60 pages de conseils pratiques
pour séduire dans le consentement et l’enthousiasme
Fanny Vedreine @lestring_zine
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OUTILS DÉTACHABLES À AFFICHER
Introduction.............................................................................................................. 4 REPENSER LA TECHNIQUE D’APPROCHE..................................8 Fuir un mode de séduction has-been.......................................................8 Se déconstruire face à l’impunité............................................................ 10 Oser prendre les devants...........................................................................12 Les travaux pratiques ................................................................................ 13 RÉINTERPRÉTER LES CODES DE L’HABILLEMENT...................14 Identifier les diktats pour mieux s’en débarrasser.................................. 14 Dézinguer les codes genrés pour être un meilleur allié en tant qu’homme 16 Les travaux pratiques ............................................................................................. 17 LE CONSENTEMENT, C’EST LA CLEF !......................................18 Anéantir la culture du viol......................................................................... 18 Comprendre le consentement et sa nécessité........................................21 Les travaux pratiques ............................................................................... 23 ACCEPTER L’ÉCHEC.................................................................24 Renvoyer son ego au placard..................................................................24 Reconsidérer la friendzone...................................................................... 26 Privilégier son entourage......................................................................... 26 Les travaux pratiques ............................................................................... 27 DONNER DE L’IMPORTANCE À L’AUTRE.................................. 28 S’affranchir de la masculinité toxique.................................................... 28 Ne pas oublier de rire.............................................................................. 30 Les travaux pratiques ................................................................................ 31 2
FAIRE FACE AU CONTEXTE..................................................... 32 Accepter les nouvelles données de notre époque................................. 32 « Fliiiirter, c’est ce qu’il y a de pluuus beau »........................................ 34 Se protéger is the new sexy...................................................................... 35 Les travaux pratiques ............................................................................... 37 LAISSER LEUR CHANCE AUX APPLIS ET AUX SITES DE RENCONTRE (AVEC DES LIMITES).......................................... 38 Comprendre les avantages autant que les inconvénients................... 38 Rester fidèle à soi-même !...................................................................... 40 Dédramatiser l’angoisse de la rencontre................................................ 41 Les travaux pratiques ................................................................................ 41 LES DÉVIANCES DE LA SÉDUCTION DIGITALE........................42 Faire face à la tromperie et à la rupture 3.0........................................42 Faire face au harcèlement en ligne........................................................ 44 Les travaux pratiques ............................................................................... 45 BRISER LA CARAPACE DU BAD BOY DOMINANT......................46 Déconstruire le mythe de la princesse et du chevalier......................... 46 En finir avec l’illusion du bon macho...................................................... 48 Gloire à la sensibilité masculine !............................................................ 49 Les travaux pratiques ............................................................................... 49 VALORISER LE SELF-LOVE.................................................... 50 Apprendre à s’aimer, pour mieux aimer les autres............................. 50 Apprivoiser son intimité............................................................................ 53 Les travaux pratiques ............................................................................... 53 Conclusion.............................................................................................................. 54 Outils........................................................................................................................ 59
À Camille, Hélène, Loulou et Beber : ce cahier vous est dédié, pour votre amitié inconditionnelle, votre soutien quotidien et pour vos histoires rocambolesques, particulièrement inspirantes sur la réalité des échanges et comportements hétérosexuels, dont vous savez toujours vous relever avec panache, force, courage et philosophie. 3
Qui n’a pas entendu certains potes se plaindre de ne plus pouvoir séduire ou se demander si la fille en face d’eux n’appellera pas la police en cas d’approche un peu cash ? Ou des amies dire qu’elles n’osent pas aborder un garçon, tout simplement parce qu’on nous dicte que les filles n’ont pas à le faire ? Alors quoi, on ne s’approche plus ? Oh que si ! Depuis les vagues de dénonciations dans les médias et sur Twitter avec les hashtags #metoo ou #balancetonporc, des hommes, accoudés au comptoir de leur bar préféré, paniquent, bégayent ou renoncent à l’idée d’aborder une femme. Pourtant, dénonciation ne signifie pas délation ni manipulation. 4
Et il n’a jamais été question dans toutes ces révoltes de mettre les hommes de côté ; au contraire, les femmes ont besoin d’eux plus que jamais. La preuve en est qu’il est difficile d’en vouloir aux hommes, pour la simple et bonne raison que nous avons toutes et tous, femmes et hommes, été formatés depuis des centaines d’années selon un même modèle : le patriarcat. Ce concept social, dans lequel l’homme exerce un pouvoir, une autorité dans tous les domaines, ne signifie rien d’autre que la désignation du père, et de l’homme en général, comme dominant suprême. Tout un mécanisme qui emprisonne les femmes dans la case de la docilité… et les hommes, dans celle du pouvoir.
