Skip to main content

Et pourquoi une toilette dans mon école ?

Page 1

ET POURQUOI UNE TOILETTE DANS MON ÉCOLE ? Un projet, ses succès, ses difficultés et son impact


Au Maroc, la majorité des écoles rurales sont souvent sous-équipées et dépourvues notamment d’eau potable et de système d’assainissement. À peine 50% des écoles ont accès à des infrastructures sanitaires.*

En 2009, le Gouvernement marocain, conscient de ces difficultés, a entrepris de redonner à l’école rurale la place qui lui revient, et a décidé de débloquer des fonds à cet effet. Dans ce contexte, l’école fut reconnue comme étant le milieu idéal pour inculquer aux nouvelles générations les notions de protection de l’environnement et d’hygiène de vie. L’accès aux infrastructures sanitaires est également l’un des critères fondamentaux dans l’accès à l’éducation des jeunes filles. L’initiative permettait donc aux autorités marocaines de s’attaquer par la même occasion à un autre problème dont l’école rurale marocaine souffre, la scolarisation des jeunes filles dans le milieu rural, et d’encourager les initiatives visant à consolider l’égalité des sexes.

* UNESCO, Education, Scientific and cultural organization. Global education monitoring report. Accountability in education: meeting our commitments. Paris, 2017. [En ligne: http://unesdoc. unesco.org/images/0025/002593/259338e.pdf]


De 2010 à 2017, la coopération belge a fourni son appui

au projet national de mise à niveau environnementale des écoles rurales en visant la réhabilitation de 250 écoles. Le projet avait pour objectif l’amélioration des conditions de vie des élèves, à travers la mise en place d’infrastructures sanitaires dans les écoles et la sensibilisation des enfants à l’importance de l’hygiène et de l’environnement. En améliorant durablement le cadre de vie des écoles et des villages, le projet visait aussi particulièrement à enrayer la déperdition scolaire des jeunes filles. Aujourd’hui, à la clôture de ce projet et après de nombreux défis, 190 écoles dans les régions de Taroudant, Ouarzazate, Zagora et Tinghir ont bénéficié de l’intervention et beaucoup de belles histoires s’y sont déroulées. Quelques-unes se retrouvent dans les pages suivantes...


CE QU’EN PENSENT LES PRINCIPAUX INTÉRESSÉS


NOUREDDINE OUARAB ÉLÈVE

ÉCOLE AIT DAOUD -TINGHIR

Je suis très content que mon école ait été sélectionnée

J’ai 11 ans. Je suis le plus petit de

ma famille et mes frères sont passés par la même école que moi. Il n’y avait pas de latrine quand ils y étaient.

Mes parents me disent de bien travailler à l’école, parce qu’eux n’ont pas continué leurs études à cause du manque de toilettes. Avant, j’allais dehors pour faire mes besoins. Je buvais de l’eau de la Seguia et je tombais souvent malade.


NADIRA EL FAHIM ÉLÈVE

ÉCOLE AIT DAOUD -TINGHIR

Maintenant, je me sens en sécurité

Les

latrines sont très utiles pour nous, parce qu’avant les filles faisaient leurs besoins n’importe où. Elles avaient honte de sortir dehors. Avant de rentrer dans les toilettes, je dois me laver les mains. Après avoir fait mes besoins, je dois de nouveau me laver les mains avec de l’eau et du savon, toujours. Le professeur nous dit qu’il faut toujours prendre soin des toilettes. Mes parents sont contents que mes frères mes sœurs et moi aillions à l’école.


HAMID SALHI PROFESSEUR

ÉCOLE AIT DAOUD -TINGHIR

Ça fait 22 ans que je travaille comme enseignant dans des zones reculées

J’ai vu plusieurs filles quitter l’école

à cause du manque de latrines alors qu’elles avaient un très bon niveau. C’est dommage, parce que c’est une installation qui ne coûte pas cher. Il y 3 ans, j’étais dans une école qui avait moins besoins d’appui que d’autres établissements selon les critères de sélection du projet. Mais ensuite, la chance était avec nous. Un jour, ils sont revenus nous informer qu’il y avait eu un désistement de la part d’une école qui malheureusement ne disposait pas d’eau potable. C’était le début d’un beau projet !


