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Photo de couverture : Caroline Purser © Getty image Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Claire Renaud Direction artistique : Élisabeth Hebert Fabrication : Gwendoline da Rocha © Fleurus, Paris, 2017 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 9782215133124 Code MDS : 652610 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »

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Traduit de l’allemand

par Lucie Roignant.

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Faire des folies à New York ? Pfff, c’est à la portée de n’importe qui. Par contre, essaie un peu d’avoir une vie normale par chez nous, pour voir ! C’est un vrai défi. Tu ne me crois pas ? Eh bien vois par toi-même ! Tess

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Theresa Walter Fichtenstraße 70 60322 Francfort

Au ministère de l’Éducation du Land de Hesse Luisenplatz 10 65185 Wiesbaden Francfort, le 26 mai Objet : Rythme scolaire Madame la Ministre, Madame, Monsieur,

Vous savez certainement que de nombreux adolescents se couchent tard et ont toutes les peines du monde à se lever le matin. Vous pensez certainement que nous passons toutes nos soirées à traîner devant l’ordinateur, la télé ou dans des fêtes, et que c’est pour cette raison que nous ne sommes pas reposés le matin. Mais ce n’est pas vrai. Bon d’accord, c’est en partie vrai. Mais ce n’est pas de notre faute. En effet, les adolescents ont par nature un rythme de sommeil différent des adultes et des enfants. Ils ne

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lance des paillettes ! peuvent pas s’endormir tôt le soir et se réveiller tôt le matin, même s’ils le voulaient. C’est prouvé scientifiquement. C’est ainsi depuis l’âge de pierre. La jeunesse est la période de la vie où les humains sont le plus en forme physiquement. C’est pour cette raison que pendant la préhistoire les adolescents étaient chargés du travail le plus difficile : ils étaient chasseurs de nuit. Ils passaient à l’action au crépuscule, partant tuer des ours pour l’ensemble de la tribu. Et le matin, tout naturellement, ils faisaient la grasse matinée. Voilà, et même si tout cela remonte à très longtemps, le cerveau des adolescents ne s’est toujours pas adapté à la situation actuelle. Parce que l’adaptation, ça prend du temps. Je n’ai rien inventé, je l’ai lu dans le journal ! Je vous prie donc de bien vouloir fixer le début des cours à neuf heures à partir de la cinquième. Au plus tôt du plus tôt. Dix heures serait idéal. Avant cette heure, toute phrase adressée à un adolescent est une pure perte de temps, ce qui engendre de la frustration pour toutes les parties concernées. Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses, Theresa Walter, 14 ans, fatiguée.

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1 Il y a environ un an, par une belle journée de mai, j’étais tranquillement installée dans ma chambre à faire des maniques au crochet. Oui, je ne plaisante pas. Je trônais sur mon lit, assise en tailleur, et une manique à rayures jaunes et roses, dotée d’une boucle, était en train de naître entre mes doigts. Et ça, alors que trois autres créations du même genre s’étalaient déjà sur ma couette… toutes made by me, toutes plus hideuses les unes que les autres. J’étais satisfaite car je venais d’écrire une lettre qui allait faire du monde un endroit où il ferait mieux vivre pour des milliers d’adolescents. D’ailleurs, c’était pour une raison similaire que je faisais du crochet. Je voulais aussi qu’il fasse mieux vivre pour une ado particulière : moi. Parce que faire du crochet, ça change la vie. Ce n’est peutêtre pas limpide à première vue, mais je peux fournir une 9

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explication : mes parents et moi, nous étions à ce moment-là dans un conflit d’éducation très classique : dès que j’avais une idée, ils trouvaient à y redire. Et cette fois, pour trouver une issue, il avait fallu que je me mette au crochet. Tous ceux qui ont déjà eu des parents connaissent la règle : n’essaie jamais de les comprendre. Tu n’y arriveras pas, car ils ne suivent pas les voies de la logique. Et tu n’arriveras jamais à comprendre leurs motivations non plus. Cependant, toutes les personnes ayant vécu leur adolescence aux côtés de leurs parents savent à quel point il est facile de les manipuler et d’anticiper leurs actions. Il suffit pour cela de connaître deux règles. Règle numéro un : tes parents ne veulent jamais que tu fasses ce que tu es en train de faire. Règle numéro deux : ils veulent toujours que tu fasses quelque chose que tu n’es pas en train de faire. Prenons un exemple concret : supposons que ce soit l’été. Il fait chaud, tu vas à la piscine en plein air. Que vont dire tes parents ? « Est-ce que tu ne ferais pas mieux de… » Exactement ! Ils vont te suggérer de faire tes devoirs, d’apprendre ton vocabulaire ou de ranger ta chambre. Mais supposons qu’il fasse chaud, que tu sois en train de ranger ta chambre, de faire tes devoirs et d’apprendre ton vocabulaire. On peut parier qu’un parent va pointer son nez dans l’ouverture de la porte et demander : « Dis-moi, est-ce que tu ne ferais pas mieux d’aller à la piscine et de voir tes amis 10

