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FDLM 444 janvier - février 2023

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REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS

// LANGUE // N°444 janvier-février 2023

5 fiches pédagogiques avec ce numéro

Ismaïl Sy, comédien malien engagé Shumona Sinha : « Le français m’a permis de concevoir ma vie, de renaître »

// MÉTIER //

Vasiliqi Kume, prof d’Albanie : « L’apprentissage d’une langue est un long voyage » Kenya : Enseigner le français en milieu militaire

// ÉPOQUE //

Leïla Bouherrafa, une langue d’écriture Annie Ernaux, Prix Nobel // DOSSIER //

INTÉGRER LE NUMÉRIQUE : FIPF

VERS L’APPRENTISSAGE AUGMENTÉ // MÉMO //

Maud Lübeck, chansons douces

Elisa Shua Dusapin, écrivaine suisse sans frontières


numéro 444

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RÉGION

LE CAP-VERT : JOYEUSES TROPIQUES ÉPOQUE

Que vous soyez abonné(e) à la version numérique ou papier + numérique

08. Portrait

Leïla Bouherrafa, une langue d’écriture

10. Tendance

La lettre d’amour n’a pas dit son dernier mot

Créez en quatre clics votre espace en ligne sur www.fdlm.org pour accéder aux suppléments pédagogiques

11. Sport

Escalade de bloc, la discipline qui grimpe, qui grimpe

12. Région Pour profiter de fiches pédagogiques, des documents sonores et de leur transcription ainsi que des suppléments en ligne, ne perdez pas une minute pour créer votre Espace abonné sur le site du Français dans le monde. Suppléments en ligne et PDF des numéros n L’espace « Suppléments en ligne » offre des prolongements aux articles parus dans la revue : l’accès aux clips des artistes présentés dans la rubrique « À écouter » et aux bandes-annonces des films de la rubrique « À voir », des informations complémentaires aux articles parus dans la revue, des prolongements pédagogiques au dossier… Téléchargez le PDF complet des numéros de la revue depuis 2016.

Le Cap-Vert : joyeuses tropiques

Fiches pédagogiques n Les fiches pédagogiques en téléchargement : des démarches d’exploitation d’articles parus dans Le français dans le monde. n Cliquez sur le picto « fiche pédagogique » sur les pages lors de la lecture pour télécharger la fiche d’exploitation de l’article en question. n Rendez-vous directement sur les pages « À écouter » et « À voir » : cliquez sur le nom des artistes ou des œuvres pour visionner les vidéos ou les bandes annonces des films. n Cliquez sur les liens ci-dessous pour télécharger les reportages audio et leur transcription.

14. Idées

Daniel Cohen : « La révolution numérique est en train de formater la psyché humaine »

16. Neuvième art

La bande dessinée entre au Collège de France

17. Prix

Annie Ernaux, le temps du Nobel

LANGUE

18. Entretien

Shumona Sinha : « Le français m’a permis de concevoir ma vie, de renaître »

20. Étonnants francophones

Ismaïl Sy : « Je veux faire passer des messages en divertissant »

21. Mot à mot

Dites-moi professeur

Rendez-vous sur www.fdlm.org !

22. Politique linguistique

Chypre : deux territoires et plusieurs cartes

24. Colloques et congrès Hammamet, Rome, Cuenca

DANS VOTRE ESPACE ABONNÉ SUR FDLM.ORG LES REPORTAGES AUDIO RFI

- Région : Le Cap-Vert - Mnémo : L’incroyable histoire des syllabes

- Dossier : Tunisie : Le numérique pour rendre l'apprentissage du français plus attrayant - Tendance : Un salon de coiffure qui parcourt le bitume en milieu rural en bu - Tendance : La terre pour sauver la Terre - Expression : Parapluie

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MÉTIER

28. Réseaux

Cynthia Eid : « Un congrès sans frontières »

30. Vie de prof Couverture © Shuuterstock

DES FICHES PÉDAGOGIQUES POUR EXPLOITER LES ARTICLES

Vasiliqi Kume : « L’apprentissage d’une langue est un long voyage »

32. FLE en France

Le français, une chance pour l’emploi dans le monde Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


Le français dans le monde sur Internet : http://www.fdlm.org 34. Focus

Janine Courtillon. Éloge de la polyvalence

36. Expérience

Du vécu des apprenants aux nouvelles situations d’apprentissage

38. Innovation

Une rentrée magique grâce aux Fées du FLE

40. Savoir-faire

Marmites francophones, le FLE à la bonne franquette

42. Astuces de classe

48. Ressources 50. Ressources/ Didactique

66. À écouter 68. À lire 72. À voir

Ne pas rater le coche

INTERLUDE 06. Graphe Année

Comment abordez-vous la gastronomie en classe ?

26. Poésie

44. Français professionnel

52. En scène !

46. Tribune didactique

64. BD

Enseigner le français en milieu militaire

édito

MÉMO

Blaise Cendrars, « Construction » Le plus beau jour de ma vie Les Nœils : Une belle personne

DOSSIER

INTÉGRER LE NUMÉRIQUE : VERS L’APPRENTISSAGE AUGMENTÉ

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Nicolas Guichon. Connecter numérique, pratiques sociales et apprentissage................................................. 56 Henri Portine. Les divers visages de l’ingénierie linguistique en didactique des langues.............................................................. 58 Jean-Claude Beacco. Que faire de la traduction automatique dans l’enseignement du français .................................................... 60 Jacques Pécheur. Environnement numérique : un nouveau rapport au savoir et à l’apprentissage ............................ 62

OUTILS

75. Fiche pédagogique RFI Apprendre le français avec le numérique

77. Fiche pédagogique Poésie en couleurs

79. Fiche pédagogique « Couleur de peau : miel »

81. Mnémo

L’incroyable histoire des syllabes

82. Jeux

Amours impossibles

C

’est Vasiliki Kume, jeune Albanaise de 25 ans qui nous le dit, « l’apprentissage d’une langue est un long voyage ». Un voyage que chacun dessine sa guise et en autant d’étapes que ce numéro propose d’entrées pour l’ entreprendre. Janine Courtillon – linguiste, didacticienne, méthodologue à qui ce numéro rend hommage et qui s’y connaissait en matière de voyage – avait intitulé la méthode qui allait considérablement renouveler l’approche des apprentissages : Archipel. Belle métaphore qui fixe à jamais le design des apprentissages. Avec le souci constant de rendre toujours plus proches vécu des apprenants et situations d’apprentissage. Et un nouveau défi : celui du rapport au savoir et à l’apprentissage qu’induisent aujourd’hui les environnements numériques. Défi de construire des passerelles entre l’école et les pratiques sociales, communicationnelles et artistiques. Défi pour l’enseignant qui demain maîtrisera sa propre ingénierie linguistique, sélectionnera ses outils numériques et rédigera les applications nécessaires pour les adapter ou les compléter. Partant du constat que les technologies de l’information et de la communication constituent une aubaine pour l’apprentissage, ce numéro invite à regarder de près certaines d’entre elles qui, comme la traduction automatique, pourraient toutefois remettre en cause l’enseignement. Le moment est venu pour la communauté FLE de déployer toute sa créativité méthodologique pour ne pas… rater le coche. n

Le français dans le monde, revue de la Fédération internationale des professeurs de français - www.fipf.org, éditée par CLE International – 92, avenue de France – 75013 Paris – Tél. : +33 (0) 1 72 36 30 67 Fax : +33 (0) 1 45 87 43 18 • Service abonnements : COM&COM : TBS GROUP - 235, avenue le Jour se Lève 92100 Boulogne-Billancourt - tél. : +33 (1) 40 94 22 22 Directeur de la publication Cynthia Eid (FIPF) • Conseiller de la rédaction Jacques Pécheur • Rédacteur en chef NN • Secrétaire général de la rédaction Clément Balta cbalta@sejer.fr • Relations commerciales Sophie Ferrand sferrand@sejer.fr • Conception graphique - réalisation miz’enpage - www.mizenpage.com (pour les fiches : Sophie Ferrand) Commission paritaire : 0422T81661. 60e année. Imprimé par Estimprim • Comité de rédaction Michel Boiron, Célestine Bianchetti, Franck Desroches, Juliette Salabert, Isabelle Gruca, Chantal Parpette, Gérard Ribot. Conseil d’orientation sous la présidence d’honneur de Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie : Cynthia Eid (FIPF), Paul de Sinety (DGLFLF), Franck Desroches (Alliance française), Nivine Khaled (OIF), Marie Buscail (MEAE), Diego Fonseca (Secrétaire général de la FIPF), Évelyne Pâquier (TV5Monde), Nadine Prost (MEN), Doina Spita (FIPF), Lidwien Van Dixhoorn (RFI), Jean-Luc Wollensack (CLE International).

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

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ÉPOQUE | NEUVIÈME ART Pour la première fois, un scénariste – en l’occurrence Benoît Peeters – explique la singularité de la BD au sein de cette prestigieuse institution. Une reconnaissance pour le neuvième art.

LA BANDE DESSINÉE ENTRE AU COLLÈGE DE FRANCE

P

aul Valéry, Pierre Bourdieu, Claude Lévi-Strauss… Nombre de figures majeures de la création et de la pensée sont passées par le Collège de France, à Paris. Benoît Peeters est invité pour l’année universitaire 2022-2023 à animer la chaire Création artistique du vénérable établissement situé tout à côté de La Sorbonne. Il confie : « Cela a été une surprise et une grande émotion. Notamment parce que j’ai commencé mon travail universitaire autour de l’album de Tintin Les bijoux de la Castafiore auprès de Roland Barthes, qui était alors professeur au Collège de France. J’ai également ressenti un petit sentiment d’illégitimité. » Le spécialiste et auteur de bande dessinée y défendra un art qui n’est ni une forme amoindrie de littérature ni un art graphique mineur. Le Collège de France a été créé en 1530 par François Ier, un peu comme une alternative à l’académisme de sa voisine La Sorbonne. L’établissement propose un enseignement

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libre d’accès et gratuit, sans aucun diplôme. Benoît Peeters a intitulé sa leçon inaugurale, le 27 octobre, « Un art neuf ». Allusion à la jeunesse de cet art considéré comme le neuvième dans les pays francophones. Il situe l’invention de la BD au début du xixe siècle, en Suisse, et non aux États-Unis. Encouragé par Goethe, Rodolphe Töpffer dessinait et écrivait de petites séquences narratives illustrées. Gustave Doré, Caran d’Ache, Benjamin Rabier vont perpétuer cette nouvelle forme artistique. Benoît Peeters contera cette histoire méconnue et proposera après chaque séance un séminaire d’une heure consacré à quelques albums incontournables signés Edgar P. Jacobs, Osamu Tezuka ou Claire Bretécher. « Chaque cours peut être suivi indépendamment des autres, sans connaissances particulières, il n’y pas d’ordre, comme il n’y en avait pas dans Les Cités obscures. J’espère susciter des lectures ou relectures et donner des clefs aux enseignants, qui ne sont pas forcément les mêmes que celles de

l’analyse littéraire ou picturale. » Des cours qui restent consultables sur le site internet du Collège de France.

Une consécration

Fils de diplomate, Benoît Peeters a rencontré François Schuiten au collège. Le premier écrira les scénarios et le second dessinera la série à succès de science-fiction des Cités obscures (13 albums). Fan de Tintin, il rencontre à plusieurs reprises son créateur, le Belge Hergé, dont il écrira la biographie. Il a étudié son œuvre dans ses moindres détails, tentant de comprendre pourquoi on peut lire Tintin à tout âge. Mais peut-être pas tous les albums… « Tintin au Congo, écrit dans la Belgique colonialiste ne peut pas être lu par un enfant d’aujourd’hui. Hergé a commis quelques errements de jeunesse. Cependant, Le Lotus Bleu a dépassé les préjugés, Objectif Lune était visionnaire, 19 ans avant le premier homme sur la Lune. Tintin est un personnage assez neutre, ni enfant ni adulte, auquel chacun peut

s’identifier. » Passionné par le cinéma et le nouveau roman, Benoît Peeters a aussi écrit les biographies des écrivains Paul Valéry ou Alain Robbe-Grillet. Ce grand militant pour la reconnaissance de la bande dessinée, voit le Collège de France comme une consécration parmi d’autres. Catherine Meurisse, autrice de Mes hommes de lettres, a fait son entrée à l’Académie des beaux-arts, Riad Sattouf triomphe avec son Arabe du futur dont paraît le sixième et dernier tome, Aya de Yopougon est de retour… « La BD peut être créée avec peu de moyens, contrairement au cinéma, c’est pourquoi elle se développe dans de nombreux pays. Elle ne nécessite pas la maîtrise du dessin académique mais plutôt l’amour du récit. Et elle s’affranchit de la fiction pour aller vers l’autobiographie, le documentaire, l’essai ou le reportage. La bande dessinée s’ouvre à de nouveaux genres, à de nouveaux types de récits et donc à de nouveaux publics. » Dont celui, inédit, du Collège de France. n

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

© Patrick Imbert

PAR NICOLAS DAMBRE


ÉPOQUE |PRIX Une œuvre rare. Une vingtaine de livres depuis 1974. Prix Renaudot en 1984, Annie Ernaux a reçu en 2022 la plus haute récompense littéraire mondiale. Elle a su s’imposer par son exigence, ce regard unique doté d’un scalpel, sa manière d’écrire la violence sociale, sa volonté de dire l’indicible. PAR JACQUES PÉCHEUR

ANNIE

C

’est l’Académie suédoise qui l’écrit, qui a voulu saluer à travers l’attribution de ce prix Nobel à Annie Ernaux, « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ». En tout cas, elle est la première autrice française à se voir attribuer la prestigieuse récompense. Une récompense, source sans doute d’une émotion profonde chez tous ses lecteurs et lectrices qui depuis, Les Armoires vides (1974), ont noué un lien si particulier, si émotionnel et parfois fusionnel avec le caractère intime de cette œuvre qui a placé la prise de conscience de la déchirure sociale en son cœur. Pas de complicité littéraire chez Annie Ernaux, ses livres sont en effet traversés par une revendication sociale importante, y compris dans l’écriture. « Parce que l’écriture elle-même dans sa brutalité, dans sa violence peut être considérée comme une agression contre la représentation que les gens ont du champ littéraire », dit-elle. Dessaisissement du monde dont elle est issue, vide

culturel du milieu familial (Les Armoires vides, La Place, Une femme), violence de la sexualité (Ce qu’ils disent ou rien), désillusions du couple (La Femme gelée), malheur social (L’Événement), aliénation de la passion (Passion simple), son matériau : le croisement de l’expérience historique et de l’expérience individuelle.

