DIDIER HELMSTETTER - JULIEN REVENU
DANS LE SENS DU VIVANT
l’agronome devenu jardinier libre
Par l’auteur du Potager du Paresseux, vendu à 90 000 exemplaires
Tu vois, produire des légumes plus que bio, sans aucun travail du sol, c’est pas très compliqué...
Pardon. Quel con ! Je ne me suis pas présenté : Didier Helmstetter...
Pfff ! « pas très compliqué », tu parles ! c’est ce que je dis aujourd’hui.
... dit « Did67 » Mais quand je pense que j’ai failli, il y a vingt ans, faire l’énorme connerie d’acheter un motoculteur ! 2
Je m’interdis l’usage de pesticides ou d’engrais. Attention : même ceux autorisés en Bio. C’est pour ça que je dis « légumes plus que BIO ». Je préfère coopérer avec les organismes vivants. Bien les nourrir. Les gêner le moins possible. Pour tout dire, je les chouchoute. Je parle là des organismes du sol, bien sûr.
mais aussi de la biodiversité dans mon potager, Et tout autour. Pour être honnête, il y a douze ans, j’aurais très bien pu faire la connerie de creuser pour confectionner des buttes de permaculture, Et tout chambouler. Mais heureusement, l’infarctus... ... Ça a été ma chance. 3
chapitre i
Le complexe du sauveur C’est vrai : j’ai eu de la chance. Beaucoup… Et plus d’une fois ! La dernière en 2007 : l’infarctus… La chance, vous l’aurez deviné, c’est d’y avoir survécu, non sans quelques séquelles, dont l’incapacité d’exécuter les travaux lourds. Et cela ne s’arrange pas avec l’âge, et quelques autres douleurs en bonus ! Cela m’a amené à imaginer une façon de jardiner que j’appelle paresseuse. Et c’est devenu ma passion depuis que je suis à la retraite. Alors, forcément, j’étais tenté de vous en parler. Parfois, ma femme me dit que je saoule les gens… Elle a sûrement un peu raison, mais je préfère tout de même m’enflammer pour des idées novatrices de jardinage plutôt que de m’éteindre devant la télé ! Vu ainsi, ma femme est d’accord avec moi… C’est dans mon jardin qu’à plus de 70 ans je continue à faire de l’agronomie. C’est là que j’exerce désormais toute ma curiosité. Est-ce là l’enfant en moi qui refuse de vieillir ? Ah, les enfants et leurs fameux « pourquoi ? ». Redoutables. Pas facile de répondre ! Pourquoi le ciel est bleu ? Je vous donne la réponse… La lumière blanche est un mélange de radiations et de longueurs d’onde qui passent plus ou moins bien à travers le filtre de l’atmosphère, laquelle est tout sauf du vide (elle renferme plein de gaz) ; le bleu passe mieux, et voilà pourquoi le ciel est bleu. « Mais pourquoi le bleu passe mieux ? » C’est sans fin, les questions des enfants… Et moi, c’est pareil. Après m’être retrouvé diminué, la première question que je me suis posée est simple : comment faisaient les plantes pour pousser quand il n’y avait pas encore les hommes ? Qui bêchait la terre ? Et si personne n’était là pour bêcher, pourquoi le fait de cultiver des légumes sans bêcher serait-il insensé ? Chance encore. Un jour, je lis un article sur René Dumont. Devenir agronome devient ma vocation. Depuis, elle ne m’a plus jamais quittée… Il me reste l’ambition de mourir en agronome honnête. Alors, dans mon potager, je fais des essais. Je confronte les idées qui me viennent à la dure épreuve de la réalité des faits. Cela peut aussi être les idées des autres, celles qui sont en vogue, dans l’air du temps. Certaines nouvelles espèces, par exemple. Des asiminiers ou des satsumas (mandariniers japonais). À vrai dire, je n’essaie que celles qui sont « paresseux compatibles » ! Je tente des chemins
