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crush cannelle cafe frappé

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cannelle et café frappé

Stacia Deutsch

Sully a toujours détesté JJ, un garçon insupportable…! Alors quand celui-ci décide de participer avec elle à la vente des cartes Cupidon, Sully se fâche. Mais cette colère ne cacherait-elle pas un autre sentiment ?

Sasha, Maddie, Jasmine, Sully, quatre héroïnes, quatre histoires différentes, émouvantes et attachantes, à découvrir dans Crush, la série à boire frappée !

Stacia Deutsch

et café frappé

14,90 € TTC France

www.fleuruseditions.com

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29/08/2018 17:15


Cinnamon bun besties Copyright © 2018 by Stacia Deutsch Sky Pony Press (A registered trademark of Skyhorse Publishing, Inc., New York) Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Raphaële Glaux, assistée de Sophie Virrion Direction artistique : Élisabeth Hebert Mise en pages : Pixellence Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten © Fleurus, Paris, 2018 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-3903-4 MDS : 592 817 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »


stacia Deutch

CRUSH cannelle et café frappé Traduit de l'anglais par Charlotte Grossetête

fleurus


Chapitre 1 Les cartes de la discorde

Lundi 31 janvier À deux semaines de la Saint-Valentin – Moi, madame, je suis volontaire ! J’ai levé la main et, pour mieux attirer l’attention de mon professeur, je l’ai agitée. Mon bracelet a tinté, ses breloques s’entrechoquant comme des grelots. J’adore ce son. J’ai fait de grands gestes avec une énergie redoublée. – Je veux m’occuper des cartes Cupidon cette année !

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Crush Je savais que cette mission allait m’être confiée, mais Mme Choï a pris le temps de regarder, les uns après les autres, les élèves délégués du collège Fort ­Lupton. Nous étions un petit groupe de représentants de sixième, ­cinquième et quatrième. Chaque niveau élisait deux garçons et deux filles, et c’était la deuxième fois que mes copains de classe avaient voté pour moi. ­L’année dernière, en sixième, j’avais déjà géré les ventes des cartes Cupidon de la Saint-Valentin, et jamais on n’avait gagné autant d’argent dans toute l’histoire de ce projet. Grâce à ces recettes énormes, la soirée de printemps du collège avait été spectaculaire. On avait embauché une DJ géniale ! Elle avait passé de la super musique, elle nous avait lancé des colliers phosphorescents, et elle avait distribué à tout le monde des chaussettes rigolotes pour pouvoir glisser sur le sol. Personne ne le disait tout haut, mais je savais que le succès de l’année dernière allait me valoir d’être être renommée responsable du projet. – Merci de te proposer, Sully, m’a dit Mme Choï en constatant qu’il n’y avait pas d’autre volontaire.

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cannelle et café frappé Elle avait un crayon coincé derrière l’oreille. Elle l’a attrapé en rejetant vers l’arrière ses courts cheveux bruns, et elle a inscrit quelque chose sur un bloc-notes. – Quelqu’un d’autre veut-il… BANG ! La porte de la classe s’est ouverte à la volée. – Désolé, je suis en retard. Joshua Juaquin est entré en trombe, et il s’est assis au fond, sur une chaise vide. JJ était l’un des autres délégués de ma classe. – J’étais au foot et je n’ai pas vu passer l’heure. Le conseil des délégués se réunissait après le déjeuner. Du JJ tout craché, cette manie de surcharger sa pause repas. Je lui ai jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule. Il avait les joues rouges et de la sueur perlait de ses cheveux. Surprenant mon regard, JJ m’a adressé un clin d’œil. J’ai levé les yeux au ciel et je me suis vite retournée. – Pas de souci, a dit Mme Choï. Nous venions de commencer. Bienvenue, JJ. Même les profs l’appelaient par son surnom. Je crois que ça détendait tout le monde, vu que sa mère était le maire de notre ville. Éviter de prononcer son nom de famille permettait d’oublier le lien de parenté.

