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Plongeon bleu (Ed. Favre, 2026) - EXTRAIT

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La nuit, je cours. L’hiver, je nage dans les eaux glacées du lac ­d ’Annecy. Dans le froid, ma souffrance devient nette, presque supportable. Pendant quelques minutes, je reprends le contrôle.

« Si ce livre a une utilité, j’aimerais qu’elle soit là : aider quelqu’un, femme ou homme, à reconnaître l’eau glacée et à croire qu’une rive existe. Même quand on ne la voit pas encore. »

Longtemps, j’ai cru fermement que tout venait de moi. Jusqu’au jour où une fissure est apparue. Entourée d’amitiés sincères, j’entreprends le long chemin vers la vérité, la liberté et la résilience. En revisitant mon enfance, ma foi, mon couple et les silences qui ont structuré ma vie, je découvre enfin ce que je n’avais jamais su nommer : l’emprise, les sévices psychologiques et la violence conjugale. Certaines violences ne laissent aucune trace visible… mais elles transforment une vie entière. Pourtant, même dans les eaux les plus froides, il existe un instant où le corps choisit de ne plus sombrer. Et puis, quelque chose cède – et l’on commence, sans le comprendre tout de suite, à remonter. Ce récit sincère et bouleversant a pour but d’aider toutes les personnes victimes d’emprise, en leur montrant qu’une autre voie existe et en les encourageant à se relever. Avec une préface de Claudia Colombani, créatrice du « Self Love Project ». Jeanne Auclert est le pseudonyme d’une femme issue d’une famille très nombreuse profondément marquée par la tradition catholique. ISBN 978-2-8289-2368-6

Prix : 12 € 9 782828 923686

Jeanne Auclert

PLONGEON BLEU « Je regarde l’eau. Le froid.

PLONGEON BLEU

À première vue, j’ai tout : une famille, quatre enfants, une carrière ­accomplie, une vie stable et ordonnée. Pourtant, derrière cette apparente réussite, une tristesse sourde s’est intensifiée au fil des années, comme une ombre qui ne me quitte jamais.

Jeanne Auclert

« Je plonge dans l’eau glacée pour faire taire le hurlement en moi. Quelques minutes de froid pour survivre un jour de plus. »

La vérité qui remonte lentement à la surface.

Un récit qui libère de l’emprise

Je ne le sais pas encore, pas complètement. Mais ce jour-là, au bord du lac, quelque chose commence à s’ouvrir en moi. Une porte minuscule, fragile, mais réelle. »


Jeanne Auclert

Plongeon bleu


Éditions Favre SA 29, rue de Bourg CH-1003 Lausanne Tél. : (+41) 021 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com Groupe Libella, Paris Distribution/importation France, Belgique, Canada : Interforum, 92 avenue de France, F-75013 Paris contact.clientele@interforum.fr Distribution Suisse : Office du livre de Fribourg, route André Piller, CH-1720 Corminbœuf Dépôt légal : septembre 2026 Rang : 01 Imprimé en Bulgarie par Flex Print Ink Tous droits réservés pour tous pays. Sauf autorisation expresse, toute reproduction de ce livre, même partielle, par tous procédés, est interdite. Image de couverture : Oleh_Slobodeniuk/iStock Mise en pages : SIR ISBN : 978-2-8289-2368-6 © 2026, Éditions Favre SA, Lausanne, Suisse Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien structurel de l’Office fédéral de la culture pour les années 2026-2028. Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien de la Ville de Lausanne pour les années 2026-2028.


PRÉFACE Claudia Colombani

« Elle n’a qu’à partir. » C’est la phrase que j’entends souvent. Dans les dîners, dans les cabinets, dans les couloirs. Dite avec une certitude tranquille, parfois même avec une pointe d’impatience. Puisque la femme victime se sait victime, pourquoi ne prendrait-elle pas la décision de partir ? Tourner les talons. Laisser derrière soi une vie entière. Les enfants sous le bras, s’ils sont là. Comme si tout cela n’était qu’une question de courage qu’on convoque un matin et qu’on applique sans sourciller. Comme si l’emprise n’avait pas, depuis des mois ou des années, infiltré ses pensées, ses joies, le goût de son plat préféré, le regard qu’elle porte sur elle-même. « Elle n’a qu’à partir. » 5


