant de la scène, à la vue des hommes du monde entier. Il faut laisser le jugement de leur action à la libre analyse des chercheurs. Cela pourrait être un signe de l’ouverture si chère au cœur de son successeur. En revanche, j’ai voulu présenter un homme honnête, amoureux de la Bavière et des livres, qui a échangé à contrecœur sa chaire de professeur pour celle d’évêque. C’est dans cet esprit qu’il s’est dirigé vers Rome, laissant paraître la joie sobre du semeur qui sème la parole, dans l’espérance que beaucoup la récoltent. Accepter l’élection comme successeur de Jean-Paul II fut à nouveau un acte d’obéissance devant la décision de ses frères dans l’épiscopat. Il avait parlé de la dimension de martyre du ministère pétrinien dans un célèbre écrit. Avec le langage sibyllin des théologiens, il voulait dire que la mission de pape requiert la patience et la résistance à la souffrance d’un martyr. Mais il n’imaginait pas l’expérimenter un jour. Même sur le trône de Pierre il a montré qu’il était un homme et un chrétien convaincu et cohérent. On lui a reproché un déficit dans le gouvernement mais il y avait chez lui un appel à se réformer et à suivre le Christ qui aurait dû rencontrer un meilleur accueil. Sa fermeté pour affronter les scandales sur lesquels on était resté trop longtemps silencieux n’a pas trouvé le soutien de ceux qui les relativisaient trop facilement. Enfin, dans le domaine politique, son projet d’un nouvel humanisme pour le troisième millénaire a été accueilli au mieux avec scepticisme par cette Europe qui était l’objet des préoccupations et de l’affection du pape allemand. L’évaluation de la papauté de Ratzinger ne peut faire l’impasse sur le geste de sa renonciation, mûrement réfléchie et communiquée juste après l’annonce de l’Année de la foi. Il ne s’agissait pas d’un acte de rébellion ni d’une étape indolore, mais bien d’un geste prophétique, accompli en présence de Dieu et avec son soutien. C’est ce qui permet de comprendre la paix qui a succédé, la sérénité de celui qui sait qu’il a pris une décision douloureuse mais juste. L’attitude de Ratzinger comme pape émérite est encore plus significative. Son obéissance et sa proximité avec le pape François, surtout dans les moments les plus délicats, ont coupé l’herbe sous


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le pied de ceux qui cultivent le soupçon, et ont donné l’image d’un homme qui, après avoir très longtemps exercé l’autorité, n’avait pas oublié la vertu d’obéissance. Au cours de ces dernières années, le pape Benoît s’est rapproché de saint Benoît, le père de l’humanisme monastique, capable de tenir l’unité entre la prière contemplative et l’action dans le silence et l’harmonie. Dans son ouvrage Foi, vérité, tolérance : le christianisme et la rencontre des religions, il rappelait que la mort de saint Benoît avait eu lieu, selon saint Grégoire, dans un endroit élevé. Puis il commentait : « Il peut voir le tout parce qu’il voit de haut, et il le peut parce qu’il est devenu intérieurement large. […] Alors la lumière de Dieu peut le toucher, il est capable de l’y reconnaître et de recevoir de lui le véritable regard global1. » Le monastère Mater Ecclesiae où se déroule la dernière étape de la vie du pape Benoît se trouve justement en hauteur. Là, comme saint Augustin, le compagnon de voyage de sa vie, il trouve la paix en Dieu, et il reste en communion avec son successeur et avec l’Église tout entière. De là, il regarde l’humanité avec des yeux plus sereins, avec l’amour de Jésus, le bon Samaritain qui guérit toute sorte de blessure, avec la miséricorde dont parle son successeur. Il laisse à tous la semence qu’il a semée avec tant de patience : à l’Église, une invitation à une sequela Christi renouvelée et plus convaincue ; aux religions et à l’État, l’exhortation à une collaboration réciproque qui s’appuie sur une saine laïcité. Parvenu au terme de ce travail, je ne peux m’empêcher de remercier tous ceux qui étaient à mes côtés tout au long de ces années de travail, avec leurs suggestions et leurs conseils. La liste serait bien évidemment trop longue si je cherchais à la réaliser. Je me limite donc à remercier plus personnellement les deux pontifes romains : le pape François pour sa si gentille préface que je n’osais même pas espérer, le pape Benoît qui a accepté de lire mon texte, répondant à mes nombreuses demandes de précisions et apportant quelques remarques très précieuses. Je veux adresser également un merci tout particulier à Son Excellence Mgr Georg Gänswein qui a souvent répondu à mes demandes avec clarté et précision. Ma gratitude n’est pas moindre pour tous ceux qui ne sont pas mentionnés ici. Je conclus en adressant ma reconnaissance à mon épouse, mes enfants et mes proches qui n’ont jamais failli pour me soutenir et me comprendre. à Monza, le 5 mai 2016


