LOVA POURRIER
FLEURUS
Couverture : Shutterstock Direction : Guillaume Arnaud et Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Raphaële Glaux Direction artistique : Élisabeth Hebert Mise en pages : Pixellence Fabrication : Thierry Dubus, Axelle Hosten © Fleurus, Paris, 2018 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-3610-1 MDS : 592 601 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »
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LETTre I De Mademoiselle Versailles à Charlotte de Perigny Chère Charlotte,
Ici Mademoiselle Versailles, ou M lle V., si tu préfères.
J’espère que tu es prête, parce que j’ai quelques révélations à te faire… ou plutôt à vous faire. Car en vérité, je ne m’adresse pas uniquement à toi, chère Charlotte, mais à vous tous. Vous,
les jeunes nobles de Versailles, les privilégiés qui vivez à la cour du Roi-Soleil.
Le courrier que tu tiens entre tes mains, Charlotte, a été rédigé
en plusieurs exemplaires et transmis à d’autres personnes. Tu
découvriras l’identité de ces destinataires au fil des lettres que tu recevras. Quant aux autres, c’est le moment de trembler, parce
que votre prénom pourrait surgir à tout moment à l’intérieur de ces pages, et croyez-moi, ce ne sera pas toujours flatteur. 7
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Vous n’êtes pas des enfants de chœur. Vous avez pris Versailles
pour votre territoire, votre terrain de jeu. Vous croyez y régner, n’hésitant pas à vous comporter en tyrans. Il est temps que la situation change, que quelqu’un vous fasse descendre du trône
sur lequel vous vous êtes hissés. Peut-être n’avez-vous même pas conscience de vos méfaits. D’où ces courriers. J’espère qu’ils
vous ouvriront les yeux. J’ai envie de dévoiler vos petits secrets
et je vous promets du lourd : des intrigues, de la manipulation, des mensonges, de la trahison, des larmes, du sang, du crêpage de chignons.
À ce stade, peut-être vous demandez-vous qui je suis et pourquoi
je fais cela ? Sachez seulement que je suis l’une des vôtres, même
si je ne vous ressemble pas. J’appartiens moi aussi à ce Versailles fastueux. Cette cour Grand Siècle. Ce monde somptueux que l’univers entier nous envie. Le centre de l’Europe couronnée.
Comme vous, j’habite dans ce palais magnifique où des princes
se battent pour la moindre soupente. Ma famille possède un
appartement cossu, entretenu par une armada de valets. Je me déplace en carrosse blasonné et en chaise à porteurs, même pour de courtes distances (il ne faudrait pas que je salisse mes robes
de brocart et mes souliers de soie…). Mais la comparaison s’arrête là. Je ne me prends pas pour une souveraine, moi. 8
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Réveillez-vous, mes petits-maîtres ! Il n’y a qu’un roi, Louis le Quatorzième, et la future reine est la duchesse de
Bourgogne. Cette admirable personne a le bon goût d’être de notre génération, elle qui va sur ses quinze ans. Vous êtes
ses courtisans. Vous devriez être exemplaires, vous efforcer de lui plaire, en prévision de demain. Mais obtiendriez-vous
ses faveurs si elle était au courant de vos frasques ? Si mes lettres tombaient malencontreusement entre ses mains… Et si, en apprenant vos secrets, elle en touchait un mot au roi ? On
sait combien ils sont proches. Vos privilèges et tout ce à quoi vous tenez pourraient vous être retirés. Vos soirées exclusives, vos cercles fermés, les bals que vous organisez… Ne serait-il
pas dommage de vous en priver ? Vous n’ignorez pas qu’en ce pays-ci, un rien peut vous perdre et vous ruiner. Vous le savez
puisque vous en jouez. Attention à la disgrâce, la roue peut tourner, et je suis en train de la lancer…
Mais revenons à toi, chère Charlotte, puisque tu es la première destinataire de cette correspondance. Rassure-toi, si je t’ai
choisie pour ouvrir le bal, c’est parce que je sais que tu t’en remettras. Tu en as vu d’autres, ma « Charlotte aux fraises ». Te souviens-tu de ce surnom, dont tu avais été affublée chez les
Ursulines ? Avoue, c’était de bonne guerre. Tu n’es pas issue 9
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d’une illustre famille – j’entends par là, une vieille famille. Tes parents, les Perigny, ont été anoblis. Pourtant, qu’est-ce que tu as pu nous pourrir l’existence, toi, la nouvelle riche !
