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En pèlerinage

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S E R V I C E N AT I O N A L D E L A P A S T O R A L E L I T U R G I Q U E E T S A C R A M E N T E L L E Conférence des évêques de France

EN PÈL E R IN AG E LE QUOT IDIEN TR A N S F I G U R É

MAME


En couverture : Coquille Saint-Jacques, chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, près d’Astorga (León, Espagne). Photo Gena Melendrez © Shutterstock. 4e de couverture : Pauline Guerrier, Surface II, 2017, néon, nylon. © Pauline Guerrier.

© AELF, 2013 pour les traductions liturgiques

MAME

Direction : Guillaume Arnaud Responsable éditorial : David Gabillet Direction artistique : Armelle Riva Édition : Vincent Morch Compositeur : Patrick Leleux PAO Direction de fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Marie Guibert-Tribout © Mame, Paris, 2020 www.mameeditions.com ISBN : 978-2-7189-1060-4 MDS : MM10604 Tous droits réservés pour tous pays.


AVA N T - P R O P O S Le pèlerinage n’est pas un voyage émaillé de quelques activités spirituelles. Il ne contient pas de liturgies : il est une liturgie. S’il est vrai que la liturgie chrétienne est un acte de révélation, s’il est vrai qu’elle manifeste la rencontre de Dieu et de l’être humain, alors le pèlerinage en son essence et en chacun de ses aspects – y compris logistiques – ne peut se définir autrement. Et l’on devrait dire avec raison que l’on célèbre un pèlerinage. Voilà pourquoi une telle réalité méritait un ouvrage de la collection « Célébrer ». Il s’agira moins de lire des considérations savantes sur les pèlerinages que d’entrer dans cette expérience avec, comme toujours dans notre collection, le triple fil d’Ariane de la liturgie, de la théologie et de la mystagogie. Pour entrer en pèlerinage, nous serons donc invités à prendre le départ en répondant à l’appel de notre désir le plus profond, puis à nous mettre en route avant de recevoir l’hospitalité pour revenir « par un autre chemin » : un retour qui sera une borne milliaire sur la voie de notre accomplissement. Cette démarche inhérente à tout pèlerinage l’apparente bien à un sacrement de l’appel qui résonne en toute existence. Elle fait du pèlerinage célébré dans la foi chrétienne une manière de s’approcher de tout désir humain et d’entrer en dialogue avec l’élan spirituel à

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l’œuvre depuis qu’il y a des êtres humains. Mais elle en fait aussi un chemin de transfiguration du quotidien, devenu voyage, vers le bon port de Celui qui nous a créés et nous attend « au terme de l’histoire ».

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P R É S E N TAT I O N : L’ I N S AT I S F A C T I O N ET LE DÉSIR L’être humain ne tient pas en place ! Aussi loin que l’on remonte, les investigations scientifiques qui s’intéressent à notre vie et à ses origines nous font découvrir un être en perpétuel mouvement et en migration permanente. Il faudra attendre la révolu1. On appelle communément révolution néolithique un processus long, entamé vers 10 000-9 000 ans avant notre ère, où, à la faveur de la mise au point des techniques d’agriculture et de domestication animale, les sociétés nomades de chasseurscueilleurs se sont progressivement sédentarisées sur des installations plus durables, origine de l’urbanisation et de profondes mutations des systèmes sociaux et économiques.

tion néolithique1, relativement récente d’un point de vue historique, pour assister aux premières véritables sédentarisations de l’être humain, avec tous les bouleversements civilisationnels, psychologiques, économiques, politiques et religieux que cela a dû supposer. Et même cette sédentarisation, pour triomphante qu’elle apparaisse aujourd’hui, au point de constituer un idéal de civilisation, demeure finalement relative. On peut le constater tous les jours, ne serait-ce que dans le phénomène des migrations, mais aussi dans des instabilités moins concrètes mais tout aussi réelles : modes, affections et même religions. Les raisons de ces déplacements incessants sont bien prosaïques mais peuvent peut-être se résumer d’un mot : insatis-

faction. L’insatisfaction désigne évidemment le fait de n’être pas « rassasié ». Elle est donc la manifestation et la cause la plus immédiate du désir. Ainsi peut-on sans doute repérer, à la base de tout déplacement physique, une insatisfaction et donc un