I. Dans l’Allemagne du Troisième Reich

La famille Ratzinger À Rickering, tout proche de Schwanenkirchen, dans le district de Basse-Bavière, on a conservé une photo qui présente la famille Ratzinger au grand complet, réunie pour fêter en 1931 le quatrevingtième anniversaire de la grand-mère paternelle Katharina Schmid. À cette époque, le grand-père du pape, qui s’appelait également Joseph Ratzinger, était déjà mort alors que ses deux parents, Joseph et Maria, se tiennent à la droite du groupe plutôt nombreux. Joseph Ratzinger père est né à Rickering en 1877, deuxième de onze enfants dans une famille d’agriculteurs. Il fréquente l’école élémentaire où il fait la connaissance de deux personnes qui ont une influence significative sur lui : l’aumônier Rosenberger lui transmet ses profondes expériences religieuses, et le maître Weber, qui dirige le chœur de l’église, invite le jeune Ratzinger à entrer dans le groupe des chanteurs, commencement d’une passion forte et permanente pour la musique et le chant. Une fois l’école élémentaire achevée, Joseph continue, autant qu’il lui est possible, son instruction, fréquentant le dimanche une sorte d’étude extrascolaire qui offre des cours d’approfondissement religieux ainsi qu’une instruction générale. L’aînée de la famille est une fille, Anna ; il revient donc au premier fils, Joseph, d’aider leur père dans les lourdes tâches de l’exploitation. Le 20 octobre 1897, à vingt ans, il est appelé au service militaire à Passau. C’est un bon soldat, se distinguant comme tireur d’élite. Après ses deux années de service, il est nommé sous-officier et reste encore trois années dans l’armée avec ce grade. Il retourne chez lui en 1903, où il apprend que ses parents ont décidé de transmettre l’exploitation à l’un de ses jeunes frères et non à lui. Il doit alors concevoir sa vie autrement ; après s’être renseigné, il décide d’entrer dans la police. Ses états de service le décrivent ainsi : « 25 ans, catholique, célibataire, 1 mètre 641. » Son premier poste est à


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Niederambach ; il connaît de nombreux changements d’affectation car, à l’époque, les gendarmes sont souvent déplacés pour éviter qu’en restant trop longtemps dans l’un des postes de police, ils ne s’enracinent au point de ne plus pouvoir être déplacés par la suite. Au début de ce nouveau siècle, la Bavière, tout particulièrement Munich, n’est pas un lieu désagréable à vivre. C’est pour cela que certains s’y installent, Vassily Kandinsky de Moscou, Paul Klee de Zurich, Rainer Maria Rilke de Prague. Cependant, Joseph n’a pas le temps de penser à fonder sa propre famille : il faut assurer les besoins de sa famille d’origine, et ses supérieurs lui conseillent d’attendre avant de se marier. Pendant la Première Guerre mondiale, il réside à Ingolstadt où les forces de police sont renforcées en raison de la présence de nombreuses industries et de la peur de l’agitation parmi les ouvriers. La guerre dans laquelle l’Allemagne s’est engagée aux côtés de l’Autriche contre la France, la Grande- Bretagne et l’Italie a fait s’écrouler l’Empire des Habsbourg. La défaite qui a de lourdes conséquences dans toute l’Europe mène les pays de langue allemande à une issue dramatique. En raison des tensions sociales de l’Empire allemand, de l’incapacité à se réformer des classes dirigeantes et de l’incompétence dont font preuve les responsables militaires, l’Allemagne et l’Autriche sont animées après la défaite par des changements internes dangereux. La révolte commence par éclater en Bavière où apparaissent en octobre 1918, avant même la fin officielle de la guerre, les désordres qui mènent à la révolution spartakiste et à la dénommée République des Conseils ou République des Soviets. Après la terrible conclusion de la révolte, de nouvelles élections sont organisées l’année suivante, et les électeurs donnent leur préférence au parti des catholiques qui devient la première formation politique de la Bavière et l’unique parti régional représenté au Parlement national allemand, le Reichstag. C’est alors que le gendarme Joseph Ratzinger estime qu’est venu le temps de fonder sa propre famille. À quarante-trois ans, il n’est pas familier des mondanités et des femmes. Il a recours à quelque chose d’assez insolite pour pouvoir se fiancer : une petite annonce dans le Liebfrauenbote, le journal catholique d’Altötting : « Fonctionnaire d’État, célibataire, catholique, quarante-trois ans… cherche pour pouvoir se marier, dès que possible, une honnête jeune fille catholique2. » Il fait chou


