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Un récit qui retrace la vie de Marie-Antoinette, dernière reine de France ; une biographie à lire comme un roman pour découvrir cette héroïne au destin tragique et bouleversant.

14,90 € FRANCE TTC WWW.FLEURUSEDITIONS.COM

Marie Antoinette

– Ma sœur, vous me semblez préoccupée. Madame Elisabeth hoche la tête. (…) – Ils ont fermé les portes de Paris. La reine la regarde avec intensité. Elle ne dit rien. Elle pressent une catastrophe. – Toulan est venu me trouver. Nous ne pouvons pas partir. Ils fouillent toutes les voitures. La reine sent ses jambes se dérober sous elle. Elle s’appuie sur le montant de la cheminée pour rester forte.

Dernière reine à la cour de Versailles

Destine de femm FLEURUS

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Sophie de Mullenheim & Oriol Vidal

Sophie de Mullenheim & Oriol Vidal

Marie Antoinette

Destin

de femme

FLEURUS

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Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Raphaële Glaux, assistée de Léa Bernardin Direction artistique : Élisabeth Hebert, assistée de Maïté Dubois Mise en pages : Facompo Fabrication : Audrey Bord © Fleurus, Paris, 2018 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-221-513-389-6 Code MDS : 652685 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »

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Dernière reine à la cour de Versailles Écrit par Sophie de Mullenheim Illustré par Oriol Vidal

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Un visiteur

Paris, 2 février 1793

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–  onsieur, quelqu’un vous demande. Le chevalier de Jarjayes quitte des yeux son courrier et fait signe à son valet de faire entrer le visiteur. –  C’est que…, dit ce dernier avec gêne. L’homme n’est pas… Il hésite. –  Il n’est pas quoi ? Le domestique se racle la gorge avant de souffler : –  Il n’est pas l’un des nôtres. François-Augustin de Jarjayes lève un sourcil. Son homme de confiance le suit depuis si longtemps qu’il sait pouvoir se fier à son jugement. Même en ces temps difficiles de la Révolution, son valet

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Marie-Antoinette est capable de déceler sous un déguisement un ancien membre de la cour du roi. –  Il vous sollicite pour un entretien secret, poursuit le valet. Intrigué, le chevalier de Jarjayes se lève et se dirige vers la porte restée entrouverte. Par l’embrasure, il détaille l’homme qui attend dans l’antichambre. Celui-ci semble nerveux. Un seul coup d’œil suffit à Jarjayes pour comprendre que son domestique a raison. Avec son pantalon large, sa carmagnole1, son chapeau de feutre trop mou, le visiteur a tout l’air d’être un vrai révolutionnaire. Le chevalier réfléchit à toute vitesse. Par les temps qui courent, mieux vaut ne pas s’attirer les foudres d’un homme de la République. Si cet étranger veut lui parler, il est préférable qu’il l’écoute. Moins il se fait d’ennemis, mieux cela sera. Il veut pouvoir rester libre d’agir à sa guise. –  Je vais le recevoir, dit-il finalement. Quelques minutes plus tard, l’homme entre dans la pièce en tordant son chapeau entre ses mains. Le chevalier de Jarjayes s’avance vers lui, l’air aimable. –  On dit que vous voulez me voir. En quoi puis-je vous être utile, monsieur ? L’homme tressaille en s’entendant appeler « monsieur » ; il hésite un très court instant puis redresse la tête et regarde le chevalier de Jarjayes droit dans les yeux. L’un et l’autre s’observent et se jaugent. Le visiteur, d’une trentaine d’années sans doute, a des habits de toile simples mais solides. Il n’est pas grand, ni gros non plus. Ses traits

