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FDLM 439 - mars-avril 2022

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REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS

// LANGUE //

Niki Papadopoulou-Papa, entre Chypre et la France « Iel », le pronom de la discorde

N°439 mars-avril 2022

6 fiches pédagogiques avec ce numéro // ÉPOQUE //

Mohamed Mbougar Sarr, la littérature en question Le hip-hop fait sa révolution // MÉMO //

Tiken Jah Fakoly, star ivoirienne du reggae Jérôme Fourquet : « La France sous nos yeux » // DOSSIER //

DESSINE-MOI

LA FRANCE DESSIN, DESSEIN, DESTIN… FIPF

// MÉTIER //

Enseigner la francophonie : principes et usages

Médiation culturelle : suivez le guide numérique !


numéro 439

12 Que vous soyez abonné(e) à la version numérique ou papier+ numérique Créez en quatre clics votre espace en ligne sur www.fdlm.org pour accéder aux suppléments pédagogiques

RÉGION

LA RUÉE VERS L’OUEST ÉPOQUE

08. Portrait

Mohamed Mbougar Sarr, la littérature en question

10. Tendance

Bien dans ses pantoufles

11. Sport

Femmes au volant, Formule 1 au tournant

12. Région Pour profiter de fiches pédagogiques, des documents sonores et de leur transcription ainsi que des suppléments en ligne, ne perdez pas une minute pour créer votre Espace abonné sur le site du Français dans le monde. Suppléments en ligne et PDF des numéros n L’espace « Suppléments en ligne » offre des prolongements aux articles parus dans la revue : l’accès aux clips des artistes présentés dans la rubrique « À écouter » et aux bandes-annonces des films de la rubrique « À voir », des informations complémentaires aux articles parus dans la revue, des prolongements pédagogiques au dossier… Téléchargez le PDF complet des numéros de la revue depuis 2016.

Fiches pédagogiques n Les fiches pédagogiques en téléchargement : des démarches d’exploitation d’articles parus dans Le français dans le monde. n Cliquez sur le picto « fiche pédagogique » sur les pages lors de la lecture pour télécharger la fiche d’exploitation de l’article en question. n Rendez-vous directement sur les pages « À écouter » et « À voir » : cliquez sur le nom des artistes ou des œuvres pour visionner les vidéos ou les bandes annonces des films. n Cliquez sur les liens ci-dessous pour télécharger les reportages audio et leur transcription. Rendez-vous sur www.fdlm.org !

La ruée vers l’Ouest

14. Idées

Bruno Patino : « Les entreprises sont responsables des effets des algorithmes sur nos vies »

16. Expo

Le hip-hop fait sa révolution

17. Écrans

Succès en séries

LANGUE

18. Entretien

Donald Lillistone : « L’essentiel c’est d’offrir le français comme un choix »

20. Étonnants francophones

Niki Papadopoulou-Papa : « Quel plaisir sur ma route ! »

21. Mot à mot

Dites-moi professeur

22. Politique linguistique

Identité et promotion. Les langues de la France d’outre-mer.

DANS VOTRE ESPACE ABONNÉ SUR FDLM.ORG

24. Débat

« Iel », le pronom de la discorde

DES FICHES PÉDAGOGIQUES POUR EXPLOITER LES ARTICLES

LES REPORTAGES AUDIO

- Région : La ruée vers l’Ouest - Question d’écritures : Situation(s) d’argumentation : convaincre et persuader - Mnémo : L’incroyable histoire des mots transparents (et des faux amis)

- Dossier : L'engagement politique de la génération Z - Culture : Didgeridoo : le son de la terre - Tendance : La airie de Paris cherche des bouquinistes - Expression : Hameçonnage

MÉTIER

28. Réseaux

Cynthia Eid : « 2022 : Engagez-vous !!! »

30. Vie de prof

Karl Akiki, réveiller la Belle au bois dormant.

32. FLE en France

Master FLE : la « voie royale » vers l’emploi ?

02

Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022


Le français dans le monde sur Internet : http://www.fdlm.org 34. Zoom

L’enseignement du français aux Plats Pays

36. Focus

Fati Chnane -Davin, Jean-Pierre Cuq : « Parler de compétence francophone, ça signifie d’abord élargir le champ de l’enseignement du français »

38. Question d’écritures

Situation(s) d’argumentation : convaincre et persuader

40. Expérience Maîtriser le temps

42. Français professionnel

De la passion pour la gastronomie à l’apprentissage du français

44. Astuces de classe

Comment aborder l’actualité avec les apprenants

46. Innovation

Médiation culturelle : suivez le guide numérique !

DOSSIER

DESSINE-MOI LA FRANCE : DESSIN, DESSEIN, DESTIN

48. Tribune didactique

Des dispositifs de formation innovants et variés

50. Ressources

MÉMO

66. À écouter 68. À lire 72. À voir

INTERLUDE 06. Graphe Élu

26. Poésie

Robert Desnos : « Demain matin », « Sacrée France »

52. En scène !

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait…

64. BD

Les Nœils : Grève négative

54

Jérôme Fourquet : « Beaucoup de personnes ne reconnaissent pas la France qu’elles ont sous les yeux. » ....................................................56 La France vue d’ailleurs...............................................................................58 Abécédaire de campagne présidentielle......................................................60 « C’est le bazar, c’est la foire ! » La campagne vue par les électeurs...............62

OUTILS

75. Fiche pédagogique RFI Les jeunes et la politique

77. Fiche pédagogique

La France par les textes : plurielle et universaliste

79. Fiche pédagogique

La France par les images : lieux, symboles, personnages, traditions

81. Mnémo

L’incroyable histoire des mots transparents (et des faux amis)

82. Jeux

Objectif : accès à la santé !

édito

Si riche et si plurielle

langue française C’est de saison : la Francophonie officielle a choisi le printemps pour illustrer chaque année la créativité de la langue française et la diversité de l’espace francophone. C’est un sillon que Le français dans le monde creuse depuis maintenant 61 ans. Éducation, culture, pédagogie… Cette conviction francophone de la revue, ce numéro très polyphonique y fait écho trait pour trait : les voix viennent du Sénégal, Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2022, questionnant la littérature ; du Liban, Karl Akiki, chef du département de français de l’Université SaintJoseph à Beyrouth, réaffirmant l’identité francophone du Liban ; d’Angleterre, Donald Lillistone défendant comme essentiel l’idée d’offrir le français comme un choix ; de Chypre, Niki Papadopoulou-Papa qui s’attache à resserrer les liens entre « ses » deux pays au sein de l’Alliance française de Limassol ; du Japon (Emiri), du Brésil (Alessandra) de Corée (Sukwon), chacune, chacun, ayant marié sa passion pour la gastronomie avec l’apprentissage du français. Alors oui, s’il y a urgence de célébrer, valoriser, promouvoir la francophonie, il y a aussi urgence de l’enseigner pleinement et totalement. L’ouvrage de Fatima Chnane-Davin et JeanPierre Cuq, Enseigner la francophonie principes et usages arrive à point nommé pour inviter à élargir encore et toujours le champ de l’enseignement de cette si riche et si plurielle langue française. n

Le français dans le monde, revue de la Fédération internationale des professeurs de français - www.fipf.org, éditée par CLE International – 92, avenue de France – 75013 Paris – Tél. : +33 (0) 1 72 36 30 67 Fax : +33 (0) 1 45 87 43 18 • Service abonnements : +33 (0) 1 40 94 22 22 / Fax : +33 (0) 1 40 94 22 32 Directeur de la publication Cynthia Eid (FIPF) • Conseiller de la rédaction Jacques Pécheur • Rédacteur en chef NN • Secrétaire général de la rédaction Clément Balta cbalta@sejer.fr • Relations commerciales Sophie Ferrand sferrand@sejer.fr • Conception graphique - réalisation miz’enpage - www.mizenpage.com Commission paritaire : 0422T81661. 60e année. Imprimé par Estimprim • Comité de rédaction Michel Boiron, Célestine Bianchetti, Franck Desroches, Juliette Salabert, Isabelle Gruca, Chantal Parpette, Gérard Ribot. Conseil d’orientation sous la présidence d’honneur de Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie : Cynthia Eid (FIPF), Paul de Sinety (DGLFLF), Franck Desroches (Alliance française), Nivine Khaled (OIF), Dominique Depriester (MEAE), Marc Boisson (FIPF), Évelyne Pâquier (TV5Monde), Nadine Prost (MEN), Doina Spita (FIPF), Lidwien Van Dixhoorn (RFI), Jean-Luc Wollensack (CLE International).

Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022

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ÉPOQUE | EXPO

D’abord marginal, le hiphop est devenu en France un mouvement culturel très populaire. La preuve avec une superbe exposition à la Philharmonie de Paris, jusqu’au 24 juillet, qui tente d’en faire le tour, à 360°.

LE HIP-HOP PAR NICOLAS DAMBRE

FAIT SA RÉVOLUTION

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comme un éphémère mouvement de mode s’est durablement installé et propagé à d’autres disciplines.

Une touche française

Si, en 1984, TF1 diffuse l’émission « H.I.P. H.O.P. », ce cas unique cache le discrédit qui frappe le mouvement aux yeux des grands médias. En France, seule la radio Skyrock choisit dès 1996 de ne diffuser que du rap, jugé souvent sulfureux à cause de ses textes crus ou de ses clips violents ou sexistes. L’exposition fait entendre ses différents genres : hardcore, introspectif, humoristique, engagé… En somme, chacun peut trouver le style d’écriture – ou de musique – qui lui convient. Cela explique sans doute le succès phénoménal du rap en France, devenue la seconde patrie du hip-hop après les États-Unis. « Il y a ici un contexte social particulier, analyse François Gautret, avec nos banlieues et des jeunes issus d’immigrations africaines et maghrébines. Le mouvement chroniquait cette réalité sociale. Le hip-hop est multiple et vit avec des contradictions : le graffiti considéré comme du vandalisme mais aussi exposé dans des galeries d’art, des clips tournés dans les cités ou sur

la tour Eiffel, les vêtements de sport ou les marques de luxe… Le hip-hop représente aujourd’hui toute la société. ». Et chaque génération se réapproprie cette culture, désigne ses héros et adopte ses propres codes. « Hip-hop 360 » s’ouvre sur une fresque chronologique, forcément subjective, consacrée aux grandes dates du mouvement. Ludique et interactive, l’exposition permet par exemple au visiteur de manipuler

Photo : Sylvio, Nation Rap, Toulon, 1990. © Jean-Pierre Maéro - ADAGP 2021 - Conception graphique : H5 • Imprimeur : KVC • Licences E.S. n°1-1083294, E.S. n°1-1041550, n°2-1041546, n°3-1041547.

