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SAVE THE CANCRE .
Photo de couverture : Shutterstock © yayha © Milan M © Take Photo Illustrations de couverture : Paul Beaupère Illustrations intérieures : Paul Beaupère
Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Claire Renaud, assistée de Lina Chabrol Direction artistique : Élisabeth Hebert Mise en pages : Text’Oh ! Fabrication : Sabine Marioni © Fleurus, 2017, 15-27 rue Moussorgski, 75018 Paris Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-3357-5 Code MDS : 652 654 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »
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PAUL BEAUPÈRE
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u ’ n canc d l a n r re ou God save the cancre !
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Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Surtout, penser vacances ; ne penser à rien d’autre, tenter de rester vivant jusqu’au mois de juillet ! Voilà, c’est tout ce qu’il y a dans ma tête quand, ce matin d’avril, je reprends le chemin de l’école. Les vacances de printemps sont finies, il est revenu le temps des contrôles, des interrogations, des devoirs, des zéros, des punitions… Sur le calendrier affiché dans la cuisine, il est écrit : « Reprise des cours ». À la place, moi j’aurais mis : « Stage de survie en milieu hostile » ! Une seule condition pour survivre : « Penser vacances ! »
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à: Penser surtout journal. d’un cancre mais travailler r, hi e faire ce éc fl ré s Ne pa les maths, just e dr en pr m co er à Ne pas cherch e. sur le dos qu’on me demand e ou une tortue ué ho éc e in le ba r une Ne pas imagine , is. urs de franca co me faire quand je suis en mur du fond et le e qu r eu ul e co Être de la mêm oublier. réponses. r sa trop de bonnes r du regard su pe Ne pas donner ra dé et e ill té de Luc S’asseoir à cô feuille. re, survivre ! Survivre, surviv
Ne surtout pas : Réfléchir et pa s travailler. Chercher à co mprendre les ma ths, et faire aut qu’on me demand re chose que ce e. Imaginer une ba leine échouée ou une tortue sur suis en cours de le dos quand je franca , is. Être habillé d’ une couleur voya nte et me faire Donner trop de remarquer. mauvaises répo ns es. M’asseoir à cô té de Maxime et déraper du feuille. regard sur sa Mourir, mourir, mourir ! 10
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Je croyais que c’était fini ! Je croyais que je n’aurais plus jamais rien à raconter. Ma vie était devenue celle d’un hamster qui tourne dans sa roue. Se lever le matin, filer à l’école, y passer la pire journée de mon existence, et le lendemain, recommencer, en pire, encore et encore. Je suis le type qui chaque jour bat un record du monde ! Mais pas de bol, c’est le seul record non homologué : la pire journée de toutes les pires journées du monde. Je suis le champion toutes catégories de la poisse, de la malchance, de la déveine, du manque de bol, de la guigne, de la mélasse, des embrouilles ; en un mot, ma vie est un enfer ! (Et n’allez pas me dire que ça fait cinq mots ! Je vous fais avaler un dico de français et trois livres de maths !) Les colles me tombent sur la tête comme sur certains se dressent les lauriers, les punitions s’accumulent comme chez d’autres les récompenses, les mots de professeurs fleurissent dans mon carnet comme un printemps furieux dans un verger.
