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NIVEAU 3
ÉMILE ZOLA
Émile Zola
Au bonheur des dames
AU BOHNEUR DES DAMES
Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de Cherbourg l’avait débarquée avec ses deux frères, après une nuit passée sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe. Lorsque leur père était mort, emporté par la même fièvre qui avait pris leur mère, un mois auparavant, l’oncle Baudu dans l’émotion de ce double deuil, avait bien écrit à sa nièce qu’il y aurait toujours dans sa boutique une place pour elle, le jour où elle voudrait tenter la fortune à Paris. Mais cette lettre remontait déjà à près d’une année, et la jeune fille se repentait maintenant d’avoir ainsi quitté sa ville natale, sur un coup de tête, sans avertir son oncle.
NIVEAU 3
Les lectures ELI sont une collection de livres de différents niveaux superbement illustrés allant des classiques toujours actuels aux histoires originales écrites pour les élèves qui étudient le français.
Dans cet ouvrage : - Une biographie de l’auteur - Deux dossiers d’approfondissement - Un glossaire des mots et expressions difficiles - Des activités DELF - Des exercices de comprehension et de réemploi Thèmes Les magasins / le commerce / la mode/ la femme
600 mots
A1
NIVEAU 2
800 mots
A2
NIVEAU 3
1000 mots
B1
NIVEAU 4
1800 mots
B2
NIVEAU 5
2500 mots
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NIVEAU 6
texte intégral
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Classique
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FLE B 1
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LECTURES ELI SENIORS
NIVEAU 1
ÉMILE ZOLA AU BOHNEUR DES DAMES FLE B1
LECTURES
SENIORS
Émile Zola
Au bonheur des dames Adaptation libre et activités : Pierre Hauzy Illustrations : Amalia Mora
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SENIORS
Sommaire 6
Les personnages principaux
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Activités de pré-lecture
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Chapitre 1
Trois orphelins à Paris
20 Activités 24 Chapitre 2
L’entretien d’embauche
32 Activités 36 Chapitre 3
La grande vente
46 Activités 50 Chapitre 4
Des débuts difficiles
60 Activités 64 Chapitre 5
Double emploi
74 Activités 78 Chapitre 6
Passez à la caisse !
88 Activités 92 Chapitre 7
Le retour de Denise
104 Activités 108 Chapitre 8
Madame Desforges se venge
118 Activités 122 Chapitre 9
L’aveu
132 Activités 136 Gros plan
Émile Zola
138 Grand angle
Les Grands Magasins
140 Grand angle
Le Second Empire
144 Bilan 145 Contenus
Les épisodes enregistrés sur CD sont signalés par les symboles qui suivent : Début
Fin
LES PERSONNAGES PRINCIPAUX
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ACTIVITÉS DE PRÉ-LECTURE
Au Bonheur des Dames Le roman du nouveau commerce L’action de ce roman se déroule à Paris durant la seconde moitié du XIXe siècle, mais le véritable lieu de l’action est un magasin de nouveautés, comme on les appelait à l’époque. Ces points de vente d’un genre nouveau sont nés avec la révolution industrielle et le développement des grandes villes, l’essor des échanges commerciaux et des banques. La stratégie commerciale de ces grands magasins, en partie fondée sur la publicité, consistait à faire connaître à une clientèle composée essentiellement de femmes, une diversité sans cesse renouvelée de produits en tous genres : tissus, habillement, linge de maison, mais aussi accessoires de modes, gants, parapluies, tentures, rideaux … tapis. Leur taille, le nombreux personnel, la quantité d’articles disponibles, et le pouvoir d’achat de la bourgeoisie parisienne faisaient une concurrence redoutable aux petits commerces de quartier qui furent contraints de fermer les uns après les autres.