D

es enfants, des ados, leurs parents, et même quelques personnes plus âgées, déambulent dans l’exposition « Hiphop 360. Gloire à l’art de rue » : des jeunes en jogging et casquettes, mais aussi des familles plus « bon chic bon genre ». À l’image du mouvement hip-hop, l’exposition rassemble différentes générations et classes sociales. « 360, explique François Gautret, commissaire de l’exposition, car on raconte le hip-hop à travers ses multiples formes d’expressions, de la mode au cinéma, en passant par le graphisme. » Le tout de façon à la fois pointue et accessible. Aux origines, le hip-hop est marginal, presque clandestin. Il naît dans les rues de New York à la fin des années 1970, puis s’immisce à Paris ou Marseille dans les années 1980. L’exposition à la Philharmonie s’intéresse aux spécificités françaises de ce mouvement qui est constitué par le rap, mais aussi le DJing, le graffiti, la danse et le beatboxing (imitation de sons avec la bouche). C’est sans doute ce caractère pluridisciplinaire qui a contribué à forger l’identité forte du hip-hop. Ce qui a pu être perçu

MUSÉE DE LA MUSIQUE

Pour en savoir plus : https://philharmoniedeparis.fr/

© François Gautret

une platine vinyle pour écouter des disques du DJ Dee Nasty ou de décomposer les pistes de titres signés Diam’s ou 13’Organisé. Les pionniers ont bien sûr une place de choix : Cut Killer, NTM, MC Solaar, DJ Mehdi… La relève est aussi présente avec Lala &ce ou Jul. Tout un travail de recherches d’archives a été – difficilement – mené. L’affiche de la tournée française New York City Rap Tour était introuvable ; plus étrange, beaucoup de vidéoclips avaient disparu. Une impressionnante collection de mixtapes sur cassettes audio est réunie sous vitrine, que l’on peut écouter grâce au casque fourni à l’entrée. L’espace 360 rappelle le cercle des battles (défis) de danse et des freestyles (improvisations) de rap. On y voit le hip-hop à 360 degrés, avec des projections de concerts mythiques, des clichés de fêtes dans un terrain vague parisien ou des chorégraphies. Avec ses tôles ondulées ou ses sièges de métro, la scénographie de l’expo se souvient que le mouvement est né dans la rue. Une culture qui n’est pas institutionnelle, mais qui désormais fait son entrée au musée. n

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ÉPOQUE | ÉCRANS La saison 4 de la série Dix pour cent a reçu un International Emmy Awards en 2021.

SUCCÈS

© DR

De Lupin à HPI, de Dix pour cent au Bureau des Légendes, les séries françaises se sont imposées dans le peloton de tête des pays producteurs du genre qui comptent. PAR JACQUES PÉCHEUR

EN SÉRIES

N

’en jetez plus ! Récompenses internationales, sommet des classements de magazines professionnels ou de journaux aussi prestigieux que le New York Times, adaptations par des télévisions étrangères, exportation dans des dizaines voire une centaine de pays qui consacre la France comme troisième pays exportateur de séries… Il y a bien, et c’est la BBC qui le dit, « une nouvelle vague de la série française ». Tout a commencé en 2005, avec Engrenages, sur Canal +, qui suit la vie du Palais de justice de Paris et a donné un sérieux coup de vieux aux autres séries policières. Sa différence : une autre écriture associant des experts aux scénaristes, une réalisation plus réaliste et un travail spécifique sur la lumière. Son succès et sa reconnaissance internationale

(International Emmy Awards en 2015) ont été les catalyseurs d’une nouvelle ambition chez les diffuseurs français. « On avance, on fait des progrès, affirme ainsi Fabrice de La Patellière, directeur des fictions françaises de Canal +. La formation des auteurs est meilleure, les producteurs souhaitent investir ce créneau et les auteurs ont envie de travailler à plusieurs. La France est désormais dans la course et n’a pas à rougir visà-vis de la concurrence étrangère. » Premier ingrédient du succès d’une bonne série : un bon scénario. Avec une forte maîtrise de la dramaturgie, des personnages forts et tout ce qui fait l’efficacité de la narration sérielle, mais qui propose aussi un point de vue sur le monde. Et pour réussir cette alchimie difficile, il faut des gens comme Éric Rochant avec Le Bureau des légendes – série qui suit les services de renseignement fran-

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çais et ses agents extérieurs, écrite en collaboration avec de vrais espions – ou Frédéric Krivine avec Un village français, qui retrace l’histoire de l’Occupation à travers le quotidien d’une petite commune fictive du Jura.

Françaises et universelles

Ces hommes et ces femmes portent un nom : « showrunner ». Ils ont en charge non seulement de diriger des ateliers d’écriture, qui fournissent rapidement des scénarios écrits à plusieurs mains, mais ils participent également à toutes les étapes de la fabrication, apportent un point de vue artistique et technique. C’est le cas pour Éric Rochant, donc, comme pour Fanny Herrero avec Dix pour cent, une série qui évoque LES SÉRIES FRANÇAISES QUI S’EXPORTENT Braquo, Engrenages, Lupin (policière) ; Baron noir (politique) ; Le Bureau des légendes (espionnage) ; Dix pour cent, HPI (comédie) ; Un village français, Versailles (historique) ; Les Revenants (fantastique) ; Trepalium, OVNI(s) (anticipation). À SUIVRE Festival Séries Mania : Festival international 100 % séries, du 18 au 25 mars 2022 à Lille et en ligne. https://seriesmania.com/

le quotidien d’une agence artistique parisienne aux prises avec ses stars, qui y jouent leur propre rôle. Outre leur qualité scénaristique qui les situe au niveau de la concurrence mondiale – Netflix et Amazon sont là pour aiguiser la concurrence –, les séries hexagonales séduisent aussi quand elles reflètent notre culture et font résonner notre langue. « On est forts quand on fait des séries très françaises, très implantées, très locales, analyse Fabrice de La Patellière. Mais aussi assez universelles dans leurs thématiques. Et du niveau – aussi bien narratif que visuel – de ce qui se fait dans le reste du monde, afin de pouvoir répondre aux attentes du public français et voyager à l’étranger. » Et il y en a pour tous les goûts. n EN CHIFFRES

1 million : le coût moyen, en euros, d’un épisode d’une série française. + 15 à 30 % : le gain d’audience du replay (ou télé de rattrapage). 4 : Le nombre d’International Emmy Awards obtenus par des séries françaises : Braquo (2012), Les Revenants (2013), Engrenages (2015) et Dix pour cent (2021). À LIRE Virginie Martin, Le charme discret des séries, HumenSciences, 2021.

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LANGUE | ENTRETIEN

« L’ESSENTIEL C’EST D’OFFRIR LE FRANÇAIS COMME UN CHOIX » Il se définit lui-même comme francophile et, surtout, un fervent partisan de la diversité culturelle et linguistique. Dans Le Piège du toutanglais expliqué aux Français par un Anglais (Éditions Glyphe, 2021), Donald Lillistone a souhaité exprimer – en français dans le texte – un message à ceux qu’ils appellent les « anglomaniaques ». Un propos rafraîchissant, loin des querelles de chapelle et de tout nationalisme linguistique. PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENT BALTA

Pourquoi un Anglais tient-il à alerter sur les dangers de ce qu’il appelle le « toutanglais » ? Je voulais absolument mettre en garde, non seulement les Français mais les Européens en général, contre les dangers causés par la domination linguistique, en l’occurrence de l’anglais. Je suis un ancien professeur de langues modernes et chef d’établissement scolaire en Angleterre, j’ai terminé ma carrière en animant un réseau éducatif européen pendant quatre années. Réseau regroupant des établissements scolaires de plusieurs pays : Irlande, Angleterre, Allemagne, Italie, France et Espagne. Dans ce contexte, j’ai toujours promu l’apprentissage d’autant de langues que possible. Nous avons adopté le français et l’anglais comme les deux

Londonien de naissance, Donald Lillistone a suivi des études de littérature française et de philosophie à Norwich (University of East Anglia). Il a enseigné à Gien (Loiret) pendant un an, puis a fait carrière dans le système éducatif anglais avant d’animer un réseau éducatif européen.

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langues de travail, mais à travers le blog du réseau et ses activités, j’ai aussi mis en avant celles des autres pays en présence. C’est la diversité culturelle que je prise et qui me passionne, et elle dépend plus ou moins entièrement de la diversité linguistique. Si on se contente de ne parler qu’une seule langue, comme l’anglais, on ne va connaître qu’une seule forme de culture. C’est cette promotion de la diversité linguistique et culturelle qui vous a poussé à écrire ce livre ? Mon livre est fondé sur certains articles que j’avais écrits pour l’association Défense de la langue française (1) dont je suis membre, mais le tout est différent de ses parties composantes. Ici, j’ai essayé de présenter une vue d’ensemble du problème, car il s’agit à mon avis d’un vrai problème. Mais outre cela, je tenais aussi à inscrire textuellement ma reconnaissance à la langue française pour l’enrichissement intellectuel et culturel qu’elle m’a apporté. Quels sont précisément les problèmes soulevés par cette domination linguistique ? Plusieurs « mythes » affectent au-

jourd’hui la langue anglaise : c’est une langue simple, une langue moderne, une langue parlée par le monde entier, la seule langue internationale… Ces mythes, je les ai justement rencontrés lors de mes visites en France. J’étais par exemple à une conférence sur l’éducation avec des collègues d’autres pays européens. Une expérience très enrichissante où j’ai découvert d’autres systèmes éducatifs que le mien. On m’avait d’ailleurs choisi parce que je pouvais présenter le système éducatif anglais en français. Ce qui semblait surprendre plusieurs de mes homologues de France. C’est là que j’ai compris à quel point certains valorisaient la langue anglaise, validant la circulation de tous ces mythes que j’entends débusquer dans mon ouvrage. Pouvez-vous nous parler plus précisément de ces mythes ? Le plus ridicule – et absurde – est celui qui dit que l’anglais est une langue simple. Ce qui est simple… c’est sa forme simplifiée ! Celle qu’on a pu appeler « globish » et dont se servent des non-natifs pour communiquer entre eux. Mais la réalité, c’est que l’anglais est tout aussi complexe que les autres langues du monde. Croire à cette simplicité, c’est ne pas comprendre ce qu’est une langue. Autre mythe : croire que tout le monde parle anglais. Certains Français que j’ai rencontrés, pourtant très cultivés, croient que la moitié de la planète le parle cou-

C’est la diversité culturelle que je prise et qui me passionne, et elle dépend plus ou moins entièrement de la diversité linguistique

ramment. Selon les statistiques officielles du British Council – chargé de l’enseignement de l’anglais langue étrangère en dehors du Royaume Uni –, un quart de la population mondiale le parle, mais à un niveau utile et non pas couramment. Tous ne sont pas capables de lire Shakespeare ou Jane Austen dans le texte. On a tendance, surtout en Europe, à donner à l’anglais une place beaucoup plus importante qu’il n’a dans le monde actuel… Autre cliché que vous évoquez : considérer l’anglais comme la seule langue internationale… Tant de gens pensent que l’anglais est la seule langue de diffusion internationale ! Ne serait-ce pas absurde si les Allemands et les Autrichiens se parlaient en anglais plutôt qu’en allemand ? Si les Mexicains et les Espagnols n’échangeaient pas en espagnol ? Quant au français, c’est la seule langue autre que l’anglais à être langue maternelle ou langue officielle sur les cinq continents. Et en faisant la promotion du français langue internationale, il ne s’agit pas de vouloir supplanter l’anglais – ce qui, dans un contexte géopolitique, est évidemment difficile à imaginer. L’essentiel, c’est d’offrir le français comme un choix. On n’est pas obligé d’être prisonnier de la pensée unique dévoilée par Claude Hagège (2). Et pour la vitalité culturelle et intellectuelle de l’Europe, ce serait magnifique si les élites françaises se mettaient enfin à promouvoir leur langue… Comment un Anglais francophone tel que vous perçoit-il sur le sol français les multiples marques du tout-anglais ? Pour un francophile comme moi c’est réellement très décevant de

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rope pour la simple raison que leur connaissance de l’anglais leur permet de se distinguer, leur confère une sorte de statut qui légitime leur position dominante. Certains politiciens français semblent aimer s’exprimer en anglais pour montrer qu’ils sont capables de communiquer avec les autres Européens dans cette langue, ce qui est totalement contreproductif… Cependant, le réseau linguistique du monde est en pleine mutation. D’autres langues revêtent désormais une importance croissante dans un contexte géopolitique bouleversé : le chinois bien sûr, mais aussi l’espagnol, l’hindi, l’arabe, ainsi que le français et l’allemand (4).