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désir incarné dans une recherche. La sédentarisation historique, si elle a pu limiter les déplacements en créant des racines et des attachements territoriaux sans doute plus forts, n’a pas fait disparaître cette insatisfaction, si bien que le déplacement, pour un être humain, peut être physique et intérieur. Et, s’il peut cesser d’être physique, il ne cesse pas d’être intérieur. Voilà pourquoi on a souvent qualifié l’être humain d’homo via2.  Voir Gabriel Marcel, Homo viator : prolégomènes à une métaphysique de l’espérance, Paris, Éd. Présence de Gabriel Marcel, 1998 (1re éd. 1944).

tor 2, d’« homme en chemin ». Il s’agit d’une réalité physique mais aussi spirituelle, et c’est peut-être de cette ambiguïté qu’il est nécessaire de partir pour explorer la réalité du pèlerinage. Ce n’est un secret pour personne, le pèlerinage est un voyage, il est un déplacement physique. Il s’enracine donc dans ce dynamisme fondamental de l’être humain mais y ajoute une très forte dimension intérieure, puisqu’il s’agit d’un acte « religieux ». Certes, étymologiquement, le terme n’a pas cette connotation. Il signifie tout simplement « étranger », ce qui est finalement la condition de tout voyageur. Le terme vient de l’adverbe latin peregre qui signifie « à l’étranger », « de l’étranger », ce même adverbe étant une contraction de per ager, « à travers champ ». L’étranger est celui qui va « à travers champ », pour ainsi dire. Or, on est toujours étranger par rapport à quelqu’un ou quelque chose et par rapport à une origine. On peut donc subodorer déjà la charge du terme quand il est utilisé dans le champ de la religion et du sacré. Comment cette réalité première de l’insatisfaction met-elle l’être humain sur le chemin du désir, le rend-elle étranger à toute chose et l’engage-t-elle à la recherche du « repos » ? Quelles en sont les inévitables ambiguïtés et comment l’acte religieux du pèlerinage manifeste-t-il et prétend-il résoudre cette tension permanente de l’être humain ? Pourquoi redevenir, pour quelques jours, un nomade ? Si nous scrutons au fond notre expérience d’être humain, il semble que le fait d’avoir des bras pour nous accueillir soit fondamental et indispensable pour notre existence. Au sortir du sein maternel, premier voyage s’il en est, notre premier

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P R É S E N T A T I O N : l’ insatisfa c tion et le désir

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acte autonome, la respiration, ressemble à un déchirement. Il semble que ce premier cri soit comme l’exil d’un royaume où nous désirons retourner parce que rien n’y menace notre vie. Désir pour le meilleur et pour le pire ! Nous pouvons d’ailleurs retrouver quelque chose de ce « royaume » dans deux expériences principales, si tout se passe bien : l’expérience sensible du monde et l’expérience des premières relations, notamment quand elles sont inconditionnelles. Un auteur comme Albert Camus est particulièrement marqué par la première (mais aussi par la seconde). C’est ce qui lui permet d’appeler bonheur cet accord premier qu’on sent avec le monde tel que nous le sentons. Pour se le représenter, sans doute faut-il se transporter dans une nature méditerranéenne, en été, au plus fort de la journée. C’est ce qu’il nous propose en tout cas, lorsqu’il nous décrit son expérience à Tipasa :

Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. À certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de 3. Albert Camus, « Noces à Tipasa », dans Noces, Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1965, p. 55.

couleur qui tremblent au bord des cils3. Le monde, au-delà de la diversité de ses éléments, se présente comme un tout qui nous sollicite, et d’abord par les sens : nous en faisons l’expérience devant la magnificence d’un paysage où ils sont saisis et presque saturés. Cet unique existant que paraît le monde nous fait entrevoir le bonheur d’une stabilité. S’unir au monde pour participer de sa stabilité (que Camus n’hésite

4. Voir A. Camus, « L’été à Alger », dans Noces, op. cit., p. 75.

pas à appeler éternité4), c’est la promesse qui nous semble faite. C’est, de manière beaucoup plus fondatrice, une expérience analogue que nous faisons dans nos premières relations, marquées, si tout se passe bien, par l’inconditionnalité. Mais ce « bonheur » entrevu, qu’il soit lié à la contemplation ou à l’amour, se voit très rapidement nié par l’irruption de la limite et, en fin de compte, de la mort. C’est comme si ce royaume