En arborant des tenues aussi fabuleuses que les nôtres, en te mettant les maîtresses du couvent dans la poche, en charmant
nos frères et nos prétendants ! Ta faculté à obtenir ce que tu souhaites est tout bonnement exaspérante.
Comment sais-je tout cela ? Je vous l’ai dit, je suis l’une des vôtres. Je suis vous. Je fais partie de votre milieu, je fréquente
les mêmes personnes, je vais aux mêmes fêtes, aux mêmes bals… Je suis partout où vous êtes. Et mes sens sont aiguisés. Mes yeux et mes oreilles sont aux aguets. Je suis bien renseignée.
Chère Charlotte, tu essuies les plâtres, aussi ne t’accablerai-je
pas. Pas tout de suite. Je me contenterai d’une petite mise en bouche. J’ai appris, à ma grande stupeur, que tu avais
été renvoyée du couvent. Toi ! L’élève modèle ! Tes parents ont étouffé le scandale en maquillant ton exclusion en départ
volontaire, mais il semblerait qu’une des nonnes n’ait pas su
tenir sa langue. Que pouvait-on bien te reprocher ? Je connais
la réponse, et elle vaut son pesant d’or. Je vous la révélerai peut-être un jour, qui sait.
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Voilà, chers tous, à présent, prenez un verre et détendez-vous, je
ne révèlerai pas d’emblée vos petits secrets. Cela viendra. Ou pas.
Tout dépendra de vous. De comment vous vous comporterez. Mériterez-vous mon indulgence ? Je sais être clémente quand il le faut.
J’imagine déjà certains d’entre vous grincer des dents, se ronger les ongles, s’arracher les cheveux – ou ceux de vos perruques –, mais que mes lettres vous perdent ou vous sauvent, cela ne tient qu’à vous. En attendant, je vous surveille. Je sens que cette
année sera agitée. J’ai hâte de découvrir vos futures incartades. Qui sera le prochain ? Tenez-vous prêts ! Signé Mlle V.
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De Versailles, ce 20 avril 1700
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Quelques semaines plus tĂ´t
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1 À Saint-Quentin, tout était gris. Ou plus exactement semblait gris. Même les bâtiments en brique étaient blafards et ternes. Une impression de désolation se dégageait des rues. Et le temps, le plus souvent maussade, n’arrangeait rien au tableau. Seule la basilique, un édifice d’allure gothique, donnait du cachet au centre historique. Dans cet univers morose, mon enfance rima avec ennui. Pour trouver de la beauté dans ma vie, je dus m’évader, user de mon imagination. Je rêvais d’ailleurs, j’aspirais à d’autres horizons. Je voyageais par la pensée. Vers un endroit en particulier. Depuis que mes défunts parents m’avaient fait visiter Versailles, l’année de mes cinq ans, je désirais cette
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ville. Versailles. La cité du Roi-Soleil. La cour de France. Le centre du royaume. Même son nom me fascinait. Et voilà que onze ans plus tard, le miracle se produisit. Je posai les pieds sur les pavés de Versailles. Ce fut grâce à ma cousine Claude que mes espoirs se concrétisèrent. Elle avait épousé un an plus tôt Charles Dalloyau, qui avait obtenu une place de boulanger à la cour. Plus jeunes, nous étions comme des sœurs. Lorsqu’elle était partie pour s’installer avec son mari, je m’étais sentie très seule, d’autant plus que je venais de perdre mes parents. Émile, mon père, couvreur de son état, était mort en tombant du haut d’un toit, et Adélaïde, ma mère, avait succombé à une mauvaise fièvre. Tous deux, épuisés depuis longtemps, avaient travaillé sans relâche pour pouvoir payer les frais de mon éducation au couvent de la Congrégation-Notre-Dame de Laon. Ils avaient sacrifié leur santé pour moi, pour m’offrir un avenir. Mais Claude ne m’abandonna pas à ma détresse. Après son mariage, elle m’écrivit régulièrement. Elle me contait ses aventures à la cour, et chacune de ses missives éveillait mon désir pour le monde dans lequel elle évoluait. Jusqu’à ce fameux courrier, froissé à force de l’avoir lu, dans lequel elle
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m’invitait à la rejoindre, pour vivre avec sa famille, dans la ville royale. J’embarquai la malle qui contenait toute ma vie, et, le cœur léger, m’engouffrai dans la diligence. *
Quelques heures plus tard, j’y étais. Enfin. J’étais à Versailles. Le moment que j’attendais depuis tant d’années. Le vœu que je n’aurais jamais cru voir exaucé. Car quelles étaient les chances qu’une Picarde, dont la mère était couturière et le père couvreur, atterrisse là où résidait le roi ? La chaise de poste me déposa près de la place Royale. Je levai les yeux. Devant moi se dressait la demeure monarchique. Avec ses deux ailes, le palais se développait sur deux cents pieds de façade, décorée par des avant-corps formés de colonnes surmontées de statues en pierre. Il était aussi majestueux que dans mes souvenirs. J’avançai en direction des grilles rehaussées d’or. L’émotion me prit à la gorge. Des larmes me montèrent aux yeux. Je me revoyais, petite, haute comme trois pommes, tenant maman par la main, devant ce même portail. Nous rendions visite à