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par ce beau soleil ? Quand j’avais ton âge, j’allais toujours… » etc. Oui, voilà comment ils sont. Et voilà également comment il faut les diriger quand on veut obtenir quelque chose de leur part. Il ne faut pas chercher le pourquoi du comment, il suffit de prévoir leur comportement. C’était exactement ce que j’étais en train de faire par ce bel après-midi voué au crochet. Quelques jours plus tôt, j’avais pris la décision de partir en colo d’ados en Espagne pour les grandes vacances avec Jojo, ma meilleure amie. Et si je vous dis que mes parents pensaient que j’étais trop jeune, toute personne ayant déjà eu des parents comprendra pourquoi j’avais ressorti mon crochet pour me remettre à fabriquer d’horribles maniques rayées, comme en maternelle. Car on conviendra qu’à presque quinze ans j’étais beaucoup trop vieille pour ça. Je n’aurais pas à attendre très longtemps avant qu’ils viennent me proposer des loisirs plus adaptés à mon âge, que je refuserais, bien entendu, aussi paradisiaques soient-ils. Le temps qu’ils se fassent du souci pour moi, qu’ils parlent de moi dans le salon et qu’ils réfléchissent à m’envoyer chez un psychologue. Ils finiraient bien par capituler et par saisir la première perche qu’on leur tendrait. Ce serait le moment de remettre cette histoire de grandes vacances sur la table.

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Je n’allais certainement pas parler de l’Espagne. Surtout pas ! Ça risquerait de démasquer ma stratégie. J’allais faire comme si je n’avais que le crochet en tête. Je pourrais me demander combien de laine il me faudrait pour six semaines de vacances, par exemple. Oui, exactement ! Ils deviendraient livides et me feraient des propositions de voyage extraordinaires ! Ils seraient d’accord pour tout… tout sauf le crochet. Voilà pour la théorie. Et ça a marché. Cet après-midi-là, comme prévu, ils ont pointé leur nez à plusieurs reprises dans ma chambre. Le soir venu, comme prévu, ils ont parlé de moi dans le salon. Et ce que j’ai entendu quand je suis venue en catimini coller mon oreille contre la porte m’a vraiment donné l’impression que je n’aurais plus à tricoter des carrés rose et jaune très longtemps. – Tess devient de plus en plus fantasque, a dit mon père. – Oui, elle commence à avoir des tics d’enfant unique, a soupiré ma mère. Elle est beaucoup trop seule, elle regarde son nombril, elle a des lubies, elle se coupe du monde extérieur. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. De l’autre côté de la porte, je hochais énergiquement la tête. C’était exactement ce qu’il fallait qu’ils pensent. – Il faut qu’elle sorte d’ici, a repris mon père. Elle a clairement besoin de plus d’animation, de plus de distraction. Je crois que nos réflexions vont dans le bon sens. Ce qu’il faut à Tess, c’est un changement de décor.

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J’en avais assez entendu, ils étaient tous les deux sur la bonne voie. Confiante, je suis allée me glisser dans mon lit et j’ai rêvé de plages de sable blanc, de la mer bleue, de garçons bronzés et d’une liberté infinie. J’ai donc été frappée d’autant plus durement par la déclaration que mes parents m’ont faite le lendemain matin au petit déjeuner. – Ce que je m’apprête à te dire va changer ta vie, a annoncé ma mère. Elle portait une chemise de nuit avec un motif de mouton au regard étrangement fixe. Est-ce qu’on a cette tête-là quand on change la vie des gens ? Bon, oui, peut-être. Mais pourquoi est-ce qu’elle n’ajoutait rien ? Pourquoi est-ce qu’elle ne me disait pas quelle était cette merveilleuse nouvelle ? Malgré cette introduction fracassante, elle cherchait à présent mon père du regard, comme pour l’appeler à l’aide. Il n’avait pas l’air réveillé du tout. Ses yeux m’ont fait penser à ceux du mouton de la chemise de nuit. – Ouiiii, a-t-il dit en s’étirant, comme s’il voulait gagner du temps. On a remarqué que tu n’allais pas très bien en ce moment, et ça nous a donné une idée. Il a hésité, et je lui ai lancé un regard d’encouragement. – Tu as besoin d’un changement de décor.

