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Ils réalisent tous vos voeux

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La famille

un roman de Paul Beaupère illustré par serge Bloch

fleurus

un roman d’aventure mené par une famille d’espions pas ordinaire !


Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Claire Renaud Direction artistique : Elisabeth Hebert Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Audrey Bord Composition : Text’Oh! © Fleurus, Paris, 2018. www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2451-3627-9 MDS : 592 610 Tous droits réservés pour tous les pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »

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Chapitre I 22, place des Vosges

Liste assez ancienne retrouvée par hasard au fond d’un tiroir : –  Affûter la tronçonneuse ; –  Débiter trois sapins ; –  Faire une terrine ; –  Penser à nourrir Alfred ; –  Ne pas oublier de rendre sa pelle à neige à la voisine. Mais ça, c’était avant… Avant, tout allait bien. Tout s’est détraqué quand on a déménagé.

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C’était une idée de papa. Un soir en revenant de la forêt il a dit : – On part. On va ouvrir un restaurant à Paris ! Je serai à la cuisine, maman s’occupera des clients et vous, les enfants, vous donnerez un coup de main. Vous allez adorer. –  Mais, chéri, tu n’as jamais cuisiné de ta vie ! a dit maman. –  C’est un détail, ça ! –  Tu sais que tu ne sais rien faire ? –  Rien… attends, laisse-moi réfléchir… Je sais faire les raviolis en boîte, les tartines de confiture, les sandwichs au pâté, le barbecue. Je sais ouvrir les huîtres et vider un poulet… Voilà, je crois que c’est tout. C’est un bon début, non ? –  Mais, tu ne peux pas servir des huîtres sur des tartines à la confiture dans un restaurant parisien ! Tu le sais, ça ? –  On devrait essayer ! –  Essayer quoi ?

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22, place des Vosges

–  Le coup des huîtres à la confiture. Avec le pain, je ne suis pas convaincu, mais des huîtres à la fraise, ça peut le faire. Papa, c’est Matthieu, 2 mètres, 110 kilos, des mains larges comme des moules à tarte pour douze personnes. Avec une hache, il abat trois arbres en deux minutes, avec une tronçonneuse, il en découpe douze. Avant, papa était bûcheron ! Abattre un arbre ou faire une poularde de Bresse demi-deuil, ce n’est pas tout à fait la même chose, me direz-vous. Effectivement. Alors pour opérer cette transformation, il a travaillé dur. Il a lu des tas de livres, a raté des milliers de plats que nous avons dû goûter, en a réussi un ou deux. Il a transpiré devant ses fourneaux, il a perdu 10 kilos, mais nous en a fait prendre 6 à force de nous faire déguster ses inventions. Et puis, trois mois après, il nous a tous mis dans un camion, direction la capitale, objectif, Paris. C’est comme ça qu’on a quitté nos montagnes et qu’on est arrivés au numéro 22 de la place des Vosges. Venez dîner chez nous, À la truffe des Vosges, ­asseyez-vous sur une des grandes banquettes rouges en

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­ oleskine usée par les milliers de personnes qui, avant m vous, sont passées par là. Découvrez le décor dans le reflet d’un de ces miroirs centenaires qui ont vu Victor Hugo se recoiffer, Charlie Chaplin grimacer et ­Joséphine Baker danser. Asseyez-vous et attendez patiemment, ça ne sera pas long. Enfin, normalement. Avec un peu de chance, vous êtes à l’endroit exact où Ernest Hemingway n’a pas écrit de livre, et en examinant la table, vous pouvez voir un graffiti que Picasso n’a pas fait. Alors, une grande dame brune s’approchera de vous pour prendre votre commande. C’est Karine, ma maman. D’une main elle tend un menu, de l’autre elle sert une table, d’une troisième elle fait une addition, en même temps qu’elle prend une commande et qu’elle raccompagne un client à la porte. Maman, c’est Shiva, une divinité qui a des tas de bras, mais elle a aussi des tas de jambes et plus de têtes encore. En fonction de leurs heures de cours, peut-être aurez-vous Clémence, Pia ou Douce pour vous servir ; ce sont mes sœurs, dix-huit, seize et quatorze ans. Étudiante, lycéenne et collégienne, elles font leurs devoirs sur un coin de table et, entre deux exercices de

