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Mon chemin d’espoir, Andrew White

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MON CHEMIN D’ESPOIR


Du même auteur : Iraq : Searching for Hope (Continuum, 2007) Suffer the Children (Continuum, 2010) The Vicar of Baghdad (Monarch Books, 2009) Faith Under Fire (Monarch Books, 2011) Father, Forgive (Monarch Books, 2013)

É� dition originale publiée en anglais sous le titre My Journey So Far par les éditions Lion Hudson plc, Oxford, Angleterre. © 2015 Andrew White. É� dition française : © É� ditions Scriptura – Société biblique française, 2018 3, rue Sainte-Lucie, 75015 Paris Traduction : Alain Bouffartigues Couverture : The Untamed Business Utopians ISBN 978-2-37559-004-1 (SB0015) Dépôt légal 4e trimestre 2018

www.editions-scriptura.com


Andrew White

Mon chemin d’espoir

Récit d’une vie au service de la paix


« C’est pour moi un honneur de recommander fortement la lecture du livre extraordinaire du chanoine Andrew White. Il m’a été donné de faire la connaissance et de respecter le chanoine White lorsque nous avons travaillé ensemble en Irak à l’époque agitée qui a fait suite à la chute de Saddam. Je suis désormais membre du conseil d’administration de son organisation à but non lucratif consacrée à l’aide aux réfugiés et aux défavorisés au Moyen-Orient. Ce livre bien écrit témoigne à la fois de la finesse de l’humour d’Andrew et de la profondeur de sa foi chrétienne. Nous découvrons d’abord la richesse de la vie spirituelle de ses parents, puis nous suivons le merveilleux cheminement de la croissance spirituelle qu’Andrew a connue au cours des quarante années suivantes. Le combat que mène depuis toujours Andrew contre les problèmes de santé n’a fait que renforcer sa dévotion et sa foi. Ce livre est un juste hommage rendu à toute sa vie de foi et au travail qu’il poursuit inlassablement en faveur des pauvres et des oubliés. » Paul Bremer, diplomate, ancien envoyé présidentiel en Irak

« Andrew White est l’ami le plus extraordinaire qu’il m’ait été donné d’avoir. Son histoire à ce jour est un véritable tourbillon – et tout est bien réel ! Ce récit suscitera de la foi, de l’espoir et de l’amour. » Chanoine J. John

« Pour nous en Irak, Abouna Andrew n’est pas juste un leader spirituel pour les chrétiens : il est le leader spirituel de nous tous – Irakiens, sunnites, chiites et autres. Il se tient à nos côtés, nous soutenant et nous défendant, depuis près de vingt ans. Alors que les gens avaient trop peur ne serait-ce que de venir


en Irak, lui est resté avec nous. Il est comme le Tout-Puissant : jamais il ne nous abandonnera. Aussi dures que puissent être les circonstances, il est avec nous. » Grand ayatollah Hussein al-Sadr, grand ayatollah de Khadameer, Bagdad

« Le chanoine Andrew White a consacré sa vie à la véritable mission de la religion : venir en aide, réconforter et sauver la vie d’êtres humains dans les lieux de conflit les plus difficiles. C’est un messager de la paix divine dans le monde, et un grand ami du peuple juif. » Rabbin Melchior, ancien grand rabbin de Norvège et ancien membre de la Knesset