1 Denise et ses frères. Indique la succession logique des phrases qui composent le paragraphe ci-dessous. A
B C
D
E
8
Ne pouvant subvenir aux besoins de la famille dont elle a désormais la charge, Denise décide de quitter Valognes lorsque le plus grand de ses frères entre en apprentissage chez un artisan à Paris. Denise et ses deux frères, Jean qui a 16 ans et Pépé cinq, arrivent un matin d’automne à Paris. Ce sera pour elle l’’occasion d’aller trouver son oncle qui lui a écrit à la mort de son frère pour lui proposer une place dans son magasin. Ils viennent tous trois de Valognes, une petite ville de Normandie où l’aînée était vendeuse dans un magasin de tissus. Ils ont perdu leurs parents, leur mère d’abord puis leur père qui avait une teinturerie et qui ne leur a rien laissé à sa mort.
2 Octave Mouret. Cherche dans la grille les groupes de mots avec lesquels compléter la présentation d’Octave Mouret, le patron du Bonheur des Dames. Attention, les mots se lisent verticalement, horizontalement et en diagonale, mais toujours dans le sens de la lecture. jeune homme originaire de Provence est monté Octave Mouret, ____________ à Paris pour tenter sa chance. ___________ et trouve une place dans un ___________, Au Bonheur des Dames. ___________, ses belles manières et son ambition séduisent sa patronne qui, devenue veuve ___________. Peu de temps après leur mariage, celle-ci décède accidentellement sur le chantier d’un magasin en construction acheté par Mouret pour s’agrandir. Devenu veuf, Mouret décide de faire du Bonheur des Dames le ___________, tuant petit à petit les petits commerces du quartier, parmi lesquels la boutique ___________. I P V I D S O W N D P H D M N W K O M O U C M X P
K H Z R Y E F T S W O M N Y D P F F B I R B A V E
D D I G M S L X R V N W W C R C N T Y N N B G K T
L G T G L L A O L F S E F T X W C E X S K B A Y I
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G I E K S R H A E S J H A P T C W M Y N S P T S N
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Chapitre 1
Trois orphelins à Paris
2 Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de
Cherbourg l’avait débarquée avec ses deux frères, âgés de cinq et seize ans, après une nuit passée sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe. Elle tenait par la main le plus jeune, Pépé, tandis que Jean la suivait. Ils étaient tous les trois fatigués du voyage, effarés* et perdus, au milieu du vaste Paris, demandant à chaque carrefour la rue de la Michodière, dans laquelle leur oncle Baudu demeurait. Mais, comme elle débouchait sur la place Gaillon, la jeune fille s’arrêta net* de surprise. — Oh ! dit-elle, regarde un peu, Jean ! En voilà un magasin ! C’était, à l’encoignure* de la rue de la Michodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, un magasin de nouveautés flambant neuf* dont les étalages éclataient en notes vives, dans la douce et pâle journée d’octobre. — Au Bonheur des Dames, lut Jean. C’est gentil, c’est ça qui doit faire courir le monde, les femmes surtout ! Le tien, à Valognes, n’était pas si beau. Denise hocha la tête*. Elle avait passé deux ans là-bas, chez Cornaille, le premier marchand de nouveautés de la ville ; et ce magasin, rencontré brusquement, cette maison énorme pour elle, lui
effarés effrayés, sidérés s’arêta net s’arrêta brusquement à l’encoignure à l’angle, au coin
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flambant neuf tout neuf hocha la tête acquiesça, fit oui de la tête
Au bonheur des dames