« Seuls deux pays de l’Union européenne ont l’anglais comme langue officielle : l’Irlande et Malte. Contre 6 pour l’allemand, et 5 pour le français » voir ce genre de soumission, car c’est le mot. Voir les Français abandonner leur propre langue, leur propre culture, c’est forcément décourageant. C’est une question de logique. Si on est francophile on parle français. Je me répète : on ne peut aimer un pays, une culture, que si on parle la langue dans laquelle cette culture est exprimée. Mais il y a un autre aspect : l’impérialisme commercial, économique, culturel, politique des États-Unis. Une de ses armes, c’est précisément la langue, le « virus de la langue » (3). Mais il faut bien comprendre que c’est aussi un problème, ici, en Angleterre. L’anglais y est de plus en plus influencé par l’américain, au point que des écrivains britanniques parlent de défendre la langue anglaise elle-même ! La plupart de mes compatriotes ne semblent pas comprendre à quel point ils sont influencés par l’empire spirituel d’outre-Atlantique. C’est le lot de ceux qui prônent le tout-anglais et que j’appelle « anglomaniaques » – car je les distingue bien des anglophiles qui, eux, veulent justement connaître et comprendre les cultures anglophones. Mais bien sûr cette américanisation de la langue se voit encore plus clairement en France, car il ne s’agit pas d’une autre variété de la même langue, mais de l’apposition d’une autre langue sur un territoire francophone.

Ce tout-anglais n’est-il pas aussi un paradoxe à l’heure du Brexit ? Seuls deux pays de l’Union européenne ont l’anglais comme langue officielle : l’Irlande et Malte. Contre 6 pour l’allemand, et 5 pour le français. Si on privilégiait ces deux langues, cela créerait une attitude tout à fait différente envers l’Europe. Et avec un anglais de plus en plus influencé par sa variété américaine, l’Europe risque donc d’adopter comme dominante une langue qui n’est plus vraiment européenne (contrairement à l’anglais d’Angleterre, d’origine germanique). Avant l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun, en 1973, Georges Pompidou avait prévenu : « Si demain l’Angleterre étant entrée dans le Marché commun (ce que je crois probable), il arrivait que le français ne reste pas ce qu’il est actuellement, la première “langue de travail” de l’Europe, alors l’Europe ne serait jamais tout à fait européenne. » De Gaulle, qui s’était opposé à cette entrée, pensait que l’Angleterre serait le cheval

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de Troie des États-Unis. Des Américains aussi l’ont dit, tel Gore Vidal lors d’une visite sur le sol anglais en 2009 : « Ceci n’est plus un pays, c’est un porte-avions américain. » Et je tiens à préciser que je ne suis pas anti-américain, j’ai de la famille, des amis aux États-Unis, dont j’apprécie nombre d’artistes et d’auteurs. J’entends simplement dénoncer la domination d’une seule culture, d’une seule langue. Pourquoi l’Union européenne fait-elle si peu pour promouvoir la diversité culturelle, malgré sa devise, « Unis dans la diversité » ? On a l’impression qu’elle prend plaisir à imposer l’anglais un peu partout, plutôt qu’à encourager les Français à apprendre l’allemand, les Allemands le français ou l’espagnol, etc. Comment justement inverser la tendance du tout-anglais ? J’en reviens, du point de vue politique, aux problèmes des élites. En France, comme dans un grand nombre de pays européens, certaines ont un intérêt à maintenir la domination des États-Unis en Eu-

Comment voyez-vous les choses évoluer ? Il faut tout simplement, comme un premier pas, faire la promotion de l’apprentissage des langues étrangères. C’est dans les textes. L’Europe est officiellement partisane du plurilinguisme, mais c’est toute la question de mettre en œuvre la politique linguistique favorisant ce plurilinguisme, notamment la mesure qui vise à rendre obligatoire l’apprentissage d’une seconde langue étrangère dans les systèmes éducatifs. L’idée que les Français et les Allemands se parlent en anglais, c’est un mépris, un effacement des cultures allemandes et françaises. C’est seulement dans le cas où on parle la langue de l’autre qu’on peut commencer à apprécier sa culture. Si on prend au sérieux l’idée de faire l’Europe, il faut prendre en considération cette idée de plurilinguisme. Et donc, par la force des choses, écarter le tout-anglais. n 1. http://www.langue-francaise.org/index.php 2. Claude Hagège, Contre la pensée unique, Odile Jacob, 2012. 3. Titre d’un chapitre de How to Hide an Empire, de Daniel Immerwahr (Vintage, London, 2019). 4. Cf. David Graddol, English Next, British Council, 2006.

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LANGUE | ÉTONNANTS FRANCOPHONES À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Niki Papadopoulou-Papa, présidente de l’Alliance française de Limassol (Chypre).

« QUEL PLAISIR

SUR MA ROUTE ! »

C

omme l’écrivait Colette, « on ne fait bien que ce qu’on aime ». À l’âge de 17 ans, issue d’un milieu modeste mais avec des parents qui croyaient au savoir et à la liberté, j’ai quitté Chypre pour faire des études de lettres en France, pays de mes lectures et de mes rêves d’adolescente mais aussi terre d’asile. Esprit rebelle, née pendant la lutte armée contre la colonisation britannique, je partais au moment de la junte militaire en Grèce. Au cours de huit merveilleuses années à l’université d’Aix-en-Provence, j’ai eu la chance de voyager et de m’épanouir à travers les œuvres des plus grands artistes français, écrivains ou musiciens, et de créer des amitiés profondes et solides. Je pense aussi à mes professeurs, à mon directeur de thèse Raymond Jean, qui m’ont appris l’autonomie de la pensée et du jugement. J’ai été nourrie par les idéaux de la Révolution française et les valeurs de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ». J’ai cru à ceux qu i d é fe n d e n t RETROUVEZ NIKI le droit de penDANS DESTINATION ser librement, FRANCOPHONIE http://df.tv5monde.com/ d’écrire, de rire et aussi de s’aimer.

Devant l’Unesco, à Paris.

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De retour sur ma terre natale, doctorat en poche, je deviens attachée de presse francophone au ministère de la Presse et de l’Information mais je me consacre vite à ma vraie vocation : enseignante ! Comme directrice adjointe des établissements secondaires, formatrice des profs de FLE puis inspectrice de français et, enfin, en 2009, cheffe du nouveau bureau des Affaires européennes et internationales. Un poste qui consacre mon ouverture sur le monde et sur l’Europe, puisque je suis nommée responsable de mon ministère lors des présidences chypriotes du Conseil de l’UE (2012) et du Conseil de l’Europe (2017). Tout en resserrant les liens entre « mes » deux pays au sein de l’Alliance française de Limassol et de l’Association panchypriote des professeurs de français. Rien ne me prédestinait à avoir un tel parcours professionnel sans l’éducation et la culture que j’ai reçues en France. Quel plaisir sur ma route ! Par la découverte du français aux jeunes Chypriotes, les échanges scolaires avec la France, les fêtes et concours dédiés à la francophonie, les rencontres de personnalités françaises et francophones en visite à Chypre, les séminaires de formation, les colloques et congrès de la FIPF, les Jeux de la Francophonie, les expos, concerts

À l’Alliance française de Limassol.

ou films français, mais aussi des concours de pétanque ou du beaujolais nouveau… Connaître tout un monde qui partage le même amour du français ! Autres grands moments : l’adhésion de Chypre à l’OIF en 2006 et la fondation de l’école franco-chypriote de Nicosie en 2012. Je suis fière de servir la France, la « patrie des droits de l’homme », celle qui formule un message universel audible à travers le monde. Récemment arrivée au terme de ma vie professionnelle, je continue d’agir d’une manière différente, mais avec le même enthousiasme. Je suis de nouveau à la tête de l’Alliance Française de Limassol – mon enfant de cœur – entourée

« Je continue de mener les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, la paix, la grandeur de mes deux pays » d’une équipe dynamique. Je travaille aussi avec le ministre de l’Éducation sur des projets qui me sont chers : l’ouverture d’une annexe de l’École franco-chypriote à Limassol, le prolongement de l’enseignement obligatoire du français jusqu’en terminale et l’introduction des certifications de français dans les collèges et lycées chypriotes. Je continue de mener les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, la paix, la grandeur de mes deux pays, avec respect et humilité. Et comme dit Zola : « Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. » n

Sur le tournage de Destination Chypre. Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022


LANGUE | MOT À MOT LOCUTION

EN CHARGE Bernard Cerquiglini, éminent linguiste et spécialiste reconnu de la langue française, révèle et explique chaque jour sur TV5Monde une curiosité verbale : origine des mots et expressions, accords pièges et orthographes étranges… Il a aussi accepté de régaler de ses explications gourmandes la curiosité des lecteurs du Français dans le monde.

DITES-MOI

PROFESSEUR EXPRESSION

À VOIR AVEC AVOIR

Le français de référence ne manque pas de locutions verbales formées à l’aide du verbe avoir : avoir le beau rôle, le bras long, le cœur gros, la gorge serrée, la main heureuse, la partie belle, la mort dans l’âme, du pain sur la planche, les larmes aux yeux. On se doute que la francophonie recèle bon nombre de telles locutions, dignes d’intérêt – et d’emprunt. Avoir de l’avance signifie en Suisse « attendre un enfant avant le mariage » : quand elle s’est mariée,

elle avait de l’avance. Avoir de la misère, au Québec : « Éprouver des difficultés » : elle a bien de la misère dans ses études. Avoir deux bouches, en Côte d’Ivoire : « Être hypocrite ; se conduire comme un faux jeton » : trop de gens ont deux bouches. Avoir la mine serrée, en Afrique de l’Ouest et du Centre : « Montrer son mécontentement par l’expression de son visage ; faire la tête » : elle a la mine serrée parce que tu ne l’as pas saluée. Avoir le cul sous le bras, au Québec : « Être fourbu, épuisé de fatigue » : en arrivant, j’avais le cul sous le bras.