« Les Années », son chef-d’œuvre

Et pour cela, pas besoin de fiction. Annie Ernaux dit « je ». Mais pas le « je » de l’autofiction auquel certains ont voulu l’identifier, un « je » qu’elle qualifie de « transpersonnel ». « J’essaie de dire ce qui n’a pas été dit et ce que je ne me suis pas dit. Je sais que c’est là, que c’est-à-dire. » Dans le volume de la collection Quarto (Gallimard), Écrire la vie, qui réunit la plupart de ses œuvres, elle nous livre son art d’écrire : « Écrire la vie avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’expérience des autres, la maladie,

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

© Adobe Stock

ERNAUX LE TEMPS DU NOBEL le deuil. Je n’ai pas cherché à m’écrire, à faire œuvre de ma vie, je me suis servie d’elle, des événements généralement ordinaires qui l’ont traversée, des situations et des sentiments qu’il m’a été donné de connaître, comme d’une matière à explorer. » Incorporer stricto sensu le monde, c’est l’entreprise singulière, l’expérience commencée avec Journal du LES DATES

1940 : naissance à Lillebonne (Normandie) 1974 : Les Armoires vides (premier roman) 1984 : La Place, prix Renaudot 1988 : Une femme 1991 : Passion simple(adapté au cinéma) 1997 : La Honte 1999 : L’événement (adapté au cinéma) 2008 : Les Années 2022 : Prix Nobel de littérature

dehors (1993) et La Vie extérieure (1993-1999), et qui culmine avec Les Années (2008). Les deux premiers titres sont comme des terrains d’expérimentation : « À travers ces récits du quotidien, j’ai mesuré à quel point le monde me pénètre, comment je cherche mon histoire dans les autres, comment ils s’imposent à moi. Ce qu’il y a de fusionnel dans ma démarche. » Avec Les Années, Annie Ernaux parvient à exprimer une solidarité fusionnelle du « elle », du « on » et du « nous », de la matière individuelle et de la matière collective. Cette expérience d’écriture aussi ambitieuse que fascinante, qu’elle avait provisoirement intitulée « Roman total », lui a valu par sa traduction en anglais une reconnaissance internationale, entrant de facto, avec sa nomination en 2018 au Man Booker International Prize, dans l’antichambre des nobélisables. Elle n’y sera pas restée très longtemps. n

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BILLET DE LA PRÉSIDENTE

Pour tout connaître des activités de la FIPF et de ses associations membres, abonnez-vous gratuitement à notre bulletin d’information sur www.fipf.org et suivez-nous sur Facebook (LaFIPF)

© Asclepias

PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PÉCHEUR

CYNTHIA EID, présidente de la FIPF

UN CONGRÈS SANS FRONTIÈRES

encore loin d’avoir réalisé les « Dix thèses » de De Mauro dans l’école italienne. Souvent, pendant ces deux journées on s’est interrogé sur ce que l’on peut faire, à travers l’éducation plurilingue et interculturelle, pour sauvegarder la démocratie qui nous paraît si fragile et en danger. Vous présidez le LEND depuis 2007. Que vous a apporté cette expérience et comment voyez-vous l’avenir ? Depuis 2007, l’école et la société italiennes ont changé. Tout en étant présidente du LEND j’ai continué à enseigner l’anglais dans un lycée de la province de Milan, une position qui m’a permis de vivre sur le terrain certaines transformations. Je pense à l’introduction obligatoire du CLIL/ EMILE en terminale ; à la décision d’imposer la langue anglaise comme seule LV obligatoire en primaire, ce qui oblige les jeunes italiens à l’étudier pendant 13 ans ; ou encore le fait que l’Italie n’a aujourd’hui aucun système de formation initiale des enseignants du collège et des lycées. Ces trois transformations sont l’exemple de trois chantiers ouverts, de réflexion, d’étude et de formation, pour une association comme le LEND. Et une invitation à travailler ensemble avec tous ceux qui partagent les perspectives ouvertes par Tullio di Mauro et ses Dix Thèses pour l’éducation linguistique démocratique. n Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

Le congrès de la Commission du monde arabe (CMA) qui s’est déroulé du 2 au 5 novembre 2022 à Hammamet, en Tunisie (voir aussi mon compte rendu p. 24-25) a eu pour thème « Enseigner et pratiquer le français au xxie siècle ». Ce congrès repose sur un constat et se veut un appel. Le constat : l’évolution de la pratique et de l’enseignement-apprentissage de la langue française dans le monde sous l’influence de l’innovation technologique et numérique qui a métamorphosé le paysage, les progrès de la recherche didactique qui a apporté de nouveaux concepts, analyses et outils, ainsi que des impératifs économiques de rentabilité de l’éducation, mais aussi en raison d’impondérables comme le Covid. Quant à l’appel, il se résume à l’urgence de se saisir en commun de toutes ces nouvelles données pour en tirer le meilleur au profit de l’enseignement-apprentissage de la langue que nous avons en partage comme de ses soubassements culturels. La cérémonie d’ouverture, que j’ai eu l’honneur d’inaugurer, a bien rendu compte de l’esprit de ce congrès qui s’est voulu un forum de partage

avec les interventions du ministre tunisien de l’Éducation nationale, Fethi Sellaouti, d’Haoua Acyl (OIF Afrique du Nord), du gouverneur de Sousse Nabil Ferjani, de Christophe Clanché (MEAE et ambassade de France en Tunisie), de la présidente de la CMA de la FIPF Bouchra Bagdady Adra et du président du comité d’organisation, Samir Marzouki. La FIPF s’est aussi réjouie de la présence du délégué général de Wallonie-Bruxelles, M. Christian Saelens. Ce Ve congrès de la CMA-FIPF, qui a réuni 350 congressistes dont 110 Tunisiens et plus de 80 Algériens mais aussi des participants venus de nombreux pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie, a été particulièrement attentif au renouvellement générationnel avec l’accueil de jeunes enseignants (moins de 35 ans) venus de toute la région, dont certains participaient à leur premier congrès. Ils ont œuvré à ce que celui-ci bénéficie d’une grande visibilité médiatique, sur les réseaux sociaux, avec des dizaines de publications par jour, partagées et « aimées » par des centaines de personnes, ou à travers nos partenaires médias. Un congrès sans frontières en somme. n

INITIATIVE

« FRENCH FOR ALL » AUX ÉTATS-UNIS ! À l’occasion de son voyage officiel sur le sol états-unien, , le président français Emmanuel Macron a annoncé, lors de son étape à La Nouvelle-Orléans, le 2 décembre 2022, le lancement du programme « French for All » dont l’objectif est d’élargir l’apprentissage du français et de le rendre moins élitiste. Ce programme s’inscrit dans la continuité du « French Dual Language Fund » de 2017 dont l’objectif était de développer les filières bilingues francophones dans les écoles publiques américaines : un vrai succès puisque près de 35000 élèves dans 29 États en bénéficient. Aujourd’hui, a déclaré le Président, il faut « élargir et développer le français de la maternelle à l’enseignement supérieur en rendant surtout cet enseignement plus accessible à tous ». « French for All » entend soutenir l’enseignement du français et des cultures francophones et « permettre à des familles et des en-

La Nouvelle-Orléans

fants venus du monde entier, d’Afrique ou des Caraïbes, […] de pouvoir avoir aussi un enseignement en français. » Un moyen, a-t-il ajouté, « de faire du français une langue d’opportunité culturelle, économique, d’émancipation ». Le programme prévoit également de multiplier les initiatives avec les universités, de mettre à disposition des ressources pour proposer des curricula, d’offrir 100 bourses de stages en France pour les étudiants les plus défavorisés. La formation des enseignants n’est pas non plus oubliée : il s’agit ni plus ni moins de contribuer à former une nouvelle génération d’enseignants. « Ce qui va nous permettre de continuer le combat, a conclu le Président, car c’est vraiment un combat. » n

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MÉTIER | VIE DE PROFS

Jeune Albanaise de 25 ans, brillante élève de français tout au long de sa scolarité, Vasiliqi Kume partage aujourd’hui sa passion de la langue et de la culture française au sein de la section bilingue du lycée Raqi Qirinxhi de Korça, l’une des quelque 500 filières francophones labellisées LabelFrancEducation. Elle est aussi responsable des cours à l’Alliance française.

En 2021, lors de la formation ProFutur pour les jeunes profs de FLE, à Sofia, en Bulgarie.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALICE TILLIER-CHEVALLIER

« L’APPRENTISSAGE D’UNE LANGUE ÉTRANGÈRE EST UN LONG VOYAGE » Il arrive dans la vie que le hasard fasse bien les choses – même si c’est nous, au fond, qui créons notre propre destin. Depuis la rentrée de septembre, je suis professeure de français au sein de la section bilingue du lycée français Raqi Qirinxhi de Korça (ou Korçë en albanais) où j’ai fait mes études secondaires et commencé à rêver de devenir un jour, moi aussi, enseignante. Korça, c’est le « petit Paris » d’Albanie, qui a été République autonome sous la protection de la France entre 1916 et 1920, et où a été créé le premier lycée français du pays, en 1917, voilà 105 ans. Et pourtant, ma rencontre avec le français, l’année de mes 10 ans, s’est jouée à peu de chose. À l’entrée au collège, c’était par tirage au sort que se faisait ici l’attribution de la première langue étrangère : deux classes sur trois apprennent l’anglais, l’autre le français. Je n’avais pas d’a priori et contrairement à beaucoup d’autres parents

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qui avaient une préférence pour l’anglais, les miens n’en avaient pas non plus : ils ne parlaient de toute façon aucune des deux langues.

Découvrir le monde en français

Je suis tout de suite tombée amoureuse du français, et cet amour n’a jamais fléchi. J’aurais pu apprendre l’anglais en parallèle, avec ma sœur qui prenait des cours particuliers, mais j’ai refusé. C’est peut-être parce que tout le monde voulait l’anglais que moi je voulais absolument le français ! La dernière année du collège, en 2012, nous avons fait un échange avec le collège Claude-Debussy de Saint-Germain-en-Laye, dans la banlieue parisienne, et ce premier séjour de dix jours en France a été évidemment très marquant. Nous avons visité tous ces lieux que nous connaissions par les manuels et qui nous avaient fait rêver : la tour Eiffel bien sûr, NotreDame aussi. J’ai surtout découvert le mode de vie des Français, leur

« Je suis tout de suite tombée amoureuse du français, et cet amour n’a jamais fléchi » mentalité, leur ouverture d’esprit : je me souviens que ma correspondante m’avait demandé un jour, devant sa mère, si j’avais un petit ami – il aurait été impensable, à l’époque, d’avoir une telle conversation en présence de mes parents ! J’ai ensuite intégré la section bilingue du Lycée français de Korça. Ces années restent associées à de très nombreux voyages, aussi bien en Italie qu’en République tchèque, en Hongrie ou en Autriche, tous organisés par ma prof de français, qui était une passionnée de voyages. Mais j’ai surtout représenté l’Albanie à la première Olympiade internationale de la langue française, à Cluj-Napoca (en Roumanie), en 2015, où j’ai remporté le premier prix individuel et le deuxième prix d’équipe – j’avais tra-

vaillé avec un groupe de différentes nationalités, notamment roumaine, bulgare, macédonienne… Ces rencontres ont été extraordinaires et les deux prix m’ont donné non seulement confiance en mes capacités, mais aussi une envie formidable de continuer pour devenir enseignante et offrir à mon tour à des élèves la possibilité de voyager pour découvrir le monde à travers le français. Et c’est ce que je fais aujourd’hui, après une licence de Langue et culture françaises à l’université de Korça – où j’ai décroché la Médaille d’or académique pour récompenser le fait que je n’avais eu que des 10 –, puis un master à Tirana et Clermont-­ Ferrand. Six mois en France avec Erasmus ! J’en rêvais depuis si longtemps. En octobre dernier, une de mes élèves, Krisea Ziu a été l’un des deux élèves à représenter l’Albanie au premier Forum Génération LabelFrancEducation qui s’est tenu à Varna, en Bulgarie : « Une de mes plus belles expériences de la langue

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


MÉTIER | FOCUS

Janine Courtillon nous a quittés il y a à peine un peu plus d’un an, le 30 novembre 2021. Un nom dont le souvenir ne devrait pas s’effacer, même si aujourd’hui il ne figure plus que sur quelques ouvrages encore réédités. Retour sur une linguiste, didacticienne et méthodologue qui aura su parfaitement incarner, des années 1960 au début de l’an 2000, ce que pouvait être en ces temps-là un(e) spécialiste de FLE. PAR GÉRARD VIGNER

JANINE COURTILLON LINGUISTE, DIDACTICIENNE ET MÉTHODOLOGUE ÉLOGE DE LA POLYVALENCE Inspecteur d’académie, Gérard Vigner a exercé en Tunisie, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. Docteur en linguistique, il est aussi directeur de la collection F (Hachette FLE), auteur de nombreux ouvrages et spécialiste de l’histoire de l’enseignement du français langue étrangère et seconde.

