camille muller s’échapper du jardin
préface de Gilles Clément
sommaire 10
s’échapper du jardin
trois cabanes pour grandir
écouter le lieu
tu n’arriveras jamais à rien___________ 16 l’appel de la forêt__________________________17
une cabane cachée à Paris _________23 le cabanon du potager________________33 une grange dans la forêt______________43
dévoiler l’esprit du lieu_________________ 61 s’effacer devant la nature____________79 adoucir l’urbain___________________________ 99
rencontrer l’autre
convier la nature
regarder vers demain
s’apprivoiser________________________________ 111 rêver ensemble__________________________127 créer avec passion____________________ 139
s’ouvrir vers la campagne__________ 163 se fondre dans la prairie____________ 179 inviter le maquis_________________________ 191
carnet de projet________________________ 216 manifeste_________________________________ 230
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s’échapper du jardin
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LE JARDIN SE FOND DANS LE PAYSAGE. Marguerites et
herbes folles ramènent les prairies jusqu’aux abords du château. Nous avons eu, Garance et moi, une forme de modestie dans nos actions sur ce site. La beauté est sous-jacente dans chaque lieu et en chacun de nous. «... ce sentiment premier de retenue et d’hésitation me semble être l’attitude que l’on doit avoir... devant une jolie chose. Se ruer sur la beauté est un comportement de goinfre, pas d’esthète* ». Tout est pensé pour que l’Homme, immergé dans la verdure et l’espace, oublie sa propre présence. Le jardin crée un lien entre l’habitat et le paysage. Près des espaces construits, les plantations s’inspirent des prairies et de la végétation environnante. Plus loin, nous mettons en valeur les arbres existants et dégageons des vues sur les prairies et la forêt. Faire le « moins » est écologique et permet d’intégrer le paysage au jardin. * Didier Decoin évoque l’intervention de Camille dans son jardin dans Avec vue sur la mer, Nil éditions, 2005.
écouter le lieu
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CAHIER TECHNIQUE
2015 premières plantations.
2016 les massifs sont renforcés la deuxième année.
partage d’expérience — un jardin méditerranéen Neuf mois plus tard, ces premières plantations me paraissent timides et insuffisantes. Je propose au propriétaire d’ajouter un tiers de massifs supplémentaires. Bon joueur, il répond : « Combien de camions de terre faut-il ? Quels végétaux ? ». Je l’invite à nouveau à participer au placement des plantes. Nous voilà tous entraînés dans l’émulation de la création spontanée ! Nous laissons place à l’inattendu et au hasard. En mimant la manière imprévue dont les plantes sauvages se multiplient, nous apportons un désordre naturel aux plantations. Dans une heureuse et intense énergie, nous triplerons finalement la surface de plantation, en une semaine seulement.
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20xx xxxxxxxx
Nous veillons l’un sur l’autre pour éviter l’artifice et nous comprenons à demi-mot : « Camille, vous ne trouvez pas que ça fait un peu trop... ». Je réponds : « Paysagiste ? ». Nous cassons tout ce qui paraît trop sage, trop attendu. Quatre ans plus tard, l’empreinte humaine s’efface devant une nature en liberté. Sans le savoir, nous réalisons notre futur « Jardin méditerranéen », devenu une référence dans le milieu professionnel et notre fierté à tous.
rencontrer l’autre
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Phlomis purpurea, Phlomis fruticosa, Salvia fruticosa, Senecio vira-vira, Stipa tenuifolia, Helichrysum italicum...
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rencontrer l’autre
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S’échapper du jardin, c’est choisir la liberté du monde sauvage. L’espace ouvert jusqu’à l’horizon. La végétation naturelle et sa force spontanée deviennent le sujet principal. Le jardin s’invite dans la nature et elle est conviée en retour. Le travail du jardinier consiste à gommer les limites, à fusionner avec le paysage. En premier lieu, conserver la végétation déjà préexistante permettra au jardin de garder son naturel. La biodiversité locale, utilisée avec générosité dans le choix des espèces plantées, fera le lien avec l’environnement. Au-delà, la végétation spontanée sera travaillée presque imperceptiblement pour lui apporter forme et densité. Créer du vide, couper des ronciers par exemple, permet aux autres plantes sauvages de se déployer librement. La végétation naturelle devient plus lisible, un nouveau paysage apparaît. Cette approche délicate illustre bien comment respecter le lieu et faire avec l’existant. Limiter l’intervention humaine diminue grandement l’impact sur l’environnement et le coût d’un jardin.
nature
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DEUX ANS PLUS TARD, LE PARKING A DISPARU. L’ombrière est à peine visible au fond.
