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DE L'HISTOIRE

Inventeurs Textes : Sophie Blitman Illustrations : Arnaud clermont

www.fleuruseditions.com


© Fleurus Éditions, 2017 Dépôt légal : juin 2017 ISBN : 9782215151357 Code MDS : 592423 Numéro d’édition : J17078 Textes : Sophie Blitman Illustrations : Arnaud Clermont Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Édition : Sarah Hamon Direction artistique : Armelle Riva Mise en page : Elfried Werner Fabrication : Florence Bellot et Thierry Dubus Achevé d’imprimer en mars 2017 par Toppan Leefung (Chine) Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse


INTRODUCTION Les inventeurs sont à bien des égards des personnages fascinants. Comment peut-on un jour avoir l’idée de fabriquer une roue, un télescope ou un ordinateur ? Comment en arrivet-on à construire un nouvel objet ou à mettre au point une technologie qui bouleversera nos habitudes et transformera notre société ? Difficile de répondre à ces questions… Ce qui est sûr, c’est qu’inventeur n’est pas un métier qui s’apprend et qu’il n’existe pas de recette miracle pour créer une invention.

Imagination et travail On peut néanmoins identifier quelques ingrédients. L’imagination, d’abord, est nécessaire. Impossible, sans cela, de concevoir des objets aussi étranges qu’un parachute ou un scaphandrier ! Dès la Renaissance, Léonard de Vinci dessine les premières esquisses de ces objets dans ses carnets… Cet homme aux multiples facettes, à la fois savant et artiste, est cependant en avance sur son temps : les techniques de l’époque ne sont pas assez développées pour lui permettre de construire tous les engins dont il a rêvé sur le papier. Cela ne l’empêche pas de consacrer une grande partie de sa vie à détailler les plans de ses fabuleuses machines. Car avoir un esprit créatif ne suffit pas : les inventeurs travaillent sans relâche pour mener leurs expérimentations*. Exemple parmi d’autres, Joseph Nicéphore Niépce passe plus de dix ans à essayer différentes techniques avant de trouver celle qui permet de fixer des images de la réalité sur papier. 3


Enfin, en 1826, il prend la première photographie, une vue depuis la fenêtre de sa maison de Bourgogne. Faire aboutir son projet demande un engagement considérable. Certains vont même jusqu’à risquer leur vie : c’est le cas des frères Wright, qui montent à bord de leur avion en bois sans savoir s’il va réussir à décoller, voler et surtout atterrir… Heureusement, le prototype* est au point et le test de 1903, à Kitty Hawk, aux États-Unis, se révèle un succès.

Grandes et petites inventions De telles inventions ont un impact fondamental sur l’évolution de la société. Au XIXe siècle, la machine à vapeur de James Watt est à l’origine de l’industrialisation* massive en Angleterre : utilisée notamment dans les mines de charbon et les usines textiles, elle permet une incroyable accélération de la production. Il en résulte aussi un bouleversement dans les transports, avec la construction du premier bateau et de la première locomotive à vapeur. Après le train, puis l’automobile et l’avion, c’est la conquête de l’espace qui ouvre de nouvelles perspectives. En concevant la puissante fusée Saturn 5, Wernher von Braun rend possible l’envoi d’astronautes à des centaines de milliers de kilomètres dans le ciel : en 1969, cet appareil de près de trois mille tonnes contribue à la réussite de la mission Apollo 11, qui conduit Neil Armstrong à faire le premier pas sur la Lune. Désormais, la Terre n’est plus le seul horizon des hommes… Et que dire de la machine fabriquée par Alan Turing, dont la création infléchit le cours de l’histoire ? Grâce à ce système de décryptage appelé bombe », ancêtre de l’ordinateur, les services secrets britanniques parviennent à déchiffrer les messages codés envoyés par l’armée nazie pendant la Seconde 4