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maths, trois de grammaire et un exposé sur le commerce de la tomate en boîte au Bélouchistan oriental entre 1832 et 1924, elles servent des chocolats chauds, un pâté en croûte ou un céleri rémoulade. Suivant l’heure et votre appétit, prenez un café et un croissant, un hareng pommes à l’huile et un demi, un cola et une tarte aux poires, ou alors notre fameux « Quand le roi des forêts et l’empereur des sous-bois s’en vont au bal au bras des belles de la plaine », bref, du cerf aux cèpes avec des pommes de terre. Et puis surtout, tendez l’oreille, vous verrez, il se passe toujours quelque chose dans un restaurant. –  Un café pour la douze et l’addition sans traîner ! –  Le four ! Coupez le four, ça sent le cramé ! – Une milanaise, un lorrain, une lorraine, un tartare pour la huit ! – Trop tard ! J’avais dit de couper le four ! Bon, pour le gigot, faut espérer que le client l’aime bien cuit ! Très bien cuit, même ! –  Une romaine, un agneau, une entrecôte pour la deux !

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–  Haaaaaaaaaaa ! (Spatch… bruit de glissade, bruit de vaisselle, bruit de chute, plus de bruit du tout, puis juron qu’il est impossible de retranscrire ici.) Mais qui a laissé une tomate par terre ? Ça glisse, une tomate… – Chaud devant, un faux-filet saignant et un munster qui file ! –  S’il vous plaît ! On peut avoir encore du pain ? –  Il vous reste de la tarte aux myrtilles ? –  Une choucroute pour huit ? Ce soir ? Bien sûr, à quel nom ? –  Attention, le plateau, tiens le bien droit, non, pas comme ça, oui, non, et… Trop tard ! Demande au client s’il aime avoir sa tarte aux prunes et sa choucroute servies dans la même assiette. Avec un peu de chance, on est tombé sur un bizarre ! –  Merci beaucoup ! Bonne journée. À très bientôt. –  Au revoir, et surtout dites bien au chef que son pâté lorrain est une merveille. Alors, si un jour vous venez nous voir, enfoncez bien vos épaules dans le rembourrage un peu usé qui court derrière vous le long du mur, fermez les yeux,

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vous êtes bien, vous êtes chez les Potofeu, vous êtes à la Truffe-des-Vosges. Oups, j’allais oublier de me présenter. Je m’appelle Yvan, je suis le plus jeune de la fratrie et le seul garçon. (Trois sœurs, vous imaginez ?) Je suis aussi le seul qui n’a pas encore le droit d’aider au restaurant, « pas encore de ton âge », a dit papa, sauf le dimanche. Alors le soir, quand tout s’agite en bas, je monte me coucher, car c’est assez pratique, nous habitons juste au-dessus du restaurant.

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Chapitre II Un dimanche soir ordinaire

À faire le soir : –  Sortir Alfred ; –  Ranger les tables et les chaises ; –  Retrouver toutes les petites cuillères avant de sortir les poubelles ; –  Sortir les poubelles après avoir sorti Alfred ; –  Passer la serpillière, après qu’Alfred est rentré ; – Dormir. –  Yvan ! (Très, très, très fort.) À chaque fois c’est la même chose, je viens juste de trouver le sommeil, quand son terrible cri me fait

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sursauter. Pourtant j’étais bien installé, la tête posée dans les bras, les bras sur mon cahier d’anglais, le cahier sur la table du fond, la petite, la six, la plus tranquille, la plus à l’abri, celle que connaissent bien les habitués. –  Yvan ! Viens m’aider à vider la machine ! Papa a des mains de bûcheron, mais aussi la voix qui va avec. Quand il criait à un bout de la forêt, les écureuils qui habitaient à l’autre bout partaient en courant, et ceux qui ne le pouvaient pas devenaient sourds. Moi, comme je ne suis ni sourd ni écureuil, je suis bien obligé de me lever pour aller aider papa. Alors j’arrive en traînant les pieds. Il a crié si fort ce coup-ci, que deux ou trois assiettes de décoration se sont décrochées du mur et se sont écrasées au sol, en mille morceaux. –  Tu me rends fou, tu ne fais rien de tes journées ! Tu dors à l’école, tu dors ici, tu dors à la maison, tu dors, tu dors, et pendant ce temps-là, tout le monde s’active autour de toi, tout le monde travaille et toi tu dors. Je suis sûr que tu es une nouvelle espèce animale, un mélange de loir, de marmotte, de paresseux et de panda. Il est 18 heures, les premiers clients arrivent