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Crush – Nous en étions donc à… Mme Choï a consulté les notes posées sur son bureau. – Ah, oui, Sully Randolph veut piloter le projet des cartes Cup… Notre prof n’avait pas terminé sa phrase que JJ a levé sa main comme une flèche. – Je veux piloter le projet des notes Cupidon, a proclamé JJ. J’ai respiré un grand coup en jouant avec une mèche de mes longs cheveux noirs. Je savais exactement ce qui était en train de se passer. Ce n’était pas la première fois que JJ me défiait sur une affaire importante. C’était, en fait, la huitième fois. Pourtant, je ne tiens pas de compte, ce serait mesquin. D’ailleurs, pour être parfaitement honnête, sur ces huit fois, c’était parfois moi qui l’avais défié. – Des cartes Cupidon, ai-je rétorqué tout bas. Aïe ! Je venais de recevoir un coup de pied dans la jambe. – Tssst, Sully, m’a chuchoté ma voisine, Marley Renault. Nous habitions l’une à côté de l’autre, et nous étions meilleures amies. Moi, j’étais grande et un peu ronde, les cheveux très raides. Au contraire, Marley était petite et très mince ; elle avait la peau sombre et une invraisemblable masse de

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Cannelle et café frappé cheveux ébouriffés. Il y a des années, notre alliance était née là-dessus : nos cheveux nous désespéraient l’une et l’autre. Ça nous avait rapprochées. – Sully, a murmuré Marley en se penchant vers moi. JJ te pique ta place. – Je sais. Je le déteste. Je disais souvent ça, et Marley me répondait toujours : – Entre l’amour et la haine, il n’y a qu’un pas. Cette phrase était issue d’une de ses chansons préférées. ­Marley disait qu’elle nous allait bien, à JJ et moi. Elle n’en démord pas : d’après elle, je suis amoureuse de JJ depuis le CM1. Elle se trompe. Même si j’aime bien la Saint-Valentin, les histoires d’amour, très peu pour moi ! Ce sera pour plus tard, quand je serai plus âgée. Pour l’instant, j’ai mieux à faire, et un copain me prendrait beaucoup trop de temps. J’ai bien vu ce que ça donnait. Il y a longtemps, on était un groupe de quatre meilleurs amis  ; il y en a deux qui ont commencé à «  sortir » ensemble, et ça a sonné la fin du quatuor. On a beau être toujours dans la même école, on n’a plus jamais été meilleurs amis. En plus, avec qui est-ce que je voudrais sortir ? Certainement pas avec JJ.

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Crush – Jamais de la vie, ai-je murmuré. Mon cœur est un trou noir sans fond pour JJ. – Ouais. Bon. Marley s’est redressée sur sa chaise, la tête dodelinant au rythme d’une musique qu’elle avait dans le cerveau. Sans doute un air improvisé. Elle composait souvent des chansons. – Nous savons tous pourquoi Sully veut être la coordi­ natrice du projet, a dit Mme Choï au nouveau candidat. Mais toi, JJ, quelles sont tes motivations ? Elle l’a fixé d’un regard sérieux et a ajouté : – Je te demande de me convaincre. J’aurais parié que JJ ne regardait pas notre prof ; je sentais ses yeux lancer des éclairs sur ma nuque. J’avais la peau qui picotait. – La Saint-Valentin, c’est mon jour préféré, a commencé JJ. J’ai eu envie de me lever d’un bond en criant « Menteur ! ». Mais ça n’aurait pas été cool. En plus, je ne savais pas quel était vraiment son jour préféré, vu que je lui avais à peine adressé la parole depuis trois ans. N’empêche. Il y avait peu de chances pour que ce soit la Saint-Valentin. Je me suis mise à tambouriner sur mon bureau du bout des doigts tandis qu’il poursuivait.