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J’ai fait oui de la tête. Je n’étais pas encore méfiante à ce moment-là, malgré le comportement bizarrement hésitant de mes parents. J’étais juste surprise de les avoir fait céder si vite. Et je trouvais ça presque dommage, parce qu’il me restait encore beaucoup de laine. Mon père a alors croisé les bras, comme s’il fallait qu’il se protège de quelque chose. – On va déménager, a-t-il déclaré. Minute ! Est-ce qu’il a vraiment dit ça ? De frayeur, j’en ai avalé mon muesli de travers. J’aurais bien aimé revenir en arrière pour réécouter ce qu’il venait de dire. Il ne pouvait pas avoir vraiment dit ça, non ? Si, il l’avait dit. – On va déménager dans une vieille maison, très grande et très belle, à deux pas d’ici, a-t-il expliqué en me regardant d’un air rayonnant. Quel choc ! Je ne m’étais pas du tout attendue à ça ! Ma première réaction a été la panique. Mon cerveau s’est emballé en faisant un raffut de tous les diables, comme une vieille machine à tricoter. Puis je me suis calmée. On déménage ? OK, déménageons. Ça n’était pas si grave, en fait. Ça ne changerait rien à mes projets de voyage, et la nouvelle maison ne pouvait pas être pire que l’ancienne. Pourquoi voudraient-ils déménager, sinon ? J’aurais peut-être même une chambre plus grande, ma propre salle de bains, ce serait génial. Donc très bien, mes parents pouvaient changer de décor s’ils y tenaient. 14

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Moi, je continuerais bien tranquillement à faire du crochet quelques pâtés de maisons plus loin. Et alors ? Mon projet de voyage en Espagne allait sûrement se concrétiser, j’en étais certaine. Enfin, je l’étais encore à ce moment-là. C’est alors que ma mère a déballé toute la vérité. – Le mieux dans tout ça, a-t-elle annoncé avant de faire une pause pendant laquelle j’aurais pu tranquillement faire un rang entier de mailles, c’est qu’on ne va pas emménager seuls dans notre nouvelle maison. – Ah. Avec qui alors ? ai-je demandé, mais seulement par politesse. À vrai dire, que quelques amis à eux viennent habiter dans la nouvelle maison était le cadet de mes soucis. C’était peut-être même plutôt bien. Ils arrêteraient de se focaliser sur moi. – Papi ! s’est exclamée ma mère dans un élan d’enthousiasme exagéré. Et Marius et Gwenny avec leurs quatre petits. Chaque famille aura son propre appartement, bien sûr, et papi aussi. C’est Basti qui prendra la mansarde, il commence des études de philosophie à la fac cet automne. Elle m’a regardée d’un air rayonnant. – C’est pas génial, Tess ? Tu vas vivre entourée de toute ta famille ! Il n’y aura pas seulement tes parents, mais aussi ton grand-père, ton oncle, ta tante, tes cousins et cousines ! Trois générations sous le même toit ! Tu n’auras plus à faire du tricot toute seule dans ta chambre. 15

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– Du crochet, ai-je corrigé machinalement. Mais mes pensées étaient déjà passées à l’étape supérieure. Une vie de famille nombreuse ? Tous les Walter sous le même toit ? Jamais de la vie ! Rien qu’à y penser, j’en avais des frissons dans le dos. Je n’ai rien contre ma famille. Pris séparément, on est tous plutôt chouettes. Mais en groupe, cette famille est une vraie catastrophe. Et ce n’est agréable pour personne, ni pour les autres ni pour nous. J’étais abasourdie par l’idée de mes parents. Comment pouvaient-ils s’embarquer dans une galère pareille ? Mais en fait, je me fichais de leur projet, car Je N’étais Pas D’accord. Point. Et quand je ne voulais pas une chose, je faisais tout pour qu’elle n’arrive pas. C’était clair, je devais changer de stratégie. Pour commencer : fini le crochet ! Je devais obtenir le voyage en Espagne d’une autre manière. À présent, il était important d’abandonner tout ce qui rappelait le tic d’enfant unique, même de loin. Donc adieu Tess la fantasque. Plus de « lubies ». Ce que je devais faire, c’était amener tellement de vie et de chaos dans notre maison que mes parents décideraient que nous avions besoin de plus de calme et de contemplation, de toute urgence. Ensuite, une fois le scénario-catastrophe du déménagement évité, en route pour l’Espagne ! Mais ce rêve s’est envolé en fumée dès que ma mère a repris la parole. 16