Guerre mondiale. La découverte de Turing sauve de nombreuses vies, car elle permet aux Alliés d’intervenir avant les attaques allemandes. On estime qu’elle a raccourci la guerre de plusieurs mois, voire de plusieurs années, limitant ainsi les pertes humaines. À côté de ces grandes inventions, notre vie quotidienne est également facilitée par une foule de petites innovations, parfois très anciennes, comme le savon, qui existait déjà, sous une forme rustique, au temps des pharaons de l’Égypte ancienne. Les lunettes, quant à elles, trouvent leur origine à la fin du XIIe siècle en Italie : des hommes d’Église fixent des cristaux de roche sur un pince-nez pour s’aider à lire des manuscrits. En France au XVIIIe siècle, Nicolas Appert fabrique la première boîte de conserve pour préserver la fraîcheur des aliments, tandis qu’un siècle plus tard Eugène Poubelle donne son nom au récipient à ordures. Plus proche de nous, le stylo à bille est inventé par un journaliste hongrois qui regarde des enfants jouer aux billes dans une flaque d’eau : László Biró constate que celles-ci laissent une trace sur le sol. Pourquoi alors ne pas introduire une bille dans un stylo muni d’une cartouche d’encre ? Avec son frère chimiste, il dépose un brevet* en 1938 et change la vie de nombreux écoliers : l’encre s’écoule bien et sèche vite… Fini les taches du stylo à plume !

Le fruit d’un long aboutissement Qu’elles soient créées par une seule personne ou par une petite équipe, les inventions sont le plus souvent l’aboutissement d’un long processus, jalonné d’essais et d’erreurs. Découvertes en 1865 par l’Écossais James Clerk Maxwell, les ondes radioélectriques sont ensuite étudiées par l’Allemand Heinrich Hertz, qui en précise le fonctionnement. Mais c’est l’Italien 5


Guglielmo Marconi qui franchit le pas décisif : il améliore la compréhension du phénomène et surtout développe la télégraphie sans fil. En 1901, ce nouveau mode de télécommunication permet de diffuser des messages en morse d’un côté à l’autre de l’océan Atlantique. Cet exemple illustre le fait qu’une véritable invention ne se limite pas à une simple découverte technique : elle s’inscrit dans une histoire et répond à un besoin à un moment donné. Il arrive alors que, lorsqu’une technologie est mûre, plusieurs personnes développent la même idée quasiment en même temps. C’est le cas notamment du téléphone. Aux États-Unis, Alexander Graham Bell et Elisha Gray se disputent le brevet en 1876, alors qu’Antonio Meucci a mis au point quelques années plus tôt un télégraphe parlant, mais sans protéger son invention. Parallèlement, en Europe, le Français Charles Bourseul avait décrit le fonctionnement d’un appareil semblable, vingt-deux ans avant les Américains.

Quand le hasard fait bien les choses Les inventions sont parfois aussi le fruit du hasard. L’exemple le plus connu est sans doute celui de la pénicilline : en 1928, Alexander Fleming découvre le premier antibiotique suite à un oubli. En rentrant de vacances, le médecin britannique s’aperçoit en effet que les bactéries qu’il a laissées dans une boîte ont été tuées par une moisissure ; il démontre ensuite l’efficacité de cette pénicilline pour guérir des maladies comme la pneumonie, la scarlatine ou la diphtérie. George de Mestral, lui, est intrigué par la manière dont les graines de bardane, sorte de chardon, s’accrochent à ses vêtements et aux poils de son chien quand il part chasser dans les Alpes. Intrigué, l’ingénieur examine les plantes au microscope 6


et s’en inspire pour mettre au point, en 1951, le Velcro, raccourci de velours crochet », qu’on appelle aussi scratch ». Quant à la chimiste Stephanie Kwolek, elle travaille sur un tout autre projet de recherche quand elle invente par hasard, en 1965, le Kevlar, avec lequel on fabrique notamment des gilets pareballes.

Inventeurs célèbres et illustres inconnus Archimède, Léonard de Vinci, les frères Lumière, Edison… Certains noms sont restés célèbres par-delà les siècles. Et contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas toujours de vieux savants aux cheveux grisonnants ! En témoigne Louis Braille, qui a seulement seize ans quand il invente l’alphabet pour les aveugles qui porte son nom. D’autres noms sont presque tombés dans l’oubli : les hommes se sont effacés devant leurs inventions. Dans les années 1950, la télévision devient un objet de consommation que tout le monde s’arrache : elle envahit les foyers, donnant accès à des films et des informations qu’on ne pouvait jusque-là que voir au cinéma ou entendre à la radio. Mais qui se souvient de John Logie Baird, l’ingénieur écossais qui a créé le petit écran ?

