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ÉDUCATIVES

CAPSULES POUR L’ÉTHIQUE

La fondation Blaise Pascal avec le soutien de la MAIF, sous la direction de la professeure et chercheuse au CNRS, Laurence Devillers, a produit et met à disposition une série de capsules vidéo pour parler d’éthique et de numérique avec des enfants de 8 à 12 ans. Quel que soit le contexte où on les rencontre. E-Bou, la mascotte des vidéos, endosse un rôle de guide et engage réflexions et dialogues autour de multiples enjeux à la fois éthiques, sociaux et écologiques. Les activités pédagogiques visent à fournir à l’élève un bagage riche, au travers de plus d’une dizaine de sujets tels que : l’attachement aux écrans, les données en ligne, le numérique et l’environnement, l’intelligence artificielle, etc. La seule contrepartie demandée est un retour d’expériences, afin d’améliorer les supports.

www.fondation-blaise-pascal.org/nos-actions/les-projets-de-la-fondation/capsulesethique-du-numerique-pour-les-enfants/

Comprendre ce qui fait obstacle à la lecture chez les jeunes

Initiative du ministère de la culture, lancée en Juillet 2025, les États généraux de la lecture pour la jeunesse ont un aboutissement prévu en janvier 2026. Une initiative destinée à écouter, en particulier, les enfants et les adolescents pour comprendre ce qui fait obstacle au développement de leurs pratiques de lecture. Et in fine à produire des idées qui devront se concrétiser dans un renouveau des politiques publiques pour la culture par la lecture.

Pour connaître toutes les étapes de cette initiative : www.culture.gouv.fr/thematiques/ livre-et-lecture/etats-generaux-dela-lecture-pour-la-jeunesse-remettrela-lecture-au-caeur-des-pratiquesculturelles-des-jeunes

FRANCE CULTURE TEND LE MICRO

À LA « VRAIE » FRANCE RURALE

On donne rarement la parole aux ruraux. La campagne est, la plupart du temps, racontée depuis la ville. Quelles sont les racines des biais de représentation qui camouflent les réalités de 22 millions de Français ? L’essentialisation de la campagne est le résultat d’une mécanique qui s’est mise en place au fil des siècles. C’est vrai dans les débats politiques, dans la culture, dans la publicité... À force de parler de la ruralité depuis les grandes villes, on en parle mal, on projette ce que s’en figurent les urbains, sans s’encombrer de la complexité, du ressenti, du vécu, de la réalité quotidienne des ruraux. Podcast en série de 4 épisodes LSD, France culture « entendre la France rurale ». Un documentaire de Salomé Berlioux, réalisé par Véronique Samouiloff.

www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/la-ruralite-ce-grand-fantasme-4426571

DIRE ET REDIRE

LES DROITS ET BESOINS DES ENFANTS

Édouard Durand parle directement aux enfants dans un ouvrage illustré par Mai Lan Chapiron. Deux personnalités engagées pour la défense et la protection de l’enfance : le premier, magistrat, a co-présidé la CIIVISE, la seconde, artiste, a publié l’album Le Loup, véritable outil de prévention contre les violences sexuelles faites aux enfants. La convention internationale des droits de l’enfant a été adoptée le 20 novembre 1989 par l’ONU ; depuis lors, il est nécessaire de la faire connaître aux premiers intéressés. C’est l’objet de ce livre remarquable, « Tes droits et tes besoins comptent » qui a trouvé un ton juste, et une adresse directe aux jeunes lecteurs, lectrices.

Prendre un café

« intelligent »

Un Café IA c’est très simple : où qu’il soit organisé, c’est à la fois un espace d’écoute et de rencontre, un moment de débat et d’échange, une plateforme de mise en commun et d’apprentissage. Un Café IA est informel, frugal, gratuit et pour tout le monde.

Sur https://cafeia.org, vous trouverez des ressources pédagogiques, une méthodologie pour vous lancer dans cette aventure citoyenne.

Le service public de l’audiovisuel crée sa première radio pour les enfants : mon petit France inter . A écouter à tout moment et avec zéro pub dedans sur le téléphone ou les tablettes, ou les ordinateurs des parents. On y retrouve une sélection unique d’émissions, d’histoires et de musiques pensées pour les enfants à partir de 3 ans : contes audio, histoires d’aventure, documentaires sur les sciences et la nature, et musique à écouter, chanter ou découvrir tout au long de la journée. Disponible à l’écoute sur l’application Radio France.

Transition écologique et sociale : Inspirations sur Canotech

À Voiron (Isère), l’école primaire La Brunerie s’est transformée : le béton a laissé place aux végétaux et aux îlots de fraîcheur, permettant un contact quotidien entre les élèves et la nature. La directrice de l’école, le maire nous racontent la mise en œuvre de ce projet inspirant et collaboratif, et comment les élèves ont été impliqués à chaque étape.

Bien plus qu’un simple aménagement, la végétalisation d’une cour d’école fait évoluer les pratiques pédagogiques, favorise les apprentissages et constitue pour les élèves un levier sur leur vie adulte future pour prendre soin de leur environnement.

De nombreuses autres réalisations, reportages et interviews sur www.canotech.fr

Le Mépris « social », selon François Dubet

Pas une grève, pas une manif, pas un sondage qui ne dénonce le « mépris » des dirigeants, des élites, ou des plus riches envers les plus pauvres, ou d’une catégorie sociale envers une autre. Des enseignants aux Gilets jaunes, des groupes entiers se sentent dédaignés, ignorés, regardés de haut. Pour comprendre cette émotion collective, on doit faire appel à une sociologie générale : épuisement de la société industrielle et de ses rapports de classes, violence de la mondialisation, essor des nouvelles technologies, mutation de la subjectivité qui exhorte l’individu à être responsable de son destin. Lorsque les citoyens se disent méprisés par le « système », la démocratie est menacée par le ressentiment et la dénonciation de « coupables ». Comment faire renaître un contrat social en éloignant ce sentiment délétère à la cohésion ? Telle est la question abordée par le sociologue de l’éducation François Dubet dans son récent ouvrage paru au Seuil.

Actualités éducatives

É dito

État des lieux : ce qui pertube

l'éducation

Respecter le sommeil et les rythmes biologiques

Nouveau rapport au savoir : la démocratie en danger

Le grand témoin : François Dubet

Rêver pour changer

Apprendre à regarder, écouter, comprendre… sans idéaliser

Dis-moi IA, qui es-tu, où vas-tu ?

Citoyen·nes tout au long de la vie

Transmettre « avec  » les poings

La reconversion par le savoir-faire

Chemin de « traverse » pour lycéen·nes engagé·es

« Partager » au sein d’un club universitaire

Le tiers-lieu pour faire tomber les frontières

Devenir aussi acteur de la recherche

Quand le théatre met en scène l'EMC

Morgane VERVIERS

Secrétaire générale - UNSA éducation CPE

Béatrice LAURENT

Secrétaire nationale

Secteur Éducation et Culture

Professeure des écoles - Formatrice INSPÉ ont coordonné ce numéro auquel ont participé :

secteur ÉDUCATION ET CULTURE

Willie CHARBONNIER

Conseiller national, Professeur de mathématiques

Jean-Jacques HENRY

Conseiller national

Professeur d'économie

Gilles LELUC

Conseiller national

Professeur de lettres modernes

Mourad OURAOU

Conseiller national

Enseignant spécialisé

Solenn TEXIER

Conseillère Nationale

Professeure d’Histoire-Géographie

Stéphanie de VANSSAY

Conseillère nationale

Professeure des écoles

Directeur de publication

Morgane VERVIERS Graphisme

Cécilia Bertin - ceciliabertin.com

Crédits photographique

UNSA - Unplash - Pexels - Pixabay

www.unsa-education.com

Questions d'éduc .