J

anine Courtillon a été une figure du CREDIF (Centre de Recherches et de diffusion du français). Après avoir été en poste à l’étranger, elle y entre dans le début des années 1960 comme enseignante-chercheuse. Linguiste, disposant d’une bonne connaissance de la linguistique anglo-saxonne, Janine Courtillon publie un certain nombre de contributions (certaines sous forme ronéotée, ce qui limite leur diffusion, mais l’usage était fréquent à l’époque et l’obsession de la citation n’avait pas encore cours) consacrées à l’enseignement du FLE, à un moment où les approches

Publiée à partir de 1982, sa méthode « Archipel » reçoit un très large écho, dans la mesure où elle renouvelait une certaine problématique de l’organisation des apprentissages, laissant à l’étudiant une marge d’autonomie plus grande, par le choix de l’interaction, de jeux de rôles et de simulations 34

communicatives commençaient à émerger. Ne voulant pas s’en tenir aux seules analyses didactiques, dans lesquelles d’ailleurs elle excelle, elle s’engage avec Sabine Raillard dans les années 1976-1977 dans l’élaboration d’un vaste ensemble méthodologique, Archipel, publié à partir de 1982, chez Didier, en trois volumes. Cette méthode reçoit un très large écho, dans la mesure où elle renouvelait une certaine problématique de l’organisation des apprentissages, laissant à l’étudiant une marge d’autonomie plus grande, par le choix de l’interaction, de jeux de rôles et de simulations.

Pour une grammaire du sens

Cet outil de formation prenait par ailleurs place dans l’éclairage des travaux du Conseil de l’Europe, avec ses inventaires notionnels-fonctionnels tels qu’ils sont apparus dans Un Niveau-Seuil, (1977) et où elle a rédigé le chapitre Grammaire, dont l’inspiration était à trouver dans les travaux de Bernard Pottier et de Gustave Guillaume. Mais considérons que cette grammaire ne reçut Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


MÉTIER | FRANÇAIS PROFESSIONNEL

En mars 2022, lors de la visite de la Mission Défense de l’ambassade de France au Kenya à la DEFSEL.

Le contexte anglophone du Kenya ne contre-indique pas l’apprentissage du français en milieu militaire, bien au contraire. Alors pourquoi apprendre le français dans les forces armées kényanes ? Retour d’expérience. PAR JASMINE KAUFFMANN, lectrice FLE au Kenya

ENSEIGNER LE FRANÇAIS

EN MILIEU MILITAIRE

D

ans les forces armées du Kenya, le français est un atout, une valeur ajoutée certaine dans la formation des militaires. Soutenu par le travail de la coopération linguistique de l’ambassade de France au Kenya, son enseignement est déjà fort répandu dans les écoles kényanes. C’est donc une compétence que la DEFSEL (Defence Forces School of Education and Languages) se propose d’approfondir pour ses militaires, dans sa logique de formation complémentaire de qualité. La présence de voisins francophones comme le Burundi, Djibouti, ou bien sûr la République

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démocratique du Congo, récemment intégrée dans la Communauté d’Afrique de l’Est, fait du français une langue supplémentaire précieuse, a fortiori dans le milieu militaire. Les stagiaires de la DEFSEL forment un contingent privilégié pour participer directement aux opérations conduites dans ces pays, ou y réaliser d’autres tâches linguistiques (traduction, interprétariat). Par ailleurs, dans la zone régionale, les opérations de maintien de la paix réunissent régulièrement des soldats d’origines diverses, y compris des pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Dans un contexte onusien, où le français est langue officielle,

la compétence en langue française ne peut qu’être appréciée chez des militaires kényans anglophones. La logique stratégique liée à l’océan Indien, et les possibilités d’escales à La Réunion, Mayotte, les Comores, et même Madagascar, créent aussi pour la marine kényane un besoin de contact avec la langue française. En plus de la DEFSEL, qui compte déjà quelques élèves issus de la Navy, un programme supplémentaire d’enseignement du français a été mis en place en 2020 par la Mission de Défense, en collaboration avec l’Alliance française de Mombasa, sur la base marine de Mtongwe. Enfin, le partenariat entre la France

et le Kenya pour l’apprentissage du français facilite l’intégration d’un stagiaire de la DEFSEL à l’École de guerre française. La participation de cadres kényans à des formations proposées tant au sein des écoles de formation en France que des écoles nationales à vocations régionales (ENVR) est ainsi vouée à augmenter.

La DEFSEL

C’est au cœur de Langata Barracks, caserne des Kenyan Defence Forces dans la banlieue proche de Nairobi, que se trouve la DEFSEL. Depuis 1991, cet établissement enseigne en particulier le français à une sélection d’officiers, sous-officiers et

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MÉTIER | TRIBUNE DIDACTIQUE

AU PLUS PROCHE DES BESOINS RÉELS DES ENSEIGNANTS PAR JÉRÉMI SAUVAGE, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS, UNIVERSITÉ PAUL-VALÉRY – MONTPELLIER 3, VICE-PRÉSIDENT « RECHERCHE » DE CAMPUS-FLE – ADCUEFE

L

a « Commission Recherche » de l’ADCUEFE-Campus FLE a été mise en place par l’association Campus FLE – ADCUEFE pour plusieurs raisons. Il s’agit avant tout de regrouper les enseignants des centres universitaires d’enseignement de FLE actifs dans la recherche

Tribune coordonnée par Emmanuelle Rousseau Gadet, Université d’Angers https://www.campus-fle.fr/

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scientifique (doctorants, docteurs, enseignantschercheurs), quelle que soit leur discipline d’origine (Sciences du langage, Sciences de l’éducation, Littérature…). Actuellement, cette commission est composée de 23 membres issus des différents centres de FLE. Ce regroupement a pour vocation de décloisonner les « collègues cherchants » mais aussi les projets en facilitant les collaborations entre les personnes. Ensuite, cette commission a également pour objectif de favoriser et de structurer des collaborations scientifiques et pédagogiques avec les enseignants-chercheurs des départements et des UFR. Par exemple, en faisant remonter les besoins réels des enseignants de FLE, les didacticiens seront plus à même de cibler des réflexions pertinentes, de proposer des sujets de mémoires de Master FLE ou de Doctorat à leurs étudiants. Enfin,

le moment scientifique phare de l’association reste le Colloque international qui se déroule tous les deux ans depuis 2002. La X e édition se déroulera au CIEF de Lyon du 21 au 23 juin 2023 et portera sur les « Pratiques et usages du numérique en FLE ». Dans l’optique de valoriser les recherches scientifiques des centres de l’ADCUEFE, la Commission mène une réflexion au long cours à propos de l’organisation de ces colloques ainsi que l’édition des actes, désormais publiés dans la collection « Enfance et langages » chez L’Harmattan. Pour fêter la Xe édition de notre colloque international, nous avons ainsi décidé de créer un prix de la meilleure communication affichée (session de posters du colloque) ainsi qu’un prix de la « Meilleure thèse en Didactique du FLE » au sens général, parmi les doctorats soutenus les deux années précédant le colloque. Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


MULTIMÉDIA CALENDRIER

LE CADEAU DE JANVIER

LE « SOCIAL LEARNING »

VOUS CONNAISSEZ ? Inspiré de la montée en flèche des réseaux sociaux, il s’agit d’adapter les grandes caractéristiques d’un réseau social à l’apprentissage. Elle ne date cependant pas de l’apparition de ces réseaux puisque les premières publications sur ce phénomène datent des années 1970. Ciblé sur l’apprentissage à distance et en ligne, il a pour finalité de rompre l’isolement lié à cette modalité d’apprentissage. En effet, le taux d’abandon de l’apprentissage en totale autonomie est très élevé. Pallier cet isolement représente donc un gros enjeu. Quelles sont ces grandes caractéristiques ? Tout simplement, interagir avec d’autres membres d’une communauté. Tout comme les membres d’une page Facebook (d’un artiste, d’une ville…) publient des messages sur une actualité, un bon plan ou réagissent à des publications, les membres de la communauté apprenante vont échanger sur les contenus de la formation dispensée. Ainsi, si une formation s’appuie sur le social learning, les apprenants d’un même parcours de formation pourront agir entre eux pour s’entrai-

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der. Une notion un peu complexe ? Un apprenant indique sa difficulté dans l’espace prévu (tchat, forum, discussion…) et d’autres apprenants vont réagir en expliquant avec leurs propres mots ou bien des illustrations. L’apprentissage devient collectif, et chacun devient tour à tour apprenant et formateur. Cette méthode permet également d’avoir un soutien entre pairs, de créer du lien ; chacun s’implique un peu plus dans son apprentissage, qui devient plus actif. Cette modalité d’apprentissage s’appuie sur la méthode 70-20-10, qui soutient que 70 % de nos apprentissages se réalisent par l’expérience, 20 % par les interactions sociales, et 10 % par les voies académiques. Plusieurs solutions numériques s’appuient sur le social learning : parmi les plus grands, on compte 360Learning, Beedeez, Apolearn. Cependant, le social learning ne se limite pas à l’apprentissage en ligne et à distance, il est tout à fait applicable dans la classe, en présentiel. n Flore Benard et Nina Gourevitch Alliance française Paris Île-de-France

La découverte du nouveau calendrier thématique des PUG est l’un de ces rendez-vous rituels qui égayent le début d’année. Après 12 mois de questions/réponses en compagnie d’arbres majestueux, l’édition 2022 se referme pour laisser place au Calendrier Langue et Culture françaises 2023. ­Bouffée d’air salutaire au cœur d’une actualité ­mouvementée, cette nouvelle version mise sur l’évasion et la mise à l’abri avec ses Drôles de cabanes et jolis cabanons (E. Gadet-Rousseau, J. Fouchet et D. Laghrour). Dans la partie supérieure, 12 magnifiques photographies illustrent refuges de montagnes, cabanons au bord de l’eau, cabanes perchées, abris de bergers, habitats sur pilotis et autres constructions insolites, de France et d’outre-mer. La partie inférieure met en page une question par jour (hors week-end) pour perfectionner ses connaissances en langue française – avec ses règles, ses particularités et exceptions – et en culture générale. Les questions sont courtes, amusantes et variées : on bondit de la grammaire vers la phonétique, du lexique vers l’Histoire, du français soutenu vers le français parlé, de l’Hexagone vers d’autres régions francophones. Il y en a pour tous les goûts, tous les niveaux et toutes les générations : Comment prononcez-vous le mot « gageure » ? Que veut dire le mot « kiffer » ? Comment dit-on 80 en Suisse et 95 en Belgique ? Quelle célèbre écrivaine était surnommée « le Castor » ? Connaissez-vous la règle Mbappé ? Quelle est la différence entre collision et collusion ? Le verbe « limoger » est originaire de la ville de Limoges. Vrai ou faux ?… Comme dans les éditions précédentes, le calendrier offre 2 niveaux de réponses : solutions courtes en dernière page et explications plus poussées – et passionnantes ! – dans un livret annexe. Pour ceux qui préfèrent pratiquer le français sous l’angle d’autres disciplines, les PUG publient parallèlement un calendrier de mathématiques, avec 260 défis à relever (R. Joly). Un cadeau pour l’année ! n

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DOSSIER |

INTÉGRER LE NUMÉRIQUE :

VERS L’APPRENTISSAGE

AUGMENTÉ 54

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RETROUVEZ LA FICHE PÉDAGOGIQUE RFI EN PAGES 75-76 ET LE REPORTAGE AUDIO SUR WWW.FDLM.ORG

C

’était au tournant des années 2010, en conclusion d’une conférence à l’Alliance française de Paris Île-de-France : Jacques Pécheur avait attiré l’attention de l’auditoire sur le développement des technologies linguistiques. Un sujet qui, il y a quelque temps encore, suscitait parfois des sourires, que l’on pense à la traduction automatique… Depuis, ce marché est en pleine expansion, particulièrement dans l’Union européenne dont la charte oblige à respecter la diversité linguistique. Et pourtant la didactique des langues paraît à la traîne quand tout indique – les contributions de ce dossier concordent en ce sens – que ces technologies vont modifier, modifient déjà, en profondeur notre approche de l’apprentissage. Dans ce premier dossier sur le sujet qui en appellera forcément d’autres, Le français dans le monde a voulu rassembler quelques signatures qui, depuis le début de ces années 2010, interrogent ce changement. Nicolas Guichon (Université de Québec) fait le point sur l’enseignement du FLE/S à l’aune de la littératie numérique, constatant la nécessité de repenser les contenus et modalités