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– Et devine quand on déménage ? a-t-elle dit, d’un ton qui montrait qu’elle savait très bien que ce qui suivrait n’allait pas me réjouir. Pendant les grandes vacances ! On va rester à la maison cette année et profiter de l’été pour nous acclimater. Tous ensemble ! Pendant les grandes vacances ? C’était dans à peine deux mois ! Ce qui prouvait encore que le déménagement n’était pas un simple projet mais quelque chose qu’ils avaient décidé depuis longtemps. Je pouvais faire une croix sur le voyage en Espagne. Fini le rêve ! J’aurais bien voulu pouvoir appuyer sur un buzzer en signe de protestation. Biiiiiip ! Ah, les parents. C’est bien parce qu’on ne les comprend pas qu’on court toujours un risque en essayant d’anticiper leurs actions. Cette fois-là, je m’étais plantée en beauté.

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Theresa Walter Fichtenstraße 70 60322 Francfort À l’institut de psychologie de l’université Goethe de Francfort Grüneburgplatz 1 60323 Francfort-sur-le-Main

Le 27 mai Objet : Parents et science Madame, Monsieur, J’ai lu sur votre site internet que les enfants et les adolescents sont les sujets de vos recherches scientifiques. Par cette démarche, vous souhaitez aider les parents à mieux comprendre leur progéniture. Mais pourquoi personne ne prend-il les parents comme sujet de recherche ? Je ne trouve rien là-dessus sur votre site. Pourtant, les enfants et les adolescents sont nombreux à avoir urgemment besoin d’aide pour mieux décrypter leurs parents.

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(même si ta vie part en miettes…) Au cas où cette lacune serait due à un manque de cobayes, je me tiens volontiers à votre disposition pour trouver un prétexte permettant d’orienter mes parents vers vous. Il s’agit d’exemplaires d’âge moyen en bonne santé, avec des pulsions parentales prononcées et des tendances à prendre des décisions surprenantes. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses. Theresa Walter, 14 ans, frustrée.

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2 Après avoir appris cette nouvelle, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer à l’école. Pas seulement parce que les cours commencent horriblement tôt, mais aussi parce que cette histoire de déménagement me tapait vraiment sur le système. Je ne savais pas si je devais me battre pour éviter la catastrophe ou si j’avais perdu la bataille depuis belle lurette. Comme je l’ai déjà dit, mes parents sont souvent difficiles à comprendre, ils ne vont jamais droit au but. Ils seraient des mouches s’ils étaient des insectes, c’est sûr et certain. Elles volent toujours en zigzag pour que l’on ne comprenne leur destination que peu avant leur atterrissage. Mais cela faisait longtemps que ce genre de ruse n’était plus d’aucune utilité pour mes parents. Au bout de quatorze années de cohabitation difficile, j’arrivais plutôt bien à interpréter leur comportement, et quand ils étaient dans leurs petits souliers comme ce matin-là au petit déjeuner, il était clair et net qu’ils avaient 21

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mauvaise conscience. Le projet de déménagement était donc probablement beaucoup plus avancé qu’ils ne voulaient bien me l’avouer. Donc que choisir ? La bataille, ou la capitulation ? J’avais tout raconté à Jojo avant les cours, et d’après elle, nous avions perdu. – Garde la tête haute, avait-elle dit, essayant elle-même de cacher sa déception. On ne va pas se laisser abattre, on ne lâche rien. On pourra peut-être partir aux vacances de la Toussaint. Ou l’année prochaine. L’année prochaine, pfff. Autant dire dans une prochaine vie. J’étais assise dans la salle de bio et je fixais la rangée de vitrines le long du mur. Une buse empaillée m’a fixée en retour. À côté d’elle, des crânes blanchis de souris, de belettes, de martres et de renards étaient exposés sur un tissu noir. Il y avait des coléoptères et autres insectes épinglés dans des présentoirs. À droite, un cerveau végétait dans le liquide trouble d’un bocal. Le mien se sentait dans un état assez proche. L’une des vitrines était vide, et comme le cours était terriblement ennuyeux, j’ai imaginé qu’elle contenait des tubes à essai ventrus où de minuscules humanoïdes flottaient en agitant la main. Des exemplaires miniature de mes camarades de classe et moi, un dans chaque tube. J’ai pris mon bloc-notes et j’ai dessiné quelques tubes à essai avec leurs étiquettes descriptives : Kai, bronzé, sûr de lui et sexy ; Léa, petite, blonde et mignonne ; Amélie, passionnée de politique et de débats. J’ai 22