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Personne n’est vraiment heureux dans cette histoire. Alors, n’est-il pas temps de casser les codes, de s’unir, de remettre en question collectivement les techniques de communication, afin de placer celles-ci sur le même pied d’égalité ? Le tout en découvrant ainsi que le vaste terrain de la séduction est constructible de mille manières possibles, aussi respectueuses qu’amusantes et jouissives. Demander la permission avant de toucher est un acte aussi gratifiant pour soi que pour l’autre. Un acte qui peut être terriblement excitant dans la relation entre deux personnes. Au même titre que la manière dont on questionne l’autre, dont on prend des nouvelles de l’autre, dont on accepte les envies et décisions de l’autre.
Parce que les rapports de séduction n’ont pas été meurtris par les féministes. Ils le sont du fait des agissements de certains prédateurs, dénoncés par les victimes et relayés par les soutiens du féminisme. Ce sont des actes qui devaient être entendus, des hommes qui devaient être punis et des femmes qui devaient être défendues. Et qu’importe si certains et certaines estiment que cela a « cassé un truc » ou que le droit d’importuner est une chose tolérable. Nous pensons ici qu’il est temps de réapprendre à se côtoyer et d’y prendre un véritable plaisir. Pourquoi le fait de dénoncer les actes sexistes et les agressions sexuelles que les femmes subissent serait une raison pour cesser de les approcher, pour arrêter de chercher à se séduire ? N’est-ce pas plutôt l’élément déclencheur d’un renouveau, l’alerte qui vient signaler à la société qu’il y a « un truc qui cloche » ? N’est-il donc pas possible d’envisager un traité de paix et de respect, un espace serein où les armes sont posées et où le débat est ouvert ? Rassurez-vous, l’amour et le sexe vaincront ; ce cahier vous le prouvera et vous guidera pour que nos planètes s’alignent enfin.
DÉFINITIONS Hétéronormativité il s’agit de la norme sociale qui prévaut dans notre société depuis des centaines d’années, consistant à faire de l’hétérosexualité le schéma représentatif par défaut des rapports humains. Cisgenre se dit d'une personne dont le genre ressenti correspond au genre assigné à sa naissance. On oppose ce terme à celui de transgenre.