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d’apprentissage pour les enseignants soucieux de construire des passerelles entre l’école et les pratiques sociales, communicationnelles et artistiques extrascolaires. En effet, les actes de communiquer, de coopérer, d’apprendre et de créer se trouvant bouleversés par les outils numériques, de nouvelles compétences se devaient d’être prises en charge en leur accordant une place de choix dans les apprentissages de la lecture, de l’écriture et des interactions en langue étrangère. Henri Portine analyse les divers visages de l’ingénierie linguistique en didactique des langues et pointe notre attention sur la notion d’affordance, à savoir la caractéristique d’un objet ou d’un environnement qui suggère à son utilisateur sa manière de l’utiliser. En somme, la technologie implique elle-même l’usage spécifique qui doit en être fait : Portine anticipe que demain, l’enseignant(e), grâce à une formation généralisée au codage, maîtrisera sa propre ingénierie linguistique, sélectionnera ses outils numériques et rédigera des scripts (applications) pour les adapter ou les compléter, ou décidera, dans tel cas, de ne pas recourir au numérique pour des raisons explicites liées à la tâche envisagée. L’essentiel est

de construire des stratégies didactiques cohérentes, globales et adaptées à chaque groupe d’apprenant. Jean-Claude Beacco s’attache à interroger ce qui a souvent été moqué : la traduction automatique. Quelle place lui donner dans l’enseignement du français ? Partant du constat que les (nouvelles) technologies de l’information et de la communication constituent une aubaine pour l’apprentissage, il invite à regarder de près certaines d’entre elles qui, comme la traduction automatique, pourraient toutefois le remettre en cause de l’intérieur. Il importe donc que la communauté FLE déploie toute sa créativité méthodologique pour ne pas… laisser passer le coche. Enfin, puisque l’environnement numérique crée un nouveau rapport au savoir et à l’apprentissage, Jacques Pécheur s’intéresse à la manière dont on intégrera le développement des technologies linguistiques, à savoir l ’ i n te r a c t i o n vo c a l e , l a t r a d u c t i o n automatique, l’analyse sémantique, l’analyse et la recherche de contenus, la reconnaissance et la synthèse vocales. Et il pointe le rôle et la place de l’enseignant appelé à passer à une relation d’accompagnement et de guidage. n

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REPÈRES DOSSIER | REPÈRES

Où en est-on de l’intégration du numérique dans l’enseignement du français langue étrangère et seconde ? Bilan et pistes de réflexion. PAR NICOLAS GUICHON

CONNECTER NUMÉRIQUE, PRATIQUES SOCIALES ET APPRENTISSAGE

E

n 2012, je publiais Vers l’intégration des TIC dans l’enseignement des langues (Didier), un ouvrage qui faisait le point sur l’intégration des outils numériques dans l’enseignement des langues en France : celle-ci demeurait faible, principalement pour des raisons structurelles (manque de temps, d’équipements, de formation) et pédagogiques, les enseignants étant alors, parfois non sans raison, assez peu convaincus de la valeur ajoutée des technologies pour l’enseignement et l’apprentissage des langues.

Repenser les contenus et les modalités d’apprentissage à l’aune de la littératie numérique

Une décennie (et une pandémie) plus tard, force est de constater que le paysage de la didactique des

langues a profondément changé en lien avec les technologies. Quand les programmes des formations des futurs enseignants de français langue étrangère et seconde dans le monde francophone ne comptaient en 2012 que quelques cours dédiés ici et là, ils se sont maintenant enrichis, diversifiés et décloisonnés des autres aspects du répertoire professionnel attendu en fin de formation en didactique des langues. Ce regain d’intérêt a été soutenu par un sous-domaine de recherche, l’apprentissage des langues médiatisé par les technologies (ALMT), en plein essor, débordant de la niche scientifique dans laquelle la linguistique appliquée l’avait longtemps cantonné. Dans le même temps, le numérique pénétrait les pratiques de communication des élèves par le biais des réseaux sociaux et transformait le

Nicolas Guichon est professeur à l’Université du Québec, Département de didactique des langues, à Montréal. Il est l’auteur de nombreux articles touchant la littératie numérique et l’appropriation du numérique par les enseignants et les apprenants, et de l’ouvrage Vers l’intégration des TIC dans l’enseignement des langues (Didier, 2012).

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rapport à la langue en offrant de nouvelles « possibilités textuelles et énonciatives » (Wachs & Weber, 2021) bien différentes que celles offertes par la première génération d’outils. Avec ces pratiques de communication, des littératies ont émergé qui se manifestent dans de nouvelles façons de travailler et de participer dans l’espace public comme individus et comme citoyens (Cope & Kalantzis, 2009). Pour les enseignants soucieux de construire des passerelles entre l’école et les pratiques sociales, communicationnelles et artistiques ayant cours hors de l’école, il s’est agi de repenser les contenus et les modalités d’apprentissage à l’aune de la littératie numérique (Lacelle et Lebrun, 2016). En effet, les actes de communiquer, de coopérer, d’apprendre et de créer se trouvant profondément modifiés par les outils numériques, de nouvelles compétences nécessitent d’être prises en charge en leur accordant une place de choix dans les apprentissages de la lecture, de l’écriture et des interactions en langue étrangère. On peut prendre

comme exemple la multimodalité, c’est-à-dire l’accès à des connaissances par le biais des modes textuels, visuels et auditifs qui peuvent être combinés ou dissociés (par exemple afficher ou non les soustitres pour regarder une vidéo) comme une caractéristique définitoire des apprentissages médiatisés et qui mérite, à cet égard, d’être explicitement prise en compte pour aider les élèves à développer des stratégies adaptées pour traiter des textes sur support numérique (Guichon & Cohen, 2016).

Donner au numérique toute sa place dans les contenus de formation

Il convient de reconnaître que certains enseignants demeurent tiraillés par ces évolutions et souhaitent conserver le numérique dans des fonctions subalternes d’exposition et de recherche d’information. Il devient toutefois de plus en plus difficile d’ignorer que leur mandat comprend désormais de former les élèves à l’usage des traducteurs automatiques, à la lecture augmentée par le numérique, aux codes

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DOSSIER | ANALYSE

LES DIVERS VISAGES DE L’

EN DIDACTIQUE Qu’est-ce que le numérique ? Donnons-en une définition actuelle : c’est l’informatique + les réseaux ; deux objets différents qui, combinés à la fin des années 1980, acquièrent une grande puissance. Les développements de l’informatique, c’est-à-dire des algorithmes (1), de plus en plus complexes et dotés d’une faculté « d’apprentissage » (le machine learning) permettent de traiter des données (corpus, prélèvement d’informations, etc.) en très grand nombre, ce que l’on appelle intelligence artificielle ou IA (2).

U

ne ingénierie linguistique n’est pas un objet nouveau mais a d’abord été une composante d’un processus automatisé : par exemple, un dictionnaire électronique permet de faire une analyse automatique d’un texte (prélèvement d’informations, résumé, etc.) ou d’en assurer une traduction sans le recours au facteur humain (autre que celui qui a programmé les algorithmes). Utiliser ces mêmes technologies numériques pour les apprentissages linguistiques humains est plus récent et ne débute qu’au milieu des années 1980 avec des essais d’application du traitement de texte Wordstar puis de Word. À la même époque, Authorware permet d’écrire des programmes intégrant texte, son et

images (les lignes de code articulent les trois types de fichiers, y compris en mettant en route un magnétoscope lorsqu’il le faut). La fin des années 1980 voit aussi l’apparition de langages auteurs permettant de réaliser des exercices de grammaire et d’un outil nouveau facile à utiliser (grâce aux langages de balisage, SGML puis HTML), l’Internet. Par la suite, les TBI (ou TNI, tableaux blancs / numériques interactifs) permettront à la fois d’utiliser facilement internet et de proposer aux apprenants des activités de manipulation. Les années 2000, grâce notamment au langage XML mais aussi aux algorithmes et réseaux peer to peer (de pair à pair), voient le développement des réseaux dits sociaux, et aussi des forums, des blogs et des wikis (ce que l’on a appelé le

Henri Portine est professeur honoraire, Département sciences du langage, Université de Bordeaux Montaigne. Son enseignement a porté sur la sémantique, la didactique de la grammaire et l’analyse de discours. Ses recherches portent sur l’expression de la temporalité et des modalités, l’étude des « marqueurs grammaticaux » et la sémantique lexicale.

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« web 2 »(3)). Toutes ces manifestations d’une technologie numérique qui prend ses marques occasionnent à la fois un grand bouillonnement, parfois un peu anarchique, et des travaux qui rappellent que toute technologie doit s’inscrire dans un arrière-plan théorique, épistémologique et cognitif valide. En témoignent bien les travaux de Monique Linard (4). Jusqu’à la fin des années 1980, on parle généralement de nouvelles technologies, puis de technologies de l’information et de la communication appliquées à l’éducation. Si la première formule n’a pas grand sens (la nouveauté ne l’est plus très vite), la seconde est trompeuse parce que, comme les dites approches commu-

gie doit donner lieu à des mesures d’impact et d’efficacité. Au cours des années 1980, dans le cadre du français sur objectifs spécifiques (FOS), Denis Lehmann et Arnaud Pelfrêne (CREDIF) ont expérimenté un outil qu’ils ont nommé Lecticiel : un ordinateur dans la classe (un seul à l’époque) permet de consulter des corpus et de trouver des occurrences afin de cerner le sens et les emplois d’expressions spécifiques (7). Aujourd’hui, les logiciels d’analyse de corpus permettent d’exploiter cette idée sur un mode plus efficace mais aussi d’analyser ses propres productions. L’exemple précédent et les développements au cours des années 2000 permettent de s’interroger sur la

Une formation au codage et à la programmation et l’existence de clubs numériques dans tous les établissements scolaires, permettraient d’envisager des générations efficaces sur les plans didactique et numérique nicatives dès la fin des années 1970, on aboutit à des usages « naïfs » : c’est en interagissant qu’on apprend à interagir ! (5) Mais on ne peut parler d’importation de technologies dans un champ d’action comme la didactique des langues sans analyser à la fois l’impact et le substrat des dites technologies (6). Parler d’ingénierie linguistique permet d’éviter ce biais : il n’y a ingénierie que s’il y a technologies et l’emploi de toute technolo-

forme que doit prendre l’ingénierie linguistique en didactique des langues. Les enseignant(e)s de mathématiques et de physique sont bien armé(e)s pour adapter des outils à leur enseignement et au travail de leurs élèves / apprenants. Les enseignant(e)s de langue le sont moins. Pourtant, les logiciels actuels et le développement de l’open source (la possibilité d’intervenir sur les lignes de code et de rédiger des scripts

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PAR HENRI PORTINE

’INGÉNIERIE LINGUISTIQUE

DES LANGUES spécifiques) devraient encourager les institutions éducatives à former des équipes d’enseignant(e)s et de technicien(ne)s (qui sont trop souvent cantonné(e)s à des tâches d’installation, de dépannage, de sécurité et de développement administratif) débouchant sur des exploitations spécifiques d’ingénierie linguistique à des fins didactiques (8). Une formation au codage et à la programmation et l’existence de clubs numériques, bien dotés en machines et en aide humaine, dans tous les établissements scolaires, permettraient d’envisager des générations efficaces sur les plans didactique et numérique (9).

D’une centration sur l’outil à une phénoménotechnique centrée sur l’utilisateur

Un travail d’homogénéisation des pratiques, de mesure d’impact et d’efficacité est d’autant plus important que la multiplicité fascine et déjà depuis longtemps comme en a témoigné l’ouvrage de Colin Lankshear et Michele Knobel, New Literacies: Everyday Practices and Classroom Learning (Open University Press, 2006). Les auteurs y distinguent deux types de mindset (terme difficile à traduire, il renvoie à un état d’esprit, une façon d’envisager le monde autour de soi) : celui des newcomers (passés d’un monde non numérique à un monde numérique) et les insiders (nés dans un monde d’emblée numérique) ; mais si l’on voit bien l’évolution des relations sociales dans ces nouveaux dispositifs, il est difficile de

Demain, l’enseignant sélectionnera ses outils numériques et rédigera des scripts (applications) pour les adapter ou les compléter, ou décidera, dans tel cas, de ne pas recourir au numérique pour des raisons explicites liées à la tâche envisagée les intégrer à un processus éducatif d’apprentissage, autrement que sous forme d’un zapping ; d’ailleurs, le titre du dernier chapitre (So What ?) montre bien une certaine perplexité quant à l’intégration de « l’explosion numérique » dans le monde éducatif. Depuis le début des années 2010 (un peu plus tôt dans le monde anglosaxon), la notion de littératie numérique est en débat sur plusieurs plans (qu’entend-on exactement par littératie (10) ? une littératie numérique est-elle la littératie + le numérique ou autre chose ?). On peut ainsi utiliser des outils d’écriture collaborative pour produire du texte en classe ou à distance (11) (aujourd’hui, la notion de blended learning ou apprentissage hybridé n’a plus grand sens parce que tout apprentissage est forcément agglomérat de différentes sources et de différentes technologies). Une autre notion mérite notre attention, celle d’affordance. Ce néologisme anglais dû au psychologue James Gibson dans son étude de la vision (fin des années 1970) a été repris et développé notamment par Stéphane Simonian. L’affordance (notre définition) est la relation qu’un sujet construit en rapport à un