MOHAMED NAIM DIRECTEUR

ÉCOLE TALATH - ZAGORA

C’est un projet très intéressant au niveau éducatif et social

La construction des latrines nous a

assuré un suivi éducatif et social. Il a eu un impact positif sur l’école en réduisant l’abandon scolaire, surtout dans les régions rurales et pour les filles en particulier. Le kit nous a beaucoup aidés. Quand on présente les dessins aux élèves au début de l’année, ils comprennent plus facilement comment utiliser les latrines. Avant, un grand problème était le jet de pierres dans les latrines. Mais avec ce kit et les séances de sensibilisation, notre quotidien a changé. Le village a vraiment bien accueilli le projet. Je reçois même des parents d’élèves d’autres écoles qui voudraient voir l’expérience se développer chez eux aussi.


SAID AMZIL PRÉSIDENT

FÉDÉRATION DE L’ASSOCIATION DES MÈRES, PÈRES ET TUTEURS DES ÉLÈVES IMI NOUALOUNE-OUARZAZATE

Nous avons surtout travaillé sur les droits de l’enfant

J’ai

travaillé pendant 1 an avec l’équipe du projet. J’ai appris beaucoup de choses, surtout dans le domaine de la communication. Ensemble, nous avons fait des séances de sensibilisation à Ouarzazate sur le genre et les droits de l’enfant. J’ai appris comment me comporter avec les enfants et comment leur donner la parole. J’ai intégré la notion de genre. Nous avons travaillé dans un douar où la population était très pieuse et avec ces formations nous avons pu les sensibiliser au fait qu’il n’y ait pas de mal à ce qu’un garçon s’assoie à côté d’une fille et vice-versa. Grâce à ces formations, j’ai pu à mon tour mener des séances de sensibilisation avec les gens du douar. Presque 300 femmes en ont bénéficié.


On

s’est retrouvé dans des zones reculées avec une mentalité très différente des villes, où les femmes n’ont jamais pu entrer dans l’école. C’est le père qui prend les décisions et qui participe aux réunions de la direction ou de l’association des mères, pères et tuteurs des élèves. Au début, ça a été difficile de convaincre les hommes qu’une femme soit dans le bureau de l’association et qu’elle ait le droit de prendre des décisions. Mais avec les formations qu’on a faites, avec l’accompagnement et la sensibilisation, on a réussi à trouver un équilibre. Le fait de réussir à intégrer une femme dans l’association des mères et pères et d’avoir des femmes qui ont participé aux journées qu’on a célébrées, c’est un point très positif. Asma BENKAIDI Technicienne CTB Maroc


BOUCHRA BENHAJJI DIRECTRICE

GROUPEMENT SCOLAIRE AMRAD-ZAGORA

Je fais l’inspection des écoles en motocycle et avec plaisir !

Je suis la seule femme directrice

dans la région.

Au début, j’ai rencontré de nombreux problèmes. Je suis arrivée dans un milieu rural alors que je viens d’une autre culture. Les mentalités ne sont pas les mêmes. Grâce à l’appui de mes collègues et de mon mari, qui travaille lui aussi dans le domaine, j’ai pu dépasser ces problématiques. Tout le monde me respecte maintenant, que ce soit la population ou le corps de métier.


MOHAMED AAZAOUI

PROFESSEUR

ECOLE SAGHRO - TINGHIR

Une porte s’est ouverte, qui ne l’aurait jamais été autrement

Je

coordonne un club d’environnement au sein de notre école. Les projets sont réalisés avec les professeurs, les élèves et les directeurs bénévolement. En 2013, nous avons eu l’occasion de participer au WEEC* à Marrakech. C’était une grande opportunité pour moi et pour les élèves que j’ai accompagné làbas. À notre retour, nous avions plein d’idées suite aux rencontres et grâce à l’expérience des autres. Ce projet a eu un grand impact sur mon école. L’enseignement du respect de l’environnement est un acquis. * Congrès mondial de l’éducation à l’environnement, WEEC 2013, sur le thème de « L’éducation à l’environnement et les enjeux d’une meilleure harmonie ville-campagne », tenu à Marrakech du 9 au 13 juin 2013.