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cannelle et café frappé – Pour être honnête, je ne me suis jamais occupé d’un projet pareil, mais je crois que je saurais bien m’y prendre. Je pense savoir comment gagner de l’argent. – Impossible, ai-je marmonné. Généralement, les délégués vendaient des cartes en forme de cœur, accompagnées d’une sucette. Les élèves, qui les achetaient un dollar pièce, pouvaient ensuite les envoyer à un ami, un amoureux, un prof… qui ils voulaient. Le jour de la Saint-Valentin, les délégués étaient dispensés de la dernière heure de cours pour assurer la distribution des cartes. Les cartes – le cœur en papier avec sa sucette - ne nous coûtaient que dix centimes à l’unité, ce qui nous rapportait quatre-vingt-dix pour cent de profit ! L’année dernière, on avait gagné plus de trois cents dollars pour la soirée de printemps, mais nous n’avions aucune chance de dépasser cette somme. J’espérais juste égaler l’exploit. – On peut gagner deux fois plus, a déclaré JJ. La soirée de cette année sera grandiose ! On pourra s’offrir un vrai groupe plutôt qu’un DJ, des danseurs professionnels pour nous apprendre les pas, et même prévoir des prix pour les meilleurs danseurs.

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Crush Il s’est trémoussé sur sa chaise comme s’il exécutait une danse. – N’importe quoi, ai-je lâché. Je me suis forcée à maîtriser ma voix, et j’ai répété plus calmement : – N’importe quoi, vraiment. – Sully, m’a interrompue Mme Choï, je te prie de respecter ton interlocuteur. Tu as le droit de partager ton opinion, mais fais-le gentiment, s’il te plaît. Mme Choï était très attachée aux principes de « responsabilisation et développement personnel », pour reprendre les mots d’un poster affiché dans sa classe. – OK. Je me suis tournée vers JJ et j’ai dit avec un petit sourire narquois : – Permets-moi d’exprimer mon respectueux désaccord. Derrière mon calme apparent, je sentais mon coeur cogner contre mes côtes. Je me suis levée pour poursuivre, et, les yeux fixés sur JJ, j’ai protesté : – Ton idée ne fonctionnera pas. Je me suis lancée dans mon argumentaire comme un avocat de série télévisée.

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cannelle et café frappé – L’année dernière, on a vendu trois cent cinquante cartes. C’était un maximum. On ne pourra jamais en vendre plus. Tout le monde n’en achète pas. Il y a des élèves qui ne peuvent pas se les offrir. D’autres qui ne veulent pas en donner. Il y a ceux qui trouvent que la Saint-Valentin est une fête stupide. D’autres… J’aurais pu tout aussi bien me taire. JJ s’est levé à son tour, et il a déclaré : – On pourrait facilement vendre mille cartes cette année. Combien on gagnera, à ton avis ? On s’est lancés dans le calcul tous les deux en même temps. Un dollar l’unité, moins les frais de fabrication… – Ça donnerait une somme de… ai-je commencé. – Neuf cents dollars, a conclu JJ. Facile. Comment avait-il pu faire l’opération avant moi ? Je savais pourtant que j’étais meilleure que lui en maths. Après notre dernière interro, j’avais jeté un coup d’œil au relevé de notes du prof. – Il n’y a que six cent quinze élèves dans le collège et tout le monde n’achète pas de carte ! J’étais résignée à me répéter, puisque de toute évidence, il ne m’avait pas entendue la première fois.