1.  Veste courte à gros boutons.

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Un visiteur sont réguliers, plutôt avenants, ses cheveux bruns tirés en arrière, ses yeux marron et vifs, ses mains soignées. Il ne porte pas de perruque, contrairement au chevalier dont la tête est encadrée d’une perruque de cheveux clairs qui lui donne un air plus jeune que ses quarante ans. Les traits de François-Augustin de Jarjayes sont très fins, presque féminins ; avec ses yeux clairs, son port de tête altier, il est d’une élégance extrême, moulé dans des chausses de soie et une veste cintrée. Il est encore svelte et musclé après des années d’exercice au service du roi. Le visiteur semble rassuré : l’homme est conforme à la description qui lui en a été faite. Il peut parler à présent. –  Je suis venu vous proposer de faire évader la reine, se lancet‑il de but en blanc d’une voix où chante un accent du Sud-Ouest. Si Jarjayes est surpris – et il l’est – il n’en montre rien. Il reste de marbre et ne réagit pas. –  Je suis allé au Temple où la reine et ses enfants sont prisonniers, continue l’étrange visiteur. Je peux les aider à sortir ! L’homme parle avec fougue. Quand il s’emballe, son accent est plus fort encore. Il semble sincère, mais on ne se méfie jamais assez des uns et des autres. La Révolution a ligué tout le monde contre tous ; les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Parmi les révolutionnaires les plus convaincus, les plus ardents adversaires du roi et de la reine, on retrouve des fidèles de la cour d’autrefois. –  J’ignore pourquoi vous venez me voir, monsieur, répond Jarjayes, prudent. Je ne peux vous aider en aucune façon. –  Ce n’est pas ce que la reine m’a dit, rétorque le visiteur. Elle pense que nous pouvons compter sur vous.

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Marie-Antoinette Jarjayes se trouble légèrement. Il connaît bien la reine. Il lui a fait savoir qu’il se tenait prêt à l’aider si elle avait besoin de lui. Se pourrait-il que cet homme dise vrai et qu’il vienne de sa part ? –  Elle se sera trompée…, répond-il pourtant. L’homme esquisse un demi-sourire. Il s’attendait à une telle réponse. Le contraire l’eût étonné et inquiété. Il glisse alors la main sous sa veste. Le chevalier de Jarjayes se raidit. Quel imbécile ! C’était un piège, et il s’est laissé surprendre. Cet homme est venu armé dans l’espoir de le tuer.

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L a proposition

L

e chevalier de Jarjayes recule d’un pas. Surtout ne pas se précipiter. Rester calme et maître de soi. Il espère saisir dans le tiroir de son bureau le pistolet à silex qu’il garde toujours avec lui. Mais alors qu’il s’apprête à ouvrir le compartiment du meuble, l’homme sort la main de sous sa veste, un morceau de papier minuscule et tout froissé au bout des doigts. –  La reine m’a demandé de vous remettre cela, déclare-t‑il alors en tendant le message au chevalier. Jarjayes avance la main, encore sur la défensive, et attrape le billet. Il reconnaît aussitôt l’écriture fine et élégante. « Vous pouvez prendre confiance en l’homme qui vous parlera de ma part

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Marie-Antoinette en vous remettant ce billet. Ses sentiments me sont connus ; depuis cinq mois ils n’ont pas varié. » Le billet n’est pas signé. Évidemment. Marie-Antoinette ne prendrait jamais un tel risque : le porteur du message pourrait être fouillé. François-Augustin de Jarjayes relève les yeux et scrute longuement l’homme devant lui. –  Comment vous appelez-vous ? lui demande-t‑il finalement. –  Toulan. François Adrien Toulan. –  Et quel métier exercez-vous ? –  Je suis libraire et marchand de musique. « Voilà qui explique ses mains si bien entretenues », ne peut s’empêcher de penser Jarjayes. –  Enfin, j’étais, corrige Toulan. À présent, je suis commissaire à la Commune et détaché à la prison du Temple pour veiller sur la famille royale. Le chevalier de Jarjayes plisse les yeux. On n’a mis au Temple que les plus ardents révolutionnaires pour surveiller la famille royale. Il a peine à croire que cet homme soit devenu soudain un farouche partisan de la reine au point de vouloir la faire évader. Et pourtant… Jarjayes relit le billet de Marie-Antoinette. Elle semble lui faire confiance. –  J’ai vu la reine, précise alors Toulan comme s’il avait compris que son interlocuteur continuait de se méfier de lui. C’est une grande dame. Une très grande dame. Je suis un fervent partisan de la République et je défends farouchement ses idées. Mais la reine ne mérite pas d’être traitée comme elle l’est. Ni ses enfants d’ailleurs. C’est la femme que je veux sauver, pas la reine !