Je dédie ce livre à ma mère, Pauline S. White


Préface Je connais Andrew depuis longtemps, notamment du fait que sa mère a vécu dans mon ancien diocèse de Rochester. Mais c’est seulement lorsqu’il m’a demandé de lui rendre visite à Bagdad que j’ai pris conscience peu à peu de la personne remarquable qu’il était. Dans ce livre, il mentionne le fait que les responsables religieux ont besoin d’un hébergement confortable quand ils vont assister à des conférences. Ce n’est certainement pas son cas ! Comme il le raconte, il a vécu le plus simplement du monde dans une seule pièce, dans une petite maison située non loin de l’É� glise SaintGeorges. J’ai été hébergé chez lui et je ne sais pas comment il a tenu, surtout avec sa maladie invalidante. Andrew a le chic pour se trouver au mauvais endroit au mauvais moment – au moins d’un point de vue humain ! Que ce soit pendant l’intifada en Israël/Palestine ou lors des attentats terroristes à Bagdad, il est chaque fois sur place ! Cela peut exaspérer les services de sécurité, les diplomates et les responsables politiques, mais pour Andrew c’est en raison de son obéissance à ce que Dieu lui demande. Son ministère à Saint-Georges a été tout bonnement miraculeux et nous nous devons de prier pour qu’il se poursuive avec les chrétiens irakiens les plus remarquables qui se trouvent là-bas maintenant qu’Andrew n’y est plus. Ce ministère a été et demeure un exemple de mission holistique, combinant à merveille le culte rendu à Dieu, la prière, la guérison (physique et spirituelle), les distributions de nourriture, le témoignage chrétien et l’amour. Pendant tout ce temps, Andrew a été mû par sa propre vision prophétique, inspirée d’É� saï�e 61.1-4. Cela l’a amené à aimer ceux qui ne sont pas aimables, à être l’ami de ceux qui n’ont pas d’amis, à mettre les ennemis face à face pour qu’ils puissent faire la paix, et à conjuguer réconciliation et aide humanitaire pour les affamés, les sans-abri et les malades. Les résultats parlent d’eux-mêmes.

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Même si ces derniers temps le monde l’a considéré comme le « vicaire de Bagdad », en fait sa vision concerne l’ensemble du Moyen-Orient. Il se peut qu’il soit appelé à y retourner afin de s’atteler à une tâche plus vaste, à savoir la réconciliation et la paix dans cette région violente du monde. Bien sûr, c’est non seulement le travail accompli par Andrew qui mérite d’être relevé, mais aussi le miracle de son histoire personnelle. Le caractère immédiat de la façon dont il marche et parle avec son Dieu saute aux yeux de quiconque passe un peu de temps avec lui. Il est littéralement le « guérisseur blessé », qui apporte la guérison aux autres tout en étant lui-même gravement malade. En cela, il rend témoignage au Christ crucifié, à Celui qu’il sert avec le cœur, l’esprit et le corps. Nous nous devons de relever également les sacrifices que fait sa famille en acceptant qu’il se consacre à ce ministère. Espérons qu’elle le verra désormais un peu plus. Je suis heureux qu’Andrew ait écrit ce livre pour nous permettre de mieux comprendre ses engagements passionnés et sa foi solide en Celui qui continue de le soutenir.

Michael Nazir-Ali, ancien évêque de Rochester

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Chapitre 1

Un départ dans la vie peu commun Aussi loin que je me souvienne, on m’a toujours parlé de l’amour de Jésus pour moi. J’ai grandi dans une famille chrétienne et mes parents saisissaient toutes les occasions pour me montrer l’amour de Dieu. Je n’ai donc pas souvenance d’une époque où je n’avais pas conscience de Jésus : dès le départ il a fait partie de ma vie et je l’aimais autant qu’il m’aimait. Sans même qu’on me le dise, je pressentais que c’était une bonne chose de parler à Jésus chaque jour ; c’est donc ce que je faisais. Mes parents priaient avec moi tous les soirs au moment du coucher, puis je savais que c’était à moi de parler avec Jésus. Tous les soirs, je faisais la même prière d’enfant :

Cher Seigneur Jésus, je t’aime tellement. Merci de m’aimer tellement toi aussi. Merci d’entendre mes prières et d’y répondre.