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nous était soudain retiré, nous laissant face à ce que le même Camus appellera l’absurde. L’errance commence alors, le plus souvent de manière inconsciente. Nous avons le désir d’un ailleurs qui peut nous démanger, voire nous rendre fous. Tout nous apparaît « étranger », indifférent à notre sort. Mais cette instabilité et cette conscience nous font aussi partir à la recherche d’une patrie. On sent le risque que cette expérience fait courir à chaque être humain. Les voies de garage, pour ne pas dire de perdition, y sont innombrables. Et cette errance nous fait goûter la nécessité d’une patrie qui soit un salut, autrement dit une main tendue, une orientation, un horizon. Toute religion prétend prendre en charge cette errance angoissée et lui donner un but. C’est peut-être pour cela que le pèlerinage existe en toute expérience religieuse et, singulièrement, dans la foi chrétienne. De ce point de vue, le pèlerinage ne peut être un simple voyage d’agrément « où on dit aussi la messe » ! Il s’agit peut-être de la réalité la plus fondamentale, à travers laquelle l’être humain peut prendre conscience de son angoisse et peut se voir appelé à en faire un voyage, si l’on ose dire, théologal. Simplement parce qu’il pourra y entrevoir une main tendue venue d’ailleurs. La vogue actuelle des pèlerinages – notamment individuels –, qui voit nombre de gens se mettre en route au cœur d’une vie dont ils ne discernent plus le sens, et la fréquentation des sanctuaires (en constante augmentation à la différence des paroisses) où est appréciée la liberté qu’on y trouve de déposer son fardeau sans être aussitôt enrôlé, témoignent que nous sommes face à une réalité qui renouvelle le devoir pastoral de l’Église. Il lui faut servir la révélation divine au cœur d’angoisses humaines qu’elle ne choisit pas et qu’elle doit aussi éveiller, si elle veut que l’existence trouve son sens. C’est le propos de cet ouvrage d’en fournir quelques pistes. Xavier Manzano

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L’APPEL , LE DÉSIR ET LE DÉPART

Il n’est pas facile de partir. Tant de choses nous retiennent… Croyant qu’elles nous combleront, nous en devenons les jouets. Elles sont le paravent, souvent fébrile, d’une vie machinale qui ne sait plus pourquoi elle se poursuit. Nous sommes « affairés sans rien faire » (2 Th 3, 11), selon la terrible expression de saint Paul. Même ce qui a de la valeur finit par devenir fade. Pourtant, un désir subsiste au fond de nous. Il est peut-être assourdi mais il est tenace. Le pèlerin est celui qui se décide enfin à l’écouter, à le prendre au sérieux. Le voyage qu’il projette va jeter une lumière nouvelle sur son agitation, ses déplacements, ses souhaits : derrière tout cela, il y a de l’amour et de l’éternité, sans qu’ils soient nécessairement nommés encore. Pour partir, il faut être attiré. Et c’est cela qui commence à donner du sens à cette vie qui mérite bien qu’on y songe et qu’on y marche vraiment. La liturgie, toujours pèlerine, nous fait prendre le départ. 11


M Y S TA G O G I E

L A SEMAINE SAINTE, P È L E R I N A G E D E S P È LE R I N A G E S ARNAUD TOURY

La Semaine sainte de la liturgie chrétienne est un pèlerinage qui nous fait vivre celui du mystère pascal du Christ. En ce sens, sa lumière rejaillit sur tout désir et tout départ : le désir de vie et d’éternité de l’être humain se voit saisi et porté à son accomplissement par Celui qui a tout donné.

U N E LI T U R G I E P É R É G R I N E C’est à partir du ive siècle, à Jérusalem, que l’Église a commencé à déployer la commémoration de la Pâque du Seigneur en une succession de célébrations stationnales, sur les lieux historiques. Cette pratique a conduit à la constitution de la Semaine sainte telle que nous la connaissons : un pèlerinage symbolique qui nous fait revivre avec le Christ les événements de sa passion et de sa résurrection. Nous percevons aisément le caractère diachronique de cette succession liturgique : la célébration des Rameaux nous donne d’entrer avec le Christ à Jérusalem ; le Jeudi saint de vivre avec lui son dernier repas ; le Vendredi saint de le suivre dans sa Passion ; la nuit du Samedi saint d’attendre son surgissement du tombeau au matin de Pâques. La Semaine sainte se présente donc, dans cette chronologie liturgique, comme un chemin que nous parcourons Dimanche des Rameaux, Paris.

