Protectrice de la Cité
Préface
Sainte Geneviève, née à Nanterre, tout près du Mont Valérien, vers 420 et enterrée sur la montagne qui porte son nom à Paris, vers 512, cons e un phare pour les Franciliens et les chré ens aujourd’hui.
C’est une femme consacrée, qui a offert toute sa vie au Seigneur. Elle demeure une grande sœur pour les femmes consacrées d’aujourd’hui. Elle veille auprès de Dieu sur les prê es, en par culier ceux qui sont ordonnés à la cathédrale de Nanterre, bâ e à l’emplacement même de sa maison natale. Contemporaine de saint Léon le Grand, le pape de la résistance aux invasions barbares et du concile de Chalcédoine, Geneviève a puisé dans sa foi sans faille au Christ vrai Dieu et vrai homme l’énergie de la résistance spiri elle et du témoignage de l’espérance.
C’est une femme de courage, qui au moment du siège de Paris par les Huns a réussi à convaincre les Parisiens de ne pas abandonner leur cité. Quinze ans plus tard, au moment du siège de Paris par les oupes de Childéric Ier, sainte Geneviève a organisé l’alimenta on des Parisiens en allant chercher du blé à Arcis-sur-Aube et en le rapportant sur des bateaux qui inspirèrent sa devise à Paris : « fluc at nec mergi r », « elle est ba ue par les flots, mais ne sombre pas ». Image et de l’Église et de la ville, le bateau exprime l’unité de la foi et de la capacité d’ac on de sainte Geneviève.
C’est une femme au rayonnement spiri el universel. De son vivant, le témoignage de sainte Geneviève a mystérieusement rejoint le célèbre moine syrien saint Siméon le S lite. Pendant des siècles, les rois de France se sont rendus en pèlerinage à Nanterre pour vénérer sa mémoire. Le 18 mai 1962, le saint pape Jean XXIII l’a déclarée sainte pa onne de la gendarmerie na onale ançaise. Aujourd’hui encore, de nombreux fidèles, en par culier orthodoxes, se réfèrent au témoignage et se confient à la prière de ce e femme dont la force in épide rappelle celle des grandes figures féminines de la Bible.
De sainte Geneviève on peut dire ce que la Bible affirme de la reine Judith : « jamais l’espérance dont as fait preuve ne s’éloignera du cœur des hommes » (Judith 13, 19). Puissent tous les lecteurs de la vie de Geneviève grandir dans l’espérance chré enne et en témoigner !
+Ma hieu Rougé Évêque de Nanterre
Lutèce, printemps 451
Attila et ses Huns arrivent ! Ils s’approchent de Reims ! Il a donc franchi le Rhin et envahi la Gaule ! Heureusement, le patrice(1) Aetius a rassemblé de nombreux guerriers et le roi Théodoric a quitté l’Aquitaine avec ses Wisigoths pour se joindre à lui et combattre ces barbares.
La face des Huns est une masse informe de chair et non un visage ! Leur teint est d’une horrible noirceur !
Ils ne quittent jamais leurs petits chevaux et leurs flèches atteignent toujours leur but !
Nous sommes perdus, les Huns sont à nos portes !
Nous devons quitter la ville !
C’est Geneviève de Nanterre, elle appartient à la Curie(2)
Oui, son père était magistrat municipal et à sa mort elle lui a succédé, étant son unique héritière.
Elle fait même partie des Principales(3) ! Écoutons-la !
Ayez confiance, priez et Dieu vous écoutera, il éloignera les Huns de Paris.
Elle s’est entendue secrètement avec Attila pour nous livrer !
N’écoutez pas Geneviève, il faut fuir par la Seine !
Les nautes ont des barques amarrées au port. Chargeons nos biens précieux et partons !
Nous devons aller vers l’ouest, ne perdons pas de temps !
Arrêtez, vous n’allez pas fuir et abandonner votre ville. Vos aïeux ont fait preuve de courage en résistant aux envahisseurs, seriez-vous devenus lâches ?
Nous avons envoyé un contingent de soldats comme les autres cités de la Gaule, nous avons donc fait notre devoir.
Personne ne pourra vaincre Attila, c’est le diable en personne !
Courons au palais de la Cité pour exiger que le conseil municipal donne l’ordre d’évacuation !