Aujourd’hui encore, je commence mes prières du soir par ces mêmes mots. Je ne les avais encore jamais mis par écrit, et en le faisant je suis à deux doigts de fondre en larmes. Je m’efforce toutefois de me contenir, vu que je me trouve à bord d’un avion ! Je n’avais certainement pas plus de deux ans quand j’ai fait pour la première fois cette prière ; en gros, cela remonte à l’époque où j’ai commencé à parler. C’est dire à quel point Jésus est réel dans ma vie depuis toujours. J’espère que cela permet de comprendre pourquoi je suis incapable de me remémorer un moment précis où j’aurais vécu ce que la plupart appellent une « expérience de conversion ». Comme j’avais toujours aimé Jésus et que je savais au fond de mon cœur qu’il m’aimait, il n’y a jamais eu d’« avant et après » Jésus pour moi ; Jésus était tout simplement là, présent depuis toujours.

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Néanmoins, je n’ai jamais douté de la réalité de mon salut. Même à l’époque où je suivais mes études de théologie à Cambridge, et où j’étais entouré d’un grand nombre de gens habités par le doute, j’avais une foi solide. Quand je prends la parole dans les églises, j’aime bien taquiner l’assemblée en déclarant que je ne me suis jamais converti. Les réactions sont en général un mélange d’incrédulité, de stupéfaction et d’épouvante ! Notre famille était chrétienne, mais pas anglicane. Mon père, Maurice White, était un calviniste fervent et ma mère, Pauline, avait un arrière-plan pentecôtiste classique de type Assemblées de Dieu. Résultat, ma foi s’est formée dans un melting-pot de cultures ecclésiales. Dans la mouvance pentecôtiste, la démarche de foi personnelle a tendance à être symbolisée par le fait de « donner son cœur au Christ ». Les appels à la conversion sont fréquents dans les É� glises pentecôtistes et en général on insiste sur la notion de « prendre la décision de suivre Jésus ». Enfant, j’ai donc été légèrement préoccupé pendant un temps par le fait de n’avoir jamais officiellement « donné mon cœur à Jésus » et je ne savais pas trop ce que cela voulait dire. Avec mon esprit d’enfant, j’ai essayé d’imaginer comment ça pouvait se faire ; j’ai donc littéralement découpé une feuille de papier en forme de cœur dans le but de le donner en quelque sorte à Jésus !

Une enfance heureuse

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Je n’ai que de merveilleux souvenirs de la majeure partie de mon enfance et j’étais un enfant extraordinairement heureux. J’avais une sœur de deux ans mon aî�née, Joanna, et un jeune frère de tout juste onze mois de moins, Mark. Nous n’étions pas une famille riche – je dirais même que nous étions plutôt pauvres –, mais nous étions très satisfaits de ce que nous avions. Malgré nos faibles moyens, nous ne manquions pas de jouets ; il y en avait


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même à profusion car la plupart avaient été fabriqués par mon père. Celui-ci était d’origine anglo-indienne : il descendait d’une tribu quelque peu étrange d’Indiens britanniques qui étaient un produit de l’empire britannique des Indes. Il avait grandi dans une famille influente et très distinguée, mais avait choisi d’épouser ma mère, au grand dam de sa famille. Ses parents estimaient qu’elle n’avait pas des origines sociales « convenables », puisqu’elle était d’un milieu ouvrier modeste. Mon père avait donc été déshérité en temps utile et il s’était retrouvé à mener une vie simple avec ma mère dans un quartier plutôt pauvre de Londres. Toujours est-il que ma mère possédait un héritage spirituel d’une grande richesse. Son père avait étudié dans l’un des premiers instituts bibliques créés par les Assemblées de Dieu au Royaume-Uni et, après avoir obtenu son diplôme, il était allé travailler aux côtés de Smith Wigglesworth, une des plus grandes figures du pentecôtisme de tous les temps. Aujourd’hui je suis très ami avec Henry Fardell, qui est un arrière-petit-fils de Wigglesworth, et l’influence de ce pionnier pentecôtiste continue de se transmettre de génération en génération. Mon père était un homme d’une intelligence exceptionnelle. Il était diplômé en biologie, en génie civil et en théologie. Il connaissait toutes les langues classiques et était capable d’écrire avec facilité aussi bien en latin qu’en grec classique. Mais c’était sa maî�trise des mathématiques que je trouvais absolument époustouflante. Il a eu beau essayer de m’enseigner les maths, je n’y ai jamais rien compris. De ses trois enfants, j’étais considéré comme celui ayant la personnalité la plus attachante, mais certainement pas comme le plus intelligent. Parmi les nombreux jouets que mon père nous avait fabriqués, deux avaient une importance toute particulière pour moi. Le premier était une petite ferme en bois. Elle était composée de vrais bâtiments en bois entourés d’une petite forêt d’arbres en bois eux aussi. J’animais ma ferme avec toute une batterie d’animaux en plastique que je passais des heures à déplacer en simulant ce