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La proposition Le ton de Toulan est vibrant de sincérité. L’homme a été touché par le sort de la reine et de ses enfants, cela se sent. –  Vous savez, ajoute-t‑il, ce que disent les journaux n’est pas vrai. Le chevalier de Jarjayes sourit. Il ne le sait que trop bien. Il a eu plus d’une fois l’un de ces torchons entre les mains, et ce qu’il y a lu l’a fait frémir d’horreur. Ce ne sont que des mensonges pour attiser la haine du peuple envers les souverains. –  Je pensais que le roi et la reine étaient des gens avides de sang et cruels. Je les imaginais laids et sans aucune moralité. Au lieu de cela, j’ai vu qu’ils étaient très pieux, et que la reine était encore belle même si les épreuves de ces derniers temps ont marqué son visage. –  Si vous l’aviez vue autrefois, soupire Jarjayes. Une vraie splendeur. –  Et puis, le roi et la reine sont des parents attentionnés. La reine s’occupe si bien de l’éducation de ses enfants ! poursuit Toulan. Personne ne nous a jamais dit cela. Et Toulan n’est pas le seul à penser cela ! De nombreuses personnes au service de la reine et du roi ces derniers mois ont été bouleversées par eux. Ils pensaient que la reine était une femme fière et méprisante, ils sont étonnés de sa gentillesse, de son courage et de sa bonté. Bon nombre des geôliers de la reine et de sa famille essayent de leur rendre la vie plus douce quand c’est encore possible. Les repas sont plutôt bons et abondants, alors qu’à l’extérieur les citoyens manquent de tout, on leur fait passer de quoi faire des ouvrages de couture, on leur accorde des livres. Un jour même, on a autorisé l’ancien médecin particulier de la cour à venir soigner Madame Élisabeth, la sœur du

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Marie-Antoinette roi. Chacun essaye de racheter un peu la honte qu’ils ont de maintenir en prison des personnes d’apparence si innocente. Mais aucun jusqu’ici n’a osé penser à l’impensable : l’évasion. Toulan est le premier. –  Et comment envisagez-vous de faire s’évader la reine ? demande alors Jarjayes qui sent déjà bouillir en lui le feu de l’action. Toulan sourit. Enfin on le croit ! Il s’avance un peu plus vers le chevalier et murmure : –  C’est très simple…

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Dernière chance

Paris, 1793

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ans sa prison du Temple, la reine Marie-Antoinette est penchée au-dessus de l’épaule de sa fille Marie-Thérèse. –  Reprenez, s’il vous plaît, lui dit-elle. La jeune fille de quatorze ans baisse la tête sur son livre et retourne à sa lecture à voix haute. Debout à côté d’elle, Marie-Antoinette l’écoute d’une oreille distraite. Ses pensées sont ailleurs, avec Toulan qu’elle a envoyé rencontrer François-Augustin de Jarjayes. –  Vous pensez qu’il va revenir ? demande soudain Marie-Thérèse qui s’est interrompue en constatant que sa mère ne lui prêtait plus attention. –  De qui parlez-vous ? –  De Fidèle…

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Marie-Antoinette Fidèle, c’est le surnom que Marie-Antoinette et sa fille ont donné à Toulan. En effet, ce dernier leur rend sans cesse de menus services qui leur permettent de mieux vivre malgré tout. Il est un des liens précieux qu’elles conservent avec le monde extérieur. Souvent, Toulan leur fait passer des messages qu’il dissimule dans des bobines de fil. C’est lui également qui a imaginé un stratagème ingénieux pour qu’elles puissent rester informées de ce qui se passe au-dehors. Chaque jour, grâce à lui, un crieur s’arrête sous les fenêtres de la prison du Temple et hurle les nouvelles de son journal. –  Pensez-vous qu’il aura réussi à contacter le chevalier de Jarjayes ? Marie-Antoinette regarde sa fille, surprise. –  Comment savez-vous cela ? lui demande-t‑elle avec inquiétude. Nous avons pourtant usé de toutes les précautions. Marie-Thérèse sourit, un sourire grave pour une jeune fille de quatorze ans. –  Croyez-vous que vous pourriez me cacher quoi que ce soit dans une si petite chambre ? Marie-Antoinette soupire. Voilà de longs mois qu’elle partage une même pièce avec sa fille. Il est illusoire de penser que cette dernière n’est au courant de rien. –  Oui, répond-elle finalement. J’espère que Fidèle aura vu le chevalier et l’aura convaincu de nous aider. Il est notre dernière chance je le crains. Marie-Thérèse fronce les sourcils. Elle voudrait croire qu’elle pourra avoir un jour une vie normale et joyeuse comme toutes les jeunes filles de son âge.