gonflait le cœur, la retenait, émue, intéressée, oublieuse du reste. Jean, par contre, commençait à s’ennuyer. Il arrêta un passant. — La rue de la Michodière, Monsieur ? — Derrière vous, lui dit l’homme. Ils se retournèrent, levèrent la tête. Alors, juste devant eux, ils aperçurent une enseigne verte, dont les lettres jaunes déteignaient* sous la pluie : Au Vieil Elbeuf draps et flanelles, Baudu, successeur de Hauchecorne. — C’est là, reprit Jean. — Eh bien ! il faut entrer, dit Denise qui ne put s’empêcher de comparer la boutique vieillotte de son oncle au grand magasin qu’elle venait de découvrir. Lorsque leur père était mort, emporté par la même fièvre qui avait pris leur mère, un mois auparavant, l’oncle Baudu, dans l’émotion de ce double deuil, avait bien écrit à sa nièce qu’il y aurait toujours chez lui une place pour elle, le jour où elle voudrait tenter la fortune à Paris ; mais cette lettre remontait déjà à près d’une année, et la jeune fille se repentait maintenant d’avoir ainsi quitté Valognes, sur un coup de tête*, sans avertir son oncle. Celui-ci ne les connaissait pas, n’ayant plus remis les pieds làbas, depuis qu’il en était parti tout jeune, pour entrer comme petit commis* chez le drapier Hauchecorne, dont il avait fini par épouser la fille. — Monsieur Baudu ? demanda Denise, en s’adressant à un gros homme, qui se tenait les mains appuyées sur un vaste comptoir de bois sombre. — C’est moi, répondit-il. déteignaient perdaient leur couleur sur un coup de tête sans réfléchir petit commis apprenti vendeur
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Émile Zola
Alors, Denise rougit fortement et balbutia : — Je suis Denise, et voici Jean, et voici Pépé … Vous voyez, nous sommes venus, mon oncle. Baudu parut frappé de stupéfaction. Il ne s’attendait évidemment pas à cette famille qui lui tombait sur les épaules. — Comment ! Comment ! vous voilà ! répéta-t-il à plusieurs reprises. Mais vous étiez à Valognes ! … Pourquoi n’êtes-vous plus à Valognes ? De sa voix douce, un peu tremblante, Denise dut lui donner des explications. Après la mort de leur père qui avait placé tout son argent dans une teinturerie, elle était devenue la mère des deux enfants. Ce qu’elle gagnait chez Cornaille ne suffisait point à les nourrir tous les trois. Jean travaillait bien chez un ébéniste, un réparateur de meubles anciens ; mais il ne touchait pas un sou. Un jour, un monsieur de passage qui l’avait vu à l’ouvrage l’avait complimenté pour son savoir-faire, et lui avait proposé une place à Paris chez un de ses amis restaurateur*. C’est ce qui avait décidé Denise de venir tenter sa chance à Paris. — Vous comprenez, mon oncle, Jean entrera dès demain en apprentissage ; chez son nouveau patron il sera logé et nourri. Alors, j’ai pensé que Pépé et moi, nous nous tirerions toujours d’affaire. Nous ne pouvons pas être plus malheureux qu’à Valognes. — Ton père ne vous a donc rien laissé ? demanda l’oncle Baudu qui se remettait lentement de sa surprise. Moi, je croyais qu’il y avait encore quelques sous. Ah ! je lui avais pourtant assez conseillé, dans mes lettres, de ne pas prendre cette teinturerie ! Mais vois-tu, ton père était un brave homme mais il n’avait pas le sens des affaires. Et te voilà restaurateur artisan qui répare les meubles anciens
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Au bonheur des dames
avec ces gaillards sur les bras, ma pauvre petite ! Élisabeth, Geneviève, venez voir qui nous arrive. Madame Baudu et sa fille arrivèrent ensemble du fond du magasin. La première était une petite femme mangée d’anémie*, toute blanche, les cheveux blancs, les yeux blancs, les lèvres blanches. Geneviève était une grande fille mince et très pâle elle aussi. Pourtant, des cheveux noirs magnifiques, épais et lourds, poussés comme par miracle dans cette chair pauvre, lui donnaient un charme triste. En quelques phrases brèves, Baudu mit les deux femmes au courant. — Quelle belle surprise dirent les deux femmes, vraiment. Vous êtes les bienvenus. — Bon ! causons peu et causons bien, dit Baudu. Je t’ai écrit ma nièce, c’est vrai, mais il y a un an ; et, vois-tu, ma pauvre fille, les affaires n’ont guère* marché, depuis un an. C’est une crise qui passera, je suis bien tranquille … Seulement, j’ai diminué mon personnel, il n’y a plus ici qu’un vendeur, Colomban mon futur gendre*. Geneviève et lui se marieront l’an prochain, à condition que les affaires reprennent, bien sûr. En attendant, je ne puis te prendre comme je te l’avais offert dans ma lettre. Denise l’écoutait, saisie*, toute pâle. Il insista, en ajoutant : — Ça ne vaudrait rien, ni pour toi, ni pour nous. — C’est bien, mon oncle, finit-elle par dire péniblement. Je tâcherai de m’en tirer* tout de même. — Si tu m’avais prévenu, je t’aurais répondu de rester là-bas… Quand j’ai appris la mort de ton père, parbleu ! je t’ai dit ce qu’on dit d’habitude. Mais tu tombes là, sans crier gare* … C’est très embarrassant. mangée d’anémie souffrant d’anémie, une maladie du sang. n’ont guère marché ont été mauvaises gendre le mari de la fille pour le père de celle-ci
