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Construction & Bâtiment 3/2026. Extrait.

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CONS TRUCTION & BÂTI MENT

PROJETS ET CHANTIERS

DES PROFESSIONNELS DU BÂTIMENT

Siège de la Vaudoise, la renaissance d’une icône moderne

Une nouvelle manufacture horlogère pour Audemars Piguet

Énergie, l’important développement du photovoltaïque en Suisse

Handicap et habitat, trois projets entre autonomie et soin

Un ambitieux projet au Campus Biotech

Dans cette édition, comme dans la plupart de celles publiées ces dernières années, les projets genevois occupent une large place. Le Canton et sa région traversent une transformation aussi rapide que profonde. Ce n’est pas une nouveauté. Nous avons tous vu émerger les nouveaux quartiers – le PAV, les Communaux d’Ambilly, Vernier-Meyrin – et avec eux des projets d’envergure : le Quartier de l’Étang, Quai Vernets, et tant d’autres. Nous avons observé le développement urbain autour des stations Léman Express, de la gare des Eaux-Vives, de Lancy Pont-Rouge.

Mais ce qui retient notre attention, ce n’est ni l’échelle des projets ni la seule densification urbaine. C’est le basculement en cours : Genève cesse d’être une ville organisée autour de son centre historique pour devenir un territoire polycentrique. La réalité du terrain, elle, reste complexe. Le marché de la construction reste sous pression. Les coûts grimpent.

La pénurie de logements persiste, les équipements et infrastructures accusent le retard. Ces tensions font partie du tableau. Elles signalent, en creux, l’ampleur du mouvement en cours – une agglomération qui se réinvente plus vite qu’elle ne se construit. Nous en sommes les témoins directs – et, un peu, les acteurs. C’est un moment charnière pour Genève. Et c’est précisément pour cela que nous continuons à le documenter, édition après édition.

Maroun Zahar

ACTUALITÉS

10 Les news de l’architecture et de la construction

REPORTAGE

90

98

Les transports MBC inaugurent un nouveau dépôt-garage à Denges

La CPEG construit un quartier avec un programme mixte à Genève

108 La rénovation du siège de la Vaudoise

Assurances à Lausanne

18 À Meyrin, une toute nouvelle maison de quartier

26 Handicap et habitat en trois projets

TECHNIQUES DU BÂTIMENT

40 Énergie : le solaire, entre déploiement et stockage

54 Machines de chantier, transformation discrète mais profonde

58 Peinture, algues et champignons

64 Verdir la ville, Genève et Lausanne montrent la couleur

72 Déchets et tri, le secteur se développe

PROJETS

78 Une manufacture nouvelle génération pour Audemars Piguet

120 Un pavillon sculptural au campus Unlimitrust à Prilly

126 Pregny Park, un bâtiment administratif modulable pour Genève

134 Le Bâtiment B4, nouvelle pièce du Campus Biotech à Genève

142 Un îlot de verdure écoresponsable à Lausanne

ENTREPRISES

148 Zoom sur les entreprises locales

SALONS

160 Ineltec, le grand rendez-vous suisse du secteur de l’électricité

AGENDA

162 Expos, salons et congrès

LE DIALOGUE EN MOTIF –UN PROJET À LESTOUTESÉCHELLES

En périphérie de la ville de Genève, le nouveau centre de loisirs de la commune de Meyrin, conçu par les architectes BCRarchitectes, compose avec son environnement urbain tout en dialoguant avec l’histoire du site. Il en résulte un projet à la fois structurant et généreux, tourné vers le collectif.

texte : Lisa Naudin
photos : Hélène Maria

Remporté en 2018 par BCRarchitectes dans le cadre d’un mandat d’étude parallèle, le projet d’extension de la maison de quartier Vaudagne répond aux nouveaux besoins d’une commune en forte croissance démographique. Construite en 1835 en lisière de la vieille ville de Meyrin, la bâtisse a longtemps abrité l’école primaire et le bureau du maire avant de devenir, dès 1964, l’un des premiers centres de loisirs du canton de Genève. Ce type de mandat offre aux architectes le cadre d’une démarche participative, visant à renforcer le caractère public du site, à réorganiser la parcelle et à proposer des espaces adaptés à la diversité de ses usagers.

COMPOSER AVEC L’EXISTANT

La maison historique avait, au fil du temps, accumulé de nombreuses annexes au point d’en perdre toute lisibilité. La première étape a consisté à libérer et clarifier l’existant – un parking et de nombreuses constructions greffées au fil des décennies –, redonnant à la bâtisse une position centrale et dégageant une large esplanade qui affirme son rôle public.