BRAHIM KABIRI PARENT D’ÉLÈVE

COMMUNE AIT OUZIN - TINGHIR

J’encourage les femmes à devenir présidentes des associations

La dernière formation faite à Tinghir

autour de la question du genre nous a interpelés sur la question du rôle de la femme. On a bien compris le message. En ce moment, le bureau de l’association du village compte plusieurs membres femmes. Dernièrement, on a mené une activité dans le cadre de notre association et j’ai remarqué que 70% des participants étaient des femmes actives et sérieuses. Je suis vraiment content ! Prochainement, on aura l’assemblée générale dans notre association des mères, pères et tuteurs des élèves et je remarque que les femmes sont intéressées à faire partie du bureau. On est très heureux, leur présence est remarquée.


À TRAVERS LES YEUX DE L’ÉQUIPE DU PROJET


MALIK SOUALI

CHARGÉ DE PROGRAMMES POUR LE PROJET DE 2010 À 2017

Ce n’est peut-être pas très noble de construire des toilettes, mais c’est fondamental

Mon

histoire avec le projet a commencé en 2009. Nous organisions des ateliers avec les partenaires traditionnels de la coopération belge qui venaient chacun à tour de rôle exposer des idées de programmes ou de projets. Nous avons reçu une Ingénieure Générale du Département de l’eau qui est venue nous proposer un projet atypique. C’était un projet de renforcement et de mise à niveau sanitaire d’infrastructures de l’eau, comme on avait l’habitude d’en faire, mais cette fois-ci il entrait dans le cadre d’un programme national de mise à niveau environnemental des écoles rurales. Le challenge était séduisant.


FATIMA AIT BEN ALLA CO-RESPONSABLE DU PROJET DE 2011 À 2017

La problématique sanitaire c’est l’affaire de tout le monde

Les enfants ne peuvent pas faire leurs

besoins à l’extérieur. Ce ne sont pas de bonnes pratiques. Ce n’est bien ni pour la santé, ni pour l’art de vivre convenablement. Faire ses besoins à l’extérieur, c’est un canal pour attraper des maladies. La construction de blocs sanitaires est à la fois un bénéfice pour l’environnement et pour la santé des élèves. Je suis fière d’avoir travaillé avec des enfants dans des coins très enclavés qui ont presque été oubliés par tous les programmes de développement.


RACHID LAKHCHACH TECHNICIEN

DANS LE PROJET DE 2013 À 2017

Les toilettes sont une pièce nécessaire à chaque construction

Je suis technicien en génie civil et c’était

la première fois que je travaillais dans des écoles rurales. L’une des premières questions que j’ai posées était : « Pourquoi y a-t-il des classes, mais il n’y a pas de toilettes ? Dans le règlement de construction, il y en a une. »

On nous a répondu qu’ils avaient juste fait de petits projets pour construire une seule classe et que le bloc sanitaire viendrait plus tard. Après la construction, ils ont conclu que le bloc sanitaire avait beaucoup d’importance.


100 écoles à Taroudant 30 écoles à Ouarzazate 30 écoles à Zagora 30 écoles à Tinghir


LHOUSSAINE ID HAKOU ANIMATEUR

DANS LE PROJET DE 2013 À 2017

Je me sens fier d’avoir amené des toilettes dans l’école de mon village

Je suis originaire de Taliouine. Mon

école primaire (Igrarne) a bénéficié du projet. J’ai des petites sœurs qui sont maintenant dans cette école. Elles ont de la chance parce qu’elles ont une toilette et ce n’était pas le cas au moment où j’ai fait mes études. Maintenant, lorsque je passe dans les villages, je rentre dans les écoles pour discuter avec les enseignants et les élèves. Je remarque que dans les provinces, il y a encore une forte demande auprès des acteurs de développement pour faire de même dans les autres écoles.


