Skip to main content

L'hypertension artérielle

Page 1

L A SA N T É SA N S TA B O U

L A SA N T É SA N S TA B O U

L’hypertension artérielle, caractérisée par une augmentation de la pression du sang dans les artères, est une maladie banalisée ou ignorée. Pourtant, elle touche environ 30 % des adultes en France, ce qui fait d’elle la maladie chronique la plus répandue dans notre pays, et peut conduire à différentes complications. Le docteur Florent Laveau, spécialiste des pathologies cardiovasculaires, vous donne les clés pour comprendre le fonctionnement de cette maladie et pour mieux la vivre au quotidien.

Florent Laveau est cardiologue au Centre cardiologique du Nord depuis 2017. Cet établissement de renommée est reconnu pour la qualité de sa prise en charge médicale dans le domaine de l’hypertension. Florent Laveau y associe une activité de consultation de cardiologie et d’échographie cardiaque régulière. L’hypertension artérielle, facteur cardiovasculaire majeur, et ses conséquences nombreuses font partie intégrante de son quotidien et de celui de ses patients.

Illustrations : Emmanuelle Teyras www.mangoeditions.com

Dr Florent Laveau

Associant rigueur scientifique et approche bienveillante et empathique, l’auteur aborde le sujet sans tabou. De nombreux cas cliniques et témoignages complètent l’ouvrage, apportant aux explications médicales un regard humain et pratique sur cette maladie.

L’hypertension artérielle

Une collection pour bien comprendre les maladies complexes, chroniques ou invalidantes et mieux les vivre au quotidien.

14,95 € MDS : MN26072

L’hypertension artérielle Docteur Florent Laveau Médecin cardiologue Préface du Pr Gilles Montalescot


Sommaire Préface.....................................................................................4 Introduction............................................................................ 6 Petite histoire de la pression artérielle................................ 8 Découverte de la circulation sanguine............................................8 Première mise en évidence de la pression artérielle...................10 Le développement des appareils de mesure .................................11 La nécessaire définition d’un seuil ................................................ 12 Début de la prise en charge de l’hypertension artérielle ...........14 Épidémiologie de l’hypertension aujourd’hui...............................16 Dans le monde ................................................................................... 16 En France............................................................................................. 19

L’hypertension artérielle, de quoi s’agit-il ?......................20 Pression artérielle et physiologie cardiovasculaire.................... 20 Le système cardiovasculaire........................................................... 20 La pression artérielle, quèsaco ?.................................................... 24 La régulation de la pression artérielle........................................... 25 Les hypertensions artérielles et leurs causes............................. 26 L’hypertension artérielle essentielle............................................. 26 L’hypertension artérielle secondaire..............................................27 Le retentissement de l’hypertension artérielle dans l’organisme.............................................................................. 40 Le cœur................................................................................................. 41 Les artères.......................................................................................... 42 Le cerveau........................................................................................... 46 L’œil....................................................................................................... 49 Le rein.................................................................................................. 49 Le risque cardiovasculaire global.................................................. 50

Le diagnostic.........................................................................56 Comment se mesure la pression artérielle ?................................ 59 Les techniques de mesure de la pression artérielle.................. 59 Les conditions pour une bonne mesure de la pression artérielle.................................................................... 62 2


Le bilan clinique initial..................................................................... 80 L’interrogatoire................................................................................... 80 L’examen clinique.............................................................................. 82 Les examens complémentaires..................................................... 82 Le bilan systématique de première intention.............................. 83 Les examens spécialisés................................................................. 85

Le traitement........................................................................88 Définition des objectifs................................................................... 88 La consultation d’annonce et le rôle du praticien...................... 88 Seuils de mise en route du traitement.......................................... 89 Les mesures hygiéno-diététiques................................................. 90 L’alimentation..................................................................................... 92 La perte de poids............................................................................. 102 L’activité physique............................................................................ 110 L’alcool................................................................................................ 115 Le tabac.............................................................................................. 118 Les traitements médicamenteux................................................. 121 Les familles de traitements antihypertenseurs.........................122 Stratégie de traitement.................................................................. 130 Augmenter l’observance.................................................................132 L’hypertension résistante.............................................................. 134

Les situations particulières.............................................. 137 L’hypertension artérielle chez la femme.....................................137 La grossesse......................................................................................137 La contraception.............................................................................. 141 La ménopause................................................................................... 141 L’hypertension artérielle du sujet âgé........................................ 146 L’hypotension orthostatique .........................................................147 Troubles cognitifs et hypertension artérielle ........................... 148 Hypertension et sommeil...............................................................149 Hypertension et intervention chirurgicale................................. 151 Hypertension et COVID-19.............................................................152

