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Dossier de présentation, visuels et croquis de scénographie pour la pièce "Les soucis sauvages"

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LES SOUCIS

SAUVAGES


LES SOUCIS SAUVAGES Création 2018 Spectacle tous publics à partir de 8 ans

Écriture et mise en scène: Noémie Herubel Avec: Jordan Besnainou François Bonté Maryse Rousseau

Durée estimée: 1h20 Calendrier de création en cours Production en cours PARTENAIRES Les Soucis Sauvages est soutenu par Mains d’Oeuvres et le Chantier de Création dans le cadre du Fonds Social Européen IEJ.

Contact: Noémie Herubel 53 avenue Jean Lolive – 93500 Pantin 0673554751 noemie@planteunregard.com


RÉSUMÉ

Mettre en scène la démultiplication des univers:

Note d'intention

C’est en imaginant ces différents univers que la volonté de mettre en scène moi-même la pièce s’est imposée. Autour des deux personnages principaux se sont développés deux mondes surréalistes et parallèles: l’univers de Luna est proche du monde de l’enfance et de l’imaginaire , sa chambre est un cocon intimiste et chaleureux où ses inventions prennent vie. J’imagine pour elle une esthétique proche de la fantaisie ingénieuse de Michel Gondry. L’univers d’Ali, lui, se rapproche de celui des adultes, c’est un monde du travail absurde et aseptisé.J’imagine pour lui une esthétique proche du rétro-futurisme décalé des films de Jacques Tati. Le point de contact entre ces deux mondes est représenté par un troisième espace: celui de l’arrêt de bus où se rencontrent à plusieurs reprises Luna et Ali. C’est une sorte de no man’s land, un lieu de passage et d’attente, comme suspendu hors du temps. En filigrane, le monde extérieur de la réalité se devine: c’est d’abord une menace invisible, celle du grondement des bulldozers et des tractopelles. Lorsqu’il finira par s’immiscer dans la chambre de Luna, il prendra une forme inattendue: ce sera l’irruption de la nature, la friche, la forêt. Un nouveau terrain de jeu possible et insoupçonné. Il s’agit, dans la mise en scène, de donner à voir des espaces au premier abord cloisonnés, puis de plus en plus poreux et communicants. Les frontières n’ont de sens que dans la capacité des personnages à les franchir et à faire l’expérience de leur propre liberté.

de l'autrice et metteuse en scène

Rêver pour ne pas se laisser enfermer:

Luna vit à l’abri des regards, hors de la réalité, dans une petite chambre où les rock stars sortent de leurs affiches et les peluches prennent vie. Un jour, le facteur lui apporte deux surprises: une paire de rollers magiques et un avis d’expulsion. Chaussée de ses rollers, elle va découvrir une dimension parallèle et rencontrer un drôle de garçon qui malgré ses airs d’adulte ennuyeux parviendra à éveiller sa curiosité. Ils vont apprendre à se connaître et découvrir ensemble que le monde n’est pas tout à fait ce qu’ils croyaient.

Quitter sa chambre d'enfant: L'histoire des Soucis Sauvages s'ouvre sur un départ que chacun a connu ou connaîtra un jour: quitter sa chambre d'enfant. Accepter qu'elle ne soit plus qu'un musée que l'on visite de temps en temps. La citée perdue engloutie sous les flots. On y retrouvera cette affiche que l'on a jamais eu le coeur de décrocher, cette peluche-relique qui prend la poussière, ce lit devenu trop petit. Le souvenir confus du temps où elle était encore vivante. Voilà ce que Luna ne peut se résoudre à faire. Sa chambre est sa maison et le monde extérieur des adultes une menace bien concrète: bientôt, ils construiront un centre commercial à l'endroit même où aujourd'hui elle dort et rêve. Que deviendront alors Mitch Jagger et l'Ours Pas Polaire, le petit peuple de cette chambre dont l'imagination est le coeur battant?

L’adolescence en sursis : Elle vit donc en sursis, comme on en a bien souvent l’impression à l’adolescence. Une période de transition où l’on est encore autorisé à se comporter comme un enfant et où l’on peut jouer à l’adulte, mais où l’on doit aussi se définir, penser sa place dans le monde en composant avec les attentes des autres, les contraintes du monde réel et ses propres aspirations. Comment se construit-on une identité lorsque tous nos repères sont sur le point de s’effondrer? Peut-on apprendre à être sois-même? Que doit-on laisser derrière soi lorsque l’on grandit et qu’est-ce qui peut bien nous attendre? Ces questions sont au coeur de l’écriture des Soucis Sauvages, fable initiatique à la frontière du fantastique et de la science fiction. Mise au pied du mur de l’âge adulte, Luna n’aperçoit d’abord que deux voies: celle du refus et de l’enfermement, et celle de l’assimilation et de l’aliénation. Mais elle va s’engager hors des sentiers battus chaussée de ses rollers magiques, sur une route qui ne figure sur aucune carte, et découvrir un monde multiple et mouvant qui lui offre une diversité des possibles. Dans Les Soucis Sauvages coexistent différents univers qui se croisent et s’entremêlent, entre lesquels des passerelles de communication s’inventent ou apparaissent par magie.