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papa, qui avait déniché un travail temporaire sur le chantier pharaonique du château. Le ciel était bleu et un rayon de soleil me réchauffa les joues. L’air était doux en ce début de printemps. Le froid de Saint-Quentin ne me manquait pas. De luxueux carrosses, roulant à vive allure, passèrent devant moi. Ils étaient occupés par d’élégantes dames. Elles débordaient de rubans, de dentelles, rutilaient de bijoux, de pierreries. Sur la chaussée, des chaises à porteurs transportaient des gentilshommes emperruqués et coiffés de chapeaux à plumes. En traversant la route, je croisai des groupes de filles en robes à paniers, plaisantant, badinant, riant ensemble. J’enviai leur complicité. Je me demandai si un jour, je pourrais avoir des amies comme elles. À Saint-Quentin et même à Laon, j’étais solitaire. À part Claude, je n’avais pas vraiment d’amies. D’amies proches, j’entends. Mon tempérament réservé ne m’avait jamais rendue populaire. Mais c’était un jour nouveau. Ici, personne ne me connaissait. Mon passé n’existait plus. Je pouvais changer de vie, prendre un nouveau départ. Devenir une autre. Oui, tout pouvait être différent à Versailles. Une nouvelle ville pour une nouvelle vie. Une nouvelle Jeanne. Ici, j’aurais des
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amies. Je serais invitée à des bals. J’aurais des galants. Tout ce que je n’avais pas avant. Mon cœur était gonflé d’espoir. *
Claude et Charles occupaient un appartement sous les combles du Grand Commun, un bâtiment hébergeant les officiers du roi. Celui-ci était situé à proximité immédiate du château. Il n’y avait que la place Royale à traverser. Il me fut difficile de me frayer un chemin à travers la cohue du quartier. Une foule affairée s’activait autour du palais. Le parvis ressemblait à une fourmilière de marchands, de visiteurs et de courtisans. Enfin, au terme d’un parcours compliqué, j’atteignis ma destination. – Jeanne ! s’écria Claude en m’ouvrant. Tu es là ! Quel bonheur ! N’étaient son imposante robe en forme de cloche et ses bijoux précieux, elle n’avait pas changé. Les mêmes yeux rieurs. Le même air mutin. Les mêmes joues roses, fraîches comme des lys. Ses cheveux bruns étaient sagement rassemblés sous une coiffe blanche. Ma cousine me prit affectueusement dans ses bras, et l’émotion me submergea. C’était si bon de la serrer contre mon cœur. Elle m’examina de haut en bas :
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– Comme tu as grandi ! Viens. Entre. Je lui souris et la suivis. Nous pénétrâmes dans un salon à la décoration bourgeoise. Claude m’indiqua un siège en tapisserie de Beauvais. Je m’assis dessus avec délicatesse, de crainte d’en froisser le tissu. – As-tu fait bon voyage ? s’enquit-elle. La Picardie me paraît si loin maintenant… – Le trajet s’est bien passé, répondis-je. Quant à notre ville natale, elle est toujours aussi morne et grise. Claude eut un petit rire. – Sur ce point, Versailles te dépaysera, dit-elle. Ici, rien n’est fade. Je dirais même que tout est « trop ». Trop chic. Trop doré. Trop clinquant. C’est le monde de la démesure. Je détaillai son intérieur que je trouvai coquet mais sobre. Je répondis : – C’est normal pour un souverain, non ? Et puis, je crois que je préfère le « trop » que le « pas assez ». Je n’en pouvais plus à Saint-Quentin. Je dépérissais. L’espace d’une seconde, une ombre voila le regard de ma cousine. – J’imagine bien. Et je regrette de ne pas avoir pu te faire venir plus tôt. Mais ce n’était pas possible avec nos revenus
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d’avant. Il a fallu que Charles prenne du grade pour envisager de t’accueillir. Je me jetai à son cou. – Je sais, ma chère Claude, et je ne te remercierai jamais assez pour cela. Tu m’offres une chance inespérée. – C’est le moins que je puisse faire pour ma cousine préférée ! Tante Adélaïde m’avait fait promettre de veiller sur toi et je compte bien m’acquitter de ma mission. Claude se redressa d’un bond. – Mais je manque à tous mes devoirs ! Désires-tu du chocolat chaud ? Grâce à Charles, nous bénéficions de produits de luxe comme du sucre, du thé, du café, du chocolat. C’est l’un des avantages à travailler dans une cuisine princière. Sa proposition me donna l’eau à la bouche. Je n’avais jamais goûté de chocolat, cette boisson réservée aux riches. – J’en prendrais volontiers. Tu me reçois comme une reine ! – Lisette ! appela la maîtresse de maison. Une servante au tablier immaculé accourut. – Oui, madame ? – Apporte du chocolat chaud pour notre invitée. Et quelques massepains.
