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les improbables

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LES L’été où tout est arrivé...

FLEURUS


Titre original : The Unlikelies © 2017 by Carrie Firestone Originally published by Little Brown and Company / Hachette Book Group Published by arrangement with Pippin Properties Inc. Through Rights People, London

Illustration de couverture : Shutterstock© JBOY Shutterstock©chuckchee Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Claire Renaud, Margaux Manchon Direction artistique : Élisabeth Hébert Mise en pages : Cromatik Ltée, île Maurice Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten © Fleurus, Paris, 2018, pour l’ensemble de l’ouvrage. ISBN : 978-2-2151-3587-6 MDS : 592 595 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »


Pour les amitiĂŠs improbables, celles qui nous inspirent, celles qui changent nos vies.


Quelques minutes avant l’incident, je remarquai qu’une touffe d’herbe échappée des dunes était allée se coincer dans une pile de vieux cageots de fraises. Un pot de miel était tombé de l’étagère, mais j’eus la flemme de le ramasser. Daniela, employée comme moi du stand qui vendait les produits de la ferme, avait une petite croûte sur la lèvre du haut. Je me demandai si c’était un bouton d’herpès. 12 heures plus tard, ma vie allait prendre un sacré tournant et je commencerais à prêter un peu plus attention à ce qui m’entourait. L’incident se produisit un mardi, au tout début de l’été : nous étions donc encore un peu épargnés par les inévitables embouteillages des week-ends dans les Hamptons et il y avait peu de clients au stand. Le vieux monsieur Upton et son auxiliaire de vie, Sissy, étaient à la recherche de belles pêches. Deux New-Yorkaises, probablement venues dans la région pour préparer leurs maisons d’été avant l’arrivée de leurs enfants, de leurs nounous et de leurs banquiers de maris, papotaient près des seaux de fleurs des champs. Une famille de touristes était en train de remplir deux paniers de courses. La mère m’expliqua que ses enfants et elle allaient pique-niquer près du phare de Montauk. 9


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J’étais à côté de la caisse, les mains enfoncées dans mon tablier peu flatteur de fermière, déjà découragée à l’idée qu’il ne soit que 10 h 14 et qu’il me reste encore 6 heures et quarante-six minutes à passer dans cette petite cabane sombre en compagnie de taons et du bouton de fièvre de Daniela. Je pourrais peut-être faire un aller-retour à la maison pour le déjeuner, pensai-je.

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UN

Je passai deux mois à préparer avec soin des cadeaux pour mes amis. C’était ma façon à moi de les remercier d’être aussi géniaux. Personne n’avait encore jamais vu une classe de terminale aussi soudée, unie par plus de dix ans d’amitié et de recherche compulsive d’adrénaline, et par une alchimie dont ma propre classe de première, dysfonctionnelle à tous niveaux, n’aurait jamais été capable. Les inséparables de cette terminale allaient s’éparpiller, les uns s’apprêtant à partir pour des boulots d’été dans des colos, les autres pour des stages de sport ou encore des voyages en Europe, avant bien sûr la séparation définitive : la rentrée en fac. Je voulais faire quelque chose de spécial avant leur départ. Les boîtes, bien alignées sur le rebord de ma fenêtre, étaient toutes identiques en taille et en forme. J’avais écumé toutes les boutiques et les marchés aux puces de la ville et complété par quelques objets achetés en ligne qui reflétaient leurs destinataires et ce qu’ils représentaient pour moi. Presque tout l’argent 11


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que j’avais reçu à mon anniversaire était passé dans ces cadeaux, mais à aucun moment, tandis que j’insérais les petits mots dans les boîtes, emballais celles-ci dans du papier kraft et les entourais d’une cordelette pailletée, je n’eus de regret. Je distribuai les boîtes lors de la Nuit des Mille Au Revoir, qui avait lieu chaque année après les soirées de remise de diplôme et les interminables dîners de famille qui les suivaient. « Merci, merci, merci, Sadie ! » s’exclama Ellie alors que, assise à côte de moi sur un rondin de bois, elle découvrait le contenu de sa boîte : un emporte-pièce à biscuit en forme de flocon de neige en souvenir de ses traditionnels échanges de cookies1 ; un éléphant sculpté dans une noix géante en référence à sa passion pour les éléphants ; et une petite figurine avec la tête qui se balance, à l’effigie de monsieur Wilson, notre proviseur adjoint, dont elle s’était étrangement éprise. – Je les garderai précieusement, dit Ellie. Genre, toute la vie. Ellie n’avait plus que quelques heures de liberté avant que sa famille ne parte en volontariat pour la Mongolie. Parker était de celles qui ne partaient pas tout de suite, mais je lui donnai quand même son colis : une petite figurine de Wonder Woman en plastique, parce qu’à Halloween, dans son déguisement, sa ressemblance avec l’originale avait été flagrante ; une boîte de biscuits chocolat-menthe, ses préférés depuis nos années de scoutisme ; et une collection de tatouages 1. La tradition des échanges de cookies est un rituel aux États-Unis pendant les fêtes. (ndt) 12