Les Soucis Sauvages est une invitation au rêve, une incitation à user de cette force qui nous permet d’imaginer les choses autrement, de penser hors des schémas établis. Rêver, c’est refuser de se laisser enfermer. Lorsque je me suis sentie piégée, il y a toujours eu quelqu’un ou quelque chose pour me le rappeler. Le dernier en date s’appelait Gilles Clement, botaniste-jardinier. Il a dit: « Il y a toujours une forêt sous la terre prête à pousser». J’ai eu envie de laisser la forêt pousser et détruire le plancher, écrire et jouer pour planter des graines dans le terreau de l’imaginaire. Pour ne plus avoir peur de laisser grandir ce qui pousse en nous.

Noémie Herubel


Les personnages Ce sont d’abord les personnages qui me sont apparus, immergés d’un état de semi-conscience, comme sortis d’un rêve. Plus que le point de départ de l’écriture, la construction des personnages est pour moi l’élément névralgique de la pièce. C’est en découvrant la façon dont ils s’expriment, en explorant une langue propre à chacun, en définissant leurs aspirations et leurs contradictions, que l’histoire, la dramaturgie et l’esthétique émergent.

LUNA : Elle est connectée et solitaire. Curieuse de tout et défiante. C’est une Youtubeuse, une amatrice de roller, de vieux rock’n’roll, de maquillage, de luttes révolutionnaires... Elle ne sait pas exactement ce qu’elle veut, mais elle sait ce qu’elle ne veut pas. On pourrait dire qu’elle fait partie de cette nouvelle génération, la «génération K», mais cela l’énerverait probablement. Elle a l’air de sortir d’un entraînement de roller derby, batte à la main et caméra au poing.

MITCH JAGGER : C’est un poster qui parfois s’ennuie, pendu au mur, alors il se décroche et bla bla bla. On ne l’arrête plus. Il a bien conscience qu’il n’est ni réellement humain, ni réellement homme. Cela le rend triste, il aurait bien aimé exister pour de vrai, faire l’amour et être une rock star. Il a probablement un fort accent américain ou britannique, il se prend souvent les pieds dans la langue. Il pourrait porter une robe à paillètes, du rouge à lèvres, et un blouson en cuir rouge où sont cousues des flammes dorées surmontées de son nom.

L’ OURS PAS POLAIRE : Il a beaucoup observé les humains, il voudrait bien leur raconter ce qu’il a vu mais personne ne semble vouloir l’écouter. Ce n’est pas grave, il va quand même parler. Il pourrait prendre la forme d’un tapis, d’une peluche, d’une grande marionnette, d’une descente de lit. Il pourra être manipulé par le comédien qui joue Mitch Jagger.

ALI : Il est parfois bègue. Parasité. Les mots font un très long chemin dans sa tête et son corps avant d’arriver à sa bouche. Il vient d’une dimension parallèle à celle de Luna dont les coeurs des habitants sont des ballons gonflés à l’hélium. Il voudrait ne faire plus qu’un avec le monde où il vit mais quelque chose l’en empêche. Il ne sait plus s’il doit couper les mauvaises herbes ou les regarder pousser. Il porte sûrement un costume-costard mal ajusté et tient d’une main son ballon-coeur, de l’autre une mystérieuse valise. STACY : C’est la supérieure hiérarchique d’Ali. Elle est la représentante d’une familiarité désincarnée et inquiétante. Elle pourrait prendre la forme d’une marionnette, d’un hologramme, d’une application pour smartphone. Si c’est une marionnette, elle pourra être manipulée par la comédienne qui joue Luna.


Le dispositif scénique J’imagine au centre de la scène un grand lit mezzanine, mobilier métonymique de la chambre. L’armature de sa structure dessine un cube à la fois fermé et rassurant, recréant le cocon de la chambre, et ouvert, vulnérable à la menace omniprésente et invisible du monde extérieur. Plusieurs espaces y cohabitent: en hauteur le lit, en dessous le lieu de vie. Un espace y est aménagé pour l’écran de la «Chaîne de Luna» (elle est Youtubeuse). La structure est sur roulette, lorsqu’on la retourne se dévoile l’abri bus où Luna et Ali se rencontrent. Attenant à l’une des parois de la mezzanine, l’espace du lieu de travail d’Ali se déplie et se replie. Son esthétique est entre la cabine téléphonique et le box de travail des open space. Dans la scénographie, je souhaite travailler un jeu d’apparition/disparition, rendu possible d’une part par la structure tournante et d’autre part par l’utilisation de la technique du pop-up. Le mouvement est un élément central de la mise en scène: ce sont les allers et venus de Luna d’un monde à l’autre en roller, la rotation du lit mezzanine et de l’abri bus, mais aussi le passage du 2d au 3d. En effet, je souhaite que le mobilier de la chambre comme le box de travail du personnage d’Ali puisse se déplier et replier, afin que les espaces se réinventent et pour accentuer leur caractère protéiforme. C’est aussi de cette façon que j’envisage le surgissement de la forêt à la fin de la pièce, dans l’idée qu’elle était présente depuis toujours mais invisible jusqu’à son déploiement. Ce mouvement dans les changements de volume est aussi présent dans la façon dont j’envisage la création vidéo. Esther Megard, l’illustratice qui réalise les visuels autour de la pièce, m’aide à penser la scénographie, mais je suis actuellement à la recherche d’un(e) scénographe qui pourrait rejoindre le projet prochainement.