II ne faut pas se leurrer, les questions intimes sur l’hygiène,

et surtout des petites filles dans notre société et dans des sociétés rurales conservatrices, c’est très difficile à aborder. Moi et n’importe qui vivant à Rabat, on a accès aux sanitaires, on a accès aux thématiques qui portent sur l’hygiène, l’intime, les règles des jeunes filles, … C’est quelque chose de naturel pour nous, mais ce ne l’est pas du tout dans les régions dans lesquelles on travaille. On voit dans cette équipe des animateurs, des jeunes hommes, qui parlent de ces questions avec pudeur et avec tact. Ce n’est pas simple, mais ils ont réussi à gagner la confiance des acteurs, des bénéficiaires, des partenaires, des gens anonymes. Malik SOUALI

Chargé de programmes CTB Maroc


GHIZLAN AIT EL MAHJOUB ANIMATRICE

DANS LE PROJET DE 2011 À 2017

On a brisé le tabou des toilettes !

En

tant que villageoise, moi-même j’ai vécu la problématique. C’est un droit d’avoir un bloc sanitaire, ce n’est pas un luxe. Dans la plupart des zones rurales, on trouve des toilettes uniquement pour les invités. Ce n’est pas pour les enfants, elles sont toujours fermées. Quand ils ont un bloc sanitaire dans les écoles, les enfants se sentent en sécurité, ils ont leur intimité, un endroit avec toutes les normes d’hygiène et cela participe à l’amélioration de leurs conditions de vie. Il faut voir la satisfaction des enfants. On voit les sourires sur leur visage dès la première utilisation des toilettes, des lavabos, des robinets, des savons et de tout l’équipement installé.


HANAN BABLAL

RESPONSABLE ADMINISTRATION & FINANCES

DANS LE PROJET DE 2015 À 2017

Il faudrait intégrer dans les programmes scolaires une matière sur l’hygiène et la santé

Les

professeurs sont contents. Ils me disent que c’est le premier projet qui pense à eux. Quand on construit un bloc sanitaire, on ne pense pas seulement aux professeurs, mais aussi aux enfants handicapés ou avec des besoins spécifiques. C’est un projet qui pense à tout le monde! À l’école, on se concentre sur le «savoir lire», le «savoir écrire» et on oublie le «savoir être». L’expérience montre que l’éducation à la maison sur ces matières n’est pas suffisante dans les zones rurales.


ABDELLAH MEZZAN

ANIMATEUR

DANS LE PROJET DE 2011 À 2017

Il devait avoir 9 ou 10 ans, il avait tout compris

Je me souviens quand on était dans

une séance de sensibilisation, on a demandé aux élèves de résumer le projet par un dessin. L’un de ces élèves a commencé à dessiner le système dans sa globalité au tableau : en partant de la toilette, passant par les caniveaux, la fosse septique, et même le traitement des eaux avec le système d’assainissement. Cet élève était en quatrième année primaire.


ASMA BEN KAIDI TECHNICIENNE

DANS LE PROJET DE 2011 À 2017

Quelqu’un se rappelle les techniques de lavage de mains ?

J’ai été voir les sanitaires mis en service

il y a deux ans.

Je me souviens bien de la situation au début du projet. J’ai été vraiment surprise par le changement dans l’école. Dans la cour de récréation, les enfants entrent dans le bloc sanitaire. Après, ils passent par le lavabo et ils se lavent les mains en utilisant les techniques qu’on leur a enseignées. J’étais très émue, on a réussi ! Hamdoulillah...