Conclusion........................................................................... 157 Glossaire.............................................................................. 157 3

sommaire

Découverte d’une hypertension artérielle et seuils actuels........75


Préface Les progrès faits en médecine dans la connaissance et la prise en charge de l’hypertension sont gigantesques. Ils ont permis de limiter les complications dramatiques de ce facteur de risque aussi grave que banal. Tout ceci est très bien rappelé dans le livre du Dr Florent Laveau. Pourtant, la menace demeure : l’hypertension reste encore trop souvent non diagnostiquée malgré la démocratisation de la prise de pression artérielle. Des ouvrages comme celui-ci participent à une meilleure connaissance du grand public, à plus de dépistage, à plus de prévention. Les témoignages des patients inclus dans ce livre nous montrent une nouvelle fois que pour beaucoup d’entre eux, l’hypertension fut découverte, comme c’est trop souvent le cas, devant une complication évitable. Il faut sensibiliser toujours plus la population. Les livres médicaux comme celui-ci, les journaux et magazines de vulgarisation, les campagnes d’affichage dans les lieux publics et pas seulement ceux de santé, l’éducation dès l’école mais aussi au sein de l’entreprise, la mesure de la « tension » au sein de la famille avec un appareil d’automesure et la formation d’ambassadeurs de prévention cardiovasculaire doivent nous aider à réduire ces 150 000 morts cardiovasculaires par an en France.

4


Le temps est venu pour une prise de conscience individuelle et nationale.

Professeur Gilles Montalescot Chef de département de cardiologie et président du groupe ACTION (www. action-groupe.org) Institut de Cardiologie – Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris

5

préface

Qui sont ces ambassadeurs ? Chacun d’entre nous, dès lors que l’on a compris le rôle d’information et de prévention que l’on peut tenir autour de nous. La vocation peut naître avec un livre comme celui de Florent Laveau ou au sein d’une association de patients ou grand public comme Parole&Reaction (https://www.action-groupe.org/ fr/action-group/parole-et-reaction).


Introduction Il y a à peine plus de 10 ans, une enquête de la Ligue internationale contre l’hypertension révélait que 89 % des personnes interrogées estimaient que l’hypertension artérielle n’était pas « un problème sérieux ». Une des explications est probablement qu’étant « silencieuse », elle est banalisée ou tout simplement ignorée. Et pourtant… L’hypertension artérielle est une maladie extrêmement fréquente et dont les conséquences à long terme peuvent être « bruyantes ». S’il n’est pas question de dramatiser la situation, l’hypertension artérielle demeure néanmoins un des défis sanitaires de notre société. Mais le domaine cardiovasculaire a toujours été une discipline médicale dynamique et les moyens de traitements sont sûrs et efficaces. Vous avez cependant un grand rôle à jouer dans cette maladie et votre engagement et votre motivation sont la clé de la réussite. Le but de cet ouvrage est simple : un patient informé est un patient qui se soigne mieux ! J’ai toujours porté une importance particulière à expliquer à mes patients leur maladie, les examens réalisés et le traitement que je leur propose. Ce livre a été rédigé de la même manière, en m’imaginant en face de vous. Ainsi, vous trouverez dans cet ouvrage les informations essentielles pour comprendre ce qu’est véritablement l’hypertension artérielle et quelles sont ses conséquences sur notre santé. Vous découvrirez comment être diagnostiqué et surtout, quels sont les traitements qui existent. Enfin, je partagerai les astuces à mettre en place au quotidien pour non seulement prévenir la maladie, mais aussi en prévenir au maximum le retentissement. J’espère vous apporter les réponses sur ce vaste sujet qui vous permettront de « relâcher la pression ».