La création vidéo Luna Youtubeuse: Depuis une dizaine d'années, les plateformes de partage de vidéos ont permis l'émergence de nouveaux type de créateurs aux compétences et talents multiples (comédiens, auteurs, réalisateurs, monteurs, graphistes, compositeurs, communicants,...) Ce n'est pas pour témoigner d'un effet de mode que j'ai souhaité faire de Luna une Youtubeuse, mais parce que l'usage de ce média par les «jeunes» constitue selon moi l'une des meilleures réponses aux critiques les plus souvent adressées à cette génération que les écrans auraient rendu léthargique, qui manquerait de curiosité, d'inventivité, ou même ne saurait plus se mettre au travail. Il s'agit de donner à voir la transformation de l'imaginaire en créativité, l'imaginaire fait acte et revendiqué. La vidéo comme objet de travail et de jeu. Les deux types de séquences projetées: J'imagine les séquences vidéos de deux types: il y a d'abord les vidéos projetées de la «Chaîne de Luna» qui sont ses propres créations, et pourraient par exemple être de courtes animations en stopmotion. Mais il y a aussi les projections des rêves de Luna où l'écran devient une fenêtre ouverte sur son inconscient. Dans ce cas-ci, la vidéo n'est pas utilisée comme expression consciente de la créativité de Luna, mais comme surgissement involontaire d'une nouvelle instance (celle de l'inconscient et du rêve). Dans ces séquences, je souhaiterais que l'on puisse percevoir l'influence de l'«esthétique internet» nourrie des clips musicaux des années 80, avec par exemple l'utilisation d'un fond vert permettant une incrustation grossière des différents éléments du rêve de Luna. Je suis actuellement à la recherche d’un(e) vidéaste qui pourrait rejoindre le projet prochainement.

Croquis de scénographie réalisé par Esther Megard


Extrait « LUNA : Je me suis un peu emportée. ALI : Elle a cassé l'abribus. Elle est complètement folle. Maintenant il faut faire attention où on met les pieds. Je vais faire comme si je n'avais pas vu, comme si tout était normal. Il suffit de suivre le... LUNA : Je ne suis pas là pour te causer des ennuis. ALI : Protocole. Je sens sa respiration à côté de moi. Son souffle me rentre par les oreilles et me ressort par les orteils. Je voudrais lui dire de ne pas rester là si près de moi mais quelque chose m'en empêche. LUNA: Je voulais te demander si tu pouvais m'apprendre le nom des plantes. ALI: Comment est-ce qu'elle sait ça? Est ce qu'elle a regardé dans ma valise? LUNA : Si j'arrive à te prouver qu'on existe tous les deux, tu voudras bien m'écouter? ALI : J'ai son air à elle dans mes poumons à moi comme si elle m'avait soufflé dedans. C'est chaud je me sens plus léger. LUNA : On va faire une expérience scientifique, j'ai besoin que tu me regardes. ALI : Il faut savoir se tenir à la bonne distance sinon on n'y comprend plus rien. LUNA : On va voir ce qui se cache à l'intérieur de toi. Je vais me faire un chemin en passant par tes yeux, je vais devenir toute petite petite et voyager dans les canaux qui te traversent. Je vais être comme Christophe Colomb qui découvre l'Amérique, mais je ne toucherai à rien et je ne prendrai même pas de photos. D'ailleurs Christophe Colomb il n'a jamais découvert l'Amérique, elle existait bien avant et elle n'avait pas besoin de lui. ALI : Il y a sa main quelque part sur moi maintenant. Je vais faire comme si elle n'existait pas et elle va disparaitre. LUNA : Tu es trop habitué à ta propre peau tu ne la sens même plus. C'est un vieux k-way troué qui ne sert plus qu'à séparer tes rêves de la réalité. Et tout ce qui bat, tout ce qui coule, tout ce qui s'agite et voudrait sortir, tout ça ne se laisse même plus deviner au travers. Des yeux ça se caresse. Un estomac ça se chatouille. Et tes neurones il faut bien qu'ils sortent prendre l'air de temps en temps. Qu'ils voient du pays. Tu ne vas pas les laisser croupir comme ça dans la petite marre de ta boîte crânienne, sans air ni lumière. Faut que tu enlèves ta peau un peu, faut que ça respire là dedans. Tu vas finir combustionné de l'intérieur et tu ne t'en rendras même pas compte. Tu ne veux quand même pas faciliter la tâche aux vers qui te boufferont quand tu seras mort, ils n'ont pas besoin que tu leur prépares le terrain tu sais. Viens avec moi, je t'emmène faire un tour de roller. »

Crédits images : Esther Megard


Contact: Noémie Herubel 53 avenue Jean Lolive – 93500 Pantin 0673554751 noemie@planteunregard.com


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