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Ce cahier est écrit pour les hommes, pour les femmes, pour les jeunes filles et les jeunes garçons, pour la communauté LGBTQIA+, pour les travailleurs et travailleuses du sexe et pour quiconque souhaite jouir de sa liberté sociale et sexuelle. Les chapitres qui suivent sont destinés à nous aider à comprendre nos erreurs et à reconsidérer les points essentiels de la séduction. Or, le patriarcat a instauré une hétéronormativité dans nos rapports humains et dans le paysage culturel depuis notre naissance. Et même si l’on se réjouit follement de la diversité sexuelle et de l’ouverture d’esprit générale survenue depuis quelques années, il est indéniable que la majeure partie des constats, conseils et références mentionnés dans cet ouvrage sont susceptibles de toucher davantage les personnes hétérosexuelles et cisgenres, dont les relations cristallisent l'essence même du patriarcat. Il s’agit là d’inscrire la séduction dans un cadre égalitaire qui n’enferme personne dans un rôle en particulier. Déceler la frontière à ne pas franchir pour éviter les rapports de domination, que ce soit dans la sphère privée, professionnelle ou dans l’espace public. Accepter le « non » ou se réjouir du « oui ». Comprendre qu’une remarque puisse être graveleuse, lourde et tout simplement irrespectueuse. Des femmes sont blessées, jugées et agressées au quotidien. Nous devons réinterpréter les codes collectivement et pacifiquement afin de redorer l’image délicieuse que la séduction possède lorsqu’elle opère de manière consentie. 6
Tout le monde est capable de séduire, mais tout le monde ne s’y prend pas comme il ou elle le devrait ! La séduction, c’est quand Mathieu s’approche de Vic dans La Boum pour lui poser son casque sur les oreilles avant de l’inviter à danser un slow des plus doux et émouvants. La séduction, c’est lorsque deux personnes se tournent autour dans une pièce bondée, que leurs mains sont moites, que leur vue est brouillée, que leurs regards se croisent sans cesse, qu’elles ne savent comment se parler et que se dire. La séduction est une émotion qui se vit à deux, un sentiment de peur mêlé à celui d’excitation, un moment d’incertitude où l’on tente sa chance, et si celle-ci nous échappe… c'est la vie ! Oui, séduire revient à tenter de plaire, mettre en avant sa personnalité, à jouer le jeu du flirt, et si ce jeu ne mène nulle part, tant pis. Dans le contexte actuel qui nous pousse à nous confiner, à nous éviter, à craindre l’avenir et à nous parler par écrans interposés, les relations humaines et les rencontres sont plus que jamais essentielles à notre bien-être. Alors, tentons l’effort de nous adapter pour améliorer ces échanges à long terme. Appuyons-nous sur les faits, les écrits et la pop culture afin de faire évoluer notre mode de pensée vers quelque chose de plus respectueux envers nous-même et envers les autres, de présenter un autre modèle d’approche séductrice. Faisons germer ensemble la graine de l’égalité et du consentement en toute situation, afin de nous guider sur l’autoroute du kif, tout simplement.
LES TRAVAUX PRATIQUES Parce que la musique est un lubrifiant social autant qu'un remède à la mélancolie, vous trouverez en page 59 une liste non-exhaustive de chansons nécessaires, bienfaitrices et qualitatives pour chaque situation liée à la séduction et la liberté ! À écouter très fort solo chez soi, ou très fort, mais bien accompagné·e.
Avant de commencer la lecture de cet ouvrage, je vous laisse parcourir ces quelques jalons de notre histoire nationale afin de mieux comprendre le « léger » décalage entre la condition des femmes et celle des hommes.
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1793
La constitution de la I République proclame un suffrage universel strictement masculin.
1810
Le devoir conjugal est une obligation, il n’existe donc pas de viol entre époux. L’adultère est un délit, mais seules les femmes sont passibles de prison, tandis que l’homme adultère écope d’une simple amende. Sans oublier que le Code pénal, instauré la même année par Napoléon, prévoit de lourdes peines contre les avortements.
1942
L’avortement, de délit, devient « crime contre la sûreté de l’État » ; il est passible de la peine de mort.
1965
Les femmes peuvent exercer une profession et ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari.
1978
Le Sénat vote la loi qui élargit la notion de viol à l’attentat à la pudeur, mais avec des peines encourues diminuées de moitié. Un violeur est donc moins lourdement puni qu’un voleur.
1983
Vote de la loi Yvette Roudy visant à favoriser l’égalité entre les genres dans le milieu du travail. Quelques propositions d’interdiction n’ont toutefois pas été retenues, comme celle de refuser aux femmes l’accès à un bien ou à des services et celle de proférer des injures à caractère sexiste.
2007 à 2012
Nicolas Sarkozy oublie le ministère chargé des droits des femmes, créé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et utilisé de manière intermittente depuis, selon les présidences.