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de traverse qui, pour beaucoup, sont inédits. Ne pas bêcher, donc. Planter des tomates, mais sans les arroser. Surtout, ne pas arroser… Je m’amuse : par exemple, je sème des radis roses entre Noël et le Nouvel An, en Alsace… Je suis resté un peu enfant, à moins que je ne sois déjà retombé en enfance… Beaucoup me demandent « Et ça va donner quoi ? », sous-entendu « ça ne marchera jamais ». Je leur réponds « Ben, il faut voir ! ». Si on n’essaie pas, on ne saura pas. On pourrait y voir un peu de Mark Twain. Vous savez, le romancier américain, auteur du fameux « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. ». En réalité, non : il n’y avait rien d’impossible. Il suffisait d’avoir les yeux ouverts sur les effets les plus manifestes du changement climatique. Quand les températures ne descendent plus en dessous de – 10 °C en plein hiver, beaucoup de légumes ont leur chance. Résultat : cette année-là, semer des radis à Noël a marché ! C’est d’ailleurs le sens profond de la phrase. Elle s’adresse à tous ceux qui n’osent pas faire de peur de rater, ou par conformisme, ou encore par peur du ridicule… Comme beaucoup, j’ai dû me libérer de ces barrières mentales. Du qu’en-dira-t-on. C’est ce que je veux dire quand je parle de « jardinier libre ». En réalité, on retrouve ce penchant dans toutes les grandes étapes de ma vie… Du coup, souvent, je suis entraîné vers des tas de pensées disons… plus philosophiques. En utilisant ce qualificatif, je ne voudrais vexer personne parmi nos grands philosophes, médiatiques ou pas… Par exemple : pour quelle raison, quand on est adulte et curieux, le fait de semer des radis à Noël est-il vu négativement ? C’est tout juste si je ne passe pas pour un fada. Euphémisme : sans doute, je passe… Je comprends qu’il existe une forme perverse de curiosité. Malsaine, bien sûr… Genre épier le moindre mouvement de ses voisins. « Elle rentre avec qui ? », etc. Je ne parle pas de cette curiosité-là. Je parle de « Pourquoi, si le climat se réchauffe, les radis ne pousseraient-ils pas en hiver, même en Alsace ? ». À quel moment cette saine curiosité s’éteint-elle ? À quel moment le conformisme, les réponses formatées, les habitudes prennent-ils le dessus et étouffent-ils l’enfant ? Devenir adulte, est-ce nécessairement rétrécir le spectre de sa pensée ? Voilà ce que j’entends ici par philosopher… Et cela m’arrive souvent. C’est tout l’intérêt du transat comme outil au jardin… L’infarctus m’a ouvert le champ de la rêvasserie philosophique, tout simplement en me forçant à renoncer à pas mal d’agitations. Comme je l’ai dit, quelle chance ! S’agiter, c’est faire quelque chose même si ça n’a pas réellement de sens. C’est l’exact contraire d’une action, qui a un sens, elle. Quand on s’agite, on fait car on suppose que c’est efficace ou utile, voire indispensable… Il le faut. On a toujours fait. Le beau-père fait. Le collègue de travail, tout le monde fait… Alors on fait aussi, sans se poser plus de questions. Sans avoir soigneusement soupesé les pour et les contre. Notons que, faire, ça occupe. On évite ainsi de réfléchir. Ça tombe bien ! Ce que je raconte s’applique parfaitement à nos façons de jardiner, mais cela recouvre bien