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que j’imaginais être la vie d’une ferme. Mais ma ferme avait quand même une petite particularité : mon animal favori était un kangourou ! Je ne sais pas pourquoi, mais j’affectionnais les kangourous. J’en avais aussi un mou, que ma mère m’avait tricoté comme il se doit avec son bébé dans sa poche. Mon autre jouet inoubliable est arrivé quand j’étais un peu plus âgé et je l’ai gardé pas mal d’années. C’était une voiture à pédales absolument fantastique. Elle était faite principalement en bois, mais mon père l’avait conçue comme une Rolls-Royce d’époque, avec un volant qui fonctionnait vraiment, une suspension haute performance et un « capot » en métal anguleux en forme de maison inspiré de la Silver Ghost. C’était tout simplement une œuvre d’art incroyable et j’y tenais énormément. Ma Rolls à pédales avait une autre particularité intéressante : le capot était relevable, ce qui donnait accès à un vaste espace de rangement. J’y gardais précieusement une trousse de premiers soins particulièrement complète. À� l’instar de ma foi, qui avait toujours existé, j’avais eu de tout temps une fascination pour la médecine. J’ai du mal à savoir à quand cela remonte, mais à l’époque de ma voiture à pédales les secours d’urgence étaient un de mes tout premiers centres d’intérêt. Cela n’a étonné personne qu’à l’âge de neuf ans je décide de rejoindre la St John Ambulance Brigade. Faisant preuve d’une prévoyance remarquable, cette organisation avait eu l’idée géniale de proposer une formation aux jeunes enfants, garçons et filles, assurant ainsi la perpétuation de son patrimoine. Les réunions de la Brigade avaient lieu le jeudi soir et c’était le moment fort de ma semaine : nous nous retrouvions pour nos cours de premiers secours et pour pratiquer les techniques qu’on nous avait enseignées auparavant. Rétrospectivement, quarante ans après, je suis impressionné par la somme de choses qu’on m’a apprises à l’époque, alors que je n’étais qu’un enfant. Mais, pour moi, apprendre ne suffisait pas ; je voulais pratiquer ! Je me suis donc mis à soigner tous les enfants du quartier chaque fois qu’ils


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avaient un petit accident. Je sais que ça paraî�t bizarre aujourd’hui, mais si j’apprenais que quelqu’un s’était blessé, je sautais dans ma voiture à pédales pour me rendre sur les lieux, je sortais ma trousse de premiers secours et je le soignais. Ma petite voiture faisait office de mini-ambulance officieuse. Pour finir, même le médecin du quartier a entendu parler de mes compétences de secouriste et m’a félicité pour ce que je faisais !

La formation spirituelle

J’ai passé le plus clair de mes années de formation à absorber des informations comme une éponge. Tandis que les autres garçons passaient leur temps dehors à jouer au foot, je me faisais un devoir d’accumuler les connaissances, assimilant une quantité équivalente d’informations sur le plan médical et spirituel. Je me souviens qu’un des premiers livres qu’on m’ait lu était La guerre sainte de John Bunyan, ouvrage qu’il écrivit en 1682 alors qu’il effectuait une peine de douze ans de prison pour avoir prêché sans autorisation. Effectivement, mon vécu était très différent de celui de la plupart des enfants. J’ai aussi le souvenir qu’on m’ait inculqué des choses qui étaient au fond des concepts théologiques complexes, de sorte qu’à l’âge de six ans j’étais déjà capable d’énoncer les cinq points du calvinisme en m’aidant de l’acronyme TULIP : Total Depravity [La corruption totale] Unconditional Election [L’élection inconditionnelle] Limited Atonement [L’expiation limitée ou rédemption    particulière] Irresistible Grace [La grâce irrésistible] Perseverance of the Saints [La persévérance des saints]