6


7


18


P e t i t e h i s t o i r e d e l a p r e s s i o n a r t é r i e ll e

En France

Nous ne faisons évidemment pas exception à la règle ! L’hypertension artérielle est actuellement la maladie chronique la plus répandue dans notre pays. On considère qu’elle touche environ 30 % des adultes entre 18 et 74 ans. Cette prévalence est stable depuis une quinzaine d’années. Elle augmente significativement avec l’âge, atteignant 68 % des adultes entre 64 et 75 ans et les hommes seraient plus touchés, quelle que soit la classe d’âge étudiée. Cependant, des études récentes ont montré un retard de dépistage et de traitement de l’hypertension chez les femmes6. Une des problématiques est la méconnaissance de la maladie, longtemps asymptomatique. Ainsi, en 2019, sur 30 millions d’adultes de plus de 35 ans, 10 millions sont hypertendus, dont la moitié l’ignore ou ne la traite pas. On observe également que par rapport à certains de nos voisins européens, moins de Français hypertendus reçoivent un traitement pharmacologique. Enfin, suivant la tendance planétaire, l’association entre 6. « L’hypertension l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires artérielle en France : prévalence, est forte avec près de 40 % des patients hypertendus traitement et concernés ! On estime enfin que 1 million de nouvelles contrôle en 2015 personnes par an déclarent une hypertension en France. et évolutions

LE SAVIEZ-VOUS ? Coûts associés à l’HTA En 2006, 22 % de la population des plus de 20 ans recevait un traitement antihypertenseur (20 % des hommes, 23 % des femmes). Globalement, le coût de la prise en charge de l’hypertension est estimé par l’Assurance maladie à plus de 9 milliards d’euros par an, soit 6 % du total des dépenses de santé. De plus, la prise en charge des principales maladies auxquelles l’hypertension contribue a un coût estimé d’au moins 20 milliards d’euros par an7. 19

depuis 2006 », Anne-Laure Perrine, Revue de biologie médicale, n° 347, mars 2019. 7. « Item 221 – Hypertension artérielle de l’adulte, un chapitre du référentiel des collèges santé publique », novembre 2019.


LE SAVIEZ-VOUS ? L’hypertension artérielle : héréditaire… ou non ? À mon tour de devenir « hypertendu » et c’est alors l’heure des comptes avec la génération précédente : « mon père était traité contre l’hypertension », « ma grand-mère est morte de ça ». Une histoire familiale d’HTA est bien souvent retrouvée lorsque l’on interroge un patient hypertendu. Il existe effectivement une susceptibilité à déclencher une hypertension mais cette maladie reste multifactorielle avec une influence majeure de l’environnement (hygiène de vie). Quelques ensembles de gènes ont montré une implication dans la régulation de la pression artérielle mais les hypertensions uniquement liées à une anomalie génétique sont exceptionnelles.

Le retentissement de l’hypertension artérielle dans l’organisme L’objet de cette partie n’est pas de vous dresser un « musée des horreurs » de l’hypertension artérielle. Elle est néanmoins utile car toutes les maladies citées ici ont un lien fort avec l’hypertension artérielle, d’autant plus si elle est ancienne et qu’elle a été négligée ou mal équilibrée. Il ne faut pas banaliser la survenue possible de ces complications qui sont de véritables marqueurs de l’évolution de l’hypertension artérielle16. 16. ESC/ESH Certaines de ces affections sont directement liées à Guidelines for l’hypertension artérielle, d’autres sont les conséquences the management de l’association de différents facteurs de risques cardioof arterial hypertension / vasculaires – dont l’hypertension artérielle – tels que le Characteristics diabète, l’hypercholestérolémie ou le tabagisme. of hypertensionmediated organ damage, 2018.

40


Le cœur En cas d’hypertension artérielle chronique, la pression systémique continuellement élevée entraîne une charge supplémentaire de travail pour le cœur qui doit « lutter » à chaque systole (voir p. 21) pour éjecter le volume de sang contenu dans le ventricule gauche. Cette « post-charge » induit à long terme un épaississement du cœur appelé hypertrophie cardiaque. Cette modification de structure du ventricule gauche cause une moins bonne relaxation de celui-ci lors de la diastole (voir p. 21) et une augmentation du volume de l’oreillette gauche qui subit indirectement cette charge de pression supplémentaire. On observe ainsi chez ces patients une plus grande proportion d’insuffisance cardiaque (avec un ventricule gauche qui se contracte bien mais qui se relâche insuffisamment) ou de troubles du rythme comme la fibrillation auriculaire qui est une anomalie du rythme qui prend naissance dans l’oreillette gauche, à l’abouchement des veines pulmonaires. L’hypertension artérielle est observée chez un patient sur deux souffrant de cette anomalie. Des troubles du rythme plus graves (la tachycardie ventriculaire) sont retrouvés de manière plus fréquente chez l’hypertendu mais sont rarement responsables de mort subite. La maladie athéromateuse au niveau cardiaque, elle, se manifeste par l’insuffisance coronarienne (les artères coronaires sont les artères qui cheminent à la surface du cœur pour alimenter le 41

L’ h y p e r t e n s i o n a r t é r i e ll e , d e q u o i s ’ a g i t - i l ?

