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Carina Axelsson

Carina Axelsson

Le secret de Johnny Vane Trois mois ont passé depuis l’affaire de New-York... et Axelle s’ennuie ferme ! Alors quand un photographe de mode prometteur se fait agresser sur les rives de la Tamise, comment résister à cette nouvelle affaire ? Avec une mystérieuse photo pour seul indice, notre mannequin-détective préféré tente de faire la lumière sur le passé tourmenté du créateur de mode Johnny Vane. Mais entre défilés, castings et paparazzi, difficile de mener l’enquête.

Pour en savoir plus sur Carina, rendez-vous sur : www.carinaaxelsson.com, sur Instagram : @carinaaxelssonwriter, sur Pinterest : www.pinterest.com/carinaaxelsson et sur Facebook.

Le secret de Johnny Vane

Carina Axelsson est un ancien mannequin. Au cours de sa carrière, elle a posé pour des campagnes publicitaires et des magazines de mode aux quatre coins du monde. Elle a notamment été photographiée pour Vogue et Elle. Carina habite en Allemagne, avec son compagnon et ses quatre chiens. Elle se consacre pleinement à l’écriture et à l’illustration.

Illustration d’Olivier Silven

Le beau Sébastien ne sera pas de trop pour aider Axelle à contrer les sombres desseins de l’agresseur, et pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard...

Le secret de Johnny Vane

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Fleurus

15,90 € TTC France www.fleuruseditions.com

Dans la même collection

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Du même auteur et dans la même collection : L’Affaire Moon À la poursuite du diamant noir

Titre original : Deadly by design

Illustration de couverture : Olivier Silven Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Raphaële Glaux, assistée de Bénédicte Brun Direction artistique : Élisabeth Hebert, assistée de Bleuenn Auffret Fabrication : Thierry Dubus, Sabine Marioni © Fleurus, Paris, 2016 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978‑2-­2151‑3111‑3 Code MDS : 652429 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49‑956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »

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Carina Axelsson

Traduit de l’anglais par Camille Roze

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Charlotte se pencha vers moi, par-­dessus son bureau et conclut : –  Et c’est pour ça, Axelle, que tu vas devoir la jouer fine. Si tu es sur une affaire, alors je te demande, en tant qu’agent de mannequin ­détective, dit-­elle en souriant à l’intitulé de son métier, de ne pas en souffler un seul mot à quiconque et d’être la plus discrète possible jusqu’à ce que tu sois absolument sûre de ce que tu avances. Je n’ai pas besoin de te rappeler combien les gens de la mode ont un ego surdimensionné. Et une accusation, surtout si elle est fausse, ne sera pas prise à la légère, d’accord ? –  Oui, répondis-­je, et je le pensais. Le pire qui pourrait m’arriver, ce serait de mettre en danger ma carrière de détective à cause d’une accusation infondée. Dans ce monde de langues de vipères qu’est la mode, j’aurais vite fait de devenir aussi infréquentable que du polyester !

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LUNDI SOIR

Message de Miami

Je t’envoie quelqu’un. Tu peux lui faire confiance. Désolée, pas le temps de t’en dire plus, j’embarque. On se voit à Londres. Bise, Ellie.

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MARDI MATIN

L’appel de Londres

J ’étais chez moi, à Notting Hill, debout face à mon armoire,

en train de regarder mes chaussures. J’imagine très bien qu’en me voyant ainsi, les yeux perdus dans ma rangée de talons aiguilles, on aurait pu me croire en train de rêver à mon prochain défilé sur les podiums de la mode… Eh bien, on se mettrait le doigt dans l’œil. À cet instant précis, j’étais juste en train de me demander si viendrait enfin le jour où j’aurais une autre affaire à résoudre. Malgré ma mère qui avait déjà tout prévu pour faire de moi la nouvelle Karlie Kloss, la seule chose dont j’avais envie, c’était de résoudre des mystères, et ça ne datait pas d’hier. En fait, ça remontait même à mon enfance, lorsque ma grand-­ mère me biberonnait aux histoires de détectives : je connais‑ sais tout Alice Roy avant même de savoir lire, et en rentrant 12

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de l’école, je regardais les rediffusions de Miss Marple au lieu des dessins animés. Arrivée à l’âge de jouer au Cluedo, je crois qu’on peut dire que j’étais déjà obsédée par l’idée de devenir détective. En plus, comme ma grand-­mère aimait à le rappeler à mes parents, « Elle a ça dans le sang, que voulez-­ vous ». En général, cette phrase était accueillie par deux paires d’yeux levés au ciel d’exaspération, mais le fait est que Granny avait raison : mon grand-­père, son mari, avait été un détective de Scotland Yard1. Mon destin, selon Granny et moi, était déjà tout tracé. Alors malgré tout ce que ma voisine et BFF2, Jenny Watanabe, n’arrêtait pas de répéter (« Tu dévores plus souvent d’articles sur les techniques criminalis‑ tiques de Scotland Yard que tu ne feuillettes de Miss Vogue, Axelle. Tu te rends compte que ce n’est pas normal ? »), je ne voyais pas comment résister à suivre la voie qui, je le sentais, m’était déjà toute destinée ! Et puis, il y a quelques semaines, mes parents avaient astu‑ cieusement essayé de me détourner de mes activités de détec‑ tive en m’envoyant à Paris pour la Fashion Week. Mais les dieux des détectives ne m’avaient pas laissé tomber et, pour mon plus grand bonheur, le plus sombre et le plus juteux des mystères que Paris avait jamais vus me tombait tout cru dans le bec. Bon, d’accord, peut-­être pas complètement dans le

