benoit grelaud HA !
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HA ! HA !
Combat se rel ever
fr ère
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GE A R OU
C Lutter re LumiÈ
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fr ère HA !
HA ! HA ! HA !
résister
p’tit
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solitude
vie AmiTI É
GRAND
coup
IR
HA ! HA !
Fleurus
Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Anna Guével, assistée de Camille Dupont Direction artistique : Élisabeth Hebert Conception graphique : Séverine Roze Photographie de couverture : © Getty Images/Lauren Nicole/ DigitalVision Pictos de couverture : © Shutterstock Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Florence Bellot © Fleurus, Paris, 2017 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-3445-9 MDS : 652 706 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »
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Remerciements Merci à mes primo-lecteurs : Brigitte, Patrice Deniau, Odile Hervé-Bazin, Stéphanie Moreau, Céline et Salomé Delaunay, Didier Romain.
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À Odile Hervé-Bazin.
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Chapitre 1
Mercredi 15 septembre 2004. L'année des treize ans Jardin Dumaine. Un couple de marronniers centenaires, à l’écorce écaillée par les ans, veille sur un vieux portail en fer. Derrière celui-ci, d’anciennes carrières de sable se sont muées en parc floral. En bordure de l’allée principale, sur la pelouse verdoyante, un cheval en bronze dresse ses avant-bras vers le ciel comme s’il voulait boxer les nuages. Son ombre, écrasante, éclabousse le jeune garçon qui, la bouche grande ouverte, se tient devant lui tel le frêle David défiant Goliath.
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Axel a treize ans. Et, chaque matin, il traverse ce jardin pour se rendre au collège. Une bouffée d’oxygène avant l’oppressante journée. Perdu au milieu d’une réalité qu’il peine à comprendre, Axel ne trouve refuge qu’au sein des nombreux livres qu’il engloutit chaque semaine. L’imagination débordante, il n’est alors pas rare qu’il se glisse dans la peau des personnages héroïques croisés dans ses lectures. C’est ainsi qu'en ce mercredi matin, figé sous le monumental étalon de métal, il se voit puissant guerrier s’apprêtant à domestiquer l’animal sur lequel il sillonnera le monde. De petits piaillements détournent soudain son attention. – Attends-moi là, chuchote-t-il à la statue équine. Je crois qu’on nous espionne. Le jeune garçon ramasse une branche qui traîne au sol et, à pas de velours, s’approche de l’épais buisson d’où s’échappent les bruissements. Du bout de son glaive imaginaire, il écarte les feuillages et découvre une mince
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plateforme de brindilles sèches sur laquelle deux tourtereaux d’une dizaine de jours réclament la becquée. Aussitôt, les explications lues dans la grande encyclopédie des oiseaux lui reviennent en mémoire : les tourterelles mâles et femelles se relaient pour couver les œufs et, sans distinction de sexe, produisent le nectar dont ils abreuvent leur progéniture. Les oisillons glissent alors leur tête à l’intérieur du bec de l’adulte, et se délectent d’un mélange de graines broyées et de lait produit par la gorge. La mixture est tellement nourrissante que les tourtereaux vont doubler, voire tripler de poids et de volume chaque jour. « Heureusement que l’on ne m’alimente pas avec ça, pense Axel. Déjà que je grossis à vue d’œil, là, ce serait la fin de tout... » Axel a toujours aimé le contact étroit avec la nature. Comme lorsqu’il allait pêcher avec son père sur les sommets pyrénéens. Là, après de longues heures d’effort qui les menaient à un lac aussi pur que le diamant, ils installaient
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leurs lignes et dressaient la tente. Puis, tandis que la nuit enveloppait les arêtes déchiquetées de ses draperies orangées, le feu de bois crépitait en colorant les odorantes saucisses parsemées de thym. Alors, petit à petit, le ciel n’était plus qu’un océan d’étoiles bercé par le halo chaleureux de la lune. Ces moments hors du temps avaient une saveur exceptionnelle : celle des souvenirs qui ne s’effacent jamais. Une cloche tinte au loin et sort le jeune garçon de ses rêveries. – 7 h 45 ! réalise-t-il en entendant l’angélus de la chapelle Sainte-Ursule. Je vais être en retard ! Axel se met alors à courir le plus vite qu’il peut. Ses chaussures battent le pavé d’un pas lourd et, les poumons en feu, le goût du sang ne tarde pas à emplir sa bouche. Le jeune garçon marque une pause en s’appuyant contre l’enclos grillagé des chèvres, l’une des espèces animales présentées dans le parc.
