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Elvis Presley

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Elvis Presley n’a pas seulement été le roi

du rock’n’roll, mais, bien au-delà, le messager et le sex-symbol de la culture adolescente. Soixante ans après son premier enregistrement, Elvis fait revivre le destin hors du commun de celui qui restera à jamais le King. De son enfance à Tupelo et à Memphis jusqu’à sa disparition, de ses premiers disques chez Sun Records puis chez RCA jusqu’à ses shows à Las Vegas, de son service militaire en Allemagne à son mariage avec Priscilla, chaque étape de la vie d’Elvis est largement commentée, agrémentée de photos saisissantes, et restituée dans le contexte politique et culturel de l’époque. Guerre froide, affaire des missiles de Cuba, guerre du Viêt Nam, scandale du Watergate, contre-culture… : la vie d’Elvis Presley, c’est plus de vingt années d’une histoire américaine en bouleversements. Elvis est aussi un livre enrichi. En plus du texte et des illustrations, plusieurs enrichissements vidéo jalonnent le parcours du King. Une simple application sur votre smartphone vous reconduit directement au cœur de l’événement - images et sons. Émotion garantie !

ISBN : 978-2-36602-214-8 / 29 €

P H I LI P PE MA RG OTIN


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BONNE LECTURE !


L’immortel roi du rock’n’roll 5 juillet 1954. Un jeune conducteur de camions à la Crown Electric Company pénètre pour la troisième fois dans le Memphis Recording Service de Sam Phillips, situé au 708 Union Avenue. Accompagné par Scotty Moore à la guitare et par Bill Black à la contrebasse, il enregistre plusieurs ballades qui ne suscitent guère l’enthousiasme. Sam Phillips s’interroge. Puis, lors d’une pause, le jeune chanteur s’approche du micro et, guitare en bandoulière, se lance dans l’interprétation de That’s All Right, Mama, un blues d’Arthur Crudup qu’il a accéléré. Aussitôt, Moore et Black l’accompagnent. Phillips n’a pas arrêté l’enregistrement. Heureuse initiative, en vérité. Le producteur de Memphis cherchait depuis longtemps la perle rare – à savoir un Blanc qui chante comme un Noir. Il venait de la trouver en Elvis Presley, né dix-neuf ans plus tôt dans un quartier très modeste d’East Tupelo, dans l’État du Mississippi. Ainsi commence l’une des plus captivantes épopées musicales du XXe siècle, qui est aussi la plus parfaite illustration du rêve américain. Plus d’un milliard de disques vendus, 90 disques d’or, 52 de platine, 25 de multi-platine et un de diamant, plus de 1 100 concerts (aux États-Unis), dont près de la moitié à Las Vegas, 31 films à Hollywood, dont les très réussis Jailhouse Rock (Le Rock du bagne) et Kid Galahad (Un direct au cœur) : les chiffres sont éloquents. Elvis Presley n’a pas seulement été le roi du rock’n’roll, mais, bien au-delà, le messager et le sex-symbol de la culture adolescente. De son vivant, il a été une icône – depuis le 16 août 1977 il est un véritable mythe, au point que sa demeure de Graceland, à Memphis, accueille chaque année entre 600 000 et 700 000 « fidèles » venus du monde entier. Plus encore : en 2006, elle a été désignée lieu historique des États-Unis (National Historic Landmark). Soixante ans après le premier enregistrement d’Elvis, et trente-sept ans après son départ définitif dans l’autre monde, Elvis fait revivre le destin hors du commun de celui qui restera à jamais le King. De son enfance à Tupelo et à Memphis jusqu’à sa disparition, de ses premiers disques chez Sun Records puis chez RCA jusqu’à ses shows à Las Vegas, de son service militaire en Allemagne à son mariage avec Priscilla, chaque étape de la vie d’Elvis est largement commentée, abondamment enrichie de photos saisissantes, et restituée dans le contexte politique et culturel de l’époque. Guerre froide, affaire des missiles de Cuba, guerre du Viêt Nam, scandale du Watergate, contre-culture… : la vie d’Elvis Presley, c’est plus de vingt années d’une histoire américaine en bouleversements. Elvis est aussi un livre enrichi. En plus du texte et des illustrations, plusieurs enrichissements vidéo jalonnent le parcours du King. Une simple application sur votre smartphone vous reconduit directement au cœur de l’événement - images et sons. Émotion garantie ! Philippe Margotin


53-54 20 JANVIER 1953 Élu le 5 novembre 1952, le général Dwight D. Eisenhower prend ses fonctions présidentielles à la Maison-Blanche. Son vice-président est Richard Nixon.

19 JUIN 1953 Reconnus coupables d’espionnage au profit de l’URSS, Julius et Ethel Rosenberg sont exécutés à New York.

27 JUILLET 1953 Après plus de trois ans de guerre, l’armistice est signé en Corée. Les États-Unis ont préservé l’indépendance de la Corée du Sud, sans pour autant avoir triomphé de la Corée du Nord.

21 JANVIER 1954 Le Nautilus, premier sous-marin à propulsion nucléaire, est mis à l’eau.

17 MAI 1954 À l’unanimité, la Cour suprême interdit la ségrégation à l’école. C’est l’arrêt Brown v. Board of Education.

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My Happiness

18 JUILLET 1953

À la fin de l’année scolaire 1953, Elvis Presley abandonne ses études à la Humes High School. À plusieurs reprises déjà, il a exercé des petits boulots de façon à aider ses parents (et à avoir un peu d’argent de poche) : il a été portier dans un cinéma de Memphis, le Loew’s State Theater (dès 1948), puis manœuvre à la Precision Tool Company (du 3 juin au 1er juillet 1951). Cette fois, il lui faut un emploi stable. Le 4 juin 1953, il est engagé au sein de la M. B. Parker Machinist Company, située 1449 Thomas Street à Memphis. Son travail consiste à réparer du matériel endommagé. Dans le même temps, il s’intéresse de plus en plus à la scène musicale de Memphis. Le jeune guitariste chanteur, qui fréquente Beale Street et qui, chaque jour, entend à la radio du blues et de la country music, ressent le désir profond de suivre le chemin de ses glorieux aînés, qu’ils se nomment B.B. King ou Hank Williams. Le 18 juillet 1953, Elvis se gare sur le parking du Memphis Recording Service de Sam Phillips, situé au 708 Union Avenue. Une femme d’une trentaine d’années se trouve dans le bureau. Elle se nomme Marion Keisker - elle est l’assistante