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blanc la première fois, mais une femme du nom de Maria Rieger répond à la deuxième annonce. Née en 1884, la maman du futur souverain pontife est originaire de Rimsting, sur le lac de Chiemsee, la « mer de Bavière », où Louis II avait fait construire son Versailles bavarois. Le père de Maria, Isidore Rieger, est bavarois suisse ; sa mère s’appelle Maria Peintner et est originaire du Tyrol. Ils tiennent une petite boulangerie qui ne suffit pourtant pas à subvenir aux besoins de la famille qui s’agrandit rapidement. Maria, l’aînée de sept frères et sœurs, doit prendre rapidement ses responsabilités. Au départ, elle veille sur la croissance de ses frères et sœurs à la maison, suivant un cours pour devenir cuisinière, juste après avoir franchi le seuil de l’adolescence, avant d’aller travailler auprès d’un chef d’orchestre de Salzbourg afin de contribuer aux finances familiales. Pour elle également, la proximité avec un artiste musicien a contribué à favoriser l’intérêt pour le chant, jamais démenti par la suite. Ce travail n’a pas duré très longtemps parce que le musicien n’est pas en mesure de la payer. Maria cherche d’autres travaux, avec une ténacité à toute épreuve, jusqu’à ce qu’elle arrive à l’hôtel Neuwittelsbach de Munich qui cherche une cuisinière spécialisée en pâtisserie. Son père, Isidore Rieger, meurt en 1912, ce qui accroît le devoir de subvenir aux besoins de toute la kyrielle de frères et sœurs, dont la plus jeune, Clothilde, n’a que douze ans. En 1920, lorsque l’officier de gendarmerie Ratzinger publie son annonce, Maria a trente-six ans. Elle demande certainement conseil à son curé qui lui donne un avis favorable, et les deux jeunes gens commencent à se fréquenter. Joseph est un homme sévère, autoritaire et juste, Maria une belle femme, généreuse et de grand cœur. Les deux promis qui ne sont plus si jeunes apprennent rapidement à se connaître et à s’aimer. Déjà, le 20 octobre 1920, Joseph fait sa demande officielle en mariage. Après avoir obtenu le consentement de sa fiancée, malgré son âge, Joseph doit demander l’autorisation de la gendarmerie. Les noces sont célébrées le 9 novembre 1920 à Pleiskirchen, et c’est là également que naissent les premiers enfants : Maria en 1921 et Georg en 1924.


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La Bavière bien-aimée Lors de l’élection de Joseph Ratzinger comme souverain pontife en 2005, les médias du monde entier ont insisté sur la nouveauté d’un pape allemand qui succédait au pape polonais. L’information est juste mais manque de précision. Avant d’être allemand, Joseph Aloisius Ratzinger est bavarois de naissance et de culture. Alors qu’il s’apprête à visiter la Bavière en septembre 2006, il déclare : « J’aime la beauté de notre terre où je faisais volontiers de longues promenades. Je suis un vrai Bavarois, j’aime tout particulièrement la Bavière, notre histoire, et bien sûr l’art3. » Il est important maintenant, selon la reconstruction d’un célèbre historien4, de donner un coup d’œil à la culture et à la géographie de ce Land qui revendique justement, en raison de son passé, une autonomie culturelle et économique au sein de l’Allemagne fédérale. Les premiers documents historiques sur la Bavière remontent au vie siècle alors que le duché est gouverné par une famille d’origine franque. Incorporé par la suite dans l’empire de Charlemagne et de ses successeurs, il retrouve son autonomie au xe siècle lorsque les Carolingiens doivent se retirer de la région orientale de leur empire. Après quelques siècles d’incertitude, le duché est remis en 1180 par Frédéric Barberousse à Othon de Wittelsbach dont la famille gouverne le pays sans interruption pendant près de sept cent cinquante années, jusqu’à la nuit du 7 au 8 novembre 1918. Comme nous l’avons déjà rappelé, alors que la guerre n’est pas encore officiellement achevée, le lourd tribut en vies humaines exigé par le premier conflit mondial et les privations dues à la défaite causent un tel mécontentement dans la population que s’ensuivent des révoltes inattendues et violentes. Un observateur de grande valeur, Eugenio Pacelli, à l’époque nonce en Bavière, écrit : « La révolution en Bavière a éclaté comme une traînée de poudre5. » Sans se laisser abuser par les comptes rendus du journal conservateur, le nonce attribue la responsabilité des événements non pas tant à un complot extérieur qu’aux réactions psychologiques d’une population affamée et épuisée après l’humiliation de la défaite et les nombreuses pertes humaines. Conduite par un groupe dissident du Parti socialiste, les Spartakistes, la révolte déclare le roi Louis III déchu et, sous la présidence de Kurt Eisner, donne naissance à une république de type soviétique, la Räterepublik, la République des Conseils, qui


