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Un samouraï en Provence

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Grands Maîtres Un samouraï en Provence « Rencontre avec une célébrité du monde des arts martiaux, le fondateur du Yoseikan Budo, maître Hiroo Mochizuki fête ses 80 ans cette année. »


Text : Maxime Bonnet et Elsa Hellemans Photo : Alfredo Tucci


Grands Maîtres Hiroo Mochizuki, descendant d’une lignée de samouraïs et fondateur du Yoseikan Budo fête bientôt ses quatre-vingts ans. Dans son modeste dojo de Salon de Provence il s’exerce avec un de ses fils et sous l’oeil intrigué de son petit-fils. Sa petite taille ne l’a pas empêché de devenir un grand maître. Son corps robuste et ses gestes assurés lui donnent une allure vigoureuse. Rien de son visage ni de son corps ne laisse deviner son âge hormis ses épais cheveux blancs. Souriant et le regard malicieux le sensei [maître ndlr] accueille toujours ses visiteurs avec simplicité. Il cherche ses mots et utilise un langage imagé pour raconter avec ravissement et humour les années de pratique qui l’ont amené à fonder le Yoseikan Budo en 1975. À son âge « il s’entraîne deux fois par semaine, donne trois cours d’une heure et demi et fait des stages pr esque tous les week-ends », explique Stéphanie Mochizuki, responsable de la Commission Nationale de Yoseikan Budo. Violaine, professeur de fitness, est stupéfaite par l’état de santé du maître « Normalement on a beaucoup de séquelles quand on pratique autant, c’est inhumain, il doit avoir un secret ! ».


Grands Maîtres « C’est un peu par hasard qu’Hiroo Mochizuki découvre « le geste de fouet du cowboy », le mouvement ondulatoire fondamental du Yoseikan Budo. « C’est un coup de chance car les anciens maîtres de Chine et du Japon n’ont pas eu cette opportunité. »


Un maître novateur C’est un peu par hasard qu’Hiroo Mochizuki découvre « le geste de fouet du cowboy », le mouvement ondulatoire fondamental du Yoseikan Budo. « C’est un coup de chance car les anciens maîtres de Chine et du Japon n’ont pas eu cette opportunité. » Plus qu’une simple combinaison d’arts martiaux, le maître veut développer un « langage avec le corps », une discipline à part entière qui utilise l’ondulation comme fil conducteur. A travers cette évolution il aspire à « la recherche d’une pratique respectueuse du corps, la prise en compte de l’anatomie, de la physiologie et de la biomécanique ». Contrairement « aux systèmes traditionnalistes qui nuisent à la santé. Il faut absolument changer ce mode de pensée pour arrêter de se blesser et de blesser les autres. L’être humain est fait pour progresser, l’humanité doit apprendre l’entente et le vivre ensemble. Mais il reste beaucoup de travail à faire ». Sabrina, pratiquante de 35 ans, témoigne « C’est un art accessible à tous, qui allie l’aspect physique du Karaté à la souplesse de l’Aïkido».


« Je n’ai pas de secret » Sa grande forme physique il la doit à « une chance de la vie ». Il recommande simplement de « ne pas trop en faire mais ce n’est pas nous qui décidons, c’est la nature. C’est ma femme qui fait attention pas moi ! ». Tous décrivent le fondateur comme une personne abordable, faisant preuve d’une grande modestie et d’un profond humanisme. « Les gens attendent toujours l’anecdote du maître, toujours porteuse d’une mo rale teintée d’humour » nous raconte Stéphanie, « il préfère les clubs cha leureux où tout le monde boit un coup ensemble après les cours ». Ce que confirme Jean-Pierre, professeur de Yoseikan à Ventabren « il est très accessible, toujours présent pour s’entraîner et donner de son temps ». Sabrina quant à elle se dit « admirative » du sensei avec qui elle a eu la chance de pratiquer le temps d’un cours. « Il m’a appris comment rester maître de soi et de ses émotions, mais surtout que tout est possible quand on s’en donne les moyens. » Hiroo Mochizuki est donc avant tout un homme simple et généreux, digne du titre de Soké [gardien ndlr] du Yoseikan Budo que lui avait remis son père. « Le respect c’est la base de la société de l’avenir » conclu le maître, « sans ça il n’y aura pas de paix ».