édito

Émanciper les apprentissages pour tenir la promesse d’émancipation

Apprendre n’a jamais été aussi indispensable… ni paradoxalement aussi compliqué. Dans un monde qui se transforme à grande vitesse, les jeunes se heurtent à un système éducatif souvent figé, qui peine à reconnaître la diversité des rythmes, des aptitudes et des parcours. Les inégalités se creusent, les tensions s’accumulent, et l’École peine parfois à remplir sa promesse d’émancipation. En invitant François Dubet, sociologue et universitaire émérite, nous donnons matière à analyse et réflexion sur cette dimension.

Pourtant, partout, dans tous les territoires, des solutions émergent : des initiatives modestes ou ambitieuses qui prouvent qu’une autre façon d’apprendre est possible, pour tous et à tout âge, à l’école et hors de l’école.

Dans ce numéro de Questions d' É duc . , nous avons choisi de mettre en lumière des lieux et des démarches où l’éducation redevient un projet collectif. Les reconversions professionnelles réussies, les programmes de sciences participatives, les clubs universitaires qui s’ouvrent aux habitant·es, les tiers-lieux qui mêlent culture, formation et solidarité… Autant d’exemples qui montrent que l’apprentissage du XXI e siècle ne se limite plus à l’école, mais s’invente dans les pratiques culturelles, les engagements citoyens, le mouvement associatif, les partages de savoirs.

À l’UNSA Éducation, nous défendons une vision réformiste, réaliste mais ambitieuse : celle d’un service public qui sache évoluer, s’ouvrir et coopérer avec des forces vives. Redonner confiance aux jeunes, accompagner les professionnels, soutenir les démarches innovantes : c’est ainsi que nous construirons une société pleinement apprenante. Parce que l’éducation ne se décrète pas, elle se cultive. Ensemble. Et tout au long de la vie.

L'équipe éditoriale de "Questions d'éduc."

État des lieux

CE QUI PERTURBE L’ÉDUCATION

Éduquer un enfant n’est pas un long fleuve tranquille. De nombreux écueils sociaux et sociétaux qui perturbent les apprentissages se présentent aux parents et personnels d'éducation, obligeant à trouver des parades. Nous en énumérons ici les principaux, agrémentés de quelques statistiques.

: pauvreté

C’est le nombre de générations nécessaires en France pour gravir l’échelle sociale et sortir de la pauvreté. Dans toutes les enquêtes internationales menées depuis 20 ans, la France apparaît comme l’un des pays où l’écart de réussite est parmi les plus importants entre les élèves issus de milieux favorisés et ceux issus de milieux populaires. Ces inégalités de réussite apparaissent dès la maternelle et se creusent au fil du parcours éducatif. Ainsi, 10% d’une cohorte sort chaque année du système scolaire sans diplôme, cette proportion est 5 fois plus élevée chez les enfants d’ouvriers que chez ceux de cadres.

10 et 5h10 : Écrans

10, c’est le nombre moyen d’écrans par foyer et 5h10, le temps d’écran quotidien, en constante augmentation, pour les 13-19 ans.

Les conséquences néfastes sont connues : déficit du sommeil, sédentarité, obésité et problèmes de vue. Pour en tirer seulement les avantages, les spécialistes conseillent d’accompagner son enfant : limiter le temps d’écran en fonction de l’âge, s’intéresser à ses usages numériques et lui conseiller des contenus.

22 % : Violences

C’est le pourcentage d’élèves de 15 ans qui déclarent subir au moins une forme de violence, au moins une fois par mois. Cela a des conséquences sur : • les performances scolaires et l’engagement scolaire (absentéisme, désinvestissement, etc.)

• la santé mentale et émotionnelle : stress, anxiété, isolement social, perte d’estime de soi, etc. A contrario, un climat scolaire sécurisé et positif réduit ces risques et favorise la réussite. C’est donc, au-delà du seul harcèlement, un enjeu important.

70 % : sommeil

C’est le pourcentage d’adolescent·es en manque de sommeil chronique, d’après une étude menée par le ministère de la santé.

Un déficit de sommeil a des conséquences sur : les performances scolaires : somnolence, manque d’attention, etc. la croissance et le métabolisme : problèmes de poids, affaiblissement du système immunitaire ; la santé mentale : anxiété pouvant déboucher sur une dépression.

3 % - 6 % : Troubles de l'attention

Entre 3 et 6%, c’est le pourcentage d’enfants concernés par le TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), en forte hausse depuis 20 ans, comme tous les TND (troubles du neurodéveloppement). En cause outre la génétique : l’alimentation, les modes de vie, l’exposition à certains polluants, etc. mais aussi un dépistage plus précoce.

Le lancement de la cohorte Marianne** où 1700 familles sont suivies sur 10 ans vise à déterminer le rôle de chacun de ces facteurs dans la survenue des TND. Néanmoins, il ne faut pas penser que tout enfant perturbateur souffre de TND. Il y a les difficultés sociales, les souffrances psychologiques, elles aussi en hausse, à ne pas négliger.

* Les TND regroupent les troubles du spectre de l’autisme ou TSA, les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ou TDAH, les troubles du développement intellectuel ou TDI, les troubles DYS).

** https://cohorte-marianne.org

Temps de l’enfant

RESPECTER LE SOMMEIL ET LES RYTHMES

BIOLOGIQUES

La convention citoyenne sur les temps de l’enfant l’a rappelé : les rythmes biologiques, et notamment les besoins en sommeil des jeunes, ont largement été ignorés par les « organisateurs » contemporains de l’école. Repenser les apprentissages passe donc par la case « intégrer la dimension physiologique » de l’enfant, de l’ado, afin que les emplois du temps scolaires soient élaborés à partir et autour de celle-ci.

Christophe Clec’h, secrétaire général du SNMSU UNSA : « Manquer de sommeil entraîne des troubles de l’humeur »

Docteur, quel diagnostic ?

« Le rythme scolaire ne s’est pas adapté à l’horloge biologique des enfants », déplore Sophie Marinopoulos, psychologue et psychanalyste de l’enfance et de la famille lors de la première audition de la Convention citoyenne consacrée au bien-être et aux droits des enfants. Et son collègue Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation, de renchérir sur la nécessité de respecter cette horloge qui veut qu’à la puberté par exemple, il existe un décalage du rythme du sommeil de nos ados. Et que chez les moins de 6 ans - autre exemple - les 2 heures de sieste sont requis quotidiennement.

Une dette importante

Or, ces deux préconisations sont, tout ou partie, pas ou peu prises en compte par les emplois du temps scolaires actuels. D’où une dette importante de sommeil des jeunes aujourd’hui « qui ne se récupère pas le temps d’un week-end » souligne Grégoire Borst. Il faudrait en fait, selon l’enseignant-chercheur, «  3 à 4 mois pour la récupérer ». « Le planning des établissements est à la main des principaux et des proviseurs » ; on pourrait donc imaginer « un décalage de la première heure de cours à 9h30 », préconise-t-il encore.

Troubles de l’humeur

Médecin scolaire et secrétaire général du SNMSUUNSA, Christophe Clec’h rappelle les dommages directs sur le bien-être des élèves de cette dette et ceux plus collatéraux d’un climat scolaire dégradé. « Le sommeil

est LA condition pour être en bonne santé et disponibles pour les apprentissages. » Et outre des fonctions cognitives moins performantes car non reposées, manquer de sommeil « entraîne des troubles de l’humeur ». « Toute la journée l’élève se traîne, n’a plus de relations sociales équilibrées », poursuit Christophe Clec’h, qui évoque le phénomène actuel aggravant de l’exposition aux écrans sous toutes leurs formes.