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Marie-Antoinette –  N’y a-t‑il vraiment personne d’autre qui pourrait nous aider ? s’indigne-t‑elle. Nous étions si entourés à la cour. –  Tous nos bons amis d’autrefois ont été tués, soupire MarieAntoinette. Ou bien ils ont fui à l’étranger pour échapper à la fureur du peuple et à la guillotine. –  On raconte que certains se mobilisent pour réunir une armée et marcher sur la France, s’enflamme Marie-Thérèse. Ils vont venir nous libérer. Marie-Antoinette secoue la tête. –  Je n’y crois pas, avoue-t‑elle. Je crains même que cela ne fasse qu’empirer les choses. N’avez-vous pas vu comment les révolutionnaires ont réagi aux attaques depuis l’étranger ? Ils nous tiennent pour responsables. Et ils ont assassiné votre pauvre père pour se venger. Le roi Louis XVI a en effet été guillotiné il y a quelques jours, et Marie-Antoinette ne se fait aucune illusion sur son propre sort. À moins de réussir à s’échapper, elle sera condamnée à mort elle aussi. Mais elle refuse de se laisser abattre. Elle a toujours été une femme débordant d’énergie ; ce n’est pas le moment de s’avouer vaincue. C’est elle qui a chargé Toulan de contacter le chevalier de Jarjayes. Elle ne peut rester ici sans rien faire ; elle veut tout tenter pour s’évader. Pour elle, mais surtout pour ses enfants. La reine frémit à l’idée de leur enfance gâchée derrière les barreaux et de ce qui pourrait leur arriver si elle venait à disparaître à son tour. –  Allons, lance-t‑elle avec un nouvel entrain. Retournez à votre lecture ! Ruminer ne nous apportera rien, alors que la lecture est un puissant remède contre l’ennui et la bêtise.

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Dernière chance –  Je préférerais raccommoder mes habits. Ils s’usent si vite ! La pauvre enfant a si peu de vêtements qu’elle doit les rapiécer tous les jours pour éviter qu’ils ne tombent en lambeaux. Après la mort de Louis XVI, on a accepté de leur fournir un vêtement de deuil, mais c’est trop peu car la jeune princesse le porte continuellement. –  Non, lisez plutôt. Vous aurez bien le temps de faire de la couture ensuite. Si seulement j’avais écouté ma mère quand elle me disait de lire… murmure-t‑elle, rêveuse. Peut-être aurais-je pu nous éviter tout cela… Marie-Thérèse ne répond pas. Ces temps-ci, sa mère ne cesse d’évoquer ses souvenirs, et elle sent combien certains sont douloureux. Avec l’âge, et face au danger, l’esprit de Marie-Antoinette s’est aiguisé. Elle, jusqu’alors si paresseuse et si peu intéressée par la politique, se montre tout à coup d’une finesse d’esprit insoupçonnée. Hélas, trop tard. Marie-Antoinette devient vraiment reine quand on lui enlève justement sa couronne, et elle ne peut se pardonner sa légèreté d’antan. La jeune princesse replonge docilement dans sa lecture, une moue boudeuse sur les lèvres. La reine reste un moment à contempler la nuque bordée de boucles blondes de sa fille aînée. « Mousseline la Sérieuse », l’appelait-elle tendrement quand elle était plus petite. Comme elle est raisonnable, en effet, et obéissante ! Si différente d’elle au même âge…

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Mariée à quatorze ans !

Autriche, 1768

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–  arie-Antoinette, approchez-vous un peu ici. L’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche regarda sa fille s’avancer vers elle. Son maintien était droit, son pas léger, son visage adorable, mais quelle tenue ! La princesse était toute décoiffée, les joues rosies par le soleil, le front légèrement humide d’avoir tant couru. –  Marie-Antoinette, voyons, où étiez-vous encore passée ? La fillette de douze ans sourit, espiègle. –  Avec mes cousins, maman. Nous nous sommes si bien amusés. L’impératrice retint un petit geste d’agacement. Cette enfant était charmante, mais elle ne savait que s’amuser. –  Et vos leçons, dit-elle, où en sont vos leçons ? Marie-Antoinette ouvrit de grands yeux étonnés. C’était bien la