Plongeon bleu

Il faut mal comprendre les mécanismes de l’emprise pour croire qu’il s’agit d’une question de volonté. L’emprise ne frappe pas au hasard. Elle choisit, et elle construit, lentement, silencieusement, à partir de ce qui est déjà là : une enfance où les frontières n’existaient pas, une éducation qui a appris la soumission avant l’affirmation de soi, une foi ou une culture qui a sacré le couple au détriment de la femme qui le porte. Elle s’installe dans ces failles-là. Et une fois installée, elle réécrit la réalité de l’intérieur. C’est exactement ce que raconte Jeanne dans ce livre. J’accompagne des femmes dans leur vie amoureuse depuis des années. Et ce que je lis dans ces pages, je le reconnais. Cette douleur physique qui s’installe dans la poitrine sans qu’on puisse lui donner de nom. Cette fatigue qui ne cède qu’à l’effort extrême. Cette voix intérieure qui dit quelque chose ne va pas, et cette autre voix, plus forte, qui répond c’est toi le problème. Jeanne met des mots sur ce que beaucoup de femmes que je reçois ne savent pas encore nommer. Et c’est précisément la force de ce texte : il ne part pas de la violence. Il part de l’intérieur d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle en est victime.

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Préface

En France, près d’1,4 million de femmes seraient concernées par les violences conjugales chaque année, en tenant compte de celles qui ne portent jamais plainte, c’est-à-dire la grande majorité. Ce ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont vos amies, vos sœurs, vos collègues, vos filles. Des femmes de tous les milieux, de tous les âges, de toutes les vies, qui cochent les cases du dehors pendant qu’elles s’effondrent au dedans. « Elle n’a qu’à partir. » Cette phrase accuse sans le savoir. Elle fait porter à la victime le poids entier de ce qu’elle endure, en oubliant que sortir de l’emprise n’est pas un acte de volonté, c’est un processus. Lent, non linéaire, souvent douloureux. Il commence parfois par une phrase d’une amie au détour d’un dîner. Par une professionnelle de santé qui pose enfin la bonne question. Par la décision de noter, noir sur blanc, ce qu’on a vécu, pour ne plus laisser la réalité se faire réécrire. C’est ce chemin que Jeanne retrace ici, avec une honnêteté qui m’a marquée. Ce livre s’adresse à celles qui se reconnaîtront dans ces pages, et qui y trouveront peut-être la première fissure dans le mur. 7


Plongeon bleu

Mais il s’adresse aussi à celles et ceux qui ont la chance de ne pas y avoir mis les pieds : pour qu’ils comprennent enfin ce qui se joue, et qu’ils sachent accompagner, sans juger, celles qui croiseront un jour leur route. Parce que sortir de l’eau, comme l’écrit Jeanne, ça commence souvent par une seule chose : quelqu’un qui vous croit. Puisse ce livre être cette main tendue. Claudia Colombani est coach certifiée en estime de soi et relations amoureuses. Elle crée « Self Love Project » en 2018. Depuis plusieurs années, elle accompagne de nombreuses personnes au travers de coachings collectifs ou individuels et d’ateliers en ligne. Elle offre un rayonnement à ses messages à travers différents médias dont Instagram (@selfloveprojectfr) et un podcast ((R)­évolution : aimer en conscience), permettant à des milliers de personnes de questionner leur rapport à l’autre dans la relation amoureuse et à mieux se comprendre.

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Chapitre 1 GLACIAL Janvier 2022 Il est vingt et une heures, un soir ordinaire de janvier 2022, et Annecy s’enveloppe d’un froid qui ressemble à un verdict. L’air sur les quais mord la peau comme un rappel. Un rappel de quoi, je ne sais pas encore. Peut-être de ce qui s’effrite en moi depuis si longtemps, sans jamais dire son nom. Je referme doucement la porte de l’appartement. Après m’être assurée qu’Alban dormait déjà profondément, j’ai passé la demi-heure rituelle au chevet de mes deux plus petits. La main de Gauthier – deux ans à peine – agrippée à la mienne jusqu’à ce que son souffle devienne régulier. Augustin à côté, son visage encore rond d’enfant, qui pèse contre mon bras. J’attends chaque soir que leurs paupières se ferment complètement. Ensuite j’ai un peu de temps pour moi. 9


Plongeon bleu

Ce moment est mon seul vrai refuge, la seule clarté de la journée. Mon mari travaille dans le salon, absorbé comme toujours. L’air sérieux, tendu vers un écran qui me semble plus exigeant que n’importe lequel d’entre nous. Je dis au revoir et que je reviens dans une heure, il ne remarque pas que je pars ; ou alors il fait semblant. Peu importe. Je vole une heure. Juste une. Une échappée minuscule pour empêcher ma poitrine de se fendre. Je descends les escaliers quatre à quatre. Une bourrasque me prend immédiatement sous le coupe-vent. Je cours vers le lac. Les premières foulées sont un arrachement. Mes jambes sont lourdes, engluées. Je devrais m’arrêter, ou dormir, ou disparaître – je ne sais pas. Mais je continue. La cadence me prend peu à peu. Le souffle devient un tambour irrégulier qui cogne plus vite que mon cœur. Dans la nuit, le lac est une encre vivante. Une masse sombre qui boit les lumières des quais et les recrache en frémissements bleus. Sous les réverbères, pourtant, l’eau garde une transparence claire, presque surnaturelle. Comme si quelque chose au fond 10