1.  Quartier général de la police de Londres, NdlT. 2. « Best Friend Forever », meilleure amie pour la vie, NdlT. 13

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bec, mais pas loin : ma tante Venetia, grande prêtresse des rédactrices en chef de mode, faisait partie des suspects dans l’affaire de la disparition de Belle Moon, la créatrice de mode. Enfin, comprenez-­moi, qu’est-­ce que vous vouliez que je fasse : laisser passer la chance de ma vie, quitte à ce que ma grand-­mère se retourne dans sa tombe ? Mais bien sûr… Autant demander à une fashionista si elle mettrait des chaus‑ settes dans ses Birkenstock. Alors j’ai simplement fait ce que j’avais à faire et j’ai retrouvé Belle Moon avant la police. Je ne m’en étais pas vantée car me servir de ma couverture de mannequin pour retrouver Belle m’avait appris que : A) une vraie enquête, c’était quand même dix mille fois mieux qu’un Cluedo, et que B) si j’avais envie de continuer à enquêter dans le monde de la mode, j’avais intérêt à me faire discrète sur mes inten‑ tions réelles. Ce plan d’attaque avait été payant puisqu’il m’avait aussi permis de remettre la main sur un voleur de diamant à New York pendant la semaine des défilés. Je n’aurais pas pu rêver mieux que les affaires de Paris et de New York pour me lancer dans la carrière de détective… Enfin, c’est ce que je pensais. Mais ce qui me rendait folle, c’est que depuis mon retour de New York, trois mois plus tôt, je n’avais pas vu passer la moindre affaire. Rien. Nada. En ce moment, j’avais l’impression d’être aussi demandée que les tendances de la saison dernière. 14

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Voilà ce que j’étais en train de me dire, les yeux rivés sur mes talons aiguilles, à me demander si un jour, mon chemin ­croiserait celui d’un mystère, lorsque ma mère frappa à ma porte et entra dans ma chambre, me prenant par surprise. –  Ah, tu es là ! dit-­elle gaiement. Je sentais ses yeux dans mon dos. –  Pressée de retrouver les podiums, hein, ma chérie ? –  En fait, maman, répondis-­je… Mais je fus interrompue avant d’avoir pu en dire plus. –  Je serais toi, je ne m’en ferais pas trop, Axelle. L’agence t’a bien occupée depuis la fin de ton GCSE3, et avec les défilés croisière qui commencent cette semaine, tu replongeras dans le bain en un clin d’œil. À propos de défilé, l’agence n’avait pas dit que tu avais un fitting pour les Moon, demain ? Et il n’y a pas quelque chose avec Jorge Cruz, cette semaine, aussi ? Argh ! Ma mère… Incapable de penser à autre chose qu’à ma carrière de mannequin. Mais elle n’avait pas tort : Thunder, mon agence de manne‑ quinat londonienne, m’avait bien occupée ces deux dernières semaines. À mon retour de New York, je m’étais d’abord concentrée sur mes études et sur le GCSE, et il me semblait que je ne m’en étais pas trop mal tirée. Et en attendant les résultats, je m’étais dit que je pouvais accepter quelques-­unes

3.  « General Certificate of Secondary Education. » Équivalent britannique du brevet, NdlT. 15

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des options que l’agence m’avait proposées, dans l’espoir qu’en remettant un pied dans ce monde, un bon gros mystère me tomberait dessus. Mais pour l’instant, cette stratégie n’avait pas vraiment fonctionné. Je soupirai et, alors que je m’apprêtais à me retourner vers ma mère, elle m’arrêta dans mon élan. –  Et ce n’est pas tout : apparemment, le monde de la mode est arrivé jusqu’à notre porte, s’exclama-­t‑elle. Il y a une blogueuse mode en bas qui demande à te voir. Elle s’appelle Tallulah Tempest et, si j’ai bien compris, je crois qu’elle aime‑ rait t’interviewer. Tu vois ? Quand je pense que tu as perdu tellement d’années à rêver d’être détective alors que ta carrière de mannequin est tout ce qu’il y a de plus réel et m’a tout l’air d’être partie pour durer. Je lui dis que tu arrives ? Je refermai la porte de l’armoire, me penchai pour attraper Halley (ma petite westie blanche) et déposai un baiser sur sa petite tête touffue tout en réfléchissant. A priori, je ne voyais qu’une seule explication au fait qu’une blogueuse mode se soit donné la peine de se déplacer jusque chez moi, et cette explication n’avait rien à voir avec la mode, ou en tout cas, pas directement. En effet, n’importe quelle personne cherchant des informations (blogueur, journaliste de magazine, intervieweur, souvent à la recherche d’informa‑ tions aussi cruciales que le menu du petit-­déjeuner de telle top-­modèle) passerait d’abord toujours par l’agence de la mannequin en question, à moins qu’ils ne soient déjà amis. 16