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Ah, si pourtant, il y a du nouveau. Un nouveau pour être exact. Sébastien, dit Seb, dit le muet, dit la carpe, qui lui, ne dit jamais rien. Trois semaines qu’il est là, et personne n’a encore entendu le son de sa voix. Seb arrive le matin avec tout le monde, il se pose au fond de la classe avec personne, sort ses crayons, comme tout le monde, et se met à dessiner, comme personne. Ce gus est incroyable : il ne sait faire qu’une seule chose, des poissons. Mais il les dessine comme Dieu luimême ne le pourrait pas. Pas une écaille qui manque, pas une arête qui ne soit à sa place. Si d’aventure nous allions à la piscine, il ne serait pas étonnant que sous son tee-shirt, Seb cache une ou deux paires de nageoires. Mais si Seb est surnommé la carpe, c’est aussi car il ne dit pas un mot. Il paraît qu’il n’est pas muet, mais il refuse d’utiliser la parole pour communiquer. Pas un mot, mais des haussements d’épaules, pas une phrase, mais des sourcils expressifs, des yeux qui lancent des éclairs, roulent, tournent, se plissent, rient, crient, s’étonnent, mais sans un mot. Au collège, chacun s’y est rapidement habitué, sauf Trévidic, la prof de français. – Dans la phrase : « Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire, je m’endors », qui peut me dire ce qu’est le mot « bougie » ? Un silence de mort s’abat sur la classe. Au premier rang, Benoît meurt d’envie de lever le doigt, mais il a promis de faire un effort, de ne plus répondre tout le temps, de ne plus être le chouchou. Il a promis ! Alors, de sa main gauche il retient sa main droite, qui rêve de se lever, et
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de ses dents, il mord sa langue qui elle, rêve de parler. Benoît souffre, mais c’est pour la bonne cause, se dit-il. Quelle cause ? Il n’en sait rien, mais c’est pour la bonne cause ! À côté de Benoît, Naïla rêve ! Ah, les bougies, comme c’est merveilleux ! Et puis, cette douce lumière qui met si bien en valeur son teint de déesse antique. Ah, un dîner aux chandelles ! Quoi de mieux ? Un petit souper romantique avec un de ces sublimes correspondants anglais chez qui on va bientôt se rendre ! Aaahhhh… Pour Naïla, le mot « bougie » est déjà une promesse de bonheur. Derrière elle, Jeanne soupire discrètement. Mais comment peut-on être assez cruche pour lire ce genre truc à l’heure de l’ampoule LED ! Quel est le piaf à tête de carburateur de tractopelle qui a bien pu pondre une phrase pareille ? Je t’en donnerais, moi, du coucher à la bougie ! J’te l’attrape, je te lui repeins sa vie tout en noir, éclairée au néon, y va voir s’il dort comme un bébé, l’animal ! Voilà à peu près ce qu’elle se dit, Jeanne. Au fond de la classe, Maxime dort. Mais ce n’est pas de sa faute ! Trévidic n’aurait jamais dû dire : « je m’endors » : Maxime a pris ça pour un ordre, il s’est exécuté, a fermé les yeux et, dans la seconde, s’en est allé en un lointain pays, celui des rêves. Il rêve sans doute qu’il dort, et du même coup fait deux siestes en une. Il se réveillera en pleine forme pour le déjeuner. Assis à côté de moi, Romain gargouille. Il se tient le ventre à deux mains et se dit que jamais au grand jamais il ne pour-
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rait aller se coucher sans avoir avalé quelque chose. Petit à petit, dans son cerveau, se forme l’idée d’un poulet, un gros, avec des frites, des tonnes, et puis de la sauce, bien grasse ! À cette évocation, son nez se met à remuer, il lui semble sentir l’odeur de la peau grillée et du beurre fondu qui coule dessus. Romain a faim ! Et moi ? Moi, vous vous demandez ce que je fais ? Je fais le poulpe ! Le caméléon ! Je me concentre intensément pour être transparent, invisible. Je prends la forme du radiateur qui est juste à côté de moi. Je pense radiateur, je suis radiateur, je ne suis pas là, je suis invisible, personne ne peut me voir. Je me concentre si fort que je peux sentir l’eau chaude me couler dans les veines ! Personne n’a jamais demandé à un radiateur la fonction d’un mot dans une phrase ; je suis à l’abri. – Et vous, le nouveau, Sébastien, vous en pensez quoi, du mot « bougie » ? À le regarder, il est évident qu’il n’en pense rien. Mais alors, rien du tout. Comme on n’a jamais vu de poisson-bougie, de poisson manger des bougies ou de poisson s’éclairer à la bougie, Sébastien ne se sent nullement concerné par cette bougie. Elle vient juste l’interrompre dans la réalisation d’un dessin très détaillé, une scène d’une rare violence : un grand requin blanc dévorant un curieux poisson, dont le profil n’est pas sans rappeler celui de notre professeure. – Je vous ai posé une question, jeune homme ! J’attends une réponse !