Glacial

refusait de s’assombrir. Ce bleu m’apaise. Ou m’aspire. Je ne saurais dire. Je cours et une scène me traverse, sans prévenir, comme une lame. Quelques mois plus tôt. Maternité. J’étais enceinte de mon Augustin. J’avais trente ans. Une sage-femme au visage doux m’avait accueillie par un simple : « Bonjour, Jeanne… Comment allez-vous aujourd’hui ? » Et là, comme chaque fois, les larmes avaient jailli. Incontrôlables. Ridicules. Déplacées. Je peux sentir, en courant dans le froid, le poids exact qui m’avait écrasé ce jour-là. Le même qui m’écrase maintenant. Ce n’était pas du baby-blues. Je le savais. Cette ombre, une tristesse qui me fait mal physiquement, collée à moi depuis plus de quinze ans, portait un autre nom que je ne connaissais pas encore. Je ne connais que sa présence. Physique. Tangiblement physique. Une douleur dans la poitrine, comme si un poing s’y refermait et ne lâchait jamais.

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Plongeon bleu

Je traverse le pont et l’église Saint-Pierre émerge au loin, son clocher carré comme un bloc immobile, indifférent à mes tempêtes. J’ai fait tout ce qu’on m’a dit de faire. Coché chaque case du bonheur promis. Un mariage attendu. Une vie droite. Une fidélité ascétique avant et après le mariage. Une existence tendue vers le Bien, le Grand B, celui dont on m’a parlé depuis que j’ai quatre ans. Le bonheur est garanti par la discipline. Le cadre qui protège. La pureté qui sauve. J’y ai cru. J’y crois encore – ou j’essaie. Je ne sais plus. Deux adolescents s’embrassent sur les quais, leurs silhouettes collées contre le vent. Je ralentis. Mon souffle forme une buée dense. Je sens remonter – non, remuer – tout ce que j’ai intégré comme des évidences. L’attente du mariage. Le dialogue des âmes avant celui des corps. L’amour sacralisé par un engagement unique. La promesse d’un bonheur solide, d’une paix durable, si je respecte les règles, toutes les règles. J’ai tout respecté. 12


Glacial

Je n’ai jamais bu, jamais fumé, jamais percé mes oreilles. Je me suis tenue droite, pudique, rangée. Mon corps comme un présent confié par Dieu. La messe tous les dimanches. Les prières quotidiennes. Le temps spirituel impeccable. J’ai suivi le parcours tel qu’on me l’a tracé. Sans déborder. Sans faillir. Je cours plus vite. Mon souffle se déchire. Je longe les façades claires de l’avenue d’Albigny, ces architectures solides qui semblent tenir debout sans effort. Je voudrais en faire autant. Mon métier ? Reconnu ; études brillantes et école d’ingénieur prestigieuse. Mon couple ? Stable. Mes enfants ? Aimés de tout mon cœur, comme je peux les aimer, malgré la fatigue. Mes activités ? Cyclisme, course longue distance, natation. Je coche, je coche, je coche. Et pourtant. La pensée noire revient – la même, tous les jours, depuis des années : ce serait tellement mieux si je n’étais plus là. Pour moi. Pour tout le monde.

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TABLE DES MATIÈRES Préface................................................................

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Chapitre 1 – Glacial............................................

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Chapitre 2 – Bleu de froid...................................

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Chapitre 3 – Premier contre-courant...................

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Chapitre 4 – Vague saisissante.............................

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Chapitre 5 – La plage..........................................

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Chapitre 6 – Sous la surface................................

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Chapitre 7 – Le glacier........................................

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Chapitre 8 – Le tsunami.....................................

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Chapitre 9 – La rive nouvelle..............................

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Épilogue – Apprendre à sortir de l’eau.................

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Regard d’une amie.............................................. 105 Avez-vous besoin d’aide ?..................................... 109

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Vous venez de consulter un EXTRAIT d’un livre paru aux Éditions Favre Tous droits réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par tous procédés, y compris la photocopie, est interdite. Éditions Favre SA Siège social : 29, rue de Bourg – CH–1003 Lausanne Tél. : +41 (0)21 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com


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Plongeon bleu (Ed. Favre, 2026) - EXTRAIT by editionsfavre - Issuu