Avoir une grande langue, Belgique : « Ne pas être capable de se taire quand il le faudrait » : tu as une grande langue, cela te perdra. Avoir son voyage, au Québec. « Être fatigué, écœuré ; en avoir assez » : j’en ai mon voyage de l’entendre ! Dans le français canadien, voyage désigne en effet tout déplacement servant à transporter (on parle d’un voyage de foin, ou de bois). Par métonymie, il se dit du contenu transporté, d’où l’idée de « charge » puis de « charge excessive ». L’expression est poétique et belle, adoptons-la ! Enrichissons-nous, en parlant francophone… n

Ne craignons pas d’être un peu puriste ; à bon escient du moins. Je ne dirai pas que je suis en charge de cette chronique, bien que cette locution se répande inconsidérément. Tel conseiller auprès d’un ministre est en charge de sa communication, telle entreprise sera en charge du chantier. Certes, la langue anglaise dit : « to be in charge of » ; mais pourquoi l’imiter ? Je suis chargé de cette chronique ; c’est ainsi que l’on s’exprime en français. Le verbe charger y signifie notamment, au figuré, « confier à quelqu’un la responsabilité, la mission ou le soin de quelque chose ». On charge un préfet de rétablir l’ordre, il en est par suite chargé. D’où les locutions : chargé de cours, chargé d’affaires, d’études, de recherches, etc. Le regrettable anglicisme en charge de a fait des émules. De pesantes locutions nominales se multiplient, d’ailleurs pas toujours copiées sur l’anglais, produites sur place par la langue de bois politico-administrative ; elles sont censées donner du poids et du sérieux à un propos. Dernièrement, j’entendais un ministre affirmer que, depuis qu’il est en responsabilité, il a été en capacité de réagir à l’événement. Il trouvait sans doute qu’il est moins énergique, et plus banal, de déclarer que depuis qu’il est responsable de son département ministériel, il s’est montré capable de réaction rapide. C’est pourtant ce que l’on attend de lui. Sonnons la charge contre en charge ! Et aussi contre en responsabilité, en capacité et autres boursoufflures. Ne nous payons pas de mots, faisons simple – et parlons français. n RETROUVEZ LE PROFESSEUR et toutes ses émissions sur le site de notre partenaire WWW.TV5MONDEPLUS.COM

LEXIQUE

PRODIGE ET PRODIGUE Bien sûr, vous ne confondez pas prodige et prodigue. Mais certains le font… Prodige est un nom. Il fut emprunté, vers 1350, au latin prodigium, « signe prophétique, évènement merveilleux ». Prodige désigne d’abord un phénomène extraordinaire auquel on attribue une cause surnaturelle ; c’est un miracle : opérer un prodige. Par extension, le terme se dit d’un évènement surprenant, d’une

prouesse ; c’est une merveille : accomplir des prodiges. « Il récita : sa mémoire se trouva fidèle, et ce prodige fut admiré avec toute la bruyante énergie de la fin d’un dîner », écrit Stendhal dans Le Rouge et le Noir. Prodige désigne par suite une personne exceptionnelle, par ses talents ou ses défauts ; un enfant prodige est singulièrement précoce et doué. Prodigue est un adjectif. Il a été em-

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prunté, dès le xiiie siècle, au latin prodigus, « dépensier ». Est prodigue celui qui dépense beaucoup. Pris en bonne part, cet adjectif signifie libéral et généreux : se montrer prodigue avec sa famille. Mais le plus souvent le terme est péjoratif et désigne un individu dépensier, dissipateur, gaspilleur. « Parcimonieuse et même avare, elle se montrait pour lui follement prodigue », écrit Anatole

France. Cet adjectif a été répandu par une parabole que cite l’Évangile de Luc : le fils prodigue, après avoir dissipé son héritage, revient repentant dans sa famille ; c’est une métaphore du pardon. On en a tiré le proverbe bien connu : à père avare, fils prodigue. On en conclura, bien sûr, qu’un enfant prodigue ne passe pas, aux yeux de ses parents, pour un enfant prodige ! n

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LANGUE | POLITIQUE LINGUISTIQUE

IDENTITÉ ET PROMOTION LES LANGUES DE LA FRANCE D’OUTRE-MER

Au-delà de leur statut administratif, les territoires français d’outremer se différencient linguistiquement entre ceux où le créole côtoie la langue française, et ceux où règne le multilinguisme. Mais, dans les uns comme dans les autres, ce sont l’ensemble de ces langues ultramarines qui ont longtemps été négligées par la métropole. PAR LOUIS-JEAN CALVET

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L

à où l’on parlait il n’y a guère des DOM-TOM (départements et territoires d’outre-mer), on distingue aujourd’hui les DROM (départements et régions d’outre-mer) et les COM (collectivités d’outre-mer). Dans le premier groupe on trouve la Guadeloupe, La Réunion, Mayotte, la Martinique et la Guyane ; dans le second Saint-Pierreet-Miquelon, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Barthélemy Saint-Martin, Wallis-et-Futuna et la Polynésie française. À quoi il faut ajouter les terres australes et antarctiques françaises (territoires d’outre-mer) et Clipperton (propriété domaniale de l’État). Et ces territoires ont théoriquement le choix de leur organisation, depuis que Jacques Chirac a déclaré en 2000 en Martinique : « Les statuts uniformes ont vécu et chaque collectivité d’outremer doit pouvoir désormais, si elle le souhaite, évoluer vers un statut différencié, en quelque sorte un statut sur mesure », affirmation confirmée par une révision constitutionnelle du 28 mars 2003.

Découpage administratif vs découpage linguistique

Face à cette typologie administrative, qu’en est-il de la situation linguistique de ces entités géographiques ? Si l’on exclut Clipperton (une île déserte, ou plutôt un minuscule atoll), elles se divisent en deux groupes. Dans le premier, les différentes îles de la Caraïbe et La Réunion, nous avons une coexistence entre le français et une autre langue, un créole. Il en va très différemment dans le second groupe : en Guyane, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et à Mayotte, où l’on parle beaucoup plus de langues que dans les précédents territoires. Dans un document de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (Les langues de France, 2e édition, 2016) on trouve ainsi deux listes, celle des langues de la France métropolitaine (encadré 1) et celles des langues d’outre-mer (encadré 2). Et le document développe aussi deux exemples de territoires particulièrement riches en langues, ceux de la Guyane et de la Nouvelle Calédonie (encadré 3).

ENCADRÉ 1

LANGUES DE LA FRANCE MÉTROPOLITAINE : Basque : breton ; catalan ; corse ; dialectes allemands d’Alsace et de Moselle (alsacien et francique mosellan) ; flamand occidental ; franco-provençal ; langues d’oïl : franc-comtois, wallon, champenois, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais (dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais), lorrain, bourguignonmorvandiau ; occitan ou langue d’oc (gascon, languedocien, provençal, auvergnat, limousin, vivaro-alpin) ; parlers liguriens

Au total donc, on décompte dans ces outre-mer 56 langues différentes, le français étant partout la seule langue officielle. Le tahitien est cependant enseigné en Polynésie du primaire au supérieur et peut être remplacé, selon les lieux, par une autre langue polynésienne.

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La Guadeloupe du Mémorial ACTe (cicontre) et la Nouvelle-Calédonie du Centre culturel Tjibaou : de part et d’autre du globe – et de la métropole –, deux entités administratives et deux réalités linguistiques ultramarines bien distinctes.

À LIRE

ENCADRÉ 2

LANGUES DE LA FRANCE D’OUTRE-MER : Créoles guadeloupéen, guyanais, martiniquais, réunionnais (Antilles-La Réunion), mahorais, malgache de Mayotte (Mayotte) ; tahitien, marqui-

sien, langue des Tuamotu, mangarévien, langues des îles Australes (Polynésie française) ; wallisien, futunien (Wallis et Futuna) ENCADRÉ 3

GUYANE

NOUVELLE-CALÉDONIE

Créole à base lexicale française ; créoles bushinenge (à base angloportugaise) : saramaka, aluku, njuka, paramaca ; langues amérindiennes : kali’na (ou galibi), wayana, palikur, arawak (ou lokono), wayampi, émerillon ; hmong.

Grande Terre : nyelâyu, kumak, caac, yuaga, jawe, nemi, fwâi, pije, pwaamei, pwapwâ, langue de Voh-Koné, cèmuhi, paicî, ajië, arhâ, arhö, ‘ôrôê, neku, sîchë, tîrî, xârâcùù, xaragurè, drubéa, numèè. Îles Loyauté : nengone, drehu, iaai, fagauvea.

États généraux du plurilinguisme dans les outre-mer

À la fin des « États généraux du multilinguisme dans les outre-mer », réunis à Cayenne en décembre 2011, une déclaration proclamait la nécessité de « reconnaître le droit de tout enfant à apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle, et d’offrir un cadre institutionnel à cet apprentissage, y compris en dehors du système scolaire ». Dix ans après, en octobre 2021, les mêmes États généraux se sont déroulés à nouveau, à La Réunion cette fois-ci. On y souligne l’importance « de trouver un équilibre entre ces langues régionales et le français dans l’éducation, l’espace public et la vie sociale et culturelle », mais la comparaison des deux textes laisse à penser que l’on n’a guère avancé et que, comme le déclare la ministre

française de la Culture (Roselyne Bachelot), « le bilan est positif, bien qu’il reste du chemin à parcourir ». En fait, dans l’histoire récente de la France, les langues d’outre-mer ont longtemps été négligées. La loi Deixonne votée en janvier 1951 autorisait pour la première fois l’enseignement « des langues et dialectes locaux dans les régions où elles sont en usage » (art. 1) à raison d’une heure par semaine et de façon facultative (art. 3), l’article 10 précisant qu’il s’agissait de « la zone d’influence du breton, du basque, du catalan et de la langue occitane ». Et l’on voit qu’il n’était question que de certaines des langues de l’Hexagone. D’autres seront ensuite ajoutées à cette liste, le corse (en 1974), le tahitien (en 1981), les créoles (en 1982) et des langues mélanésiennes (en 1992).

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Cette loi est aujourd’hui supprimée et l’on retrouve des directives similaires dans le code de l’Éducation (2000). On a d’ailleurs lancé des classes expérimentales bilingues en Guyane, et le Conseil économique et social a recommandé en 2019 l’utilisation des langues d’outre-mer dans l’éducation où « chaque enfant doit avoir la possibilité d’apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle », ainsi que dans les différents services publics, ce qui impliquerait par exemple que la justice puisse être rendue dans une autre langue que le français, que le personnel de santé ou la police puissent accueillir les gens dans leur langue. Mais, en métropole comme dans les outre-mer, on a l’impression que l’on traîne les pieds, comme en témoignent les discussions en mai 2021 sur une loi (dite « loi Molac », du nom du député breton qui l’a présentée) sur la protection des langues régionales et leur promotion (voir FDLM n° 436, p. 24). Le Conseil constitutionnel a en effet décrété que certains des articles de cette loi étaient « contraires à la Constitution ». En fait, la situation est très différente dans les outre-mer et en France continentale. D’un côté les langues sont parlées quotidiennement par la population locale (c’est par exemple le cas des créoles ou des langues polynésiennes), de l’autre elles semblent en voie de disparition, sont rarement langues premières et sont surtout apprises pour des raisons militantes. Ce qui signifierait qu’avant de réfléchir à une politique linguistique, il serait souhaitable de mener des recherches sociolinguistiques approfondies sur les usages sociaux de ces langues, sur leur rôle. Certaines peuvent avoir une fonction uniquement identitaire, d’autres pourraient jouer un rôle non négligeable dans la formation et la promotion sociales. Mais réfléchir en ces termes nécessite un certain courage politique. n