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Alors pour qu’une blogueuse mode soit venue directement chez moi… Le texto que j’avais reçu hier soir tard de la part d’Ellie, celui qu’elle avait envoyé depuis l’aéroport de Miami juste avant d’embarquer pour Londres, me revint en mémoire. Tallulah devait certainement être ce « quelqu’un » auquel elle faisait référence ! Je jetai un coup d’œil à ma montre ; il était encore trop tôt pour appeler Ellie, son avion n’atterrissait pas avant au moins une heure… –  Axelle ? Je lui dis que tu descends ? Soudain, le nom de Tallulah Tempest me dit quelque chose… Hum… Je sentis monter l’adrénaline : si mes hypo‑ thèses sur les raisons de sa venue étaient bonnes, alors il n’y avait pas une seconde à perdre. Je posai Halley par terre. –  Axelle ? –  Ne t’inquiète pas, maman, dis-­je en l’embrassant sur la joue et en passant devant elle. Je descends la voir tout de suite. Tallulah était debout dans notre salon et regardait le jardin par une des fenêtres. Tout en refermant la porte derrière moi, je jetai un rapide coup d’œil vers elle. Elle me plut tout de suite. Grande et aussi fine qu’un lévrier, les cheveux de jais rasés d’un côté de sa tête, elle portait une petite jupe noire serrée en cuir sous un grand pull aux motifs géométriques. Sa 17

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tenue était soulignée par un grand snood qui pendait à son cou, des collants noirs et des bottines à talons noires clou‑ tées. Celles-­ci ressemblaient beaucoup aux bottines que j’avais vues sur le podium de Valentino lors de la Fashion Week de Paris. Au bout de la chaîne en or qu’elle portait en bandoulière était suspendu un petit sac à main matelassé Chanel, d’un turquoise vif. Le style de Tallulah était en même temps féroce et exotique et dégageait cette fameuse touche londonienne : branchée, sans être trop travaillée, et mystérieusement cool. Et en plus de tout cela, il émanait de sa personne une certaine maîtrise d’elle-­même et une sorte de confiance sereine. En m’approchant d’elle, j’aperçus mon reflet dans le grand miroir du salon. Avec mes énormes lunettes de geek et mes cheveux mal coiffés, je perdais un sacré nombre de points sur l’échelle du style. D’un autre côté, ce qu’on demande à un détective, c’est de passer inaperçu, me dis-­je. Elle se tourna vers moi et, sans détacher de moi ses yeux bleus bordés de khôl noir, me tendit la main. Je la vis jeter un rapide regard par-­dessus mon épaule, en direction de la porte, pendant que nous nous serrions la main. Cela ne dura qu’une fraction de seconde, mais c’était suffisant pour me faire comprendre qu’elle préférait que ce qu’elle était sur le point de me confier reste entre nous. Sans dire un mot, je fis signe à Tallulah de me suivre. Nous sortîmes, Halley sur mes talons, et nous dirigeâmes 18

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vers le fond du jardin, un coin sauvage mais plutôt roman‑ tique. Là, je pris une clé cachée sous une pierre et ouvris la petite cabane de jardin qui faisait é­ galement office de salon de thé et qui aurait mérité que l’on s’en serve plus. Même s’il faisait plutôt frais en cette matinée de fin juin, il avait fait beau et chaud ces dernières semaines, et les roses et les pivoines qui avaient fleuri, embaumaient l’air frais du jardin de leur intense parfum. Les dernières gouttes de rosée matinale s’étaient évaporées, et au-­dessus de nous, les nuages filaient dans le ciel. Halley préféra faire un petit tour de reconnais­ sance dans le jardin plutôt que d’entrer avec Tallulah et moi dans la petite cabane. –  C’est Ellie qui m’a envoyée, me dit-­elle avant même que nous soyons assises. Elle m’a dit que tu pouvais m’aider… J’acquiesçai. Tallulah était donc bel et bien la mystérieuse personne dont Ellie m’avait parlé. Elle avait bien fait, d’ail‑ leurs, parce que cela facilitait les choses de savoir que je pouvais lui faire confiance. Nous allions pouvoir entrer rapi‑ dement dans le vif du sujet… S’il s’agissait bien là d’une nouvelle affaire. –  Elle dit que tu es… une sorte de future Sherlock Holmes… Je haussai les sourcils de surprise. –  C’est vrai, elle a dit ça ? demandai-­je. De la part de ma BFF de mannequinat, Ellie B (de son vrai nom hors podium : Élizabeth Billingsley), c’était effectivement 19