Rares inventrices Peu de femmes figurent parmi les grands inventeurs, pour des raisons historiques liées au manque d’éducation des jeunes filles. Jusqu’au XIXe siècle, la plupart des femmes sont en effet cantonnées aux travaux domestiques. Quelques-unes deviennent peintres ou écrivaines, mais il faut attendre Marie Curie pour qu’une femme soit reconnue pour ses compétences scientifiques dans un monde qui reste largement masculin. Cette chimiste 7


d’origine polonaise est d’ailleurs davantage une scientifique qu’une inventrice, car elle n’a pas découvert de nouvelle technologie ni construit d’objet innovant. Mais elle reste emblématique, en tant que première femme à recevoir le prix Nobel*, d’abord avec son mari en 1903, puis seule sept ans plus tard. À partir du début du XXe siècle, quelques femmes commencent à se démarquer : Mary Anderson dépose un brevet pour l’essuieglace en 1903, Florence Parpart conçoit le premier réfrigérateur électrique en 1914, Grace Murray Hopper met au point en 1959 un nouveau langage informatique baptisé COBOL… Désormais, la voie est ouverte, même s’il reste des progrès à faire en termes d’égalité des sexes. Et il faut souhaiter qu’à l’avenir les femmes prennent toute leur place dans l’histoire des inventions qui se poursuit de siècle en siècle.

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les nombres, Mathématiques : abstraits comme ts je ob s de à e ress e les propriétés Science qui s’inté et qui en détermin s, ce pa es s le ou riques les figures géomét if. onnement déduct is ra un nt en utilisa sent la matière Chimie : rains » qui compo « g s le t en m m séparent pour ie co Science qui étud ent entre eux ou se ci so as s’ ) es ul éc et mol crée des bulles (appelés atomes e, lorsque la levure pl em ex r Pa . ts ui prod former de nouveaux imie. au, c’est de la ch te gâ un ns de gaz da ls de l’univers. Physique : énomènes nature ph s le r ue iq pl ex à che rmi lesquels : Science qui s’atta urs domaines, pa ie us pl fonctionnement en ée vis di Elle est ent des objets et le m ve ou m le ne er i conc - la mécanique, qu s ne hi des mac des sons ntrée sur l’étude s cristaux… - l’acoustique, ce yse les métaux, le al an i qu , ux ia ér mat ple la formation - la physique des lumière, par exem la de s té rié op pr s ie le - l’optique, qui étud t des particules rs eu des coul t le déplacemen en m m co e in am i ex es) peut créer - l’électricité, qu mposant les atom co s ue iq ys ph ts je (de minuscules ob . ie rg de l’éne de l’i nf or m at io n Informatique : t au to m at iq ue en m te ai tr le ie s et les robots. Sc ie nc e qu i ét ud ent les ordinateur m m ta no nt so e qu par les machines

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vers – 400 la boussole Chine vers – 3500 la roue le peuple sumérien

Industrie

Énergie

Médias

Transports

CHRONOLOGIE DES INVENTIONS

vers 100 le papier Chine

1440 l’imprimerie Gutenberg

vers – 200 le moulin à eau Illyrie

vers 650 la poudre à canon Chine


1608 le télescope Hans Lippershey

1776 le bateau à vapeur Claude de Jouffroy d’Abbans 1783 la montgolfière Joseph et Émile Montgolfier

1804 la locomotive à vapeur Richard Trevithick 1817 le vélocipède Karl Drais von Sauerbronn

1903 l’avion Orville et Wilbur Wright

1888 l’automobile Carl et Bertha Benz

1960 la fusée Wernher von Braun

1825 1876 1926 le braille le téléphone la télévision Louis Braille Alexander John Logie Baird Graham Bell 1826 1945 la photographie 1895 l’ordinateur le cinéma Joseph John Eckert Auguste et et John William Nicéphore Louis Lumière Mauchly Niépce 1897 la radio Guglielmo Marconi 1752 le paratonnerre Benjamin Franklin

1624 le sous-marin Cornelis Drebbel

1800 la pile électrique 1891 Alessandro Volta la bobine Tesla Nikola Tesla 1879 l’ampoule électrique Thomas Edison 1813 la scie circulaire Tabitha Babbitt

1765 la machine à vapeur James Watt

1973 le téléphone portable Martin Cooper

1836 le revolver Samuel Colt 1867 la dynamite Alfred Nobel

1916 le char d’assaut armée britannique 1965 le Kevlar Stephanie Kwolek


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ARCHIMÈDE Mathématicien et ingénieur, Archimède est l’un des scientifiques grecs les plus célèbres de l’Antiquité. Si ses théories et ses inventions ont été décrites par plusieurs historiens de l’époque, peu de récits évoquent sa vie ou son caractère, et le savant est rapidement devenu un personnage légendaire.