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s’effondre lamentablement au bout d’un mois. Dans le même temps, le nonce Pacelli, sur le conseil du nouvel archevêque de Munich, Michael von Faulhaber6, installé en ville en même temps que le diplomate envoyé de Rome, quitte la ville pour ne pas avoir à rencontrer Eisner et donner l’impression de reconnaître d’une manière ou d’une autre le chef des insurgés. Pourtant, les désordres ne sont pas terminés pour la capitale bavaroise. Le 12 janvier 1919, les élections régionales donnent une large majorité aux partis de l’ordre, le Parti populaire bavarois et le Parti social-démocrate. Quelques jours plus tard, Pacelli estime qu’il est temps de revenir mais, le mois suivant, l’assassinat d’Eisner par un jeune officier de l’armée, noble et qui plus est catholique, laisse place à une nouvelle vague de violences et de désordres qui aboutissent à la deuxième révolution de Munich. Une deuxième République des Conseils est mise en place, aussi éphémère que la première. En août 1919, les désordres prennent fin avec l’adhésion de la Bavière au Reich allemand et à la République de Weimar. Le Land Bayern fait ainsi un pas de plus vers la pleine adhésion à la Confédération allemande, tout en revendiquant une autonomie politique et culturelle, notamment avec le Parti populaire catholique. Reconnaître la spécificité de la région revendiquée et défendue avec tant de force ne doit pas faire oublier que la Bavière moderne est constituée de trois régions d’origine historique différente : la Souabe au sud-ouest, la Franconie au nord où dominait à l’origine la confession protestante, alors qu’au centre et au sud-est il y a la Bavière antique et profonde, l’Altbayern dont parle le pape dans ses mémoires avec des envolées souvent lyriques, dictées par un amour jamais démenti. Depuis Passau et Salzbourg, cette Bavière a les yeux tournés vers l’Autriche, la Bohême et la Tchécoslovaquie, vers la Pologne et le monde slave sans aucune intention d’annexer et de conquérir à la manière d’Hitler et de ses disciples fascistes mais en vue de conserver un dialogue à travers la culture et la foi qui s’est maintenu pendant des siècles.