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Un dimanche soir ordinaire

dans moins de deux heures, et le seul soir de la semaine où je te demande un peu d’aide, monsieur fait la sieste ! YVAN ! Tu te bouges, tu, tu… tu… Tu ne te fatigues pas et ça m’épuise ! Donc tu commences par balayer les assiettes cassées, puis tu vides la machine, puis tu iras t’occuper d’Alfred. Allez, active-toi. Moi j’aime bien passer le balai, ça permet de penser à autre chose, ce n’est pas difficile et pas trop fatigant. À la table dix-sept, hiver comme été, du lundi matin au dimanche soir, du 1er janvier au 31 décembre, on trouve Babouchka, ma grand-mère, et l’oncle Vladimir, son frère. L’une semble souvent perdue dans des rêves lointains et ne se déplace plus sans son déambulateur. L’autre est plus lent chaque jour, on le croirait presque changé en statue, costume gris trop grand, cravate bleue trop courte. Ces deux-là ont l’air d’être tombés d’une vieille photo en noir et blanc. Quand je passe le balai sous leur table, ils restent immobiles et ne me voient même pas. Je déteste les dimanches. Faire mes devoirs le matin, trimer l’après-midi et servir les clients le soir, pas moyen de dormir tranquille mes quinze heures quotidiennes.

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Je suis un incompris dans ma propre famille. Un peu comme si un lapin était né chez les lions. De son côté, Clémence plie les serviettes et dresse les tables ; en cuisine, Pia vérifie que les ingrédients de ses sauces sont tous prêts pendant que Douce et Karine finissent d’écrire sur l’ardoise les suggestions du jour. Pour commencer, salade de gésiers au coulis de myrtille ou pâté lorrain. Au milieu, choucroute du Grand-Ballon ou joue de bœuf aux carottes. Pour finir, munster puis tarte aux myrtilles. –  Qui vient m’aider avec Alfred ? – … –  OK, merci les filles, c’est sympa… Alfred est arrivé des Vosges avec nous, il habite dans la cour, dans une sorte de cagibi. Alfred est notre sanglier domestique. Quand papa l’a trouvé dans la forêt, il était perdu, sans sa maman, gros comme un

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chat et rayé comme un tigre. Il était tout mignon et promenait sa truffe rose partout en reniflant de bonheur. Nous l’avons nourri au biberon, élevé, bercé comme un bébé ; il est devenu grand comme un chien et plus du tout rayé. Maintenant, il est gros comme un sanglier, et quand il vadrouille dans le resto, on dirait un train qui passe au milieu d’un champ de maïs. Paris n’est pas forcément un super endroit pour un sanglier, mais nous n’allions pas le laisser tout seul à la montagne ! Quand il me voit, Alfred me fait une fête de tous les diables. Il m’embrasse de son groin humide et me mâchouille la main affectueusement. J’aime bien m’occuper d’Alfred. Pendant qu’il avale son dîner, je peux m’allonger dans sa paille et dormir un peu, et quand il a fini, il vient se coucher contre moi et nous ronflons ensemble. Je crois que dans une autre vie j’ai dû être un sanglier. –  Yvan ! (Encore plus fort que tout à l’heure.) Cette fois-ci je me suis vraiment endormi, et quand je me réveille, Alfred a disparu.

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–  Yvan !!! (Tellement plus fort, que tous les habitants de la place des Vosges croient entendre un coup de tonnerre.) Quand j’arrive en courant dans la salle du restaurant, Alfred est là, au milieu, il a apporté son vieux ballon tout percé avec lequel il joue en passant sous les tables. Papa essaye de rattraper le sanglier, maman tente de rattraper les assiettes qui s’envolent des tables, Pia file au secours des verres, Clémence a déjà six carafes d’eau entre les bras, et Douce vient de plonger pour en sauver une septième qui était sur le point de faire une brutale rencontre avec le carrelage. Le groin au sol, la queue en l’air, Alfred a juste envie de jouer. Et c’est bien normal ! Soudain, dix-neuf heures trente sonnent au clocher de Saint-Paul, au même moment, la porte du restaurant s’ouvre. Tel un missile, Alfred file et va se cacher sous la table dix-sept, entre le déambulateur de Babouchka et les pieds d’oncle Vladimir. Alfred a beau être un bon gros sanglier de 80 kilos, il a une peur bleue de tous les étrangers.