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Lisette hocha la tête, quitta la pièce et revint peu après avec une théière fumante, une tasse en porcelaine et une assiette de douceurs. – Ce cacao vient de Java, précisa Claude. Il a fait un long voyage. J’avalai une gorgée du breuvage. C’était onctueux, corsé, avec un goût de miel. – Je n’ai jamais rien bu de pareil ! – Essaie aussi les massepains de Charles. Ils sont merveilleux. Je ne me fis pas prier et croquai avec gourmandise dans une des friandises. C’était fondant, moelleux. – Effectivement, quel délice ! – Mon mari a du talent, dit Claude en riant. Elle me resservit et se rassit sur son fauteuil en toile de Jouy. Un ange passa. Je reposai ma tasse. – Tu n’es pas très loquace, fit-elle remarquer. Allez, ne me regarde pas comme si j’étais une étrangère. Je suis toujours Claude ! Le sang me monta au visage. – C’est que… je suis un peu impressionnée. Tout est si grand, si beau. Je me sens toute petite.
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– C’est parce que tu viens d’arriver. Tu es grisée. Mais ton émerveillement ne durera pas. Je te donne à peine trois jours pour être désabusée. Cette affirmation me chiffonna. Je n’aimais pas qu’elle joue les rabat-joie. Qu’elle brise le rêve. Mon rêve. Je demandai d’un ton plus âpre : – Pourquoi serais-je désabusée ? – Tu seras déçue par les gens. Cet écrin magnifique abrite un monde féroce. Il te faudra batailler pour trouver ta place. Devant mon air sceptique, Claude ajouta : – Malheureusement, je ne noircis pas le tableau. Tu devras te préparer à ce que, lorsque tu entreras dans une pièce, des murmures s’élèvent autour de toi. Des gens diront que tu n’as rien à faire là. Résigne-toi à cette idée, mais ne les laisse pas t’atteindre. Au besoin, rends les coups. Ne te laisse pas faire. L’amertume dut se lire sur mon visage, car elle se récria : – Ne fais pas cette tête, je ne voulais pas t’effrayer ! Je suis passée par là et je t’aiderai. Tu n’es pas seule. Je te présenterai à quelqu’un de ton âge : Charlotte de Perigny, la fille d’un confrère de Charles. Mon époux a rendu un jour un fier service à son père. Celui-ci nous a mises en relation et nous avons sympathisé.
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Charlotte de Perigny ? Claude allait me présenter à une noble. À cette pensée, la peur me gagna. J’avais débarqué dans la plus belle cour du monde et j’allais fréquenter la haute société ! J’oscillais entre excitation et angoisse. Des pleurs attirèrent l’attention de Claude. – C’est Thérèse ! s’exclama-t-elle. Je vais la chercher. Ma cousine m’avait annoncé la naissance de sa fille, mais je ne l’avais jamais rencontrée. Elle revint deux minutes plus tard, le bébé dans ses bras. Elle avait l’air adorable en dépit de ses cris. – Je vais la rendormir, dit Claude en la berçant. Lisette ! Conduis Jeanne à sa chambre, veux-tu ? Et apporte-lui une de mes nouvelles robes. Il va falloir changer ton style de provinciale, ma chérie. Surtout pour aller voir quelqu’un comme Charlotte. Elle est très attachée aux apparences. Repose-toi aussi. Tu as l’air harassé. Claude n’avait que quatre ans de plus que moi mais elle s’exprimait avec une telle autorité que je me pliai à sa volonté. – Très bien. La servante m’accompagna jusqu’à une mansarde. La pièce était étroite mais joliment décorée. Je me laissai tomber sur le lit et m’assoupis.