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un sacré compliment, d’autant plus que j’étais à peu près sûre de ne jamais l’entendre de sa bouche même ! –  Je… J’ai été surprise qu’elle m’envoie vers toi. Je savais que tu étais mannequin, mais je ne savais pas que tu… Je la regardai chercher ses mots pour essayer de décrire ce que je faisais. Pour l’aider, je lui dis : –  Que je pouvais aider à résoudre les… situations délicates ? Elle fit oui de la tête. –  Ce n’est pas vraiment le genre de chose que tu cries sur tous les toits, c’est ça ? –  Absolument. J’évite d’ébruiter ce petit loisir, je n’ai pas le choix. Je serais incapable d’obtenir la moitié des informa‑ tions dont j’ai besoin si tout le monde savait que j’étais détective. –  Bien sûr, répondit Tallulah. Et pour te rassurer, personne, à part Ellie, ne sait que je suis là… – Merci. –  Pas de problème. Tallulah prit une profonde inspiration avant de poursuivre. –  Je ne sais pas vraiment par où commencer… Je restai muette et attendis que Tallulah se lance sans aide de ma part. C’était une des techniques d’enquête de mon grand-­ père, et je savais par expérience que cela fonctionnait. Voilà la règle : si quelqu’un est nerveux et qu’il tente de livrer un secret, ne jamais, et ce, sous aucun prétexte, l’interrompre. Restez sagement assis et laissez cette personne dérouler le fil de son 20

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histoire à son propre rythme. Essayer de lui soutirer des infor‑ mations ne fera que la stresser encore plus. –  Mon frère, Gavin, est photographe de mode, ou plutôt, il travaille aussi dans la mode pour boucler ses fins de mois. Il est étudiant en photojournalisme… C’est là-­dedans qu’il a­ imerait travailler plus tard. Et comme il est très doué avec son appareil photo, le monde de la mode adore son travail, et surtout ses portraits. Bref… Tallulah remua nerveusement sur sa chaise pendant quelques instants, puis elle se ressaisit, leva les yeux vers moi et me dit : –  Gavin est à l’hôpital. Elle poussa un long soupir avant de continuer. –  Il a été retrouvé inconscient sur les bords de la Tamise près du pont de Westminster dimanche. La police nous a dit qu’il avait reçu un mauvais coup sur le crâne… Je fus choquée. –  Il s’en remettra ? demandai-­je. Tallulah hocha lentement la tête. – Les médecins semblent penser que oui. Mais en ce moment, c’est un peu délicat : il a été plongé dans un coma artificiel. –  Pour combien de temps ? –  S’il continue à réagir comme il le fait, alors ils le réveille‑ ront d’ici la fin de la semaine. Tallulah tourna la tête ; ses mâchoires et ses poings serrés disaient bien combien il était difficile pour elle de parler de 21

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cette situation. Il lui fallut quelques minutes avant qu’elle ne tourne à nouveau son visage vers moi. –  Alors, que lui est-­il arrivé, dimanche ? demandai-­je. –  Nous pensons que quelqu’un l’a agressé. Je réfléchis quelques instants. –  Est-­ce qu’on lui a pris quelque chose ? –  Son appareil photo. –  Rien d’autre ? Tallulah fit non de la tête. –  Est-­ce qu’il avait rendez-­vous avec quelqu’un ? Elle haussa les épaules. –  Je ne sais pas. Il m’a dit qu’il devait « vérifier quelque chose », selon ses propres mots, du côté de Westminster, mais il ne m’a pas dit quoi. Et il ne m’a rien dit sur un quel‑ conque rendez-­vous, mais j’avais l’étrange impression qu’il devait voir quelqu’un. Ce qui est bizarre, quand même, c’est qu’en général il ne me cache jamais rien. On est toujours au courant de ce que l’autre fait, normalement… Gavin et moi avons toujours été très proches, m’expliqua-­t‑elle en voyant mes yeux s’arrondir, et le fait que nous soyons arrivés en même temps à Londres nous a encore plus rapprochés, d’au‑ tant plus qu’on travaille tous les deux dans la mode. Et pour répondre à ta question, non, il n’avait rien noté dans son agenda concernant un éventuel rendez-­vous dimanche matin. Tallulah fit une pause puis, en plantant ses yeux dans les miens, me dit : 22

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–  La police est convaincue que ce n’était qu’un vol ordi‑ naire. –  À cause de l’appareil photo qui a disparu ? –  Oui. Et à cause des caméras de surveillance. Il n’y a rien de spécial sur les images qu’ils ont visionnées, juste un couple de personnes âgées, une dame aveugle et quelques coureurs. Ils disent aussi que les rives de la Tamise sont des nids à voleurs, à cause des touristes, même le dimanche matin. La police pense que Gavin a été agressé peu après 8 heures du matin, parce qu’à 8 heures, on le voit encore en bonne santé sur les bandes ­vidéos. Il a été retrouvé vers 8 h 15. Elle hésita quelques instants avant de continuer. –  Mais moi, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un vol ordinaire. Je crois que quelqu’un était à la recherche de quelque chose. Quelque chose que mon frère a en sa possession. –  Qu’est-­ce qui te fait dire ça ? –  Après être allée voir Gavin à l’hôpital, je suis revenue dans notre appartement de Camden ; quelqu’un était entré par effraction et l’avait fouillé de fond en comble pendant mon absence. Pour la première fois, je vis apparaître une légère fissure dans sa façade apparemment cool : elle s’était mise à gratter le vernis à ongles violet qui ornait le bout de ses doigts. –  Fouillé ? Genre, tout était sens dessus dessous, tous les tiroirs renversés, ce genre de fouille ? Tallulah hocha la tête. 23