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Crush – Avec moi, c’est possible, a insisté JJ. Il me fixait du regard, à tel point que notre prof et le reste des délégués paraissaient ne plus exister. Une flamme brillait dans ses yeux sombres. – Je parie qu’on peut en vendre bien plus de mille. J’ai haussé le ton : – Tu n’étais pas dans l’équipe l’année dernière, donc tu ne connais rien au fonctionnement du projet. Il venait tout juste d’intégrer le conseil des délégués, en plus d’être capitaine de l’équipe de foot et d’avoir un rôle clé dans la pièce montée par l’atelier théâtre. Certains disaient que si JJ obtenait tout ce qu’il voulait, c’était parce que sa mère était à la tête de la mairie. Je ne savais pas quoi penser de cette influence maternelle. Je veux dire, je ne l’aurais jamais reconnu tout haut, mais JJ était plutôt doué dans tout ce qu’il entreprenait ; alors, il méritait peut-être tout ça. Mais pour l’instant, sa mère aurait bien pu être la reine de l’univers entier : il était hors de question qu’il remporte cette victoire. – On peut… a-t-il commencé. – Tu rêves !

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Cannelle et café frappé J’ai fait un grand pas vers lui. – On ne vendra jamais mille cartes Cupidon ! Un souvenir éclair m’est revenu : celui de la compétition d’orthographe de CM2. On était finalistes, lui et moi. J’étais sûre de gagner, puis il a eu un mot facile à épeler et il a raflé la récompense. J’ai pris ma revanche au concours de géographie de sixième. Le plus petit pays du monde ? Il a séché. La réponse, c’était le Vatican. Gagné pour moi ! Pour deux personnes qui se parlaient à peine, on se retrouvait souvent en compétition l’un l’autre. Il s’est avancé vers moi. – Tu fais ta rabat-joie, Sully. C’était une insulte personnelle. Mme Choï aurait dû réagir; elle ne l’a pas fait. Je suis sûre qu’elle voulait qu’on « dénoue la crise » tout seuls, et qu’elle attendait de voir comment ça allait se passer. Typique d’elle ! – Je ne suis pas une rabat-joie, ai-je rétorqué. Je suis réaliste. Tu délires, tu t’imagines que des millions de cartes Cupidon vont apparaître comme par magie à l’école et que l’argent pour la soirée va tomber du ciel ! – Tu… a-t-il commencé. – Tu… ai-je dit en même temps.

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Crush – Ça suffit ! a lancé Mme Choï, mettant un terme à la dispute. Elle s’est sans doute dit qu’on était incapables de gérer la crise, tout compte fait. J’ai reculé vers mon bureau et, avec un soupir exaspéré, j’ai tourné le dos à JJ. Ce n’était pas mon genre de me disputer à grands cris. Mais au fond de moi, j’étais bien obligée de ­l’admettre : ça m’avait fait du bien de dire à JJ ce que je pensais. J’aurais dû le faire dès le CM1, au début de cette longue bataille entre nous. Mme Choï a laissé régner un long silence, puis elle a annoncé son verdict, le regard grave. – Sully Randolph et Joshua Juaquin, vous travaillerez ensemble à l’organisation du projet cartes Cupidon de la Saint-Valentin. Il vous reste peu de temps, alors ne traînez pas. Elle a claqué la langue et plissé les yeux en nous dévisageant tour à tour pour signifier qu’il était inutile de discuter. Sa décision était irrévocable. Puis, juste avant de changer de sujet et poursuivre la réunion, elle a ajouté : – Bonne chance.

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Chapitre 2 Zut de zut

Deux terribles heures plus tard – Je le déteste. – Vraiment ? Tu en es sûre ? J’ai soupiré. On aurait dit un énorme nuage de fumée dans l’air froid de l’hiver. – Oui. Certaine. J’ai remonté la fermeture de mon manteau. En rentrant avec Marley du collège, j’avais insisté pour passer par le