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Entre alors M. Lavarenne, notre fidèle habitué et toujours premier client du dimanche soir. –  Bonsoir tout le monde ! dit-il en soulevant son chapeau. Il a un moment d’étonnement quand il voit maman qui glisse sur les genoux, une pile d’assiettes entre les bras, pour en réceptionner une dernière qui volait un peu plus haut que les autres ; il lève un sourcil quand il aperçoit papa allongé sur le carrelage, à moitié sous la table de Babouchka, en train d’expliquer à Alfred qu’il ne doit plus bouger, plus respirer, plus grogner, plus rien faire jusqu’au départ du dernier client ; il s’interroge sur ce qui a bien pu pousser Clémence à faire une pyramide de carafes et à la porter ainsi. Bref, il se demande pourquoi tout ce désordre dans la salle. Se serait-il trompé d’heure ? –  Je peux repasser plus tard si vous n’êtes pas prêts ! Mais non, pas la peine, en une minute à peine, M. Lavarenne est à sa table, tout près de la vitrine, là où il peut observer la vie qui passe, lui qui est si seul.

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Encore une minute et tout est remis en place, la soirée peut commencer, avec juste un petit détail : il y a un sanglier sous une table. Le dimanche soir, il y a toujours beaucoup de monde à la Truffe-des-Vosges ; rien que des habitués, l’ambiance y est familiale. Un par un, les clients arrivent et vers 20 h 30, il faut refuser du monde : plus de place. Alors commence le bal des assiettes, la valse des verres, les fumets de viande croisent les parfums des fruits. Les cris de joie des uns recouvrent les discussions discrètes des autres (et heureusement aussi, les grognements d’Alfred). Une île flottante portée bien haut au-dessus des têtes rencontre un os à moelle vide, une assiette saucée jusqu’à en user la porcelaine revient en cuisine quand un plat de frites en sort. Clémence semble glisser ente les tables sans que ses pieds ne touchent le sol, elle accumule sans jamais les faire tomber des montagnes d’assiettes qui, dans ses bras, traversent les airs pour regagner la cuisine. Pia peut, en même temps, faire une sauce bourguignonne, un beurre blanc et servir trois tables sans noter les commandes, pendant que Douce finit de ranger et raccompagne à la

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porte des clients repus et heureux. Karine va vers les uns, renseigne les autres, calcule les additions de tête et imagine déjà le menu du lendemain, qu’elle soumettra le soir même à Matthieu. Depuis le moment où M. Lavarenne est entré dans le restaurant, jusqu’à celui où, comme d’habitude, il le quitte en dernier, À la truffe des Vosges est une ruche où chacun court d’un bout à l’autre de la salle, où nul n’a de minute à soi. Et puis ça arrive au moment où je dois monter me coucher. Un client a demandé une choucroute spéciale, une géante, débordante de charcuterie et de chou parfumé comme une soirée au paradis. Quand Pia apporte cette merveille, une pomme de terre s’échappe. Elle roule et finit sa course sous la table dix-sept, celle de Babouchka et oncle Vlad, mais surtout, ce soir-là, celle où se cache Alfred. Il y a eu un petit « gniourf » puis un « slurp » et enfin, un soupir de bonheur. C’est officiel, Alfred aime les pommes de terre ! Dans la minute qui suit, un museau noir aux narines frémissantes sort de sous la nappe, attiré par la choucroute

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comme un ours par le miel. Peut-être y a-t-il une autre patate à récupérer quelque part ? Dans un premier temps, Alfred passe de la table dixsept à celle d’à côté, donnant au passage quelques coups dans les jambes qui s’y trouvent et déchaînant après lui des représailles sévères et une furieuse bataille de pieds. C’est Douce qui le voit quand il se glisse discrètement derrière un rideau pour rejoindre la rangée de tables suivante. Soudain retentit un sonore « grouink ». Les fourchettes restent en l’air et les regards se font inquisiteurs. Qui a bien pu faire ce bruit si inconvenant ? –  Oh, pardon ! Je, je suis désolé… c’est moi, je, pardon, je ne voulais pas, je… M. Nils est tout rouge, la main devant la bouche… Ouf, tout le monde croit que c’est lui. Alfred est maintenant à une table de son objectif, son nez s’agite comme un grelot sur le bonnet du Père Noël, il n’en peut plus, l’odeur des pommes de terre est insupportable, il bave de bonheur à l’idée de les manger. Un monsieur, qui vient pour la première fois, très chic, cravate du dimanche et petit pull sans manche, se