Fumiya Ishikawa, Le FLE ou Français Langue Extraordinaire, L’Harmattan, 2021 Fumiya Ishikawa est professeur de didactologie des langues et des cultures dans une université japonaise et son livre est atypique. Il part de l’idée que l’apprentissage d’une langue étrangère est un chemin semé d’embûches, de cailloux ou de pépins, qui peuvent faire mal aux pieds des apprenants mais font surtout que la langue étrangère est toujours étrange. Et il en profite pour explorer cette étrangeté et en faire une initiation à la linguistique, le E de FLE représentant dès lors extraordinaire. Tout y passe : l’orthographe, la phonétique, la phonologie, le lexique, la syntaxe, l’intercompréhension entre locuteurs de langues romanes, la polysémie… Visiblement, l’auteur s’amuse bien, et son court livre (une centaine de pages) nous amuse aussi. Le français serait donc une langue extraordinaire. Fumiya Ishikawa définit d’ailleurs à la fin de son livre cet adjectif en rappelant que, selon le dictionnaire Le Robert, il a deux sens : « qui n’est pas selon l’ordre ordinaire, selon l’ordre commun » et « remarquable dans son genre, très grand, fort, intense ». Et c’est ce dernier sens qu’il retient, en profitant pour ajouter que la langue française est « fascinante ». Merci pour elle. n

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LANGUE | DÉBAT En faisant entrer ce nouveau terme dans sa version en ligne, Le Robert est accusé de n’avoir pas respecté les règles habituelles d’un dictionnaire de référence. PAR MICHEL FELTIN-PALAS

« IEL » LE PRONOM

DE LA DISCORDE

C

’est un mot de trois lettres seulement, mais il a suffi pour déclencher une bataille comme la France en raffole. En cause ? La définition de « iel » désormais présente dans l’édition en ligne du Robert. Une décision applaudie par les uns, dénoncée par les autres, et qui permet au fond de poser la question du rôle d’un dictionnaire de référence.

Commençons par donner la parole à la défense. Dans un communiqué, le directeur général de la vénérable maison d’édition, Charles Bimbenet, justifie sa démarche en indiquant que l’usage de ce pronom est certes « rare », mais qu’il va « croissant ». Il ajoute que le sens de ce terme ne se comprend pas à la première lecture et qu’il est donc utile de le préciser. Il stipule enfin que cette inclusion ne

vaut pas approbation idéologique. De fait, on trouve dans Le Robert le mot « youpin », sans que quiconque le soupçonne de verser dans l’antisémitisme. Selon l’éditeur, le rôle d’un dictionnaire consiste à décrire l’usage, ce qu’il se serait contenté de faire en la circonstance. Les partisans de « iel » avancent d’autres arguments, en soulignant que ce nouveau pronom figurait

déjà dans le Wiktionnaire depuis 2015, par exemple. Ils notent que, de toute manière, l’ancienneté d’un terme n’est pas une condition nécessaire en matière de lexicographie. « Vaccinodrome », pour ne prendre qu’un seul exemple, figure aussi dans Le Robert alors que son usage est encore plus récent, comme le remarque le youtubeur Linguisticae (1).

LE POINT DE VUE DU LINGUISTE ROBERT BERROUËT-ORIOL […] Sur le plan de la méthodologie du travail lexicographique, l’argumentaire du directeur général des éditions Le Robert manque manifestement de rigueur. Il établit ainsi faussement et frauduleusement un lien, implicite, entre le constat d’un « usage croissant du mot iel » et « l’analyse statistique de vastes corpus de textes, issus de sources variées », comme si le pronom « iel » avait fait l’objet d’une telle analyse, ce qui est parfaitement faux et

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qu’illustre bien la définition donnée dans la version en ligne du Robert par la marque distinctive « Rare ». En clair, « iel » serait à la fois « rare » et issu statistiquement « de vastes corpus de textes ». En l’espèce, il y a tromperie sur la marchandise. […] L’irruption du mot « iel » dans la version en ligne du Robert apporte beaucoup plus d’obscurité que de clarté, et elle traduit, sous couvert d’une « nouvelle » fonction attribuée à la dictionnairique – celle de

devancer l’usage plutôt que de le décrire –, la prépondérance du facteur idéologique au détriment d’une analyse fondée sur les sciences du langage. Cela est d’autant plus prégnant que l’on a encore en mémoire les tirs de barrage longtemps menés par la France contre la féminisation des titres de métiers et de fonctions là où le Québec a été, dès 1986, un précurseur avisé et rigoureux en adoptant une politique d’État relative à la désexisation du discours et

à la féminisation des titres de fonctions et de métiers… Alors même que l’histoire de la langue française est soumise depuis de nombreuses années à une salutaire critique en raison de son machisme avéré, il serait dommageable que la réflexion sur le controversé « iel », délaissant la linguistique et la lexicographie, s’effectue sur le terrain de l’idéologie uniquement. En ce qui a trait au « iel » ou à toute autre innovation lexicale spontanée ou planifiée, il est indispensable

de soutenir un débat ouvert et documenté tout en demeurant attentif à l’examen des attentes et des revendications des personnes non binaires : avec prudence, avec rigueur, mais sous l’éclairage constant des sciences du langage donnant la main à l’Histoire et à l’anthropologie… n Publié en Haïti dans Le National du 23 novembre 2021 (extraits). Originaire de Haïti, Robert Berrouët-Oriol est linguiste, spécialiste en aménagement linguistique et en communications institutionnelles. À ce titre, il a œuvré durant 14 ans à l’Office québécois de la langue française (OQLF).

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À LIRE

« SALUT ALAIN ! HOMMAGE À ALAIN REY »

À LIRE

JEAN-MARC DEFAYS : « DICO-TOMIES. DIGRESSIONS LINGUISTIQUES ET AUTRES EXTRAPOLATIONS » La vie et la langue sont fondamentalement liées, dans les grands principes comme dans les plus petits détails. Elles ont aussi en commun de nous être tellement familières qu’on ne se rend généralement compte de leur fonctionnement qu’en cas de situations inhabituelles ou problématiques. Ce qu’on apprend sur l’une aide donc à apprécier l’autre, notamment concernant les différences qu’elles révèlent ou qu’elles provoquent. Pour comprendre le monde et nous comprendre nous-mêmes, nous avons effectivement l’habitude de distinguer, de décomposer et de cataloguer, avec

l’impression d’ainsi mieux (se) contrôler. La science ne représente que la version la plus radicale de cette approche. L’existence en devient un puzzle d’évènements, de raisonnements, de sentiments où toutes les pièces semblent se singulariser les unes par rapport aux autres. À partir de concepts linguistiques, Jean-Marc Defays, ancien président de la FIPF, interroge librement ces oppositions en vue de recomposer une image plus authentique et plus cohérente du monde ou de nous-mêmes, et d’y retrouver les nuances, les enchevêtrements, le foisonnement qui nous définissent. n

Murmures des soirs, 2020

À supposer que l’on accepte « iel », comment faudrait-il l’accorder ? Devrait-on dire : « iel » est « intelligent » ou « iel est intelligente » ? Ce même influenceur relève par ailleurs que les dictionnaires de référence ne se contentent pas de recenser le vocabulaire commun à tous les francophones, mais incluent des lexiques spécifiques à certaines professions, comme « biobanque », ou à certaines régions, comme « s’entrucher » (un terme champenois, « s’étouffer en avalant de travers »), qui figurent eux aussi dans Le Robert. Quant au communicant Raphaël Haddad, partisan de l’écriture inclusive, il élargit encore le débat en se disant persuadé que « la langue est une condition nécessaire pour modifier la société car elle a un effet sur les représentations ». Et d’ajouter : « Quand on demande aux Français de citer deux écrivains célèbres, les noms d’hommes sont plus nombreux que si on leur demande de

citer deux écrivains ou écrivaines célèbres (2). » C’est peu dire que cette argumentation n’a pas suffi à convaincre tout le monde. D’abord, les adversaires de « iel » remarquent de manière amusée que ce pronom commence par le « i » de « il » et non par le « e » de « elle », ce qui revient encore une fois à donner la prééminence au masculin. Sur le fond, de nombreux linguistes soulignent qu’un pronom ne s’emploie jamais seul. Et interrogent : à supposer que l’on accepte « iel », comment faudrait-il l’accorder ? Devrait-on dire : « iel » est « intelligent » ou « iel est intelligente » ? « Sachant que les personnes qui revendiquent l’emploi d’un pronom neutre refuseront logiquement de se reconnaître dans la forme masculine ou féminine de l’adjectif, il faudrait de fait créer un adjectif neutre, et de proche en proche une syntaxe neutre, ce qui bouleverserait profondément la langue française », remarque ainsi le linguiste Bernard Cerquiglini (par ailleurs conseiller chez Larousse). Les opposants relèvent aussi que, d’ordinaire, un dictionnaire se contente de suivre l’usage et ne

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cherche jamais à le précéder. Or, au moment où Le Robert a pris sa décision, l’emploi de « iel » était encore rarissime à l’écrit et quasiment inexistant à l’oral. Un signe : même le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, pourtant favorable à l’écriture inclusive, le déconseillait ! Selon eux, Le Robert ne peut donc ignorer que faire entrer un terme aussi contesté dans son dictionnaire, fût-ce dans sa version en ligne, revient évidemment à lui donner une légitimité. Aussi soupçonnent-ils l’éditeur d’avoir, en la circonstance, abandonné toute rigueur lexicographique au profit d’une démarche militante et/ou commerciale. Cette nouvelle bataille d’Hernani n’est pas encore terminée. La prochaine étape décisive se jouera au printemps, au moment de la parution de la version papier du Petit Robert, plus prestigieuse encore. « Iel » y fera-t-il son entrée ? La décision, tenue secrète, ne sera dévoilée qu’en mai prochain. n 1. « Iel : le pronom de trop ? » (https://www.youtube.com/ watch?v=tmLznjLR18A) 2. L’Express du 18/11/2021.

Éditions Le Robert, 2021

Ce beau livre d’hommage à Alain Rey débute par la dernière chronique du lexicographe sur France Inter (29 juin 2006), qui en justifie le titre : « Quel vocable choisir lorsque le mot de la fin est vraiment final ? Adieu me paraît décourageant. Au revoir n’est pas pertinent à la radio, et au réentendre ne se dit pas. Dommage. Reste salut et saluez ! Donc Salut c’est le mot de la fin. » Dans ces presque 300 pages, largement illustrées, on trouve de tout. Des hommages divers venant d’hommes de radio ou de télévision (Claude Villers, Bernard Pivot… ), une académicienne et un académicien (Barbara Cassin, Dany Laférrière), des anciens ministres (Laurent Fabius, Jack Lang), des chanteurs (Pierre Perret, Renaud…), des collègues, des écrivains, des linguistes, des historiens, des journalistes, des artistes, des essayistes et, pour faire bonne mesure et un petit signe à Jacques Prévert, un raton laveur. On y trouve aussi de multiples documents, photos, tableaux, calligraphies, manuscrits et, bien sûr, de nombreux textes de Rey, jalonnant sa carrière. Bref, un beau fatras. Ou disons un éventail et un inventaire des différents intérêts, des différentes vies de celui qui fut pendant des décennies « Monsieur Robert ». L’ouvrage est en même temps une véritable œuvre d’art, un ouvrage dont la composition, la mise en page, l’orchestration presque, témoignent de la volonté des responsables de ce travail de dresser un monument à celui qui fut leur ami, leur collègue ou leur patron. n Louis-Jean Calvet

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POÉSIE

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INTERLUDE | ROBERT DESNOS (1900-1945) Chantre de « la liberté ou de l’amour », pour paraphraser le titre d’une de ses œuvres, Robert Desnos le fut si bien que ce résistant poète qui enchanta le surréalisme paya de sa vie l’abjecte réalité nazie, succombant au typhus quelques jours après la libération du camp de Terezin, en territoire tchèque, où il était interné. Près de 80 ans après sa tragique disparition, ce sont 80 poèmes inédits, agrémentés parfois de dessins, que le bibliophile Jacques Letertre a réussi à exhumer. Des vers

écrits pour la plupart en 1936-1937, époque où l’auteur de « J’ai tant rêvé de toi » se fixait de composer un poème chaque soir. « Certains soirs le poème s’imposait, il s’était construit de lui-même au cours de la journée. D’autres fois, le cerveau vide, c’était un thème inattendu qui guidait la main plutôt que la pensée. » Vingt de ces inédits sont à retrouver dans le 20e numéro de L’Étoile de mer, le livret que publie l’Association des amis de Robert Desnos. En voici deux d’entre eux. Comme le dit M. Letertre, « il y a là tout ce qui fait le Desnos qu’on aime bien, avec dans ces vers, de la tendresse, de la fantaisie, de l’humour et de la fraîcheur. » n Pour en savoir plus : https://www.robertdesnos.com/

« Deux personnages fantastiques », sculpture de Juan Mirò sur l’esplanade de La Défense, en région parisienne.