Titre décerné à des personnages puissants de l’Empire Romain.
Conseil municipal de l’époque.
Aristocratie municipale. On choisissait le curateur (maire) de la Cité parmi les Principales
Lorsque j’étais jeune, les barbares ont violé les jeunes filles, pillé les richesses et incendié toute la Cité. Les Huns vont faire la même chose !
Faites demi-tour, enfermons-nous dans l’île et fortifions-la.
Mes parents et mes frères ont été massacrés. Je me suis retrouvé seul à six ans ! Nous devons fuir, les Huns ne respectent même pas nos églises !
Dans une caserne…
Soldats, ne résistez pas et fuyez avec nous. Vous nous protégerez en chemin. Nous devons écouter les anciens, ils sont sages et prudents.
Le dieu des chrétiens, invisible, est incapable de faire régner la paix. Nous sommes punis parce que nous avons abandonné nos anciens dieux. nous avons même détruit leurs temples et leurs statues. cette ville est maudite. quittons-la !
Vous avez raison, sauvonsnous.
!
Arrêtez-vous !
Lapidons-la !
Dieu seul peut agir maintenant. Je vais prier dans le baptistère de Saint-Jean-en-rond.
Nous resterons avec toi, Geneviève, nous sommes attachées à notre île. Les hommes sont devenus fous mais n’oseront pas quitter la ville sans nous.
Fermons la porte et prions maintenant. Seigneur, nous t’en supplions, écarte de nous Attila. Qu’il épargne Lutèce.
Nous mettons notre ville sous la protection de Dieu.
Geneviève de Nanterre est une de ces fanatiques chrétiennes, il faut l’éliminer !
Laisse-nous passer
Les Huns se dirigent de Reims vers Troyes. Ils ont certainement l’intention de marcher sur Orléans.
Et s’ils venaient vers Lutèce ?
Non, ils n’ont aucun intérêt à venir chez nous, notre position n’est pas stratégique. Attila ne va pas fatiguer son armée inutilement. Gardez confiance.
En dépit d’une résistance animée par l’évêque Aignan, les Huns entrent dans Orléans mais n’auront pas le temps de piller entièrement la ville.
Tu t’es bien battu et as tué beaucoup d’ennemis. Prends cet or ! Ces deux esclaves te seront utiles. elles sont à toi.
Les troupes gallo-romaines et wisigothiques parviennent à repousser Attila hors de la ville et le 14 juin 451, les Huns repartent en direction de Troyes.
L’ennemi arrive : le patrice Aetius et Théodoric, roi des Wisigoths, avec une armée nombreuse. Ils s’apprêtent à nous attaquer.
Reprenons nos armes et défendons-nous dans la ville.
Avertis des mouvements d’Attila, les Lutéciens sombrent dans le pessimisme.
Cette fois, c’en est fait. Il va venir chez nous et toutes ces femmes enfermées au baptistère avec des provisions, elles périront aussi !
Geneviève a pactisé avec Attila ! Elle est du côté des Huns ! Elle s’est offerte à Attila en échange de Lutèce. Il faut la lapider !
Poursuivant Attila, Aetius et Théodoric, aidés par Mérovée et ses Francs, atteignent l’arrièregarde des Huns près de Troyes.(1)
Nos devins nous prédisent qu’un grand chef ennemi sera tué. Nous n’avons pas fini de nous battre !
Une fois de plus, Geneviève tente de rassurer la population affolée et excitée.
Cette fois Geneviève, nous allons te noyer avec une corde autour du cou !
Tu ne nous échapperas plus, c’en est fini pour toi, traîtresse !
Soudain surgit l’archidiacre venu d’Auxerre.
J’apporte à Geneviève le dernier cadeau que l’évêque Germain, avant de mourir, m’avait demandé de lui remettre.
Le saint évêque Germain m’a dit que celle que vous voulez assassiner est l’élue de Dieu. Il lui offre des eulogies(1).
Lauda dominum Lauda dominum
La bataille contre Attila va bientôt être engagée ! Nous pouvons encore fuir.
Non, cette fois, ma décision est prise, je reste et je demande à Dieu de nous protéger.
Moi aussi, moi aussi… Allons à l’église Saint-Étienne.
Pater noster qui es in caelis…
(1) Eulogies : petits objets bénis.