de Phillips. « Ce garçon ne m’était pas inconnu, dira-t-elle plus tard. Je l’avais vu plusieurs fois aller et venir devant le studio, comme s’il cherchait suffisamment de courage pour entrer. Cette fois, il l’avait fait. » Elvis lui dit vouloir enregistrer deux chansons. Le prix est 3,98 $. Marion Keisker se souvient : « Quel genre de musique chantez-vous ? Il m’a répondu “je chante toutes sortes de choses.”Je lui ai demandé à qui il pensait ressembler. Il m’a répondu : “Je chante comme personne.” » Ce jour-là, Elvis enregistre My Happiness de Betty Peterson Blasco et Borney Bergantine et That’s When Your Heartaches Begin de Fred Fisher, William Raskin et Billy Hill, deux morceaux du répertoire doo-wop. Sa carrière vient de commencer…

DEUXIÈME ENREGISTREMENT

4 JANVIER 1954

L’enregistrement de My Happiness renforce Elvis dans l’idée de devenir chanteur. Le 4 janvier 1954, accompagné par un ami du nom de Marcus Van Story, il pénètre de nouveau dans le Memphis Recording Service. Cette fois, Sam Phillips est présent. Il conduit le jeune chanteur dans le studio. « C’est pour ma girlfriend », explique Elvis, qui enregistre coup sur coup It Wouldn’t Be the Same Without You et I’ll Never Stand in Your Way. La première chanson est de Jimmy Wakely et Fred Rose, la seconde, de Hy Heath et Fred Rose. Juste après, Sam Phillips lui demande son numéro de téléphone et son adresse au cas où… La séance a de nouveau coûté 3,98 $.


Elvis et Sam Phillips : le début de la grande aventure du rock’n’roll…

Janvier 1953 - juillet 1954

ARTHUR CRUDUP T

Th a t’s Al l Righ t Ma m a 5 JUILLET 1954

Le Premier Disque

En avril 1954, après avoir passé son permis de conduire et s’être familiarisé avec les aléas de la route grâce à la Buick 1940 de son oncle Travis Smith, Elvis Presley est engagé comme conducteur de camions à la Crown Electric Company, qui appartient à Jim Tipler (dont la femme fréquente la même église que les Presley). Son ambition, cependant, est toujours de devenir chanteur. Au cours du mois de juin, Sam Phillips reçoit une démo de chez Peer Music, une maison d’édition musicale de Nashville. La chanson s’intitule Without You. Quant à l’interprète, personne ne sait où il se trouve. Marion Keisker suggère alors à son patron de prendre contact avec Elvis pour voir s’il peut chanter le titre. Le patron de Sun Records aurait téléphoné chez les Presley le 26 juin et une séance aurait été aussitôt fixée. Ce que l’on sait, c’est qu’aucune des chansons interprétées ce jour-là ne donne lieu à un enregistrement (pas plus Without You que Rag Mop et Tiger Man), mais que Sam Phillips est suffisamment séduit par la voix d’Elvis pour qu’une autre session soit organisée, cette fois avec le guitariste Scotty Moore et le contrebassiste Bill Black. Le dimanche 4 juillet, Elvis Presley, Scotty Moore et Bill Black répètent tout l’après-midi dans la maison du guitariste, 983 Belz Street. Le lendemain, vers 20 heures, ils sont dans le studio de Sam Phillips. Ils commencent à jouer plusieurs ballades (dont Harbor Lights) - sans vraiment susciter l’enthousiasme général. Puis, lors d’une pause, Elvis s’approche du micro et, guitare en bandoulière, se lance dans l’interprétation de That’s All Right, Mama, un blues d’Arthur Crudup qu’il a accéléré. Aussitôt, Moore et Black l’accompagnent. Surprise de Phillips - heureuse surprise ! Et il enregistre. Scotty Moore : « On s’est dit que c’était excitant, mais est-ce que ça l’était vraiment ? C’était surtout complètement différent, et ça a bouleversé Sam. » Phillips, en effet, cherchait depuis longtemps la perle rare - à savoir un Blanc qui chante comme un Noir. Il venait de la trouver !

hat’s All Right, Mama, la chanson qui lance véritablement la carrière d’Elvis Presley est l’œuvre d’un bluesman nommé Arthur Crudup. Né le 24 août 1905 à Forest, Mississippi, Arthur « Big Boy » Crudup, après avoir chanté le gospel dans les États du Sud, se fait connaître comme bluesman lorsqu’il signe un contrat avec Lester Melrose, le célèbre producteur du label Bluebird à Chicago. Il enregistre ensuite pour les firmes Ace, Checker et Trumpet, tout en se produisant dans les clubs du Sud, notamment aux côtés de Sonny Boy Williamson II (Rice Miller) et d’Elmore James. Sa dernière session date des années 1952 1954 pour la radio WGST d’Atlanta. Parfois désigné comme le père du rock’n’roll en raison de la version de That’s All Right, Mama d’Elvis Presley, il est aussi le compositeur de Mean Old ’Frisco Blues et de Who’s Been Foolin’ You. Arthur Crudup s’éteint le 28 mars 1974 à Northampton County (Virginie). Peu de temps auparavant, il était monté sur scène avec la blueswoman Bonnie Raitt.

Originaire du Mississippi, Arthur Crudup est entré dans la légende pour avoir donné à Elvis Presley son premier succès, That’s All Right, Mama.