FATIMA SABIB ANIMATRICE

DANS LE PROJET DE 2011 À 2017

On leur explique que les toilettes de l’école sont comme celles de la maison

La

construction de blocs sanitaires est très facile, mais c’est difficile de faire comprendre aux gens que le projet va audelà. Sa stratégie, c’est le changement de comportement des élèves, des professeurs et des parents. Après avoir sensibilisé et donné toute la documentation aux enfants, on aimerait bien qu’ils adoptent ces comportements dans leur maison aussi. Ce que je préfère, c’est la phase après la construction : il faut encore tout un travail d’accompagnement et de sensibilisation. Personne d’autre ne fait cela. Mais c’est très efficace.


EL HASSANE AMESKANE

ANIMATEUR

DANS LE PROJET DE 2013 À 2017

La construction de toilettes pour moi c’est la reconstruction des relations

Ce que je vois, c’est qu’on a créé une

dynamique dans les écoles. On a donné un autre souffle à l’école qui était marginalisée. Avec les toilettes, on a réconcilié les acteurs et on a renoué les relations avec l’entourage de l’école. Ma fierté c’est de voir un gouverneur, un directeur, un père, une mère prendre part à la discussion sur un sujet primordial tel que l’avenir d’un enfant. Je vois les directeurs lancer des initiatives pour changer l’école, signer des conventions avec les communes, ou des écoles qui s’aident entre elles. Il y a des gens qui prennent des initiatives et qui veulent aller plus loin et ça c’est très important pour moi.


EL HASSAN RIDA TECHNICIEN

DANS LE PROJET DE 2015 À 2017

L’aspect social du projet garantit sa pérennité

Il y a eu bien sûr des défis. La principale

difficulté, c’était la nature du terrain. Il est difficile car il est rocheux surtout dans la zone du Toubkal. La deuxième difficulté c’était l’éloignement, surtout dans la province de Taroudant. L’école la plus éloignée était à 205 km de la ville. C’était pourtant l’un des critères de sélection des écoles.


Le kit pédagogique est l’une des innovations du projet qui va rester dans les prochaines années.

Au début, on a élaboré des fiches pédagogiques avec les thématiques qu’on a identifiées. Après, on est venu avec des photos pour sensibiliser les enfants. C’est la manière la plus facile d’attirer l’attention des élèves et de véhiculer des messages. À la fin, on a construit un gros kit. Ce sont nos animateurs qui l’ont développé et il a été expérimenté et révisé avec les experts, les conseillers et les pédagogues pour devenir un kit adapté au contexte. Ce kit permet de travailler avec des outils. Il explique comment travailler et comment arriver à de bons résultats. C’est une valise d’outils pour n’importe quel animateur qui veut donner des sessions de sensibilisation ou de formation auprès des élèves, des parents d’élèves ou d’autres personnes. Par le bouche à oreille entre les écoles, le kit s’est retrouvé entre les mains de l’UNICEF et la GIZ qui ont apprécié l’idée et l’ont adopté. Fatima AIT BEN ALLA Co-responsable CTB Maroc


YOUSSEF HAMMOUDOU ANIMATEUR

DANS LE PROJET DE 2011 À 2017

J’ai fait la plupart des dessins du kit pédagogique

Quand on a commencé le projet,

on n’avait aucun outil de sensibilisation. On s’est dit « comment peut-on faire la sensibilisation sur l’utilisation des toilettes?» et on s’est mis dans la peau des enfants. On a développé des dessins pour sensibiliser les élèves. On pensait que les gens de l’école, les professeurs et les directeurs n’allaient pas accepter ce genre d’images. Mais ça, c’était au début. Quand on a fait la première séance, on avait un peu honte. Mais ni les filles, ni les garçons n’avaient honte.