2010
La lutte contre les violences faites aux femmes est déclarée « grande cause nationale ».
2014
Ratification de la convention du Conseil de l’Europe, appelée Convention d’Istanbul, sur la prévention et la lutte contre les violences à l’égard des femmes et la violence domestique. La France est le treizième État à ratifier cette convention…
2017
Les femmes menacées de mariage forcé sont (enfin) reconnues par la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté comme public prioritaire pour l’accès à un logement social.
2020
Nette hausse des violences conjugales observée pendant les périodes de confinement liées à la crise sanitaire du covid-19. Un décret met en place un dispositif électronique mobile « anti-rapprochement » destiné à assurer le contrôle à distance des conjoints ou ex-conjoints violents.
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Repenser la
FUIR UN MODE DE SÉDUCTION HAS-BEEN
« La galanterie est une merveilleuse invention du siècle des Lumières, qui fait des femmes les maîtresses des salons de la société en leur refusant l’égalité. » Michelle Perrot, historienne
Prenons le temps de nous arrêter sur un élément crucial qui pèse sur la manière dont beaucoup d’entre nous abordons nos contemporains : notre héritage français ! Pardonnez ce manque de chauvinisme… Mais il est nécessaire de comprendre que le mythe de la « séduction à la française », datant du xviie siècle et forgé notamment dans les salons coquets de Madame de La Fayette, a fait office de terreau béni pour les dragues lourdingues et non consenties des siècles suivants. Dans cet imaginaire, l’homme propose et la femme dispose. 8
Ainsi, galanterie et libertinage formaient un duo infaillible qui allait de pair avec la liberté de penser. Pas celle de Florent Pagny, mais plutôt celle de Diderot et ses comparses, qui réclamaient la fin du puritanisme imposé par l’Église. Ils se délectaient à écrire des romans choc mettant en scène des hommes et des femmes de petite vertu et se vantaient de leur vie sexuelle aussi diverse que fantasque. Une idée qui pourrait sembler délicieuse, si celle-ci ne mettait pas les femmes dans un camp adverse : celui de la proie. Et gare à celle qui osait assumer son dévergondage au même titre qu’un homme, elle se voyait immédiatement affublée d’une étiquette de « catin », exclue de sa famille et désignée comme impossible à marier. Le marquis de Sade disait souvent que « tout est bon quand il est excessif », mais prenait-il en considération l’avis des femmes ? Pas sûr, d’autant qu’à son époque, le terme « consentement », ne figurait malheureusement pas encore dans le vocabulaire courant. Des activités que l’on retrouve bien illustrées dans le film Les Liaisons dangereuses réalisé par Stephen Frears, dont le scénario est tiré du
livre de Pierre Choderlos de Laclos publié en 1782. Cette mentalité, justifiée par la tradition de la « drague à la française », a cette fâcheuse tendance à relayer une image puissante et entreprenante de cette figure masculine que l’on appelle « Casanova » ou « coureur de jupons ». Des termes que l’on utilise fièrement, tandis qu’une femme se verra jugée ou traitée de « salope » ou de « pute » en pleine rue, en famille ou dans l’intimité si son train de vie est similaire. Certaines assument cette image et sont fières de leurs expériences, pendant que d’autres se cachent, mentent ou se sentent honteuses. Pourquoi ce déséquilibre persiste-t-il ? Cette violence verbale ne devrait plus exister dans notre société. Car, à l’image des hommes, les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps, tout autant que de leur liberté sexuelle. On fait référence à la galanterie à tout bout de champ, comme un équivalent de la politesse, pour justifier des approches abusives envers les femmes. Et c’est une erreur fondamentalement sexiste, car on est galant par intérêt concret, mais poli par savoir-vivre. Aujourd’hui, les féministes réclament un changement de perspective dans l’approche de la séduction, pour que la relation soit plus équitable, plus ouverte, et pour que la confiance règne entre les deux parties.