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attribué à chaque élève de ma classe les quelques traits qui le définissaient le mieux, et ce sans rencontrer la moindre difficulté. Pour chacun d’entre nous, il y avait des qualificatifs qui s’imposaient et j’étais certaine que quatre-vingt-quinze pour cent de mes camarades auraient spontanément choisi les mêmes. Nous étions dans la même classe depuis la sixième, et j’avais l’impression qu’au fil des ans chacun avait été rangé dans un compartiment. Ça faisait longtemps qu’on ne se demandait plus si cette définition de notre caractère convenait toujours. Jojo, curieuse, jolie et intelligente. Kilian, timide, comique malgré lui. Bo, qui pue le cendrier et a toujours l’air d’être à deux doigts de s’endormir. Et puis moi. Tess. Je me suis arrêtée en plein élan et j’ai dessiné un point d’interrogation derrière mon prénom. Que devais-je écrire sur mon étiquette ? Je n’en avais aucune idée. J’ai donné un coup de coude prudent à Jojo et je lui ai posé ma question en chuchotant. Elle a examiné mon bloc-notes en fronçant les sourcils. Elle a mis du temps à comprendre ce que je lui demandais, mais ensuite elle a écrit sur mon étiquette sans hésiter. Tess : belle, forte, intelligente, victorieuse. J’ai roulé des yeux. – Mais non, je veux la vérité. Dis-moi comment la classe me voit. Elle a souri et a tapoté avec insistance du bout de son crayon sur les mots qu’elle venait de griffonner. 23

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– Aucune idée. Je sais seulement comment moi je te vois. Mais elle est redevenue sérieuse en voyant mon regard. – Hmm, je pense que les gens te trouvent sympa. Et que tu es une personne avec qui c’est bien de discuter. Aussi de trucs sérieux. SYMPA ? C’était exactement ce que je craignais. En clair, ça voulait dire : tu ne déranges personne, mais tu n’intéresses personne non plus. Et comme tu ne casses jamais rien et qu’on a toujours besoin d’un peu de public, on peut t’inviter à des fêtes sans problème. J’étais donc à peu près comme ces chips en polystyrène qu’on utilise pour remplir le vide dans les cartons afin qu’il n’arrive rien aux choses à l’intérieur, qui elles sont vraiment précieuses. Eh ben super. Sympa. J’avais été étiquetée « sympa » parce que en sixième et en cinquième j’avais été silencieuse, timide et discrète. Ça avait beau être terminé depuis longtemps, personne ne s’en rendait compte. Car à l’école, le mot d’ordre c’était : star un jour, star toujours. Loser un jour, loser toujours. Et sympa un jour, sympa toujours. Ça demande beaucoup de travail dès qu’on veut changer les choses, et cela peut même ne jamais marcher. Pourtant je ne voulais plus être une particule en polystyrène sans importance, je voulais être un exemplaire unique et précieux. Et je voulais enfin qu’on arrête dans les fêtes de me faire le coup de ah-toi-aussi-tu-es-là. Je voulais être vue comme j’étais vraiment. 24

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Mais il demeurait un obstacle minuscule : je ne savais même pas qui j’étais au juste. Et comment réussir à découvrir quoi que ce soit sur soi-même quand on ne sort jamais de la banalité du quotidien ? Il y aura toujours quelqu’un pour te faire rentrer dans des catégories périmées. Plus de famille, plus de bande, plus de quotidien ! Seulement Jojo et moi ! C’était ce dont j’avais besoin, et j’aurais pu l’avoir en Espagne. C’était parce qu’elles auraient pu devenir beaucoup plus qu’un simple voyage que ces vacances étaient aussi importantes pour moi : elles auraient pu être un nouveau départ. Soudain, l’ombre de mon professeur de biologie m’a tirée de ces réflexions. – Que fais-tu, Jovana ? a-t-il brusquement grondé. Ouf, il ne parlait pas de moi mais de Jojo. Mais une fois ce soulagement passé, j’ai réalisé que la situation était pire que ce que je croyais. Il venait de surprendre Jojo en train de jouer sur son téléphone, il allait le lui confisquer. Et comme c’était la deuxième fois que ça arrivait à Jojo, ses parents allaient recevoir un courrier du principal. – Désolée, me suis-je dépêchée de dire à M. Marquart en battant des cils. Il est à moi. Je voulais juste montrer un truc à Jojo. – Eh bien, pas de chance, Theresa, a-t-il dit en confisquant le portable de Jojo. Tu peux venir le chercher à treize heures à l’intendance. 25