L’hypertension artérielle participe ainsi largement au risque cardiovasculaire dont le mécanisme principal est le développement de l’athérome sur les artères. Ces plaques d’athérome sont un mélange de nombreuses substances (graisses, glucides, sang, dépôts calcaires) qui modifient la structure des vaisseaux et les obstruent progressivement (ou parfois de manière aiguë).


muscle). Une plaque d’athérome vient boucher une artère coronaire, privant ainsi une partie du muscle cardiaque d’apport sanguin : c’est l’infarctus du myocarde ! L’hypertension artérielle mal prise en charge multiplie ainsi par trois le risque de maladie coronaire.

Les artères L’hyperpression exercée sur les artères en continu peut être à l’origine de déformations de la paroi vasculaire (favorisées par l’athérome) : ce sont les anévrismes. Le mécanisme étant similaire partout, on peut les voir apparaître dans de nombreuses localisations. La plus fréquente est l’aorte, notamment au niveau abdominal où l’anévrisme va grossir progressivement. Longtemps asymptomatique, il devient parfois douloureux et doit être pris en charge rapidement. Au niveau de l’aorte thoracique, celle-ci peut se déchirer sous l’effet de la pression. Le sang va alors s’introduire dans la paroi du vaisseau : c’est la dissection aortique qui est une urgence absolue et heureusement exceptionnelle. L’autre atteinte artérielle est celle liée à la maladie athéromateuse. Combinée au tabac en particulier, l’obstruction progressive des artères des cuisses et des jambes provoque une claudication : lors d’un effort de marche, les muscles des jambes deviennent douloureux obligeant à l’arrêt. Au niveau des artères carotides, l’athérome expose à un risque d’accident vasculaire cérébral. L’hypertension artérielle a donc des conséquences potentiellement graves sur le cœur et les artères et la mortalité cardiovasculaire est statistiquement plus importante chez les patients hypertendus. 42


43

L’ h y p e r t e n s i o n a r t é r i e ll e , d e q u o i s ’ a g i t - i l ?

LISEZ CE TÉMOIGNAGE ! Deux événements ont mis en évidence la maladie. Le plus ancien a été une narine fragile, la gauche, avec des saignements de nez réguliers depuis de nombreuses années. Pourtant traité une première fois par cautérisation chimique par un ORL, le phénomène est revenu. En 2019, les épistaxis (saignements de nez) sont devenues plus fréquentes et leur durée a commencé à être plus longue. Fin 2019, je me souviens d’une, un dimanche, qui a duré plus de 20 minutes. Cela a commencé à m’inquiéter. Mais je n’avais jamais pensé à prendre ma tension pendant ce genre d’événement. Le révélateur a été la renégociation d’un prêt immobilier fin 2019, début 2020. Comme j’avais plus de 50 ans, j’ai dû répondre à un questionnaire de santé complet ! Et mon examen chez un cardiologue a mis en évidence une bicuspide, une anomalie de la valve cardiaque située au début de l’aorte. Le médecin me dit qu’il y a de fortes chances que je fasse de l’hypertension artérielle asymptomatique bien que ma prise de tension se situe dans les 140-80. En février 2020, lors d’un week-end, je suis saisi d’une grosse crise d’épistaxis, en fréquence et en durée. Là, je pense à prendre ma tension avec un tensiomètre de poignet. Je suis au-dessus de 180 en systolique. Je me sens dans un état de « tension », comme si j’étais branché sur le 220V ! Le lundi matin, nouvelle crise d’épistaxis qui dure presque 1 heure cette fois, j’appelle les urgences. Le 15 m’envoie une ambulance, je suis au-dessus de 200 en systolique et 100 en diastolique, je pars aux urgences. On me surveille sur la journée puis on me renvoie chez moi. Le mercredi qui suit, rebelote : nouvelle crise l’après-midi à mon travail. Ambulance,


Index SCORE (d’après les recommandations européennes 2018 sur l’HTA) Calcul du score de risque cardiovasculaire fatal à 10 ans Régions d’Europe à moindre risque FEMMES