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Les labels indépendants en première ligne A

u milieu des années 1950, les pionniers du rock’n’roll remettent en question, tournent en dérision, voire anéantissent purement et simplement les idéaux sur lesquels s’est forgée l’Amérique. Ils offrent à la jeunesse de nouvelles perspectives. Dans les déhanchements lascifs d’Elvis Presley comme dans les frasques scéniques de Little Richard ou de Jerry Lee Lewis, cette jeunesse voit une sorte d’appel à la libération sexuelle qu’incarnent au même moment à l’écran Marlon Brando, James Dean, Marilyn Monroe ou Jayne Mansfield. Il en va de même pour les chansons de Chuck Berry, lesquelles, à l’instar de School Days ou de Sweet Little Sixteen, élèvent un véritable culte à l’adolescence. Quant à Bill Haley, s’il n’a à l’évidence rien d’un sex-symbol, rien mieux que Rock Around the Clock, en revanche, ne symbolise le fossé qui paraît désormais infranchissable entre les parents et leurs enfants.

Rock’n’roll à la Nouvelle-Orléans

Buddy Holly et les Crickets : un premier grand succès avec That’ll Be the Day.

Art Rupe, le fondateur du label Specialty.

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Les grandes compagnies de disques (les majors), qui n’ont pas cru au départ en l’avenir du rock’n’roll, changent radicalement de politique artistique au milieu des années 1950. Ainsi, plutôt que de continuer à lancer sur le marché des versions aseptisées de chansons de rock’n’roll et de rhythm’n’blues enregistrées par leurs artistes, elles prennent sous contrat ces jeunes « trublions » voués hier encore aux gémonies, conscientes que c’est à ce prix qu’elles vont s’attirer les suffrages de la jeunesse. Avant même RCA, chez qui se trouve Elvis Presley au lendemain de son apprentissage chez Sun Records, Decca l’a bien compris. Dès 1954, la compagnie signe avec Bill Haley and His Comets, et Coral et Brunswick, ses labels subsidiaires, donnent leur chance à Buddy Holly et à son groupe les Cricket. Idem pour Mercury, qui joue les cartes du rhythm’n’blues et du rock’n’roll avec les Platters et The Big Bopper, et plus encore peut-être pour Capitol, qui possède en Gene Vincent le digne concurrent du « King » Presley. Il n’en reste pas moins que ce sont les labels indépendants qui se trouvent à l’origine de la déferlante rock’n’roll. Dans le Sud, La Nouvelle-Orléans constitue avec Memphis l’autre grand bastion de cette nouvelle musique. Dès le début des années 1950, Crescent City favorise en effet l’émergence d’un jump-blues qui combine les rythmes syncopés des street bands

aux riffs de cuivres du jazz néo-orléanais, en passant par le blues du Delta et le boogie-woogie. Ce jump-blues, qui repose sur la complémentarité entre un piano au jeu sautillant et de torrides riffs de cuivres, à quoi s’ajoute une voix nonchalante, paresseuse même, a connu un premier succès significatif en 1948 grâce à Good Rockin’ Tonight de Roy Brown. Dès l’année suivante, pour le compte de la firme Imperial, Fats Domino conquiert à son tour le grand public avec The Fat Man, bientôt suivi par Ain’t That a Shame, Blueberry Hill et Whole Lotta Lovin’, qui, sortis entre 1955 et 1958, expriment fort bien à la fois la joie de vivre de La Nouvelle-Orléans et le vent de liberté qui souffle alors sur les États-Unis. Bien qu’originaire de Géorgie, Little Richard appartient lui aussi à cette scène du rock’n’roll louisianais. Après être entré chez Specialty, fondé à Hollywood par Art Rupe, il enregistre à La Nouvelle-Orléans plusieurs chansons appelées à faire date. Tutti Frutti, Long Tall Sally, Lucille ou Good Gooly Miss Molly sont du nombre ; elles reposent sur une partie de piano et des performances vocales pour le moins expressionnistes et permettent à Little Richard de lever les derniers tabous de la prude Amérique.


L’empreinte de Chicago Centre névralgique de la musique afro-américaine depuis les Roaring Twenties, Chicago est au début des années 1950 la scène la plus riche du blues urbain. Les firmes Chess et Vee-Jay, chez qui enregistrent Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Willie Dixon, John Lee Hooker ou Jimmy Reed, ont joué et continuent de jouer à cet égard un rôle déterminant. Quelques années plus tard, ayant senti venir la vogue du rock’n’roll, les frères Chess accordent leur confiance à deux artistes profondément novateurs. Le premier se nomme Chuck Berry. Guitariste au style lumineux, et compositeur qui a tout compris des aspirations de la nouvelle génération, Chuck Berry, à partir de Maybellene en 1955, accumule les succès. Entre 1956 et 1958, la liste est impressionnante, puisqu’on y trouve Roll Over Beethoven, Rock and Roll Music, Sweet Little Sixteen, Johnny B. Goode, Carol, Memphis Tennessee et Little Queenie. Le second, Bo Diddley, dont le rythme saccadé sera repris par nombre de musiciens (dont Buddy Holly), s’impose lui aussi, avec des chansons comme I’m a Man, Pretty Thing, Who Do You Love et Roadrunner, sorties entre 1955 et 1959, comme l’un des plus brillants porte-parole de la jeune génération.

Leonard Chess, le grand promoteur (avec son frère Phil) du blues moderne de Chicago.

Gene Vincent et les Blue Caps : de sérieux concurrents d’Elvis Presley avec Be-Bop-a-Lula.