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plus en réalité. Cela concerne plein d’actes, dans nos vies. C’est à l’image d’une mouche dans un bocal. Elle a été piégée là. Et elle tourne. Se heurte contre la paroi de verre. Recommence. Se cogne encore. Comme toute mouche piégée dans un bocal (ou derrière une vitre). Vous voyez le spectacle ? Se fait-elle mal ? Je ne sais pas. En tout cas, pas assez : elle recommence toujours. Elle ignore que jamais elle ne pourra traverser le verre. Elle ne sait pas ce que c’est, du verre. Le voit-elle ? Elle voit la lumière de l’autre côté, qui l’attire. Alors elle continue. Elle fonce, se cogne encore… Être ignorant, c’est un piège ! Être attiré par n’importe quelle lumière, c’en est un autre. Même sans réfléchir beaucoup, vous, vous le savez très bien : elle aura beau essayer mille fois, jamais elle ne traversera. Sa seule toute petite chance de s’en sortir serait que quelqu’un rouvre le bocal (ou la fenêtre)… Ce serait la seule. Pour éviter de la gaspiller, elle devrait surtout ne pas épuiser ses forces. Rester immobile. Attendre. Respirer doucement. Se mettre en veille. Faire de l’apnée, du yoga… Voilà ce qui pourrait la sauver. Vous notez que c’est l’exact contraire de ce qu’elle fait. Elle ne comprend rien. Elle s’agite, pensant bien faire. Son ignorance finira-t-elle par être la cause de sa mort ? Encore de la philosophie à trois francs six sous. Pour moi en tout cas, un jour, alerte rouge… et je me suis posé. Dans un transat. J’ai quitté les jardiniers classiques, avec leur bêche ou leur grelinette. Je provoque avec mon transat ? Oui, j’espère bien provoquer… une réflexion ! Si c’est le cas, je ne vois pas où est le mal. Une autre grande chance, c’est que la terre me colle aux baskets depuis mon plus jeune âge. Elle colle même quand je suis dans des bureaux ou sur une estrade. Elle colle encore quand je suis dans un ministère. Jamais je n’oublie que la terre est basse. Qu’elle est lourde… Avant la théorie, j’ai pratiqué. Je sais traire une vache. Je sais qu’il faut la nourrir le jour d’une fête familiale, le soir de Noël ou du Nouvel An. J’ai du respect pour les paysans : tout petit, j’étais sur la voie d’en devenir un. Des idées lumineuses, parfois prétendument miraculeuses, beaucoup de gens en ont, mais comment savoir lesquelles sont les bonnes ? D’instinct, j’ai un filtre : celui du réalisme. J’ai aidé mon père à faire des couches chaudes, alors on ne me prendra pas à faire des buttes de permaculture (on en parlera) ! Mais il y avait aussi un risque : celui de la nostalgie. Penser que les vieux avaient toujours raison. Penser qu’ils étaient écolos. Penser que tout était toujours mieux avant. Quelle méprise (ça aussi, je vous en parlerai) ! L’erreur aurait été, cinquante ans après, de singer mon père alors que j’ai des connaissances qu’il ne pouvait avoir. Il traitait à la vue de quelques pucerons, ignorant qu’il existe, dans leur environnement, de multiples « mangeurs de pucerons ». La coccinelle est connue, mais syrphes, chrysopes et guêpes parasitoïdes sont tout aussi efficaces. Parfois plus. Aujourd’hui, la plupart des jardiniers, tétanisés par la peur, se précipitent et traitent toujours. Avec un produit « autorisé en bio », certes. L’arme a changé, mais l’idée qu’il faut d’abord flinguer persiste. Il faut