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Crush

parc : il me fallait ce détour pour décompresser. En plus, nous avions la chance d’habiter dans une jolie petite ville au pied d’une montagne. Le parc était situé au cœur de notre quartier. D’un côté, il était flanqué d’une rangée d’immeubles ; des maisons individuelles s’alignaient sur les autres côtés. Au-delà de ces habitations, des rues s’étiraient en éventail dans toutes les directions, bordées de pavillons plus vastes. Au centre de la pelouse, il y avait des bancs et de très hauts arbres. À l’extrémité, il y avait une jolie aire de jeux et un enclos réservé aux chiens. Même quand j’étais petite, j’aimais bien aller là-bas pour regarder les chiens courir et jouer. Je n’ai jamais eu de chien, mais c’était quand même l’un de mes lieux préférés dans la ville. Je me suis dit que ça me remonterait le moral ; j’ai donc entraîné Marley vers l’enclos. Les hivers ne sont pas enneigés chez nous, mais les après-midi peuvent être glaciales à cette période de l’année. Ce jour-là, il faisait très froid, et il n’y avait qu’un seul gros chien en train de gambader dans l’enclos. Un husky croisé, ai-je pensé. Et j’ai décidé de demander au propriétaire si je pouvais lui lancer un bâton.

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cannelle et café frappé J’avais l’impression que tout mon corps était prisonnier d’un nœud géant. Maman était prof de yoga, et je savais ce qu’elle m’aurait conseillé de faire, mais j’étais sûre que dans ces circonstances, ça ne m’aurait pas aidé de respirer profondément. J’allais franchir l’entrée de l’enclos quand le propriétaire a crié : « Skylar ! Ici ! », et le husky s’est précipité. Ils s’en allaient. Soupir. J’arrivais trop tard. J’ai tapé du pied, et nous sommes reparties. Je me suis tournée vers Marley : – Tu as vu comment JJ m’a regardée quand Mme Choï nous a dit qu’on allait devoir travailler ensemble ? J’ai imité son grand sourire benêt. – Je le déteste. Marley n’a pas répondu, mais je savais ce que signifiait son silence. Non. Non. Non ! Elle pouvait penser ce qu’elle voulait, je n’avais aucune affection pour JJ. Pas la moindre étincelle. J’ai hoqueté tout haut rien que d’y penser. Nous avons traversé en silence l’épais gazon vert, dépassé les balançoires, et atteint la sortie du parc. Sur le trottoir, j’ai dit à Marley :

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Crush – On peut refaire un tour ? J’avais des devoirs, mais cette trop brève traversée du parc n’avait pas suffi à me calmer. J’étais tellement en colère qu’il allait me falloir un million de kilomètres à pied pour retrouver mon état normal. – Tu vas tuer l’herbe à la piétiner comme ça, m’a répondu Marley, et elle s’est mise à chantonner : Comme un gant esseulé, la terre crie son besoin d’être aimée… – Qui a composé ça ? Elle a levé les yeux au ciel. – Moi, bien sûr. – Pas mal. Je n’étais pas sûre de saisir le rapport entre un gant et la terre, mais Marley savait, elle, et c’était l’essentiel. C’était sa chanson. – Tu me la chanteras en entier ? ai-je demandé. Ça me changerait les idées. Marley adorait faire partager sa musique. Elle a fait oui de la tête, puis, jetant un coup d’œil à l’heure sur son téléphone : – On ferait bien de rentrer. On a des devoirs et j’ai mon cours de batterie ce soir.

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Cannelle et café frappé Elle a remis son téléphone dans sa poche et a esquissé des deux mains quelques mouvements de batterie, comme si elle jouait un solo. Les parents de Marley espéraient la voir s’intéresser à la médecine, comme eux deux, mais elle rêvait de faire partie d’un groupe de rock et n’avait que cet objectif en tête. Elle ne se contentait pas de jouer de la batterie – : elle chantait aussi dans la chorale de l’école et apprenait à manier une table de mixage qu’elle avait achetée sur Internet. En plus de ça, elle essayait de monter un groupe de quartier qui répéterait dans son garage le week-end et se produirait en concert quand il serait prêt. Jusqu’à présent, les Joyeux Petits Lamas ne comptaient que deux musiciens, mais ils cherchaient à recruter un guitariste. Je me suis redressée : – Je parie que JJ ne va pas vouloir aider à organiser les cartes Cupidon quand il aura compris tout le travail que ça représente. Il va laisser tomber. – Et te laisser tenir seule les rênes du projet ? Tu peux toujours rêver. J’ai tiré la langue. – Bah. Qui fait sa « rabat-joie » maintenant ?