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penche sous la table pour ramasser sa serviette qu’il a laissée tomber, et là, il se retrouve nez à nez avec Alfred. Il sursaute alors comme un bouchon de champagne au Nouvel An et se met debout sur sa chaise en hurlant : –  Il y a une bête sous ma table ! Il y a un sanglier, un sanglier, je vous dis qu’il y a un sanglier sous ma table ! Maman arrive en courant, glisse une tête sous la table et se retrouve nez à nez avec Alfred qui, affolé par les cris, se fait petit comme une souris, mais une souris qui pèse tout de même presque 100 kilos. – Je vous assure, monsieur, qu’il n’y a rien sous votre table, c’est un malentendu, et puis, comment voulez-vous qu’un sanglier puisse se trouver ici ? Non, vous avez dû confondre avec autre chose. Toujours debout sur sa chaise, l’homme ne se calme pas, il saute maintenant sur place comme un trapéziste qui va s’élancer. Mais comme il n’est pas acrobate, il finit par tomber, et là, le destin, qui est quelquefois bon camarade, vient donner un coup de main à notre sanglier. Dans sa chute, l’homme agite les bras désespérément, sans pour autant réussir à s’envoler. Il finit,

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avant d’être tout à fait par terre, par saisir la nappe de la table voisine qu’il emporte avec lui, envoyant promener dans les airs couverts et verres, eau, pain et vin, plats et assiettes, fleurs. Dans le restaurant, chacun se protège comme il peut pour ne pas recevoir une fourchette dans l’œil ou une cuillère dans l’oreille. Les uns plongent sous les tables, les autres sous les chaises ; le seul qui ouvre grand les yeux et la gueule c’est Alfred, il gobe toutes les pommes de terre avant qu’elles ne touchent le sol, puis il profite du désordre pour se réfugier entre les jambes de Babouchka et d’oncle Vladimir qui, stoïques, n’ont pas bougé un orteil. Quand enfin les yeux se rouvrent, c’est pour voir le trapéziste à plat ventre sur le sol, une fourchette plantée comme une banderille dans une partie sensible de son anatomie. Il pleure toutes les larmes de son corps. Un peu plus tard, les pompiers emportent avec eux le pauvre homme qui ne cesse de s’excuser pour ce qui s’est passé. –  Je ne comprends pas… je ne comprends pas ce qui m’est arrivé… Pourtant je jurerais de l’avoir vu, j’ai

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vraiment vu ses petits yeux cruels qui me regardaient dans le noir ! Je suis désolé, je ne comprends pas. Il est très tard quand maman peut enfin fermer sa caisse en bâillant. –  Monte te coucher, je finirai tout seul, je n’ai pas sommeil, lui dit papa. Resté dans sa cuisine à ranger les casseroles et à balayer, il est le roi du monde, le plus heureux des hommes. Plus le temps passe, plus nourrir les autres lui semble être définitivement la plus belle chose que l’on puisse faire. Il est sur le point d’éteindre les lumières, quand deux voix sèches l’arrêtent net dans son élan. –  Et les listes ? Ah oui… les listes… Pour être tout à fait honnête, il les avait un peu oubliées, celles-là !

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La famille

un roman de Paul Beaupère illustré par serge Bloch

Ils reviennent en mars 2019 ! fleurus 1806_132_MepFamillePotofeu.indd 189 9782215136279_COUV_POTOFEU_TOME1.indd 9

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Achevé d’imprimer en août 2018 par Lego S.p.A en Italie. N° d’édition : J18254 Dépôt légal : septembre 2018. Ce livre a été imprimé sur du papier PEFC issu de forêts gérées durablement et avec des encres végétales qui protègent l’environnement

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La famille

vous allez l’adorer : • Parce que le père est cuisinier à La truffe des Vosges, mais surtout agent secret. • Parce que le fils est un garçon qui dort tout le temps, mais surtout un espion redoutable. • Parce que les trois filles sont des premières de classe, mais surtout des professionnelles de la filature, du crochetage de serrures et de l’écriture de faux documents. • Parce que la grand-mère se déplace avec son déambulateur, mais court surtout comme un lapin de Garenne. • Parce que la cuisine est une cuisine, mais surtout une salle de commande ultra-perfectionnée. • Parce que la mère ne sait rien du tout de la double vie de tous les membres de sa famille. • Parce qu’ils adorent les listes et qu'ils réalisent tous vos souhaits. • Parce que surtout, avec eux, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

14,90 € TTC France

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