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Son cœur martèle sa poitrine tel un forcené tambourinant la porte de sa cellule, et sa vision se trouble. D’innombrables moucherons noirs se mettent alors à danser devant lui. Au bout de quelques instants, le visage rafraîchi par une fine bruine, le jeune garçon reprend son chemin avec la boule au ventre. Non pas qu’il n’aime pas l’école, car il est plutôt bon élève. Ni parce qu’il a déménagé quelques semaines plus tôt pour cette grande ville froide peuplée de tours déprimantes. En fait, si Axel a le cœur au bord des lèvres, c’est à cause d’Édouard, un grand échalas ayant déjà redoublé deux fois, et de sa cour de décérébrés. Axel ignore pourquoi, mais ils l’ont pris en grippe dès son arrivée dans l’établissement. Ou plutôt si, au fond de lui, il en connaît la raison... C’est parce qu’il est nouveau. Et donc une proie facile pour ces gros bras en mal de reconnaissance. Car il est évidemment plus aisé de s’attaquer à quelqu’un que personne n’aura d’intérêt à défendre. Pas très glorieux, certes. Mais les minables savent se contenter d’exploits
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misérables. Une réplique tirée d’un des livres préférés d’Axel lui revient en mémoire : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », lança le père de Chimène à Rodrigue dans Le Cid, la merveilleuse pièce de théâtre de Pierre Corneille. – Cela ne doit guère parler à ces analphabètes, murmure le jeune garçon avec rage en une affirmation qui le revigore l’espace de quelques instants. Pour eux, Corneille ne doit être qu’un oiseau, et Le Cid, une boisson gazeuse à la pomme ! Axel pense alors à tous ceux qui, lorsqu’il se fait malmener, passent près de lui sans intervenir. Oh, certes, certains hésitent parfois l’espace d’une fraction de seconde. Mais ils se ravisent aussitôt en se disant qu’il serait idiot d’attirer l’attention sur eux. Après tout, tant qu’il y a une tête de Turc, c’est toujours autant de tranquillité d’assurée pour eux-mêmes ! Et puis, souffrant de surpoids, Axel est une cible de choix pour les moqueries en tout genre. D’autant qu’il n’a ni la verve de Cyrano pour ridiculiser ses harceleurs, ni sa maîtrise de l’épée.
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Alors, il subit en silence les railleries incessantes... Tandis qu’il avance vers l’école, les images se bousculent dans sa tête. Il revoit ce premier jour de cantine où il déjeunait seul à sa table. Édouard s’était soudain présenté devant lui. – Hé, toi ! On t’a déjà dit que quand tu manges tu ressembles à une grosse truie ? Avec mes potes là, on n’a pourtant pas demandé de déjeuner avec vue sur... le porc ! Tout en imitant le cri du cochon, Édouard avait observé autour de lui l’effet de son jeu de mots aboyé sans retenue. Puis, les poings sur la table, il avait approché son visage de celui d’Axel. Celui-ci, ne sachant plus où se mettre, avait fixé le fond de son assiette. – Hé ! Tu pourrais me regarder quand je te parle ! Édouard avait alors saisi le plat spécialement préparé par la cantine en raison des allergies alimentaires du jeune garçon, et l’avait porté à ses narines. – Beurk ! Ça pue, ce truc ! Il avait alors reposé la platée sans ménagement et la sauce avait éclaboussé les vêtements d’Axel.