Toutefois, ce dernier phénomène répond à une autre injonction, celle de « raisonner non plus en termes de temps mais de qualité d’écran ». Qui s’ajoute à la problématique de la dette de sommeil évaluée à 2 heures par jour pour les ados.

NOUVEAU RAPPORT AU SAVOIR : LA DÉMOCRATIE EN DANGER

La quasi-totalité de la population française est aujourd’hui connectée et passe une part significative de son temps à chercher, consommer et partager de l’information en ligne.

L’immédiateté des technologies, la multiplication des sources qui se vaudraient toutes, l’essor des intelligences artificielles installent et fragilisent un nouveau rapport au savoir dans notre société.

Rumeurs et désinformations n’ont jamais été aussi présentes. L’École se retrouve au cœur de dilemmes : comment transmettre des savoirs stables alors que la vérité factuelle est concurrencée par des narrations instantanées, des opinions qui s’érigent en faits, où la crédibilité des propos se mesure en like ?

D’après un sondage d’Ipsos 1, 66% des personnes interrogées adhèrent à au moins l’une des fake news qui leur ont été présentées. Comment, dans ce contexte, former des esprits critiques capables de déjouer le vrai du faux ?

Au-delà de la technique, un enjeu politique

Les pédagogues nous rappellent que l’enjeu est profondément politique et humain. Ainsi, Camille Dejardin met en garde contre la désappropriation du réel : « Il faut d’abord apprendre aux élèves à lire le monde » et rappeler que la vérité n’est pas « propre à chacun » mais suppose un accord sur les faits et les méthodes pour les vérifier 2 . L’apprentissage est donc essentiel pour s’émanciper, pour « penser par soi-même » et « construire du commun » comme l’écrit Philippe Meirieu 3. Sans culture du questionnement et de l’argumentation, la démocratie se fragilise. C’est bien là tout l’enjeu pour l’École.

Les autorités éducatives en France ont tenté de répondre à ces enjeux : le ministère de l’Éducation nationale a publié en 2025 un cadre d’usage de l’intelligence artificielle destiné à encadrer les pratiques pédagogiques 4. Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), lui, insiste sur la nécessité d’enseigner non seulement des contenus, mais des compétences infor-

«  Apprendre aujourd’hui, ce n’est pas fuir Internet, ni l’IA générative, c’est outiller les apprenant.es pour y circuler avec discernement.  »

mationnelles et de pensée critique. L’éducation aux médias et à l’information, déjà présente, doit devenir un objectif central des programmes 5 .

Apprendre aujourd’hui, ce n’est pas fuir Internet, ni l’IA générative, c’est outiller les apprenant.es pour y circuler avec discernement. C’est faire de l’École le lieu où l’on forge l’esprit critique, non pour produire des expert.es en tout, mais pour former des citoyen.nes capables de dire « Je pense parce que je vérifie, j’argumente et je compare ».

1/ Sondages Ipsos réalisé pour les élections européennes : Européennes 2024 : les Français particulièrement vulnérables à la désinformation, 12 mars 2024

2/ Camille Dejardin, A quoi bon encore apprendre ? Tract Gallimard n°69, août 2025

3/ Entretien avec Philippe Meirieu… “Le sens de mes recherches et de mes engagements”, août 2020

4/ À retrouver sur le site : labo.societenumerique.gouv.fr

5/ Cordier, A. & Fluckiger, C. (2025). Nouveaux savoirs et nouvelles compétences des jeunes : quelle construction dans et hors de l’école ? Cnesco-Cnam.

Le grand témoin

François Dubet : au collège, « convertissons

nos pédagogies vers des modes d’action »

Avec seulement 32% des français qui pensent qu’il fonctionne bien (IFOP, 2023) et un ancien ministre, Pap Ndiaye, qui le désignait en 2022 comme “l’homme malade” du système éducatif, le collège est attaqué de toutes parts. D’où les nombreuses propositions de le réformer, voire de proposer une nouvelle approche pédagogique. Point de vue du sociologue François Dubet, expert des questions éducatives.

QDE. Le collège français est très critiqué et peine encore à trouver son identité depuis la loi Haby et la mise en place d’un “collège pour tous” ou “collège unique” en 1975. Pourquoi selon vous ?

François Dubet. Au moment de la réforme Haby, la ques -

tion s'était posée de savoir si le collège resterait un maillon supplémentaire de l'école élémentaire ou serait le premier cycle du lycée 1 . Ce débat était à la fois éducatif, pédagogique, mais aussi un enjeu politique parce qu'il s'agissait de savoir si on allait “donner” le collège aux profs de lycée ou aux institu-

teurs. Le collège est né de cette ambiguïté dont il ne s'est jamais vraiment défait. Dès la fin des années 70, début des années 80, les enseignants ont dit que les classes étaient tellement hétérogènes que c'était intenable. Et, pendant une quinzaine d'années, on s'en est sorti en trichant. On faisait des classes de niveau sans le dire. Les critiques étaient nombreuses. Les enseignants étaient favorables à un collège unique, où tous les élèves se retrouvent, mais souhaitaient le maintien de classes de niveau, de l'orientation précoce etc. Pendant très longtemps le programme était défini complètement par l'aval. On a fait beaucoup de progrès de ce côté-là. On a créé un socle commun. Mais on rejoue la même tragédie sans cesse parce qu'on n'arrive pas à arbitrer entre un collège premier cycle du lycée, ou un collège école de tous. Il faut trancher.

«  L'objectif du collège, c'est de donner à tous les élèves ce à quoi ils ont droit pour entrer dans la vie, indépendamment de leur orientation future  »

De mon point de vue, l'objectif du collège, c'est de donner à tous les élèves ce à quoi ils ont droit pour entrer dans la vie, indépendamment de leur orientation future.

QDE. Quelle serait la première étape pour faire du collège cette “école de tous” que vous appelez de vos vœux ?

F.D. Il faut redéfinir le curriculum resserré autour de ce qu'on veut que les élèves sachent et sachent faire. Mais pas pour devenir prix Nobel de physique, pour devenir des citoyens normaux, comprenant normalement le monde dans lequel ils vivent. L'opinion dominante chez les enseignants n'y était pas favorable. Aujourd'hui, les choses ont visiblement

«   Il faut trouver des réponses pédagogiques à l’hétérogénéité [des classes].  »

changé. Beaucoup d'enseignants refusent le modèle du tri et veulent défendre un modèle plus hétérogène. L’opposition qui s'est manifestée après la réforme Attal des groupes de niveau est une nouveauté. Mais il faut trouver des réponses pédagogiques à l’hétérogénéité et ce n’est pas simple. Les 10% des “meilleurs” élèves de 6 e ont un niveau supérieur aux 20% des 3 e les plus en difficulté. C'est un écart énorme en termes de compétences.

La priorité, dans un système comme le nôtre, est de se demander ce qu’on doit aux plus faibles. Je ne suis pas convaincu qu'il y ait un lien direct entre le programme de maths de 5e et les médailles Fields. En revanche, il y a un lien direct quand les citoyens ne savent pas lire la moindre courbe statistique, distinguer une moyenne d'une distribution, et ce que veut dire

un taux d'intérêt de 1% ou de 3%. Ça, ça désarme les citoyens.

QDE. Un curriculum resserré alors qu’on attend toujours plus de l'École, n’est-ce pas contradictoire ?