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Crush J’ai regardé ma meilleure amie en fronçant les sourcils. – Qu’est-ce que je vais faire ? Je ne peux pas travailler avec lui ! – Va bien falloir… Marley s’est interrompue. Nous arrivions dans notre impasse, à quelques rues du parc. J’habitais au bout, la maison du centre, et celle de ­Marley était à droite de la mienne. – C’est un aboiement ? J’ai tendu l’oreille. Personne n’avait de chien par ici. Je l’aurais su ! Voilà un an que je suppliais mes parents de m’en offrir un. Ils disaient que je n’étais pas assez responsable. Ma mère était absente toute la journée, occupée à apprendre aux gens comment se plier sur eux-mêmes en forme de bretzel, et mon père, ingénieur, était souvent en voyage. À chaque fois que je demandais un chien, c’est-à-dire presque tous les jours, la réponse était « non ». Toutes les promesses du monde ne suffisaient pas à les faire changer d’avis. – Eh, Marley, regarde ! Le chiot le plus mignon du monde a déboulé vers nous en courant le long de la rue comme un boulet de canon

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cannelle et café frappé duveteux. Le temps que je cligne des yeux, il avait disparu derrière un arbre. – Arrête, Luna ! Arrête ! Reviens ! Ohé ! Je connaissais cette voix. Je me suis tournée vers notre voisine et j’ai hoché légèrement la tête en guise de salut. – Bonjour, Olivia. – S’il vous plaît, arrêtez-la ! a crié Olivia. Luna, reviens ! Luna s’était arrêtée pour faire pipi sur la pelouse de ­Marley. Nous nous sommes regardées, Marley et moi. Olivia Dalton n’était pas notre amie, mais nous ne pouvions pas laisser son chien s’enfuir. Ça aurait été méchant. – Eh, petite Lu-Lu, a appelé Marley. L’intéressée a paru ne pas entendre. J’aurais parié qu’elle ne connaissait pas encore son nom, et puis de toute façon, elle ne s’appelait pas Lu-Lu. – Il faut la coincer, ai-je dit. Poursuivre un chien, ça le fait juste courir plus vite. Nous avons essayé d’encercler Luna, mais elle est repartie comme une flèche avant qu’on ait pu l’attraper. – Voiture ! a crié Olivia. Une camionnette débouchait au fond de la rue. Elle était très loin de Luna, mais nous ne voulions prendre

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Crush aucun risque avec le prochain conducteur qui rentrerait chez lui. – Il faut qu’on l’attrape vite, a dit Marley en regardant la camionnette disparaître dans un garage. Elle a ajouté à ­l’attention d’Olivia : – Je pars à gauche, tu pars à droite. Sully, toi, au milieu. Une autre idée m’est venue. – Non ! Je reviens. Tandis que Marley et Olivia s’élançaient à la poursuite de Luna, j’ai couru chez moi. – Tu vas où ? m’a crié Marley. – On a besoin de toi ! a hurlé Olivia. Pas le temps de leur expliquer. J’ai continué sur ma lancée. À la maison, j’ai attrapé une longue ficelle, un pot de beurre de cacahuète et une cuillère. Une minute plus tard, je ressortais en courant. – Qu’est-ce qui t’a pris de nous abandonner ? m’a dit ­Marley d’un ton mélodramatique. Le chien s’était encore éloigné. – T’inquiète ! Je n’abandonnerais jamais Luna comme ça. J’ai jeté la ficelle à Olivia. Une fois Luna capturée, sa maîtresse pourrait attacher une extrémité de la ficelle à son collier.