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Quand je me réveillai, je trouvai, posée sur la commode en acajou, une robe bleue. Elle était en soie de Chine. Ses manches et son décolleté étaient garnis de point d’Angleterre. Je caressai du bout des doigts sa dentelle, ses passements. Ce genre d’étoffe aurait plu à ma mère. Elle avait réalisé des commandes pour des dames fortunées mais jamais rien d’aussi sophistiqué. La mode n’était pas la même en Picardie qu’à Versailles… Je passai le vêtement sur mes jupons, puis me regardai dans la glace. Je sursautai en me découvrant. La Jeanne qui me faisait face ressemblait à une demoiselle, une vraie. La couleur de la robe s’accordait avec mes yeux bleu-vert et mes cheveux blonds cendrés. Son corsage rehaussait avantageusement la naissance de ma gorge. J’étais presque jolie. Je reculai et virevoltai. Et soudain, je fus prise d’un léger vertige. Des doutes m’assaillirent. Mon existence était sur le point d’être bouleversée. Allais-je être à la hauteur de mes ambitions ? De cette Charlotte que j’allais rencontrer ? Ce n’était pas comme si j’étais douée en amitié. Je risquais d’être maladroite et empruntée.
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Oppressée par l’anxiété, je me laissai tomber sur un tabouret. Pour dissiper ma peur, je pris une profonde inspiration. Jeanne, ressaisis-toi. Tu as eu raison de t’exiler. Chercher cette vie brillante pour laquelle tes parents ont tout sacrifié. Et puis, n’était-ce pas ce que je voulais, moi ? Porter de jolies robes, déguster du chocolat et des massepains, avoir des compagnes nobles ? Il n’y avait plus rien pour moi à Saint-Quentin. Versailles me tendait les bras. À moi de saisir cette opportunité. J’en étais là de mes réflexions quand on frappa légèrement à la porte. Claude entra, un homme derrière elle. C’était Charles. Lui non plus n’avait pas changé depuis le mariage. Je le connaissais peu car le jeune couple était parti juste après les noces. Néanmoins, il s’élança spontanément vers moi et, avec beaucoup de chaleur, m’étreignit. – Bonjour, Jeanne. Bienvenue à la maison ! Comment vas-tu ? – Merci, monsieur, balbutiai-je. Je vais bien. Il fronça les sourcils. – Monsieur ? Nous nous connaissons peu, mais je suis ton cousin maintenant ! Pas de manières entre nous ! – D’accord…
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Je comprenais pourquoi Claude avait été séduite par Charles. Elle avait dû être attirée par son évidente bonté et ses manières franches et directes. – Tu t’es bien reposée ? me demanda celle-ci. – Oui. Et merci pour la robe. Elle est superbe. – Tu vas pouvoir l’étrenner dès demain. Tu as rendez-vous avec Charlotte à trois heures. J’ai tout arrangé pendant ta sieste. J’ai pensé que le plus tôt serait le mieux. – Tu as bien fait, répondis-je, malgré mon appréhension. Claude perçut mon trouble. – Ne sois pas nerveuse, dit-elle. Charlotte est une bonne personne. Montre-lui qu’elle peut te faire confiance et elle s’ouvrira à toi. Après le tableau noir qu’elle m’avait dressé de la cour, ses mots ne me convainquirent pas, mais j’appréciai qu’elle cherche à me rassurer. – Je ferai de mon mieux, promis-je.
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2 L’hôtel particulier des Perigny était une grande bâtisse en pierre datant du xve siècle, à la façade ornementée, trouée de fenêtres à meneaux et recouverte d’un toit d’ardoise. On y accédait par une porte cochère. Je m’engageai dans la cour, gravis les degrés du perron et me présentai à l’huissier qui gardait l’entrée : – Je suis attendue par Mlle de Perigny. Je suis Jeanne Colin, je viens de la part de Claude Dalloyau. – Suivez-moi, fit-il. Le cœur battant, je lui emboîtai le pas. Le valet me mena à une antichambre et déclara : – Veuillez patienter ici.