Et je ne me contentais pas de répéter cette liste comme un perroquet : j’étais bel et bien capable d’expliquer ce que signifiait chaque point.

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Les dimanches étaient un mélange de traditions spirituelles. Le matin, toute la famille se rendait dans une assemblée affiliée aux baptistes stricts, où nous assistions d’abord ensemble à l’école du dimanche, puis au culte du matin. Puis nous nous hâtions de rentrer à la maison pour le déjeuner dominical, avant de repartir à la grande église des Assemblées de Dieu du quartier pour aller assister à leur séance d’école du dimanche organisée l’après-midi. Nous emportions un goûter afin de pouvoir enchaî�ner sur place avec le culte du soir. Pour ajouter encore une dimension supplémentaire à mon éducation spirituelle, il se trouve que mon père avait une conception de la foi empreinte d’un philosémitisme inhabituel, si bien qu’il m’a enseigné non seulement le christianisme, mais aussi le judaï�sme. Il m’a montré que le judaï�sme était en réalité le fondement de la foi chrétienne. J’ai également pris conscience des fléaux de l’antisémitisme et découvert l’Holocauste. Notre famille habitait un quartier de Londres fréquenté traditionnellement par les juifs, de sorte qu’il s’y trouvait un des plus grands cimetières juifs. Jeune garçon, je prenais très au sérieux la question de l’antisémitisme ; bien que n’ayant jamais été témoin d’actes de vandalisme perpétrés contre ce cimetière, j’avais conscience que cela pouvait arriver et je m’y rendais donc régulièrement pour « monter la garde » devant le portail. Alors que les enfants de mon âge lisaient The Beano ou The Dandy1, je passais mon temps plongé dans des ouvrages sur le judaï�sme et la médecine. À� l’âge de dix ans, mes principales lectures étaient A Jewish Theology, par le rabbin Louis Jacobs2, et Introduction à la chirurgie. Parallèlement, je lisais de nombreux ouvrages complémentaires, passant des heures à la bibliothèque du quartier à essayer de trouver les bons livres à emporter chez moi pour les dévorer.

1  The Beano et The Dandy sont deux bandes dessinées britanniques pour enfants publiées à partir de la fin des années 1930 (et jusqu’en 2012 pour la deuxième).

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2  Publié par Behrman House Publishing, 1973.


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Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

Je me souviens du jour où, à l’école, notre professeur principal nous a annoncé que nous devions tous réfléchir à ce que nous voulions faire plus tard. Alors que bon nombre de mes camarades n’avaient pas la moindre idée de la profession qu’ils voulaient exercer, pour ma part je l’avais toujours su très clairement, même si c’était plutôt original. Je désirais me consacrer à mes deux passions inséparables qu’étaient la théologie et la médecine. Et j’en savais même suffisamment à propos de cette dernière pour avoir identifié un domaine d’intérêt spécifique : l’anesthésiologie. Je voulais être à la fois prêtre et anesthésiste, et c’est ce que j’ai indiqué à mon professeur. On m’a répondu que je pouvais faire l’un ou l’autre, mais pas les deux. J’ai eu une conversation analogue avec mes parents. Cette fois, on m’a indiqué que je pourrais étudier la médecine si je le souhaitais, mais que je ne pourrais pas être « prêtre » puisque j’étais de l’É� glise baptiste stricte où il n’y avait pas de prêtres. Mais rien de tout cela ne me dissuada. J’avais le sentiment que Dieu m’adressait ce double appel et que, d’une façon ou d’une autre, Jésus m’aiderait à faire tout ce que j’étais censé accomplir dans ma vie. À� cette époque, j’ai développé une amitié inattendue avec quelqu’un qui allait avoir une influence profonde sur ma formation spirituelle et contribuer à me placer sur le chemin qui me permettrait de devenir prêtre. Dans la même rue que nous vivait une vieille dame qui était alitée. Personne ne l’avait jamais vue, mais on entendait souvent parler de « Mlle Davis », notamment par sa sœur, qui habitait juste à côté de chez nous. Un jour, j’ai demandé à notre voisine si j’avais le droit d’aller voir sa sœur, Mlle Davis. Elle m’a assuré que celle-ci serait ravie de faire ma connaissance et, le jour même, j’ai été invité à me rendre chez elle. Nous sommes immédiatement devenus de grands amis et, à partir de ce jour-là, Mlle Davis est devenue pour moi « tante Hilda ».