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objet (un dispositif) en fonction des potentialités de cet objet (de ce dispositif) afin de rendre opératoire sa relation à cet objet (à ce dispositif) dans la visée d’un objectif donné. Le numérique peut aider un apprenant à structurer et à archiver ce dont il a besoin (et dont il n’a pas toujours conscience) pour réaliser un projet individuel ou collectif. Rien n’est à oublier (les blogs ou les wikis peuvent apparaître dépassés alors qu’il faut les réinscrire dans des objectifs d’ensemble), tout est à repenser, dans une double visée : celle de l’engagement actif de l’apprenant (12) et de sa propre configuration d’une métacognition adéquate (13). Tout a peut-être été fait, mais tout reste à faire. Demain, l’enseignant(e), grâce à une formation généralisée au codage dès le CM1, maîtrisera sa propre ingénierie linguistique, sélectionnera ses outils numériques et rédigera des scripts (applications) pour les adapter ou les compléter, ou décidera, dans tel cas, de ne pas recourir au numérique pour des raisons explicites liées à la tâche envisagée. L’essentiel est de construire des stratégies didactiques cohérentes, globales et adaptées à chaque groupe d’apprenant. n

NOTES

1. Un algorithme est une suite finie d’instructions finies permettant d’obtenir un résultat déterminé et identique quel que soit celui qui exécute le programme, machine ou humain. 2. Le Monde a récemment publié un excellent dossier (dû à David Larousserie) sur l’IA dans un supplément à son numéro du 26 octobre 2022. 3. Christian Ollivier & Laurent Puren, Le Web 2.0 en classe de langue : une réflexion théorique et des activités pratiques pour faire le point, Paris, Éditions Maison des langues, 2011. 4. Voir Brigitte Albero, Stéphane Simonian et Jérôme Eneau (dirs), 2019, Des humains & des machines : Hommage aux travaux d’une exploratrice, Dijon, Éditions Raison et Passions. 5. Dès le début des années 1980, Daniel Gaonac’h a cherché à souligner, malheureusement sans être entendu, le fait qu’une approche communicative devait aussi être une approche cognitive. 6. Voir notamment les travaux de Stéphane Simonian sur l’affordance. 7. L’outil de traduction bilingue Linguee, à partir de 2010, utilisera la même idée : on propose des exemples qui permettent à l’utilisateur d’opérer ses propres choix. 8. Ces équipes existent dans certains organismes proposant des produits clés en main, du TBI amélioré aux serious games, comme on peut le constater dans les expositions pédagogiques. Mais tout usage technologique nécessite une réappropriation et une resituationnalisation locales. 9. Pour l’heure, le ministère a remplacé le C2i2e par les plateformes Pix (https://pix.fr/) et Pix Orga (https://pix.fr/ enseignement-scolaire/). 10. L’anglais literacy, dont est dérivé le français littératie, désigne la capacité à être habile à l’écrit : savoir résumer un texte, pouvoir inférer à partir d’un texte, produire du texte adapté à une situation, être capable de structurer un groupe de textes dans un but professionnel, etc. 11. Rappelons le mot de Bruno Latour : la pandémie Covid nous a transformés en zoombies. Ni le distanciel pur, ni un excès de métavers ne sont des solutions pérennes : elles oublient la cognition de l’apprenant. 12. Pour nous, engagement actif (proposé par Stanislas Dehaene dans eti Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, Paris, Odile Jacob, 2018) est une bonne traduction de self-determination (Ryan, R. M. et Deci, E. L., Self-determination theory. Basic psychological needs in motivation, development and wellness. New York, Guilford Press, 2017). Ces deux notions relèvent de la psychologie positive. 13. Le terme est dû à John Flavell à la fin des années 1970. Aujourd’hui, on peut définir la métacognition comme la capacité à contrôler et évaluer ses propres capacités mnémoniques, coordonner la réalisation de ses propres actions, évaluer l’impact des stratégies disponibles en cas de choix, auto-évaluer un résultat obtenu.

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DOSSIER | PROSPECTIVE Les technologies de l’information et de la communication constituent une aubaine pour l’apprentissage : elles sont une source inépuisable de ressources augmentées. Pourtant, à y regarder de près, certaines d’entre elles pourraient bien remettre en cause l’apprentissage. C’est le cas de la traduction automatique.

QUE FAIRE DE LA TRADUCTION AUTOMATIQUE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS ?

L

e recours aux TICE tend à se banaliser, partout où les équipements adéquats sont disponibles, ce qui n’est évidemment pas le cas de tous les contextes éducatifs. Dans l’ensemble, ces ressources sont utilisées comme des alternatives ou des compléments

à des dispositifs d’enseignement/ apprentissage en présentiel. Elles y introduisent des activités collaboratives, essentielles aux appropriations. Ces dispositifs permettent la co-construction interactive de savoirs entre tuteurs et apprenants et entre apprenants, en particulier pour des échanges à dimension interculturelle. Outre ces possibi-

Jean-Claude Beacco est professeur émérite, Université Sorbonne nouvelle. Enseignant-chercheur en sciences du langage, notamment dans les domaines du FLE, de l’éducation plurilingue, culturelle et interculturelle, il est aussi expert auprès de l’UE et du Conseil de l’Europe.

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lités de communication effective, asymétrique ou entre pairs, les TICE favorisent les apprentissages autonomes, par l’accès qu’elles permettent à des ressources de toute nature, mais souvent de qualité inégale ou d’originalité modeste par rapport aux pratiques attestées. Toutes ces utilisations pédagogiques des technologies de la communication ne semblent pas remettre en cause l’apprentissage, auquel elles fournissent des ressources augmentées. Toutes sauf une, la traduction

automatique (désormais TA). On craint volontiers que celle-ci ne vienne, à terme, remettre en cause radicalement la nécessité d’apprendre les langues ou qu’elle ne diminue l’utilité de celle-ci, si l’on s’en tient à la communication verbale (sans considérer la communication entre les personnes). D’où le silence didactique gêné qui l’entoure. D’autant que l’efficacité des systèmes de TA est devenue considérable, sous sa forme d’« apprentissage » profond, issue du recours à des

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MÉMO | À LIRE BANDE DESSINÉE PAR CLÉMENT BALTA

À QUI PÈRE GAGNE Huit ans après le premier tome, fin de la saga autobiographique de Riad Sattouf sur sa « jeunesse au Moyen-Orient » (le sous-titre). Les six volumes couvrent ainsi la période 1978-2011, cette dernière partie débutant en 1994. La traditionnelle phrase d’incipit « Je m’appelle Riad » dit l’ambiance : « En 1994, j’avais 16 ans et j’étais un semi-psychopathe. » Voilà la source de la fascination pour les affres de l’adolescence chères au réalisateur des Beaux Gosses. Physique malingre, succès nul avec les filles, médiocre à l’école… le tout dans une ambiance familiale délétère, rongée

par l’enlèvement du petit dernier par le père, reparti en Syrie. Du tiraillement entre deux cultures, de sa psychothérapie (son paternel lui apparaît en mauvais génie) aux vaches maigres de la vie parisienne, on suit avec émotion l’entrée dans le monde adulte et l’émancipation de cet antihéros qui s’est accroché à son rêve comme à une bouée : devenir auteur de BD. Avec un sens de l’observation et de la narration unique, le récit magistral de son avènement apporte ainsi la preuve de sa pleine maturité. L’Arabe du futur (traduit en 23 langues… sauf en arabe), c’est maintenant. n

Riad Sattouf, L’Arabe du futur, tome 6, Allary

DOCUMENTAIRES PAR PHILIPPE HOIBIAN

UN LIEU DE MÉMOIRE ET DE VIE

Danielle Tartakowsky (dir.), Histoire de la rue, Tallandier

Cet ouvrage collectif retrace l’évolution de la rue comme espace public, depuis l’Antiquité et le Moyen Âge. Aujourd’hui, la rue est un espace d’activités multiples : circulations parfois concurrentielles (bus, trams, camions, voitures, motos, vélos, trottinettes ; piétons, promeneurs, clients des commerces, touristes) ; activités économiques, artisanales, commerciales, artistiques ; défilés (processions religieuses, parades militaires, carnavals) ; fêtes, bals ; émeutes, manifestations syndicales et politiques ; mendicité, exclusion, violence, prostitution, délinquance, crime ; arts et spectacles de rue ; marchés, brocantes, vide-greniers ; rencontres, échanges, sociabilité et solidarité… La rue, un espace à partager ! n

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UN SAVOUREUX VOYAGE

UN MONDE POSTCOLONIAL

Pour Roland Barthes, la nourriture suscite trois plaisirs : celui de la convivialité (partager un même plat), celui de la réminiscence (retrouver les goûts de son enfance), et celui de la nouveauté (découvrir ce que nous ne connaissons pas encore). Un très grand nombre de plats sont devenus les expressions d’identités locales ou nationales (accompagnés parfois de légendes et de revendications sur leur origine, comme pour le houmous, la mayonnaise, le couscous, le bagel ou le ceviche). La pizza (comme le sushi) mêle la singularité de sa provePierre Singaravélou et Sylvain nance italienne à la multiplicité de ses déclinaisons Venayre (dir.), L’Épicerie du monde, Fayard géographiques : produit modulable, elle respecte les exigences d’une multiplicité de cultures, quitte à introduire dans chacune d’elles des usages nouveaux et inattendus. Le succès planétaire du sucre offre également un très bel exemple des adaptations locales d’une mondialisation alimentaire. n

POURQUOI TRAVAILLER ? Le travail joue un rôle central dans nos vies : il peut nous épanouir ou nous détruire, il structure nos rapports aux autres et à la nature. Suite à la pandémie, s’est accentuée une grande remise en cause de l’activité professionnelle : démissions qui provoquent un manque de personnels dans de nombreux secteurs, refus des « sales boulots », fuite des jeunes devant le salariat, tentation du repli dans le télétravail, méfiance vis-à-vis des grandes entreprises trop verticales et dominées par les actionnaires, réorienThomas Coutrot et Coralie tation en milieu de carrière vers des activités moins Perez, Redonner du sens au stressantes et respectueuses de l’environnement, travail, Seuil réhabilitation du travail manuel, souhait d’exercer une activité utile, collective et motivante, besoin de reconnaissance et d’autonomie. Alors que la puissance des multinationales dépasse celle de la plupart des États, comment légitimer que leurs propriétaires soient seuls habilités à décider les stratégies d’entreprises qui fabriquent le monde de demain ? n

Ce livre retrace l’histoire des décolonisations, en adoptant le point de vue des pays du Sud. Il débute en 1850 (« invention » des races et des continents) pour s’achever en 2013 (naufrage des réfugiés partis d’Afrique de l’Ouest), couvrant les périodes coloniale et postcoloniale. Il se limite à une vingtaine de pays, en Afrique et en Asie. Pour dominer les populations conquises, les puissances européennes ont tenté de les inférioriser, de les dépersonnaliser, de les chosifier, pour pouvoir légitimement les exploiter, les dominer et les gouverner. Comprendre la « situation coloniale », c’est aussi être attentif à l’adaptation des colonisés aux Guillaume Blanc, Décolonisations, colonisateurs, ce qui se Points Histoire traduit, un jour par des refus, des résistances, des révoltes, un autre jour par des collaborations. La colonisation implique la domination de la majorité par une minorité, ce qui porte les germes de sa destruction. L’ordre colonial va disparaître mais pas ses structures : les sociétés africaines et asiatiques vont se les approprier, « faire avec », ou les instrumentaliser. Nous vivons dans un monde postcolonial où le passé colonial influence le présent. Grâce à ses anciennes colonies, la France peut encore peser sur la scène internationale, disposer des matières qui lui manquent en métropole et trouver des débouchés sur leurs marchés. n

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


POCHES

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PAR CLAUDE OLIVIÉRI

À LA RECHERCHE DE

MARCEL PROUST En hommage à l’écrivain disparu il y a tout juste cent ans, Gallimard propose un coffret regroupant les deux tomes de la monumentale biographie que Jean-Yves Tadié a consacrée à Marcel Proust. Il y a dans cet ouvrage tout ce qu’on peut savoir de Proust, de sa personne et de son œuvre, et non les infinis détails de vingt et un volumes de lettres. La biographie d’un grand écrivain n’est pas celle d’un homme du monde, ou d’un pervers, ou d’un malade : c’est celle d’un homme qui tire sa grandeur de ce qu’il écrit, parce qu’il lui a tout sacrifié. Jean-Yves Tadié, Marcel Proust, Folio

Le même Jean-Yves Tadié nous livre le dernier état de la critique proustienne. Véritable clé d’entrée dans l’univers de Proust, ce dossier montre l’ampleur de la révolution qu’il a fait subir au genre romanesque. Il se concentre sur la composition et le contenu de chacune des œuvres, des articles au grand roman. Il propose enfin un bilan critique qui entrelace les éléments biographiques et bibliographiques. Jean-Yves Tadié, Proust, le dossier, Pocket

Les 3 000 pages de la Recherche abritent une foule de personnages, depuis la figure omniprésente du Narrateur jusqu’aux silhouettes fugaces d’une mondaine ou d’un valet. Michel Erman se penche sur les quelque 200 êtres de fiction qui peuplent cette somme. Il montre comment, par touches successives, Marcel Proust donne vie à Gilberte ou Elstir, Odette ou Charlus, Albertine ou Swann au gré de leurs changements dans le temps et dans l’espace. En complément, l’auteur explore les lieux – réels ou imaginaires – de l’aventure proustienne. Michel Erman, Bottins proustiens, La Table ronde

10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. C’est un tonnerre de protestations : Proust est vilipendé dans la presse, injurié, menacé. Son tort ? Être riche et mondain, trop âgé, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées. Ressuscitant le temps perdu, l’écrivain a dédaigné le temps présent. S’appuyant sur des documents inédits, relatant les coups bas, manigances et manipulations qui ont entouré l’évènement, Thierry Laget fait le récit virtuose et réjouissant d’un moment charnière de la vie littéraire française

QUAND LA NATURE REPREND SES DROITS En soixante ans, la nature a renversé la domination des hommes. L’humanité se cache derrière ses hautes murailles pour assurer sa survie face à une faune et une flore devenues Hélène Besse, Les Émissaires implacables. Sous le du lien, Inceptio regard des anciens dieux, l’enchanteresse Titania aura la lourde responsabilité de retisser les liens entre une nature vengeresse et une humanité toujours aussi avide de pouvoir. Hélène Besse nous offre un roman inspiré et poétique mettant en exergue l’importance de la connexion entre homme et nature, nous proposant une véritable image en miroir des enjeux de notre société actuelle. n

HAINEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES !