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Je pris place sur un fauteuil en damas. L’homme se retira. Je l’entendis monter l’escalier. J’examinai la pièce. Je fus frappée par sa couleur. Rideaux, tentures, tapisserie, l’endroit était entièrement en jaune. Une teinte bouton-d’or étincelante. Des éclats de rire retentirent à l’étage. Je tendis l’oreille. – Mademoiselle, entendis-je, une personne du nom de Jeanne Colin est là pour vous. Dois-je la faire attendre ? – Oh non, Albert, faites-la monter ! – Bien, mademoiselle. À ces mots, mon trac augmenta. Le rythme de mon cœur s’accéléra. Mes paumes devinrent moites. Fichue timidité ! Je me maudis d’être si peu à l’aise en société. L’espace d’un bref instant, j’eus envie de fuir, de disparaître. D’abandonner. Je n’étais pas à ma place. Ce monde n’était pas le mien. J’avais beau le désirer de toutes mes forces, c’était lui qui ne voudrait pas de moi… Il me rejetterait comme une vulgaire intruse. Il n’était pas trop tard pour tourner les talons. Mais le domestique fit irruption dans la pièce, m’extirpant de mes états d’âme. Il m’invita à le suivre. Je ne pouvais plus reculer. Je serrai les dents. * 30
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La fameuse Charlotte était en compagnie de deux amies. Je l’identifiai aussitôt. Son apparence concordait en tout point au portrait que Claude m’avait dépeint. Des yeux noisette, une chevelure auburn, des boucles à l’anglaise. Mais ce qui faisait sa particularité, c’était son port de tête, altier. Elle se tenait très droit, et avec majesté. Elle n’était que grâce, tandis que moi, j’étais gauche. Le contraste entre elle et moi était immense. Ses compagnes n’étaient pas moins charmantes. Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau : une crinière rousse chatoyante, des yeux d’azur, un teint de lait. C’était sans doute des sœurs. La plus petite arborait un décolleté affriolant. Les trois demoiselles rivalisaient d’élégance et portaient sur une seule tenue plus de bijoux que je n’en posséderais jamais : dans les cheveux, autour du cou, sur les oreilles, les poignets… En comparaison, la robe de Claude qui m’avait tant plu la veille me parut bien simple. Ce constat accentua mon malaise. Charlotte leva les yeux vers moi. Ses cheveux flamboyaient dans la lumière qui baignait la pièce. – Bonjour, Jeanne ! Je suis ravie de vous rencontrer. Claude m’a dit tant de bien de vous. Je suis navrée de vous recevoir en retard. Rose et Armande sont…
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– Nous allions partir, la coupa celle qui devait être l’aînée. Notre maître de musique nous attend. Au revoir, mademoiselle, ajouta-t-elle à mon intention et en me faisant une courbette. Comment devais-je lui répondre ? J’ignorais tout des mœurs des aristocrates. Je décidai de l’imiter et la saluai pareillement, avec les mêmes mots, les mêmes gestes. Pour tromper ma gêne, je me forçai à sourire. – Au revoir, mademoiselle, balbutiai-je. Je détournai mes yeux et jetai un regard à Charlotte. L’expression de son visage me frappa. Elle avait un air pincé. Ses traits étaient raides. Il y avait en elle quelque chose de contraint, d’affecté. Elle escorta ses invitées et dit, d’un ton exagérément enthousiaste : – Nous nous verrons demain au cours de Girard. À bientôt ! – À bientôt ! répondirent-elles à l’unisson. Charlotte referma la porte et poussa un soupir. Je vis son visage se détendre, ses yeux s’éclairer. – Enfin débarrassée ! se réjouit-elle. Rose et Armande sont gentilles, mais c’est usant de les fréquenter… Elle se laissa tomber sur une méridienne. Que dire… Je hochai la tête en signe d’assentiment :
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– Ça ne doit pas être facile… Elle me regarda avec étonnement et je sentis un regain d’intérêt pour moi dans ses yeux. – C’est le moins qu’on puisse dire ! À cet instant, j’aurais voulu pouvoir lire dans son esprit pour savoir ce qu’elle reprochait à ses amies. – Ce sont des filles difficiles ? hasardai-je. – Non. Ce sont juste des Béliard. Elles font partie de la noblesse dite immémoriale. Leur lignage remonte à l’an 1500 au moins. Moi, je suis considérée comme une nouvelle riche. Elles se sentent supérieures à moi. Je comprenais enfin. Ce qu’elle ressentait en présence de ces sœurs, c’était précisément ce que j’éprouvais en face d’elle : de l’embarras, de la peur, la crainte d’être ridicule, de commettre un faux pas. C’était tout sauf confortable. – Je suppose qu’avec ce genre de personnes, vous êtes constamment sur vos gardes. – Exactement ! À Versailles, un rien peut vous perdre. Les réputations sont fragiles. Et puis, à l’origine, je ne suis devenue amie avec elles que parce que j’avais besoin d’alliées. – Vous aviez besoin d’alliées ? répétai-je. Charlotte éclata de rire.