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Un vent glacial souffle soudain entre les rangs. On dirait qu’une fenêtre de la classe vient de s’ouvrir avec vue directe sur le pôle Nord. Chacun se tasse sur sa chaise, rentre la tête dans les épaules, crispe ses orteils au fond de ses chaussures. Il y a de la tempête dans l’air. – On risque le Trévidic force 8 ! me murmure Romain. –… Voilà la réponse de Seb. Elle a le mérite d’être brève, mais elle est accompagnée d’un haussement de sourcils à peine interrogateur et d’un quart de sourire qui ferait passer celui de la Joconde pour un éclat de rire. Or, s’il y a une chose que Trévidic déteste par-dessus tout, plus encore qu’elle n’aime la grammaire, c’est qu’on sourit pendant un de ses cours. Ce quart de sourire est pour elle une déclaration de guerre ; elle le considère comme l’utilisation sans sommation de l’arme nucléaire ; elle est bafouée, salie, humiliée. – Planquez-vous, les tanches, la tempête approche, la furieuse de la dictée va entrer en éruption ! murmure Jeanne en se tassant encore plus sur sa chaise. Faut pas rester à portée de missile, va y avoir des morts ! – C’est le mot « bougie » qui vous fait sourire ainsi ? reprend Trévidic en se plantant devant Sébastien. C’est ce mot qui déclenche en vous ce sourire béat, cette irrépressible envie de rire ? Vous pensez peut-être, monsieur, que la langue française est une chose légère que l’on peut pratiquer avec désinvolture ? C’est ça ? Répondez-moi !
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Mais nul son ne s’échappe de la bouche de Seb, qui regarde Trévidic comme s’il la voyait pour la première fois. – Répondez, jeune insolent ! Répondez ou je vous colle pour le reste de vos jours ! Je vous punis jusqu’à la fin des temps, je vous retire vos récréations, vos vacances, vos jours fériés, vos week-ends, vos intercours, je vous condamne à la grammaire à perpétuité, à la conjugaison éternelle ! Répondez ! Sébastien, impassible, continue à regarder Trévidic sans rien dire. La prof semble un moment désemparée, elle va renoncer, cesser le combat, s’avouer vaincue, battre en retraite. Mais juste à ce moment-là, Seb commet la faute, l’erreur suprême : il sourit franchement, sincèrement, gentiment, amicalement, il sourit à Trévidic ! – Là, c’est plus force 8, me glisse Romain, c’est avis de tornade ! Tous aux abris. Trévidic s’arrête net. Elle fixe le sourire de Seb comme un chat regarde une baignoire pleine d’eau ou un crocodile le fauteuil du dentiste. À son tour, elle sourit, mais attention, pas un sourire gentil, de ceux que l’on fait devant un berceau ou un joli dessin, non, un de ces sourires que les méchants font dans les films avant de tout casser ; le sourire du requin devant un banc de thons, du lion qui a choisi sa gazelle pour le dîner, de l’araignée qui vient de voir une mouche se prendre dans sa toile. Trévidic sourit, et contrairement au reste de l’humanité, quand elle sourit, elle est encore plus inquiétante et plus moche que d’ordinaire ! Il se passe alors un truc incroyable ! Elle qui nous semble vieille, elle qui doit avoir le
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double de l’âge que nos parents auront quand nous quitterons la maison, elle qui ressemble plus à une momie qu’à un fringant kangourou, elle saute d’un coup d’un seul à pieds joints sur la table de Sébastien ! Elle se met à hurler des mots sans aucun sens, des phrases qui ne veulent rien dire. Puis elle bondit d’une table à l’autre tandis que chacun se cache comme il le peut sous sa chaise. Arrivée sur son bureau, près de l’armoire où sont rangés nos dictionnaires, elle en saisit un et le lance à travers la pièce. – Périssez ! Périssez tous sous le poids de votre inculture, sous les assauts furieux de la langue que vous méprisez, périssez terrassés par les mots que vous ne connaissez pas, par les… Le dernier mot semble se bloquer dans le gosier de Trévidic, elle devient toute rouge et ses yeux menacent de sortir de son crâne. À ce moment, la porte de la classe s’ouvre et entre monsieur Louverture, le proviseur. Le silence se fait. « Ô temps, suspends ton vol ! » disait le poète… Chacun attend, chacun sait que la seconde suivante sera historique ou ne sera pas…
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Le brochet : poisson d’eau douce ou saumâtre de l’hémisphère nord, mesure entre 30 et 130 centimètres. Chasseur habituellement sédentaire, il se nourrit de poissons, grenouilles, écrevisses et même canetons. Il est aussi capable de cannibalisme. Le brochet se caractérise entre autres par les sept cents dents qui tapissent sa bouche. Amusant à pêcher, mais plein d’arêtes.
