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benoît

Drôle de chemin pour une rencontre

Préface de Mgr Luc Ravel

mame

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Préface

Solitude bénie des moments de calme, volés à notre vie d’agité… Solitude heureuse des temps spirituels, choisis pour respirer Dieu… Solitude requise par des pensées profondes élaborées dans le silence… Mais aussi… Solitude imposée du célibat durable, non choisi, rempli d’attentes… Ce témoignage dessine cette dernière solitude, qui parle peu car elle se tait, souvent gênée d’être, de conduire ceux qu’elle habite jusqu’à terre, jusqu’à l’écroulement. Et je formule ce vœu : que ce soit toujours une chute sur les genoux ! Et que cette souffrance de solitude monte en prière d’amour ! Mgr Luc RAVEL Archevêque de Strasbourg

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Avant-propos

« L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que soi », aurait dit Lao-Tseu. Je ne sais pas si c’est bien lui qui est à l’origine de cette citation, ni s’il l’a tirée de son expérience, mais elle m’a toujours paru contenir une part de vérité. Comme beaucoup de maximes cependant, elle n’est pas absolue. On peut s’en convaincre grâce à l’exemple de l’ostéopathe. Si une connaissance vous dit : « J’ai trouvé un super ostéopathe, tu dois absolument aller le voir », et que ce dernier vous convient, son expérience vous aura servi. Bien souvent, pourtant, ce n’est pas le cas, et vous voilà à la recherche d’un nouvel ostéopathe. Mais en creusant la question, vous constaterez que votre connaissance a mis plusieurs années à trouver le sien. Cette expérience-là peut aussi se partager : c’est qu’il faut parfois du temps pour 9

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Célib’ à terre

trouver ce qui nous convient. Ainsi de bien des choses. J’ai donc hésité à me lancer dans cette aventure éditoriale. Parler d’une expérience de célibat, la sienne principalement, peut-il avoir un intérêt ? Sur ce point, la Bible m’aide un peu. On y lit des règles précises sur ce qu’il ne faut pas faire – ne pas tuer, ne pas convoiter le bien d’autrui, etc. – et quelques règles sur ce qu’il convient de faire – honorer son père et sa mère, aimer Dieu et son prochain. Il m’apparaît que les interdits font référence à des verbes d’action qu’on imagine bien – par exemple, l’acte de convoiter – alors que pour ce qu’il faut faire, c’est bien plus flou. Quel verbe d’action précis pour « aimer » ? Je me demande si ce n’est pas un peu la même chose pour l’expérience. Dire ce qu’il faut faire me paraît souvent hors de propos. En revanche, évoquer ce qu’il vaut mieux éviter est parfois opportun. Concernant le célibat, même si le mystère de chaque personne induit que chaque cas est unique, il m’a semblé que certaines chausse-trappes se retrouvaient souvent, en dépit de quelques spécificités propres à chaque milieu. En voici donc un petit aperçu. Le temps passant et les discussions sur ce thème se multipliant, je me suis rendu compte à quel point 10

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AVANT-PROPOS

cette question dépassait mon environnement de citadin catholique. Ce serait même un phénomène inédit depuis la Grande Guerre, ai-je appris récemment : le nombre de célibataires aurait plus que doublé en quarante ans. Le célibat peut être une belle période de vie. Je sais que, pour beaucoup, cette période devient de plus en plus subie au fur et à mesure que les années passent. « Cela m’aurait aidé de lire cela il y a vingt ans », m’a dit un « bêtalecteur ». Si l’une ou l’autre de ces pages pouvait contribuer à éclairer quelqu’un, ce livre aura bien valu son pesant de papier !

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Fatigue Ma vie est encombrée De rêves inachevés. De désirs incertains Départs sans lendemain. Un à un, ils s’entassent, Tortueux, ils m’enlacent Lambeaux de vie sans chair, Roncier où je m’enferre. Pénible farandole De sourires sans parole De regards détournés, De gestes ébauchés, Au souvenir tenace Qui plombent ma besace Au point que je ne sais Plus comment avancer.

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Un homme, un vrai

Dans mon milieu (catholique, émaillé d’aristocratie, plutôt aisé, quoique parfois on découvre que ce n’est facile pour personne), on a des « valeurs ». Ce en quoi je pense que nous sommes comme tout le monde. La différence étant que certaines valeurs sont plus ou moins mises en avant. Pour une famille comme la mienne, d’aristos mais pas d’ex-figures de la cour royale, on retrouve les fondamentaux des hobereaux de province : service du pays, fidélité à l’autorité… À l’origine, les aïeux étaient maîtres verriers. Donc ça devait se lever tôt, faire chauffer le four et transpirer à grosses gouttes dans la famille. Après, si l’ouvrage finissait dans une verrière de cathédrale, je pense qu’ils ne devaient pas être peu fiers, les aïeux. La vérité, c’est que je n’en sais rien, mais j’aime à l’imaginer. Bref, sans 15

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doute que tout ce petit monde n’était pas super riche au regard des comtes du coin. Bilan, le fils de famille, s’il n’entrait pas dans les ordres, se retrouvait facilement à l’armée quand il ne reprenait pas la verrerie de papa. D’où ces traditions militaires fréquentes – et je peux vous assurer qu’encore aujourd’hui, il y a une permanence familiale dans pas mal d’écoles militaires. Ce n’est pas que les autres valeurs soient mises au ban, mais pour un garçon de mon milieu, les valeurs de courage et de force, de dureté – je suis passé par là –, de loyauté et de maîtrise de soi (plus un peu de perfectionnisme en ce qui me concerne) étaient très intégrées. Éventuellement, sans même que les parents aient choisi de les transmettre. Car il y a le reste de la famille, les cousins, les amis, les ancêtres…. et les livres aussi. Les livres dans les greniers nous parlaient de batailles navales, de coloniaux illustres, de grands noms qui faisaient sinon la France, du moins une partie émergée de son histoire, et de figures familiales. Ces livres traînaient au milieu des casquettes d’amiral de la guerre de 1870 de l’arrière-grand-père et de centaines d’aquarelles du grand-oncle parti en Afrique du Nord et en Indochine. Donc une certaine idée de la France, si vous voyez ce que je veux dire. Le tout baignant dans un cadre scout avec tout ce 16