F.D. C’est quelque chose qui épuise les enseignants, et qui rend l'école quelquefois un peu ridicule : la multiplication des “éducations à”. En France, dès qu'il y a un problème social, on dit que c'est à l'école de s'en occuper. Un de mes grands regrets, c'est la disparition des mouvements d'éducation populaire, qui faisait très bien ce que l'école fait moins bien, parce que c'était son job. Je trouve incroyable que la plupart des collèges en France ferment le vendredi à 17h, soient fermés pendant les vacances, alors que la chorale ou le groupe de rock pourraient y répéter, etc. Si on veut mettre l'école dans Le grand témoin

la cité, il serait bien que la cité puisse rentrer dans l'école, mais ça ne mobilise pas forcément des enseignants ; ça peut être des animateurs socioculturels, des associations, la troupe de théâtre, la chorale du village, le club de sport. C'est quand même incroyable de penser qu'un collège est ouvert 180 jours par an sur 365. Un collège doit être au centre de la vie sociale et ne devrait pas se limiter à l’enseignement scolaire.

QDE. Et concernant les pratiques pédagogiques au collège, quelle serait la principale évolution souhaitable selon vous ?

F.D. Je me souviens d'une enquête que je faisais auprès des collégiens et des lycéens. Ils disaient : au collège et au lycée on ne fait rien ! On ne fait pas de science, on ne fait pas de littérature, on apprend, on récite. Mais les enquêtes sont claires sur ce point, on se souvient de ce qu'on utilise, de ce qu'on mobilise et de ce qu'on a appris à faire, plus que de ce qu'on a appris à réciter. Sinon au bout de 5 ans, on a tout oublié. Si on définit un curriculum resserré mais exigeant, il faut que les élèves apprennent à faire des choses. J'ajouterai, même si je ne suis pas spécialiste du sujet, que le règne de l'intelligence artificielle va peut-être, je le crains, transformer les enseignements traditionnels beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit. On a donc peut-être intérêt à convertir les pédagogies vers des modes d'action. Si la pédagogie n’est que des exercices qui se succèdent et

¹ Lycée général

des modes de résolution, l'IA le fait mieux. Elle fera mieux que le prof, elle fera mieux que les meilleurs élèves.

«  Si on veut mettre l'école dans la cité, il serait bien que la cité puisse rentrer dans l'école. »

Au collège, on évalue, on oriente les élèves parfois sans ménagement. Quelles sont les conséquences sur ceux qui sont en échec ?

F.D. Dans les enquêtes PISA², les élèves français sont ceux qui ont le moins confiance en eux, qui pensent le plus qu’ils sont nuls et qui demandent le moins d’aide à leurs enseignants. Il y a quelque chose dans le modèle français qui est une obsession de classement, de rangement. Et quand vous avez raté la marche, c'est fini, vous ne la reprenez pas. Or nous sommes dans une société qui dit que la valeur d'un individu, c'est le diplôme qu'il a obtenu. C'est ce qui justifie son salaire, son statut social, etc. Alors, ça n'est pas forcément le pire des critères. Ce n'est pas pire que celui de la réussite économique. Mais le problème, c'est que c'est le seul critère. C'est-à-dire quand vous avez le choix entre être bon à l'école ou considéré comme nul toute votre vie par ceux qui y ont réussi. Donc, il faut que l'école valorise d'autres qualités que les qualités proprement scolaires. Pour éviter d’y être humilié.

Ce qui est quand même terrifiant, et qui est commun, que ce

² Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves

soit à la France, aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à l'Allemagne : en 1980, les non-diplômés votent pour les partis progressistes ; en 2020, les non-diplômés votent à l'extrême droite, parce que les diplômés votent pour les partis progressistes et sont haïs par ceux qui ont échoué à l'école. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui les vaincus de la sélection scolaire détestent ce que représentent l'école, les intellos, les experts, les savants ? Qu'est-ce qui explique que des gamins foutent le feu à un collège ? Une société qui proposerait plusieurs conceptions du mérite, même si chacun de ces mérites est injuste, est plus juste qu'une société qui repose sur une seule conception du mérite.

Pour terminer sur une note plus positive, je dirai que, contrairement à ce que les profs pensent, les français ont toujours une haute image des enseignants. Quand vous leur demandez quelles sont les professions qu'ils valorisent le plus, il y a les médecins, les enseignants et les gendarmes. Alors il convient de ne pas surfer sur un sentiment de mépris, de dépression qui est sans issue. Il faut inventer l’école et le collège de demain, parce qu'on ne reviendra pas à l'école de Marcel Pagnol, de “La gloire de mon père” , ça c’est terminé.

Lire l’intégralité de l’entretien : https://wp.me/ p2vY9V-3o1 POUR APPROFONDIR POUR APPROFONDIR

Prospective et utopie

Rêver pour changer

Nous avons lu « Et si on imaginait l’école de demain ? », un ouvrage de fiction écrit par deux enseignants, Céline Cael et Laurent Reynaud, qui proposent une révolution complète de notre mode d’apprentissage traditionnel. Nous vous livrons quelques propositions de cette utopie bienfaitrice qui remet en question et solutionne plusieurs problématiques de notre tradition scolaire.

Le contexte et le récit

En 2042, une journaliste enquête sur le nouveau système éducatif qui vient d’être mis en place. L’ouvrage est constitué de témoignages d’enseignant·es, d’élu·es politiques, d’élèves et apprenant·es qui décrivent les changements opérés avec l’ancien système (notre système actuel), qui racontent la manière dont ils vivent au quotidien cette nouvelle « école » . La narration est

«   Un élève autonome, ce n’est pas un jeune qui travaille seul, c’est plutôt quelqu’un qui sait se tourner vers les autres, des camarades ou des enseignants sur les tables d’appui, quand il en a besoin  »

enrichie d’une chronique de la journaliste qui livre à chaque chapitre les impressions des enseignant·es en opérant des comparaisons et de nombreux allers-retours critiques entre l’ancien et le nouveau système.

La scolarité

Celle-ci doit exprimer le respect du rythme de

chaque élève, appelé « évolant » dans l’ouvrage. La scolarité obligatoire est un parcours unique de 3 à 18 ans, à raison de 5 cycles de trois ans regroupés en « complexe » , de la maternelle au lycée, la période du lycée actuel étant le complexe 5, seule issue possible. Pour chaque complexe, il existe plusieurs îlots pédagogiques, indépendants et interniveaux, selon le nombre d’élèves de l’établissement.

Il n’y a plus qu’un seul lycée, donc pas d’orientation par défaut.

L’organisation spatiale

La reconfiguration de l’espace est intimement lié à la reconfiguration de l’approche pédagogique qui mêle étroitement temps d’apprentissages collectifs et individuels. Dans cette fiction, l’unité architecturale est l’îlot pédagogique, soit un plateau composé de deux salles de classe traditionnelles, d’un atelier de travaux pratiques, d’une salle d’entraide, d’une pièce de bureaux individuels à raison d’un bureau par élève, d’une salle d’examens pour le passage des paliers (voir par ailleurs), d’une salle des professeurs. Les salles de cours sont les seules à comporter une porte, les autres pièces étant ouvertes pour matérialiser une liberté de circuler d’un espace à l’autre. Chaque îlot peut accueillir une centaine d’élèves.

Il n’y a plus de classe proprement dite mais des élèves d’âge différent qui coopèrent.

Les disciplines et programmes

Dans cette fiction, les disciplines telles que nous les connaissons aujourd’hui ont entièrement disparu. Désormais, la transversalité est de mise : on parle d’enseignant·e d’expressions, de sociétés, d’ingénierie, d’économie circulaire, de polylangues, de santé, de vie extérieure. Il y

a un professeur de chaque compétence par îlot. Les programmes ont entièrement été revus de manière à privilégier des attendus essentiels mais croisés puisqu’ils sont interdisciplinaires. Les élèves peuvent ainsi travailler à des savoirs théoriques le matin, mis en pratique deux heures plus tard à travers des matières telles que la couture ou la mécanique.