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– On voit que vous ne connaissez pas la cour. Mais j’aime votre candeur. Votre innocence. C’est rafraîchissant ! Je fus vexée par sa remarque mais fis comme si de rien n’était. – Merci, murmurai-je. – Avec Rose et Armande, nous formons un cercle qui fait barrage à ceux qui se prennent pour les maîtres du monde, la clique de Chimène de Tarmagnac. Charlotte me jeta un regard perçant. – C’est ironique, j’ai passé ma vie à rechercher l’amitié des personnes bien nées. Et si je m’étais trompée, et si c’était de filles comme vous dont j’avais besoin ? Des personnes inférieures, qui ne la menacent pas ? Peut-être. – C’est très agréable de se sentir libre d’être soi-même, reprit-elle, de dire ce que l’on veut. J’ai cette liberté-là avec votre cousine Claude. Le seul bémol, c’est qu’elle est plus âgée que moi. Et c’est une maman, mais vous, vous avez mon âge. C’est pourquoi j’ai été ravie quand elle m’a parlé de vous. Elle se leva de son siège et s’avança vers la fenêtre. – Quel beau soleil ! s’exclama-t-elle. Et si nous allions faire quelques pas dehors ? Vous me direz tout sur vous. J’acquiesçai, même si je n’avais aucune idée de ce dont j’allais pouvoir lui parler.
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Le parc de Versailles m’éblouit. C’était un chef-d’œuvre de jardins à la française. Parterres géométriques, allées rectilignes, plans d’eau symétriques… Tout n’était qu’harmonie, équilibre, droiture. Mêlant buis, fleurs et gazon, les parterres de broderies rappelaient par leurs courbes et leurs dessins des pavages de mosaïque. Les bosquets, ces chambres vertes formées d’un dédale d’allées, dissimulaient des bassins, des jardins, des théâtres de verdure… L’ensemble était magnifié par les eaux. Versailles était un ballet de fontaines, une symphonie de bassins. Un réseau de canaux où l’onde ruisselait, jaillissait, ondulait, chantait. Nous n’étions pas les seules à vouloir profiter du beau temps. Les allées fleuries étaient envahies de flâneurs. Les courtisanes déambulaient à travers les parterres, ombrelle et éventail à la main. Charlotte salua quelques visages que nous croisâmes. Je notai qu’elle effectuait à chaque rencontre une petite révérence. Je m’efforçais de l’imiter du mieux que je pouvais. Elle menait la danse, et je réglais mon pas sur le sien. – Vous n’êtes pas très bavarde, observa-t-elle tandis que nous marchions.