NAISSANCE

PHRASE CÉLÈBRE

vers 287 av. J.-C., à Syracuse (Sicile)

« Eurêka ! » (« J’ai trouvé ! » en grec ancien)

MORT

DOMAINE DE RECHERCHES

vers 212 av. J.-C., à Syracuse

mathématiques (notamment géométrie), physique (notamment mécanique)

LIEU DE RÉSIDENCE

PRINCIPALES INVENTIONS

Syracuse

le principe du levier, utilisé notamment dans des machines de traction (poulies, grues, catapultes…) ; la vis sans fin, qui permet de pomper l’eau vers le haut ; l’écrou ; l’odomètre (appareil servant à mesurer la distance parcourue par un véhicule) ; de nombreuses machines militaires

NATIONALITÉ grecque

Archimède est face à un problème complexe : le roi Hiéron II lui a demandé de vérifier que la couronne qu’il a fait fabriquer par un orfèvre est bien en or pur. C’est aux bains publics que le savant trouve la solution : il comprend qu’un corps plongé dans l’eau en déplace un certain volume. Si, quand on la met dans une bassine, la couronne fait varier le niveau autant que le ferait un lingot d’or du même poids, alors le métal est pur. Verdict : l’artisan a triché. Archimède, lui, reste connu pour ce principe physique auquel il a donné son nom : la « poussée d’Archimède ».

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Les machines de guerre d’Archimède Debout sur le pont d’une des galères qu’il commande, le général Marcellus donne les ordres à ses soldats. Après avoir remporté la bataille de Nola en Italie, il conduit son armée en Sicile, où il s’apprête à attaquer Syracuse par la mer : jusque-là du côté de Rome, la ville a récemment changé de camp pour faire alliance avec sa rivale, Carthage, dirigée par le rusé Hannibal. Pour Marcus Claudius Marcellus, l’un des meilleurs généraux de Rome, pas question de laisser la cité aux mains de ses ennemis ! Confiant, le regard fixé sur l’horizon, il vogue avec ses hommes en direction de la belle Syracuse. Cependant, alors qu’un premier bateau s’approche des murailles qui entourent la ville, une pluie de flèches s’abat sur les soldats à bord : les projectiles transpercent les voiles pour venir se ficher dans les bras ou les jambes des rameurs, ahuris et terrifiés. Il faut quelques minutes aux matelots pour réagir. Un à un, tous abandonnent leur poste pour échapper au déluge et tenter de se mettre à l’abri. — Que se passe-t-il ? s’affole un homme, allongé sous un banc pour se protéger des pointes aiguisées qui volent de tous les côtés. — Cela ne s’arrêtera donc jamais ! hurle un marin, voyant ses compagnons tomber les uns après les autres. Un peu plus loin, sur les navires restés au large, les soldats assistent, impuissants, au massacre des leurs. Eux-mêmes se croient hors de portée des tirs ennemis. Loin s’en faut ! Les voici qui doivent à leur tour affronter des jets de pierres et de boulets 14


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de plomb. L’impact est si puissant que les rames cassent net, les bancs sont détruits, les coques fissurées, voire carrément brisées. — D’où viennent ces projectiles ? crie un officier depuis son poste de commandement. — Difficile à dire, lui répond un centurion qui observe pourtant la scène avec une grande attention. Ils paraissent sortir tout seuls des murailles… — Mais qui les tire ? reprend son supérieur, agacé de ne pas obtenir de réponse claire. — Je ne sais pas. Je ne vois personne sur les remparts. C’est un mystère… Au même moment, cachés derrière les fortifications, les habitants de Syracuse s’activent. Ils arment de puissantes catapultes qui permettent de lancer au loin, avec une grande précision, des projectiles de tailles diverses. Un vieillard à la barbe blanche examine les machines de guerre avec attention. Il s’appelle Archimède et c’est lui qui les a inventées. Pour tout dire, lorsqu’il les a imaginées, il ne pensait pas qu’elles serviraient un jour… Cela se passait quelques années plus tôt. Passionné de géométrie, Archimède travaillait alors comme ingénieur auprès du précédent roi de Syracuse, Hiéron II. Il avait gagné la confiance du monarque en réussissant l’exploit de faire glisser sur la terre, à lui tout seul, une galère chargée de marchandises, grâce à un habile système de poulies et de leviers.