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dans la foi, sans pour autant nous rendre physiquement dans les lieux saints.

D E S P È LE R I N A G E S G I G O G N E S Toutefois, cette lecture chronologique ne nous dit pas tout du pèlerinage intérieur que la liturgie nous fait vivre : un examen synchronique de la Semaine sainte nous révèle une sorte de sillon en profondeur dans lequel elle nous fait descendre. Ce sillon traverse les strates de l’Histoire pour mettre en dialogue différents pèlerinages superposés les uns aux autres. En effet, si nous marchons sur les pas du Christ, lui met les siens dans ceux du peuple d’Israël, en son exode. Et le chemin parcouru par Israël n’est autre que le chemin de l’humanité migrante en quête de salut : un passage de situations de mort (oppression, guerre, famine, épidémie, etc.) à une vie nouvelle. Cet aspect gigogne de la Semaine sainte met en œuvre le principe mystagogique présent au cœur de toute liturgie : le présent ne peut être compris dans sa signification pour la foi que dans un aller-retour constant à la vie du Christ ; elle-même est éclairée dans sa profondeur par l’histoire du salut d’Israël ; celle-ci ne dévoile toute sa richesse que par sa résonance fondamentale avec l’histoire de toute l’humanité. Parcourons donc ces chemins en marquant quelques étapes.

À J É R U S A LE M La procession des Rameaux : voici bien l’un des pèlerinages les plus courus et les plus courts du christianisme. Une marche de parfois seulement quelques mètres pour revenir, avec le Christ, à l’aube de sa Pâque. Même si le contexte pascal est affirmé (Jn 12, 1.12-13), l’événement de l’arrivée solennelle de Jésus à Jérusalem ne renvoie pas directement à la Pâque juive. Il est à mettre en lien avec la libération de Jérusalem et la purification du Temple par les frères Maccabée : « Alors, [Simon] y fit son entrée […] avec des acclamations et des branches de palmier, au son des cithares, des cymbales et

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L a S e m aine sainte , p È lerinage des p È lerinages •

des harpes, avec des hymnes et des cantiques, parce qu’un grand ennemi avait été brisé et jeté hors d’Israël » (1 M 13, 51 ; et aussi 2 M 10, 7). La mention de l’ânon sur lequel Jésus est monté renvoie explicitement aux prophéties concernant le Messie : « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse » (Za 9, 9 ; et aussi Gn 49, 10-11). Il s’agit donc bien, à travers la procession des Rameaux, de marcher vers l’accomplissement de la promesse divine : celle de libération et de paix définitive. Toute mise en route, toute migration, tout pèlerinage est habité par la perspective d’une transformation, d’un salut : « Hosanna – Donne, Seigneur, donne le salut ! » (Ps 117, 24-27).

AU C ÉNACLE La première lecture du Jeudi saint au soir pose explicitement le repas pascal comme un acte de pèlerins : « Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur […]. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez » (Ex 12, 11.14). Ce repas commémore tout à la fois la sortie d’Égypte et l’entrée en Terre promise : « Et le Seigneur dit à Josué : “Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte.” […] Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés » (Js 5, 10-11). Le lavement des pieds (Jn 13), lui aussi, évoque l’hospitalité envers ceux qui sont arrivés à la maison (Gn 18, 4 ; 19, 2) et place ce repas sous le signe de l’arrivée à bon port, de l’accomplissement de la promesse divine. Ainsi l’eucharistie, pain de la route, viatique, est chargée de cette promesse : avec le Christ, « passer de ce monde à son Père » (Jn 13, 1).

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EN PÈLERINAGE

A U C A LVA I R E La liturgie du Vendredi saint, que ce soit dans sa forme dévotionnelle de chemin de croix ou dans sa forme rituelle d’office de la Passion, nous fait marcher avec le Christ sur la route du Calvaire. Lui-même met ses pas dans ceux d’Isaac : « Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble » (Gn 22, 6) ; et dans ceux de Moïse (Ex 17, 11-12). Il devient pour nous, qui cheminons dans les déserts de nos vies, le serpent de bronze (Nb 21, 8-9 ; Jn 3, 14) : « par ses blessures, nous sommes guéris » (Is 53, 5). Par la grande prière universelle du Vendredi saint, nous sommes ainsi conduits à recevoir le sens de nos combats et de nos agonies : dans le Christ, offrir « avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications » (He 5, 7) au Dieu vivant qui nous sauve de la mort.