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–  C’est la première fois que ça m’arrive, et je t’assure que j’espère que c’est la dernière. C’est horrible de rester dans cet appartement, mais je dois le faire, pour Gavin. J’avais donc vu juste quand j’avais tablé sur sa maîtrise d’elle-­même et sa confiance : je ne connaissais pas beaucoup de personnes capables de rester dans un appartement qui venait d’être mis à sac. Je l’écoutai continuer son histoire. –  J’ai tenté de ranger ce que je pouvais dans l’appartement, mais je ne voulais pas le dire aux parents, tu comprends… Ils sont déjà bien assez inquiets comme ça ! Mais j’ai quand même appelé la police. –  Et ? –  Eh bien, comme rien n’a été volé, ils ne pensent pas pouvoir faire grand-­chose. Ils ont rédigé un rapport, et c’est tout. –  Est-­ce que ça pourrait être un vol qui aurait mal tourné ? Peut-­être que la personne qui est entrée chez vous par effrac‑ tion a été dérangée avant d’avoir pu prendre quoi que ce soit ? Peut-­être que le chien d’un voisin s’est mis à aboyer, ou que quelqu’un est passé dans les escaliers ? Tallulah acquiesça. – Oui, mais notre voisin du dessus était parti pour le week-­end, et le magasin juste en dessous de nous, une librairie de livres d’occasion, est fermé le dimanche. Alors je ne pense pas que l’intrus se soit fait surprendre. –  Hum… Et donc, il a vraiment fouillé tout l’appartement ? Elle hocha la tête. 24

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–  Il a procédé de façon très méthodique : il a ouvert tous les livres, il a même éventré nos matelas, mais proprement, le long des coutures, du coup je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. –  Et il n’a rien pris ? –  Pas un seul coton-­tige. –  Et tu penses que l’agression et l’intrusion sont liées ? Tallulah hocha lentement la tête. –  Oui, je crois… En tout cas, c’est mon sentiment, même si la police n’est pas du même avis. Et comme je te le disais, c’est pour ça que je suis venue te voir. Je veux éclaircir cette affaire, avec ou sans la police. Je restai silencieuse pendant quelques instants avant de demander : –  Alors selon toi, qu’est-­ce qu’il cherchait ? Pourquoi ton frère a-­t‑il été attaqué ? Elle ouvrit son petit sac à main Chanel turquoise et en sortit précautionneusement quelque chose. –  Pour ça, dit-­elle en posant un petit objet dans ma main. C’était une clé USB. –  Mais comment se fait-­il que ce soit toi qui l’aies ? lui demandai-­je en branchant la clé USB sur mon ordinateur portable. J’avais fait un saut dans ma chambre pour prendre mon ordinateur portable. Revenue dans la cabane de jardin, 25

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j’étais assise devant la petite table ronde, Tallulah debout derrière moi. –  Gavin me l’a donnée dimanche matin, avant de quitter l’appartement. Il m’a dit : « Tiens, garde ça précieusement quelque part ; ne t’en sépare pas, elle est précieuse. » J’ai essayé d’en savoir plus, mais il était pressé de partir. Maintenant que j’y repense, peut-­être qu’il essayait juste de fuir mes questions. Quoi qu’il en soit, il m’a répété qu’il devait vérifier quelque chose près de Westminster, et qu’il me verrait plus tard. Je n’avais pas vraiment fait attention à la clé USB, sur le moment, parce que je pensais qu’il reviendrait rapidement et qu’il pour‑ rait tout m’expliquer. En plus, Gavin a des tonnes de clés USB qu’il utilise tous les jours. Alors je l’ai glissée dans ce sac à main, dit-­elle en soulevant son sac Chanel, et depuis, elle ne m’a pas quittée. –  Avait-­il l’air nerveux ou effrayé par ce qu’il était sur le point de faire ou par la personne qu’il était sur le point de rencontrer ? –  Non. Mais une fois de plus, Gavin n’est pas le genre de personne à stresser. Mais… –  Mais ? la relançai-­je après quelques instants de silence. –  Il était excité. Enfin, il fallait bien le connaître pour le remarquer, mais j’ai vu qu’il était excité par ce qu’il allait faire. Et puis, comme je te le disais, il était assez évasif. N ­ ormalement, il me raconte tout. Je me souviens avoir pensé qu’il savait qu’il allait faire quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire. Quelle est 26