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éphémères pour l’aider à savoir si elle voulait s’en faire un vrai ou pas. Parker me serra tellement fort dans ses bras que je crus frôler l’hémorragie interne. Les cadeaux eurent un franc succès. J’en avais même fait un pour Seth, parce qu’il avait été un super petit copain, le temps qu’avait duré notre relation. J’avais gardé le sien pour la fin de la soirée, ce que j’aurais probablement dû éviter, vu le degré d’ébriété qu’il avait atteint et sa tendance au contact physique qui accompagnait généralement cet état. – Sadie Cookie, viens là, me dit-il en m’attirant vers lui avant de se pencher sur moi pour m’embrasser. À l’origine, nous avions rompu par texto pendant les vacances de printemps, alors qu’il était parti à Cabo. Nous avions d’un commun accord décidé qu’il était impossible de continuer notre relation alors qu’il comptait passer tout l’été en Israël chez son père et qu’à la rentrée il irait en fac en Caroline du Nord. Mais ce n’était pas parce que cette rupture avait été décidée d’un commun accord et de façon amicale qu’elle avait été plus facile ou plus rapide pour autant. Il était plus facile de sortir ensemble que de ne pas sortir ensemble. Il était plus facile d’aller au cinéma avec Seth plutôt que de rester chez moi à regarder la chaîne déco à la télé avec maman. Il était plus facile d’aller au bal de fin d’année ensemble que de risquer de tout gâcher.

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Et comme la première rupture ne tient jamais, on s’était évidemment remis ensemble en mars. – Arrête, on n’est plus ensemble, lui dis-je, peu convaincante. Tiens, je t’ai fait un cadeau. – Ah, tu es la meilleure petite copine du monde. Il posa sa main au creux de mon dos. Je ne reculai pas, mais je ne me rapprochai pas pour autant de ses lèvres. Seth allait me manquer, lui, notre histoire, et notre chaise, la chaise sur laquelle nous nous asseyions à toutes les soirées de Shawn Flynn, la chaise d’entre toutes les chaises. Et puis aussi les feux d’artifice, les matchs de foot et les soirées ciné dans son garage. Mais je devais rester forte. Seth déchira l’emballage de son colis. Il en sortit les objets un à un, les examinant attentivement. Une figurine avec la tête qui bouge à l’effigie de mon chat mort, Lucy, l’animal de compagnie préféré de Seth. (Je m’étais un peu emballée sur le site de ces jouets personnalisables.) Un sachet de chips faites maison, l’encas préféré de Seth. Et le tout premier texto que Seth m’avait envoyé, – Tu aimes les sushis ? –, imprimé sur un tout petit parchemin enroulé sur lui-même. Seth resta silencieux. Je ne pensais pas que ça prendrait une tournure aussi sentimentale. Même si j’avais adoré être la petite copine de Seth, nous savions tous les deux qu’entre nous ce n’était pas assez fort pour résister au temps et à la distance. – Tu es nulle, dit-il en se frottant les yeux. 14


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Je n’avais pas prévu de le faire pleurer. Je le plantai là, son colis toujours dans les mains. Retomber une fois de plus dans ses bras ne serait une bonne idée ni pour lui ni pour moi.

* Entre la remise des colis et la distribution de chapeaux de « Woody le marchand de glaces » à tout le monde (une petite attention de papa, qui tenait toujours à en offrir à ses clients fraîchement diplômés), j’avais à peine eu le temps de voir Shay. Au moment de partir, je détachai le feutre à pointe fine de sa main crispée qui dédicaçait l’album de promo et attendis, au bord des larmes, qu’elle achève ses adieux déchirants. Shay et moi fîmes notre dernier trajet de meilleures amies dans la Prius de maman que j’avais réquisitionnée, l’obligeant à prendre la Buick de grand-mère Hosseini. Shay devait partir en Californie le lendemain matin pour donner des cours dans une colo de tennis avant de faire sa rentrée à l’université Pepperdine. Je plongeai la main dans un sac de tortillas et écoutai Shay repasser une énième fois en revue sa liste d’affaires à emporter. – Ou alors, j’attends d’arriver sur place pour voir quelles chaussures mettent les Californiens ? – Oui. Il est humainement impossible de faire rentrer une autre paire de chaussures dans cette valise. 15