Cuir noir et casquettes bleues Jump-blues néo-orléanais, rhythm’n’blues de Chicago, rockabilly de Memphis, soul de Ray Charles et de Sam Cooke, doo-wop des Platters…, quel que soit le genre, le rock’n’roll entreprend au milieu des années 1950 sa conquête du monde. Les majors comme les labels indépendants, les stations de radio comme les chaînes de télévision, les clubs les plus misérables des ghettos comme les salles de spectacle les plus prestigieuses, tous et toutes répondent à l’appel des pionniers. Dans les hit-parades, également, l’hégémonie du rock’n’roll est alors insolente. En 1956, Carl Perkins (Blue Suede Shoes), Elvis Presley (Heartbreak Hotel), Johnny Cash (I Walk the Line) et Fats Domino (Blueberry Hill) sont adulés comme les nouveaux princes de l’industrie du disque. En 1957, Elvis Presley (All Shook Up, Jailhouse Rock) se maintient au sommet, tandis que les Everly Brothers (Bye Bye Love), Dale Hawkins (Susie-Q), Jerry Lee Lewis (Whole Lotta Shakin’ Goin’ On) et Buddy Holly (Peggy Sue) chassent avec bonheur sur ses terres. En 1958 et 1959, toujours aux côtés du King (A Big Hunk O’ Love), c’est au tour de Chuck Berry (Sweet Little Sixteen, Johnny B. Goode) et de Ray Charles (What’ d I Say ?) de rafler la mise. Une mention spéciale, enfin, pour Gene Vincent et Eddie Cochran. De son vrai nom Eugene Vincent Craddock, Vincent signe d’autant plus facilement chez Capitol en 1956 que les responsables de la firme californienne voient en lui celui qui battra en brèche la suprématie de RCA et de Presley. Le 4 mai, avec les futurs Blue Caps - les guitaristes Cliff Gallup et Willie Williams, le bassiste Jack Neal et le batteur Dickie Harrell -, Vincent atteint pour partie l’objectif qu’on lui a assigné en enregistrant Be-Bop-a-Lula. Tenues de cuir noir, voix saccadée, jeu de scène ravageur et très net penchant pour l’alcool, le chanteur est en outre l’un des tout premiers à montrer que le rock’n’roll n’a de sens que comme culture alternative. La démarche d’Eddie Cochran est très proche de celle de Vincent. Né Edward Ray Cochrane, il commence sa carrière en Californie avec un ami qui, curieusement, se nomme aussi Cochran. Après l’épisode des Cochran Brothers, qui tentent vainement leur chance à Memphis auprès de Sam Phillips, le jeune guitariste-chanteur, dont le physique n’est pas sans évoquer celui de James Dean, franchit une étape décisive lorsqu’il signe chez Liberty, juste après avoir fait une apparition remarquée dans le film La Blonde et moi (1956) de Frank Tashlin. Yesterday’s Heartbreak, That’s My Desire puis, surtout, Summertime Blues, Twenty Flight Rock et C’mon Everybody vont propulser Cochran sous les feux des projecteurs. À maints égards, sa mort survenue en 1960, un peu plus d’un an après l’accident d’avion qui a coûté la vie à Buddy Holly, The Big Bopper et Ritchie Valens, marque la fin de l’âge d’or du rock’n’roll !

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Le premier album 23 MARS 1956 Le premier album d’Elvis Presley est disponible dans les bacs américains le 23 mars 1956, sous le numéro LPM 1254. La volonté de RCA est claire : surfer sur le succès d’Elvis lors de ses récents passages au Dorsey Brothers Stage Show et sur l’impact produit par Heartbreak Hotel. La photographie de ce premier opus a été prise lors d’un concert au Fort Homer Hesterly Armory de Tampa (Floride), le 31 juillet de l’année précédente, par William V (et non pas par Popsie Randolph, qui, pourtant crédité, s’est contenté des photos au dos de la pochette).

De Sun à RCA

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ouze chansons sont retenues par le producteur Steve Sholes et la direction de RCA, dont cinq remontent à l’époque de Sun Records : I Love You Because de Leon Payne (5 juillet 1954), Blue Moon de Richard Rodgers et Lorenz Hart (19 août 1954), Just Because de Bob et Joe Shelton et Sydney Robin (10 septembre 1954), I’ ll Never Let You Go (Little Darlin’) (10 septembre 1954) de Jimmy Wakely et Tryin’ to Get You de Rose Marie McCoy et Charles Singleton (11 juillet 1955). Les sept autres titres sont réalisés dans les studios RCA, à Nashville et à New York : Blue Suede Shoes de Carl Perkins et One-Sided Love Affair (30 janvier 1956), I’m Counting on You de Don Robertson (11 janvier 1956), I Got a Woman de Ray Charles et Money Honey de Jesse Stone (10 janvier 1956), Tutti Frutti de Little Richard (31 janvier 1956) et I’m Gonna Sit Right Down and Cry (Over You) de Howard Biggs et Joe Thomas (31 janvier 1956). Douze chansons, donc, pour lesquelles Elvis est accompagné par les fidèles de la première heure, Scotty Moore (guitare électrique), Bill Black (contrebasse) et D.J. Fontana (batterie), mais aussi par le guitariste Chet Atkins (les sessions des 10 et 11 janvier exception faite de I Got a Woman), les pianistes Floyd Cramer (10 et 11 janvier) et Shorty Long (30 et 31 janvier) et le batteur Johnny Bernero (sur Tryin’ to Get You), de même que par les choristes Gordon Stocker, Ben et Brock Speer.

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Elvis Presley et ses musiciens en studio. On reconnaît le producteur Steve Sholes (à gauche).

Le King dans les bureaux de RCA. De gauche à droite : le colonel Parker, Eddy Arnold, Elvis et Steve Sholes.