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Pas de chance ? C’était un vrai coup de bol. Personne ne m’avait encore surprise avec mon téléphone ! Je n’aurais donc aucun problème pour le récupérer, et Jojo s’en passerait très bien d’ici là. Elle m’a souri, a dessiné un cœur sur une feuille qu’elle m’a tendue en me chuchotant « merci ». – Normal, lui ai-je soufflé sans un bruit. Elle aurait fait la même chose pour moi. Je suis retombée dans mon demi-sommeil et j’ai continué à réfléchir à l’Espagne. Sortir de la catégorie qui m’avait été attribuée, c’était une des raisons de mon projet de voyage. Mais je voulais quelque chose d’autre. Et c’était beaucoup plus important encore. – Mais qu’est-ce que tu veux ? m’a demandé Jojo cet après-midi-là, quand je lui ai dit ce que j’avais sur le cœur. Elle était assise à côté de moi sur mon lit, son ordinateur portable sur les genoux, à regarder des images de plages espagnoles. Comme toujours, ses longs cheveux noirs lui tombaient dans le visage, et elle les a rejetés en arrière d’un coup. Ses yeux étaient verts comme la mer espagnole. – Hmmm, ai-je grommelé pour gagner du temps. Car je n’avais pas très envie de répondre à cette question, c’était vraiment intime. Mais je pouvais dire ce genre de choses à Jojo. – J’ai envie de retomber amoureuse, ai-je donc avoué. 26

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– C’est aussi possible ici, a-t-elle déclaré en cliquant sur une image où on voyait des garçons surfer sur des vagues ­scintillantes. – Non. Justement pas. Je ne pouvais pas vraiment lui expliquer pourquoi, car mes arguments étaient beaucoup trop kitsch. Je ne voulais pas tomber amoureuse comme on le fait d’habitude. Du style : on sort un soir, mon groupe rencontre son groupe, on fait les idiots, on flirte, personne ne sait vraiment qui plaît à qui, et au bout d’un moment on se retrouve deux par deux. On s’embrasse peut-être. Après, il ne reste plus qu’à découvrir si c’était pour un soir ou pour plus longtemps. Je voulais trouver un garçon qui se comportait comme il était vraiment, et moi aussi je voulais pouvoir être tout simplement moi. Il devait m’aimer exactement pour qui j’étais. Je voulais parler avec lui, le regarder, poser mon front contre le sien, l’embrasser. Oui, et je voulais faire des choses comme nous promener le long de la plage la main dans la main, regarder le coucher de soleil, étaler nos sacs de couchage sur le sable, allumer un feu de camp et s’endormir côte à côte en écoutant le bruit des vagues. Le lendemain, je voulais pouvoir regarder dans ses yeux dès l’instant où j’ouvrirais les miens. Je voulais tout simplement l’essentiel. Ce que, à mon avis, tout le monde devrait pouvoir vivre.

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Pourtant c’est difficile d’en parler à voix haute, parce qu’une fois dit ça sonne creux, exagérément romantique et sirupeuxmièvre-rose-bonbon. Alors que ça ne l’est pas ! Jojo n’a pas compris où je voulais en venir. Pas étonnant, car je ne le lui avais pas expliqué. Elle m’a pincé les côtes pour me remonter le moral. – Allez, c’est pas si grave, tout ça, a-t-elle dit. Pour ce qui est de tomber amoureuse, on peut très bien y arriver ici. Cette ville est assez grande. Il suffit d’aller faire un tour à la piscine. – Oui. On n’a qu’à faire ça, ai-je répondu sans enthousiasme. Mais c’est quand même grave, cette histoire de déménagement. À cause de la famille, ai-je dit dans un élan de colère. J’aime bien être une enfant unique. Et en plus, j’ai quatorze ans. C’est l’âge auquel on commence à se détacher de ses parents. Je ne vais quand même pas habiter volontairement avec toute ma famille élargie ! Je ! Veux ! Pas ! Jojo a haussé les épaules et a googlé les mots « famille nombreuse ». – Je pourrais comprendre ton état de panique si tu étais l’Indien Ziona Chana, a-t-elle dit en regardant l’écran d’un air terrifié. Incroyable. Cet homme a trente-neuf épouses, quatrevingt-quatorze enfants, quatorze belles-filles et treize petits­ enfants. Plutôt normal qu’il se plaigne de sa trop grande famille. Pour lui, une question très simple comme « Est-ce qu’on va au zoo ou à la piscine dimanche ? » peut devenir une discussion de plusieurs heures. Mais toi et ta famille, vous 28