Grands Maîtres Le Yoseikan Budo, « un laboratoire de recherche » Hiroo Mochizuki pratique les arts martiaux dès son plus jeune âge avec son père Minoru Mochizuki, petit-fils du dernier descendant d’une lignée de samouraï. Minoru est l’élève de nombreux grands maître, fondateurs de célèbres disciplines dont le judo de Jigoro Kano, l’aïkido de Morihei Ueshiba et le karaté shotokan [style raide] de Gichin Funakoshi. Dans les années soixante son fils Hiroo quitte le Japon sur sa demande et s’installe en France où il enseigne l’aïkido et le karaté wado ryu [style souple]. A cette période il contribue largement à la diffusion de cet art martial en Europe puisqu’il participe à la création de la Fédération française de karaté en 1964. C’est à ce moment qu’il découvre la boxe française, nouvelle influence qu’il inclut dans sa pratique du Yoseikan Budo. « Mon père a toujours parlé du Yoseikan comme un laboratoire de recherche », confie son fils aîné. Cette fusion de plusieurs disciplines en une seule et la flexibilité de ses techniques en font un art martial riche et moderne. Ce qui permet à chaque pratiquant d’évoluer entre projections, immobilisations au sol, clés articulaires, armes etc. tout en respectant son corps et celui de son partenaire.


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Le Saviez-vous ? Le berceau du premier dojo Yoseikan Budo est à Shizuoka au Japon. A une heure et demi de Tokyo, dans la ville d’origine de la famille Mochizuki, le premier dojo Yoseikan voit le jour au début du vingtième siècle à l’initiative de Minoru Mochizuki. Celui-ci veut mettre en commun les techniques de différentes disciplines et décide de regrouper tous ces enseignements dans un même lieu, sa maison. Cinquième plus grande ville du pays, Shizuoka est célèbre pour le panorama superbe qu’elle offre sur le Mont Fuji. Volcan sacré de la mythologie shintoïste et bouddhiste, des maîtres et samouraïs légendaires se sont entraînés sur ses flancs aux cours des siècles. Aujourd’hui des pratiquants du monde entier viennent toujours s’entraîner dans cet environnement propice à la méditation et à l’exercice physique.


Grands Maîtres « Je ne suis pas pressé que notre Yoseikan devienne un système sportif qui concoure aux JO, je préfère que ça reste un art martial, il apportera plus à l’humanité de cette manière. »


Reportage Une reconnaissance difficile Le Yoseikan compte cent cinquante clubs en France mais alors qu’il est présent sur les cinq continents il a des difficultés à être reconnu par-delà les frontières. « Beaucoup de clubs ne sont pas affiliés à la World Yoseikan Federation, c’est pour cette raison que peu de pays sont représentés durant les championnats » rappelle Stephanie. « Pour avoir plus de poids et de reconnaissance au niveau international il faut faire entrer la fédération mondiale dans le sport accord (CIO) ». Pour y parvenir, trente pays au minimum doivent être affiliés à une fédération, ce qui est difficile et notamment « en Afrique à causes des nombreux évènements qui s’y passent » explique la responsable de la Comission Nationale du Yoseikan Budo Une participation aux Jeux Olympique n’est donc pour l’instant pas envisageable. « Les jeux olympiques c’est encore plus compliqué que d’avoir une reconnaissance internationale, les décisions sont soumises aux aléas politiques ». Ce que Mitchi, le fils aîné du maître ne regrette pas « Je ne suis pas pressé que notre Yoseikan devienne un système sportif qui concoure aux JO, je préfère que ça reste un art martial, il apportera plus à l’humanité de cette manière ».


Une relève assurée Les deux fils de maître Mochizuki ont eux aussi choisi de faire du Yoseikan Budo leur passion et leur métier. Pour Kyoshi, le cadet de la famille, cet héritage est « une grande chance, un trésor, une richesse familiale ». Mais c’est aussi « une responsabilité car nous devons continuer à faire évoluer la discipline. C’est un des principes dont nous avons hérités de notre grand-père. Il a toujours remis en questions les enseignements qu’il a reçus afin de les améliorer. » Pour Mitchi [celui qui ouvre la voie ndlr], il est temps d’en finir avec les traditions ancestrales. « Notre père nous a toujours enseigné le partage des connaissances. Nous serons seulement les garants d’une ligne philosophique mais la succession du Yoseikan se fera à travers un groupe d’experts internationaux. Un seul homme ne possède pas toute la vérité, on a tous nos forces et nos faiblesses et c’est seulement en partageant les richesses de chacun qu’on pourra enrichir tout le monde.» Une vision fidèle à celle de leur père et qu’ils souhaitent universaliser dans les 44 pays affiliés à la World Yoseikan Federation.


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Un samouraï en Provence by Elsa Hellemans - Issuu