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Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Claire Renaud Couverture : Laurence Ningre Direction de fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Marie Dubourg Compositeur : TextOh! (Dole) © Fleurus, Paris, 2020 www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-7444-8 MDS : FS7448 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n°2011-525 du 17 mai 2011. »

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À Valérie et Louis. Aux collégiens qui ont inspiré ce livre. À Claire, mon éditrice, pour son enthousiasme.

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« La normalité est une route pavée : on y marche aisément mais les fleurs n’y poussent pas. » Vincent Van Gogh

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1 Mon prénom est Tom. J’ai eu quatorze ans l’été dernier. Je suis de taille plutôt moyenne. En tout cas, rien de remarquable. Mes yeux… Une fois, j’ai entendu une fille, je ne sais plus qui, dire que j’avais de beaux yeux clairs. Mais c’est la seule fois. Le reste du temps, les autres rigolent de mon regard qu’ils qualifient de psychopathe. Je crois que mes cheveux coupés ras n’arrangent rien. Il paraît que j’ai une petite bouche. De toute façon, je ne m’en sers que pour manger. Sinon, elle reste fermée.

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J’habite un pavillon, juste avant d’entrer en ville quand on vient du sud. Vous ne pouvez pas le rater, c’est le seul avec une cuve à fioul dans le jardin. Quand j’étais petit, mes parents m’interdisaient de jouer près de cette cuve, ils disaient que c’était dangereux. Alors, à la place de la cuve, j’imaginais un vaisseau extraterrestre. Si on s’en approchait trop, on risquait de réveiller le pilote qui hibernait à l’intérieur, et de le rendre vénère. En y repensant, c’était complètement idiot. Pourquoi est-ce que des aliens auraient choisi d’atterrir dans notre jardin ? Certainement pas pour les quelques légumes du potager que mon père commençait à déserter. Mon père. Après le potager, on dirait qu’il a décidé de déserter le reste de son existence. Le week-end, ou pendant ses congés, on ne sort jamais. Il reste assis devant sa télé, à regarder ses DVD de films d’action.

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Quand il quitte son fauteuil, c’est le souffle court, faute d’activité physique, et le dos voûté par les trois-huit. Il disparaît dans le garage. Il revient en titubant, la voix pâteuse. Dans ces moments-là, j’ai peur, mais pas pour lui. J’ai peur qu’il porte la main sur ma mère. Ma mère qui participe aux frais comme elle peut, grâce à l’argent des ménages qu’elle fait au noir pour le voisinage. Ma mère qui, à la vue de son mari avachi, retient ses larmes, ou disparaît dans sa chambre, allume la radio et laisse les chansons parler pour elle. Ma mère qui m’est totalement dévouée. Ma mère qui prépare à manger en faisant tout frire à la poêle. Malgré la hotte, malgré les fenêtres qu’on ouvre, l’odeur de la friture se répand alors dans toute la maison.

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Elle vient jusque dans ma chambre, se dépose sur mes vêtements. Elle me suit au collège comme l’odeur de la honte.

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2 En ville, il y a deux collèges. Il y a celui dans le centre, pour les bourges. Et celui qui a sale réputation. Je pense que vous avez deviné dans lequel je vais. Pour compléter le tableau, je ne suis pas en troisième générale, mais dans une troisième « spécialisée ». ­­ Ils peuvent bien lui donner le nom qu’ils veulent, ça ne trompe personne. Ni dans la classe ni dans les autres classes de troisième. Nous, on est les cassos. Les neuneus ou les mongols, diraient les moins charitables de nos profs.

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Difficile de leur donner tort, tant la plupart de mes camarades ressemblent à des expériences de laboratoire. Pour vous donner une idée, imaginez le docteur Frankenstein qui se serait amusé à greffer des cerveaux d’enfants de maternelle sur des corps d’adolescents. En récré et dans les couloirs, ça joue à se bagarrer. Ou ça se bat tout court. En classe, ça ne reste pas assis plus de cinq minutes. Ça se lève et ça s’en va discuter ou provoquer. Ça se lance le matériel. Ça parle mal. Ça parle de sexe. Ça parle mal de sexe. Parmi ceux qui restent assis, les plus fragiles sont repérés dès le départ, et prennent cher. Ils se recroquevillent, puis finissent par se comporter comme les autres. Question de survie. Quant à moi, on me laisse tranquille.

