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entretien

Rencontre avec Nicolas Vanier

« En expédition avec mes chiens et mon pharmacien » Alors qu’il s’apprête à parcourir 5 000 km sur neige et sur glace pour relier l’Extrême-Orient russe aux rives du lac Baïkal*, l’explorateur nous parle de sa préparation physique… et de sa trousse à pharmacie. droite et à gauche. On fait très attention à leurs pattes, qui parcourent des centaines de kilomètres, avec des crèmes cicatrisantes ou préventives, pour que les coussinets soient toujours en parfait état. Ils ont aussi une alimentation très performante et étudiée. Après vingt-cinq ans passés auprès d’eux, on devient un petit peu vétérinaire, et comme ce sont avant tout des athlètes entraînés, ils ont peu de problèmes musculaires.

Qu’emmenez-vous dans votre trousse à pharmacie ? A 99 %, ce que j’utilise, c’est de la Betadine, du fil et une aiguille ! Lorsqu’il arrive quelque chose, en général, c’est qu’on se coupe ou qu’on se fait mal. Les milieux où nous allons sont des zones sans microbes. On m’a beaucoup posé de questions quand j’ai voyagé pendant un an avec ma petite fille d’un an et demi, pour savoir si elle n’était pas tombée malade. Le moment où elle l’a été, c’est quand nous sommes revenus à la civilisation ! On emporte également de quoi prendre soin des yeux, qui peuvent souffrir lors des tempêtes, avec le vent. Je maîtrise aussi assez bien les engelures, mais j’ai surtout la chance de voyager depuis vingt-cinq ans avec un pharmacien qui se charge de tout ça… c’est lui qui tient la boîte à pharmacie ! Et côté cosmétiques ? J’utilise beaucoup de crèmes pour hydrater la peau, notamment les pieds et les mains car le Grand Nord est un

12 • Pharma N°105 • octobre 2013

©© D.R.

Pharma. Comment vous préparezvous à une telle expédition ? Nicolas Vanier. Ces expéditions requièrent surtout de l’endurance. On n’a pas besoin d’une condition physique exceptionnelle ni d’être un athlète, mais il faut cette endurance. On l’acquiert essentiellement en entraînant les chiens de traîneau. Je vais sur les hauts plateaux du Vercors et je parcours de longues distances avec eux. Ils doivent parcourir des milliers de kilomètres avant de partir et on fait ces kilomètres avec eux… c’est une sorte d’entraînement naturel. Il faut par ailleurs une bonne hygiène de vie, et bien sûr de l’envie et de la passion.

univers très sec. Lorsqu’il fait – 40 ou – 50, ce sont des froids qu’on supporte très bien parce qu’il fait sec, mais cette sécheresse peut être source de problèmes. Quand on arrive aux mois de mars ou avril, il faut faire très attention à l’agression du soleil avec la réverbération sur la neige. Attention aussi aux yeux évidemment. Comment êtes-vous équipé pour les chiens ? On emmène des produits pour faire face aux petites blessures, coupures, mais aussi à certains soucis liés à des intoxications alimentaires qu’ils attrapent en mangeant des choses à

À la ville, vous rendez souvent visite à votre pharmacien ? Je suis un très mauvais client ! Je n’ai jamais été malade, à part un petit rhume ou une angine de temps en temps… L’Administration m’a récemment demandé d’indiquer mon médecin traitant, j’ai été bien en peine de leur répondre, car je fais très peu appel au corps médical. L’hygiène de vie de ces voyages, où on boit de l’eau pendant un an, où on parcourt 40 kilomètres par jour, ça aide. Vous qui êtes défenseur de la nature, vous faites appel à la phytothérapie ? Mon grand-père était chirurgien, mais avant tout paysan. J’ai été élevé dans une ferme, où je vis encore d’ailleurs. On a toujours eu l’habitude d’utiliser les plantes, que je connais bien. Par mes grands-parents, mais également par un ami qui m’accompagne en expédition et possède une connaissance incroyable des plantes, j’ai cette culture d’aller d’abord chercher le produit naturel. • Propos recueillis par Amélie Baumann-Thiriez (*) www.facebook.com/NicolasVanier.Officiel ; www.nicolasvanier.com/expeditions/projets/ odyssee_sauvage.html

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