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Marie-Antoinette première fois que sa mère prenait du temps pour s’intéresser à ses études. L’impératrice était si occupée par les affaires du pays qu’elle ne consacrait que très peu de temps à ses enfants, les laissant sous l’entière surveillance de leurs gouvernantes. Marie-Antoinette avait su s’attirer la bienveillance de ces femmes qui s’occupaient d’elle, et elle savait mieux que personne les amadouer pour échapper à ses leçons. –  J’apprends la danse, répondit Marie-Antoinette, prudente. Et le piano avec maître Gluck. –  Bien, pour la danse. Et votre français ? –  Mon français ? L’impératrice, qui parlait couramment le français et l’italien en plus de l’allemand, se mit à parler français à sa fille. –  Vous connaissez mon projet de vous marier au jeune dauphin français. Marie-Antoinette hocha la tête. Depuis qu’elle avait onze ans, on ne cessait de lui parler de ce mariage. Plusieurs fois elle avait dû poser de longues et ennuyeuses heures pour que les peintres de la cour fassent d’elle des portraits à envoyer en France. Par cette alliance, sa mère espérait consolider l’entente entre l’empire d’Autriche et le royaume de France. C’était un bon moyen pour préserver la paix. –  Répondez-moi ! Répondez-moi plutôt que de hocher la tête, s’agaça Marie-Thérèse. En français, s’il vous plaît. –  Oui. Je connais votre projet. Marie-Thérèse ne cacha pas sa surprise et son courroux : sa fille parlait le français avec un accent épouvantable. Il n’était absolument pas possible qu’elle devienne reine de France avec un si lamentable accent. Le roi Louis XV avait été formel sur ce point : si la plus jeune

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Mariée à quatorze ans ! fille de Marie-Thérèse ne parlait pas couramment le français, elle ne pourrait pas prétendre à la main du dauphin. –  Mais n’avez-vous donc jamais appris vos leçons ? s’énerva-t‑elle contre sa fille. –  Si bien sûr, maman, répondit celle-ci craintivement. L’impératrice fit un geste de la main pour qu’on lui apporte du papier et une plume. Elle montra à sa fille le bureau et la fit asseoir. –  Écrivez maintenant ! ordonna-t‑elle. –  Que voulez-vous que j’écrive ? –  Ce qui vous passe par la tête. Marie-Antoinette fouilla dans sa mémoire pour tenter de retrouver quelques vers d’un poème qui ferait plaisir à sa mère et calmerait sa colère grandissante. À cet instant, elle se sentit bien peu instruite et fort malhabile. Après de longues minutes, lorsqu’elle se souvint enfin de quelques vers, elle les traça sur la feuille. Sa main n’était pas sûre, son écriture maladroite. Marie-Thérèse était horrifiée. Toutes ces années, elle n’avait pas vérifié l’éducation de sa fille, et à présent, alors qu’elle était promise au futur roi de France, elle s’apercevait qu’il fallait tout refaire. Tout n’était pas perdu pour autant : il lui restait encore un peu de temps pour éduquer la jeune princesse. Et cette fois-ci, elle y veillerait personnellement. –  Ma fille, il va falloir travailler doublement, désormais. Marie-Antoinette dissimula sa déception. Elle détestait l’étude, mais ce n’était pas le moment de s’attirer les foudres de sa mère. –  Je vais demander que l’on vous enseigne parfaitement la danse et le français. J’ai ma petite idée pour cela. Je connais un excellent maître de danse et l’on m’a parlé de deux comédiens d’une troupe de

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Marie-Antoinette théâtre français. Ils vous apprendront la diction et le maintien. Quant à moi, je vous formerai aux affaires de l’État. Marie-Antoinette ne put s’empêcher de soupirer. Quel ennui ! Marie-Thérèse préféra ignorer cette protestation par crainte de s’emporter tout à fait. –  Jusqu’à votre mariage, vous dormirez dans ma chambre. Sa fille la regarda sans comprendre. Dormir dans la chambre de sa mère ? –  Ce sera un excellent moyen de nous rapprocher un peu avant que vous ne partiez. Et puis, je pourrai vous tenir quelques discours de politique. Marie-Antoinette était démoralisée. Le programme des mois à venir s’annonçait terriblement triste. Elle s’accrocha pourtant à l’idée des deux comédiens prévus par sa mère : elle espérait que leur présence et leurs cours égayeraient un peu ses journées. L’espoir de Marie-Antoinette ne fut que de très courte durée. Lorsque le roi de France sut que la future dauphine apprenait leur belle langue avec des acteurs, il fut très mécontent. Il décida de se charger lui-même de l’apprentissage de la jeune fille et fit envoyer en Autriche un professeur digne de confiance, un abbé qui pourrait à la fois encadrer la princesse et lui rapporter un peu ce qui se passait à la cour de Vienne. Lorsque l’abbé Vermond arriva dans la capitale autrichienne, il découvrit une princesse qu’il trouva ravissante et charmante. « Son caractère et son cœur sont excellents », s’empressa-t‑il d’écrire à Versailles. Peu après, il poursuivit sa description de la jeune ­