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un point de vue musical, Elvis Presley est le premier album à faire la synthèse des différentes sensibilités de la musique populaire américaine - et plus encore à les exalter. Si les titres enregistrés dans le studio de Sam Phillips à Memphis appartiennent à la tradition du country & western, ceux qui sont réalisés sous la houlette du producteur de RCA Steve Sholes s’inscrivent en revanche dans une relecture du blues et du rhythm’n’blues. I Got a Woman (au demeurant interprété par Elvis dès ses premiers concerts) et Tutti Frutti, par exemple, sont des compositions emblématiques, respectivement de Ray Charles et de Little Richard, tandis que Money Honey, enregistré deux ans auparavant par Clyde McPhatter (avec les Drifters nouvellement formés), est également un hymne à la musique noire. Quant à Blue Suede Shoes, confié à la cire par son créateur Carl Perkins en décembre 1955, cela sonne ni plus ni moins que comme la quintessence du rockabilly. Cinq mois après la sortie d’Elvis Presley, la direction de RCA décide de lancer les douze chansons de l’album en singles : Blue Suede Shoes/Tutti Frutti, I Got a Woman/I’m Counting on You, I’ll Never Let You Go (Little Darlin’)/I’m Gonna Sit Right Down and Cry (Over You), Tryin’ to Get You/I Love You Because, Blue Moon/Just Because et Money Honey/One-Sided Love Affair. Le 33 tours, lui, poursuit son fabuleux parcours jusqu’au sommet du Billboard Top Pop Albums en mai 1956, où il se maintient pas moins de dix semaines. C’est même le premier album de rock’n’roll à dépasser le million d’exemplaires vendus. Depuis 2003, il est classé numéro 56 dans la liste des 500 plus grands albums du magazine Rolling Stone. Pour l’anecdote, la version réalisée par Elvis Presley de Blue Moon, standard de jazz de Rodgers et Hart, devait susciter les plus vifs commentaires de la part de la critique et de Rodgers lui-même, qui allait user de son influence pour faire bannir le disque des émissions radio… Il n’en reste pas moins qu’Elvis Presley lance véritablement la carrière du jeune chanteur de Memphis et lui ouvre de nouveaux espaces. Dans les jours qui suivent la sortie de l’album, il fait ses premiers pas devant les caméras de cinéma…

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65 28 AVRIL 1965 À la suite d’un coup d’État militaire, juste après l’arrivée au pouvoir de Juan Bosch, chef du Parti révolutionnaire dominicain, 30 000 soldats américains débarquent en République dominicaine, où règne la plus grande des confusions.

25 MAI 1965 Le champion de boxe Muhammad Ali n’a besoin que de deux minutes pour mettre K.O. Sonny Liston. Les spectateurs, médusés, crient au scandale.

25 JUILLET 1965 Lors du festival folk de Newport, Bob Dylan est hué par la foule lorsqu’il apparaît sur scène avec un groupe de rock. Il doit revenir un peu plus tard, cette fois seul et avec une guitare acoustique.

G i rl Happ y 14 AVRIL 1965 Girl Happy est le dix-septième long-métrage d’Elvis Presley. Il est produit par Joe Pasternak et réalisé par Boris Sagal. Le King y incarne Rusty Wells, un chef d’orchestre et un chanteur de rock’n’roll qui se produit à Chicago, jusqu’au jour où le propriétaire du club qui l’emploie lui demande d’aller surveiller sa fille, qui est partie en Floride… Voir Elvis Presley dans un rôle de chaperon, voilà qui n’est pas banal ! Girl Happy n’en est pas moins une agréable comédie, avec le soleil omniprésent de Fort Lauderdale, avec, surtout, le charme naturel de Shelly Fabares et de Mary Ann Mobley, qui jouent respectivement Valerie et Deena. Le tournage commence le 22 juin 1964 et se termine le 3 août. Le film sort aux États-Unis le 14 avril 1965 (le 10 août 1966 en France et dans les pays francophones sous le titre un peu spécial de La Stripteaseuse effarouchée). Il s’agit du vingt-cinquième plus grand succès du boxoffice de l’année.

11 AOÛT 1965 De violentes émeutes éclatent à Watts, quartier noir de Los Angeles. 34 morts, des centaines de blessés et plusieurs milliers d’arrestations sont à déplorer.

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8 MAI 1965

Crying in the Chapel

Crying in the Chapel est une chanson qu’Artie Glenn compose pour son fils Darrell. Ce dernier l’enregistre en 1953, tandis qu’il est encore au lycée, accompagné par l’orchestre de son père (les Rhythm Riders). Succès local, tout d’abord, le titre s’impose en quelques mois sur tout le territoire des États-Unis. Il donne lieu à nombre d’interprétations également fort réussies, en particulier de la part de Rex Allen, Ella Fitzgerald et June Valli. Elvis Presley l’enregistre le 31 octobre 1960, lors des sessions de l’album de gospel His Hand in Mine qui se déroulent dans le Studio B de RCA à Nashville. Le single, en revanche, avec I Believe in the Man in the Sky en face B, n’est disponible dans les bacs qu’au mois d’avril comme « Spécial Pâques ». Crying in the Chapel version Presley est numéro 3 dans les charts pop du magazine Billboard le 8 mai 1965.


30 JUIN 1965

Avril 1965 - octobre 1965

Tickle Me

Pour son dix-huitième film, produit par Ben Schwalb et Emanuel L. Wolf, et réalisé par Norman Taurog, Elvis Presley incarne Lonnie Beale, un champion de rodéo qui concourt sous le nom de Panhandle Kid. Lonnie est fort apprécié des femmes. Engagé par Vera Radford, qui dirige un ranch dans l’Ouest, il se lance dans une aventure à rebondissements pour les plus beaux yeux de Pam Meritt, qui travaille pour Vera. Pam a en effet en sa possession une lettre de son grand-père selon laquelle celui-ci aurait caché une importante quantité d’or dans la ville fantôme de Silverado. Le problème, c’est que le shérif a été mis au courant de cette lettre et qu’il a la ferme intention de s’emparer du précieux métal… Tickle Me est un film des studios Allied Artists, qui sont alors confrontés à de très graves difficultés financières. Avant le tournage (qui débute le 12 octobre 1964 et qui prend fin un mois et demi plus tard), Elvis Presley et le colonel Parker font un geste qui ne manque pas de panache : ils acceptent de ramener de 1 million à 750 000 $ (en plus de la moitié des recettes, tout de même) le cachet de l’acteur. Résultat : couronné d’un beau succès dès sa sortie dans les salles américaines le 30 juin 1965 (en France et dans les pays francophones sous le titre Chatouille-moi), Tickle Me sauve Allied Artists de la faillite. Un succès qui repose sur la performance d’Elvis, mais aussi sur celle de ses deux partenaires féminines, Julie Adams et Jocelyn Lane, qui jouent respectivement Vera Radford et Pamela Meritt. La bande originale est une compilation de neuf chansons qui datent des années 1960-1963 : I Feel That I’ve Known You Forever et Night Rider de Doc Pomus et Mort Shuman, ainsi que (Such an) Easy Question d’Otis Blackwell et Winfield Scott, et I’m Yours de Don Robertson et Hal Blair ont été enregistrées pour Pot Luck, (It’s a) Long Lonely Highway de Pomus et Shuman encore pour Kissin’ Cousin, Slowly But Surely de Ben Weisman et Sid Wayne pour Fun in Acapulco, Put the Blame on Me de Fred Wise, Kay Twomey et Norman Blagman pour Something For Everybody et It Feels So Right de Fred Wise et Ben Weisman, et Dirty, Dirty Feeling de Jerry Leiber et Mike Stoller pour Elvis Is Back. Le disque (un EP) sort le 30 juin 1965 : il atteint que la soixante-dizième place des classements. En revanche, l’interprétation du King lui vaut le Golden Laurel Award décerné par la guilde des producteurs américains.