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absolument traiter, pensent les agités. Ils pensent que « bio » est synonyme d’« inoffensif ». Envisagent-ils une seconde qu’en éradiquant le moindre puceron, même avec des produits naturels autorisés en bio, ils affament ces auxiliaires prêts à les aider ? Savent-ils que l’insecticide ne tue pas que les pucerons ? Non ! Ils sont trop angoissés à la vue de pucerons. Ils manquent un peu de cette sagesse — est-ce de la philosophie ? — qui rime avec paresse. Ils sont trop « mouches dans un bocal ». Ils s’agitent. Sous la pression sociale, mon père veillait à ce que son potager soit propre à l’automne. On bêchait, en enterrant le fumier produit par les vaches. Aujourd’hui, je laisse sciemment tel vieux chou jamais récolté. Même s’il fait désordre et qu’on ne le mangera jamais. Même si certains se disent : « Quel bordel ! » Il fleurit au printemps, ce qui va attirer des abeilles, ravies, et de nombreux auxiliaires qui adorent butiner. Suffit-il de manifester contre la chimie ? Et d’installer des ruches pour sauver les abeilles ? Et elles mangent quoi, les abeilles ? Très vite, les pucerons cendrés vont s’installer là, sur la tige où passe la sève. Ils s’y connaissent, ces brigands. Mais, pour un mangeur de pucerons qui sort d’hibernation, affamé par l’hiver, quel festin, tous ces pucerons juteux ! Et après leur festin, les auxiliaires, tout comme parfois les humains, songent à se reproduire. Et voici, quelque temps plus tard, plein de petits auxiliaires affamés à la traque du moindre puceron dans le potager. Là, sur les haricots, ou là-bas, sur les fèves. Et tout autour. Sur le sureau. Sur les rosiers. Ou sur les capucines. Vous ne pensiez tout de même pas que je les cultive juste pour faire beau ! Être un peu philosophe, c’est encore contempler ces guêpes polistes, ou ce frelon européen, sans réagir. En restant parfaitement immobile, on ne risque rien, sauf si on est entré sur son territoire, près de son nid… Il m’est arrivé de voir un frelon se poser sur mon mollet pour boire ma sueur (les cardiaques transpirent beaucoup). Il avait soif, le pauvre. Heureusement, je transpirais. On s’est compris. Il a bu et puis, sans doute satisfait du breuvage un peu salé, il est reparti. Content, j’imagine. Qui sait que ces insectes (tout comme les guêpes), qu’on détruit parce qu’ils peuvent piquer — ils le font surtout quand on s’agite (comme une mouche dans un bocal) —, sont de gros consommateurs de chenilles ? Celles qui pourraient ravager nos choux, par exemple. Ils en nourrissent leurs larves. Les chenilles, c’est le fast-food de leurs ados à eux… C’est cette philosophie que j’espère vous décrire un peu mieux… C’est un exemple de ce que j’appelle « aller dans le sens du vivant »… ou encore « être BIO-logique ». Je développerai… Chance toujours : l’occasion de confronter mon savoir à la réalité de l’Afrique. Depuis, je sais que l’eau ne tombe pas quand on le voudrait, autant qu’on le voudrait… Et là, la chance, c’est d’avoir exercé mes neurones dans une situation climatique dont nous nous rapprochons désormais, parfois, chez nous. Nous vivons de plus en plus souvent ici des situations que j’ai vécues là-bas. Le coup de la plante miraculeuse qui pousse sans eau, on ne
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me le fera pas : je l’aurais croisée dans le désert ou au Tchad… or je n’y ai rien vu de tel ! En revanche, essayer de stocker l’eau dans le sol, ça, oui… J’ai déjà essayé dans les années 1980. Cette troisième mi-temps de ma vie, finalement, se révèle être une mise en cohérence des étapes que j’ai vécues. C’en est la suite logique, comme si les étapes s’étaient emboîtées, à l’image de ce qui se passe quand on assemble un puzzle. À la fin, quand toutes les pièces sont en place, on voit enfin à quoi ressemble le tableau. C’est la façon dont je vois les choses aujourd’hui. À plus de 70 ans. Mais, au début, c’était bien mal parti, comme vous allez le constater tout de suite ! Mon père est