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Demain matin Je me lèverai demain matin Plus tôt qu’aujourd’hui Le soleil demain matin Sera plus chaud qu’aujourd’hui Je serai plus fort demain matin Plus fort qu’aujourd’hui Je serai gai demain matin Plus gai qu’aujourd’hui J’aurai demain matin Plus d’amis qu’aujourd’hui Et bien que demain matin La mort soit plus proche qu’aujourd’hui Je serai demain matin Plus vivant plus vivant qu’aujourd’hui. (poème composé le 27/03/1936. Nous titrons.)

Sacrée France Ils ont d’abord dit nous sommes sacrés Nous sommes la France Faut pas nous toucher Et beaucoup furent intimidés Ils cassaient notre vaisselle Après avoir mangé ce qui nous était destiné Et ils mettaient la main sur nos cervelles Mais un jour on s’est dit c’est nous La France oui c’est nous et quand on leur fout des coups Nous on ne sent rien du tout Bien au contraire ça nous fait plutôt du bien Et toi est-ce que ça ne te fait rien Non dit l’autre ça ne me fait rien Alors on n’a plus hésité On s’est payé de la joie et de la gaieté Et ça ne fait que commencer Et merde pour les sacrés (poème composé le 09/05/1936. Nous titrons.) Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022

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MÉTIER | RÉSEAUX 3 QUESTIONS À…

LE FIL PLURILINGUE VOUS DONNE RENDEZ-VOUS EN 2022 ! Vous avez été plus de 20 000 à visiter Le fil plurilingue en 2021 ! Pensé pour apporter des outils pratiques et de vulgarisation aux acteurs des sections bilingues francophones, le site s’attache à proposer régulièrement de nouvelles publications, en réponse aux besoins de son public. L’équipe qui anime le site entend bien poursuivre sur cette dynamique en 2022, avec déjà plusieurs rendez-vous programmés dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne.

sibles gratuitement et ouvertes à tous. Parmi les nouveautés, citons des fiches présentant les dispositifs dans différents pays, accompagnées d’infographies ; des ressources de vulgarisation scientifique sous forme de fiches synthétiques ou de vidéos ; des ressources pour la classe et des outils promotionnels, dont des infographies traduites en plusieurs langues.

Des partenariats chers à l’équipe du Fil plurilingue

Si Le fil plurilingue est géré et animé par France Éducation international, il a été conçu en partenariat avec les principaux acteurs institutionnels, associatifs et scientifiques du champ de l’enseignement bi-plurilingue. La communication avec les partenaires et le développement de projets communs font partie des objectifs de l’équipe du Fil. En 2021, ces projets ont été à l’honneur, avec par exemple la réalisation d’une vidéo avec l’Association pour le développement de l’enseignement bi-plurilingue (ADEB) ou l’élaboration de plusieurs fiches pédagogiques pour TV5MONDE.

Coup de projecteur avec le label de la Présidence française de l’Union européenne

Une année 2021 riche en nouveautés

Le fil plurilingue, lancé en mars 2020 après la refonte du site Le fil du bilingue, a enregistré en 2021 une hausse de 45 % du nombre des visiteurs par rapport à 2020. Cette augmentation s’explique par le dynamisme du site, qui a proposé l’année dernière 29 nouvelles publications sur des thématiques variées, en lien avec l’objectif de promouvoir l’enseignement bi-plurilingue et de soutenir les acteurs de l’enseignement bilingue francophone sur le terrain. Le site propose des ressources de qualité, prêtes à l’emploi, acces-

En 2022, Le fil plurilingue poursuit le développement de ses ressources et fonctionnalités, avec notamment plusieurs projets sur le thème de l’éducation plurilingue et du plurilinguisme dans l’espace européen, projets ayant obtenu le label de la Présidence française de l’Union européenne (PFUE). Ainsi, dans le cadre de la PFUE, l’équipe organise entre février et juin une série de trois webinaires en partenariat avec l’ADEB, qui donneront la parole à de grands spécialistes de l’enseignement bi-plurilingue. Nous vous invitons à suivre le Fil sur https:// lefilplurilingue.org/, Facebook et Twitter pour être tenus informés en direct de l’actualité du site ! n

« J’AI PLACÉ MON MANDAT SOUS LE SIGNE DU NUMÉRIQUE » Créée en 1990, l’Association des professeurs de français du Bénin (APFB) a été successivement présidée par Théodore Folly, Marius Dakpogan, Jean-Benoît Alokpon et, depuis 2016, par Roger Koudoadinou. Entretien. PROPOS RECUEILLIS PAR ANAÏS DIGONNET

Pouvez-vous nous présenter l’APFB, son origine et ses missions principales ? L’APFB regroupe des enseignants de français, de la maternelle au supérieur en passant par le secondaire sans distinction de sexes, de race, de religion et d’appartenance politique. Elle est née pour coordonner les activités à l’échelle nationale afin d’atteindre les objectifs que vise la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) et rendre disponibles les compétences sur le terrain. Depuis 2016, l’actuel bureau a insufflé une dynamique nouvelle avec l’installation et le fonctionnement effectif de 16 sections locales. C’est à partir de celles-ci que l’APFB vit désormais dans toutes nos écoles, à tous les niveaux et dans le secteur public comme dans le secteur privé. Comment avez-vous surmonté et surmontez-vous cette période de crise sanitaire ? Comme partout dans le monde, l’APFB a elle aussi été frappée de plein fouet par la crise de la Covid-19. Alors que l’année 2020 était consacrée par la Francophonie à ses pères fondateurs avec la célébration des cinquante ans d’existence de l’Institution, tout a sombré :

COLLOQUE

FORUM « INNOVATION, TECHNOLOGIES ET PLURILINGUISME » (7-9 FÉVIER 2022) 28

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, ce Forum, coordonné par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France et le ministère de la Culture, a réuni en ligne de nombreux acteurs

français et européens de la traduction, des technologies du langage, du numérique et de l’intelligence artificielle autour des apports des innovations technologiques pour le plurilinguisme, véritable enjeu de cohésion sociale et Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022


célébration de Léopold Sédar Senghor, avec l’organisation d’une dictée, concours de BD pour les apprenants sur toute l’étendue du territoire… On était à la veille de ce lancement lorsque le gouvernement a interdit toutes les manifestations regroupant plus de 50 personnes. Du coup, toutes les écoles ont été fermées et nos activités ont été stoppées. En particulier, l’organisation du 4e congrès ordinaire de l’APFB initialement prévu en novembre 2020. Quant à la première session de notre formation à l’endroit des mentors du projet CIJED qui devait se tenir en présentiel à Cotonou, il a été organisé en ligne. Heureusement, avec la timide reprise des activités, nous avons dû réajuster les variables pour mener à bien tous ces projets avec des décalages allant jusqu’à un an pour ce qui est de la célébration de nos noces de perle (30 ans). Quels sont les prochains objectifs de l’APFB? J’ai placé mon mandat actuel sous le signe du numérique. Je compte utiliser mon leadership pour ébranler l’inertie qui prévaut encore sur le sujet. Notre projet actuel est de parvenir, sans verser dans la démagogie, à obtenir un enseignement avec des classes numériques où l’enseignant pourra avec aisance, d’un clic, réussir à construire le savoir de l’apprenant en utilisant tous les sites interactifs d’échanges éducatifs numériques disponibles. Concrètement, il s’agit d’alimenter les réflexions sur comment les apprenants – souvent agiles sur ordinateurs ou portables – pourront mettre cette agilité/habilité au service de la construction de leur propre savoir via leur pratique intelligente des réseaux sociaux. Plusieurs projets nous occupent que nous déclinerons en activités dans les prochains mois. Dans le cadre du mois de la Francophonie, nos activités seront dans le prolongement de celles de l’année 2021 avec la célébration de la manipulation de la langue française par les grands auteurs francophones du Continent. C’est Amadou Hampâté Bâ, cette illustre figure de la littérature africaine, bibliothèque vivante de l’oralité en Afrique, qui sera au cœur des activités avec une dictée extraite de son œuvre qui sera faite dans les 15 sections de l’APFB et une nuit qui lui sera consacrée à l’Institut français de Cotonou. n

de citoyenneté en Europe. 900 participants ont suivi les interventions d’une centaine d’intervenants qui ont illustré la dimension transversale du sujet, l’enjeu de souveraineté numérique et de croissance qu’il représente, Le français dans le monde | n° 439 | mars-avril 2022

© Asclepias

BILLET DE LA PRÉSIDENTE

Pour tout connaître des activités de la FIPF et de ses associations membres, abonnez-vous gratuitement à notre bulletin d’information sur www.fipf.org et suivez-nous sur Facebook (LaFIPF) CYNTHIA EID, présidente de la FIPF