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cette expression, déjà… « Comme un chat devant un pot de crème » ? –  Hum, je vois…, acquiesçai-­je. –  Eh bien voilà, c’était exactement Gavin, dimanche matin. –  Tu disais que l’agression a dû avoir lieu aux alentours ou juste après 8 heures, c’est ça ? Tallulah hocha la tête. –  Ton frère avait l’habitude de sortir aussi tôt, un dimanche matin ? Il a dû partir de chez vous vers 7 heures ? Elle haussa les épaules. –  Ce n’est pas particulièrement rare. En fait, il est même parti à 6 h 45. Comme tous les photographes, Gavin adore la luminosité du petit matin. Oui, c’était tôt, mais pas inhabituel pour lui, en tout cas pas s’il était sur le point de photographier ou d’enquêter sur quelque chose. Je hochai la tête et notai l’heure. –  Et pendant la mise à sac de votre appartement, l’ordina‑ teur de Gavin n’a pas été emporté ? Il avait sûrement dû télé‑ charger le contenu de la clé sur son ordinateur, non ? Tallulah opina. –  Oui, c’est ce qu’il a fait. C’est la première chose que j’ai vérifiée en récupérant son ordinateur. Mais tu vois, au moment de l’effraction, son ordinateur n’était pas chez nous. Il l’avait déposé la veille chez un de ses amis, par sécurité. Tallulah et moi restâmes silencieuses pendant que je repas‑ sais tous ces faits dans ma tête. 27

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–  As-­tu autre chose à me dire ? À propos de dimanche, je veux dire, finis-­je par demander. Je vis Tallulah hésiter l’espace d’un instant, comme pour décider si oui ou non elle allait me dire ce qu’elle avait en tête. –  Même une toute petite chose ? –  J’ai effectivement remarqué quelque chose d’un peu bizarre… Mais plusieurs heures plus tard, à l’hôpital… J’attendis. –  Peut-­être que ça n’a aucun rapport avec le reste, je n’en sais rien, je veux dire, même les policiers ne l’ont pas remarqué, alors… –  Dis-­le moi quand même, répondis-­je. Les détails, même les plus insignifiants, en disent parfois beaucoup. Elle fit une pause puis me dit : –  J’ai pris les vêtements de mon frère à l’hôpital, pour les rapporter chez nous. –  Et ? –  Et ses chaussures, ses chaussettes, et le bas de son jean étaient humides. Pas complètement trempés, ils avaient eu le temps de sécher. Mais ce que je veux dire, c’est qu’il ne pleu‑ vait pas, dimanche matin. Sa veste, par exemple, était tout à fait sèche. Alors pourquoi son jean et ses chaussures étaient-­ils si humides ? Bonne question, me dis-­je, à laquelle je n’avais pour l’instant aucun début de réponse. Dans mes notes, j’ajoutai le sigle AEPT : À Étudier Plus Tard. 28

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Le Secret de Johnny Vane

Le transfert du contenu de la clé USB sur mon ordinateur était enfin fini. Je cliquai sur le premier (et unique) dossier de la clé, que Gavin avait nommé « Gros plan », et commençai à faire défiler les premières images tandis que Tallulah appro‑ chait une chaise de moi. –  Je ne comprends pas, dis-­je, je n’ai pas l’impression qu’il y ait quoi que ce soit de suspect, ou même simplement de bizarre, dans ces images… En fait, ce sont même de très belles photos, Gavin est doué ! Le sujet de ces photographies était Johnny Vane. Il s’agis‑ sait de l’un des quelques Britanniques qui, avec Vivienne Westwood, Alexander McQueen et Christopher Kane, avaient débuté très modestement à Londres et avaient réussi, uniquement grâce à leur talent créatif, à créer des marques à la forte personnalité et très identifiables, hissant à nouveau Londres au rang des capitales mondiales de la mode. Johnny apparaissait donc sur toutes les photos, dans ce qui donnait l’impression d’être un reportage genre « Une journée dans la vie de… », et apparemment, Gavin avait pris ces photos juste avant le dernier défilé Vane, il y a quelques mois. Sur de nombreuses photos, on voyait Johnny dans ce que j’imaginais être l’atelier de création de la maison Vane, occupé à dessiner, travailler des tissus, etc. Il y avait aussi des photos de Johnny et de son équipe en train de faire des fittings avec différents manne‑ quins, et même quelques photos d’intérieur de son appartement stylé et minimaliste (enfin, j’imaginais que c’était le sien). 29

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Cette clé USB contenait également un grand nombre d’élé‑ gants portraits de Johnny, et à chaque fois, il portait ce qui semblait être son look attitré : cheveux en épis, petite barbe de trois jours poivre et sel parfaitement entretenue, veste de motard en cuir noir (les versions prêt-­à-­porter de la fameuse veste de motard Vane se multipliaient dans la cour de mon lycée), jean slim noir, bottes de motard, mitaines noires clou‑ tées (apparemment, il les portait tout le temps, même sur les photos des fittings), et tout un assortiment de bagues en argent. La lumière était superbe, et même les photos prises sur le vif témoignaient d’un sens aigu de la composition. Gavin savait clairement ce qu’il faisait. Cependant, de toutes les photos qui se trouvaient sur la clé USB, c’était la dernière qui attira le plus mon attention, juste‑ ment parce qu’elle n’était ni belle ni travaillée. En fait, on aurait même dit une photo de photo, d’une vieille photo, précisément. En plus, elle avait l’air d’avoir été prise sans manière : le vieux cliché était posé sur une enveloppe marron, et ni la luminosité ni le cadrage ne semblait avoir été soigné. Là aussi, cette photo avait dû être prise sur le vif. Le vieux cliché, quant à lui, était plein de charme. On y voyait deux petits garçons, dans les cinq ou six ans, qui avaient l’air d’être jumeaux. Ils étaient debout, dans l’eau jusqu’aux genoux, souriants et joyeux, et l’un des garçons avait pris l’autre dans ses bras comme pour lui faire un gros câlin. 30