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De toute façon, les rares fois où je sens le danger approcher, j’ai une technique infaillible. Je sors une feuille blanche de ma chemise, et je commence à dessiner. –  Guettez, les gars ! Guettez le dessin à Tom ! Ils se penchent tous sur ma feuille, en admiration, et oublient pourquoi ils sont venus m’ennuyer. Je vous dis, de vrais enfants de maternelle. À l’entrée en sixième spécialisée, j’avais passé des évaluations. Apparemment, je m’en étais plutôt bien sorti, puisque mes profs avaient voulu que j’intègre, au moins ponctuellement, une classe de sixième générale. J’ai joué le jeu quelques semaines, et puis j’ai fait semblant que ça devenait trop dur. Je n’ai plus quitté le spécialisé. Mes parents aussi étaient passés par le spécialisé. Ils n’auraient pas compris.

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3 En arrivant ce matin, on a appris, bonne nouvelle, que la prof de musique était absente en première heure. À chacun de ses cours, cette vieille folle tient absolument à m’entendre chanter. Déjà que parler, j’ai du mal, alors chanter… Du coup, au bout d’un moment, ça l’énerve, et elle m’envoie à la vie scolaire. Heureusement, la conseillère d’éducation est un peu plus psychologue. Elle évite d’en informer mes parents. La mauvaise nouvelle, en revanche, c’est qu’une seconde heure de perm’ s’est ajoutée avant la récré, sans possibilité pour moi de rentrer et de revenir après la pause. Mathéo était dans le même cas.

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À la sonnerie, on s’est donc mis en rang avec tous ceux qui n’avaient pas cours, et qui ne voulaient aller ni au CDI ni à la vie scolaire. Ensuite, on a suivi le pion de sur­veillance jusqu’à la salle de perm’. Ça fait bientôt une heure que Mathéo me soûle avec ses histoires de jeux vidéo. Ce n’est pas que je n’aime pas les jeux vidéo (je ne connais aucun élève du collège qui n’aime pas les jeux vidéo), mais je voulais me débarrasser de mes devoirs en avance (quelques mots de dictée, des opérations, rien qui ne soit pas à ma portée) pour me remettre à dessiner tranquillement. Évidemment, je pourrais envoyer péter Mathéo, mais je préfère ne rien dire. Résultat, il se croit autorisé à continuer. Pourtant, je l’aime bien, Mathéo. Il me fait rire, avec son jean trop petit qui laisse voir la raie de ses fesses, et sa manière de parler trop fort et trop

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vite, à en balbutier jusqu’à ne plus savoir ce qu’il voulait dire. Tout à l’heure, il a même fait rire la salle de perm’ entière. Il s’est levé, et il a commencé à bouger et à rapper, comme s’il était seul devant sa glace. J’avais la honte, mais ce con était vraiment trop drôle. – Tu vas pas commencer à faire chier, Mathéo ?! s’est énervé le pion. –  VAS-Y, SA MÈRE, J’AI RIEN FAIT ! a gueulé l’autre encore plus fort. Le pion a laissé tomber, et Mathéo a fini par se rasseoir tranquillement. Avec les élèves de spécialisé, ça sert à rien de s’énerver. Ça y est, Mathéo s’est arrêté de parler. À la place, il me caresse le dos. Non, Mathéo n’est pas pédé. C’est juste un truc qu’il aime bien faire aux gens, même aux adultes, pour leur montrer qu’il les apprécie. Sauf que là, il a aussi arrêté de me caresser le dos.

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–  Vas-y Tom, guette ! G… Guette le boul’ ! qu’il me dit. Le « boul’ », c’est le postérieur de Camille, qui vient d’entrer dans la salle de perm’. Je commence à sérieusement m’inquiéter pour l’heure à venir.

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France TTC 12,90

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Graphisme et illustration de couverture : Laurence Ningre.

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