Le fugu : lorsqu’il est menacé, il se gonfle d’eau, d’où son surnom de poisson-globe ou poisson-ballon. Une partie de ses organes contient une toxine extrêmement puissante et mortelle pour l’homme. Au Japon, sa chair est très appréciée. Seuls des cuisiniers possédant un diplôme spécial sont autorisés à le préparer. Il arrive encore très régulièrement que des personnes meurent en mangeant du fugu. Penser à en élever un ou deux pour les mettre au menu de certains profs. Cependant, il n’y a pas de poissons assez idiots, bêtes ou méchants qui méritent de finir dans l’estomac d’un prof de maths, même pour l’assassiner. Oublier, donc.
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L’anoplogaster : vit entre 500 et 5 000 mètres de profondeur. Il a des dents tellement longues qu’il ne peut même pas fermer la bouche. Il mesure 16 centimètres au maximum. Il est la proie des thons et autres poissons plus gros que lui. On dit avoir les yeux plus gros que le ventre chez les hommes, et les dents plus grandes que la bouche chez ces poissons-là ! Comment font-ils pour s’embrasser ? C’est une vraie question…
Poisson-scie (pristiforme) : totalement inoffensif pour l’homme, il se nourrit de coquillages, de vers et d’algues. Sa scie, qui n’a jamais rien scié du tout, est équipée d’une vingtaine de dents. La version moderne existe peut-être, ce serait amusant de tomber sur un poisson-tron conneuse. , Amusant, mais bruyant.
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Madame, monsieur, Sébastien, s’il montre des talents évidents pour le dessin, ne semble pas bien comprendre ce qui est attendu de lui en classe. Il passe son temps à dessiner ces poissons magnifiques, mais ne prend jamais aucune note. Le fait qu’il sache parfaitement répondre lors des interrogations ne le dispense pas de faire comme ses petits camarades. Je suis sûr que Sébastien a une très jolie voix et je compte sur vous pour l’inciter à nous la faire entendre. Il me semble en outre que certains commentaires qui accompagnent les dessins de Sébastien dépassent quelque peu le sujet des poissons et n’ont pas leur place dans le cadre de l’école. Je compte sur vous pour que cela cesse. Très cordialement, Monsieur Tomate.
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– Qu’est-ce qui se passe encore ici ? La voix du proviseur résonne dans la classe, un peu comme devait le faire celle de Zeus ou d’Apollon quand elle tombait des cieux lorsqu’ils poussaient une gueulante. Un truc à vous en faire friser un hérisson, devenir chauve une souris, ou rougir de peur un requin ! Un silence glacial suit la question de monsieur Louverture, et immédiatement la température de la pièce tombe à – 30 degrés. Debout sur son bureau, un dico dans une main, sa gorge dans l’autre, Trévidic fait des efforts désespérés pour répondre, mais les mots semblent comme coincés dans son gosier. Son visage devient de plus en plus rouge, à tel point que quand monsieur Tomate entre, on pourrait les croire frère et sœur. Tous deux ont le caractère d’un cochon au régime, mais lui a en plus toute l’année le teint d’une tomate qui revient de vacances en Espagne. – Qu’est-ce qui se passe ici ? redemande Louverture.
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– Laissez-moi faire ! Je connais ! Monsieur Lechat, notre surveillant général, vient d’entrer, nul ne sait comment il a fait, mais il est déjà là, sa trousse de secours à la main. Si le chat, l’animal, a neuf vies, monsieur Lechat, lui, doit avoir neuf paires d’yeux. Il sait tout, est toujours partout et a le don d’être derrière chaque élève au moment exact où celui-ci va faire une bêtise. – Je connais, reprend le surveillant, j’ai un camarade à qui il est arrivé la même chose. Mauvaise charge à la baïonnette, cordes vocales en vrac, plus d’son ! Le toubib a tout tenté, on a cru le perdre, mais à la fin, une seule technique a fonctionné ! Alors Lechat s’approche de Trévidic. Il fouille sa trousse de secours, en sort un sac en papier, qu’il gonfle tranquillement, puis il se place derrière la prof de français sans qu’elle le voie et, d’un coup sec, il fait exploser le sac juste contre son oreille. La pauvre femme fait un bond de deux mètres de haut ! Elle qui était debout sur son bureau, sa tête va direct percuter le plafond, avant qu’elle ne retombe assise sur sa table. – C’est qui ? C’est quoi ? C’est où ? C’est quand ? dit-elle, l’air ahuri, regardant partout autour d’elle. – Ce n’est rien, juste un petit incident technique. Mais ne vous inquiétez pas, tout va bien. La zone est sous contrôle, le périmètre est sécurisé, lui répond monsieur Lechat. – Comment ?