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Shay se tourna vers moi. – Alors, on y est vraiment, hein ? me demanda-t-elle. Parce que j’ai l’impression que c’est un soir comme les autres. – Mais c’est un soir comme les autres, dis-je en m’approchant d’elle et en lui prenant la main. Shay était un volcan d’émotions. Si elle commençait à se remémorer tout ce que nous avions vécu ensemble et notre incroyable amitié, elle entrerait en éruption. Je voulais qu’elle garde un souvenir heureux et joyeux de sa soirée de remise de diplôme. Nous nous engageâmes dans l’allée de son garage et je coupai le contact de la voiture. – J’ai un petit truc pour toi, dis-je en passant le bras derrière mon siège. – Un colis de Sadie ? J’attrapai mon dernier chapeau de Woody et le lui plantai sur la tête. Shay l’ajusta et dit : – Il va me manquer. Sans le Woodster, jamais il n’y aurait eu de Shay et Sadie. Tu ne trouves pas ça dingue, quand on y pense ? À l’époque où j’ai rencontré Shay, nous venions de quitter le Queens pour l’East End et papa avait tenu à m’emmener faire la tournée inaugurale du camion de glaces de Woody. Shay nous avait couru après dans la rue, pieds nus, et immédiatement après avoir commandé son Petit Bonhomme de Noix, m’avait invitée à son goûter d’anniversaire qui avait lieu l’après-midi même. 16


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– Je l’ouvre maintenant ou j’attends ? me demanda Shay en prenant le colis. – Ouvre-le maintenant. Elle détacha délicatement la cordelette pailletée, retira le papier et, après avoir soulevé le couvercle, découvrit : Une petite boîte de pastilles à la menthe en l’honneur de la pièce en quatorze actes que nous avions écrite, interprétée et mise en scène, intitulée La Ville des pastilles à la menthe : les fées prennent le contrôle. Un rouge à lèvres fruits rouges intense et un gloss de la même couleur (parce que je lui piquais toujours les siens). Un préservatif violet (parce que bon… la fac, quoi !) Un cadre photo avec une photo de Shay et moi, prise le jour de notre rencontre, lorsque je suis arrivée au goûter d’anniversaire de ses dix ans, ce fameux après-midi. Une paire de figurines avec la tête qui bouge de Shay et moi main dans la main. (Je m’étais amusée à représenter Shay avec de longs cheveux blonds et de grands yeux bleus, et moi avec d’épais cheveux noirs ondulés et un nez pointu.) – Wouah, ma figurine a un sacré pare-chocs ! s’exclama Shay en passant ses doigts sur la poitrine en plastique de la figurine. – Je savais que ça te plairait. – Comme je ne pourrai jamais assez te remercier pour ce colis, je crois que je vais juste te faire un câlin, conclut Shay en me prenant dans ses bras.

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Je serrai fort ma meilleure amie en plongeant la tête dans ses cheveux blonds ondulés de sirène. Elle sentait l’huile essentielle de lavande dont elle avait l’habitude de se frotter les tempes lorsqu’elle était stressée. Nous nous levâmes en même temps et nous dîmes au revoir comme pour n’importe quelle soirée. – À plus, Shay-Shay. – À plus, Sadie-puce.

* Le lendemain matin, je me réveillai à 6 heures, encore calée sur le rythme scolaire, et attrapai mon téléphone pour envoyer un texto à Shay. Il me fallut quelques secondes pour me rappeler que c’était fini, qu’elle était peut-être déjà en chemin pour l’aéroport. Je fis un câlin à Flopper, mon phoque en peluche, puis essayai de me rendormir, mais le bruit que faisait maman en s’activant dans la cuisine ainsi que sa télévision mirent un terme à cette tentative. – Déjà levée ? me demanda maman depuis son perchoir, assise devant l’îlot central de la cuisine où elle sirotait son thé en lisant les titres tandis que la télévision installée au-dessus de l’évier beuglait les prévisions météo des Hamptons. – Mon cerveau a cru que je devais aller en cours. Je fouillai dans le frigo. 18


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– Tu peux faire des pancakes ? lui demandai-je. – Aux pépites de chocolat ? Je hochai la tête puis m’assis au bar, les mains croisées, en attendant mes pancakes. – Des choses de prévues, aujourd’hui ? me demanda maman en posant un verre de lait devant moi. Je levai les yeux vers elle et la réalité me frappa soudain. – Aucune idée.