DÉFINITIONS Galanterie la « courtoisie empressée auprès des femmes », selon le dictionnaire Le Robert (2020). Libertinage « l’habitude de céder à l’instinct qui nous porte aux plaisirs des sens, il ne respecte pas les mœurs, mais il ne s’affecte pas de les braver, il est sans délicatesse », selon L’Encyclopédie de Diderot (1765). Consentement le « mécanisme par lequel on autorise une autre personne à intervenir par rapport à son intégrité physique ou sexuelle », selon Amnesty Jeunes (dans un article intitulé « La notion de consentement sexuel » à retrouver sur jeunes.amnesty.be).
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Ainsi, lorsqu’on rencontre une personne, son passé sexuel plus au moins étoffé ne doit en aucun cas devenir problématique ni être source de jugement ou de moquerie.
SE DÉCONSTRUIRE FACE À L’IMPUNITÉ « Pour que les hommes changent le regard qu’ils portent sur les femmes, il faut qu’ils changent le regard qu’ils portent sur eux-mêmes. Et vice versa. Mais pour qu’ils modifient l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, il faut qu’ils modifient l’image qu’ils ont des femmes. » Olivia Gazalé, Le Mythe de la virilité
L’héritage des Lumières et des années de dépravation sexuelle a été grandement ravivé peu de temps après la libération de la parole à travers le hashtag #balancetonporc. En 2018, le journal Le Monde avait publié une tribune signée par cent femmes, dont Catherine Deneuve et Ingrid Caven, pour défendre le « droit d’importuner » – comprendre « droit des hommes à venir aborder de manière plus ou moins agressive les femmes » –, en insistant sur le fait qu’une femme est apte à se défendre seule face à la violence d’un homme, sans avoir à le dénoncer ou à prévenir la police. Il n’existerait aucune raison de remettre en question les modèles dominants, de dénoncer l’emprise ou l’abus de pouvoir exercés par certains hommes sur des femmes. L’écrivaine Catherine Millet, signataire de cette tribune, avait même déclaré regretter de ne pas avoir été violée, pour prouver qu’elle s’en serait sortie. Bravoure extrême ? Ou soumission totale au patriarcat lui interdisant de briser toute omerta ? Je vous laisse décider. Ce qui est certain, c’est que le déséquilibre – toxique – existant dans les rapports de séduction a été mis en exergue à la suite de ce débat. 10
# #balancetonporc est un hashtag lancé sur Twitter en France le 13 octobre 2017 par la journaliste Sandra Muller, pour dénoncer le harcèlement sexuel qu’elle subissait de la part de son ex-patron Éric Brion et pour inciter les femmes à libérer leur parole au sujet des abus sexuels dans le monde du travail. Cette initiative a permis de poursuivre, à l’échelle nationale, le combat entamé par les femmes aux États-Unis avec le mouvement #metoo. #metoo a été initialement mis en avant par la militante Tarana Burke, puis réutilisé par l’actrice Alyssa Milano pour dénoncer les abus sexuels commis par Harvey Weinstein.
La révolution féministe et sexuelle des seventies a libéré les corps avec l’apparition de la pilule contraceptive et le droit à l’avortement. Mais pour certains esprits, cette libération n’a pas entraîné de remise en question et semble même avoir été associée à un sentiment d’impunité. Des prédateurs comme Roman Polanski ou Gabriel Matzneff, tous deux accusés d’abus sexuels sur mineures, sont encore protégés et leurs victimes, blâmées et taxées d’« opportunistes ». En clair, cette génération du Summer of Love, pour laquelle le sexe rimait parfois avec l’immoralité, accuse les dénonciatrices de #metoo de porter atteinte à leur liberté sexuelle « en cassant l’ambiance » dans les bars, dans la rue ou dans tout lieu offrant un cadre propice à qui souhaite trouver une occasion de relation sexuelle. Une idée qui non seulement laisse un goût amer aux femmes qui demandent justice pour les sévices qu’elles ont pu subir, mais qui exprime surtout un refus total de la notion de consentement.