Tension artérielle systolique

Non-fumeuses 180

7

8

8

HOMMES Âges

Fumeuses

9

11

11

12

13

Non-fumeurs 12 14 15

160

6

6

7

7

9

9

10

11

140

5

5

6

6

7

8

8

9

120

4

4

5

5

6

6

7

180

4

4

5

5

7

7

160

3

3

4

4

5

6

140

2

3

3

3

4

120

2

2

2

2

3

180

2

3

3

3

4

5

5

6

5

160

2

2

2

2

3

3

4

4

4

140

1

1

1

2

2

2

3

3

3

120

1

1

1

1

2

2

2

2

17

Fumeurs 18 20 22 24

10

11

13 14

15

16 18 20

8

9

10 12

12

13

15

7

7

8

9

10

11

12 14

8

9

8

9

10 12

12 14 16 18

6

7

6

7

8

9

9

11

12 14

4

5

5

5

5

6

7

7

8

9

11

3

3

4

3

4

5

5

5

6

7

8

6

7

8

8

10

11

13

4

5

5

6

7

8

9

3

3

4

4

5

6

7

2

2

2

3

3

4

4

5

70

65

60

10

17

180

1

1

2

2

3

3

3

4

3

4

4

5

6

7

8

9

160

1

1

1

1

2

2

2

3

2

2

3

3

4

4

5

6

140

1

1

1

1

1

1

1

2

1

2

2

2

3

3

3

4

120

0

0

0

1

1

1

1

1

1

1

1

2

2

2

2

3

55

180

1

1

1

1

2

2

2

3

2

2

3

3

4

5

5

6

160

0

0

1

1

1

1

1

2

1

1

2

2

2

3

3

4

140

0

0

0

0

1

1

1

1

1

1

1

1

1

2

2

3

120

0

0

0

0

0

0

0

1

0

1

1

1

1

1

1

2

50

180

0

0

0

0

1

1

1

1

1

1

1

1

2

2

3

3

160

0

0

0

0

0

0

0

1

0

0

1

1

1

1

1

2

140

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

1

1

1

1

120

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

1

4

5

6

7

4

5

6

7

4

5

6

7

4

5

6

7

40

Cholestérol (mmol/L) Score de risque :

‹3%

3-4%

54

5-9%

≥10%


• On distingue deux types d’hypertension : hypertension artérielle essentielle (90 % des cas), liée à un dérèglement des mécanismes de contrôle de la pression artérielle, et hypertension secondaire, dont les mécanismes sont connus mais plus rares. • L’hypertension est un facteur de risque majeur d’événement cardio et cérébrovasculaires.

55

L’ h y p e r t e n s i o n a r t é r i e ll e , d e q u o i s ’ a g i t - i l ?

À retenir

• La pression artérielle est la force, variable, à l’origine de l’écoulement du sang. Elle se mesure en millimètre de mercure (mmHg).


Le diagnostic Pour pouvoir soigner l’hypertension artérielle, il faut évidemment en faire le diagnostic puis la traiter et tenter de la contrôler. Les enquêtes épidémiologiques montrent qu’une proportion importante des patients hypertendus : • ne sait pas qu’elle l’est ; • n’est pas suivie et traitée parmi celle qui le sait ; • ne suit pas l’observance du traitement parmi celle qui est traitée. Ce chapitre a donc pour but de vous décrire comment un diagnostic d’HTA doit être établi, comment la prise en charge sera le plus souvent menée et quelles sont les mesures et traitements les plus couramment proposés. Si vous n’avez pas d’hypertension, le conseil général est de la mesurer d’une manière ou d’une autre régulièrement à partir de l’âge adulte. En pratique, dès que vous voyez un appareil de mesure (chez votre docteur, vos parents, à la pharmacie, à l’hôpital ou ailleurs), passez votre bras dans le brassard et vérifiez-là !

Cas clinique en consultation, M. R., 42 ans : il y a « du pain (sans sel) sur la planche ». Ce matin, je vois en consultation un homme de 42 ans. Son médecin généraliste me l’adresse pour la prise en charge d’une hypertension artérielle sévère. Ce jeune patient présente une hypertension artérielle découverte il y a deux ans lors d’une courte hospitalisation pour une plaie au bras. À l’époque, la tension prise était très élevée. On lui a alors parlé de stress et d’« hypertension artérielle blouse blanche » (voir p. 66). Il était assez sportif et sans aucun problème de santé. De l’hypertension artérielle 56


57


L’hypertension artérielle n’est pas forcément permanente à ses débuts et les symptômes peuvent suivre des épisodes de poussées tensionnelles. On parle d’hypertension artérielle labile ou paroxystique. En cas d’augmentation rapide et prolongée de la pression artérielle, on décrit des « poussées hypertensives » généralement accompagnées de symptômes bruyants. Les urgences hypertensives sont des situations où il existe une élévation tensionnelle majeure et une lésion aiguë d’un organe cible (dissection artérielle, accident vasculaire cérébral, etc.). Étant le plus souvent « silencieuse », elle est donc détectée lors d’un examen médical systématique (par exemple à la médecine du travail) ou une consultation pour une autre maladie. L’hypertension artérielle constitue par ailleurs l’un des premiers motifs de consultation de médecine générale et c’est d’ailleurs votre médecin traitant qui sera le plus souvent en première ligne pour dépister et suivre votre hypertension.