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– Ha ha ! avait éclaté de rire Édouard en s’éloignant tel un grand seigneur. Il paraît que ces bêtes-là adorent se rouler dans le fumier. Le cuisinier, que le grand échalas n’avait pas entendu arriver, avait fort peu goûté que l’on ose parler ainsi de sa cuisine. Il avait attrapé l’insolent par l’oreille et l’avait traîné jusqu’au surveillant général. Celui-ci l’avait sévèrement réprimandé devant tout le monde. Vexé, Édouard en avait gardé une farouche rancœur envers Axel. *** Axel arrive au collège. La pluie bat de plus en plus fort et fouette ses vêtements. Le jeune garçon, qui a pris soin d’éviter l’entrée principale, s’est dirigé vers l’arrière de l’établissement. En se faufilant par le parking à vélos, il espère échapper à Édouard et à ses sbires. L’endroit est désert.
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Rassuré, l’adolescent fonce aussitôt vers le bâtiment des classes. C’est alors qu’un pied crochète son tibia et le fait tomber violemment à terre. À plat ventre sur le sol détrempé, Axel relève son visage ensanglanté et essuie en tremblant la boue qui recouvre ses paupières. Des larmes s’étirent au coin de ses yeux et ruissellent sur ses joues endolories. Une ranger se pose lentement devant lui, bientôt suivie d’une seconde, aspergeant son front d’eau croupie. La semelle épaisse appuie alors sur son crâne et le plaque au sol. La tête sur le côté, Axel respire avec difficulté et, de l’œil qui se trouve à l’air libre, il découvre son assaillant. – Eh bé, on ne voulait pas dire bonjour à ses potes ? s’exclame Édouard. C’est pas très sympa, ça, hein, les gars ? – Ça ne m’étonne pas, répond un des sous-fifres n’existant que dans le regard de son mentor. Ce sont des méthodes de gros porc !
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– Un porc qui est dans son fumier ! clame un autre. T’aimes ça, hein, te rouler dans ton jus ? – Tu as quoi, dans ton sac ? demande Édouard, avant de faire signe à l’un de ses acolytes de lui tendre l’objet. Voyons voir : cahier de maths, pfff inutile... Le redoublant jette le carnet dans une flaque. Puis il ouvre le classeur d’histoire et déverse les feuillets sur le sol. Axel essaie de se dégager, mais plusieurs adolescents le maintiennent fermement au sol. Hilare, Édouard poursuit son inventaire. – Ah, ça c’est intéressant ! se réjouit-il en découvrant une barre chocolatée. Hop, pour mon goûter ! Il glisse la friandise dans sa poche. – Tu ne m’en voudras pas, ajoute-t-il. J’ai toujours un petit creux en milieu de matinée. – De toute façon, ça ne peut lui faire que du bien au gros ! lance Maxence, l’un des acolytes d’Édouard.
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– Ha ha, oui, tu as raison ! acquiesce celui-ci. En fait, amigo, tu devrais me remercier de faire attention à ta santé ! Ha ha !! Allez, dis-moi merci ! Axel refusant de répondre, Édouard appuie de tout son poids sur le visage de sa victime. N’y tenant plus, le pauvre garçon s’exécute. – M...Merci, chuchote-t-il, en hoquetant. – Comment ?... Parle plus fort, je n’entends rien. T’arrête pas de pleurnicher ! – Mer-ci... – Plus fort !! – Merci ! – Eh bé voilà, c’est pas compliqué. Tu vois quand tu veux, mon petit porcinet. Axel est en larmes. Il tousse à plusieurs reprises, recrachant la boue qui lui gratte la gorge, et des bulles brunâtres s’échappent de ses narines. L’un des garçons prend Édouard par l’épaule. – Allez, il a son compte, là, murmure-t-il. Viens.