Thierry Laget, Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire, Folio

Pourquoi cet auteur qui semble si français est-il mondialement connu et reconnu ? Cet ouvrage rassemble 83 textes d’auteurs étrangers qui ont lu Proust, en français ou en traduction, qui se sont laissés entraîner dans un monde souvent éloigné de leur univers culturel, qui l’ont admiré… ou qui ne l’ont pas compris. Autant de nouveaux regards sur une œuvre majeure, de nouvelles interrogations, de nouveaux bonheurs de lecture. Proust-Monde. Quand les écrivains étrangers lisent Proust, Folio classique

SCIENCE-FICTION PAR JÉRÔME JANICKI

Thomas est un développeur de talent, ambitieux mais fauché. Lui vient l’idée de génie : créer une application Pierre Léauté, The 8 List, Édipermettant de tions de l’homme sans nom désigner les huit personnes que l’on déteste le plus. Un milliard d’abonnés plus tard, il se retrouve à la tête d’un empire. Pierre Léauté nous fait rentrer avec son huitième roman dans les arcanes des réseaux sociaux et nous livre une analyse en profondeur de leurs dérives les plus sombres. Il nous embarque dans un récit éclairant écrit dans un style incisif et efficace, dans la pure lignée de la série Black Mirror. n

POLAR PAR CLÉMENT BALTA

Renaud S. Lyautey, La Baignoire de Staline, Seuil

EN EAUX TROUBLES

LE FACTEUR X

L’auteur a emprunté son nom de plume à son ancêtre, célèbre maréchal de France. C’est le second roman après Les Saisons inversées, en 2018, de ce diplomate disparu en avril 2022, ancien ambassadeur en Géorgie. De cet ex-territoire soviétique, terre natale de Staline, il fait le théâtre d’une haletante enquête sur le meurtre d’un ressortissant français en 2009. Un prétexte pour parler du passé et faire résonner le présent. Note de l’auteur : « À l’heure où ces lignes sont sous presse (août 2021), environ 20 % du territoire géorgien sont toujours occupés par la Russie. Il n’est pas inutile de le rappeler. »n

Qui est cet homme, ressemblant à un sans-abri, retrouvé mort dans un bassin des Tuileries ? L’enquête mène le commandant Delestran, aidé d’une jeune et perspicace psychologue, à se pencher sur le thème délicat des enfants « nés sous X », alors qu’il doit aussi débrouiller une nébuleuse affaire de disparition de trois jeunes filles. La force de ce récit « identitaire » de JeanFrançois Pasques, capitaine de police au civil, tient dans son réalisme et son atmosphère qui fait irrésistiblement penser à Simenon. n

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Jean-François Pasques, Fils de personne, Fayard

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MÉMO | à voir TROIS QUESTIONS À EUZHAN PALCY

André Citroën était sacrément visionnaire. Dans les années 1930, il finance une incroyable expédition, la Mission Centre-Asie, connue aussi comme La Croisière jaune, une épopée insensée filmée par André Sauvage le bien nommé… Trente mille kilomètres en véhicules autochenilles effectués par quelque quarante intrépides, dont des médecins et des savants. Aujourd’hui disponible en coffret collector, dans une magnifique version restaurée, le documentaire est accompagné d’un livre d’exception et en exclusivité mondiale chez Carlotta Films. n

MARRON C’EST MARRON

Premier long-métrage de JeanClaude Barny, originaire de la Guadeloupe et de Trinidad et Tobago, Nèg Maron (à l’origine, esclave qui s’enfuit), eut un important retentissement à sa sortie, en 2005. À redécouvrir impérativement dans une édition (BQHL) avec de nombreux bonus. L’histoire de ces deux jeunes Antillais à la dérive, pris dans une dangereuse spirale à la suite d’un braquage qui tourne mal, reste d’une incroyable actualité et renvoie au poids de l’Histoire, collective et individuelle, de l’esclavage, toujours douloureuse. n

LA MARÉE ÉTAIT EN NOIR

Quel premier film ! Quel parcours dans les festivals et dans les salles… Et le DVD (Eurozoom) ne démérite pas. Costa Brava, Lebanon a été écrit bien avant que les évènements dépeints dans le film n’arrivent. Alors, quand la réalité a dépassé la fiction, Mounia Akl a repris son script pour adapter l’histoire de cette famille libanaise partie vivre dans la montagne, loin de Beyrouth, de sa pollution et de sa corruption endémique. Avant qu’une décharge sauvage ne surgisse près de son lieu idyllique. Message écolo brillant et habité à ne pas rater. n

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Euzhan Palcy est la première cinéaste noire à recevoir un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Cette pionnière née en Martinique il y a 65 ans s’est engagée très tôt à défendre la parole des femmes et des communautés noires dans le monde. PROPOS RECUEILLIS PAR BÉRÉNICE BALTA

« JE SUIS UNE FAISEUSE, PAS UNE PARLEUSE » Comment avez-vous vécu cette récompense ?

C’est la distinction la plus élevée, convoitée dans le monde du cinéma… Je ne sous-estime pas les autres prix (comme la médaille d’honneur de la SACD que j’ai reçu au printemps dernier), mais être ainsi reconnue pour le travail que je fais et les combats que je mène, ça m’encourage à continuer à me battre pour faire mes films et il va me permettre de poursuivre mes projets, dont on n’a pas voulu pendant plusieurs années, pour des raisons de racisme et de sexisme. Mais quelle émotion, quelle fierté ! Vous avez croisé, filmé des personnalités extraordinaires. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Je me suis mise en danger en allant à Soweto (Afrique du Sud) sous un faux nom, quand Nelson Mandela était encore en prison. Mais j’ai remercié mes parents d’avoir été fidèle à ce qu’ils m’ont inculqué et à mes idéaux, car j’ai fait un reportage avec des gens qu’on a torturés et j’ai quitté le pays avec la cassette collée sur moi. Aujourd’hui, on ne pourrait plus… Plus tard, quand Mandela a vu le film (Une saison blanche et sèche, inspiré du roman d’André Brink), il a voulu me rencontrer et on a passé une semaine ensemble. Mais en même temps, je n’ai jamais été impressionnée par les stars. Mandela, c’était comme un papa. Césaire, pareil, il m’appelait « ma fille, ma petite rebelle, ma guerrière ». Brando, c’est comme un coupeur de canne, aussi extraordinaire pour moi,

l’un que l’autre. Je suis impressionnée par un musicien, un peintre, pas par les stars. Être une femme cinéaste noire, cela reste compliqué à vivre aujourd’hui ?

Tous ces mouvements (comme Black Lives Matter), venus des États-Unis, ont permis de faire des « nettoyages », y compris aux Oscars, en renvoyant tous les vieux croûtons racistes, homophobes, etc. Il y a de plus en plus de Noirs et de femmes noires partout. C’est une petite révolution, toujours en marche. Regardez les Black Panther qui explosent le box-office. Du coup, les studios s’y mettent, les plateformes suivent pour ne pas rater le coche. Le cinéma des diversités existe, sauf en France ou c’est plus compliqué. Pour autant j’ai refusé de me vendre aux Américains. Et là, je vais faire mon come-back ! J’étais une petite révoltée. J’avais dix ou douze ans quand j’ai dit que je voulais faire du cinéma. J’ai toujours été une artiste rebelle. J’ai même dit aux Américains : « Je suis fatiguée d’être la première de “trop de premières fois”. » à avoir un César, par exemple. C’est lourd à porter et ça sert à quoi d’être pionnière sans pouvoir faire ce qu’on veut ? J’ai refusé 200 projets, mais je suis aussi heureuse d’accompagner les jeunes, Alice Diop, Maïmouna Doucouré, et même de jeunes asiatiques qui viennent me remercier de leur avoir permis d’oser en ayant vu, par exemple, Rue CasesNègres. Et les prix, aujourd’hui, pansent mes petites blessures et me donnent l’énergie pour continuer. Comme on dit en anglais « I’m not a talker, I’m a doer ». n Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

© AMPAS

L’AVENTURE, C’EST L’AVENTURE


PAR BÉRÉNICE BALTA

SÉRIE

ATTENTION AUX FAUVES

DAKAR, ÉCRAN(S) LARGE(S) ! Après des années de désert cinématographique – seule la salle de l’Institut français restait de qualité – Dakar s’est de nouveau doté d’écrans dignes de ce nom. Aux trois salles du complexe Ousmane-Sembène (l’un des pionniers du 7e art africain), sur la corniche, s’était adjointe la salle du Canal Olympia en 2018. Mais pour les trois millions et quelques d’habitants de la région dakaroise, ça restait peu… La stabilité du pays, son attractivité, l’installation et le développement d’écoles de cinéma, la multiplication des tournages, l’offre de services (costumes, décors, techniciens, etc.) ont donné l’envie à des promoteurs de se lancer. Et, à l’automne dernier, après des retards dus au Covid, un complexe Pathé ultramoderne de 7 salles a ouvert, avant trois autres salles luxueuses au bord de l’océan qui font le pari de programmer 30 séances hebdomadaires, aussi bien avec des blockbusters que des films d’auteur. Intégré dans un centre commercial, ce cinéma de 810 places baptisé… « Seanema », a été inauguré en grande pompe avec la présentation de Xalé, les blessures de l’enfance de Moussa Sène Absa, une superbe et courageuse histoire autour du viol d’une brillante jeune fille par son oncle.

Pour le réalisateur, l’ouverture de nouvelles salles à Dakar est une bonne chose : « Les talents sont là, l’envie et les histoires aussi. Nous sommes un peuple de tradition orale, avec des millions de récits à raconter, de vraies sagas. Le problème vient plutôt de la mobilisation des ressources et d’une mutualisation des efforts. S’il y avait un fonds pour le cinéma à l’UEMOA (Union économique et monétaire ouestafricaine, composée de 8 pays), en plus du travail des distributeurs, des sociétés nationales et des autres professionnels, l’industrie serait partie ! Il faut faire revivre les ciné-clubs, que le cinéma retourne à l’école. C’est un problème d’éducation, de formation. Moi, j’ai vu mon premier film à 8 ans, dans un cinéma en plein air. Ça a participé à ma vocation. Je suis honoré de présenter mon dernier film dans cette salle. Les artistes doivent élever la voix pour faire avancer la société. » Encore faut-il qu’ils puissent être entendus. Ça tombe bien, le public sénégalais répond présent. Gageons que les professionnels sauront proposer une offre riche et diversifiée pour pérenniser ces investissements et en faire profiter le plus grand nombre. n

LES PROCHAINES SÉANCES

Le 42e Festival international du film d’animation de Bruxelles, Anima, aura lieu du 17 au 26 février. C’est le 2e plus gros festival mondial consacré au genre, après celui d’Annecy, en France. n

Si tout va bien, le 28e Fespaco se tiendra à Ouagadougou, au Burkina Faso, du 25 février au 4 mars. n

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

Du 2 au 12 mars, le Lincoln Center, à New York, accueille les Rendez-Vous with French Cinema, qui offrent la possibilité au public américain de découvrir une vingtaine de films hexagonaux récents accompagnés de leurs auteurs. n

On ne change pas une équipe qui gagne… Après le succès de la saison 1, Wara, la série diffusée sur TV5Monde créée par Charli Beléteau sur une idée de Magagi Issoufou Sani, va avoir une suite. Les aventures du professeur d’université Moutari Wara (qui, en bambara, veut dire « fauves ») sont en train de se tourner notamment à Saint-Louis, toujours coproduites par la France, le Niger et le Sénégal. Diffusion prévue au mitan de 2023. Patience…

PLATEFORME

CROQUEZ LA POMME

Discrètement lancée en France il y a trois ans, Apple TV+, la plateforme de la multinationale à la pomme, n’est pas très chère (moins de 5 € par mois, voire gratuite avec l’achat d’un produit de la marque). Mais ce n’est pas son principal atout. En effet, elle ne propose quasiment que des contenus originaux et pour la plupart de grande qualité. Séries, films, documentaires, il y en a pour tous les goûts et tous les publics. https://www.apple.com/fr/apple-tv-plus

Top Secret, espionnage et cinéma : une expo d’envergure proposée par la Cinémathèque française, à Paris. Films, gadgets, affiches, accessoires de tournage, costumes sont à découvrir jusqu’au 21 mai. Beau catalogue à s’offrir ! n

Retrouvez les bandes annonces sur FDLM.ORG espace abonné

Les Éditions Vives Voix, basées à Dakar depuis 2009, présentent, en partenariat avec le Fonds d’archives africain pour la sauvegarde des mémoires, une nouvelle collection, dirigée par Ghaël Samb et Baba Diop : Les Grands Cinéastes Panafricains. n

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APPEL À CONTRIBUTION

LE FRANÇAIS DANS LE MONDE, C’EST VOUS ! Partagez avec les lecteurs du Français dans le monde vos expériences de classe, vos projets pédagogiques, vos savoir-faire didactiques

PA R

EZ ! P I C I T

MÉTIER | AST UCES DE CLA SSE

ASTUCES DE CLASSE

Racontez vos « trucs et astuces » sur une thématique de classe particulière ! Notre chroniqueur Adrien Payet les recueillera dans cette double-page très vivante et très appréciée.