Entretien avec le pape Benoît XVI

Renonciation et relations avec le successeur Le ciel est bien sombre à Rome, chargé de nuages, mais, en arrivant à Mater Ecclesiae, la résidence du pape émérite, un rayon de soleil inattendu fait ressortir toute l’harmonie de la coupole de la basilique Saint-Pierre et des jardins du Vatican. « C’est mon paradis », avait commenté Benoît XVI au cours de notre dernière rencontre. On me conduit dans la grande salle, par ailleurs sa bibliothèque privée, et me revient à l’esprit le titre du livre de Jean Leclercq, L’Amour des lettres et le désir de Dieu, cité par Benoît XVI dans son célèbre discours au collège des Bernardins à Paris. Le pape arrive quelques minutes après, me salue avec son sourire et sa politesse habituels, puis me dit : « J’en suis à quinze. » Je ne comprends pas, alors il me répète : « J’ai lu quinze chapitres. » Je suis véritablement étonné. Quelques mois auparavant, je lui avais envoyé une bonne partie du livre, mais j’imaginais qu’il le lirait dans son intégralité. Je lui tends les autres chapitres et lui dis qu’il n’en manque plus beaucoup désormais. Il est content de ce qu’il a lu, alors j’ajoute : « Cela vous ennuie-t-il si je vous pose quelques questions sous forme d’entretien ? » Il me répond comme toujours, avec sa gentillesse et son esprit pratique : « Posezmoi les questions, puis envoyez-moi l’ensemble, et nous verrons. » Bien sûr, je suis ses indications. Quelque temps après, il m’écrit en me donnant son accord pour la publication. Il ne me reste plus qu’à le remercier encore une fois pour la confiance accordée. Sa Sainteté, vous avez dit, en visitant l’Allemagne pour la dernière fois, en 2011 : « On ne peut pas renoncer à Dieu. » Et encore : « Là où est Dieu, là est l’avenir. » N’avez-vous pas éprouvé de la peine en donnant votre démission au cours de l’Année de la foi ? Bien sûr, j’avais à cœur de mener à son terme l’Année de la foi et d’écrire l’encyclique sur la foi qui devait conclure le parcours initié


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avec l’encyclique Deus caritas est. Comme le dit Dante, « l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles » nous pousse, nous conduit jusqu’à la présence de Dieu qui nous donne l’espérance et l’avenir. Dans une situation de crise, la meilleure attitude consiste à se mettre devant Dieu avec le désir de retrouver la foi afin de poursuivre sur le chemin de la vie. De son côté, le Seigneur se réjouit d’accueillir notre désir, de nous donner la lumière qui nous guide dans le pèlerinage de la vie. C’est l’expérience des saints, de saint Jean de la Croix ou de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Cependant, en 2013, il y avait de nombreux engagements que j’estimais ne plus pouvoir mener à leur terme. Quels étaient ces engagements ? Il y avait notamment les Journées mondiales de la jeunesse dont la date était déjà fixée : elles devaient avoir lieu au cours de l’été 2013 à Rio de Janeiro au Brésil. J’avais deux convictions très précises à ce sujet. Après l’expérience de la visite au Mexique et à Cuba, je ne me sentais pas capable de réaliser un voyage aussi exigeant. De plus, Jean-Paul II avait organisé ces journées de sorte que la présence physique du pape était indispensable. Une liaison satellite ou par une autre technologie n’était même pas envisageable. Cette circonstance me montrait aussi que mon devoir était de renoncer à ma charge. Enfin, j’étais très confiant et je savais que l’Année de la foi aboutirait sans moi. De fait, la foi est une grâce, un don généreux de Dieu accordé aux croyants. J’avais donc la ferme conviction que mon successeur, selon la volonté du Seigneur, mènerait à bonne fin l’initiative que j’avais entreprise – et c’est ce qui s’est passé. En visitant la basilique de Collemaggio de L’Aquila, vous avez tenu à déposer votre pallium sur l’autel de saint Célestin V. Pouvez-vous me dire à quel moment vous avez pris la décision de renoncer à l’exercice du ministère pétrinien pour le bien de l’Église ? Le voyage au Mexique et à Cuba a été très beau pour moi, émouvant à plusieurs points de vue. Au Mexique, j’ai été frappé de rencontrer la foi profonde de tant de jeunes et d’expérimenter leur ferveur enthousiaste envers Dieu. J’étais touché également par les grands problèmes rencontrés par la société mexicaine et par l’engagement de l’Église pour trouver, à partir de la foi, une réponse