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Si ça se trouve, me dis-­je en regardant attentivement ce cliché, l’un de ces garçons est Johnny, quand il était petit. Il apparaissait sur toutes les autres photos de la clé USB, alors je ne voyais pas pourquoi celle-­ci ferait exception… Mais il faudrait que je trouve un moyen d’en être sûre. –  Ces photos, c’était pour quoi ? demandai-­je à Tallulah. Pourquoi Gavin les a-­t‑il prises ? –  Elles devaient illustrer une interview de Johnny Vane, pour un magazine de mode, le Harper’s je crois, qui a fait appel à mon frère. Il me semble avoir entendu Gavin dire que l’ar‑ ticle devait paraître le mois prochain, pour fêter les vingt ans de la marque de Johnny. Au fait, ça, ce sont les photos déjà retouchées que Gavin a envoyées à Harper’s, sauf la photo du cliché. Je le sais parce que j’ai regardé ses mails après être allée récupérer son ordinateur chez son ami. Quoi qu’il en soit, photographier Johnny Vane pour Harper’s, c’était une vraie chance pour Gavin, parce que c’est exactement ce genre de reportage qu’il aimerait faire plus souvent. Il était hypercontent quand son agent l’a appelé pour lui en parler… Même si je suppose que maintenant, il doit regretter d’avoir accepté ce contrat… Je haussai les épaules. –  Peut-­être que l’agression dont il a été victime n’a rien à voir avec ces images. Nous n’en savons rien pour l’instant. Et puis, Gavin était peut-­être sur la piste de quelque chose d’im‑ portant ; si nous découvrons ce que c’est, peut-­être qu’une 31

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fois rétabli, il trouvera que tout cela en valait quand même la peine. Je m’arrêtai quelques instants, pour continuer à réfléchir. –  D’ailleurs, en parlant de ça, tu disais que les médecins espéraient pouvoir le réveiller à la fin de la semaine, c’est bien ça ? Tallulah fit oui de la tête. Elle aussi s’était tue, et son visage était crispé par la douleur et la peur. –  Comme je te le disais tout à l’heure, rien n’est encore sûr, mais oui, ils ont prévu de le réveiller vendredi soir, si tout va bien. Pourquoi ? –  Pour rien, c’était juste pour savoir… Je fis à nouveau défiler les photos, Tallulah à côté de moi. Mais hormis cette dernière image un peu bizarre, je ne voyais rien d’extraordinaire. Lorsque je m’en ouvris à Tallulah, elle répondit : –  Oui, et c’est bien là qu’est le problème, non ? Personne, en regardant ces images, ne pourrait croire qu’il y a quelque chose d’étrange ou de sinistre là-­dedans, mais jamais mon frère ne m’aurait dit « Ne t’en sépare pas » s’il n’avait pas une bonne raison de le dire. Et il n’aurait jamais déposé son ordinateur chez un de ses amis s’il ne pensait pas que quelqu’un aurait voulu le lui voler. Je ne l’avais jamais vu faire ça, même pas après son premier shooting pour le Vogue Italie, quand il avait tellement eu peur de perdre ses photos qu’il les avait copiées sur dix clés USB, juste au cas où. 32

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Tallulah était agitée, et ses joues avaient perdu leur pâleur. Je la vis soudain se lever ; un air de frustration passa sur son visage, et ses yeux se plissèrent de colère tandis qu’elle croisait et décroisait nerveusement ses bras. –  Je suis sûre que les photos de cette clé USB, que la fouille de notre appartement et que ce qui est arrivé à mon frère sont liés. J’en suis certaine ! Je veux trouver la personne qui a fait ça ! Je veux trouver celui qui a fait du mal à mon frère ! Elle s’arrêta, respira profondément puis se mit à jouer fébri‑ lement avec ses doigts. Je me retournai vers mon ordinateur et fis rapidement défiler les images. –  Saurais-­tu pourquoi ton frère a appelé ce dossier « Gros plan » ? Je n’ai vu aucun gros plan sur cette clé. –  Je n’y avais pas pensé, mais c’est typique de Gavin, dit Tallulah en se penchant par-­dessus mon épaule pour regarder l’écran. Il donne souvent des noms un peu codés à ses dossiers. Ces noms ont toujours un rapport avec le contenu du dossier, mais la plupart du temps, il n’y a que pour lui que le lien est évident. Je me souviens, un jour, d’avoir regardé quelques photos qu’il était en train de retoucher. Elles étaient toutes dans un dossier intitulé « Elle », alors je me suis dit que ce devait être des photos qu’il avait prises pour le magazine Elle. Mais non, pas du tout, c’étaient des photos pour un article inspiré par l’actrice Elle Fanning, pour un magazine japonais. 33