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– Hé ! s’énerve Édouard en le repoussant vigoureusement. D’où tu me donnes des ordres, toi ? Et d’où tu me touches ? – Vingt-deux, les gars ! crie celui qui faisait le gué. V’là le pion ! Aussitôt, Édouard fait signe à son équipe de quitter les lieux et les membres du clan s’enfuient telle une envolée de moineaux. – T’as de la chance, toi, grogne-t-il à Axel, en retirant lentement son pied. Pour cette fois... Et t’avise pas d’ouvrir ta grande bouche et de nous dénoncer ou on te fera la peau. T’as compris ? Hoquetant, le jeune garçon se relève péniblement et, alors qu’il est à quatre pattes, un violent coup de pied le frappe au visage. – Espèce de gros, va ! lui lance dédaigneusement Édouard, avant de se volatiliser à son tour. Lorsque le surveillant, qui n'avait rien vu de la scène, s'approche pour aider Axel à se relever, le premier réflexe de celui-ci est de le repousser.
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– Laissez-moi ! hurle-t-il, comme pour se libérer de l’étau de peur et de honte qui l’enserre. – Holà, du calme, jeune homme ! rétorque l’éducateur qui, passé brusquement de la compassion à l’agacement, détaille le collégien de la tête aux pieds. Débrouillez-vous tout seul, après tout !... En tout cas, vous ne vous êtes pas loupé, cher ami ! Voilà ce qu’il advient de ceux qui arrivent en retard !... Suivez-moi jusqu’au bureau de la vie scolaire, où nous consignerons votre retard et où nous vous donnerons des vêtements secs pour que vous intégriez les cours dans une tenue plus présentable... Taisez-vous !... Je vous conseille de ne pas en rajouter ! Dépité, voyant qu’il ne serait pas écouté, Axel baisse alors la tête et suit le surveillant tel un condamné que l’on mène à l’échafaud.
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Chapitre 2
Huit ans plus tard. Jeux olympiques de Londres, août 2012 Assis par terre, à l’angle des murs d’un vestiaire, un jeune homme se tient la tête entre les mains. Le sol est froid et un néon crépite au-dessus de lui. Ambiance glauque d’une vieille salle de quartier, loin des luxueuses installations olympiques où il se rendra tout à l’heure. Dans quelques heures, il disputera le match de sa vie. Celui que tout sportif rêve de vivre un jour : une finale olympique. Que de chemin parcouru pour arriver jusqu’ici ! Que de souffrances et de sacrifices !
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Tout se mélange dans sa tête : les séances de musculation, les entraînements jusqu’à la nuit malgré la fatigue, les doutes qui ont jalonné toutes ces années de préparation. Le jeune homme se revoit à ses débuts lorsqu’il se rendait à vélo à la salle municipale. Qu’il aimait ces soirs de septembre, lorsqu’il fait encore chaud et que le soleil se couche en teintant l’horizon de nuances roses et orangées ! Il se rappelle l’air frais qui lui fouettait le visage et la sensation de liberté qui l’envahissait quand, sur le chemin du retour, il traversait la nuit déserte. Il se remémore les visages de ses premiers partenaires d’entraînement, les encouragements au bord du ring et les larmes mêlées de sueur quand l’épuisement enserrait son corps haletant. Il ressent encore les blessures qu’il a dû endurer jour après jour, et qui lui ont donné mille fois l’envie de tout plaquer. Un nouveau flash s’impose à lui. L’image de sa fiancée. Son amour. Sa confidente. Sa meilleure amie.
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Elle a toujours été là près de lui. Depuis si longtemps... Le jeune homme attrape son sac par l’une des anses et le tire à lui. Il en sort une vieille photo et, les yeux embués, la regarde en tremblant. Ses mains, meurtries par des millions d’impacts, traduisent la rudesse des combats qui auraient dû faire de lui une machine. Pourtant, en cet instant, il n’y a plus qu’un être de chair et de sang face à lui-même, et il est terrassé par le stress. Le boxeur lève la tête et fixe le poster accroché au mur, juste en face de lui. Il s’agit de la photo de Cassius Clay, plus connu sous le nom de Mohammed Ali, médaillé d’or à dix-huit ans aux Jeux olympiques de Rome et couronné sportif du xxe siècle par l’hebdomadaire américain Sports Illustrated. En bas de l’affiche, une phrase résume la maxime chère au triple champion du monde : « Vole comme le papillon et pique comme l’abeille. »
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Le jeune homme passe ses mains sur son visage bosselé et esquisse un sourire. – Je te dis pas la tronche du papillon, murmure-t-il en laissant glisser l’extrémité de ses phalanges sur ses cicatrices. Puis il regarde de nouveau l’icône et s’adresse à lui. – Tu as l’air si sûr de toi... Pourtant, n’as-tu jamais douté ? N’as-tu jamais craint que ton rêve ne s’échappe alors que tu le touches enfin du bout des doigts ? Il tourne la tête vers la photo qu’il avait posée près de lui et effleure les visages. Sa chère mère... Son frère... Tant de souvenirs. Il est là pour eux. Le boxeur fait rouler entre ses doigts la petite plaque gravée du prénom « Tony », qui pend au bout de son collier. Alors, dans le silence glacial du vieux gymnase, il laisse échapper un sanglot.