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au défi de la pauvreté et de la violence. Il n’est pas nécessaire de rappeler combien j’ai été marqué à Cuba en voyant comment Raúl Castro voulait mener son pays sur un nouveau chemin sans rompre la continuité avec le passé immédiat. Là aussi, j’ai été très impressionné par la manière dont mes frères dans l’épiscopat cherchaient, à partir de la foi, une orientation pour ce difficile processus. Mais, ces jours-là, j’ai éprouvé les limites de ma résistance physique. Je me suis surtout rendu compte que je ne serai plus en mesure d’affronter des vols transocéaniques en raison du changement de fuseau horaire. Bien sûr, j’ai évoqué ces problèmes avec mon médecin, le docteur Patrizio Polisca. Il devenait évident que je ne serai pas en mesure de prendre part aux Journées mondiales de la jeunesse à Rio de Janeiro au cours de l’été 2013 : se serait posé clairement le problème du fuseau horaire. Il m’a fallu alors, dans un temps relativement court, choisir la date de mon retrait. Après la renonciation, beaucoup élaborèrent des scénarios médiévaux, avec des portes qui claquent et des dénonciations retentissantes. À tel point que les mêmes commentateurs restèrent surpris, presque déçus, en apprenant votre décision de rester dans l’enceinte de saint Pierre, de monter vous installer au monastère Mater Ecclesiae. Comment êtes-vous parvenu à cette décision ? J’avais visité le monastère Mater Ecclesiae à plusieurs reprises depuis ses débuts. Je m’y étais souvent rendu pour participer aux vêpres, pour célébrer la sainte messe pour toutes les religieuses qui s’y sont succédé. J’y étais allé la dernière fois à l’occasion de la fête anniversaire de la fondation de la congrégation des sœurs visitandines. Au cours de son pontificat, Jean-Paul II avait décidé que cette maison, jusqu’alors logement du directeur de la Radio vaticane, deviendrait un lieu de prière contemplative, comme une source d’eau vive à l’intérieur du Vatican. Ayant appris que les trois années de présence des visitandines allaient s’achever au printemps, j’ai pris conscience presque naturellement que ce serait le lieu où je pourrais me retirer pour continuer à ma manière le service de la prière auquel Jean-Paul II avait destiné cette maison. Je ne sais pas si vous avez vu la photo prise par un envoyé de la BBC qui, le jour de votre renonciation, représentait la coupole de Saint-


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Serviteur de Dieu et de l’humanité

Pierre frappée par la foudre. [Par un petit signe de tête, Benoît XVI confirme l’avoir vue.] Cette image évoquait pour beaucoup l’idée de la décadence ou au moins de la fin d’un monde. Maintenant, j’ai envie de dire : ils s’attendaient à consoler un homme vaincu par l’histoire, mais je rencontre ici un homme serein et habité par la confiance. Je suis tout à fait d’accord. Je devais réellement me demander si je n’étais pas convaincu, comme je l’ai dit au début de mon pontificat, d’être un simple et humble ouvrier à la vigne du Seigneur. Depuis le commencement, j’étais conscient de mes limites et j’avais accepté dans un esprit d’obéissance, comme j’ai toujours cherché à le faire tout au long de ma vie. Puis il y a eu les difficultés plus ou moins grandes du pontificat, comme également tant de grâces. Je me rendais compte que tout ce que je devais faire, je ne pouvais pas le faire tout seul, et j’étais d’une certaine manière contraint de m’en remettre entre les mains de Dieu, de faire confiance à Jésus auquel je me sentais lié, au fur et à mesure que j’écrivais mon livre sur lui, par une amitié très ancienne et toujours plus profonde. Puis il y avait la Mère de Dieu, la mère de l’espérance, qui était un appui sûr dans les difficultés, et que je sentais toujours plus proche dans la récitation du chapelet et dans les visites des sanctuaires mariaux. Enfin, il y avait les saints, mes compagnons de voyage d’une vie : saint Augustin et saint Bonaventure, mes maîtres de l’esprit, mais également saint Benoît dont l’adage « Ne rien préférer au Christ » m’apparaissait toujours plus familier, et saint François, le petit pauvre d’Assise, le premier à avoir l’intuition que le monde est le reflet de l’amour créateur de Dieu, dont nous provenons et vers lequel nous sommes en chemin. Uniquement des consolations spirituelles, alors ? Non. Mon chemin n’était pas accompagné seulement d’en haut. Je recevais chaque jour de très nombreuses lettres, non seulement des grands de la terre, mais également de personnes humbles et simples qui tenaient à m’assurer qu’elles m’étaient proches, qu’elles priaient pour moi. D’où, même dans les moments difficiles, la confiance et la certitude que l’Église est guidée par le Seigneur ; je pouvais donc remettre entre ses mains le mandat qu’il m’avait confié le jour de mon élection. D’ailleurs, ce soutien s’est prolongé après ma renonciation : je suis donc reconnaissant envers le Seigneur et