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– C’est OK, clear, net, propre, secure, impec ! Monsieur Lechat est un ancien militaire, et ça ressort souvent dans sa façon de parler. – Comment ? – Il dit que tout va bien, que tout ça n’est pas très grave, que les choses vont pouvoir reprendre leur cours, que vous pouvez peut-être remettre les pieds sur terre et vous asseoir sur une chaise plutôt que sur votre bureau, il dit que tout ce bazar doit prendre fin et votre classe redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu de silence, de tranquillité et de savoir ! Voilà ce qu’il dit. Louverture est un peu moins calme que d’habitude, il y a des indices qui ne trompent pas, il est à deux doigts de s’énerver : sur sa tête, trois de ses cheveux se sont dressés, signe chez lui d’une extrême tension. – Comment ? – Elle se fiche de moi ? s’interroge le proviseur. Vous vous fichez de moi ? dit-il en regardant Trévidic droit dans les yeux. – Comment ? Arrêtez de vous moquer de moi et parlez plus fort, je n’entends pas ce que vous me dites ! – Dommage collatéral ! s’exclame Lechat. Syndrome de l’artilleur ; la vieille est sourde ! – La quoi ? – Oh, pardon monsieur le proviseur ! Je voulais juste dire que l’explosion du sac a dû rendre momentanément sourde notre très estimable collègue, madame Trévidic… Enfin, c’est ce que j’imagine. À moins que ce ne soit le coup sur la tête
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quand elle a percuté le plafond. Mais ça m’étonnerait, elle a le crâne dur, cette vieille bique ! – Pardon ? – Rectification du propos ! Je voulais dire que… Mais on ne saura jamais quelles étaient les intentions de Lechat, car, juste à ce moment-là, un homme armé entre dans la classe en hurlant : – À terre, tous ! Sous les tables ! Il est où ? Qui a tiré ? Toi la vieille, tu descends de ton perchoir, tu obéis comme les autres, tu te planques ! Restez pas près des fenêtres, peut y avoir des balles perdues ! Vue la détonation, m’est avis que c’est du gros calibre, pas d’la pétoire à serins ! Y a un chasseur d’éléphants qui traîne dans le coin, et moi j’aime pas qu’on tire les éléphants ! L’inspecteur Marguerite vient de faire son entrée et, allez savoir pourquoi, il l’a faite arme à la main et verbe haut au bec. – Tiens, v’là l’pote de Beethoven qui déboule, dit Jeanne. – Mais qu’est-ce qu’il fait là ? – T’es sympa, Guillaume, me répond-elle, mais t’es pas une flèche à la comprenette. C’est quand même fastoche de refaire le film. – C’est vrai que t’es sympa, ce coup-ci, c’est Lucille qui s’en mêle, mais c’est aussi vrai que t’es pas top rapide. – Moi je suis d’accord avec les filles, là c’est Naïla qui ajoute son grain de sel, c’est vrai que t’es plutôt hyper-mignon, mais pour le reste, je ne vois pas trop ce que t’as pas compris.