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Chapitre 3
Samedi 25 septembre 2004. L'année des treize ans Axel est enfermé dans sa chambre et s’apprête à jouer à Alias, un jeu vidéo d’action sorti quelques mois auparavant et inspiré de la série télévisée américaine du même nom. Sydney, l’héroïne de l’aventure, est un agent de la CIA surentraîné et féru d’arts martiaux. Afin de mettre toutes les chances de son côté, le jeune garçon prend soin de créer une ambiance propice à la concentration. – Lumières éteintes, annonce-t-il comme s’il se trouvait dans la salle de contrôle d’un vaisseau spatial. Check !...
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Barres chocolatées : check !... Bonbons Gummy Coca : check !... Bouteille de Schweppes : check !... Glaces : check !... Et abruti de frère loin d’ici : check ! – Devises pour soudoyer nos ennemis : check ! fait-il en changeant sa voix, comme s’il s’agissait de celle d’un copilote assis à ses côtés. – Capitaine, gardez vos blagues pourries pour vous, s’il vous plaît. – E... Excusez-moi, commandant. – Vous ne vous appelleriez pas Édouard, par hasard ? – Euh, si, commandant. Comment avez-vous deviné ? – Une intuition. Vous me rappelez étrangement quelqu’un que je n’aime pas beaucoup. L’écran de l’ordinateur crache dans la pièce éteinte ses lumières tressaillantes. Les yeux hagards, entre deux cuillerées de crème glacée à la vanille, le jeune garçon dirige l’espionne au milieu des nombreux pièges.
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C’est alors qu’un bruit dans les escaliers le fait sursauter. Surpris, il voit son avatar chuter dans les profondeurs d’un abîme. – Bon sang ! s’énerve-t-il en jetant le joystick sur le bureau. J’étais à deux doigts de changer de niveau ! La poisse ! Le bruit de la serrure qui se déverrouille résonne derrière lui. Tony, son grand frère âgé de dix-sept ans, fait irruption dans la pièce, un tournevis à la main. – Hé ! Faut pas se gêner ! hurle Axel en claquant le tiroir qui renferme les friandises. – Ça fait dix fois qu’on t’appelle ! lui répond Tony, fortement agacé. Qu’est-ce que tu fabriques ? On t’attend dans la voiture depuis dix minutes ! Évidemment, tu étais encore devant tes satanés jeux ! Bon sang, mais quand est-ce que tu vas grandir ?! T’as pas de potes ?... Et les filles, ça ne t’intéresse pas ? Le regard de Tony s’arrête sur un cahier grand ouvert.
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– « Mon cher Xavier... », aperçoit-il avant qu’Axel ne referme brusquement les pages. Puis il remarque des taches de crème glacée sur le tee-shirt de son frère, et les mêmes coulures sur le rebord du tiroir qu’il ouvre aussitôt. – Attends, tu te fiches de nous... On t’attend depuis des plombes, et pendant ce temps-là Monsieur s’empiffre de cochonneries... Tu vas voir une diététicienne, ça coûte une fortune à maman, et toi tu te goinfres en cachette ! Bon sang, mais ça te plaît d’être un gros tas ? Furieux, il se dirige vers la porte. – Je vais dire à maman qu’on part faire les courses sans toi. Tu n’as qu’à continuer de te gorger de sucreries et devenir le gros porc qui est la risée de tous. On te prend quoi ? Des cacahuètes pour tes grosses fesses et de la chantilly pour tes nichons ? Alors qu’il franchit le seuil, Tony marque un léger temps d’arrêt. – Tu me fais honte, Axel. Vraiment honte.