AU TOMBEAU Il y aurait beaucoup à dire sur le pèlerinage intérieur auquel nous invite le silence liturgique du Samedi saint… Nos frères orientaux voient dans la nuit du tombeau scellé le chemin vertical du Christ descendant aux enfers pour en ramener les captifs (Ep 4, 8-11). Les liturgies pascales, elles, nous font suivre un chemin d’horizon : de la veillée pascale à la messe du soir du jour de Pâques, c’est toute l’histoire du salut que nous sommes appelés à parcourir grâce à la Parole, de la nuit des temps à l’« aujourd’hui » du Notre Père. C’est l’histoire de notre foi personnelle et commune, qui passe de l’éblouissement initial devant le Créateur tout-puissant (Gn 1), par des chemins d’ombre et de lumière (Gn 22 ; Ex 14-15) et de purification baptismale (Ez 36 ; Rm 6), à la révélation du Dieu tout-patient (Lc 24, 26). Procession de la lumière, procession des nouveaux baptisés, procession des dons, procession de communion, comme autant

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L a S e m aine sainte , p È lerinage des p È lerinages •

Chemin de croix de l’église Maria no the Hau, Papeete, Tahiti.

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de pèlerinages, nous conduisent à l’autel : les noces nouées sur la croix entre le Christ et l’Église, entre Dieu et les hommes, engendrent la vie nouvelle. Avec les saintes femmes, avec Marie-Madeleine, Pierre et le disciple bien-aimé, nous venons au tombeau vide pour être remplis de la présence du Ressuscité. Avec les disciples d’Emmaüs, chemin faisant, nous relisons notre propre histoire avec le Christ et découvrons qu’il tient parole : « Je suis avec toi » (Ex 3, 12). Avec eux, par la procession d’envoi, nous reprenons les chemins de nos vies en témoins de sa fidélité. Nous le voyons, la Semaine sainte, dans sa structure comme dans son contenu, apparaît comme l’archétype de tout pèlerinage chrétien : il s’agit, en mettant nos pas dans ceux de tous ceux qui nous ont précédés (disciples, peuple d’Israël, humanité migrante), d’entrer dans « la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur » (Ep 3, 18) du mystère du Christ.

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TA B L E D E S M AT I È R E S AVA NT - P R O P O S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..............................

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P R É S E NTAT I O N : L’ I N S AT I S F A C T I O N E T LE D É S I R . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................

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L’A PPEL , LE DÉSIR ET LE DÉPA R T .................... 1 1 M Y S TA G O G I E L A S E M A I N E S A I NT E , P È LE R I N A G E D E S P È L E R I N A G E S Ar n a u d To u r y . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 2

Une liturgie pérégrine .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 12 Des pèlerinages gigognes .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 14 À Jérusalem .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 14 Au cénacle ...... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 15 Au Calvaire ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 16 Au tombeau . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 16

LIT U R G I E B É N I R LE S P È L E R I N S Lu d ov i c Fr è r e .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 9

Une marche à l’intérieur de soi . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 19

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EN PÈLERINAGE

Une marche à la rencontre des autres ............................ 19 Une marche avec les autres ..................... ................................ 20 La vie comme un grand pèlerinage ..................................... 20

M Y S TA G O G I E L E P È L E R I N A G E , « U N E R O U T E F R AT E R N E LLE » So p h i e G a l l -A l exe e f f ......................................................................... 22

La liturgie pour comprendre le pèlerinage .................. 24 Nous cherchons une Terre promise ................................... 24 Vers le sanctuaire . . ........................................................................... 25 La prière de l’étranger . . ................................................................ 26 Pèleriner, jeûner et prier pour la paix ............................. 28

THÉOLOGIE PÈLERINS EN EXODE C h r i s t i a n Sa l en s on . . ............................................................................ 29

Partir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ................................... .................................................. 30 Le sens de nos exodes ................................................................... 31 Un chemin initiatique .... .......................... ...................................... 34 Le pèlerin d’Emmaüs ...................................................................... 35

LE CHE MI N . . .................... ................................................... 38 L IT U R G I E LES PROCESSIONS Séb a s t i en G u i z i o u.. .......... ........................................................... ......... 39