devenu jardinier professionnel après un apprentissage qui s’est terminé au début de la guerre par un diplôme… allemand. L’Alsace a été annexée alors qu’il avait 19 ans. Deux ans plus tard, il a été incorporé de force dans les armées nazies. Au retour des camps russes, bien après la fin officielle de la guerre, il s’est installé comme producteur de plants (de légumes, de fleurs), dont il faisait commerce tout en produisant aussi les légumes pour la famille. À cette époque, en milieu rural profond, vendre des légumes n’était pas un métier : toutes les familles les produisaient elles-mêmes, dans le potager accolé à leur maison. En revanche, savoir forcer les plants, pour cultiver des légumes le plus tôt possible, nécessitait une technicité et des équipements que tous n’avaient pas… C’était ça le métier de mon père. Et revoilà donc les châssis et les couches chaudes qu’on avait évoqués. Vous voyez, je ne vous ai pas fait languir longtemps ! Le forçage sous châssis Je dis châssis… En réalité, il s’agissait au début de coffres en planches, inclinés pour que l’eau s’écoule et sur lesquels s’ajustaient exactement des cadres en bois enchâssant des vitres en verre. Au sens propre, les châssis, ce sont ces cadres vitrés. Des sortes de grandes fenêtres non fixées, mobiles, en quelque sorte, avec une poignée à chaque extrémité pour les porter. Les plastiques n’existaient pas (on a parfois du mal à s’en souvenir !). Ces châssis avec leurs vitres étaient lourds. Et on en prenait grand soin car, quand on n’a guère de revenus, c’était un investissement important. Dès qu’on n’en avait plus besoin, ils étaient empilés à l’abri de la pluie pour éviter que le bois ne s’abîme. Pour cela, il fallait être deux, et donc le fiston, moi en l’occurrence, était indispensable. Sinon, cela aurait été ma mère… comme cela avait été le cas jusqu’à ce que j’en sois capable. Mais elle avait tellement d’autres choses à faire, à la maison et à la ferme. Plus tard, lorsque la situation de mon père s’est améliorée, il a construit des coffres en béton pour qu’ils soient durables (au contact du sol humide, le bois non traité pourrit vite et n’a une espérance de vie que de quelques années), avec du ciment, du sable, du gravier et du fer à béton achetés… C’était beaucoup moins écologique mais, à l’époque, nul n’imaginait ce que cela pourrait bien être, l’écologie… Dès qu’on en avait les
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J’ai grandi en Alsace Bossue, dans les années 1950. Mon père était maraîcher durant la belle saison et bûcheron en hiver…
Junger, bisch ball fertig* ? * Fiston, t’as bientôt fini ?
On avait aussi une petite ferme…
Filsch m’r noch a paar sechser haevele dass ich säye kaan*...
* Tu me rempliras encore quelques pots de diamètre 6 pour que je puisse faire des semis…
Yaaa... Ich hann awer noch Ufgawe*...… * Ouaiiiis… Mais j’ai encore des devoirs…
Mach’se wenn‘de d‘milch getraa hasch* ! * Tu les feras après avoir porté le lait ! 9
Didier, tu viens jouer ?
Avec la petite ferme et le potager, il y avait toujours trop à faire. Du lever du jour à la tombée de la nuit. Six jours sur sept.
Et même le dimanche, les jours fériés : arroser, aérer, nourrir les animaux, traire, porter le lait… À cette époque, le travail des enfants ne choquait personne. Je n’étais pas le seul ! Il n’y avait guère de place pour les jeux.
Ich wèse nit ob m’r mischt genu hann*... * Je ne sais pas si le fumier va suffire…
Ich mach’s nit so dick, no langt’s*. * J’en mettrai un peu moins épais, ça suffira.