Les Beatles rencontrent Elvis 27 AOÛT 1965 Quelques jours après la fin des sessions de la bande originale de Paradise Hawaiian Style, Elvis Presley reçoit chez lui, Perugia Way à Bel Air, les quatre Beatles qui sont en tournée sur le continent nord-américain. « Je lui ai demandé s’il préparait de nouvelles choses au cinéma, raconte John Lennon. Il m’a répondu d’une voix traînante : “Sûr que je fais quelque chose de nouveau. Je joue un gars de la campagne avec une guitare, qui rencontre tout un tas de filles sur la route et qui interprète quelques chansons.” On s’est tous regardés. Finalement, Presley et le colonel Parker se sont mis à rire, en nous expliquant que la seule fois où ils n’avaient pas obéi à cette formule – pour Wild in the Country –, ils avaient perdu de l’argent. » John Lennon ajoute : « Nous avions essayé de rencontrer Elvis lors de notre première tournée américaine en 1964, mais ça n’avait pas pu se faire en raison de nos engagements respectifs. Puis, durant l’été 1965, nous nous sommes retrouvés à Hollywood, au moment même où Elvis était en train de tourner. C’est comme ça que nous avons pu le rencontrer. Ça a pris trois jours pour qu’on se mette d’accord sur la date, et l’on pensait alors que ça resterait secret. » Le lendemain, les Beatles donnent un concert au Balboa Stadium de San Diego, puis, le surlendemain, au Hollywood Bowl de Los Angeles.

La Mort de Bill Black 21 OCTOBRE 1965 Dès 1963, la santé de Bill Black décline, au point qu’il n’est pas en mesure d’assurer la première partie des Beatles lors de leur tournée programmée après leur passage au Ed Sullivan Show (février 1964). Le bassiste décède le 21 octobre 1965, tandis qu’il se fait opérer pour la troisième fois d’une tumeur au cerveau. Il repose en paix au Forest Hill Cemetery de Memphis. On reprochera beaucoup à Elvis Presley son absence à ses obsèques. Le King dira par la suite ne pas avoir voulu y assister pour ne pas provoquer d’émeutes, et c’est à l’abri des regards et des caméras qu’il ira présenter ses condoléances à la famille.

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Le NBC T V Special Elvis Presley plus fort que jamais sur le plateau de NBC, avec, en arrière-plan, un ballet qui rappelle Jailhouse Rock.

3 DÉCEMBRE 1968 Dans la seconde moitié des années 1960, le rock’n’roll connaît de nombreuses transformations. Peut-on d’ailleurs parler encore de rock’n’roll ? Pas si sûr ! Avec Revolver (1966) et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967), les Beatles font franchir une étape décisive à la musique populaire. Les séances d’enregistrement évoluent considérablement, en même temps que les compositeurs, les musiciens, les arrangeurs et les ingénieurs du son explorent de nouveaux espaces. Quelques-uns des plus grands succès des hit-parades américains des années 1967 et 1968 en témoignent : Light My Fire des Doors et All You Need Is Love des Beatles (août 1967), I Can See For Miles des Who (novembre 1967), Hello Goodbye des Beatles (janvier 1968), Jumpin’ Jack Flash des Rolling Stones (juillet 1968), Hello, I Love You des Doors (août 1968), Hey Jude des Beatles (octobre et novembre 1968)… Face à cette déferlante, Elvis Presley risque de disparaître s’il ne réagit pas. Le colonel Parker luimême en est conscient. Décidé à frapper un grand coup, il se rend en octobre 1967 dans les bureaux du network NBC afin de proposer au vice-président de la côte Ouest, Tom Sarnoff, de faire une « Spéciale Noël » pour l’année suivante. Comme le précise Peter Guralnick, « son nouveau plan visait à accorder à NBC la première apparition d’Elvis à la télévision depuis huit ans ; la chaîne financerait en échange un long-métrage qu’elle pourrait produire elle-même ou confier à un studio de cinéma choisi d’un commun accord. Et ceci à un prix nettement avantageux : seulement 1 250 000 $ tout compris (850 000 $ pour le film, avec un supplément de 25 000 $ pour la musique ; et à peine 250 000 $ pour l’émission spéciale, plus 125 000 $ en option pour la rediffusion). »

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Steve Binder à la réalisation