Marcher ensemble dans les pas du Christ pour commémorer ses mystères .. .................................................. 39 L’espace liturgique : un chemin pour entrer dans la dynamique de la vie chrétienne ..................... 40 Les processions extraordinaires, de dévotion ou votives .. . . . . . ................................................................................. .... 40

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T able des m atières •

LIT U R G I E LE T E M P S P È L E R I N B e r n a d e tte M él o i s .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 4 2

Faire mémoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 42 Pèlerinage . .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............ ................. 44

LIT U R G I E DES PSAUMES DES MONTÉES A U X C H A NT S P R O C E S S I O N N A U X Agn è s Mi n i e r- P i n a r d el . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 4 5

M Y S TA G O G I E D E S F I G U R E S D E S A I NT E T É Q U I F O NT M A R C H E R S e r ge Ke r r ie n .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 4 8

Une longue tradition .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 48 Une sainteté attirante .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 49 Des figures qui s’actualisent .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..... ......................... 50 Des intercesseurs .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 52

M Y S TA G O G I E LE P È LE R I N A G E , C H E M I N I NT É R I E U R B e r n a r d Ma it t e .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 5 5

Jésus chemin .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 55 Pèlerin de pauvreté .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 56 Pèlerin d’éternité .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 56 Mystique pèlerin .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 58 Dieu pèlerin .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 59

T H ÉO L O G I E LE C H R I S T, C H E M I N, V É R IT É E T V I E C h r i sto p h e d e Dr eu i l l e .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 6 2

Sur la route d’Emmaüs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 62

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EN PÈLERINAGE

De l’errance au pèlerinage : le Christ donne sens à la marche des croyants ........................................................ 63 Le pèlerinage de Jésus et de ses disciples vers Jérusalem ................................................................................ 67 Le double pèlerinage du chrétien . . ...................................... 71

LE SÉJO U R E T L ’ H O SPI TA L I TÉ ............. ................ 75 L IT U R G I E LE VRAI REPOS : LES SACREMENTS EN PÈLERINAGE J a c q u es Bo u ra s sa .. ............................................................................... 76

L IT U R G I E P È L E R I N A G E E T T R A D IT I O N J U B I L A I R E A n d r é C a b es .. . . . . . ..................................................................................... 79

M Y S TA G O G I E L E S A N C T U A I R E : U N E S PA C E D Y N A M I Q U E G i l l es Dr o u i n .. . . . . .... ................................................................................. 82

La vie chrétienne, un itinéraire . . ........................................... 84 Une dynamique pascale ................................................. .............. 85

M Y S TA G O G I E L I E U X S A I NT S PA R TA G É S C h r i s t i a n Sa l en s on . . ............................................................................ 88

La symbolique des lieux . . ............................................................. 90 Une prière en commun ................................................................. 90 Des éléments d’une foi en partage . . ................................... 92

THÉOLOGIE S U R L A R O U T E D E L’A U T R E Ya n n Va g n eu x, m . e . p . ................................................. ........ ............... 95

142


T able des m atières •

L’homme qui marche .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 96 Un pèlerinage catholique .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ................ ............. 98 Une disposition intérieure .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 99 Émulation spirituelle .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 01 Hospitalité eucharistique .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 04 Une paroisse .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... .......................... 1 05

LE RETOUR ET L’ACCOMPLISSEME N T ............... 1 0 6 LIT U R G I E LE S O B J E T S D E P I É T É P O U R M É M O I R E O l i v i e r S p in os a . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 107

T H ÉO L O G I E L A M É M O I R E D U P È L E R I N  : U N E E NT R É E D A N S L A CO N V E R S I O N Pa tr ick P r é tot , o . s . b . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 110

Une expérience qui engage un travail de mémoire .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 1 12 Abra ham : le chemin comme vocation .............................. 1 15 Égérie : « toucher » les lieux pour entendre les Écritures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 1 17

T H ÉO L O G I E LE R E T O U R , U N V R A I D É PA R T ! Xav i e r Ma n za n o .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 122

L’expérience des mages .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 1 23 L’inquiétude nécessaire .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 27 La mémoire du pèlerinage ou le « retour par un autre chemin » .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .............................. 1 28 TA B LE D E S A U T E U R S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 31 C R É D IT S I CO N O G R A P H I Q U E S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................. 1 35 143


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