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Le poing fermé, il frappe violemment la cloison, laissant dans le plâtre la marque de ses phalanges. Puis il claque la porte derrière lui. De nouveau seul dans son antre, Axel s’écroule sur son bureau et pleure toutes les larmes de son corps. Au bout de longues minutes, complètement abattu, il ouvre son carnet intime à qui il a donné le prénom de Xavier. Camarade imaginaire, à défaut d’avoir de vrais amis. Il saisit un stylo et, tout en essuyant les larmes qui mouillent sa lèvre supérieure, il commence à écrire. « Xavier, Cette fois ma décision est prise. Cette vie me devient insupportable. Mon père ne veut plus me voir. Mon frère me déteste. Et les autres ne pensent qu’à me faire du mal. Mais je suis quoi, moi ? Un animal ?... À quoi je sers, Xavier, dis-moi ? » La vision troublée par les larmes qui s’accumulent de nouveau devant ses yeux, Axel se dirige vers la salle de
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bains. En tremblant, il ouvre l’armoire à pharmacie et saisit le premier flacon qu’il trouve. À travers le verre, il discerne les dizaines de petits comprimés qui s’y trouvent. D’un geste maladroit, le jeune garçon retire le bouchon, puis il se regarde dans le miroir. – À la tienne, Édouard, murmure-t-il en sanglotant. Et à la tienne, Tony. Il engloutit alors d’un trait les médicaments. *** Lorsqu’il rouvre les yeux, Axel a la sensation de flotter au milieu d’un halo apaisant, qui n’est, en fait, que le néon blafard d’une chambre d’hôpital. Quelqu’un lui tient la main. Il tourne lentement la tête et distingue alors sa mère. Sa chère mère... Comment a-t-il pu ne pas penser à elle au moment de commettre l’irréparable ? Femme de ménage, elle se saigne aux quatre veines pour les faire vivre décemment, son frère et lui. Depuis que son père les a lâchement abandonnés, elle ne compte pas les
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heures pour rapporter le salaire indispensable à la survie de leur petite famille. Le jeune garçon a honte de ne pas avoir pensé à elle au moment de réaliser son geste. L’esprit comateux, accablé par une immense lassitude, Axel fixe sans rien dire les yeux de sa mère, rougis par les larmes. – Qu’est-ce qui t’a pris, mon pauvre petit ? chuchotet-elle, pleine d’amour. – Pardon, maman, murmure faiblement Axel. – C’était vraiment une connerie à la hauteur de ton talent de crétin, intervient son frère. – Tony ! gronde leur mère. Je t’interdis de parler comme ça ! – Forcément, on lui passe tout au pauvre chéri ! Et voilà le résultat ! Furieux, Tony sort de la pièce et claque la porte derrière lui. Après un long silence, la mère d’Axel reprend la parole.
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– Il faut que tu l’excuses, car il a vraiment eu peur, Axel. Tu sais, c’est lui qui t’a trouvé. Tu t’étouffais avec les comprimés accumulés dans ta gorge et c’est lui qui t’a porté les gestes de premier secours. Sans Tony, tu... Tu... Étranglée par l’émotion, la mère d’Axel ne peut terminer sa phrase. Elle avale difficilement sa salive, puis inspire profondément. – Il faut que tu saches que Tony a été très marqué par le départ de votre père, et il se sent désormais comme responsable de nous deux. Tu sais, il ne le montre pas, mais il tient profondément à toi. Quand les secours sont arrivés, il a cru te perdre et, lui qui ne pleure jamais, il s’est complètement effondré. – Pour... Pourquoi est-il si méchant avec moi, alors ? balbutie Axel, la voix pleine de larmes. – Tout simplement parce qu’il t’aime et qu’il veut donc te faire réagir.