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Il n’y a rien d’érotique dans le fait d’être importunée obstinément ou brutalement. Nous tenons ici à expliquer que des hommes sont des prédateurs, qu’ils utilisent à leur avantage le corps et la peur des femmes et que ces messieurs doivent être punis par la loi. Tout simplement. Il ne tient qu’aux femmes de reprendre le contrôle de leur corps, autant que de décider de ce qu’elles veulent en faire et avec qui, de prendre confiance en elles et en leurs droits, afin de savoir comment elles souhaitent se faire aborder. Alors, comment distinguer le bien du mal dans la séduction lorsque les avis divergent, que la culture et l’art sont imprégnés de représentations misogynes et que nos pensées sont noyées dans des valeurs patriarcales ? On se déconstruit, ensemble, les hommes comme les femmes. La déconstruction est un cheminement complexe vers une pensée entièrement égalitaire, dans laquelle nos références changent, notre vision du monde aussi.
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On se déconstruit lorsqu’on cesse de rire face à certaines scènes de films, des séquences télévisées ou n’importe quel support comprenant une situation humiliante pour le genre féminin. On se déconstruit lorsqu’on ne supporte plus d’entendre une personne de sa famille critiquer ou juger la tenue d’une sœur ou d’une cousine. On se déconstruit lorsqu’on aperçoit une fille en difficulté dans la rue, aux prises avec un homme qui lui veut du mal, et qu’on décide d’intervenir. On se déconstruit lorsqu’on cesse d’écouter certaines personnes de son entourage, personnel ou professionnel, qui coupent la parole, insultent, maltraitent, tournent en ridicule, agressent des femmes (ou n’importe qui d’autre, d'ailleurs). On se déconstruit lorsqu’on décide de ne plus se laisser faire et de reprendre les rênes de sa propre vie.
par la volonté de prendre ses propres décisions, le besoin d’être une meilleure personne et de prendre en main sa vie avec confiance, détermination et fierté. Vous savez quoi ? Ce n’est pas grave et vous ne vous en porterez que mieux, grâce au soutien de celles et ceux qui vous respecteront à votre juste valeur La déconstruction vous guidera pour enfin constater les carcans qui nous enserrent au quotidien, que ce soit au travail, dans notre foyer, à l’école, dans les médias, la culture ou la publicité. Parce que se déconstruire revient à admettre les inégalités sociales qui pèsent sur notre planète.
Il est évident que cela demande beaucoup de volonté de faire le choix de ne pas rappeler un homme intelligent et doté d’un charme fou, mais qui s’est montré méprisant, s’est moqué de votre métier ou s’est révélé très insistant à l’idée de vouloir grimper dans votre lit, lors d’un premier date. Il n’est pas toujours facile de s’opposer aux actes ou aux propos d’un homme, de défendre quelqu’un ou de se protéger soi-même. Mais personne ne mérite de subir ce genre d’inconfort face à qui que ce soit et dans n’importe quel contexte. Oui, il est audacieux de prendre la parole, de monter le ton et de faire connaître son avis, mais la satisfaction que cela provoque en nous par la suite est indéniable. Ce procédé déconstructif suppose de nombreux ajustements dans notre façon de penser et dans le jugement que nous portons sur nous-même, comme sur les autres. Dans son essai féministe Women Don’t Owe You Pretty, paru chez Cassell en 2020, l’autrice anglaise Florence Given annonce la couleur dès le premier chapitre en intitulant celui-ci : « Le féminisme va ruiner votre vie, mais de la meilleure manière possible. » Elle parle ici de ce long chemin semé d’embûches, durant lequel seule notre propre voix doit être entendue et respectée. La déconstruction entraînera peut-être la perte de quelques personnes de notre entourage qui ne supporteront pas cet empouvoirement, qui se définit 12