LISEZ CE TÉMOIGNAGE ! J’avais toujours une légère hypertension artérielle à la médecine du travail depuis quelques années, mais l’explication était toujours la même : la visite avait lieu après une longue journée de travail, l’effet de la blouse blanche… Après deux gardes au laboratoire d’un hôpital public où je travaillais depuis quelques semaines, ma troisième garde s’annonce chargée, en plus de mon adaptation pour la nuit compliquée : manque de sommeil, fatigue intense, maux de tête continus, nausée... À mon arrivée à 20h, mes deux collègues étaient étonnées de mon état de fatigue qui se voyait sur mon visage. Vers 21h30, n’arrivant plus à me concentrer, je décidai de monter aux urgences de l’hôpital. L’interne de garde qui me prit en charge a commencé à prendre mes constantes, et la tension était très élevée. 76


L’objectif affiché est que tous les adultes (plus de 18 ans) aient en tête une mesure de tension artérielle lors d’un contact médical quel qu’il soit. Une surveillance de cette dernière de manière régulière dépend alors de ce qui a été mesuré. Chez les patients sans problème de santé ou facteurs de risque avec une tension artérielle strictement normale en cabinet (< 120/80 mmHg), une mesure tous les 5 ans est souhaitable au minimum. Entre 120-129/80-84 mmHg, les recommandations proposent tous les 3 ans puis tous les ans si elle est dans la fourchette haute (130-139/85-89 mmHg).

77

le diagnostic

Il l’a reprise trois fois de suite et le verdict tomba alors. Hospitalisation directe, perfusion d’un très fort hypotenseur et d’un antalgique. D’autres examens sont faits pour exclure d’autres pathologies : PSA (antigène prostatique spécifique), hémoculture, scanner cérébral… et j’ai même le droit à une ponction lombaire ! Toute la nuit, j’ai été surveillé de près. Tous les examens étaient normaux sauf mon hypertension artérielle. Ça fait maintenant trois ans et je suis toujours, et pour toujours, sous hypotenseurs, avec des recommandations strictes sur l’alimentation. Mon hypertension artérielle n’est toujours pas stabilisée ; elle est légèrement au-dessus des objectifs fixés par mon cardiologue. Un nouveau traitement m’a été prescrit récemment. Je fonctionne le plus normalement de monde, mais je fais tout pour éviter les situations stressantes et les aliments qui augmentent l’hypertension artérielle (je ne travaille plus de nuit depuis deux ans). Je n’ai plus les symptômes liés à l’hypertension mais le combat continue. J’ai confiance en moi et en la médecine. M. T., 43 ans.


Le traitement Définition des objectifs La consultation d’annonce et le rôle du praticien Une fois le diagnostic posé, souvent après plusieurs consultations, une prise en charge avec votre médecin référent va démarrer. La première étape sera de vous informer sur la maladie, son évolution et ses risques. L’explication du bénéfice attendu est une étape importante pour une maladie que vous ne ressentez généralement pas encore. La baisse de la pression artérielle n’est pas qu’un chiffre sur un tensiomètre ! De nombreux travaux internationaux ont solidement prouvé son efficacité sur la réduction du risque de mortalité, d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance cardiaque ou rénale. Cette réduction de risque est par ailleurs indépendante des chiffres initiaux de tension artérielle, de l’âge, du sexe, de l’origine géographique et de l’association à d’autres facteurs de risque comme le diabète ou l’insuffisance rénale. Le traitement de l’hypertension repose sur deux axes : • l’hygiène de vie : absolument indispensable, quelle que soit votre situation et à mettre en place dès la première consultation ; • le traitement médicamenteux : bien souvent nécessaire et introduit précocement (voire immédiatement en cas d’HTA sévère d’emblée).

88


le traitement

L’objectif fixé sera alors d’obtenir une pression artérielle contrôlée au bout de six mois. Des consultations mensuelles vous seront sûrement proposées au début pour vérifier l’efficacité des mesures, poursuivre l’information et s’assurer de l’absence d’effet secondaire.