saisie pétrifiée de m’en tirer de m’en sortir sans crier gare sans avertir
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Émile Zola
Il haussait la voix pour cacher sa mauvaise conscience. Sa femme et sa fille restaient les regards à terre, en personnes soumises qui ne se permettaient jamais d’intervenir. Denise avait serré contre sa poitrine Pépé terrifié. Elle laissa tomber deux grosses larmes. — C’est bien, mon oncle, répéta-t-elle. Nous allons nous en aller. Un silence embarrassé régna. Ému par les larmes de la jeune fille, Baudu se ravisa : — Mais je ne vous mets pas à la porte, voyons … Puisque vous êtes là, vous coucherez ici ce soir. Nous verrons après. Alors, sa femme et Geneviève comprirent, sur un regard, qu’elles pouvaient arranger les choses. Tout fut réglé. Il n’y avait point à s’occuper de Jean. Quant à Pépé, il serait à merveille chez madame Gras, une vieille dame qui habitait un grand rez-de-chaussée près du magasin, où elle prenait en pension des enfants pour quarante francs par mois. Denise déclara qu’elle avait de quoi payer le premier mois. Il ne restait donc qu’à la placer elle-même. On lui trouverait bien une place dans le quartier. Geneviève avait appris que le marchand de soierie à l’autre bout du quartier cherchait une vendeuse. — C’est vrai, dit madame Baudu, Bourras le marchand de parapluies nous l’a dit l’autre jour. Pendant que les Baudu s’efforçaient de caser* tant bien que mal leurs neveux, Denise, mine de rien, avait remarqué que pas un client n’était entré depuis leur arrivée à tous les trois. L’oncle disait donc vrai : les affaires marchaient mal. Ceci dit, elle était fascinée par le grand magasin en face, si grand, si beau, si moderne, où elle avait vu entrer en une heure plus de monde qu’il n’en venait chez Cornaille caser placer
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en six mois. La boutique noire et vide de son oncle lui causait un sentiment de malaise. C’était un dédain* irraisonné, une répugnance instinctive pour ce trou glacial des vieux commerces. — En voilà qui ont du monde, au moins, laissa-t-elle échapper en regardant depuis la vitrine le va-et-vient des ménagères. Mais elle regretta ses mots en voyant les yeux tristes de madame Baudu regardant fixement le magasin d’en face. Baudu, la bile au visage, se contenta de dire : — Tout ce qui reluit n’est pas d’or. Patience ! La famille, évidemment, renfonçait* le flot de rancune qui lui montait à la gorge. Une pensée d’amour-propre l’empêchait de se livrer si vite, devant ces enfants fraîchement arrivés. — Eh bien ! reprit-il, allons voir chez mon ami Vinçard. Les places ne courent pas les rues*, demain il ne serait plus temps peut-être. — Nous en avons pour deux minutes, expliqua Baudu, pendant qu’il descendait la rue Gaillon avec sa nièce. Vinçard a créé une spécialité de soie où il fait encore des affaires. Oh ! il a du mal, comme tout le monde, mais il tient le coup*. L’oncle Baudu s’arrêta un instant devant une petite boutique remplie de parapluies et de cannes pour saluer un vieil homme à barbe grise qui lui confirma que le marchand de soierie cherchait en effet une vendeuse pour son magasin. Et comme il le quittait, l’autre lui fit signe de s’approcher. — Quoi donc, père Bourras ? demanda-t-il. — Vous savez qu’il a écrit à mon propriétaire pour acheter la maison, dit Bourras en regardant fixement le drapier. Baudu blêmit et plia les épaules. Il y eut un silence, les deux dédain mépris ne courent pas les rues sont rares
il tient le coup il résiste renfonçait essayait de cacher
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