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— Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ! s’était-il exclamé face au roi ébahi. Hiéron II avait demandé à Archimède de concevoir des machines de guerre, destinées à protéger la ville en cas d’attaque. Même s’il se souciait peu de la rivalité entre Rome et Carthage, le vieux savant grec – il avait déjà plus de soixante-dix ans ! – avait accepté : il était heureux de pouvoir mettre en application les théories qu’il avait découvertes. Il avait donc passé des mois, enfermé dans son atelier, à dessiner les plans de curieux engins, puis à en superviser la construction. Fonctionneraient-ils comme il l’avait imaginé ? Malgré de nombreux essais, il était incapable de l’affirmer…

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Maintenant que la guerre est engagée contre les Romains, l’heure de vérité a sonné. Archimède est soulagé de voir que ses catapultes ont permis de repousser le premier assaut. Mais les soldats ne vont certainement pas renoncer si vite. S’ils reviennent, la « main de fer » sera-t-elle aussi efficace ? Quelques jours plus tard, plusieurs navires du général Marcellus tentent en effet une nouvelle attaque. Après un détour pour échapper aux tirs de flèches et de roches, ils réussissent à s’approcher de la rive. Les soldats sont à la manœuvre. Ils se préparent à accoster quand un bruit, un horrible grincement métallique, les fige sur place. — Vous avez entendu ? s’effraie l’un d’eux. Qu’est-ce que cela peut bien être ?

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Les membres de l’équipage n’ont pas le temps de lui répondre : une immense ombre est en train de s’étendre sur le bateau. Dans un même élan, tous lèvent la tête. Une poutre géante est apparue au-dessus des murailles et pointe dans leur direction. Une chaîne y est accrochée et pend dans les airs avec, à son extrémité, un impressionnant crochet. — On dirait une griffe de fer ! souffle un soldat. — Elle se rapproche…, observe un autre, craintif. Attention, elle descend vers nous ! — Notre armée aurait-elle fait du tort à Vulcain, le dieu forgeron, pour qu’il veuille se venger en envoyant contre nous son engin maléfique ? s’interroge un troisième. Les Romains ne peuvent pas voir que, derrière les remparts, ce n’est pas un dieu mais bien des hommes en chair et en os qui défendent leur ville : dirigés par Archimède, les habitants de Syracuse manient sans relâche les leviers, poulies et contrepoids. Le savant vérifie tous les mécanismes, du moindre écrou jusqu’à la plus petite vis. Malgré son âge, il s’affaire pour donner ses indications à chacun. — Tirez sur le câble de ce côté ! Allez, encore un peu. Parfait ! Maintenant, enroulez cette corde par là… Lentement, la main de fer poursuit sa descente au-dessus de la mer. Pendant ce temps, les soldats s’affolent à bord de la galère. Arrivé à hauteur d’homme, le crochet agrippe la proue. Il soulève le navire sur plusieurs mètres, le balance quelques instants dans les airs, puis le laisse tomber brutalement. Le choc est si violent que le bateau s’écrase à la surface de l’eau et coule à pic. 18


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De l’autre côté de la muraille, Archimède pousse un soupir : tout se déroule comme prévu. L’inventeur ne relâche pas ses efforts pour autant. Il repère un autre vaisseau, qu’il choisit pour cible, et continue de piloter les mouvements de la machine. La main de fer saisit le deuxième navire et l’envoie cette fois se fracasser contre les rochers, avant de s’attaquer au reste de la flotte. Loin de croire à une intervention divine, le général Marcellus sait qu’il se bat contre le génie d’un homme, car il connaît la réputation d’Archimède. Mais il reste bien décidé à venir à bout de la résistance sicilienne.

Les assauts des Romains se poursuivent pendant de longs mois. Chaque fois, les habitants de Syracuse trouvent une nouvelle réplique, guidés par Archimède, qui continue d’organiser la défense de la ville. Il place des archers aux meurtrières qu’il a fait creuser dans les remparts : cachés derrière ces fines entailles de la largeur d’une main, ces hommes décochent leurs flèches sans risquer d’être blessés par l’ennemi. Pendant ce temps, d’autres s’évertuent à actionner les différentes machines : les catapultes, la main de fer, mais aussi une gigantesque grue qui fait tomber des pierres sur les bateaux, les réduisant ainsi en miettes.