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ans l’esprit du colonel Parker, des responsables de NBC et d’Elvis lui-même, il s’agit tout simplement, au départ, de reprendre la formule gagnante du spectacle radiophonique de Noël donné en 1967. Le producteur exécutif Bob Finkel, en revanche, est d’un autre avis ; et, dès le retour d’Elvis à Los Angeles, après le tournage de Live a Little Love a Little, il le convainc de faire quelque chose de différent – entendons de plus sophistiqué. Selon Peter Guralnick : « Finkel informa la chaîne de télé et les gens de la Singer Sewing Company (le sponsor) qu’il percevait un véritable changement d’attitude chez Elvis. Il déclarait maintenant, de façon révélatrice, que cette émission devait s’écarter complètement du modèle de ses films et de tout ce qu’il avait fait auparavant. » Dans la foulée, Bob Finkel engage comme réalisateur Steve Binder, révélé grâce au show de rock’n’roll Hullabaloo et apprécié de toute la profession pour la réalisation de plusieurs émissions du T.A.M.I. Show, notamment avec James Brown et les Rolling Stones, et d’une soirée « Spécial Mod » avec Petula Clark. Ce sont Steve Binder et l’ingénieur du son Bones Howe (attaché aux célèbres Radio Recorders), qui persuadent Elvis d’interpréter ses plus grands succès dans des décors dignes des superproductions hollywoodiennes. Une équipe, aussitôt, se forme autour de Binder et de Howe : les auteurs Chris Bearde Le King retrouve ses amis de la première heure, notamment le guitariste Scotty Moore avec lequel il a enregistré ses premiers disques chez Sun.

et Allan Blye, l’arrangeur Billy Goldenberg, les chorégraphes Claude Thompson et Jaime Rogers, Bill Belew pour les costumes et Gene McEvoy pour les décors. « Le script évolua rapidement, note Peter Guralnick. À la date du 11 juin, les choses étaient bien fixées : l’histoire de Guitar Man servirait de fil conducteur. Il y aurait une partie concert, avec quelques-uns des plus grands hits du chanteur, et une autre partie plus “décontractée”, composée d’entretiens entre Elvis et Charlie (rédigés à l’avance), ainsi qu’avec deux ou trois autres des gars. Plus de brefs extraits de quelques-unes des movie songs les plus risibles qu’Elvis avait interprétées. » L’enregistrement du show se déroule du 20 au 23 juin 1968 dans les Studios Western Recorders de Burbank, avec Tommy Tedesco (guitare), Don Randi (piano), Larry Knechtel (basse), Hal Blaine (batterie), Tommy Morgan (harmonica) et les choristes Fanita James, Jean King et Darlene Love. Après l’interprétation de Guitar Man et de Big Boss Man, Steve Binder a l’heureuse idée de faire chanter le King accompagné par ses premiers musiciens. Deux nouvelles séances sont donc organisées les 24 et 25 juin avec Scotty Moore, Charlie Hodge et Alan Fortas (guitares), D.J. Fontana (batterie) et Lance LeGault (guitare et percussions). Enfin, les 27 et 29 juin, Elvis donne deux shows, avec à chaque fois un public différent.

Renaissance du King

L’

« Elvis Presley NBC TV Special » est diffusé le 3 décembre 1968. Pour des millions de téléspectateurs, le show prend les allures d’une véritable renaissance. L’historien du rock’n’roll Albert Goldman écrit ainsi que « jamais au cours de sa carrière, Elvis n’a eu autant de prestance que durant le NBC TV Special », que ce soit lors de l’interprétation du medley Heartbreak Hotel/Hound Dog/All Shook Up, de Love Me Tender, de Baby What You Want Me to Do ou de If I Can Dream, hommage au révérend Martin Luther King assassiné à Memphis le 4 avril 1968. Quant à l’album, également intitulé Elvis (NBC TV Special) et sorti le 22 novembre, il grimpe à la huitième place des classements ; il est disque d’or en 1969, puis disque de platine en 1999.

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77 5 JANVIER 1977 La «  Charte 77  » est signé par environ 1  000 intellectuels, hommes d’église et ouvriers. Elle dénonce la violation des droits de l’homme en République socialiste tchécoslovaque. 25 MARS 1977 Pour la première fois depuis la Commune, les Parisiens élisent leur maire. Il se nomme Jacques Chirac. MARS 1977 Les Soviétiques rejettent la proposition américaine portant sur une réduction de 25 % de l’armement stratégique. 18 AVRIL 1977 C’est à la télévision, et sur un ton solennel, que le nouveau président des États-Unis Jimmy Carter s’adresse aux Américains pour leur demander de réduire leur consommation d’énergie. Un discours qui fait écho à son entrée en fonction le 20 janvier, lorsque, avec son épouse, il s’était rendu à pied à la Maison-Blanche.

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TOURNÉE HIVERNALE 12-21 FÉVRIER 1977 Au début du mois de janvier 1977, Elvis Presley accepte de se rendre à Nashville pour de nouvelles sessions d’enregistrement. Les séances, en réalité, n’ont pas lieu, à la grande réprobation du producteur Felton Jarvis et des musiciens. La raison ? Le King souffrirait d’un terrible mal de gorge. En fait, c’est parce que Ginger a refusé de l’accompagner dans la ville du Tennessee. Un malaise s’installe, ce qui n’échappe pas à la presse locale. Un malaise qu’Elvis tient aussitôt à dissiper. Le 26, il demande Ginger en mariage. Hésitation de la jeune femme… Pendant ce temps, le roi du rock’n’roll repart en tournée, tournée qu’il accomplit en plusieurs parties. La première se déroule entre le 12 et le 21 février dans les États du Sud – Floride, Alabama, Géorgie, Caroline du Sud, Tennessee et Caroline du Nord. En dépit des relations d’intimité qu’il continue d’entretenir avec le public, ses capacités vocales sont sérieusement diminuées, en particulier lorsqu’il faut atteindre les notes les plus aiguës de Moody Blue qu’il vient d’enregistrer. La deuxième partie de la tournée a lieu du 23 mars au 3 mai. Le lendemain du premier show, à Tempe, Arizona, un journaliste écrit : « Sa musique allait de la parodie au presque parfait. […] Mais les fidèles étaient heureux. Ils sont venus, ils ont vu, Elvis a vaincu. » Puis viennent les concerts en Oklahoma et au Texas. Ceux de Louisiane (3 mars-3 avril) sont annulés, ce qui suscite la colère de ses fans. Elvis s’explique devant Marion Cocke, son infirmière : « Je suis vraiment claqué. Je crois que j’ai besoin de me reposer un peu » Les concerts reprennent à compter du 21 avril à Greensboro (Caroline du Nord). L’équipe au grand complet monte ensuite dans le Midwest – Michigan, Ohio, Minnesota, Wisconsin, Illinois. Retour dans le Sud à partir du 20 mai – le Tennessee et le Kentucky –, puis l’État de Rhode Island, celui de New York, la Pennsylvanie, sur la côte Est, ou encore le Missouri, le Nebraska et l’Iowa. Le 26 juin, Elvis est sur la scène de l’Indiana Market Square Arena d’Indianapolis. Une bien sombre date. C’est l’ultime show de l’ultime tournée du King !