L’imagination et moteurs de notrela créativité sont les devons de surprenmétier. Nous nous dre nos appren pour mieux les intéresser, varier ants supports, glaner les ici et là de nouvel ressources, activité les s ou projets qui feront de notre cours un lieu vivant d’apprentissag e et de découv erte. Il existe de nombr ressources FLE, eux sites dédiés aux de rencontre, dedes lieux et des espaces partage, de format Et vous, quels sites, ion… expériences vous ressources ou construire vos inspirent pour cours ? C’est la question que nous avons lecteurs. Voici posée à nos lectrices et leurs réponses.

D

ans mon pays on adopte un nouveau régime catif numériqu édue. Donc, je cherche le site de TV5Mond des activités sur les transformant e ou la plateforme IF Profs en à l’aide des applicatio riques, des activités ns numénière par exemple, et des jeux interactifs. La semaine pératif en classe j’ai utilisé le jeu FIFA pour expliquer deren faisant conjuguer l’imtrès simple. ce mode d’une manière Moustafa Yehia,

J

e suis votre rubrique « Astuces » depuis parution et ça la première me donne beaucoup du temps aussi d’idées ! Je passe sur Linkedin et les groupes FLE Facebook sur de mutualisation pour m’inspirer. J’aime beaucoup des pratiques, l’idée c’est importan de profs sont isolés dans leur t car travail. Par exemple beaucoup établissement je suis la seule dans mon enseignante de pas quelqu’un français, je n’ai avec qui partager preuneuse de ce type d’initiativ des idées, je suis donc très e. Valeria Robles,

Espagne

Argentine

P

our trouver des activités je vais sites : Le point du FLE (surtout sur 3 grammaire), Bonjour de Francepour la les karaokés (pour prendre du Cavilam et les jeux) et Le plaisir d’ap(pour un travail compétences). ciblé sur les Je m’inspire aussi sources partagées beaucoup des respar les enseignan ts sur IF Profs.

Veronica Giovani,

’ai découvert récemme nt la page tion FLE sur le site des Zexperts. Espace FormaIl y vidéo avec des idées et technique a des capsules pour la classe. Je vous les recommas très pratique nde.

Magalie Navarre,

Canada

J

Fernando Aliva,

J

’ai fait étudier dans un cours « Déjeuner du matin » de Prévert. On coup amusés, car s’est beaules élèves ont changé la fin de la poésie, on a eu des résultats très drôles !!! Nury Nury Dip,

vant, une méthode un livre de l’élève c’était cahier d’activité et un s. Il fallait aller sources compléme chercher les resntaires ailleurs. jourd’hui, entre Aules sites compagn des méthodes, ons les Facebook associés pages et groupes les plateformes à certains titres et numériques des teurs je trouve édiqu’on est bien servi ! Pour toutes ces raisons je trouve est plus cohérent qu’il de rester sur les sources du manuel. res-

Mohamed Sadi, Argentine

Maroc

Espagne

T

out dépend du niveau, mais une définitio n (courte) de mots en lien avec le champ lexical étudié et donc les mots qui correspondent. son binôme. Une Chacun doit trouver étiquette mot en 2, retrouver coupé son virelangue sans binôme. Sinon, un voix, les apprenan occupent tout ts l’espace classe et doivent retrouver leur binôme ou plus simplement en lisant sur les lèvres (donc articuler sans bien voix), celui-ci marche vraiment bien. Fous rires garantis. Chrystelle Lafaysse,

Sénégal

J

’aime aller fouiner sur des sites qui n’ont rien à voir avec le FLE pour trouver un peu de sang neuf :) Par exemple, j’ai trouvé de vraies pites sur le blog pé« Les folles colos ». Il y a beaucoup d’activités à réaliser dans et hors de la classe.

Le français dans

le monde | n°

427 | janvier-févr ier 2020

Christophe Laval,

Italie

Australie

À RETENIR

Nous le voyons ici, les enseignant s de français ne manquent pas de sources d’inspiratio n ! On retrouve les grands sites phares du FLE comme TV5Monde mais aussi de moins connus, qui constituent tous un vivier monument al de ressources pour la classe – sans oublier bien sûr votre revue Le français dans le monde qui, nous l’espérons, vous inspire au quotidien.

JE PARTICIPE

Mohamed rappelle que les méthodes de FLE offrent aujourd’hui beaucoup de ressources complémentaires dont il serait de se priver. L’intérêt dommage étant qu’elles suivent à la lettre la progression de votre manuel. Ces dernières années des plateforme s de partage d’activités comme IF Profs de l’Institut français ou encore les excellents sites Agito! (cité par Ana)

et les Zexperts (par Magalie) se sont multipliés et remportent un vif succès. En dehors des ressources en ligne, Fernando rappelle de suivre des formations l’intérêt organisées par la FIPF, les IF, les AF et aussi les éditeurs. La plupart d’entre elles sont gratuites. Il existe également des CLOM en FLE et des webinaires gratuits (notammen t « Doc en stock »). n

!

Rejoignez FACEBOOK/LeFDLM www.fdlm.org

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FLE, nous sommes

Liliane Noler,

OÙ CO OÙ CO MM MM CH CH EN EN ER ER T T CH FO CH FO RM EZ RM EZ EZ -V EZ -V OU -VO OU -VO SUS S US VO VO DE DE TR S TR SE GR GR E OIN IN OUP UP SP SP ES IRES IR ET ET AT AT DE DE IO IO SN N S BIN BIN PO PO ÔM ÔM UR UR ES ES VO VO EN SEN S CLCO J CL CO AS AS UR UR SE SSE ?? S?? A e participe à toutes les formation y en a de plus s possibles. Il en plus et en Espagne d’entre elles sont gratuites. Je vais plusieurs aux université s d’été et aux journées tous les ans drid. J’essaie aussi FLE de Mapar les éditeurs. de participer aux journées organisées Dans chaque atelier j’essaie quelque chose de retenir et de l’applique r, mais il faut vite, sinon c’est le faire très perdu !

« En classe de

C

e sont mes neveux Ils vivent en France qui m’inspirent ! l’âge de mes élèves et comme ils ont (14-15 ans), je questionn les d’intérêt, les derniers e sur tout : leurs centres jeux vidéo ou séries cès, la mode vestiment à sucjeunes (qui n’arrêtent aire, les expressions des pas de changer suite, j’essaie de !), etc. Enme alité pour motiver caler au plus près de cette rémes jeunes et les faire parler.

Égypte

Un grand merci aux et le site de notre enseignants qui ont participé chroniqueur : www.fle-ad et à bientôt rienpayet.com sur les réseaux sociaux

RUBRIQUE ANIMÉE PAR ADRIEN www.fle-adrienpayet.c PAYET om Le français dans

le monde | n°

427 | janvier-févr ier 2020

J

’adore le site Agito!, trouve qu’ils proposenje t des activités vraiment intéressantes et novatrices. J’écoute aussi dcasts « Les agités leurs podu FLE » et « Les agités de la m’inform er sur classe » pour les nouvelle s pratiques en FLE. sûr il y a les articles Et puis bien et fiches pédagogiques de votre revue que j’utilise beaucoup , notamment les jeux et les Incroyab toires de la grammair les hise! Ana Leon, Cuba

heureux ! »

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es.

nique Serrès-Foss

n franco-hellé

Avec l’Associatio

DE MÉTIER | VIE de l’école, Dans la cour

avant notre visite

PROFS

à l’Institut français

ue.

de Thessaloniq

VIE DE PROF

!” »» IS !” AIS ÇA NÇ AN FRA LE FR RLE PAR JE PA JE I, I, U U “O “O IT IT D ND ON CE,, O RÈCE GRÈ EN G «« EN dre à commuet leur désir d’appren certains français, malgré manque demande avant niquer ennégatifs comme le pays tou- « Je me l’enaspects a Grèce est un donner la fatigue ou la connais- tout comment de concentration, l’assimiladu ristique où étrans confiance en nui qui peuvent freiner Rencontrée lors en des sance des langues rée aux enfant s connaissances qu’ils tion de nouvelle gères est considé J’ai eux-mêmes, pour Congrès européfrançais ues. atout. un linguistiq de lisent t, comme étran- écoutent, parlen professeurs r septembre suivi des cours de langues et acen français » à Athènes en toula avant Créer et s’amuse j’étais plus jeune iquer et écrivent demande quand me je gères C’est pourquoi enfants peux commun dernier, Stama is 2000, j’ai t donner à ces qu’ils tuellement je anglais et en franlicence, en tout commen , en es, pour le Après ma l’enseigneeux-mêm enseigne le frança en allemand c’est en pour vraie passion, réussi le concoursdes écoles du sec- confiance mais aussi qu’ils parlent, çais. Mais, ma les dans deux écoles du écoutent du FLE dans en français ! Pour enseigné à de la ment Grèce français ! e pas unipublic. J’ai d’abord re avant lisent et écrivent enfance, les sons primaires en fait ent si teur Pendant mon secondai je ne me concentr souvent me paraissai apprenants du . J’ai motiver, ement Nord. Elle nous de ce langue française commencé à l’ap- des er vers le primaire DEA quement sur l’enseign et de la gramj’ai m’orient que peu s de ire un un fascinant de partager de six ans grâce d’ailleurs obtenu, en 2013, ouverte stérile du vocabula qui unit prendre dès l’âgeelle-mêm contraire j’essaie e appris hellénique maire, mais au ludique à l’apprena lien indéfectible de l’Université dans l’enseià ma mère, qui Grèce. ses études de (spécialisée donner un aspect l’utilisala France à la le français pendant j’ai appris des de Patrast à distance) précisément tissage pour les guider vers début, acquises, afin prignemen médecine. Au connaissances ue de FLE au l’oral, mais à des et tion didactiq phrases la française ULIA chansons et des ique du sur ment, je travaille qu’ils créent en langue était la proULA MAKRYPO ssage systémat maire. Actuelle PAR STAMATO la Grèce du mon apprenti t avec elle. Telle cé quand je me à Serrès, une ville de nique s’amusenue de mon mémoire de DEA, de français a commen de Thessalo à l’Institut français où nord, à 90 km de 10-12 blématiqApproche holistique et activités suis inscrite èse, à des élèves du Péloponn ment-apprengrec, intitulé et j’enseigne l’enseigne éducatif Patras (au nord voyage pour Ce le système e ludiques j’ai grandi). écoles primaires e ans (dans je suis née et de la deuxièm du FLE dans les la langue français l’enseig nement e – l’anglais étant tissage éducatif avec du Nord. Grèce pour les ennula es de étrangèr intérêt – e langue des ressourc ainsi que mon e pour faire des considér é comme la premièr Je me sers aussi nt aux élèves se fait en 5 nafants m’ont motivée qui permette à l’Université leur imale secteur public s classes du mériques libre cours à études de Lettres ienne d’Athènes, danse , les deux dernière spontanéité de donner tionale et capodistrent de Langue et et 6 leur rier 2020 primaire). J’adore dans le départem s. | n° 427 | janvier-fév dans le monde Le français littérature française