2022 : ENGAGEZ-VOUS !!! En ce début d’année, il est coutume de prendre quelques bonnes résolutions : nous décidons de faire plus de sport, de garder plus de temps pour la lecture, de passer moins de temps devant nos écrans d’ordinateur et bien d’autres choses. Il est une bonne résolution que je vous recommande : celle de vous engager, si ce n’est pas déjà le cas, dans la vie associative. Comme vous le savez, la revue Le français dans le monde que vous lisez tous les deux mois, est celle de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), publiée grâce au soutien et à l’engagement de CLE International. Et la FIPF est un réseau mondial de nombreuses associations d’enseignant·e·s « de » et « en » français qui rassemble aussi bien les enseignant·e·s de français langue maternelle que ceux de français langue seconde ou langue étrangère. Ces associations effectuent un travail formidable : elles organisent des séminaires de formation, publient des bulletins d’information, mettent en place des congrès nationaux ou internationaux, organisent des concours ou des animations culturelles, etc. et tout cela presque toujours uniquement grâce à des bénévoles qui sont prêts à donner de leur temps et de leurs énergies pour aider leurs collègues enseignant·e·s. Malheureusement les adhésions, dans beaucoup de pays, sont en baisse. Les ensei-

ses implications pour l’avenir des langues et une meilleure promotion du plurilinguisme. Ce Forum a en particulier montré comment les questions d’apprentissage des langues avaient aujourd’hui partie liée avec les techno-

gnant·e·s, et surtout les jeunes, ont de moins en moins ce souci du bien commun et de l’engagement solidaire. Seuls 10 % environ des enseignant·e·s de français dans le monde sont membres d’une association, et encore moins sont prêts à donner un peu de leur temps pour que leur association puisse réaliser des activités utiles à toute la communauté éducative, et aider au développement et à l’amélioration de l’enseignement du français dans le monde. C’est pourquoi j’aimerais aujourd’hui vous lancer un appel : venez nous rejoindre ! Venez vous engager dans une ou plusieurs associations d’enseignant·e·s de français ! Le choix ne manque pas. En plus des associations nationales, il existe aussi dans le réseau FIPF des associations thématiques qui rassemblent par exemple toutes les personnes intéressées par l’histoire de l’enseignement du français, ou celles qui souhaitent mieux connaître les nouvelles tendances en didactique du FLE. Les associations sont composées d’enseignantes et enseignants, tout comme vous, qui arrivent à réaliser de très beaux projets avec souvent bien peu de moyens. Et si vous êtes encore étudiante ou étudiant, ne vous inquiétez pas : vous serez bien accueilli·e·s dans les associations, par de futur·e·s collègues expérimenté·e·s toujours prêt·e·s à vous conseiller. Pour consulter la liste des associations d’enseignant·e·s de français et trouver leurs coordonnées pour un premier contact, vous pouvez consulter l’annuaire des associations sur le site http://fipf.org/. Nous comptons sur vous pour venir nous rejoindre et faire de 2022 l’année de l’engagement associatif ! n

logies numériques et avec les apports de l’intelligence artificielle qui détiennent une bonne part de l’avenir du plurilinguisme, notamment en Europe, et donc de la diversité. n Jacques Pécheur

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MÉTIER | INNOVATION Conçu par les services culturels et pédagogiques de l’Alliance Française de Paris, un guide accessible gratuitement en ligne s’adresse aux acteurs culturels souhaitant mettre en œuvre des actions de médiation auprès d’un public en apprentissage du français. Fiches pratiques, articles, vidéos… Un véritable outil collaboratif à l’usage de tous ! Par Flore BENARD, Delphine LEPRINCE et Angela LOUIS - Alliance Française de Paris

MÉDIATION CULTURELLE

SUIVEZ LE GUIDE NUMÉRIQUE !

V

i s i te s a u x m u s é e s , concerts, rencontres littéraires ou même cours de cuisine, la découverte de l’environnement culturel est l’une des clés de l’enseignement et de l’apprentissage d’une langue. Ainsi, la mise en place d’actions de médiation auprès des apprenants de français est un enjeu tant pour les enseignants, que pour les acteurs du champ social et associatif ou les professionnels de la culture, qui sont en contact régulier avec ces publics. C’est avec le soutien du ministère de la Culture et de la Fondation des Alliances françaises que l’Alliance Française de Paris met à disposition POUR EN SAVOIR PLUS https://view.genial.ly/60c1e 0eecedd710d57dd3679

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un guide numérique proposant des ressources et des outils permettant de commencer une démarche ou de diversifier ses pratiques en matière de médiation culturelle pour les apprenants de FLE.

De la médiation culturelle…

Le concept de médiation culturelle, aux côtés de la démocratisation de la culture, est au cœur des préoccupations des institutions culturelles en France. Qu’en est-il de cette démarche au sein de la classe de FLE et auprès d’un public d’étrangers à la découverte de la langue et de la culture françaises ? Si la médiation culturelle est un concept qui englobe un vaste ensemble de pratiques, il s’agit avant tout de faciliter la rencontre entre une proposition artistique et un public. Selon Serge Saada*, « la média-

Le professeur de FLE est également un médiateur qui aidera l’apprenant à comprendre et assimiler des références culturelles implicites tion culturelle repose sur la volonté de favoriser un espace et un temps de délibération autour des œuvres […]. Le cheminement, l’échange et la relation qui se construit avec les publics sont plus centraux que l’acquisition de connaissances. » Ainsi, il faut privilégier les interactions entre apprenants à une transmission des savoirs parfois trop descendante. Délibérer autour d’une œuvre, exprimer ses émotions ou parler de son ressenti

et de ses expériences personnelles dans un espace de liberté, c’est une multitude d’approches que peut proposer le médiateur, sans perdre de vue la nécessité de rendre les apprenants autonomes dans la découverte de leur environnement culturel.

… à l’apprentissage du français

Qu’en est-il alors de la médiation culturelle au sein d’une école de langue recevant un public international dont l’objectif principal et partagé est d’apprendre le français ? Au-delà de l’acquisition des compétences linguistiques, l’intégration de contenus culturels en classe de français est primordiale afin de favoriser l’immersion dans cet univers francophone que l’apprenant souhaite découvrir. Communiquer, agir, com-

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MULTIMÉDIA

A1

LA PETITE MUSIQUE

DU NUMÉRIQUE Nombreuses sont les raisons pour lesquelles les plateformes de streaming musical payant ont le vent en poupe ces dernières années : parmi elles la possibilité d’écouter titres et albums en illimité et la compatibilité avec un mode de vie plus nomade nécessitant de s’affranchir des supports et de leurs contraintes. Ainsi, accéder à Deezer, Spotify, Amazon et Apple Music ne nécessite désormais qu’une souscription à un abonnement mensuel pour une famille dont le prix est souvent inférieur à l’achat d’un seul CD. Alors, pour ou contre ?

Alors que le marché du CD poursuit sa décroissance et qu’augmente la liste des fonctionnalités des plateformes – au gré des avancées technologiques et de la bataille des opérateurs – quelques objections subsistent quant à l’éthique de ce mode de consommation musicale. Dans ce modèle, même si elle peut varier sensiblement en fonction des solutions de streaming et des éditeurs, la faible rémunération des artistes est bien au cœur des débats. Certains ont même fait le choix de créer leurs propres plateformes de diffusion, incluant souvent des contenus exclusifs, pendant que d’autres artistes affirment

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que la diffusion de leurs créations a été facilitée et même amplifiée grâce à internet. Parmi les opposants, on trouve aussi les puristes qui remettent en cause la qualité de l’écoute de ces morceaux. Le son, compressé pour être transporté via le wifi ou la 4G, est loin de refléter la richesse de l’enregistrement initial réalisé en studio et pourrait également porter atteinte à notre santé en fragilisant et fatiguant l’appareil auditif. Pour ce qui est de l’impact environnemental qu’on imaginait positif avec la réduction du volume des supports plastiques, c’est tout le contraire : le streaming mobilise sur les serveurs et les réseaux une formidable quantité d’énergie. Enfin, le mode d’écoute de la musique a profondément changé, la logique d’album s’estompe, au profit de compilations qu’on crée soi-même ou qu’on nous suggère en fonction de nos goûts… et de ceux des autres abonnés. Finalement, la solution résiderait dans le choix (éclairé) de la plateforme la plus adaptée à ses exigences, ses appétences et ses habitudes : Spotify et son catalogue géant, Deezer le français qui propose la haute-fidélité en prime, Tidal pour les audiophiles exigeants ou bien Amazon Music ou Apple Music qui permettent d’associer achats d’albums et écoute illimitée. Les périodes d’essai gratuit permettent en général de se forger une opinion. En parallèle, alors que la part du numérique sur le marché de la musique s’élèverait à 60 ou 70 % selon les pays, les vinyles opèrent un retour en force, la preuve qu’une tendance n’en chasse pas forcément une autre. n Flore Benard et Nina Gourevitch Alliance française Paris Île-de-France

DÉVELOPPER SA COMPÉTENCE COMMUNICATIVE Après la grammaire, le vocabulaire et la phonétique, c’est au tour de la communication d’être à l’honneur de la collection 100 % FLE des éditions Didier. Paru en 2021, l’ouvrage Communication essentielle du français (M.-L. Lions-Olivieri et E. Mottironi) s’adresse aux apprenants souhaitant travailler leur compétence communicative, à l’oral comme à l’écrit, dès le niveau A1. Les dimensions linguistique, sociolinguistique et socioculturelle sont prises en considération pour offrir un entraînement pragmatique tenant compte des registres de langue et des codes culturels francophones. 7 grands thèmes composent l’ouvrage (se présenter/ présenter quelqu’un, se loger, organiser sa journée, consommer, se soigner, se déplacer, se distraire et partir en vacances) et se divisent en 20 thématiques, quotidienne ou professionnelle (le règlement de l’immeuble, l’université, dans une boutique de vêtements, la pharmacie…). La progression y est ritualisée autour d’une démarche inductive. Étape 1 : découverte d’une situation de communication via deux documents audio et écrit. Étape 2 : vérification de la compréhension au moyen de QCM. Étape 3 : phase de mémorisation dans une double page d’apports lexicaux, grammaticaux et phonétiques. En complément, un point culturel évoque une caractéristique francophone (heures des repas, tailles et pointures, temps de travail…), tandis qu’un dialogue enregistré met en scène les éléments communicatifs de la leçon. 4e et dernière étape : une série d’exercices (vocabulaire, grammaire, phonétique) et d’activités de compréhension et de production, pour une appropriation des notions. Dans un but auto-évaluatif, sept bilans ainsi que les corrigés sont disponibles en fin d’ouvrage. Outil intéressant de la collection : l’application Onprint permet de scanner les pages du manuel pour accéder aux audios ou à des vidéos de phonétique mettant en scène des exercices très visuels de discrimination auditive. n

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DOSSIER |

DESSINE-MOI

LA FRANCE : DESSIN, DESSEIN, DESTIN… C

eux qui ont vu Autant en emporte le vent se souviennent du message qui résonne, à la toute fin du film, dans la tête de Scarlett O’Hara, laissée seule face à elle-même : « La terre, c’est la seule chose qui compte. » Tout candidat à la fonction présidentielle doit avoir en tête ce message. Rien de plus essentiel pour les Français que cet enracinement qui fait partie de leur identité millénaire. Rien de plus important pour leur futur suprême représentant que de faire valoir, que de mettre en scène et partager cet ancrage territorial. C’est lui qui dessine ce qu’on peut appeler sa francité. Si le général De Gaulle et la France s’enracinaient l’un dans l’autre, François Mitterrand était son arpenteur et Jacques Chirac exaltait son terroir.