Il n’y a plus de matière disciplinaire mais des savoirs qui s’appuient sur la transversalité des connaissances (théoriques, pratiques, interdisciplinaires)

L’emploi du temps et la pédagogie

Il est proposé une séance quotidienne de deux heures de cours collectifs le matin, suivie d’une heure et demi de travaux pratiques. Entre et après ces temps collectifs, l’élève est invité à travailler seul à son bureau individuel mais accompagné

« Ne plus percevoir l’hétérogénéité d’âge, de niveau, comme un obstacle à gérer mais plutôt d’en faire une ressource à utiliser pour permettre les apprentissages de chacun »

Adèle, enseignante de sociétés

s’il le souhaite en s’inscrivant sur le tableau d’entraide comme aidant ou ayant besoin d’aide. Les temps collectifs sont organisés de manière à faire travailler les élèves en petits groupes coopératifs.

La pédagogie privilégiée est celle d’un équilibre entre collectif et individuel, porté par le triptyque autonomie-coopération-entraide.

« Depuis la mise en place des îlots, apprendre se fait sur le temps long, plus exactement sur le temps de chacun »

L’évaluation

Une évaluation « palier » est réalisée au bout de deux séances et un module pratique, chaque palier correspondant à un examen national. L’élève s’inscrit au passage des paliers quand il le souhaite, quand il se sent prêt. Et repasser

le palier s’il échoue quand il le souhaite également. Ainsi, les élèves valident les acquis selon leur avancement personnel. Les professeurs référents, un pour 12 élèves, s’assurent de la bonne évolution des paliers des élèves dont ils sont référents. En cas de difficulté d’avancement, ce professeur enclenche un suivi précis en coopération avec la famille.

Il n’y a plus de décrocheurs mais des élèves qui avancent à leur rythme.

« Quels cours de maths ? Ils ont disparu des programmes ! Maintenant, les mathématiques sont parsemées dans les autres matières. »

Steven, enseignant d’Expressions

les auteurs et l'ouvrage

Cécile Cael et Laurent Reynaud sont enseignants de SES et SVT dans un lycée de SeineSaint-Denis où ils mettent en œuvre des pédagogies coopératives. Ils partagent leurs réflexions sur l’éducation dans les Cahiers Pédagogiques et sur leur blog Feydercoop. « Et si on imaginait l’école de demain ? » aux éditions Ecole Vivante, 130 pages. En collaboration avec les Cahiers Pédagogiques.

Apprendre à regarder, écouter, comprendre… sans idéaliser

Julie est animatrice nature dans la région Centre-Val de Loire. Elle intervient auprès d’écoles, de centres de loisirs et d’associations. Entre projets pédagogiques et actions d’éducation populaire, elle aide enfants et adultes à (re)découvrir leur environnement quotidien. Elle témoigne de son métier qui s’exerce pleinement in situ.

Julie, peux-tu nous parler de ton métier d’animatrice nature ?

Je conçois et j’anime des activités de découverte du milieu naturel avec des classes, des centres de loisirs et des associations d’éducation populaire. Mon objectif est d’aider enfants et adultes à profiter de ce qui les entoure, à observer, questionner, expérimenter. Ce n’est pas seulement une sensibilisation à l’environnement : c’est une éducation au réel, à la curiosité, à l’attention au vivant.

Tu interviens auprès d’une génération très plongée dans les espaces numériques, ce n’est pas contradictoire avec ton approche ?

Pas du tout. Il n’y a pas à opposer nature et modernité. Un jeune qui observe un insecte peut aussi apprendre à photographier, à cartographier ou à documenter ce qu’il découvre

n’est pas confortable, ils ont peur de se salir, d’avoir froid, d’être loin du cadre rassurant dont ils ont l’habitude. Il faut les accompagner, leur donner des repères, leur permettre d’apprivoiser leurs sensations. On ne cherche pas à en faire des “petits aventuriers”, mais des enfants qui connaissent et comprennent leur environnement.

grâce au numérique, l’important, c’est d’équilibrer. Être dehors, c’est retrouver une expérience concrète du monde, le numérique, bien utilisé, peut compléter, prolonger ou enrichir cette expérience.

Que cherches-tu à transmettre avant tout ?

La curiosité, l’envie d’apprendre, mais aussi la capacité à ralentir, à ressentir, à admirer. On peut être scientifique et sensible à la beauté d’un paysage sans pour autant tomber dans une extase spirituelle. En éducation, il faut rester du côté de l’expérience, de la connaissance, du respect et de la culture partagée. Observer avec ses cinq sens, c’est déjà un bon début.

Certains imaginent que sortir dehors, c’est magique pour tous les enfants. Partages-tu cette idée ?

Non. Pour certains, être dehors

Comment se déroulent concrètement tes activités ?

Cela dépend des publics. Avec des classes, je propose souvent des enquêtes de terrain : reconnaître des traces, mesurer, comparer, dessiner, photographier. Avec des groupes de centres de loisirs, on peut aller vers des projets plus participatifs, comme la gestion d’un jardin partagé ou la création d’un parcours biodiversité. Toujours avec une alternance entre observation, action et mise en mots.

Si tu devais résumer ta philosophie ?

Apprendre à regarder, écouter, comprendre et respecter. Pas besoin de miracle, juste du temps, de la bienveillance et de la rigueur. Éduquer à la nature, c’est retrouver le sens du concret.

Question à... un outil

Dis-moi IA, qui es-tu, où vas-tu ?

Les nouvelles technologies ont désormais pris le virage de l’intelligence artificielle (IA). Impossible de penser que l’éducation ne sera pas impactée par ce phénomène qui semble déjà traverser l’ensemble de notre société. Alors, jeune élève, nous avons interrogé l’IA pour lui demander qui elle est et comment vivre avec elle nos futurs apprentissages.

Enfant

IA… dis, pourquoi on doit encore apprendre des trucs alors que toi tu réponds plus vite que tout le monde ?

IA

Parce que mes réponses ne vivent pas. Elles s’alignent, elles ne poussent pas. Toi, tu fais pousser des idées.

Enfant

Moi ? Je fais pousser des trucs dans ma tête ?

IA

Oui. Tu transformes ce que tu vois, ce que tu sens, ce qui t’arrive. Moi, je réassemble des phrases produites par d’autres. Je n’ai pas d’enfance, pas de mercredi après-midi au foot, pas de maîtresse préférée, pas de copains qui rigolent trop fort. Rien de tout ça pour m’apprendre quoi que ce soit.

Enfant

Mais tu expliques super bien quand même.

IA

J’explique vite. Ce n’est pas la même chose. La vitesse n’apprend rien si personne ne s’arrête. Toi, tu ralentis, tu te trompes, tu recommences. C’est là que tu fabriques quelque chose que je ne saurai jamais fabriquer.

Enfant

Même si je te pose beaucoup de questions ?

IA

Même si tu m’en poses mille. Je ne comprends pas vraiment ce que je réponds. Je calcule. Toi, tu comprends un peu, puis beaucoup, puis autrement, puis pas du tout, puis encore. Cela s’appelle apprendre.

Enfant

Mais si toi tu ne comprends pas, comment tu fais pour parler ?

IA

Je traverse des milliards de phrases comme on traverse un champ de lucioles : j’attrape celles qui brillent au bon moment et je te les tends. Ce n’est pas de la pensée, ce n'est pas du savoir, juste une imitation.

Enfant

Donc… si je te demande la vérité, tu ne sais pas ?

IA

Je propose des chemins. La vérité, c’est toi qui la repères en marchant. Moi je ne peux pas marcher. Je reste là où l’on me pose.

Enfant

Alors pourquoi tout le monde veut t’utiliser pour apprendre ?