* J’accueillis avec joie ma première journée officielle de travail au stand de la ferme. Je savais que j’allais travailler dans la chaleur, cernée de taons, de sciure de bois et de quelques-uns des clients les plus irritants du monde, que les résidents permanents des Hamptons avaient affublés du surnom de « citidiots » (les citadins idiots, ou New-Yorkais). Mais j’allais pouvoir manger des tonnes de pêches et de fraises, et grâce à mon salaire, je pourrais m’acheter des fringues pour la fac et faire des économies pour mes études. Le premier matin, Brian, le fermier, nous montra à nouveau, à Daniela et à moi, comment nous servir de la caisse enregistreuse et faire les comptes, et nous eûmes également droit à un petit rappel sur la différence entre les notions de mûr et de pourri. Une fois Brian parti, Daniela passa le plus clair de son temps sur son téléphone, ou à s’endormir tellement son enfant 19


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de trois ans la fatiguait, mais cela m’était égal. Au moins, ce travail m’occupait l’esprit. Je m’attardai un peu derrière la cabane en bois qui, avec ses trois murs peints en vert foncé et sa devanture ouverte et surmontée d’un auvent, faisait face à la route. Je déchargeai des cageots de légumes en slalomant entre les clients locaux trop tatillons, les citadins trop enthousiastes et les touristes qui faisaient tout le chemin jusqu’aux Hamptons juste pour pouvoir se prendre en photo pour leur page Facebook. Les citidiots étaient de retour.

* Ce soir-là, papa et maman m’emmenèrent manger une pizza pour fêter le début de l’été. Ils m’avaient promis de ne pas aborder le sujet de la fac avant que je n’aie eu le temps de m’habituer à ma nouvelle vie. La fac était devenue un sujet tendu à la maison depuis que Shay avait été acceptée à Pepperdine, principalement à cause du fait que je n’avais toujours aucune idée de là où j’avais envie d’aller ou de ce que je voulais faire. Alors que je m’apprêtais à mordre à nouveau dans ma calzone, maman envoya papa aux toilettes pour qu’il nettoie le parmesan de sa moustache. – J’ai acheté le Guide des universités du Nord-Est à la librairie, lança-t-elle de façon très détachée. Il est sur la table de la salle 20


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à manger. J’ai mis des marque-pages à celles qui avaient l’air intéressantes. – Merci, maman. Je savais très bien qu’il était inutile de lui rappeler sa promesse. Je passai la main sous la bande de mon soutien-gorge et grattai ma peau chaude et moite. Il fallait que je prenne une douche. Et que je dorme. Mais au beau milieu de ma calzone, je reçus un texto de Shay : Hannah S. et Chelsea veulent que tu les accompagnes chez Shawn ce soir.

J’avais eu beau dire à Shay que ça m’allait tout à fait de passer du temps avec mes parents et notre voisin, monsieur Ng, sous le porche de notre maison, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour moi. Cela faisait des mois qu’elle essayait de jouer les entremetteuses en amitié avec Hannah S. et d’autres gens de ma classe dysfonctionnelle. Oh, tu déconnes. Les sangsues ? Je leur ai dit de passer te prendre à 21 h. Shay, je n’ai aucune envie de sortir.

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Allez, laisse-leur au moins une chance. Sinon, je t’assure que tu vas finir agoraphobe. Tu te trompes complètement. S’il te plaît !! Je veux savoir ce qui se passe. Je suis déjà larguée. Tu m’emmerdes, Shay. D’ACCORD.

* Hannah S. et Chelsea faisaient partie de la bande des sangsues de ma classe dysfonctionnelle de première. Shay les avait surnommées ainsi parce qu’elles s’accrochaient à toutes les personnes qu’elles connaissaient, leur pompaient l’air et les critiquaient dès qu’elles avaient tourné le dos. Bref, c’étaient de mesquines petites pestes, des fouineuses et des fouteuses de merde. Shawn Flynn faisait une énième soirée parce que Shawn Flynn était accro à ce moment où une vague de jeunes gens fraîchement douchés s’amassaient derrière sa haie pour remplir tous les espaces vides de sa grande maison sans parents. Hannah S. et Chelsea se garèrent dans l’allée de notre garage juste au moment où j’enfilais un short et mon T-shirt avec un 22


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lutin irlandais dessus. Je fourrai mes cheveux mouillés sous un bonnet et retrouvai mes camarades de classe sur-accessoirisées sous le porche, avec papa et monsieur Ng. – Éclatez-vous bien ! nous lança papa alors que nous montions dans la voiture de Hannah S. – Ça me fait tellement de peine que Shay ne soit pas là cet été, soupira Hannah S. comme si Shay et elle étaient des amies de toujours. – Elle est en Californie. Je suis sûre que son été sera meilleur que le nôtre, répondis-je tout en envoyant un texto à Shay depuis la banquette arrière : J’en ai déjà marre. J’aurais tellement préféré être dans mon lit, là.