Seuils de mise en route du traitement Le tableau suivant décrit le délai de mise en place d’un traitement médicamenteux en fonction du niveau d’hypertension et du risque cardiovasculaire de chacun25. La modification de l’hygiène de vie reste constamment indispensable. L’objectif est moins ambitieux mais tout aussi nécessaire chez les patients plus âgés (voir p. 146).

Catégorie

Tension artérielle

Normale haute

130-139 / 85-89

25. ESC/ESH Guidelines for the management of arterial hypertension / When to initiate antihypertensive treatment?, 2018.

Mesures hygiénoTraitement diététiques

Oui

Uniquement en cas de risque cardiovasculaire élevé (notamment insuffisance coronaire) • Immédiat si RCV élevé, atteinte rénale ou d’organe cible

HTA Grade 1

140-159 / 90-99

Oui

HTA Grade 2

160-179 / 100-109

Oui

Immédiat – objectif de contrôle à 3 mois

HTA Grade 3

≥ 180 / 110

Oui

Immédiat – objectif de contrôle à 3 mois

89

• Délai de 3 à 6 mois après modification hygiène de vie si objectif non atteint


L’activité physique

L’effet de l’effort sur la pression artérielle La pression artérielle évolue lors d’un effort. On distingue deux types d’exercice – dynamique (endurance) et statique (résistance) – qui sont souvent associés au cours d’une activité physique. Classiquement, la pression artérielle systolique augmente lors de l’effort d’endurance par une augmentation du débit cardiaque tandis que la pression diastolique se maintient ou baisse en raison d’une vasodilatation périphérique. En cas d’effort de résistance (un exercice de musculation par exemple), les pressions systolique et diastolique augmentent. Pour fournir l’effort, les fréquences cardiaques et respiratoires augmentent également. Un effet intéressant de l’activité physique est l’hypotension posteffort : après un entraînement, la pression artérielle se maintient à un niveau plus bas qu’habituellement pendant plusieurs heures. La baisse du débit cardiaque, des résistances vasculaires, une diminution de l’activité du système nerveux sympathique et la modulation des barorécepteurs expliquent ce phénomène. Il est observé quel que soit l’effort (mais plus franc en cas d’effort dynamique) et même quand il est de courte durée. En cas d’entraînement régulier, les effets hypotenseurs de l’activité physique sont significatifs et il semble que coupler des efforts d’endurance et de résistance soit le meilleur compromis. Une étude du Comité de lutte contre l’hypertension artérielle a montré que 9 % seulement des hypertendus et 14 % des Français non hypertendus pratiquaient une activité sportive régulière. Parmi les causes invoquées, on trouvait le manque de temps, la difficulté à le pratiquer en groupe et la vie familiale.

110


De façon analogue, l’activité physique chez une personne hypertendue fait baisser la pression artérielle. Cette baisse est obtenue de manière immédiate mais également à moyen terme après quelques semaines d’entraînement, mais elle est également réversible si l’activité physique s’interrompt. Elle permet également parfois de retarder la nécessité d’un traitement antihypertenseur. Son rôle est également prouvé dans la réduction de la mortalité globale et cardiovasculaire. Ce sont les activités dynamiques qui sont les plus bénéfiques, en particulier si elles sont répétées régulièrement (plutôt que des séances uniques mais intenses).

La pratique d’une activité physique Il faut bien différencier l’activité physique qui correspond à une augmentation des efforts quotidiens et l’activité sportive qui ambitionne d’améliorer sa condition physique. Le premier objectif est de lutter contre la sédentarité. C’est déjà un défi en soi en 2021 après une année où les confinements et la diffusion du télétravail nous a littéralement « cloués » à la maison. Voici 8 astuces anti-sédentarité à tester d’urgence : • surélevez votre ordinateur avec des livres par exemple pour travailler debout de temps en temps ; • proposez de commencer votre prochaine réunion en visio par quelques étirements et squats, parfait pour faire fuser les idées ; • prenez régulièrement l’air en bas de votre immeuble ou dans votre jardin entre deux dossiers ; • étirez-vous plusieurs fois par jour le dos et le cou, assis ou encore mieux, debout ; • commencez vos journées par une marche de 10 minutes ;