Force est de constater aujourd’hui que ces images ont perdu de leur puissance au point que comme, le constate le sociologue Jérôme Fourquet, « beaucoup de personnes ne se reconnaissent plus dans la France qu’elles ont sous les yeux ». Nous sommes en effet entrés dans la France d’après, « d’après l’agriculture et l’industrie, d’après les traditions populaires et régionales, d’après le catholicisme », une France dont les paysages sont en passe d’être redessinés par les immenses plateformes logistiques, les parcs de loisirs, les centres commerciaux et les zones pavillonnaires. Et pourtant, la France entend continuer à vouloir incarner un destin. Un destin plus grand qu’elle-même qui s’appelle l’Europe. Et la presse européenne lui consent volontiers ce rôle moteur :

FRANCE (MÉTROPOLE ET OUTRE-MER)

Superficie : 672 051 km2 Superficie marine : 10,2 millions de km2 Étendue : 13 fuseaux horaires Population : 68 014 000 habitants Corps électoral : 46 026 311 (listes communales) ; 1 308 642 (listes consulaires) ; 329 942 (ressortissants européens) PIB : 2 775 milliards Langue officielle : français (depuis 1539) n

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PRÉSIDENTS

à elle de lancer des initiatives ; à elle la capacité à voir les problèmes arriver de loin ; à elle, aussi, le pouvoir d’agacer ses partenaires même si, à la fin, ils reconnaissent que « si la France ne le fait pas, personne ne le fait ». La campagne présidentielle est le moment privilégié de formuler de grands desseins pour la France. Identité, immigration, insécurité, islamisme, pouvoir d’achat, intervention puissante et protectrice de l’État, réindustrialisation à marche forcée, on en revient toujours à « l’esprit du général de Gaulle » – maintenir pour la France son rang de « puissance nucléaire, civile et militaire » – et à son obsession – sa « grandeur » dont tout un chacun est à la fois le dépositaire et le responsable. Une certaine idée de la France, neuve et séculaire, en somme. n

1959-1969 : Charles de Gaulle 1969-1974 : Georges Pompidou 1974-1981 : Valéry Giscard d’Estaing 1981-1995 : François Mitterrand 1995-2007 : Jacques Chirac 2007-2012 : Nicolas Sarkozy 2012-2017 : François Hollande 2017-2022 : Emmanuel Macron

RÉFÉRENDUM Voulu par Charles de Gaulle au sujet de l’élection au suffrage universel direct du président de la République. 62 % des Français approuvent cette réforme le 28 octobre 1962.

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PARTIS, MOUVEMENTS ET TENDANCES POLITIQUES

La droite : gaulliste, néogaulliste, bonapartiste, libérale, néolibérale, ultralibérale, réactionnaire, conservatrice, réformatrice, classique, républicaine, nationaliste, modérée ; La gauche : sociale-démocrate, sociale-libérale, américaine, réformiste, caviar, bobo, écolo, morale, radicale, marxiste, républicaine, internationaliste ; on peut parler de deuxième, troisième, nouvelle gauche, de gauche de gouvernement ; L’extrême gauche : révolutionnaire, gauchiste, trotskyste, stalinienne, protestataire, paléo-marxiste, archéo ; L’extrême droite : populiste, poujadiste, national-populiste, provocatrice, radicale, dure, fasciste ; Le centre (gauche ou droit) : modéré (voire mou), réformateur, rassembleur. n

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ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

1965. Première élection présidentielle au suffrage universel direct. Depuis, 70 candidats se sont présentés (mais 102 candidatures, 12 femmes dont 2 ont été finalistes… Ils étaient officiellement 6 candidats en 1965, 16 en 2002 (le pic) et 11 en 2017.

RETROUVEZ LA FICHE PÉDAGOGIQUE RFI EN PAGES 75-76 ET LE REPORTAGE AUDIO SUR WWW.FDLM.ORG

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DOSSIER | ENTRETIEN

« BEAUCOUP DE PERSONNES NE RECONNAISSENT PAS LA FRANCE QU’ELLES ONT SOUS LES YEUX » Dans La France sous nos yeux (Seuil, 2021), Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely s’attardent sur les transformations du paysage hexagonal. Une grande métamorphose qui explique le succès actuel des discours nostalgiques sur la France perdue. Entretien avec Jérôme Fourquet. PROPOS RECUEILLIS PAR MARION ROUSSET

Jérôme Fourquet, politologue, dirige le département « opinion et stratégies d’entreprise » de l’Institut français d’opinion publique.

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Vous avez tenté de décrire le pays que l’on voit défiler lorsque nous le sillonnons en voiture ou en train. À quoi ressemble cette « France sous nos yeux » ?

Quand on fait le tour, on ne peut que constater la grande métamorphose subie par le pays. Nous vivons aujourd’hui dans une « France d’après ». D’après l’agriculture et l’industrie, d’après les traditions populaires et régionales, d’après le catholicisme. Il suffit par exemple d’observer la manière dont les plateformes logistiques d’Amazon, les parcs de loisirs et les centres commerciaux ont poussé sur le territoire, pour se rendre compte qu’on est passés à une économie de la consommation, du tourisme et des loisirs. Du coup, beaucoup de gens qui se promènent dans des zones commerciales de périphérie – là où le mouvement des « gilets jaunes » a pris corps, sur les ronds-points et les parkings – ont l’impression de se trouver dans une déclinaison européenne du modèle américain des « suburbs ». Les paysages nous parlent des activités économiques présentes sur un territoire, mais aussi des populations qui y vivent, au travers des voitures garées devant les maisons, de la manière dont celles-ci sont décorées… On voit ainsi se développer une France pavillonnaire, celle de la maison individuelle avec jardin, auxquels il faut désormais ajouter la piscine, le spa ou le jacuzzi, ainsi que le barbecue qui trône à l’ex-

térieur. Cet imaginaire en grande partie copié sur les États-Unis peut nourrir chez les personnes d’un certain âge le sentiment d’une France perdue. Ils ne se reconnaissent pas dans ce pays-là.

Est-ce le signe d’une américanisation de la société française ?

Oui, en partie. Cette influence yankee se vérifie dans l’empreinte sur le territoire français d’enseignes de fast-food comme la chaîne Buffalo Grill qui, avec son esprit country, se présente comme « le spécialiste de la grillade inspirée par l’Amérique ». La France est surtout le deuxième marché mondial des McDonald’s : on en dénombre aujourd’hui 1 600 sur notre territoire ! Mais on est aussi le deuxième pays au monde pour l’achat des mangas, après le Japon. De nombreuses autres influences se sont déployées dans les années 1990-2000. Aujourd’hui, la moindre petite ville possède son restaurant de sushis, ses kebabs et ses tacos. Autant de traces d’une France créolisée dans l’assiette, dont la blanquette de veau n’est plus qu’une option sur la carte du festin hexagonal. Ce métissage culturel se voit également dans le développement des bars à chicha – pipe à eau originaire de Perse, de Turquie et d’Égypte dont l’usage s’est progressivement acclimaté en France. Toutes ces enseignes participent d’une métamorphose très profonde de la société française. En vacances, je suis tombé sur les couvertures

de deux journaux locaux : Le Télégramme de Brest titrait « Tacos, les Bretons en raffolent », et Ouest France répondait « Lannion : ouverture d’une école de tatoueurs ». Un bon exemple de ce qu’on a appelé « la Bretagne d’après » ! On peut encore y manger des crêpes, mais l’hybridation est en marche.

Que reste-t-il des marqueurs historiques de l’identité française, comme le catholicisme et les cultures régionales ?

Une couche catholique résiduelle reste visible sur le territoire. Nous avons ainsi dressé une carte qui recense toutes les communes dont le nom trahit l’imprégnation catholique, comme « Saint », « Sainte », « Moine », « Église », « Cloître, « L’Abbaye », etc. Cette empreinte se lit aussi dans les paysages parsemés de cathédrales, de basiliques, d’églises et de chapelles. Mais alors que ces édifices structuraient autrefois nos terroirs, ils ne sont plus aujourd’hui que des éléments parmi d’autres du paysage, à côté des hangars agricoles, des ronds-points, des stations-service, des parkings… À commencer par les églises qui ont perdu leur centralité symbolique. Désormais très peu fréquentées et le plus souvent mal entretenues, elles voient leur état se dégrader et poser de grosses difficultés aux communes et aux diocèses. Dans ce contexte, l’image de l’incendie de Notre-Dame de Paris a été reçue comme une spectaculaire allégorie du déclin très

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DOSSIER | ANALYSE

LA FRANCE

VUE D’AILLEURS Comment la France estelle perçue au-delà de ses frontières à quelques semaines de l’élection présidentielle ? Petit tour d’horizon à travers la presse internationale relayée par Courrier international (CI). PAR ALICE TILLIER

Une atmosphère de guerre civile : bataille des ego et luttes fratricides

La campagne présidentielle française suscite quelques railleries. Première cible : le grand nombre de candidats et leurs rivalités. Le journal espagnol La Vanguardia dénonce la bataille des ego qui fait rage : « La France n’a pas le monopole de “l’egocratie”, et ce n’est pas non plus la première fois qu’elle s’y manifeste dans le cadre d’élections. Mais le phénomène est cette fois plus flagrant que jamais. » (CI, 29/01) Au cœur de la mêlée, on trouve les luttes fratricides de l’extrême droite : Éric Zemmour et Marine Le Pen se livrant à une « guerre des meetings » (El Periódico, CI, 6/02) ; la famille Le Pen, fondatrice du Front national devenu Rassemblement national, « lâchée » par Marion Ma-

réchal, la nièce de Marine, qui affiche son soutien à Zemmour plutôt qu’à sa tante. Pour Le Guardian londonien (CI, 3/02), « l’objectif premier de la candidature baroque de l’éditorialiste provocateur Éric Zemmour est bien d’abattre la dynastie Le Pen. […] La fin des Le Pen ne serait pas une mauvaise nouvelle. Mais la place pourrait bien être prise par plus virulents et plus nuisibles qu’eux. »

Un pays socialiste qui ne vote plus à gauche

De l’autre côté de l’échiquier politique, le morcellement de la gauche attire tous les qualificatifs : une « gauche déboussolée » pour Le Temps, à Genève (CI, 31/01), qui « n’en finit pas de se tirer des balles dans le pied » pour le journal belge Le Soir (CI, 18/01) ; une gauche « championne toutes catégories de

la fragmentation », qui « se dirige résolument vers le suicide collectif par manque d’unité » pour le quotidien espagnol La Vanguardia (CI, 29/01). Car, constate Unherd à Londres (CI, 27/01), aucun des candidats de gauche « n’attire plus de 10 % des intentions de vote ; aucun n’a de réelle chance de faire partie des quatre premiers à l’issue du premier tour ». La France est vue comme « un pays “socialiste” qui ne vote plus à gauche lors des scrutins nationaux » : « plus de 61 % du PIB français est dépensé par l’État, contre 45 % aux États-Unis, 49 % au Royaume-Uni et 51 % en Allemagne. Les concepts associés à la gauche dans d’autres pays – l’intervention publique, l’IVG, les droits LGBTQI – bénéficient d’un fort soutien populaire. » Et La Vanguardia de s’interroger : « Combien de temps la France peut-elle rester un pays “socialiste” en l’absence d’une gauche capable de gouverner ? »

Un pilote pour l’Europe

Si la campagne présidentielle attire les quolibets, la presse salue le rôle de premier plan de la France en matière économique et politique, à l’heure où elle prend, pour six mois, la présidence du Conseil de l’Europe. Pour le New York Times (CI, 29/01), « la France a

Quelques couvertures récentes de Courrier international traitant de la France.

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LA COMMUNICATION AU SERVICE DE L’ACTION

# LA CLASSE

(prononcer hashtag-la-classe)

Méthode de français pour adolescent

du niveau A1 au B2

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Le français dans le monde est une publication de la Fédération internationale des professeurs de français éditée par CLE International

ISSN 0015-939516/02/2022 17:28:36 9782090358209

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