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cannelle et café frappé Je me suis assise sur le seuil de ma maison et j’ai ouvert le pot de beurre de cacahuète. – Ici, Luna ! ai-je appelé d’une voix forte et ferme. J’ai agité la cuillère en l’air pour que l’odeur du beurre de cacahuète parvienne jusqu’au chiot. Aucune réaction. Zut ! Cette astuce ne donnait rien, contrairement à ce que j’avais vu sur Internet. La capture allait peut-être se révéler plus délicate que je ne l’aurais cru… Luna était encore loin, alors je me suis levée pour m’en approcher doucement, aussi près que possible sans la faire fuir. Les breloques de mon bracelet ont tinté : j’agitais de nouveau la cuillère. – Ici, Luna ! Luna a laissé tomber un bâton qu’elle tenait dans la gueule, et elle s’est mise à flairer l’air. J’avais capté son attention, mais ensuite ? J’aurais voulu faire une pause, retourner chez moi en courant et regarder la vidéo que j’avais vue en ligne. Avec ce type, « Doug qui parle aux chiens », tout avait l’air si facile ; et vu mon manque d’expérience auprès de vrais chiens, je n’avais pas d’autre choix que de suivre son conseil. Il allait falloir que je m’entête.

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Crush Alors, j’ai ordonné : – Au pied ! Mon ton était clair : je ne lui donnais pas le choix. Il fallait obéir. Elle m’a regardée et elle a fait quelques pas vers moi. Je bouillais d’excitation mais je n’en ai rien laissé paraître. Je ne voulais pas qu’Olivia ou Luna se figurent que j’hésitais sur la marche à suivre. – Au pied ! ai-je répété fermement. Luna s’est approché de moi à pas lents, la tête levée, flairant l’air. – Si tu veux ton goûter, il faut que tu viennes le chercher. Ça faisait sans doute trop de mots dans le cadre d’un dressage, mais j’avais l’impression qu’elle m’écoutait. – Je te ramène chez toi. Tournant résolument le dos à Luna, j’ai avancé dans la rue en tenant vers le bas la cuillère enduite de beurre de cacahuète. J’ai jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule et surpris Luna à s’arrêter une seconde ; mais elle s’est ensuite décidée à me suivre, le museau en l’air pour mieux flairer le beurre de cacahuète.

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Cannelle et café frappé Devant chez Olivia, je me suis assise dans l’herbe. Une vague de bonheur m’a envahie quand Luna s’est approchée pour lécher la cuillère. – Gentil chiot, ai-je roucoulé tandis qu’Olivia attachait la ficelle au collier de Luna. – Merci de l’avoir récupérée, m’a-t-elle dit. Puis, se tournant vers Marley : – Et merci à toi d’avoir essayé. – No problemo, a répondu Marley avec un sourire qui a fait étinceler son appareil dentaire. – Comment tu savais, pour le beurre de cacahuète ? m’a demandé Olivia. J’ai haussé les épaules : – Je ne sais pas. Ça m’est venu comme ça. Marley était la seule au courant de mes recherches Internet. C’était notre secret. Ça faisait partie d’un plan visant à prouver à mes parents, le moment venu, que je saurais me débrouiller pour dresser un chien. Et la preuve, je la tenais, là, aujourd’hui ! Luna se reposait à mes pieds, et moi, je me sentais dans la peau d’une rock star dresseuse de chiens. – Eh, les filles !