La stratégie repose sur une hiérarchie claire : la maison historique au centre comme élément identitaire, les extensions en bordure de parcelle, conçues comme des éléments d’aménagement paysager. Deux pavillons en bois s’implantent

dans cette logique : le premier, plus petit, s’appuie sur le mur pignon au nord ; le second, plus imposant, s’étire le long du mur du cimetière voisin et se glisse sous le grand chêne centenaire à la manière d’un grand meuble de jardin. Sa ligne brisée génère une façade souple, ouverte vers l’esplanade, tandis que cette tension maîtrisée entre l’existant et le nouveau volume assure une liaison couverte sans ambiguïté avec l’entrée principale.

LA RÉNOVATION DE LA MAISON HISTORIQUE

Édifice classé, la maison fait également l’objet d’une rénovation complète, ses installations techniques étant devenues obsolètes et son enveloppe thermique ne répondant plus aux exigences actuelles. À l’intérieur, la maison historique accueille l’entrée, les espaces destinés aux professionnels, de petites salles ainsi que des ateliers. Préalablement vidée et décapée, elle conserve sa structure porteuse et ses planchers, tandis qu’un noyau en béton, intégrant l’ascenseur et les sanitaires, renforce la stabilité de l’ensemble et constitue un nouvel appui pour la poutre centrale. Légèrement désaxé, il oriente les fonctions publiques et d’accueil vers l’entrée et l’esplanade; les espaces plus privés se développent en retrait.

L’escalier d’origine est conservé, laissé apparent, et mis en conformité avec les normes de sécurité incendie. Le solivage est

Vivre avec un handicap physique et/ou mental vient souvent modifier, parfois restreindre, les gestes les plus simples du quotidien, en transformant le rapport au corps, à l’espace et à l’environnement bâti. En Suisse romande, l’évolution des sensibilités et des approches d’accompagnement, ainsi que la volonté de favoriser le maintien à domicile, transforme profondément la conception de logements adaptés, à la croisée de l’autonomie, du lien, de la vie quotidienne et du soin. L’architecture ne se limite plus à répondre à des normes d’accessibilité : elle compose désormais des environnements apaisés et ouverts aux interactions sociales, tout en favorisant l’indépendance. Entre logements protégés, habitats inclusifs et foyers spécialisés, les projets récents témoignent d’une attention accrue portée à l’expérience humaine, aux perceptions sensorielles et aux parcours de vie. Ils renouvellent ainsi la relation entre espace bâti et vulnérabilité, dans un équilibre subtil entre intimité et collectif, autonomie et accompagnement.

HABITAT ET HANDICAP : ENTRE AUTONOMIE ET LIEN

BRISER LES FRONTIÈRES 1

À Chêne-Bougeries, une ancienne maison de maître transformée et un nouvel immeuble composent un projet d’habitat inclusif favorisant le lien social et la participation des habitants. Portée conjointement par la fondation Ensemble, en faveur des personnes avec une déficience intellectuelle, et la coopérative de l’habitat associatif Codha, la démarche explore les formes du vivre-ensemble entre personnes en situation de handicap ou non.

Dans cette réalisation, dont la valeur réside autant dans les liens tissés que dans les espaces bâtis, le résultat ne peut se dissocier de la démarche qui l’a vu naître. Dès les premières phases, les architectes, les maîtres d’ouvrage, les futurs habitants et les professionnels de la fondation se sont réunis dans un processus participatif hors du commun, où ateliers (cuisine, jardinage), échantillons dissimulés à découvrir au toucher, pictogrammes ou encore scénarios d’un quotidien partagé deviennent des outils de médiation. Accompagné d’un facilitateur, ce long processus (20172023) a permis de dépasser les peurs de l’inconnu, d’élaborer des règles communes, de mieux comprendre les réalités de chacun et de poser les bases d’un vivre-ensemble choisi et de l’appropriation du nouveau cadre de vie. L’architecture en est la traduction, mais surtout le prolongement.

Le projet articule deux entités : la maison existante que la fondation Ensemble exploitait déjà, transformée, et un immeuble neuf. Dans le volume historique, les fonctions sont clairement différenciées tout en restant poreuses : les ateliers et les espaces communs – cuisine, réfectoire, salle partagée –occupent les rez-de-chaussée inférieur et supérieur et s’ouvrent de plain-pied sur des espaces extérieurs aménagés en terrasses et en rampes. Ils forment ainsi un socle collectif ouvert sur le quartier et accessible à tous. Les deux étages accueillent quatre appartements pour les coopérateurs, l’idée étant que les habitants en situation de handicap qui travaillent dans les ateliers de jour changent de bâtiment la nuit. Le nouvel immeuble mêle sans hiérarchie les habitants de la coopérative et ceux de la fondation. Une buanderie commune située au rez-de-chaussée, lumineuse et traversante entre le hall d’entrée et le jardin commun situé à l’arrière, est un lieu de rencontre.