L’éducation, ce n’était pas un atelier créatif façon Montessori. Il fallait manger d’abord… 10
moyens, on améliorait l’existant. On réduisait d’abord le travail. Le bilan carbone en prenait un coup. Mais, ça non plus, on n’avait aucune idée de ce que c’était. Ces coffres fonctionnent à l’effet de serre. Le jour, les rayons solaires sont piégés : il y fait bien chaud. Les plants poussent. Souvent, par temps ensoleillé, il fait vite trop chaud. Les végétaux risquent de griller. Rien n’est parfait en ce bas monde. Il faut alors soulever les châssis un à un et glisser une cale, plus ou moins haute selon la météo, pour ventiler et rafraîchir. C’était une corvée quotidienne. Et parfois plus, si le temps changeait dans la journée. Le minimum syndical, c’était ouvrir le matin et refermer le soir. Un travail typique pour des enfants, car cela ne demande pas trop de force. Ça, vous l’aviez vu venir ou faut-il tout vous dire ? Au printemps, lorsque le ciel était clair la nuit, ces vitres ne suffisaient pas. Le verre simple est un très mauvais isolant. La chaleur le traverse sous forme de rayons invisibles. On le sait. C’est pour ça qu’aujourd’hui, dans nos maisons, on a du double vitrage ou, si l’on veut des performances thermiques meilleures encore, du triple vitrage traité (faible émissivité). Il fallait donc, tous les soirs à la tombée de la nuit, dérouler sur les vitres des paillassons (de la paille cousue en nappes isolantes) pour garder le mieux possible la chaleur dans les coffres. Bien entendu, il fallait les enrouler chaque matin pour que les plants aient de la lumière durant la journée. Pas de 35 heures et pas de week-end. Il fallait aussi les ranger lorsqu’on n’en avait pas besoin, pour éviter qu’ils ne pourrissent… Une période de temps moins froid mais plus humide s’annonce ? Hop, on range tout dans le cabanon, au sec… Heureusement, la paille, ce n’est pas lourd. Trente minutes d’allers-retours, il paraît que c’est bon pour le cœur. Ça non plus, on ne le savait pas… On ne savait pas grand-chose, finalement. Dans une région comme l’Alsace, avec un climat continental parfois rude, surtout à l’époque, cela n’était pas suffisant pour avoir des plants très tôt dans la saison. Une autre technique était indispensable : chauffer l’intérieur des coffres. À l’époque dont je vous parle là, Dubaï n’était qu’un village de pêcheurs et de commerce de perles… et, à la campagne, on n’utilisait pas de pétrole. Ni de gaz. Mon père utilisait un procédé naturel : la couche chaude. Les couches chaudes Pour réaliser une couche chaude dans des coffres tels que décrits, il fallait d’abord décaisser la terre sur environ 40 centimètres de profond. Et la terre, c’est lourd (cela ne saute pas aux yeux sur un ordinateur ou dans un livre) : 1 mètre carré de sol sur 40 centimètres de profondeur, c’est environ 500 kilos de terre. En moyenne. Ensuite, on enterre du fumier jusqu’aux trois quarts de cette profondeur. Environ 30 centimètres. On le tasse bien, pour chasser l’air. Sous l’action de bactéries, cela fermente et… chauffe. Aujourd’hui, ce mécanisme naturel, vous pouvez encore facilement le percevoir en mettant
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ÇA COMMENCE SUR UNE FERME AUTARCIQUE. Pour se nourrir, les efforts sont incontournables. C’est à ce prix que, très jeune, l’auteur accumule des connaissances pratiques en agriculture et en maraîchage. Toute sa vie, selon son expression, la terre lui collera aux baskets. Des études d’agronomie, certes vécues comme un enfer, se révèlent libératrices grâce aux montagnes de connaissances scientifiques accumulées. Observer. Comprendre. Essayer. Ces connaissances sont sérieusement mises à l’épreuve au Tchad, au Niger et en Namibie. La confrontation aux dures réalités, avec pour objectif l’amélioration des agricultures vivrières locales, sans intrants, sans machines, sans carburants, lui apporte d’autres éléments de réflexion… Une approche systémique : appréhender un système comme un tout… Un jour, un infarctus vient ébranler tout ça, et c’est alors que les pièces du puzzle s’assemblent. Se met en place la vision qui l’amène à penser ses actes selon la logique du vivant. Ce qu’il appelle « être BIO-logique ». Son potager, connu comme le « Potager du Paresseux », en est une réalisation concrète, juste derrière sa maison.
Observer... comprendre...… … Avant de faire...… ou pas. ISBN 978-2-37922-398-3 ISBN :: 978-2-37922-398-3
PRIX PRIXTTC TTCFRANCE FRANCE: :22,90 22,90 €€
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