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envers tous ceux qui m’ont exprimé et me manifestent encore leur affection. Dans votre adieu aux cardinaux, le 28 février 2013, vous avez promis obéissance à votre successeur dès ce jour-là. Entre-temps, j’ai l’impression que vous avez noué une proximité humaine et une sympathie avec le pape François. Quelle est votre relation avec votre successeur ? L’obéissance à mon successeur n’a jamais été discutée. Mais s’est ajouté un sentiment de communion profonde et d’amitié. Au moment de son élection, j’ai ressenti, comme beaucoup, un sentiment spontané de gratitude envers la Providence. Après deux pontifes venus d’Europe centrale, le Seigneur tournait les yeux d’une certaine manière vers l’Église universelle et nous invitait à une communion plus étendue, plus catholique. Personnellement, depuis le premier jour, je suis resté touché par l’extraordinaire disponibilité humaine du pape François à mon égard. Juste après son élection, il a cherché à me joindre au téléphone. N’ayant pas réussi la première fois, il m’a rappelé juste après la rencontre avec l’Église universelle sur le balcon de Saint-Pierre et m’a parlé avec beaucoup de gentillesse. Depuis ce jour, il m’a fait le cadeau d’une relation merveilleusement paternelle et fraternelle. Souvent me parviennent ici des petits présents, des lettres qu’il a écrites personnellement. Avant de partir pour un long voyage, le pape n’oublie jamais de me rendre visite. La bienveillance avec laquelle il se comporte envers moi est une grâce toute particulière de cette dernière étape de ma vie, dont je ne peux qu’être reconnaissant. Voilà qui dit beaucoup de sa disponibilité envers les autres sans se contenter de belles paroles. Il la met en pratique avec moi. Que le Seigneur, en retour, lui donne de ressentir chaque jour sa bienveillance. Je prie pour lui le Seigneur à ce sujet.


Table des matières

Préface du pape François........................................................ 7 Introduction ��������������������������������������������������������������������������� 11 I.   Dans l’Allemagne du Troisième Reich ����������������������� 15 II.  En route vers le sacerdoce ����������������������������������������� 49 III.  L’adolescent en théologie ������������������������������������������ 85 IV. À Rome pour le Concile �������������������������������������������� 121 V.  Le monde se détourne de Dieu ��������������������������������� 157 VI.   Joyeuses retrouvailles avec la théologie �������������������������������������������������������� 189 VII. Archevêque de Munich �������������������������������������������� 221 VIII. Premières années à Rome ����������������������������������������� 255 IX. Inquisiteur ou défenseur  des plus simples ? ������������������������������������������������������ 283 X. « Un tournant pour l’Europe ? » ���������������������������������� 317 XI.   L’an 2000 ������������������������������������������������������������������ 351 XII.  Que cette vie est rude ! ���������������������������������������������� 375 XIII. L’ours de saint Corbinien  restera finalement à Rome ����������������������������������������� 403 XIV.   Obstacles dans la gouvernance ���������������������������������� 431 XV.  Le dernier pape de Vatican II ������������������������������������ 455 XVI.  Nouvel humanisme  pour le troisième millénaire ��������������������������������������� 479 XVII. L’Église dans la tempête �������������������������������������������� 511 XVIII. Je dois me retirer ������������������������������������������������������� 537 XIX. Mater ecclesiae ��������������������������������������������������������� 567 Notes ������������������������������������������������������������������������������������� 586 Index �������������������������������������������������������������������������������������� 639 Bibliographie �������������������������������������������������������������������������� 650


Pape François

À 90 ans, Benoît XVI partage son histoire pour la première fois depuis sa renonciation. Préfacée par le pape François, cette biographie entièrement relue par le pape Benoît XVI se clôt par le premier entretien qu’il a accordé depuis la fin de son pontificat. Elio GUERRIERO est théologien, historien et auteur. Il a été le rédacteur en chef de la revue Communio en Italie pendant plus de vingt ans. Il est proche de Benoît XVI depuis les années 1980 et a édité plusieurs anthologies rassemblant ses écrits et discours.

LA BIOGRAPHIE DE BENOÎT XVI

Cette ample biographie de mon prédécesseur Benoît XVI arrive à point nommé. Elle offre une vision d’ensemble de sa vie et du développement de sa pensée, une présentation fiable et équilibrée.

SERVITEUR DE DIEU ET DE L’HUMANITÉ

Elio Guerriero

Elio Guerriero

SERVITEUR DE DIEU ET DE L’HUMANITÉ LA BIOGRAPHIE DE BENOÎT XVI

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Préface du pape François

MamE

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