PAROLE À NOS ALLIÉS


190 Écoles

Sensibilisation de : 19 739 Femmes 23 774 Hommes

Financement : Maroc 18 804 000 MAD Belgique 5 000 000 EUR

Durée du projet : 2010 - 2017

* Associations des mères, pères et tuteurs des élèves

Accompagnement rapproché de : 16 Clubs d’environnement 91 AMPTE*

Plus de 250 kits distribués auprès des écoles, des institutions partenaires ainsi d’autres organismes confrères


NABIL LAABOUDI

CHARGÉ DU PROGRAMME NATIONAL

MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE, DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Je considère cette expérience comme innovante

C’est une approche très originale

en termes de coopération entre deux pays. Elle ne se limite pas à répondre à un besoin, mais se focalise plutôt sur la durabilité en vérifiant que les installations soient maintenues et toujours fonctionnelles. Le premier apport est l’implication des usagers des espaces éducatifs et collectivités locales. C’est nécessaire car les blocs sanitaires sont des entités qui demandent beaucoup d’attention et d’efforts de maintenance par rapport à d’autres installations. Ensuite, c’est l’élaboration d’un outil de géo-référencement, un travail qui a été initié par la coopération belge et qui est de grande utilité. Enfin, ce sont les études réalisées, notamment sur le genre, l’environnement, mais aussi sur la qualité d’exécution des programmes.


YOUSSEF AIT IMMA TECHNICIEN

COMMUNE D’ALNIF- TINGHIR

On a aussi pensé aux personnes handicapées !

Le bloc sanitaire est un droit. C’est

délicat que les garçons fassent leurs besoins dans d’autres endroits que les latrines, mais pour les filles c’est totalement impossible ! Ce que nous négligeons ici dans les institutions, ce sont les personnes handicapées, mais ce projet a soulevé la problématique. Il n’a pas seulement construit des blocs sanitaires, mais a aussi permis que les enfants handicapés puissent en profiter. Dans certaines régions ici, l’enfant ne voit un robinet que dans les écoles. Il n’en a même pas chez lui à la maison. Il ne sait donc pas comment faire sa toilette, ni se laver les mains. La sensibilisation dans les classes était très bénéfique.


ABDELOUAHED JORFI

ADMINISTRATEUR PROVINCIAL

MINISTÈRE DE L’EDUCATION NATIONALE, DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

La charte pour la durabilité garantit de bons résultats

La charte est une bonne idée. C’est

un apport pour le département provincial de l’éducation.

C’est comme un contrat entre le conseil de gestion de l’école, l’association des mères, pères et tuteurs des élèves et la direction provinciale du Ministère de l’éducation nationale. Elle garantit la durabilité du projet et le respect des latrines. Construire des latrines ne donne pas toujours de résultats. Cette charte définit les responsables, les règles de bonne gestion et de maintien des latrines. Maintenant, nous pouvons utiliser la charte dans d’autres projets de la direction.


RACHID MADAH

CHEF DE DIVISION RESPONSABLE NATIONAL

SECRÉTARIAT D’ETAT AUPRÈS DU MINISTRE DE L’EQUIPEMENT, DU TRANSPORT, DE LA LOGISTIQUE ET DE L’EAU, CHARGÉ DE L’EAU

On a réussi à atteindre nos objectifs

Ma

satisfaction personnelle est d’avoir contribué à l’équité sociale dans les coins reculés du Maroc. Ce projet a permis que les populations puissent profiter d’infrastructures d’assainissement de base qu’on ne retrouve parfois pas dans les zones urbaines. Les infrastructures qu’on a réalisées avec la coopération belge sont d’un niveau très élevé. Les constructions étaient précédées par une préparation du terrain faite par l’équipe du projet pour tout ce qui touche à la sensibilisation et la préparation des usagers à s’approprier ce projet. Tout le monde a été associé dès le départ aux discussions sur l’emplacement des infrastructures, l’éducation à l’hygiène et sur la stratégie de maintenance pour qu’à la fin on puisse laisser le projet entre de bonnes mains. C’est quelque chose qui ne se fait malheureusement pas dans d’autres projets de coopération.