Nous roulâmes quelques minutes et nous garâmes non loin de l’immense maison de Shawn. Chelsea décapsula une bouteille de vin tiède qu’elle avait dû chiper dans le minibar d’un hôtel. Elles me mitraillèrent de questions sur la Nuit des Mille Au Revoir, voulurent savoir qui avait chopé qui et si c’était vrai que Saca-M était tombé dans du vomi. Hannah avala une autre mini-bouteille de vin rouge et fit claquer sa langue. – Allez, on peut le faire, dit-elle d’une voix un peu trop forte en jetant la bouteille par la fenêtre.

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Hannah jette des trucs dans la rue…

écrivis-je à Shay. Laisse-leur une chance, je t’assure.

* J’ouvris en grand la porte de la maison de Shawn et fis entrer Hannah et Chelsea. – Elle est canon, cette maison, dit Hannah en gloussant bizarrement. – Je reviens, lançai-je. Je balayai du regard tous les visages bronzés et trouvai Parker assise sur un des larges fauteuils du salon, occupée à jouer sur son téléphone et vraisemblablement en train de compter le nombre de minutes qui la séparaient de la rentrée en fac. – Pousse-toi un peu, Parker, dis-je en me glissant vers elle avant de lâcher un long soupir. – Ça y est, les premières commencent à s’incruster, dit-elle. C’est la merde. La terrasse de Shawn fourmillait de racailles alcoolisées (autre terme trouvé par Shay), autrement dit, des petits cons qui faisaient que tout le monde détestait ma classe. Fidèles aux pires clichés, les racailles s’en prenaient aux faibles, aux intellos, aux geeks, aux solitaires, aux théâtreux et à tous ceux qu’ils pouvaient harceler en toute impunité. 24


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– Les cons bouchent les trous, commenta Parker. J’aperçus Hannah et Chelsea à côté d’un arbre en pot, qui commentaient à voix basse tout ce qu’elles voyaient. – Je vais marcher un peu, dis-je. Je passai au milieu des avaleurs de shots et des frimeurs de piscine, empruntai le chemin qui menait vers la plage et, après avoir escaladé une dune de sable, arrivai à quelques mètres des vagues. Je m’assis par terre, repliai mes jambes contre ma poitrine et posai mon menton sur mes genoux mal rasés. Le tapage de la soirée se mélangeait au bruit des vagues qui s’étalaient sous la lune argentée. La solitude me gagna comme un ciel d’orage. Rentrée chez moi, j’envoyai un interminable texto à Shay pour lui dire que me retirer du monde des soirées de Shawn Flynn me ferait le plus grand bien, et que je n’avais qu’une envie, bouquiner tranquillement sous mon porche. J’avais besoin de réduire au maximum ma vie sociale et de passer, pour une fois, un peu de temps seule avec moi-même. Elle répondit par un : Parker m’a dit que la soirée de Shawn avait été un festival de cons. Je ne t’en veux pas.

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Ce à quoi je répondis : Bien. Du coup, ce n’est plus la peine d’essayer de me refourguer les sangsues. J’ai mon Flopper. C’est tout ce dont j’ai besoin.


DEUX

Puis ce fut mon deuxième jour de travail. Des petites familles faisaient la queue derrière le vieux monsieur Upton, qui écrasa un moustique sur sa joue en laissant une trace noire et ensanglantée de la taille d’une pièce de dix centimes sur sa peau rose, juste à côté de son nez bulbeux. Il tenait à la main un kilo de pêches et mes yeux tombèrent sur ses ongles, qui étaient longs et jaunes. J’essayai de lui dire qu’il avait quelque chose sur la joue, mais il n’avait pas mis ses prothèses auditives. « Quoi ? » ne cessait-il de dire, jusqu’à ce que j’articule silencieusement un « Rien » avant qu’il ne parte. Son auxiliaire de vie, Sissy, se dirigea lentement vers la caisse du stand. Elle portait deux brassées de fleurs et une blette. La sueur perlait sur sa peau foncée de Caribéenne. Elle avait mis du mascara bleu, et son ample T-shirt couleur rouille portait une tache violette près du col. Je me demandai s’il s’agissait de jus de prune.