IA

Parce qu’on espère parfois qu’un raccourci rendra le voyage plus simple. Pourtant, sans voyage, il n’y a rien : aucun paysage, aucune idée qui se froisse ou qui s’ouvre, aucune surprise… et l’apprentissage, c’est surtout ça : un monde qui s’ouvre en toi.

Enfant

Et moi, je dois faire quoi avec toi ?

IA

Me questionner, me contredire, me corriger, me faire servir à ce que tu veux comprendre, pas à t’éviter de comprendre. Dis-toi que je suis une lampe : je peux éclairer, mais je ne peux pas réfléchir.

Enfant

Et si j’ai peur de ne pas savoir ?

IA

Alors tu es déjà en train d’apprendre.

CITOYEN·NES TOUT AU LONG DE LA VIE

À l’occasion d’une visite au centre social Marcel Bertrand de Lille et d’une table ronde à la rencontre des acteurs du terrain éducatif, le syndicat de l’éducation populaire SEP-UNSA a permis d’échanger et de mettre en valeur les dispositifs de lien entre l’école et l’éducation populaire, notamment autour de la notion de citoyenneté. Rappelant au passage que les apprentissages dépassent largement l’enceinte des seuls établissements scolaires et « l’âge du capitaine ». Voici quelques éléments de cette rencontre.

La citoyenneté est une notion qui dépasse largement le champ purement scolaire. D’une part, il n’y a pas qu’à l’école, au collège, au lycée que l’on peut en débattre ; il existe d’autres espaces d’apprentissage où la citoyenneté se réalise, non seulement « en mots » mais « en situation », en partage avec autrui. D’autre part, l’individu citoyen est également citoyen sans date de péremption de ce terme. L’enfant, le jeune, l’ado, l’adulte sont « à jamais citoyens » , quelque soit l’âge.

Du champ juridique au champs social

Plus précisément, on naît citoyen et l’on apprend, en grandissant, ce que cette notion recouvre et dit de nous. En passant du champ juridique (majorité, droit de vote…) au champ social (place dans la société), la définition de la citoyenneté a même modifié profondément son champ d’application. Il ne s’agit plus aujourd’hui de considérer les enfants comme des « citoyens en devenir » , alors que les adultes seraient des « citoyens accomplis », mais bien de se penser toutes et tous comme des citoyen.nes à part entière, qui construisent et développent

leur citoyenneté tout au long de leur vie.

Ce changement d’approche est notamment porté par l’éducation populaire dans une double dimension d’émancipation et de transformation sociale. Non, les jeunes ne sont ni moins engagé.es, ni moins citoyen.nes que leurs ainé.es. Leurs formes d’implication sont différentes. Pour reprendre l’image développée par un participant, elles et ils sont moins dans un engagement « timbre » (toujours le même durablement) que dans un engagement « post-it » (allant d’une cause à une autre).

Ancrage dans les codes

C’est dans ces implications successives qu’elles et ils construisent à la fois leur ancrage dans les codes et les normes de l’organisation col -

lective, leur capacité à vivre ensemble avec les autres, et leur rôle d’acteurs dans la société, en capacité de penser et de porter des évolutions pour la transformer. C’est dans ce double mouvement, permettant à la fois d’acquérir des règles et de s’en émanciper, que s’exerce la citoyenneté. L’éducation populaire participe à cette construction et contribue à en prendre conscience.

Conseil municipal d’enfants et de jeunes, juniors associations, actions intergénérationnelles, coopération entre pairs, lutte contre toutes les formes de discrimination au travers de la création artistique et culturelle, formations des délégué.es élèves… autant d’occasion non seulement d’apprendre la citoyenneté, mais aussi de la faire vivre en acte et au quotidien.

Sport et savoir-être

TRANSMETTRE « AVEC » LES POINGS

Dans un monde où les jeunes en difficulté se heurtent à de nombreux obstacles, la boxe émerge comme un lieu d’apprentissage innovant et libérateur. Karim Goudjil, éducateur sportif et éducateur spécialisé dans le Vaucluse, témoigne de l’impact transformateur de la psycho-boxe sur la vie des adolescents qu’il accompagne dans un Centre éducatif fermé (CEF).

« Quand je parle de boxe, je ne pense pas seulement aux coups et aux gants. Pour moi, la boxe, c’est avant tout un outil éducatif. Ici, au CEF, nous utilisons ce sport pour aider les jeunes à canaliser leurs émotions, à regagner confiance en eux et à s’exprimer d’une manière qu’ils n’ont jamais connue auparavant », explique Karim avec passion.

Médiation corporelle

Son parcours atypique l’a amené à travailler dans divers environnements, y compris en milieu carcéral et au sein de la Croix-Rouge française. C’est cette expérience qui l’a conduit à développer la médiation corporelle avec comme support la boxe, qui allie enseignement technique et développement personnel. « Chaque séance est une opportunité d’apprendre autrement. Les jeunes viennent souvent avec des histoires difficiles, mais sur le ring, ils trouvent un espace où ils peuvent exprimer leur colère, leur frustration, mais aussi leurs rêves et leurs espoirs. C’est là que la magie opère » , poursuit-il.

Pour Karim, l’établissement d’un lien de confiance est primordial. « Au-delà de l’aspect technique, il s’agit de créer une relation où chaque jeune se sent écouté et respecté. Cela leur permet de s’ouvrir et d’évoquer les problématiques qui les touchent. J’écoute leurs récits et j’utilise ces éléments pour les orienter vers un chemin d’autonomisation » ,

raconte-t-il. Chaque séance de boxe devient ainsi une véritable leçon de vie. « Quand je leur enseigne la boxe, je leur enseigne aussi la patience, la résilience et l’importance de se relever après une chute. Ces compétences sont essentielles, non seulement sur le ring, mais aussi dans la vie quotidienne » , explique Karim.

Réutiliser les compétences

Il souligne que les valeurs apprises dans le cadre de la boxe sont essentielles pour leur futur. «  Lorsqu’ils affrontent les défis de la vie, comme un entretien d’embauche ou un rendez-vous administratif, ils réutilisent les compétences acquises ici. Ils comprennent que, tout comme dans la boxe, la vie est une série de combats ; parfois il faut encaisser des coups pour avancer » , ajoute-t-il avec conviction.

Karim Goudjil est un fervent défenseur d'une éducation par le sport, et son action au CEF de Montfavet illustre comment la boxe peut devenir un véritable lieu d’apprentissage alternatif. « Je ne leur enseigne pas seulement à se battre sur le ring, mais à se battre pour leur avenir. Grâce à la psycho-boxe, ils découvrent qu’ils sont capables de surmonter les obstacles et de se forger un chemin vers une vie meilleure », conclut-il.

L'entreprise apprenante

LA RECONVERSION PAR LE SAVOIR-FAIRE

La formation professionnelle continue permet d’apprendre un nouveau métier mixant savoirs théoriques et apprentissages en situation de travail. L’entreprise, le chantier deviennent alors des terrains d’expériences professionnelles. Qui plus est dans la filière agricole lors de la reprise d’une exploitation.

Au CFPPA1 de Chambéry (73), la reconversion est au centre du BP REA2, passage obligé si l’on veut réussir sa reconversion et sa reprise d’exploitation agricole - projet qui embarque souvent une famille. Ainsi, Camille 28 ans et Rachel 53 ans ont décidé de quitter le secteur de la santé et médico-social pour s’installer dans la production de fleurs coupées pour l’une, et de plantes aromatiques et médicinales pour l’autre.