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Je lui rendais visite quasiment tous les jours et j’ai découvert que sa foi en Jésus et son amour pour lui étaient extrêmement profonds. Nous priions ensemble à propos de toutes sortes de choses ; c’était une dame vraiment exceptionnelle. Il y avait juste un problème : tante Hilda n’était pas baptiste, ni même pentecôtiste ; elle était membre de l’É� glise anglicane. Et malheureusement, dans les milieux baptiste/pentecôtiste dans lesquels j’évoluais au cours des années 1970, les anglicans n’étaient même pas considérés comme de « vrais » chrétiens. Toujours est-il qu’il ne faisait pour moi aucun doute que j’étais en présence d’une dame qui avait une foi authentique, qui connaissait Dieu et qui l’aimait profondément. Comme tante Hilda ne pouvait pas sortir de chez elle en raison de son état de santé, le prêtre de sa paroisse lui rendait visite chaque semaine pour lui donner la communion. Ce même prêtre venait aussi dans notre école toutes les semaines. Il a eu tôt fait de m’inviter à l’É� glise de tante Hilda, et comme j’étais très curieux de voir comment ça pouvait être, j’ai demandé la permission à mes parents et organisé la chose. Le jour J, j’ai pénétré dans un monde complètement nouveau : une É� glise telle que je n’en avais jamais connu jusque-là. Je découvrais toute la liturgie anglo-catholique avec ses rites et ses sacrements ! Pour le jeune garçon de dix ans que j’étais, c’était un peu comme entr’apercevoir ce que j’imaginais être le ciel et j’en suis aussitôt tombé amoureux. En conséquence, mes activités ecclésiales allaient s’en trouver nettement plus compliquées, avec mes dimanches passés à courir d’une É� glise à l’autre. Ma journée démarrait chez les anglicans à 7 h du matin, puis je fonçais à l’É� glise baptiste stricte afin d’arriver à temps pour le culte, et je terminais par le culte des Assemblées de Dieu. C’était un véritable choc des cultures ecclésiales, mais j’étais attiré par le modèle d’É� glise anglican et je me suis mis à fréquenter de plus en plus assidûment les offices de l’É� glise de tante Hilda. Tous les jours après la classe, je me dépêchais de sortir pour arriver


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à l’église à temps pour l’office du soir, qui se déroulait conformément à la liturgie de l’édition de 1662 du Book of Common Prayer, le missel de l’É� glise anglicane. Le samedi, j’allais également à l’É� glise anglicane pour assister à l’office où était célébrée la communion. Au bout d’un moment, on m’a proposé de devenir servant. J’étais ravi d’accomplir cette tâche et j’aimais beaucoup revêtir l’aube. Je me souviens d’un dimanche matin où je me rendais à l’église en compagnie du prêtre ; comme j’énumérais tous les offices auxquels j’allais assister ce jour-là, il m’a demandé : « Dis-moi, tout ce temps passé à l’É� glise, ça ne te donne pas une indigestion ? » Je reconnais que c’était étrange, mais cela me procurait énormément de plaisir.

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