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Face aux innombrables dégâts subis par sa flotte et à la panique qui a gagné ses troupes, le général Marcellus décide de battre en retraite. Il réunit un conseil. — Nous allons changer de stratégie, annonce-t-il à ses hommes. Puisque nous ne pouvons pas approcher, nous allons rester à distance et empêcher l’approvisionnement de la ville. Le siège dure un an, pendant lequel les habitants de Syracuse attendent désespérément l’aide de leurs alliés carthaginois, qui ne viendra jamais. Enfin, les Romains finissent par trouver une faille dans la défense sicilienne : ils ont observé que les fortifications sont moins hautes à un endroit, et donc plus faciles à escalader. Une nuit, ils profitent du fait que les habitants de Syracuse organisent une grande fête en l’honneur de la déesse Artémis, pour franchir la muraille. Les soldats entrent par surprise dans la ville, où ils sèment la terreur, détruisant les maisons et pillant toutes les richesses qu’ils trouvent. Avant de donner l’assaut, le général Marcellus a ordonné d’épargner les habitants, en particulier Archimède, dont il reconnaît et admire l’intelligence. Il espère aussi convaincre le savant de mettre ses talents au service de la République romaine. Quand l’armée se répand dans les rues de Syracuse, le mathématicien ne prête pas attention au tumulte qui gronde autour de lui. Plongé dans ses réflexions, il a tracé de grands cercles sur le sol et se creuse les méninges pour résoudre un nouveau problème de géométrie.

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Un soldat s’approche de lui mais, soucieux d’achever sa démonstration, Archimède ne répond pas aux injonctions du Romain, qui lui demande de le suivre. Furieux de ne pas être écouté, celui-ci entre dans une colère noire et tue d’un coup de lance le vieil homme désobéissant. C’est ainsi qu’à soixante-quinze ans Archimède trouve la mort dans l’attaque de la ville qu’il a contribué à défendre avec ses machines.

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GLOSSAIRE BREVET Document qui reconnaît officiellement que la personne qui le possède est le propriétaire d’une invention. Le brevet permet de protéger l’inventeur, en interdisant notamment à d’autres personnes d’utiliser son idée sans lui demander son autorisation. EXPÉRIENCE OU EXPÉRIMENTATION Test répété d’un processus ou du fonctionnement d’un objet pour vérifier certaines de ses caractéristiques. FIBRE Matériau utilisé pour fabriquer du tissu ou des objets. Les fibres peuvent être naturelles quand elles proviennent d’animaux ou de végétaux, artificielles si elles sont créées à partir de cellules végétales, ou synthétiques quand elles sont conçues avec des produits chimiques, comme dans le cas du Kevlar.

INDUSTRIE Ensemble d’activités qui permettent de fabriquer des produits en grande quantité, à partir de matières premières (directement issues de la nature), comme le coton, le maïs, la pierre, le pétrole… PRIX NOBEL Récompense attribuée au niveau mondial à une personne qui a contribué à faire progresser l’humanité sur des questions de recherche scientifique ou plus généralement de société. Chaque année, un prix est remis dans plusieurs catégories : littérature, physique, chimie, médecine, sciences économiques, paix. En mathématiques, il n’y a pas de prix Nobel, mais la plus prestigieuse récompense est la médaille Fields. PROTOTYPE Premier modèle d’une invention, réalisé à titre d’exemple pour donner une idée de ce à quoi pourrait ressembler l’objet fini.


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DE L'HISTOIRE

Inventeurs Ce qu’il faut de patience, de travail, mais aussi de génie pour concevoir des innovations capables de bouleverser le monde ! D’Archimède et ses machines de guerre, au web de Tim Berners-Lee, en passant par les mille brevets de Thomas Edison et l’automobile des époux Benz, voici les portraits de douze inventeurs qui ont marqué leur temps. Expériences mouvementées, guerre des idées, démonstrations audacieuses… ce livre somptueusement illustré offre une plongée fascinante au cœur de l’histoire.

12 chapitres constitués chacun d’une fiche d’identité détaillée et d’un récit biographique ! Textes de Sophie Blitman • Illustrations d’Arnaud clermont Dans la même collection Mo

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