OSER PRENDRE LES DEVANTS Après la vague de dénonciations #metoo et #balancetonporc, une enquête a été menée en juin 2018 auprès de 1 018 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus par YouGov France (fr.yougov.com). Il s’agissait de mieux comprendre les mécanismes traditionnellement à l’œuvre en France dans le processus de
séduction. Si 57 % des personnes interrogées confient que la séduction est une activité difficile, 71 % affirment qu’il n’y a pas de règles établies concernant le rôle de la femme et celui de l’homme dans le jeu de séduction. Mais la véritable surprise se trouve dans ce chiffre : 61 % des personnes interrogées estiment que, désormais, ce sont les femmes qui font le premier pas. Je ne boude pas mon plaisir de voir les choses changer… Il est grand temps de tirer un trait sur les injonctions fondamentalement patriarcales qui pèsent sur la séduction et qui concernent principalement les femmes : ne pas coucher le premier soir, ne pas avoir l’air intello ni trop parler de son travail – même s’il nous passionne –, ne pas payer l’addition, minauder plutôt que s’opposer à une idée avec laquelle on n’est pas d’accord, ne pas écrire le premier texto, etc. Comme je le dirai plusieurs fois dans les prochains chapitres : les hommes ont aussi des angoisses et des peurs. Ils n’osent pas forcément faire le premier pas d’une part, mais ont aussi le droit d’avoir les mains moites et le ventre serré à l’idée d’oser aborder une fille d’autre part. Une seule solution, mesdames : allez-y ! Les femmes peuvent prendre confiance en elles et se jeter à l’eau, avec autant de panache et de
respect que certains hommes sont capables de montrer. Quel dommage de repartir bredouille d’un bar où vous étiez clairement deux à vous manger du regard en sirotant ce spritz, puisqu’aucun des deux tourtereaux n’a osé partir à l’abordage ! La responsabilité de la séduction doit être partagée et commune, afin de rééquilibrer les échanges entre les hommes et les femmes. Sachez que ces messieurs n’ont jamais signé de contrat d’exclusivité pour le job de « mec entreprenant tout-terrain ». Alors, mesdames, cessons de mettre cette pression sur leurs épaules et allons leur parler lorsque les signaux semblent favorables. Pour éviter les déceptions, ne s’attendre à rien et tenter le coup en étant soi-même, tout simplement. Certes, on n’obtient pas un numéro de téléphone à chaque tentative, mais il y a une chose que l’on gagne à coup sûr : la confiance en soi.
LES TRAVAUX PRATIQUES Découvrez les « do » et les « don't » de la séduction en page 61. 13
60 pages de conseils pratiques
pour séduire dans le consentement et l’enthousiasme
Dans une société bousculée par des changements de fond aux conséquences durables (des mouvements #metoo et #balancetonporc à la pandémie de covid-19), nombreuses sont les personnes qui craignent ne pas connaître les nouvelles règles du jeu de la séduction. L’autrice porte un regard à la fois attendri et critique sur cet univers pas si impitoyable et donne des pistes concrètes avec 11 outils entièrement détachables pour cheminer ensemble vers une séduction équitable, consentie et enthousiaste. Après une licence de journalisme, Fanny Vedreine enchaîne les stages le jour et s’occupe du vestiaire d’un club de Pigalle la nuit. Amoureuse de ce quartier de Paris, elle s’en inspire pour créer le fanzine écoféministe Le String, dédié à la puissance des femmes, au rock et à la sexualité. Elle vit aujourd’hui à Nice où elle se consacre à l’écriture.
Graphiste dans l’édition depuis 2012, Mélie Giusiano a débuté aux éditions Autrement et travaille depuis à son compte pour l’édition. Parallèlement au graphisme, elle développe aujourd’hui une activité d’illustratrice. Ses dessins mêlent formes vectorielles et textures imprimées en risographie.
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OUTILS DÉTACHABLES À AFFICHER
Des pistes de réactions plus saines à un échec sentimental
Six situations où l’on différencie le consentement du non-consentement www.mangoeditions.com
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