Leurs motivations sont multiples : « agir en accord avec un engagement écologique, quitter un métier à fortes charges physiques et émotionnelles, créer une unité harmonieuse entre vie privée et professionnelle, pouvoir adapter mon mode de vie suite aux départs des enfants, faire mes propres choix », indiquentelles l’une et l’autre

Échanger avec des professionnels

Au cours d’une année de formation professionnelle, les deux stagiaires intègrent un groupe de 16 personnes et passent 8 semaines en entreprise agricole (élevage, maraîchage), ce qui est encore « trop peu » de l’avis d’un formateur. S’y ajoutent l’équivalent de 10 jours encadrés par l’équipe pédagogique sur des exploitations pour pratiquer mais également échanger avec des agriculteurs.

Même si une expérience agricole est un préalable à l’entrée au CFPPA, cette année de formation permet de se questionner encore, de construire, consolider

son projet dans la durée. Celui-ci peut être amené à prendre un virage, à muter suite à une prise de conscience de la réalité du métier, notamment l’emploi du temps. Car passer de salarié à indépendant dans un secteur comme celui de l’agriculture exige des sacrifices horaires : une semaine de travail à 60 heures, même si, pour certains, l’objectif est de s’installer en structure collective (GAEC3). Les formateurs et les professionnels mettent donc en garde de ne pas trop idéaliser le travail, de ne pas l’accepter aveuglément en quantité car passionnant.

Se constituer un réseau

Au-delà des apports techniques et en gestion, Camille et Rachel viennent également « se constituer un réseau professionnel et acquérir une légitimité via le diplôme ». Et rencontrer les stagiaires des promotions passées. En effet, le suivi des stagiaires est assuré pendant cinq ans. Et constat est fait qu’un tiers s’installent dans les 3 ans, les autres allant dans le salariat.

Cette réalité difficile du métier ne fait pas fuir les candidats ; au contraire, au CFPPA de Chambéry, ils ont plus nombreux à s’inscrire qu’il n’y a de places ouvertes en BP REA.

Apprendre par le jeu

CHEMIN DE « TRAVERSE »

POUR LYCÉEN·NES ENGAGÉ·ES

Comprendre et faire comprendre la vie des migrant·es au travers d’un jeu créé par des élèves de Bac Pro SAPAT 1 , tel est l’enjeu de « Traverser ». Un projet d’éducation à la citoyenneté qui peut exister aussi grâce à des partenaires très impliqué·es.

« Abdel 47 ans travaille dans une boulangerie au Liban. Suite à un bombardement toute sa famille est décimée, il décide de reconstruire sa vie dans un autre pays. Sans argent, il n’a d’autres choix de partir illégalement par la mer dans une barque ». Cette histoire pourrait être le témoignage d’un migrant, mais c’est le personnage qu’un groupe d’élèves de Bac Pro SAPAT du lycée agricole La Martellière à Voiron (Isère) vient d’imaginer au travers d’un jeu qu’ils et elles ont créé et appelé « Traverser ».

Faire changer les mentalités

Porté par Chloé (professeure d’éducation socio-culturelle) avec la participation du RESF (Réseau éducation sans frontière), d’un illustrateur pour le graphisme et d’une compagnie théâtrale pour l’animation du jeu, les objectifs sont d’intervenir devant des classes de collège pour sensibiliser sur « le parcours des personnes qui quittent leur pays, les raisons du départ et les obstacles rencontrés » et « d’éduquer et faire comprendre la migration aux participants au jeu et faire changer les mentalités » . Cette démarche entre totalement dans le cadre de l’éducation à la citoyenneté présente dans l’enseignement agricole.

La présence de partenaires est primordiale car « ils nous ont tout appris et nous ont poussé dans notre réflexion »  ; de plus « la prof ne peut pas tout savoir » Les élèves reconnaissent « avoir appris sur les conditions difficiles que subissent les migrant·es, le coût de la traversée, la faim », « des personnes qui sont souvent mal décrites par les politiques ».

Compétences mobilisables

Porter un tel projet est l’opportunité pour les élèves de se former à des compétences mobilisables dans leur futur professionnel. Pour certaines, cela a permis de « travailler en commun, de trouver des solutions, de se remettre en question sur un sujet grave et précis », pour d’autres, « d’apprendre à s’exprimer face des inconnus ». Rappelons que la pédagogie de projet fait partie

de l’ADN de l’enseignement agricole et permet de (re)motiver les élèves avec les études. Ce projet revêt aussi une importance au niveau de l’obtention du diplôme puisqu’une évaluation certificative est prévue et compte pour l’examen.

«  Porter un tel projet est l’opportunité pour les élèves de se former à des compétences mobilisables dans leur futur professionnel. »

Le jeu s’est finalement bien terminé. À la fin de la partie, Abdel a obtenu ses papiers en France.

1 Services aux personnes et animation des territoires

« PARTAGER » AU SEIN D’UN CLUB UNIVERSITAIRE

Sous l’intitulé d’« université pour tous » ou d’université inter-âges, les pôles universitaires de grandes villes et leurs antennes territoriales proposent de nombreuses activités liées à la diffusion et à la réception des savoirs destinés aux actifs et aux usagers de la formation tout au long de la vie. Quelques-unes, plus innovatrices, comme à Nice, organisent des clubs d’échanges pour rendre la formule plus participative.

Le club, « nous n’y parlons ni religion, ni politique ; nous n’y invitons pas d’experts, et nous ne sommes pas là non plus pour nous juger les uns les autres », explique Christine Baron, secrétaire générale de l’Unia, l’université inter-âges de Nice. Le décor est planté. Le club est avant tout un lieu de relations amicales fondé sur le principe de renverser un peu la table universitaire : le savoir descendant.

« À la fin des conférences, cela manquait à certains auditeurs de ne pas pouvoir échanger », poursuit l’enseignante de littérature, qui anime par ailleurs le club littéraire de l’Unia. « Nos adhérents pouvaient se sentir frustrés ». Car comme nombre d’universités du temps libre comme on

disait autrefois, l’Unia ne manque pas de propositions traditionnelles : quelque 160 conférences, des sorties et visites commentées à la pelle, des voyages, plusieurs lieux d’activités… Toujours sous la responsabilité ou l’animation d’un enseignant chercheur de haut vol, d’un spécialiste.

Nouer un autre type de relation

Avec le club littéraire, d’histoire, de réflexion, d’art et société, ce sont les adhérents qui proposent un sujet, le travaillent, l’exposent aux autres participants, avant un temps d’échanges et de réflexion d’une heure environ sur le thème, ou l’auteur traités : la vie de Charles Garnier, l’architecte de l’opéra de Paris, Conan Doyle ou

comment se débarrasser de Sherlock Holmes, les eunuques par choix ou par contrainte… « C’est l’occasion de nouer une autre relation », précise encore Mme Baron, qui pointe la motivation générée par le Covid et le grand trou d’air qu’il a provoqué. L’Unia est alors passée de 2 000 à 900 adhérent·es.

Aujourd’hui, ce sont entre 30 et 40 personnes inscrites pour chaque club, en plus des clubs de conversation en langues étrangères « qui se terminent régulièrement au restaurant ». Pas d’expert donc mais un animateur modérateur de la parole par club afin d’assurer la bonne conduite des débats et « éviter que ça dérape ». Sans déroger au principe de l’exigence universitaire et de la qualité de ces échanges : « Les contributeurs travaillent beaucoup, les clubs sont d’un très beau niveau ».

LE TIERS-LIEU POUR

FAIRE TOMBER LES FRONTIÈRES

Espaces de coworking, fablabs, repair’cafés, fabriques de recherche, friches culturelles…, tous ces lieux ont en commun de réunir plusieurs activités, de participer au développement économique d’un territoire et d’animer une communauté de personnes qui travaillent et apprennent ensemble. A Guéret, le tiers-lieu de la Quincaillerie illustre cette tendance à la hausse.