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n’êtes que… attends… a-t-elle dit en comptant sur le bout de ses doigts. Vous êtes onze. Ce n’est pas plus que dans beaucoup de maisons partagées. Moins, même. Ça va pas être si terrible que ça. – Oui, c’est ce qu’on pourrait penser. Et c’est aussi ce que pensait le propriétaire du restaurant qui nous a loué son arrière-salle récemment pour le soixante-quinzième anniversaire de papi. Eh bien aujourd’hui, le restaurant est fermé et le propriétaire est parti en cure de repos pour un mois et demi. Jojo a mis un morceau de chocolat dans sa bouche. Mon chocolat. – Qu’est-che qui ch’est paché ? a-t-elle demandé. Je n’y repensais qu’en frissonnant. – D’abord il y a eu le problème du bruit. Je crois que nous sommes entrés dans le resto comme un troupeau de buffles. Mais on n’y peut rien, c’est dans nos gènes. Nous descendons tous de mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père Ignatz Walter, et ses traits de caractère se transmettent de manière très dominante. – Ch’était qui chui-là ? a marmonné Jojo la bouche pleine. – Notre ancêtre Ignatz a vécu il y a environ deux cents ans. Son métier était de jouer du tambour sur les champs de bataille pour encourager les soldats et effrayer l’ennemi, et il le faisait très bien. Un jour, il a trouvé que son tambour n’était pas assez bruyant – alors qu’il était bien le seul à être de cet avis – et il

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l’a échangé contre des cymbales. Ce sont de grands disques en laiton qu’on frappe l’un contre l’autre. Tching BOUM. – Carrément ? a demandé Jojo. J’ai fait oui de la tête. – On raconte qu’ils ont gagné toutes les batailles parce que lui et les soldats qu’il encourageait laminaient tout sur leur passage. Voilà, le vacarme et le fait de tout laminer sur son passage se sont transmis à ses descendants jusqu’à aujourd’hui. Jojo a haussé les épaules. – OK, mais n’importe quel restaurant devrait pouvoir supporter une tablée familiale très bruyante. J’ai hoché la tête. – Il n’y avait pas que ça. Léo, mon cousin le plus jeune, traverse une période où il passe son temps à crier des insultes de son invention. Il les hurle n’importe quand, sans se demander si c’est le bon moment ou pas, et après il se tord de rire. Certaines personnes ne trouvent pas ça très drôle. Quelques clients sont partis, dont un critique gastronomique. Mais c’est plutôt bien tombé en fait, car sinon le restaurant aurait pu fermer définitivement. Parce que après il y a eu l’épisode des vers de terre. – Les vers de terre ? J’ai soupiré. – Pendant qu’on attendait le repas, les enfants ont ramassé des vers de terre sur le parking. C’étaient de tout petits vers de terre tout fins. Et comme paraît-il les vers de terre avaient 30

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faim, mes monstres de cousins ont volé des feuilles de salade pour eux sur le buffet. Puis ils ont construit un parc à vers avec le persil dans un petit saladier. Mouais. Qu’ils ont oublié sur le buffet. Malheureusement, les autres clients n’étaient pas de très grands amis des animaux. – Hiiiiii ! Jojo a englouti un autre morceau de chocolat, dans un accès de nervosité, probablement. J’étais beaucoup trop absorbée par mes pensées pour protester et elle a réduit toute ma réserve à néant. – Oui, ils sont pénibles. Surtout les enfants. Mais tu sais le pire, dans toute cette histoire de déménagement ? Jojo a fait non de la tête. – Je ne peux rien y changer. J’avais un plan, mais mes parents l’ont tout bonnement fichu en l’air, et je n’ai absolument aucune idée de ce que je peux faire contre ça. Et ça, c’est vraiment dur à supporter. C’est vraiment pas possible ! Jojo a hoché la tête d’un air compréhensif. – Oh ! ai-je sursauté. Rien à voir, mais je viens d’avoir une idée. Il faut qu’on écrive une lettre. Ça ne peut pas continuer comme ça avec les téléphones au collège. Et tu vas m’aider, tu me dois bien ça après aujourd’hui, d’accord ? – Hmpf, a répondu Jojo.