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Quelques instants plus tard, j’entendis à nouveau Tallulah bouger derrière moi. J’avais l’impression qu’elle était en train de chercher quelque chose dans son sac. Lorsque je me retournai, elle était en train d’en sortir un téléphone, qu’elle me tendit. –  C’est celui de Gavin, m’expliqua-­t‑elle. Étonnamment, son agresseur ne l’a pas emporté. Gavin l’avait mis dans une poche intérieure de sa veste qui était fermée, alors j’imagine que son agresseur ne l’a pas remarqué. Enfin bon, je me disais qu’il pourrait peut-­être t’être utile. J’ai jeté un coup d’œil dedans, je n’ai rien vu de suspect, mais tu sauras peut-­être mieux que moi quoi chercher. Je pris le téléphone et demandai à Tallulah son code. –  Ah, oui ! Sa bouche esquissa la première tentative de sourire depuis que nous nous étions serré la main. – Ça peut servir… Je l’ai écrit quelque part… Deux minutes ! Elle fouilla à nouveau dans son petit sac à main. –  Oh, je ne l’ai pas sur moi, mais je le chercherai dès que je serai rentrée et je te l’enverrai. Heureusement que je sais où il garde ses mots de passe. –  Parfait, dis-­je. –  Du coup, Axelle, dit-­elle en me regardant, tu veux bien t’occuper de cette affaire ? Je fis lentement oui de la tête. 34

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–  Oui. Oui, je vais m’en occuper, mais… Il ne nous reste pas beaucoup de temps. Tallulah haussa les sourcils. –  Tu te souviens que je t’ai demandé quand les médecins avaient prévu de réveiller ton frère ? Elle fit oui de la tête. –  Eh bien, j’imagine que la personne qui l’a envoyé à l’hô‑ pital n’a pas abandonné l’idée de mettre la main sur cette clé. Sauf si elle a trouvé ce qu’elle cherchait sur la carte mémoire de l’appareil photo de Gavin ? Tallulah secoua la tête. –  Il change de carte mémoire pour chaque nouveau boulot. Je l’ai vu en mettre une nouvelle, dimanche matin. La personne qui a son appareil photo ne devrait pas avoir trouvé grand-­ chose, voire rien du tout. –  Et elle n’a rien trouvé non plus dans votre appartement… Alors j’imagine que la seule chance qu’il lui reste maintenant, c’est de menacer Gavin à la première occasion pour qu’il lui donne la clé… –  Je n’avais pas pensé à ça. La voix de Tallulah parut s’étrangler, et elle recommen­ça à jouer avec ses doigts. Je la regardai quelques instants avant de lui dire : –  Il y a aussi un autre scénario à prendre en compte… –  Oui ? –  Gavin a certainement dû voir son agresseur, non ? 35

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Tallulah opina de la tête. –  Ce qui fait que maintenant, son agresseur n’est peut-­être plus seulement à la recherche de la clé… Tallulah ne répondit rien, mais elle arrêta de jouer avec ses doigts et me regarda. –  Il voudra peut-­être aussi empêcher Gavin de l’identifier… –  Mais comment ? –  En le faisant taire pour de bon.

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Composition et mise en pages : Facompo, Lisieux Achevé d’imprimer en Italie par L.E.G.O. S.p.A. en septembre 2016 Numéro d’édition : 16294 Dépôt légal : octobre 2016

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Carina Axelsson

Carina Axelsson

Le secret de Johnny Vane Trois mois ont passé depuis l’affaire de New-York... et Axelle s’ennuie ferme ! Alors quand un photographe de mode prometteur se fait agresser sur les rives de la Tamise, comment résister à cette nouvelle affaire ? Avec une mystérieuse photo pour seul indice, notre mannequin-détective préféré tente de faire la lumière sur le passé tourmenté du créateur de mode Johnny Vane. Mais entre défilés, castings et paparazzi, difficile de mener l’enquête.

Pour en savoir plus sur Carina, rendez-vous sur : www.carinaaxelsson.com, sur Instagram : @carinaaxelssonwriter, sur Pinterest : www.pinterest.com/carinaaxelsson et sur Facebook.

Le secret de Johnny Vane

Carina Axelsson est un ancien mannequin. Au cours de sa carrière, elle a posé pour des campagnes publicitaires et des magazines de mode aux quatre coins du monde. Elle a notamment été photographiée pour Vogue et Elle. Carina habite en Allemagne, avec son compagnon et ses quatre chiens. Elle se consacre pleinement à l’écriture et à l’illustration.

Illustration d’Olivier Silven

Le beau Sébastien ne sera pas de trop pour aider Axelle à contrer les sombres desseins de l’agresseur, et pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard...

Le secret de Johnny Vane

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Fleurus

15,90 € TTC France www.fleuruseditions.com

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Fleurus 31/08/2016 15:59


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