Les dispositifs bâtis offrent repères et liberté d’usage. Ils participent d’une même intention : faire tomber les frontières, physiques et sociales. Ici, l’architecture accompagne et crée les conditions d’un quotidien partagé, où chacun trouve sa place, dans une forme d’égalité vécue.

© Johannes Marburg
© Johannes Marburg
© Johannes Marburg

LIENGME MECHKAT ARCHITECTES

Né en 2018 de l’association de Daniela Liengme et Laura Mechkat, le bureau genevois développe une architecture engagée, centrée sur l’humain, aux dimensions sociales et environnementales. Il s’engage notamment dans la réalisation de logements sociaux, d’écoquartiers et de coopératives d’habitation fondés sur la solidarité, la participation et la convivialité. Les architectes expérimentent des processus ancrés dans l’écoute et l’expérimentation collective, favorisant la démarche participative impliquant les maîtres d’ouvrage et les habitants.

COD
Projet d'habitation mixte Minergie-P Route de Chêne 80B, Chêne-Bougeries (GE)

Le Cèdre, architecture en suspension

À Lausanne, certains bâtiments ne vieillissent pas : ils changent de rythme. Le Cèdre, siège historique de la Vaudoise Assurances, installé face au parc de Milan, appartient à cette catégorie rare d’architectures qui traversent les décennies sans quitter le regard collectif.

texte : Monica D’Andrea
photo : Leo Fabrizio

On le connaît pour ses façades tramées de béton, d’aluminium et de verre, ses lignes modernistes et cette relation presque cinématographique avec le Léman. Derrière cette silhouette familière, quelque chose s’était lentement figé. Jusqu’à cette soirée d’inauguration où deux artistes suspendues à la façade sont venues en épouser les lignes. Glissant le long du béton, traversant les vides, elles révélaient soudain ce que la rénovation accomplit avec subtilité : redonner du mouvement à l’édifice sans le transformer, tout en révélant autrement les lignes de la façade imaginée par Jean Tschumi en 1956.

Lorsque la Vaudoise lance son nouveau siège au début des années 1950, l’ambition est grande. Après un voyage d’études aux États-Unis, Jean Tschumi transpose en Suisse romande une vision inédite : des plateaux libres, une circulation fluide, des façades vitrées, des plafonds actifs chauffants et le confort des collaborateurs deviennent les marqueurs d’une architecture avantgardiste. La singularité du Cèdre ne réside pas uniquement dans sa technique. Formé au décor et au mobilier avant l’architecture,

Jean Tschumi pense le bâtiment comme une œuvre d’art totale où lumière, matériaux, couleurs, mobilier et œuvres dialoguent dans une même continuité. Le hall traversant ouvert sur le lac reste aujourd’hui encore l’un des gestes les plus puissants du projet. Septante ans plus tard, le défi consiste à préserver cette cohérence « sans figer le siège de la Vaudoise dans une image patrimoniale », explique Catherine Othenin-Girard, historienne de l’art et conservatrice de la Commission artistique de la Vaudoise. Avant le chantier, une étude historique approfondie a permis d’identifier les éléments à conserver, à restaurer ou à adapter. La stratégie reposait alors sur un paradoxe : intervenir massivement sans produire d’effet spectaculaire. « Le bâtiment permet cette rénovation. L’approche consistait à comprendre ce qui était déjà extraordinairement avant-gardiste dans le projet d’origine », résume Paul-Antoine Terrier, architecte associé chez Itten+Brechbühl, bureau lausannois chargé de la rénovation après avoir remporté le concours d’architecture lancé pour la transformation du Cèdre.

UNE HOSPITALITÉ SOUS CONTRÔLE

À l’entrée du campus unlimitrust by SICPA, un Pavillon sculptural transforme un dispositif de contrôle en lieu d’accueil. Entre fluidité des circulations, sécurité et hospitalité, le projet compose une architecture sensible, façonnée par les flux.

texte : Salomé Houllier Binder photos : Federal.li

À l’heure où les dispositifs sécuritaires tendent souvent vers des architectures fermées et défensives, le Pavillon unlimitrust by SICPA propose une approche radicalement différente. Réalisé par FdMP architectes à l’entrée du nouveau campus de l’entreprise, le projet réunit plusieurs programmes habituellement dissociés : point de contrôle, accueil des visiteurs, gestion logistique, parking visiteurs et stationnement vélos. Plus qu’un simple poste de sécurité, le Pavillon devient un espace de convergence capable d’orienter, de protéger et d’accueillir.