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– Qui parle ? J’ai demandé le silence ! – Mais inspecteur, y a pas à s’faire d’la bile ! Vous avez enclenché trop rapide ! Vous avez pris un truc pour un autre ! Vous vous êtes mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, et c’est marre, dit Jeanne en relevant la tête. – À plat ventre, jeune hirsute ! Vous risquez votre vie et la mienne ! En vous levant ainsi, vous devenez une cible ! J’ai entendu un coup de feu, et pas des moindres. Tant que les collègues ne sont pas là, c’est tout le monde allongé et personne ne moufte ! Compris ? Alors Jeanne, qui c’est vrai, est coiffée comme un palmier après un ouragan, se relève carrément et, ignorant les ordres du policier qui commence à s’énerver, lui aussi à l’abri derrière un bureau, se dirige vers son cartable, y farfouille deux secondes, en ressort un sac en papier du même genre que celui utilisé par Lechat, le gonfle, et paf… le fait exploser. – Faut pas vous biler comme ça ! C’est ça le bruit que vous avez pris pour un coup de feu ! Y a pas plus de danger ! Dans la classe, chacun se relève en regardant l’inspecteur comme si on le voyait pour la première fois. – Je suis confus. Je suis désolé, j’ai cru que… alors il m’a semblé que… Mais je ne voulais surtout pas… – Je comprends, je comprends, répond le proviseur en secouant la poussière qui a recouvert son costume gris toujours impeccable. Je comprends inspecteur. C’est un regrettable concours de circonstances qui s’explique parfaitement et qui, heureusement, n’a pas d’autres conséquences
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qu’un costume froissé. Vous n’avez fait que votre devoir, votre métier ! Et c’est bien sûr tout à votre honneur. Mais maintenant, nous allons reprendre le cours normal des choses. – Comment ? Sortant la tête de sous son bureau où Marguerite l’a poussée sans ménagement, Trévidic n’est pas sûre de comprendre la situation. Comment ? – Rien, madame Trévidic, hurle Louverture, il ne se passe plus rien, nous allons vous conduire à l’infirmerie et y faire examiner vos oreilles. – Comment ? Mais voilà, quand ça commence mal, il n’y a pas de raison que cela finisse mieux, et quelque part, très loin dans les cieux, là où se trouve le grand livre où est écrit notre vie, au chapitre du jour, en énorme devait être inscrit les mots : « catastrophe, problèmes, embrouilles, fléaux, désastres, tragédie, drame ».
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Notes pour mon rapport d’intervention Penser à : Mentionner la détonation comme extrêmement forte. Préciser le nombre d’enfants à sauver. Décrire l’état apparent de la vielle chouette sur son perchoir professeure de fran cais , assise sur son bureau. Noter la présence du vieux hibou en costume proviseur : il pouvait être la cible rêvée de jeunes provocateurs séparatistes cherchant à attirer l’attention sur les conditions particulièrement mauvaises qui sont faites aux enfants à la cantine. Valoriser la très bonne réaction de tous les clampins machins minitrucs… élèves. Penser à ne pas : Dire pourquoi j’étais au collège alors que je n’aurais pas dû y être. Ne surtout, surtout, surtout pas parler de cette délicieuse, la si jolie, l’objet de mes pensées madame Malapierre. Parler de cette élève habillée tout en noir qui a réussi à venir tout près de moi sans que je m’en rende compte et à me faire péter un sac montrer ce qui avait produit le bruit que j’ai pris pour un coup de feu. Si jamais il y a reconstitution, il se peut qu’on se moque gentiment de moi. Ne surtout pas en parler au collège, penser à ne plus y penser. Détruire ces pages de carnet quand le rapport sera rédigé. Rien à voir !!! Penser à apporter des fleurs à madame Malapierre. Prendre des fleurs qui sentent bon. Idiot, apporter des bonbons : les fleurs, elle ne les voit pas. (Se renseigner si elle préfère les bonbons ou les chocolats.) L’inspecteur Marguerite.
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aphie 3/20 l’Histoire Histoire / Géonogmrqu i fera date dans
même ! t pas rien tout de Planchet est un es n’ ce , ça et ï), ou c’est in (être si mauvais,
Biologie 02/e2vr0 aie question pour la science :
e… al, puis une plant ér in m Planchet est un un it ta c’é t !). ée, j’ai cru que ’animal, évidemmen (l au début de l’ann ux se es ar p le che pour Maintenant je pen
Anglais 10/2iq0ue dont nous nous souviendrons !
e ! Un séjour linguist lons en Angleterr al us no e qu is fo C’est la dernière ses bale Planchet a mis e m au Appréciationine,glo ll ui G ! t en heureusem ant le bac ! ans av L’année se term dire qu’il reste 6 Et . ux no ge s le r professeurs su s collègues ! Bon courage cher
Attention, le 3e trimestre sera décisif pour Guillaume Planchet, le cancre indécrottable !
rance TTC F 0 ,9 14
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