ISMAIL ZOUNDI

INGÈNIEUR CHARGÉ DE LA MISE EN OEUVRE SECRÉTARIAT D’ETAT AUPRÈS DU MINISTRE DE L’EQUIPEMENT, DU TRANSPORT, DE LA LOGISTIQUE ET DE L’EAU, CHARGÉ DE L’EAU

Le point positif, c’est le côté relationnel

Le projet a connu des difficultés dans

l’exécution. Le programme national est plus facile dans le sens où les objectifs étaient déjà définis auparavant avec les partenaires et chaque département travaillait de façon indépendante. Mais son point fort, c’est l’implication de tous les acteurs (les bénéficiaires, les acteurs au niveau provincial et au niveau central) et leur coordination pour qu’il n’y ait pas de chevauchement dans les réalisations ou de double emploi. D’abord au niveau central, entre les ministères chargés de l’éducation nationale, des finances, de l’environnement, etc. Ensuite, il y a une coordination au niveau local avec des comités provinciaux de suivi du travail sur le terrain pendant la réalisation. La hiérarchie est bien ficelée.


ABDELAZIZ EL MOUKHTARI

CHEF DE SERVICE PROVINCIAL

SECRÉTARIAT D’ETAT AUPRÈS DU MINISTRE DE L’EQUIPEMENT, DU TRANSPORT, DE LA LOGISTIQUE ET DE L’EAU, CHARGÉ DE L’EAU - TAROUDANT

Le projet a donné ses fruits, alors pourquoi changer ?

Maintenant, il faut adopter partout

la même démarche : continuer à établir des chartes pour définir qui fait quoi. Les plans architecturaux qu’on a utilisés dans le projet ne sont pas les mêmes que ceux du Ministère de l’éducation et de la province. Puisqu’il y a un autre programme réalisé avec la province, le département de l’environnement et le département du Ministère de l’éducation, il faut unifier les plans.

.

Nous avons remarqué que les techniciens généralement se focalisent sur les travaux. On fait la construction des bâtiments sans faire de sensibilisation. Ce n’est pas difficile de construire. Après s’il n’y a pas d’accompagnement le bâtiment sera dégradé. Il faut donc que l’on prévoie le recrutement d’animateurs pour le bon déroulement des futurs projets.


FADNA SYAM

CHEF DE SERVICE PROVINCIAL

SECRÉTARIAT D’ETAT AUPRÈS DU MINISTRE DE L’EQUIPEMENT, DU TRANSPORT, DE LA LOGISTIQUE ET DE L’EAU, CHARGÉ DE L’EAU - OUARZAZATE, ZAGORA ET TINGHIR

On a donné une âme au programme national

J’ai

été recrutée comme chef provincial du service de l’eau pour faire le suivi du projet APMNEER. Je chapeaute trois provinces : Zagora, Ouarzazate, Tinghir. J’ai fait des visites et j’ai senti qu’il y avait une différence entre les écoles du programme national qui ont bénéficié du projet ou non, notamment une différence au niveau des infrastructures. Avant, de petites entreprises faisaient de petites constructions sans suivi. Les blocs sanitaires étaient rapidement délaissés, détruits ou vandalisés.


La différence, c’est l’importance sociale qui a été donnée

au projet. Ce qui manquait au programme national, c’était une âme. Le plus du projet, c’est de sensibiliser le milieu rural à l’importance de ces constructions. Les blocs sanitaires sont devenus attrayants et les élèves ont été sensibilisés à la problématique de la santé, l’hygiène de la fille, … Il y a encore du travail à faire. On n’a pas pu toucher l’ensemble des trois provinces parce que le milieu rural est très vulnérable. C’est très important de continuer. Fadna SYAM

Chef de service provincial Secrétariat d’Etat auprès du Ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, Chargé de l’Eau Ouarzazate, Zagora et Tinghir


PROJET D’APPUI AU PROGRAMME DE MISE À NIVEAU ENVIRONNEMENTALE DES ECOLES RURALES (APMNEER)

«Ce projet nous interpelle sur quelque chose de simple, la construction de blocs sanitaires. Est-ce que ce n’est pas en faisant des projets vraiment dans la proximité qu’on peut questionner les politiques publiques ?»


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Et pourquoi une toilette dans mon école ? by Enabel au Maroc et en Tunisie - Issuu