111

le traitement

Les bénéfices attendus de l’activité physique en cas d’HTA


Pour que vous soyez acteur de votre maladie, une information claire et adaptée doit être délivrée par le médecin. C’est un traitement chronique auquel vous aller être astreint. Pour ne plus avoir à y penser et faire rentrer la prise du médicament dans votre quotidien, voici quelques astuces à mettre en place : • demandez à votre médecin de regrouper les molécules dans le minimum de comprimés si cela est possible ; • décidez avec votre médecin de l’heure à laquelle vous prendrez votre traitement en fonction de vos obligations (travail en horaire décalé ?) ou des effets du traitement (diurétiques par exemple). Il existe aujourd’hui des applications vous rappelant de prendre votre traitement. Allez fouiller sur les plateformes de votre smartphone ; • mettre en place l’automesure tensionnelle de manière systématique est un bon moyen de vous impliquer dans la prise en charge de votre tension. Et si vous voyez que votre tension est bonne avec le traitement, cela vous incitera à le poursuivre ; • vous avez oublié une prise ? Pas de panique ! Si vous vous en rendez compte dans la journée, prenez votre comprimé à ce momentlà. Si c’est le lendemain, recommencez comme d’habitude et ne doublez surtout pas la dose pour « rattraper » celle de la veille.

L’hypertension résistante L’hypertension artérielle résistante (au traitement) a une définition stricte regroupant les critères suivants : • une hypertension supérieure à l’objectif (< 140/90 mmHg) en cabinet et confirmée en automesure ; • une bonne observance thérapeutique d’au moins 3 traitements antihypertenseurs ; • un respect des mesures hygiéno-diététiques. 134


On considère que l’hypertension résistante (la « vraie ») représente 10 % des hypertendus. Elle nécessite une prise en charge spécialisée par des centres experts en hypertension et des solutions existent en termes de traitement, de suivi et de procédures interventionnelles (que nous ne détaillerons pas car encore bien souvent réservé à la recherche médicale).

135

le traitement

Mais avant de confirmer une hypertension artérielle résistante, il faut toujours s’interroger sur les nombreux facteurs confondants qui empêchent de parvenir à l’objectif. On appelle cela la « pseudo hypertension artérielle résistante » : • une observance réelle insuffisante (et plus il y a de comprimés, moins ils sont correctement pris) ; • l’« hypertension blouse blanche » (voir p. 66) qui doit être éliminée systématiquement par la mesure ambulatoire ; • une mauvaise technique de mesure : un brassard inadapté, un effort avant la prise de tension, quand le patient est en retard à la consultation, du stress, quand le docteur est en retard à sa consultation… ; • des doses de médicaments inadaptées ou ayant été insuffisamment augmentées par rapport aux besoins réels ; • la poursuite de consommation de sel ou d’alcool en trop grande quantité qui favorise l’hypertension et diminue l’efficacité des traitements ; • la consommation de produits favorisants l’hypertension artérielle secondaire et qui n’ont pas été rayés de la carte.


L A SA N T É SA N S TA B O U

L A SA N T É SA N S TA B O U

L’hypertension artérielle, caractérisée par une augmentation de la pression du sang dans les artères, est une maladie banalisée ou ignorée. Pourtant, elle touche environ 30 % des adultes en France, ce qui fait d’elle la maladie chronique la plus répandue dans notre pays, et peut conduire à différentes complications. Le docteur Florent Laveau, spécialiste des pathologies cardiovasculaires, vous donne les clés pour comprendre le fonctionnement de cette maladie et pour mieux la vivre au quotidien.

Florent Laveau est cardiologue au Centre cardiologique du Nord depuis 2017. Cet établissement de renommée est reconnu pour la qualité de sa prise en charge médicale dans le domaine de l’hypertension. Florent Laveau y associe une activité de consultation de cardiologie et d’échographie cardiaque régulière. L’hypertension artérielle, facteur cardiovasculaire majeur, et ses conséquences nombreuses font partie intégrante de son quotidien et de celui de ses patients.

Illustrations : Emmanuelle Teyras www.mangoeditions.com

Dr Florent Laveau

Associant rigueur scientifique et approche bienveillante et empathique, l’auteur aborde le sujet sans tabou. De nombreux cas cliniques et témoignages complètent l’ouvrage, apportant aux explications médicales un regard humain et pratique sur cette maladie.

L’hypertension artérielle

Une collection pour bien comprendre les maladies complexes, chroniques ou invalidantes et mieux les vivre au quotidien.

14,95 € MDS : MN26072

L’hypertension artérielle Docteur Florent Laveau Médecin cardiologue Préface du Pr Gilles Montalescot


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
L'hypertension artérielle by Fleurus Editions - Issuu