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Theresa Walter Fichtenstraße 70 60322 Francfort À l’attention de Monsieur Thomas Ballhoff Principal du collège-lycée Hölderlin In den Höfen 17 60322 Francfort Le 28 mai Cher Monsieur Ballhoff, Le règlement de notre lycée stipule que l’utilisation des téléphones portables est interdite au sein de l’établissement. C’est valable autant pour l’intérieur des bâtiments que pour l’extérieur, et non seulement pendant les cours, mais également pendant les récréations et les interclasses. Les élèves surpris avec leur téléphone se le voient confisquer par les professeurs et doivent aller le récupérer à l’intendance après les cours. Les téléphoneurs récidivistes écopent même d’une lettre à leurs parents et d’une punition. Je ne trouve pas que ce soit juste, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, je ne vois pas pourquoi le téléphone portable devrait être interdit pendant les récréations. Comme ce ne sont pas des moments d’apprentissage et de concentration, cela ne dérange personne. Deuxièmement, je ne

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(même si ta vie part en miettes…) comprends pas pourquoi, en plus d’être en vigueur dans les bâtiments, cette interdiction vaut pour toute l’enceinte de l’établissement. Dans quelle mesure un petit coup de fil passé dans un coin de la cour pourrait-il déranger les professeurs, l’apprentissage et le climat de l’établissement ? Et troisièmement, je ne comprends pas pourquoi on ne devrait pas pouvoir jeter un coup d’œil rapide sur son téléphone en classe. Je comprends bien que vous souhaitez que les élèves portent toute leur attention sur le professeur pendant le cours. Mais pour être honnête, un élève inattentif sera tout aussi inattentif sans son téléphone. Il dessinera sur sa table ou bavardera avec son voisin, qui sera déconcentré à son tour. Ce qui n’est pas mieux. Si elle est supposée faire comprendre aux élèves qu’on ne doit pas passer sa vie pendu à son téléphone, alors cette interdiction n’a aucune valeur éducative. Tout au contraire, vous ne faites par là qu’apprendre aux élèves à déroger aux interdictions et à faire les choses en cachette. Mais l’aspect le plus injuste de cette interdiction est qu’elle ne vaut que pour les élèves, et pas pour les professeurs. Je serais ravie que vous changiez quelque chose à cette situation. Veuillez agréer, Monsieur Ballhoff, l’expression de mes sentiments respectueux, Theresa Walter, 3e D.

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Achevé d’imprimer en février 2017 en Italie par LEGO N° d’édition : J17072. Dépôt légal : mars 2017.

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Lance des

paillettes ! (même si ta vie part

en miettes...)

en train de faire ? Il était en ait ét ’il qu e -c st senti « Bon dieu, qu’e mon épaule. Puis j’ai de ur to au as br n so ’a attirée train de passer e sur la mienne. Il m sé po st s’e i qu , ain . J’ai senti son autre m e a été très proche ag vis n so , up co à t r d’été. vers lui. Tou de sa peau, une odeu ur de l’o i nt se i j’a et son souffle .
 . ­- Tess, a-t-il chuchoté ées. Sur les miennes riv ar nt so es vr lè s se si J’ai eu le tournis.
 Puis e si Mika voulait voir m m co s, re gè lé ès t. Je les ai senties tr le cas. Très clairemen en bi it ta ’é C e. ac pl Je l’ai elles étaient à leur Mika m’a embrassée. . ux de s le us to i nt pianos Nous l’avons se ait plus. Et tous les ss re té in us no ne r oses embrassé. Parle plus. Pour dire les ch nt aie ss re té in us no intéressait du monde ne lui-même ne nous r tie en de on m le clairement, nous embrassions, us No . ns io pt m co moi plus. Seuls Mika et i nous étions. Parce qu ns vio sa us no , up comme si tout à co que c’était le cas. » Mara Andeck a déjà publié chez Fleurus Premier Baise r et autres complications et Prem ier amour et autres perturbations. Elle est journaliste scientifique et vit avec son mari, ses deux filles et son ch ien dans un petit village près de Stutt gart.

15,90 € France TTC www.fleuruseditions.com


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9782215133124 lance des paillettesok by Fleurus Editions - Issuu