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UN HOMME, UN VRAI

que cela comporte d’intuitions géniales concernant l’éducation. Voir Baden-Powell pour l’esprit général. Si vous retenez son petit mot qui dit qu’en chaque gamin, fût-il le dernier voyou de la rue, il y a au moins 5 % de bon et qu’un bon chef scout doit se débrouiller pour mettre à jour ces 5 % et les aider à se déployer pour qu’ils irriguent le reste, vous aurez compris l’essentiel. Une illustration traditionnelle du scoutisme est la collection « Signe de piste », avec des aventures en tous genres pour adolescents un peu idéalistes… et idéalisés, ce qui est parfois le problème. Sans jeter toute la collection avec l’eau du bain, il est heureux que le scoutisme soit plus riche que certaines histoires où, en filigrane, on peut avoir le sentiment qu’après dix-huit ans la vie devient sans intérêt – ce qui est quand même dommage du point de vue éducatif. Cela dit si l’on s’accorde sur le fait que l’éducation est là pour que chacun puisse donner sa pleine mesure dans la vie adulte. Je pense au volume de La Bande des Ayacks – célèbre dans ce milieu – dans lequel l’intrigue met en scène une majorité d’adultes un peu bornés et souvent caricaturés dans les dessins du renommé P. Joubert. Car l’enjeu n’est pas mince. Dans un monde où tout semble avoir été exploré géographiquement, où aucune nouvelle loi physique n’a été découverte 17

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depuis un siècle, où l’image de bien des métiers est celle d’un fauteuil devant un ordinateur, où l’on existe qu’à concurrence de ce que l’on achète (surtout s’il y a un logo de grande marque dessus), comment donner le goût de la vie adulte en respectant la soif d’absolu qui peut habiter un jeune ? Donc, l’image de la vie à venir, c’était aventure, courage, service. Les métiers de militaire, religieux, serviteur de l’État avaient belle presse et, sinon, c’était principalement le très désiré tandem classe prépa-grande école – plus service militaire ou coopération pour les garçons –, et vous avez un peu le décor. Joli décor d’ailleurs, privilégié sur plus d’un aspect, et toutes ces valeurs étaient bienvenues pour le reste de la vie. Mais ça ne suffit pas. Vous voyez bien que tout ce qui est travail manuel, art, social, etc., était assez peu représenté. Soit un risque potentiel d’idéalisation sociale et masculine. Cela aurait pu être pire, notez, mais cette image de l’homme, chef, dur, qui ne se plante jamais, se plaint encore moins et n’a pas besoin des autres peut être tenace jusque dans les détails. Je me souviens de ces gars à l’armée dont je me demandais s’ils n’avaient pas peur de perdre leur virilité en souriant… En général, la vie se charge de polir cela vite fait.

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UN HOMME, UN VRAI

Il ne s’agit pas de remettre en question toutes les valeurs évoquées plus haut. Heureusement qu’elles sont là, et certaines feraient plutôt défaut aujourd’hui. Mais cela suffit-il à qualifier « un homme, un vrai » ? La réponse n’étant pas le sujet, je dirais simplement que j’aime bien les termes « courage » – au sens de passage à l’action mais aussi au sens, moins visible, de tenir dans la durée –, « beauté » et «  responsabilité  ». En tenant compte, pour ce dernier terme, de son sens hérité du latin : res, la chose, et sponsa, fiancée, mariée à. Tout un programme pour quelques dizaines d’années. Avec un peu de recul vis-à-vis de mon éducation, je me rends compte que j’en ai gardé bien plus que je n’en ai abandonné. Je me sens de plus en plus héritier de ceux qui, à l’intérieur ou à l’extérieur de mon milieu, ont bâti ce que ce monde a de bon. « Qu’ai-je que je n’aie reçu ? » En parallèle de tout cela, il est important de savoir que dans mon milieu, en tout cas pour l’essentiel de mon entourage proche, l’engagement dans le mariage – ou dans un ordre religieux – fait partie de la vie. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », dit Dieu dans la Genèse. Pour un catholique, il ne s’agit pas tant de position sociale que de trouver la place où donner le meilleur de soi-même. 19

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Célib’ à terre

Cela peut très bien se faire dans un ordre religieux, une ONG, un enseignement ou un art. Même s’il faudrait adapter cette affirmation à chaque époque, on peut dire que, dans la grande majorité des cas, le mariage est donné comme chemin privilégié. Or, comme sacrement, le mariage est le signe visible de l’amour indéfectible de Dieu pour son peuple. Cela explique que le divorce religieux n’est pas possible et que – peut-être ? – la peur de « se planter » s’en trouve augmentée.

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Table des matières Préface.............................................................. 7 Avant-propos.................................................... 9 Fatigue.............................................................. 13 Un homme, un vrai........................................... 15 LA vocation...................................................... 21 Le topo du père Untel........................................ 31 La Providence.................................................... 37 De la légèreté..................................................... 45 Paris.................................................................. 51 La solitude........................................................ 55 Le faux bien...................................................... 59 La psychothérapie............................................. 69 Le gris............................................................... 77 Les fantômes..................................................... 83 Les sites de rencontres....................................... 89 Et un jour…...................................................... 97 Tenir bon.......................................................... 101 Envol................................................................. 107 109

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