La nuit tombée, sur une colline appelée
Lucoticus…
Un réseau de torches s’étend jusqu’au lieu de la bataille : si la lueur faiblit, cela signifie que le danger est imminent, et qu’Attila a le dessus. Si elle s’éteint, c’est que l’arrivée des barbares est proche.
Cette colline est un lieu stratégique ; de plus, grâce au réseau de torches sur les collines, nous pouvons communiquer l’issue de la bataille jusqu’à Lutèce.
Attila cherche à s’emparer de la colline mais est repoussé par les romains.
Réjouissons-nous, rendons gloire à Dieu !
Ravivons le feu pour prévenir Lutèce de notre première victoire !
Il faut attendre un deuxième feu pour annoncer la victoire totale.
Le lendemain, à l’aube, sur le champ de bataille, Attila harangue ses guerriers.
Que votre courage grandisse, que votre fureur éclate. Le premier, je lancerai mes traits à l’ennemi. Les lâches mourront !
À Lutèce, le soir même…
La flamme a fléchi. Cette fois, le danger est proche !
Enfonçons la porte du baptistère avec un bélier et tuons Geneviève !
Vous devrez d’abord me tuer.
À Lutèce…
Sur le champ de bataille.
Le lendemain…
Les Huns sont très cruels !
Ils ne font pas de prisonniers, si vous ne leur échappez pas, ils vous achèvent !
crainte d’être
prisonnier,
S’ils arrivent ici, ils vous tueront tous ! Prévenez donc les femmes enfermées dans le baptistère.
Geneviève les a convaincues que nos armées, plus nombreuses et plus motivées, vaincront les Huns qui s’enfuiront vers l’est.
Pendant ce temps, sur le champ de bataille…
Notre roi Théodoric est mort ! Vengeons-le !
Attila est vaincu ! Il a eu peur de nous.
Nous avons gagné !!
À Lutèce, le 21 juin 451, dès la tombée de la nuit…
Une seconde torche est allumée, c’est la victoire complète ! Geneviève avait raison. Allons la chercher.
!
(1) Distinction honorifique comportant des privilèges.
Dieu ne nous abandonne jamais ! Il veille sur nous nuit et jour. Tu es une véritable clarissime(1). Tu fais honneur à ton défunt père !
Vive Geneviève !
Vive Geneviève !
L’évêque Germain avait raison. Dieu t’a choisie pour protéger Lutèce.
Abandonnons définitivement les anciens dieux. Le Christ est vainqueur !
Geneviève !
Les Francs nous ont aidés. Geneviève leur avait certainement demandé. Désormais, ils seront nos alliés.
À l’attaque
De
fait
Attila prit la fuite vers les siens.
Vive
Lutèce, trente ans plus tôt, en 422…
Allons prier dans l’église SaintÉtienne, Gerontia.
Voilà dix ans que nous sommes mariés, Severus, et Dieu ne nous a pas accordé de descendance.
Je dois participer à l’assemblée des responsables de la province lyonnaise IVe, étant régisseur des terres d’empire.
Ne perdons pas confiance !
Pendant ce temps, dans la salle du conseil municipal.
Il y a douze ans, Alaric et ses Wisigoths ont pillé Rome(1).
Depuis plusieurs années(2), divers peuples barbares s’installent dans l’empire et l’empereur impuissant doit bien l’accepter.
Heureusement, la plupart d’entre eux se sont convertis au christianisme, la religion officielle(3).
Beaucoup se sont sédentarisés, cultivent les terres et apprennent le Latin. Il y a même d’excellents artisans.
J’en profiterai pour me rendre au marché.
Je suis bien le fils d’un barbare Franc et je suis devenu officier.
Des tribus nomades représentent un danger. Il faut absolument faire fortifier les villages et les villas.
Enfin te voilà, il faut embarquer rapidement. Le soleil va bientôt se coucher.
J’y veillerai lors de mes prochaines tournées. Maintenant, je vous quitte, je dois rentrer à Nanterre.
(1) Avant de s’installer à Toulouse et en Espagne.
(2) En 406, les peuples Vandales, Suèves et Alains, chassant devant eux les Wisigoths, avaient franchi le Rhin gelé et s’étaient installés dans l’empire.