Le jardin se fond dans le maquis. Au premier plan, jouxtant les coussins de filaire, des massifs intègrent les espèces locales et des plantes méditerranéennes à dominante grise : Helichrysum italicum, cistes, lavandes. À l’arrière, lentisques et myrtes sauvages sont taillés en formes douces. À leur pied, nous plantons les mêmes espèces en les laissant en forme libre. Le maquis s’apprivoise doucement et le jardin s’ensauvage ! Ce site devient un point de vue extraordinaire sur la nature et les montagnes environnantes. convier la nature
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À l’arrière de la piscine, une colline couverte d’une végétation épaisse demande un peu de respiration. Au fil des années, nous avons taillé avec parcimonie la végétation existante. Ce besoin d’ouverture est devenu un fil directeur. Petit à petit, nous avons grignoté toutes les ronces et taillé une partie de cette densité touffue à l’aide de grandes échelles et de taille-haies, pour donner une profondeur au jardin. Les couleurs et les textures du site sont devenues plus visibles. D’un mur de verdure inextricable est apparue une beauté organique mettant en valeur toute la diversité sauvage du maquis. En avantplan, un gazon adapté à la sécheresse, le zoysia, met en valeur la végétation. Plus qu’un jardin, c’est un hommage à la nature spontanée. convier la nature
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manifeste jardinières & jardiniers d’avenir Entrevue avec Priscilla Telmon
QUAND J’AI PLANTÉ MON PREMIER ARBRE, JE NE ME RENDAIS PAS COMPTE DE L’IMPORTANCE DE CE GESTE. Je choisissais,
sans le savoir, mon métier. Ce livre est né de tous les gestes qui ont suivi, de la terre sous les ongles, des hivers à attendre, des printemps qui ont tenu leurs promesses et de ceux qui ont demandé plus de temps. Il est né de la certitude, acquise lentement, que jardiner est l’une des façons les plus belles d’habiter le monde. Faire un jardin, c’est mettre au monde un être vivant. Ce n’est pas juste planter des arbres et arbustes selon un plan, c’est donner un morceau de soi, de son âme, du temps et de la passion à quelque chose qui nous survivra. Le jardin naît de vos mains, mais il appartient déjà au monde. Ce lieu plein de vie a besoin d’être guidé en douceur, comme on accompagne un enfant à développer ses qualités propres, sans le forcer, sans le plier, en apprenant à reconnaître ce qu’il cherche à devenir. Mes jardins sauvages, je les retrouve chaque année avec la même émotion : ils ont changé, grandi, mûri. Un jardin trouve sa vraie nature en grandissant. Il ne s’agit pas seulement d’entretien technique, c’est une création dans la durée, un dialogue permanent entre le paysagiste, le jardinier et ce que la terre propose. Car le jardinier n’est pas un exécutant. C’est un interprète. Il lit le sol, écoute les plantes, observe ce que le vent dépose et ce que la lumière révèle. Les plantes évoluent sans cesse, et lui aussi. Cette grande faculté d’observation et d’adaptation, c’est le cœur de son métier. Gilles Clément l’a bien montré, le jardinier laisse la vie s’exprimer et intervient le moins possible, en veillant à conserver l’esprit du lieu. De ce dialogue attentif entre l’homme et la nature naissent les éco-jardins, des fragments à grande échelle de nature préservée ou petits poumons verts qui respirent au cœur de nos villes assoiffées. Reste un défi à relever et il est de taille : trouver des jardinières et jardiniers qualifiés et passionnés qui relèveront le défi. Le métier échoit trop souvent à ceux qui n’ont pas su choisir. D’autres optent pour les études de paysagisme mais la plupart finissent devant un ordinateur, dans un bureau d’études, loin de la réalité du terrain, de l’odeur de la terre mouillée, du poids d’un outil dans la main. Contrats précaires, petits salaires, peu de latitude créatrice, et pourtant, un bon jardinier a de vraies responsabilités, une relation directe avec le créateur du jardin, et gagne bien sa vie. Cette transmission directe, de maître à élève, ressemble à celle des Compagnons du Devoir : un savoir qui passe de main en main, de regard en regard. C’est un métier noble. Un métier de sens. À l’heure où la terre brûle et où la terre pleure, le jardinier plante. Être responsable d’un jardin, c’est contribuer chaque jour à restaurer la biodiversité, à ralentir le réchauffement climatique, à favoriser le cycle de l’eau, à nourrir les insectes et les oiseaux. C’est agir concrètement, au sens le plus fort du mot, avec les mains, avec le corps, avec la patience de celles et ceux qui savent que la beauté prend du temps. Et les résultats sont là, semaine après semaine, visibles, tangibles, animés. Ce livre n’est pas un manuel. C’est une invitation. À regarder différemment le bout de terre qui vous appartient, même s’il ne fait que quelques mètres carrés. À résister à la tentation de tout contrôler, de tout tailler, de tout ordonner. À laisser entrer le vivant. Ce livre est destiné aux jardinières et jardiniers d’avenir autant qu’à ceux qui jardinent déjà. Parce que le monde de demain aura besoin de mains qui savent planter, de regards qui savent attendre, et de cœurs qui savent que la beauté d’un jardin ne s’achète pas, elle se mérite, saison après saison. Planter un arbre, c’est faire confiance à l’avenir. Être jardinière, être jardinier, c’est s’y engager chaque matin.
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S’échapper du jardin, pour un paysagiste, pourrait sembler un paradoxe. Pour Camille Muller, c’est une signature : jardiner, c’est aider la nature à s’installer et à reprendre ses droits. En floutant les limites, chaque jardin fusionne avec son environnement. Intégrer les espèces locales et mimer les formes du paysage permet de créer sans rupture. Des îles grecques à la campagne charentaise, de la Corse à la Normandie, ses jardins se relient à la mer, aux prairies, aux forêts, aux étangs ou au maquis. Au cœur de la ville, il brouille les repères et efface les murs. Ses créations nous invitent à changer d’échelle, à nous échapper du jardin pour percevoir la vie dans son unité. Le jardin devient un passage entre l’humain et la nature, un écosystème en évolution, apte à résister au changement climatique.
camille muller débute son métier de paysagiste aux côtés de Gilles Clément. Dès les années quatre-vingt il travaille pour des passionnés, esthètes et artistes. Connu tout d’abord pour ses petits jardins sauvages, il réalise ensuite des projets de plus grande envergure en lien avec le paysage. Sa vision d’un jardin ouvert sur la nature s’étend en France comme à l’étranger. Avec le temps, ses créations évoluent vers une écriture plus contemporaine et épurée tout en restant profondément en lien avec leur environnement.
ISBN : 978-2-37922-515-4
PRIX TTC FRANCE : 45 €
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