Implanté dans un environnement paysager largement retravaillé, le projet puise son langage dans les phénomènes naturels. Les tracés, les courbes et les circulations évoquent le ruissellement de l’eau venant lentement polir la roche. Cette logique fluide structure l’ensemble du dispositif et transforme la gestion des flux en véritable matière architecturale. Le Pavillon ne s’impose pas comme un objet autonome, mais comme une forme façonnée par les mouvements qui le traversent.

SCULPTER LES FLUX

Le projet s’organise autour de trois entités distinctes : le Pavillon d’accueil, le parking visiteurs et la rampe menant au stationnement vélos. Chacune possède sa propre autonomie tout en participant à une composition unitaire fondée sur la courbe et la continuité des parcours. Les différents flux – visiteurs, collaborateurs, logistique

ou mobilités douces – sont soigneusement séparés afin de garantir lisibilité et sécurité, sans jamais produire de rupture brutale dans l’expérience du site.

Cette fluidité s’inscrit également dans la topographie. Les cheminements s’enroulent progressivement autour du Pavillon, tandis que la rampe cyclable descend vers le sous-sol selon un mouvement continu, presque géologique. Les différences de niveau deviennent ainsi un outil de composition plutôt qu’une contrainte technique. L’architecture semble avoir été lentement érodée par les circulations elles-mêmes. Cette approche permet d’effacer la dimension sécuritaire du programme au profit d’un parcours intuitif.

Les aménagements extérieurs participent pleinement à cette mise en scène. Les revêtements minéraux aux teintes beiges prolongent le vocabulaire déjà présent sur le campus afin d’inscrire le projet dans une continuité d’ensemble. Seule la coque blanche du Pavillon affirme une présence singulière. Posée en léger surplomb du site, elle apparaît comme un galet poli venant émerger du paysage.

UNE SÉCURITÉ HOSPITALIÈRE

Le Pavillon concentre l’identité du projet. Sous son large couvert, les visiteurs trouvent un espace protégé mais ouvert, capable d’incarner simultanément les notions de sécurité, d’innovation et d’hospitalité portées par unlimitrust. Ici, le contrôle ne s’exprime

jamais par la fermeture ou la démonstration technique. Il se dissout dans la fluidité des espaces, la douceur des formes et la précision des détails.

Cette impression repose notamment sur un important travail de matérialité. La coque en béton blanc précontraint teinté dans la masse confère au Pavillon une forte présence sculpturale tout en produisant une sensation de légèreté presque irréelle. Son important porte-à-faux semble flotter au-dessus du sol grâce à de fins poteaux anthracite. Le cylindre central en verre blindé courbe, réalisé sur mesure, participe lui aussi à cette recherche de transparence maîtrisée où la technicité disparaît derrière l’évidence du geste architectural.

La géométrie du projet fait également écho à l’identité graphique du maître d’ouvrage. Les courbes du Pavillon, des rampes et des cheminements prolongent subtilement les lignes du logo unlimitrust, comme si l’image de marque se diffusait dans l’expérience spatiale elle-même. Cette continuité se retrouve jusque dans le dessin du couvert, dont les lignes fuselées accompagnent les flux et renforcent l’impression d’un objet façonné par le mouvement.

UNE PROUESSE DISCRÈTE

Derrière l’apparente simplicité du projet se cache une importante complexité technique. La coque a nécessité un important travail de préfabrication et d’usinage avant son assemblage sur site. Chaque élément a été minutieusement étudié afin d’obtenir

cette sensation de flottement caractéristique du Pavillon. De nombreuses maquettes ont permis d’ajuster les proportions, les courbures et la présence des éléments porteurs afin d’atteindre cette impression d’équilibre presque immatériel.

Le soin porté aux espaces souterrains participe également à cette approche. Le parking vélos n’est pas traité comme une simple infrastructure technique, mais comme un lieu à part entière. Sa matérialité minérale, ses plafonds bas et son éclairage intégré soulignent la présence des poteaux champignons qui structurent l’espace comme une série de sculptures. La lumière glisse sur leurs surfaces courbes et accompagne le mouvement de la rampe, produisant une atmosphère presque cavernicole où la contrainte constructive devient source d’expression architecturale. Le terrazzo pigmenté, les bétons apparents et les éléments métalliques prolongent cette recherche d’une matérialité brute mais soigneusement travaillée.

Des panneaux photovoltaïques intégrés en toiture complètent enfin le dispositif, affirmant la volonté d’inscrire le Pavillon dans une démarche contemporaine à la fois technique, environnementale et symbolique.

À travers ce projet, FdMP architectes transforme ainsi un programme hautement sécuritaire en une architecture de confiance. Entre maîtrise des flux, précision constructive et attention portée aux usages, le Pavillon compose un seuil à la fois protecteur et accueillant, où la technique s’efface derrière la fluidité du geste.

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Construction & Bâtiment 3/2026. Extrait. by Espaces contemporains - Issuu