(3) En 380, l’empereur Théodose avait élevé le christianisme au rang de religion officielle de l’empire.
Regarde, Gerontia va bientôt mettre au monde un enfant. Après tant d’années d’attente, c’est un vrai miracle.
Cet enfant pourra plus tard succéder à ses parents pour diriger leur grand domaine.
et la cité !
Quelques mois plus tard à Nanterre(1)
Dans la villa du domaine de Severus et Gerontia.
Je m’inquiète pour ta santé. J’espère que notre futur enfant sera vigoureux.
Au début de l’année 423.
C’est une petite fille !
Quelques jours plus tard, Geneviève est baptisée en présence de notables de la classe sénatoriale.
Ma filleule portera mon nom, Genovefa(2)
Lorsque nous aurons terminé de répéter les chants, nous irons soigner les malades et visiter les pauvres.
Le mari de ma voisine vient de mourir.
J’irai lui rendre visite, la réconforter et prier avec elle.
Faisons confiance à Dieu.
Ma sœur Geneviève sera sa marraine.
Il fait froid.
Pars immédiatement pour Lutèce et va l’avertir.
Fais remettre du bois bien sec dans l’hypocauste(3).
Six ans plus tard…
Puis-je encore vous accompagner à l’église ? J’aime entendre raconter la vie de Jésus.
Mais je t’ai déjà enseigné les Évangiles et les actes des Apôtres.
Sur le chemin du retour...
Le soleil brille. J’aimerais rejoindre les filles de votre métayer qui gardent les moutons. Ils sont si doux !
Oui Geneviève, tu peux y aller, mais sois prudente.
Oui Maman mais, à l’église, on est plus proche de Dieu !
Tes parents sont de bons maîtres. Grâce à eux, nous ne manquons de rien.
J’aime garder les moutons avec vous.
Geneviève n’est pas fière, elle n’est pas comme les autres qui nous méprisent. Pourtant, elle ne sera pas bergère, ses parents sont les plus riches propriétaires de Nanterre et son père est un magistrat influent.
Deux ans plus tard, en 428. Mon ami Aetius, maître de cavalerie et gouverneur des Gaules, vient de repousser les Francs ripuaires(1) au-delà du Rhin.
Moi, je suis inquiet parce que les Saxons se sont installés sur l’île de Bretagne.
ils pourraient effectivement un jour nous menacer. nous devons rester vigilants.
Eh oui, ils la marieront un jour à un notable et nous ne la verrons plus. Tu crois ?
Allons, c’est l’heure du dîner, venez, je vais vous faire goûter mon vin.
Je vous présente ma fille Geneviève.
Ton vin est délicieux !
(1) Riverains du Rhin.
À Rome, chez le pape Célestin.
Les bretons répandent l’hérésie de Pélage. Ils rejettent le péché originel, refusent le baptême et croient que le chrétien doit son salut à ses œuvres seules.
Il faut agir immédiatement pour éviter que ces idées fausses ne se répandent.
Qu’ils se fassent accompagner de fidèles armés afin de vaincre les Scots et les Pictes.
Je vais envoyer les évêques Germain d’Auxerre et Loup de Troyes. Le synode des évêques de Gaule m’a assuré qu’ils étaient les meilleurs pour remplir cette mission délicate.
Ton conseil est judicieux, je vais le suivre.
Arrivés à Lutèce… Chers confrères, venez avec moi célébrer la messe dans l’église consacrée au diacre martyr Étienne.
Un peu plus tard à Sens...
Nous gagnerons la mer en descendant l’Yonne puis la Seine.
Embarquez donc Messeigneurs !
Nous te suivons, cher ami.
À l’issue de la cérémonie, une visite de l’arsenal est organisée. Au nom des nautes(1) de Lutèce, nous vous offrons ces bateaux pour votre expédition en Bretagne.
Le lendemain. Ne perdons pas de temps, la brume s’est dissipée, nous sommes à la fin de l’hiver et le soir tombe tôt. Allons-y !
Nous sommes très touchés par la chaleur de votre accueil.
Et par votre générosité. Vos bateaux nous seront très utiles.
Sub tuam misericordum. Dei gentrix(2)
(1) Corporation d’armateurs construisant des bateaux naviguant sur la Seine. (2) « Sous ta miséricorde nous nous réfugions, Mère de Dieu.»