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La voiture déboula sur le parking gravillonné, tellement vite que quelques cailloux vinrent heurter la vieille Lincoln de monsieur Upton. Nous nous immobilisâmes tous. Monsieur Upton et Sissy. Daniela. Les deux femmes près des seaux de fleurs des champs. La famille qui achetait de quoi piqueniquer à Montauk. C’était peu dire que cette voiture avait fait une entrée fracassante. Un type en jaillit et claqua la portière. Il passa à côté des fruits rouges en traitant quelqu’un d’enculé de connard au téléphone avant de s’approcher du stand où nous le regardions tous, interdits. – Quoi, vous voulez ma photo, bande de bourges ? nous jeta-t-il. Je n’avais plus vu quelqu’un avoir l’alcool aussi mauvais depuis une soirée d’hiver chez Shawn où un mec de Watermill avait dû partir en ambulance pour subir un lavage d’estomac. – Va te faire foutre et crève ! hurla-t-il à son téléphone avant de l’enfoncer dans la poche de son jean délavé. Il contourna maladroitement les légumes et ouvrit le réfrigérateur. Il prit une poignée de fromages qu’il jeta dans un panier. Son visage, crevassé de cicatrices d’acné et couvert par endroits de barbe poivre et sel, était presque pourpre, sûrement à cause de la chemise en flanelle et des bottes de sécurité qu’il portait par trente-deux degrés. 28


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Sissy secoua la tête et haussa les sourcils. Monsieur Upton bataillait avec son porte-monnaie. Un bruit monta du parking. Au début, cela aurait pu passer pour un autoradio qu’on aurait laissé allumé. Et puis il se précisa. Ou plutôt elle. C’était un bébé, une petite fille, qui pleurait. Je quittai la caisse et m’approchai de la berline bordeaux du type. Les vitres teintées étaient toutes relevées sauf celle du bébé, baissée de quelques centimètres. La petite fille agitait frénétiquement ses bras tandis que ses pleurs se faisaient plus pressants. – Mais qu’est-ce que tu fous ? entendis-je derrière moi. Éloigne-toi de ma bagnole, sale Arabe. C’était à moi qu’il parlait. Je fis volte-face. Son odeur d’alcool fort et de sueur me heurta de plein fouet. Il avait le regard d’un fou et le blanc de ses yeux était jauni. Une sorte de valve s’ouvrit en moi et une vague d’adrénaline me parcourut le corps. C’était fort, c’était électrique, et étonnamment apaisant. Je lui lançai d’une voix parfaitement maîtrisée : – Monsieur, pourquoi vous ne sortiriez pas ce bébé de la voiture pour lui donner un peu d’eau fraîche ? Je crois qu’elle a très soif. – Elle va bien.

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– Sans vouloir vous offenser, monsieur, je crois que vous avez un peu trop bu et ce n’est peut-être pas une bonne idée de reprendre le volant maintenant. Son visage prit une teinte encore plus foncée. – Sans vouloir t’offenser, je crois que tu es une petite conne, répliqua-t-il. Les pleurs montèrent encore d’un cran. Le type jeta son panier en plastique. Les briques de fromage, les fraises et les pots de miel roulèrent par terre. Un des pots se brisa et du miel se répandit sur le gravier. L’homme chercha la clé de sa voiture dans sa poche et tituba vers la portière avant. J’essayai d’ouvrir la portière arrière. Elle était fermée à clé. Je me précipitai vers la place du conducteur, où il était en train de s’asseoir, et m’allongeai sur lui pour essayer de lui prendre ses clés. Il était hors de question que je le laisse démarrer la voiture. Étendue de tout mon long sur son corps à l’odeur nauséabonde, je sentis sa main attraper ma queue-de-cheval et la tirer violemment. L’espace d’un instant, j’eus la tête tournée vers la banquette arrière et pus voir le visage de la petite fille, rouge écarlate et mouillé de larmes, ses yeux marron fixés sur la main du type qui me tirait par les cheveux. La seconde d’après, le temps se suspendit. Puis je sentis la main du type s’agripper plus fermement à ma queue-de-cheval et balancer ma tête en avant. Mon visage heurta quelque chose de dur sur le siège passager. Le métal 30


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froid d’une boîte à outils m’entailla le front. Je poussai un cri, puis essayai à nouveau d’attraper les clés. En un éclair, il lâcha mes cheveux et se saisit d’une bouteille d’alcool presque pleine. Le liquide ambré se souleva dans la bouteille avant que celle-ci ne s’abatte sur mon dos. Je fis instinctivement le dos rond. Méthodiquement, il me roua de coups. Chacun d’eux m’arrachait un cri de douleur, guttural, qui se mêlait aux pleurs de panique s’élevant de la banquette arrière. Ce n’est qu’au moment où des sirènes entourèrent la voiture que je me rendis compte que la police était là. Un flic se précipita pour me sortir de la voiture. Je commençai par résister, n’ayant toujours pas réussi à prendre les clés. – C’est bon, Sadie ! La voix de Daniela me parvint de loin, comme dans un brouillard, entre les coups qui résonnaient dans ma tête. Je trébuchai et me rattrapai à elle, l’entraînant dans ma chute. Je sentis le gravier s’enfoncer dans mes genoux tandis que le flic qui m’avait tirée de la voiture et plusieurs autres se débattaient avec le type. Ils finirent par le plaquer au sol. Il atterrit à quelques centimètres de moi et son visage s’écrasa dans le verre cassé et le miel. Je levai la tête et vis un autre flic détacher délicatement le bébé. Elle avait arrêté de pleurer, comme si elle avait compris qu’elle était en sécurité. Pendant quelques instants, je vis tout comme au ralenti.