L

nombreux enseiplus, avec de région nous œuvrons per De à des gnants de ma Je voudrais partici du grand public fait penser au « à l’initiation ants ales comme l’amiLa Beauté blanchée (de Lancôme) avec mes appren notions primordi la communicaé, et qui « La vie est belle on, leur créativit les nt parfum projet éducatif gination et à tié, la civilisati travers des maniun secret pour plus intéressa propriété est à Si à un les rendent le cours je suis et sa tion, la paix… produits de beauté. es en lien avec Depuis 2016, eTwinning pour sociétés des à leurs yeux. festations culturell une bonne odeur et de la avec des ce en TICE (techno- on sent la plante, de la langue notre mettre en lien aussi formatri la promotion , elle touche » s et de la comtion apparaît s. Pour cette année, phone logies de l’informa l’enseignement) blanche s’embellit. Le visage laid écoliers franco culture française monte la pièce ion pour nez et on et le visage munication notre Associat Jean Anouilh nts de langues des gens devient beau de motivent » qui enseigna Antigone beau. plus repour les que les de ces projets secondaire. Sa r en fran- théâtrale Serrès. Je crois sont beau devient encoretion détaillée En plus des élèves du ts à s’exprime étrangères à nts du théâtre présenta à des avec les apprenan des apprena J’ai fait une tion sur la scène bénévolement le r numérique potentialités à l’investissement de ce projet d’herbie + , la revue çais, je participe ues à la bibliothèque présenta est programmée pour optimisées grâce les nouthématiq de Contact de de Serrès 2020. permettent dans le n° 83 urs de ateliers n des enfants cognitif que et mois d’avril différentes tion des professe aire de Serrès à l’attentio gies. intégrer les ateliers éducatifs universit velles technolo à divers projets de l’Associa des Pour moi, 7 à 12 ans. Ces de formation processus d’enseiJe pense ainsi apprenants. Ainsi français ) en Grèce (https://apf.gr). artistiques servent à célébreronie, formes d’art au favorise le goût mes FLE en (APF-FU Noël, la Francoph menés avec gnement du le désir fêtes comme la Journée de haïkus, organisé é des élèves et e s des poètes, du concours d’apprendre et les arts élèves ont remport 3e le Printemp des langues… Ils sont numérique en langue étrangèr er du Le lors s’exprim 2016, où mes Poème ne de pour leur « iquer avec d’autres septembre dernier,professeurs européen animés par les membres raiun prix spécial « Feuilles rouges, En pour commun organisés et européen des ellénique C’est pour cette e»: la Congrès j’ai pu démontion franco-h sur l’automn r avec francophones. / Tombent sur français, à Athènes, sur l’usage de l’Associa dont je fais partie. je voudrais participeéducajaunes, orange Il pleut de les son que mon atelier Serrès-Fosses un projet tristesse ! / nous mettons apprenants à une trer durant éducatifs grand public terre – quelle plateAvec mes collègues en contact avec mes ». En 2018,er sites web (un projet de nts du FLE, comdans mon cœur + et 1 prix des tif eTwinning l’enseignement se sont servis jeunes participa é par Erasmus a remporté le en suivant pour pour ts autre section francophone forme cofinanc une communauté la catégorie verte au ment mes apprenan avec le projet le monde ludique, propre à cette former à vise les ex aequo de qui parcours s en Grèce numériques Europe) qui anée, en un o- des outils C’est génial d’écouter d’apprentissage en les écoles primaire de la francoph avec des écotranche d’âge. une fois la Méditerr quelques leurs Il était at avec l’Institut français de les petits enfants énoncer à la fin mettra au contact étrangers où la Concours national ont exprimé et des pays n nie : les enfants et linguistiques partenarinique. Il s’agissait de présen- phrases de base en français avec liers issus es est enseignée. dans le but tous ensemble talents artistiqu plantes Thessalo langue française nt et par écrit de l’atelier dire !» dessinant sept été ter (oraleme le mérou brun, fierté : « Oui, je parle français 31 en créant et les qualités ont la de créer une affiche) n. magiques dont menacé de disparitio Voici celles de poisson français. un en : décrites La Beauté blanchée plante magique Le français

dans le monde

Comment vous est venue l’idée de devenir professeur(e) de FLE ? Partagez votre experience en racontant votre parcours unique qui passionnera la communauté des enseignants de français.

rier 2020 | n° 427 | janvier-fév

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Envoyez-nous les fiches pédagogiques que vous avez créées pour vos élèves ! Elles seront mises en page et publiées dans le magazine.

CO N T

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EZ !


OUTILS | FICHE

PAR WALMIR MIKE RODRIGUES, COAUTEUR DE LA MÉTHODE ODYSSÉE A2-B1 (CLE INTERNATIONAL)

NIVEAU : A2-B1, ADOLESCENTS ET ADULTES

MOTS- CLÉ : adoption, déracinement, identité, intégration

OBJECTIFS n Communicatifs (acte de parole) : comprendre les informations contenues dans un

extrait de film, analyser, commenter les images d’un document vidéo (bande-annonce, jaquette du film, etc), n Sociolinguistiques et socioculturels : les démarches d’adoption en France n Contenus linguistiques : enrichir le vocabulaire lié au monde du cinéma (synopsis, commentaires, critiques, l’emploi du subjonctif présent (rappel).

DURÉE : 2H MATÉRIEL n Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=WFfojlA_d4c n Extrait 1 : https://www.youtube.com/watch?v=MuJnbMLYi2Q n Synopsis : http://www.allocine.fr

« COULEUR DE PEAU : MIEL » FICHE ENSEIGNANT Note pour les enseignants : visionner les vidéos avant de démarrer la séance, car il se peut que celles-ci ne soient pas disponibles dans certains pays.

ÉTAPE 1 : MISE EN ROUTE

ACTIVITÉ 1 Quels mots vous viennent à l’esprit lorsque vous pensez au mot « adoption » ? Écrivez-les dans le tableau, puis comparez-les à ceux de vos voisins. Adoption

ACTIVITÉ 4 : SECOND VISIONNAGE. RÉALISEZ LES ACTIVITÉS (A ET B). FAITES LA MISE EN COMMUN EN BINÔMES. a) Les phrases ci-dessous reprennent des actions de Jung montrées dans le document en désordre. À vous de les remettre dans l’ordre en numérotant chaque case de 1 à 6. apprend à faire du vélo.

les parents de Jung rencontrent

la proviseure. son arrivée à la maison. imagine ses parents.

joue avec ses frères.

rejoint sa nouvelle famille.

b) Complétez le tableau avec les informations demandées.

ACTIVITÉ 2 En binômes, observez la jaquette du film ci-dessous. Répondez aux questions. Présentez vos réflexions au groupe-classe. a) Que vous évoquent ce titre et cette image ? b) Selon vous de quel genre de film s’agit-il ?

ÉTAPE 3 : L’ARRIVÉE DE JUNG DANS SA NOUVELLE FAMILLE

c) Comment imaginez-vous l’histoire de ce film ?

ACTIVITÉ 5 : Visionnez une première fois un extrait du film :

d) Quel rôle l’enfant au milieu de l’image joue-til dans le film ?

https://www.youtube.com/watch?v=MuJnbMLYi2Q

e) D’après vous, qui est la femme avec le parapluie au loin ?

ÉTAPE 2 : VISIONNAGE DE LA BANDE-ANNONCE ACTIVITÉ 3 : Visionnez la bande-annonce une première fois. Cela correspond-il à ce que vous avez évoqué dans l’étape précédente ? Pourquoi ? Oui

Non

Parce que __________________________________________

Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023

ACTIVITÉ 6 : Visionnez la vidéo une deuxième fois. Réalisez les activités (A et B). Mise en commun en binômes.

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a) Complétez l’extrait ci-dessous à l’aide des mots proposés : adoption, enfants, parents adoptifs, famille, petit coréen. « Pour certaine ………d’……c’était chic d’avoir un son…….C’était comme avoir une voiture neuve, sauf que ça demandait un peu plus d’entretien, mais mes……, ils s’en foutaient des voitures neuves. Je me suis toujours demandé pourquoi ils m’avaient adopté, alors qu’ils avaient déjà quatre……………». b) Associez les caractéristiques de la nouvelle famille de Jung au personnage qui convient : (1) fait attention à son fils, (2) aime la danse, (3) ironique avec le prénom de son fils, (4) la cadette de la famille, (5) a un caractère assez fort, (6) a le même âge que Jung.

COULEUR DE PEAU : MIEL (À partir de 10 ans)

Ils sont 200 000 enfants coréens disséminés à travers le monde depuis la fin de la guerre de Corée. Né en 1965 à Séoul et adopté en 1971 par une famille belge, Jung est l’un d’entre eux. Adapté du roman graphique Couleur de peau : Miel, le film revient sur quelques moments clés de la vie de Jung : l’orphelinat, l’arrivée en Belgique, la vie de famille, l’adolescence difficile. Il nous raconte les événements qui l’ont conduit à accepter ses mixités. Le déracinement, l’identité, l’intégration, l’amour maternel, tout comme la famille recomposée et métissée, sont autant de thèmes abordés avec poésie, humour et émotion. Réalisé dans un étonnant mélange d’images réelles et dessinées, entre présent et souvenirs, utilisant à l’occasion des archives historiques et familiales, Couleur de peau : Miel est un récit autobiographique d’animation qui explore des terres nouvelles. Source : http://www.allocine.fr

a) De quel type de document s’agit-il ? d’un synopsis. d’une critique.

ACTIVITÉ 7 : D’après-vous, quels déracinements Jung a-t-il senti en arrivant en Europe ? Ecrivez

d’un commentaire.

b) Quelle en est la source ? …………………………………………………………………….. c) De quel genre cinématographique s’agit-il ? ………………………………………………. d) Ce film est conseillé… aux téléspectateurs ayant moins de dix ans. à tout public aux téléspectateurs ayant plus de dix ans.

ÉTAPE 5 : PRODUCTION ORALE ACTIVITÉ 8 : En trinômes, discutez à partir des questions suivantes : a) D’après vous, pour quelle raison la famille de Jung l’a-t-elle adopté alors qu’ils avaient déjà quatre enfants ? b) Seriez-vous plutôt pour ou contre l’adoption dans votre pays ? Expliquez. c) Comment comprenez-vous la phrase « je viens d’ici, mais aussi d’ailleurs, je ne suis ni blanc ni noir ». d) Selon vous, un enfant adoptif doit-il connaître ses parents biologiques ? Justifiez.

ACTIVITÉ 10 : En binômes, discutez à partir des questions suivantes. Avez-vous déjà adopté un enfant ? Comptez-vous le faire un jour ? Pourquoi ? Selon vous, quelles sont les conditions nécessaires pour adopter ? Listez et justifiez. Croyez-vous que tout le monde puisse adopter ? Les enfants adoptés doivent-ils être mieux traités que les enfants biologiques ?

ÉTAPE 4 : LE FILM

ÉTAPE 6 : PRODUCTION ORALE

Synopsis du film et lexique du monde du cinéma :

ACTIVITÉ 11 : Au choix !

ACTIVITÉS 9 : Individuellement, lisez le document ci-dessous. Répondez aux questions suivantes :

1. Rendez-vous sur le site www.mk2.com/films/nouveautes. Repérez des informations concernant le film Couleur de peau : Miel (séance, public, les tarifs, les critiques des téléspectateurs…). Ensuite, vous envoyez un mail à un(e) ami(e). Vous lui proposez d’aller au cinéma avec vous voir le film. Votre message doit contenir environ 80 mots. OU 2. Vous avez regardé le film Couleur de peau : Miel en ligne. Vous écrivez à un ami pour lui raconter vos impressions. Vous évoquerez le thème central du film, ce que vous avez aimé le plus, la description des personnages, les acteurs qui y jouent, etc. Environ 80 mots.

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Le français dans le monde | n° 444 | janvier-février 2023


complè t le n maire cilemen m a e a f r e g e t r u e d o n n t re ge de référence : s qui etU our app s simple p le n omplète et t s io r n t u e a reunecexplication c le m li as, NTS eu p E s schS éAm dre faccilo uides ex c e n q e d LESCs e v r , s O a D x p le , u p p is a a D a r N nté . nive LTES ET GRcAo s nsçim e ra s n f m le io t m s a , u c s U o li p AD mples mta htéà e c des ex , deasptsecn usx’a t des ex . a s e e é s t iv n n n e io s t m a le r t m s s o u c o lu t s sil dpele es exem ons et d

cices de langue

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de la France. à la découverte

TS LESCEN DS ADO N A R G T SE ADULTE

POUR

ÇAIS N A R F DRE LE N E R P P A

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ÇAIS N A R F E RE L IS D A N Ç E N R A P R FP ULREA E O R P D N E PPR POUR A te en te et tou

TELLEMENT PLUS FACILE EN IMAGES !

RÉPONSES janvier

re mais également à l’essor de l’aviation, qui a remplacé ansport maritime. e de Michel Sardou de 1975 intitulée Le France rend ou de technologie à l’époque et fleuron de l’industrie

tlantique sont toujours actifs et ont su s’adapter aux construisent actuellement des paquebots, à la différence paquebots de croisière de luxe, prêts à accueillir 7 000 à rticipent également à la construction d’éoliennes en mer.

tingue pas certaines couleurs. Le daltonisme est une a perception des couleurs (ce trouble de la vision des dyschromatopsie). D’origine génétique, elle a pour cause u plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire. écouverte par le physicien et chimiste britannique John xiste plusieurs formes de dyschromatopsie partielle, la la confusion du vert et du rouge. Les autres formes de ment plus rares, comme la confusion du bleu et du jaune, étant la déficience totale de la perception des couleurs e sujet ne perçoit que des nuances de gris. Des personnes nnes : Bill Clinton, Mark Zuckerberg, Uderzo… altonien avec le dalmatien, qui est une race de chien très de Dalmatie (Croatie), connue pour ses taches noires et Dalton, quant à eux, sont des personnages de la bande

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Une grammaire destinée aux grands adolescents et adultes niveaux A1/B2

” est la conjugaison au passé composé du verbe “croître” re”. Le verbe se conjugue de cette façon : j’ai crû, tu as us avons crû, vous avez crû, ils / elles ont crû. “croître” se conjuguent presque de la même façon, seul r le u du participe passé du verbe “croître” les distingue. roire” au passé composé se conjugue de cette façon : elle a cru, etc. r le verbe “croître” : “En 25 ans, la population mondiale

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Le français dans le monde est une publication de la Fédération internationale des professeurs de français éditée par CLE International

ISSN 0015-9395 9782090359459


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