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Crush La mère de Marley passait la tête par la fenêtre. Elle ressemblait beaucoup à Marley, en à peine plus étoffé. – Mar, c’est l’heure de rentrer ! – Ouais ! a dit Marley en se levant. Je file. Elle a fait un signe de la main à Luna : – Adios, Sully. À bientôt, p’tit chiot. Elle a improvisé une rime : – Les chiots courent pour le plaisir, Et moi j’ai plaisir à courir. Sur ces mots, elle est partie comme une flèche, et je suis restée seule avec Olivia. Je lui ai tendu la cuillère, même s’il n’y avait presque plus de beurre de cacahuète dessus. Je n’avais rien à lui dire, alors nous sommes restées silencieuses. Olivia avait fait partie de ce fameux quatuor de meilleurs amis ; mais entre nous, c’était fini. Je m’apprêtais à trouver un prétexte pour m’en aller quand j’ai entendu une voix crier : – Oli-vi-a ! J’ai levé les yeux. JJ s’avançait vers nous. J’ai poussé un soupir. C’était lui, le dernier élément de notre ancien groupe. Olivia et lui étaient encore amis. Marley et moi aussi, de notre côté. Les deux paires ne se mélangeaient

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cannelle et café frappé pas. Et en ce qui me concernait, que Mme Choï le veuille ou non, je ne ferais jamais équipe avec JJ. Jamais, au grand jamais. J’ai fixé JJ d’un regard amer. Il s’était changé ; il portait une chemise à col et un pantalon kaki avec une ceinture, ainsi que les nouvelles tennis qu’il s’était achetées la semaine précédente (ne pensez pas que je les avais remarquées. Je savais qu’elles étaient neuves parce que je l’avais entendu en parler sous le préau, c’est tout). On aurait dit qu’il partait jouer au golf. – Salut Sully, a-t-il dit en m’apercevant. Je me suis levée à toute vitesse. – Au revoir. – Tu peux rester si tu veux, m’a dit Olivia. Je ne supportais pas qu’elle me parle sur un ton aussi amical, ce qu’elle faisait presque tout le temps. C’était comme si le passé n’avait pas d’importance à ses yeux et qu’elle continuait à avancer, tralala lalère, comme s’il ne s’était rien passé. Avec JJ, c’était différent. Il n’était pas méchant, mais dès qu’il avait une occasion de rivaliser avec moi, il sautait dessus. Mme Choï nous avait forcés à faire équipe, mais il mijotait quelque chose. Je le sentais. Seulement, je ne savais pas encore quoi.

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Crush – JJ et moi, on va emmener Luna en promenade, m’a dit Olivia en me tendant la ficelle à laquelle le chiot était attaché. Tiens-la-moi, le temps que j’aille chercher sa laisse.  Avant que j’aie pu protester, Luna était entre mes mains et Olivia fonçait chez elle. Nous nous sommes retrouvés seuls sur la pelouse, JJ et moi. Tout seuls. Je l’ai foudroyé du regard. Il m’a fusillée du sien. Nous ne disions rien, ni l’un ni l’autre. J’ai eu l’impression qu’il s’écoulait cent ans, qui, en fait, n’ont pas dû durer plus de cent secondes, jusqu’au retour d’Olivia. – On n’a qu’à y aller tous les trois, a-t-elle dit d’un ton gai. Elle s’est penchée pour remplacer ma ficelle par la laisse mauve à paillettes de Luna. Elle pensait vraiment qu’on pouvait remonter le temps ? – Non merci, ai-je dit en secouant la tête. – Ouais. Sully a sans doute des choses à faire, a glissé JJ. Tu me diras quand tu voudras qu’on parle des cartes Cupidon. Je pourrai te donner mes idées, a-t-il posément.

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cannelle et café frappé De nouveau, je me suis demandé ce qu’il tramait. Quel était son plan pour se faire mousser tout en m’humiliant ? C’était tellement frustrant de ne pas le deviner ! – Je me débrouillerai bien toute seule ! Au revoir, Luna. J’ai fait exprès de ne saluer ni JJ ni Olivia. J’ai traversé la pelouse au pas de course et je suis entrée chez moi en claquant la porte.

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Sully a toujours détesté JJ, un garçon insupportable…! Alors quand celui-ci décide de participer avec elle à la vente des cartes Cupidon, Sully se fâche. Mais cette colère ne cacherait-elle pas un autre sentiment ?

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