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Mariée à quatorze ans ! Marie-Antoinette. Il lui trouvait de l’esprit, mais une grande paresse qui l’empêchait d’approfondir ses idées, qui étaient pourtant justes, et trop de légèreté dans son étude avec un grand goût pour l’amusement. Il pensait cependant pouvoir modifier cela avant que la princesse n’arrivât en France. Lorsque Marie-Antoinette fut enfin prête, le mariage eut lieu sur une petite île au milieu du Rhin, le fleuve qui séparait la France et l’Autriche. Ce jour-là, la jeune fille quitta tout ce qui pouvait la rattacher à son pays d’origine. Elle fit ses adieux à sa famille, à ses gouvernantes, à ses femmes de chambre. Elle dut même abandonner tous ses habits qui n’étaient pas français pour en passer de nouveaux. Elle ne pouvait emporter avec elle aucun souvenir, aucun bijou, ni même le plus petit bout de ruban. La seule personne qui put l’accompagner, car elle était française, fut le bon abbé Vermond. MarieAntoinette s’arracha à son pays et à tous les siens. Elle venait d’avoir quatorze ans !

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Table des matières 1.  Un visiteur...................................................................... 2.  La proposition................................................................. 3.  Dernière chance.............................................................. 4.  Mariée à quatorze ans !.................................................... 5.  La cour de Versailles....................................................... 6.  Toujours plus risqué....................................................... 7.  Une femme dévouée....................................................... 8.  Métamorphose................................................................ 9.  L’allumeur de réverbères................................................. 10.  Un nouveau complice................................................... 11.  Rose Bertin, marchande de modes................................ 12.  L’embarras du choix...................................................... 13.  Premiers soupçons......................................................... 14.  Ni vue ni connue.......................................................... 15.  Pour l’honneur.............................................................. 16.  Heureuse nouvelle......................................................... 17.  Au spectacle.................................................................. 18.  Inquiétudes................................................................... 19.  Une cachette dangeureuse !...........................................

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Marie-Antoinette 20.  Le dauphin.................................................................... 21.  Coup du sort................................................................. 22.  Rêves d’avenir............................................................... 23.  Une ferme à Versailles................................................... 24.  Trop tard...................................................................... 25.  Le couple Tison............................................................ 26.  La berline...................................................................... 27.  Un carrosse pour s’enfuir.............................................. 28.  Espion malgré lui.......................................................... 29.  Répétition générale....................................................... 30.  La fuite de Varennes..................................................... 31.  Dernier contretemps..................................................... 32.  Dénonciation................................................................ 33.  Seule !........................................................................... 34.  Interrogatoire................................................................ 35.  La voix de la raison....................................................... 36.  Le dernier soir............................................................... 37.  Adieux...........................................................................

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Achevé d’imprimer en décembre 2017 Par Dimograf (Pologne) N° d’édition : J18014 Dépôt légal : février 2018

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Un récit qui retrace la vie de Marie-Antoinette, dernière reine de France ; une biographie à lire comme un roman pour découvrir cette héroïne au destin tragique et bouleversant.

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Marie Antoinette

– Ma sœur, vous me semblez préoccupée. Madame Elisabeth hoche la tête. (…) – Ils ont fermé les portes de Paris. La reine la regarde avec intensité. Elle ne dit rien. Elle pressent une catastrophe. – Toulan est venu me trouver. Nous ne pouvons pas partir. Ils fouillent toutes les voitures. La reine sent ses jambes se dérober sous elle. Elle s’appuie sur le montant de la cheminée pour rester forte.

Dernière reine à la cour de Versailles

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