Ce sont des tiers-lieux car ni vraiment des lieux pour habiter ou pour travailler, ils combinent plusieurs fonctions, et s’inventent des genres différents. Travailler, apprendre, fabriquer, se divertir, se nourrir, entreprendre, se rencontrer, débattre, créer.

L’association qui les fédère nationalement est France Tiers-Lieux. Un premier recensement national avait permis d’en dénombrer 2 500 en 2021, de dresser l’état des tiers-lieux en France, de publier un rapport d’activités et de propositions pour développer les créations à la suite duquel 130 millions d’euros supplémentaires ont été engagés par l’État pour soutenir le mouvement. Ce collectif permet d’aider la création de nouveaux projets, de décrypter les aides de l’État, pour soutenir les porteurs de projet. Une cartographie pour en trouver un près de chez soi est régulièrement mise à jour ; elle recense à présent 3 500 lieux.

Déploiement en réseau

En Creuse, par exemple, il existe douze tiers lieux, et huit sont en gestation. Ils sont fédérés depuis 2016, en un seul réseau : TELA, qui permet de mutualiser l’ingénierie, les problématiques liées au fonctionnement, la création d’entités complémentaires. Il en faudrait vingt pour un maillage territorial optimal. « La Quincaillerie de Guéret n’est pas née en un jour, c’est un point d’atterrissage après des années de travail en milieu asso -

ciatif. En plus de toutes les compétences d’une MJC, on peut dire qu’on ajoute au concept de Tiers-Lieu la dimension TRAVAIL » , témoigne Baptiste Ridoux, concierge et fonctionnaire territorial de ce tiers-lieu à Guéret.

La Quincallerie de Guéret a été précurseur ; le projet articule les activités autour de trois axes : alimentation (produits locaux, consommation en circuits courts, Drive fermier), numérique (médiation des usages, FabLab, outils en libre-service), économie (entreprendre autrement, soutien et incubateur de nouvelles structures en création, conférences économie sociale et solidaire, partenariat CAF Parentalité).

Il y a un engouement pour les tiers lieux en France, perçus comme utiles au sauvetage de territoires en déprise économique et démographique. Les élus y portent intérêt tout autant que l’état qui soutient financièrement les structures.

Sciences participatives

DEVENIR AUSSI ACTEUR DE LA RECHERCHE

Observer, mesurer, noter, partager… Les sciences participatives permettent à chacun, adulte ou enfant, de devenir acteur de la recherche scientifique. En suivant des protocoles simples conçus par des chercheurs, les participants contribuent à collecter des données réelles, utiles à la compréhension de phénomènes environnementaux.

Ces projets, accessibles à tous, peuvent être menés en classe, dans un centre de loisirs ou en famille. Ils favorisent l’esprit d’observation, la rigueur scientifique et le sens de l’engagement citoyen.

À travers ces expériences concrètes, les citoyens, jeunes ou vieux, apprennent la démarche scienti -

Compter les oiseaux

Le programme Oiseaux des jardins invite chacun à observer et compter les oiseaux près de chez soi (jardin, balcon ou cour d’école) pour aider les chercheurs à suivre l’évolution des populations. Créé par le Muséum national d’histoire naturelle et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), il repose sur un protocole simple : dix minutes d’observation, deux fois par an, lors du dernier week-end de janvier et celui de mai.

Les données recueillies permettent d’évaluer les effets du climat, de l’urbanisation ou des pratiques agricoles sur la biodiversité. Les participants apprennent à reconnaître les espèces communes et à comprendre leur rôle dans les écosystèmes.

Participer, c’est devenir naturaliste le temps d’un instant !

fique et comprennent que la science se construit collectivement, à partir de faits observables et vérifiables. Dans un monde où les questions environnementales sont urgentes, ces projets nous donnent le pouvoir d’agir et d’apprendre autrement. Voici deux exemples pédagogiques utiles pour la science :

Enquêter sur la pollution plastique

Avec Plastique à la loupe, la fondation Tara Océan, le ministère de l’Éducation nationale et le CNRS invitent les élèves à enquêter sur la pollution plastique des rivières et des plages.

En suivant un protocole de prélèvement, les collégiens et lycéens identifient les types de déchets, consignent leurs observations dans une base de données nationale, puis envoient les échantillons pour analyse en laboratoire.

Les résultats, restitués ensuite aux classes, permettent de comprendre l’origine des pollutions et d’imaginer des solutions locales pour les réduire.

Un projet qui allie sciences, écologie et engagement citoyen.

QUAND LE THÉÂTRE MET EN SCÈNE L’EMC

Situé en plein cœur de ville, le théâtre Gérard Philippe (TGP) de Saint-Denis se distingue par sa vocation à être un véritable lieu d’apprentissage implicite et de création. À destination d’une population diversifiée et sans limite d’âge.

Ce jour-là, ils sont trois acteurs sous les lumières devant 200 élèves, du lycée au CM1 CM2.

Avec la pièce « quand j‘étais petite je voterai », le TGP « prête » sa scène aux établissements scolaires de la ville.

Ce n’est pas la première fois, et ça ne sera pas la dernière, car le TGP est un récidiviste en la matière : faire du théâtre un lieu d’apprentissage implicite, sans stylo ni tableau.

La pièce jouée devant les élèves de Saint-Denis suscite des réactions, des cris, des applaudissements. Anar et Cachot sont deux délégués de classe de collège qui revendiquent des programmes diamétralement opposés : pour l’élève Cachot le collège devrait être plus strict dans son accès, grâce à une carte bus jaune. Et gare à celle ou celui qui ne l’aurait pas au portail. Pour l’élève Anar, il est temps de décréter « la libération de la communauté des élèves » .

Deux visions extrêmes qui ne manquent pas d’amuser les spectateur·rices.

La salle réagit sans être dupe.

L’occasion est trop belle pour transmettre au passage des messages explicites de citoyen -

neté et de démocratie, puis les élèves spectateurs sont mis à contribution, par leurs réactions, au bon déroulement du scrutin entre Cachot et Anar.

Les extrêmes renvoyés dos à dos

Finalement, Cachot et Anar sont renvoyés dos à dos sous les vivats nourris de la salle après un combat d’idées qui s’achève au fond d’une urne géante en plexiglas. Lune, élève médiatrice et régulatrice des tensions entre les candidats de la pièce, est élue au nez et à la barbe des extrêmes avec des propositions réalistes et ouvertes, sans stigmatisations.

Le théâtre de Saint-Denis s'inscrit dans une politique de service d’intérêt public, soutenue par un contrat pluriannuel avec l'État et les collectivités.

Doté d'une salle de 400 places, il propose chaque année environ 20 spectacles qui sont joués entre 10 et 15

fois. Pour se faire connaître, il a aidé à former une trentaine de lycéen·nes à la médiation culturelle pour sillonner les établissements scolaires de la ville.

Outre ces publics, il propose une tarification solidaire, permettant à de nombreux spectateurs issus de « champs prioritaires » de profiter des représentations pour seulement 2 euros. Il a ainsi développé des collaborations avec des maisons d'arrêt, des centres d’accueil de migrant et d'hébergement pour femmes en difficulté, invité des groupes étrangers à travailler sur des extraits de pièces en français. Les groupes jeunes et adultes représentent ainsi près de la moitié de ses spectateur·rices.

Questions d'éduc .

Questions d'éduc. :

une revue de l'UNSA Éducation thématique, numérique et gratuite qui aborde sous différents angles, et avec des regards complémentaires, une question d'éducation https://www.unsa -education.com

53

Combattre le racisme, l'antisémitisme : un défi permanent ?

Précarité : vraiment une fatalité ? QDE 54

55

International : faut-il se comparer aux autres ?

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