Moody blue

Janvier 1977 - août 1977

9 JUILLET 1977 L’album Moody Blue réunit dix chansons. Quatre sont des interprétations live : Let Me Be There est extraite d’Elvis : As Recorded Live on Stage in Memphis ; Unchained Melody et Little Darlin’ ont été enregistrées le 24 avril 1977 à Ann Arbor, Michigan ; et If You Love Me (Let Me Know) date du show du 26 avril à Kalamazoo ( Michigan). Les six chansons studio proviennent des sessions réalisées dans la Jungle Room de Graceland, entre février et octobre 1976 : She Thinks I Still Care (2 février), Moody Blue (4 février), Way Down, Pledging My Love et It’s Easy For You (29 octobre) et He’ll

Have to Go (31 octobre). Pour ces six titres, enregistrés par Dick Baxter et produits par Chick Crumpacker et Felton Jarvis, Elvis est au chant et joue de la guitare et du piano ; il est accompagné, aux chœurs, par The Sweet Inspirations, Sherrill Nielson, Kathy Westmoreland, J.D. Sumner & The Stamps et Myrna Smith. Quant à Bergen White, il a écrit les arrangements des cuivres. Sorti le 19 juillet 1977, Moody Blue entre tout de suite dans le Top 40. Il est numéro 1 dans les charts country et pop de Billboard après le 16 août (avec un vinyle noir alors qu’il a paru avec un vinyle bleu).

Elvis est mort !

16 AOÛT 1977

Le lendemain du concert d’Indianapolis, Elvis Presley rentre à Memphis pour se reposer. Il sait qu’une nouvelle série de concerts l’attend. Le 15 août, à Graceland, après une visite chez son dentiste, le Dr Hofman, il s’entretient avec Joe Esposito, précisément au sujet de la prochaine tournée. Le départ est prévu dès le lendemain, direction Portland (Maine). Sitôt Esposito parti, une vive dispute éclate entre Elvis et sa girlfriend : Ginger ne veut pas l’accompagner en Nouvelle-Angleterre. 12 h 15. Elvis appelle le Dr Nichopoulos : il lui dit souffrir terriblement des dents et avoir besoin d’un sédatif. Il joue ensuite au racquetball avec Joe Esposito (revenu entre-temps), à la suite de quoi il se met au piano. Un peu plus tard, il dit à Ginger qu’il monte lire. Il se dirige vers la salle de bains. 13 h 30. Lorsque Ginger se réveille, Elvis n’est pas à son côté. Elle court jusqu’à la salle de bains. Il est là, allongé de tout son long. Plusieurs personnes sont déjà présentes. On essaie de le faire revenir à lui. « La chambre se remplit progressivement de gens, écrit Peter Guralnick. Vernon arriva au bras de Patsy Presley et son visage n’affichait plus qu’un masque de peur lorsqu’il s’écria : “Oh mon Dieu, mon fils ! Je t’en prie, ne pars pas, je t’en prie, ne meurs pas !” » Puis : « Lisa arriva au milieu de tout ça. “Qu’est-ce qu’il a, mon papa ?”, questionna-t-elle tandis que Ginger fermait la porte de la salle de bains. » Arrive une ambulance. Il est 14 h 55 lorsqu’elle s’arrête devant l’hôpital. Les médecins sont sur des charbons ardents. On attend dans la salle de traumatologie. Le Dr Nichopoulos, qui est allé voir ses collègues, réapparaît à 15 h 30. « C’est terminé, il nous a quittés », dit-il. Joe Esposito, Charlie Hodge et les autres membres de la « Memphis Mafia » se mettent à pleurer. Le King n’est plus…

« C’est terminé, il nous a quittés », dit le Dr Nichopoulos aux amis du King, dans la salle d’attente de l’hôpital.

Des milliers de fans n’oublieront jamais leur idole, disparue le 16 août 1977.

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Elvis Presley n’a pas seulement été le roi

du rock’n’roll, mais, bien au-delà, le messager et le sex-symbol de la culture adolescente. Soixante ans après son premier enregistrement, Elvis fait revivre le destin hors du commun de celui qui restera à jamais le King. De son enfance à Tupelo et à Memphis jusqu’à sa disparition, de ses premiers disques chez Sun Records puis chez RCA jusqu’à ses shows à Las Vegas, de son service militaire en Allemagne à son mariage avec Priscilla, chaque étape de la vie d’Elvis est largement commentée, agrémentée de photos saisissantes, et restituée dans le contexte politique et culturel de l’époque. Guerre froide, affaire des missiles de Cuba, guerre du Viêt Nam, scandale du Watergate, contre-culture… : la vie d’Elvis Presley, c’est plus de vingt années d’une histoire américaine en bouleversements. Elvis est aussi un livre enrichi. En plus du texte et des illustrations, plusieurs enrichissements vidéo jalonnent le parcours du King. Une simple application sur votre smartphone vous reconduit directement au cœur de l’événement - images et sons. Émotion garantie !

ISBN : 978-2-36602-214-8 / 29 €

P H I LI P PE MA RG OTIN


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Elvis Presley by Fleurus Editions - Issuu