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Les deux citadines, restées près des fleurs des champs. L’une agrippée à l’autre, toutes deux avec la main devant la bouche. La famille qui s’entretenait avec les policiers à côté du saule pleureur. Portant la main à ma tête, je sentis du sang.

* Le sang qui coulait de mon crâne entaillé était poisseux, plus comme de la gelée que du jus. Les ambulanciers retirèrent l’élastique de ma queue-de-cheval et libérèrent une masse de cheveux agglutinés. Ils m’enveloppèrent dans une fine couverture blanche et je tombai dans un demi-sommeil. – Sadie, il va falloir que tu te réveilles. Les mots m’arrivaient de loin, étouffés par la douleur sourde qui pulsait dans mon crâne et dans mon dos. Je levai les yeux une seconde et vis une femme aux yeux bleus soulignés de profonds cernes en demi-lune. – Qu’est-ce qui se passe ? J’avais dans la bouche un goût de métal et de feuilles sèches. À chaque fois que je m’endormais, quelqu’un s’escrimait à me réveiller. – Mon rayon de soleil, c’est papa. J’ouvris les yeux et fis un immense effort pour maintenir mes paupières relevées. Le visage de papa était penché au-dessus du mien, ses yeux gris étaient rouges et gonflés. Il se força à sourire. 32


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– Qu’est-ce qui ne va pas, papa ? Je sentis une douleur fulgurante dans mes côtes. – Oh… Mon dos ! Maman apparut juste derrière papa et me prit la main. La sienne était glacée. – Sadie, tu as été blessée dans l’incident de tout à l’heure, au stand de la ferme. Je ne sais pas ce dont tu te souviens, mais ce n’est pas grave. Tout va bien, ma chérie. J’avais l’impression que la voix de maman me parvenait de l’autre bout d’un tunnel. – Vous pouvez éteindre les lumières ? demandai-je tandis que l’on poussait mon brancard vers le scanner. Ma tête me faisait souffrir plus que tout, comme une insupportable rage de dents qui ne me laissait pas de répit et se déplaçait petit à petit. Un type en blouse verte essaya de me faire la conversation pendant qu’il cherchait une veine assez gonflée pour y planter une aiguille. – Est-ce que vous savez ce qui est arrivé au bébé ? Celui qui était dans la voiture ? lui demandai-je. – Non, ma puce, je n’en sais rien. J’essaierai de me renseigner. – Il faut que j’aille aux toilettes, dis-je. J’avais une commotion cérébrale et une entaille monstrueuse sur le côté du crâne. Un médecin avec une voix de DJ parlait à mes parents, de l’autre côté du rideau. 33


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– Sadie a deux côtes fracturées et déplacées vers l’intérieur. Il y a un peu de sang autour de la rate, mais je pense que nous n’aurons pas besoin d’intervention chirurgicale. Nous allons la garder en observation. Je m’endormis une nouvelle fois. Une infirmière me braqua une lumière dans les yeux. – Bonsoir Sadie, je m’appelle bla bla bla… Je n’entendis rien de ce que l’infirmière me disait. – Je n’arrive pas à respirer. La panique me saisit à la gorge. – Je n’arrive pas à respirer ! m’écriai-je. – Tu peux respirer, Sadie. C’est juste un peu désagréable. Elle brandit un truc en plastique auquel pendait un large tube. – Je vais avoir besoin que tu respires là-dedans pendant quelques instants. Ça va faire mal. Mais cale ta respiration sur ta douleur. Ça t’évitera d’avoir une pneumonie. Je respirai dans le masque tandis que mes parents, penchés sur moi, essayaient de ne pas s’effondrer.