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– C’est que… Je ne suis qu’une campagnarde, bredouillai-je, je n’ai pas grand-chose à raconter… Parvenue à hauteur du bassin de Latone, l’une des fontaines les plus emblématiques du domaine, Charlotte marqua un arrêt. – C’est splendide, n’est-ce pas ? – Oui, confirmai-je. Et c’est alors que je le vis. Que je les vis. De l’autre côté du bassin, nous faisant face, se tenait un groupe de quatre jeunes gens, absorbés dans la contemplation de la fontaine. Ils me frappèrent par leur prestance et leur beauté. Je ne pouvais détacher mes yeux de leurs visages. Le premier d’entre eux était un garçon robuste, de haute stature, aux pupilles d’un bleu profond et aux cheveux bruns mi-longs, noués en catogan. Son allure était distinguée. Il était vêtu d’un justaucorps bleu à parements, d’une veste de velours rouge bordeaux et d’une culotte de la même teinte. Je n’avais jamais vu de garçon aussi beau. À son bras se tenait une blonde dont l’apparence n’évoquait qu’un mot : le chic à la française. Avec ses yeux bleu ciel et sa chevelure d’or, elle rayonnait. Plus charmante encore était la jeune fille à sa gauche. Des cheveux bruns ondulés. Des traits qui semblaient sculptés. Un front hautain, un nez adorablement retroussé, un teint de porcelaine. Un
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regard d’émeraude qui pétillait d’orgueil. Son visage était fardé de céruse, sa joue agrémentée d’une mouche en velours noir. Enfin, le quatrième larron ne dépareillait pas. Il avait des cheveux de jais et un regard d’un vert perçant. C’était le plus élégant du quatuor. Il portait un pourpoint en drap de Hollande, surmonté d’une cravate beige. Soie, satin de Chine, taffetas, dentelle de Calais, son costume était façonné avec les plus riches étoffes. Signe distinctif de noblesse, il portait des bas de soie et des souliers à boucles d’or et à talons rouges. Contrairement à ses comparses, il ne semblait pas prendre plaisir à cette contemplation. – C’est bon, on peut y aller ? s’impatienta-t-il. J’ai eu ma dose de parc pour aujourd’hui. – Comme si tu avais mieux à faire… répliqua la fille aux yeux verts. – J’ai toujours mieux à faire que me promener, sœurette ! – Partons, alors, dit l’autre jeune homme avec un léger accent que je n’identifiai pas. Je fus déçue d’assister à leur départ. Cette vision fugace avait été comme un rêve. Quand ils se furent éloignés, Charlotte m’expliqua :
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– Vous venez de voir les jeunes gens les plus en vue de la cour : Axel de Rosen, le Suédois, sa promise Dorine d’Onfroy, et Chimène et Valère de Tarmagnac, les jumeaux terribles. Ils font la loi à Versailles : Valère est à la tête du cercle des chevaliers de Cyrène, le CCC, une confrérie qui rassemble des jeunes débauchés. Sa sœur Chimène organise chaque année un bal très exclusif, réservé aux moins de vingt-et-un ans, le bal des Cygnes. La fine fleur du royaume s’y réunit. Cette cérémonie existe depuis 1680, elle a été fondée par la défunte mère de Chimène. Toutes les demoiselles qu’elle a sacrées ont connu un destin brillant. Elles ont fait les plus beaux mariages, obtenu les charges les plus convoitées, bénéficié des plus grands honneurs… Accéder à cette soirée est un laissez-passer pour la gloire. Cette description me fascinait. J’imaginais les lustres de cristal, les plafonds dorés, les buffets somptueux, les robes vaporeuses, les parures étincelantes… – Et vous, vous y avez accès ? lui demandai-je. – Au bal des Cygnes ? Oui. J’ai été couronnée reine l’année dernière. J’ai donc un accès illimité à toutes les prochaines éditions. – Quelle chance ! Je ne suis jamais allée à un bal.
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Ma compagne me regarda, éberluée : – Il n’y avait pas de bals là où vous viviez ? – Si, mais je n’étais pas invitée. Ça aurait été difficile vu que j’étais dans un couvent… – Ce bal vous intéresse ? – Oui, beaucoup. – Alors, nous irons ensemble ! décréta-t-elle, la mine enjouée. Je me ferai un devoir de vous aider à y participer. Vous allez me succéder. Le projet semblait l’émoustiller. Ses yeux brillaient d’excitation. Moi, j’étais perplexe. – J’adorerais, mais c’est impossible, regrettai-je. Je ne sais ni danser, ni m’exprimer, je ne connais pas les manières de ce milieu, je… Elle m’interrompit : – Cela s’apprend ! Vous avez reçu une éducation. Je vous formerai. Si vous voulez survivre à Versailles, il va falloir adopter une mentalité de conquérante. « Rien n’est impossible ». C’est la devise des Perigny ! Et j’adore les défis. On dit que je parviens toujours à mes fins. Sa combativité était contagieuse. Elle avait raison, et c’était à ce genre de filles que je voulais ressembler. La Jeanne
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de Saint-Quentin n’aurait même pas essayé. La Jeanne de Versailles, elle, avait envie d’en découdre. Et de revoir ces jeunes gens qui l’avaient tant impressionnée.
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Je vous surveille. Je vous épie. Je connais tous vos secrets, vos mensonges et vos trahisons. Comment cela est-il possible ? Mais parce que je suis l’une des vôtres. Je suis vous. Alors prenez garde. Signé Mlle V.
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