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Chapitre 4
Mercredi 29 septembre 2004. L'année des treize ans « Xavier, J’ai un peu honte de te dire ça, mais j’ai failli faire une grosse bêtise... Pour un peu, tu n’aurais plus jamais eu de nouvelles de moi. C’est Tony qui m’a sauvé. Et non seulement ça... Maman m’a dit qu’il avait eu peur de me perdre. Ça va peut-être te paraître bizarre mais, bien que nous soyons frères, je ne pensais pas qu’il tenait autant à moi. Parce que, tu sais, Tony est vraiment dur avec moi.
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Je pensais que c’était dû au fait qu’il n’en avait rien à faire de moi et que, donc, je l’agaçais. En fait, maman m’a expliqué que s’il réagit ainsi chaque jour, c’est parce qu’il m’aime au contraire... Et que la virulence de ses réactions contre moi est proportionnelle à l’amour qu’il me porte. Tu te rends compte ? En fait, il ne sait pas comment m’aider à aller mieux et, du coup, la seule façon qu’il a de laisser échapper la colère qu’il a contre son impuissance, c’est de la retourner contre moi. Moi qui le croyais inébranlable, je suis surpris de voir qu’il a lui aussi des faiblesses. Tu sais, Xavier, lui aussi souffre du départ de papa. Tu te rends compte que nous n’en avons jamais parlé tous les deux ? À chaque fois que j’ai essayé de le faire, il a détourné la conversation. Je l’ai même vu serrer les poings. Et même qu’une fois, il a frappé dans la porte de son armoire. Je pensais qu’il réagissait ainsi car il était fâché que je m’apitoie sur notre sort. En fait, je comprends maintenant que c’est parce que lui aussi est malheureux.
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Maman a prévenu le proviseur des humiliations que je subis. Espérons que cela servira à quelque chose. Mais je dois t’avouer que je n’y crois pas beaucoup. Les autres savent très bien faire leurs coups en douce, quand les adultes ne regardent pas. Alors, je vais essayer de faire face de nouveau à toutes ces moqueries. Peut-être finiront-ils par se lasser ? Peut-être aussi que je devrais en parler à Tony. Parce que, tu sais, je ne lui ai jamais raconté ce qu’on me fait. Certes, il est bien un peu au courant, car je sais que maman lui a déjà fait part de ses inquiétudes. Mais je pense qu’il est loin d’imaginer à quel point on me fait du mal. Qu’en penses-tu ? Seulement, j’ai peur que, si je lui dis tout ça, il ne me prenne pour une chiffe molle. Et je n’aime vraiment pas lire de la déception dans ses yeux... J’aimerais tellement que mon grand frère soit fier de moi. Affectueusement. Ton Axel. »
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Composition et mise en pages : Pixellence N° d’édition : J17187 Achevé d’imprimer en août 2017 par L.E.G.O. S.p.a., en Italie Dépôt légal : septembre 2017
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kilos Axel est un garçon en surpoids. Chaque jour, il doit affronter le regard et les moqueries de ses camarades d’école. L’adolescent trouve refuge dans les livres et les jeux vidéo, mais, bientôt, son mal-être croissant manque de lui faire commettre l’irréparable. À travers les pages de son journal intime, Axel raconte son combat contre l’obésité et contre les épreuves de la vie. Au fil des années, il est confronté au deuil et à la souffrance, mais il découvre aussi l’amour, le courage, et développe une passion pour la boxe.
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Et si c’était ça, la solution pour lui donner confiance en lui ?
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vie Ancien basketteur de nationale, Benoit Grelaud est actuellement enseignant. Son travail l’a inspiré pour écrire P’tit gros, un roman émouvant où il aborde avec intelligence de nombreux thèmes qui toucheront les jeunes (et les adultes !) et inciteront à la réflexion.
© Cathy Marion
HA
15,90 € France TTC www.fleuruseditions.com
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