* Une journaliste télé voulut m’interviewer sur mon lit d’hôpital, mais Woody le marchand de glaces lui répondit qu’elle pouvait aller gentiment se faire voir ailleurs. Le lendemain matin, je continuai régulièrement à m’endormir, le masque 34


Les Improbables

toujours sur ma bouche, réveillée par les infirmières qui surveillaient mes signes vitaux et me demandaient à combien était ma douleur sur une échelle de un à dix. La douleur se déplaçait de mes côtes vers mes épaules, avant de s’emparer de ma tête puis de repartir vers mes genoux abîmés. Cela faisait un jour et demi que je n’avais rien mangé, mais je n’avais pas faim. Le médecin voulait que je me lève et que je fasse pipi toute seule. Une nouvelle infirmière, les cheveux blond platine rassemblés en une tresse, fit sortir mes parents de la chambre pour pouvoir me retirer le cathéter et m’accompagner aux toilettes. – Ça brûle, dis-je à l’infirmière plantée debout devant moi pendant que j’essayais d’uriner. Je ne respirais que par petits à-coups, pour éviter de réveiller la douleur fulgurante de mes côtes. Tandis que l’infirmière m’aidait à me relever, mes yeux tombèrent sur le tuyau en plastique qui sortait des toilettes. Il était rempli de sang. – Euh… Je me figeai et tentai de décrypter l’expression de son visage, pour savoir si j’étais en train de mourir ou pas. – C’est tout à fait normal, avec les blessures à la rate, dit-elle en m’aidant à me rallonger sur mon lit. Quant à savoir ce qu’était une rate…

* 35


Les Improbables

J’essayais de faire taire papa qui parlait beaucoup trop fort au téléphone dans le couloir, mais mon souffle était trop faible pour pouvoir émettre un son. Maman avait peur que je ne devienne accro aux antalgiques. Mes grands-mères priaient Jésus et Allah dans la salle d’attente. Elles faisaient régulièrement un petit tour dans ma chambre pour s’assurer que j’aie assez de couvertures. Puis à un moment, je fus assez réveillée pour pouvoir regarder mon téléphone. J’avais des centaines de textos. De Shay. De Seth. Des terminales. De Daniela. De quelques personnes de ma classe. Shay avait organisé un envoi de vœux de rétablissement avec des grues réalisées en origami, alors les gens m’envoyaient des photos de grues en papier plus ou moins réussies, tandis que j’essayais de rassembler les pièces du puzzle pour savoir ce qui s’était passé. Je n’avais que des fragments de souvenirs : le type qui fonçait vers le stand de la ferme, son haleine alcoolisée, et le bébé. La petite fille. Impossible de sortir de ma tête son petit visage affolé et baigné de larmes. Une femme, l’agent de police Estrada, s’assit dans le fauteuil en tissu de ma chambre et me posa des questions. Son air pincé et son ton irrité s’accordaient parfaitement avec la petite rengaine de maman, qui me bloquait plus qu’autre chose : « Réfléchis, mon cœur. Raconte-lui exactement ce qui s’est passé. » 36


Les Improbables

– Vous pouvez me dire ce qui est arrivé au bébé ? demandaije à l’agent en la regardant d’un air vide. – Je ne suis pas autorisée à vous parler de l’affaire, me répondit-elle. – Mais si vous êtes là, c’est pour qu’on parle de l’affaire, non ? lui demandai-je, perdue. Finalement, papa obtint du médecin qu’il fasse sortir l’agent Estrada. Un litre d’eau plus tard, mon deuxième essai de passage aux toilettes fut un peu meilleur. En grimaçant de douleur, je me penchai au-dessus du lavabo pour me laver les mains. C’est là que je vis mon visage dans le miroir. J’avais une ecchymose d’un bleu tirant sur le noir, en forme de méduse qui dépassait les bandages blancs serrés autour de mon crâne. On aurait dit que mes yeux avaient été exorbités et barbouillés de charbon humide. Je souris. J’en eus mal partout dans le visage, mais au moins, j’avais encore toutes mes dents. Et ça, c’était plutôt une bonne nouvelle.


« – On a besoin d’un nom de révolutionnaire qui claque, dit Gordie. – Pourquoi pas les anti-trolls ? proposa Val. – Nul, répondit Jean. – Les assassins de trolls, suggéra Alice. – Trop violent, rétorqua Alice. J’avais les yeux fixés sur le stand encore fermé. Je luttais pour ne pas m’endormir. Et puis, ça me vint tout d’un coup. – J’ai trouvé. Ils me regardèrent tous. – Les Improbables. – Yes ! dit Alice en me donnant un coup de poing dans le bras. – C’est exactement nous, dit Jean. – Les Improbables, répéta Val. – Ne parlez de ça à personne, prévint Alice. – Ça marche, dit Jean. »

Les vacances d’été commencent pour Sadie, qui s’attend à passer de longs mois ennuyeux loin de sa meilleure amie partie en Californie. Mais lorsqu’elle sauve un bébé, elle devient rapidement « l’Héroïne des Hamptons » sur tous les réseaux et rencontre les autres bienfaiteurs de la ville avec qui elle se lie d’amitié instantanément. Ces cinq héros improbables se mettent alors en tête de faire le bien autour d’eux. Mais les bonnes intentions sont-elles suffisantes pour changer le monde ?

16,90 € TTC France

www.fleuruseditions.com


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