Olivier May
Les chiens suisses
Histoire, races et complicité
Saint-bernard • Bouvier bernois • Bouvier d’Appenzell Bouvier de l’Entlebuch • Grand bouvier • Berger blanc Chien courant • Petit Chien courant • Continental Bulldog
Éditions Favre SA 29, rue de Bourg CH-1003 Lausanne Tél. : (+41) 021 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com Groupe Libella, Paris Distribution/importation France, Belgique, Canada : Interforum 92 Avenue de France F-75013 Paris contact.clientele@interforum.fr Distribution Suisse : Office du livre de Fribourg Route André Piller CH-1720 Corminoeuf Dépôt légal : août 2026 Imprimé par Flex, lot 1 Tous droits réservés pour tous pays. Sauf autorisation expresse, toute reproduction de ce livre, même partielle, par tous procédés, est interdite. Mise en page : SIR Crédits photographiques : sauf mentions expresses, Adobe Stock, Alamy, Pexels, Unsplash, Wikimedia Commons ISBN : 978-2-8289-2365-5 © 2026, Éditions Favre SA, Lausanne, Suisse
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Olivier May
Les chiens suisses
Histoire, races et complicité
À mon épouse Rosalba, qui m’a convaincu de partager notre vie avec notre malinois Seth, puis avec notre malinoise Freyja
Bouvier bernois. Peinture d’Yvonne Zbinden
SOMMAIRE Au commencement était le loup...............................
14
Les premiers chiens............................................................
30
Sélection et spécialisation...............................................
46
Les chiens helvétiques en neuf races......................
68
Le chien dans la culture suisse et l’imaginaire national......................................................
100
Le cadre légal en Suisse...................................................
120
Sélection, élevage et éducation..................................
126
Un compagnon de vie.......................................................
148
La face sombre.......................................................................
158
Liste des clubs des races suisses................................
170
Moi et mon chien en voyage : vade-mecum de l’hébergement en vacances..........................................
171
Bibliographie...........................................................................
176
Bouviers de l’Entlebuch © SKES
Introduction De qui le chien est-il l’animal emblématique ? À l’instar de la vache pour la Suisse, du lama pour le Pérou ou du cochon sauvage pour la Corse, ce canidé domestique n’a-t-il pas lui aussi une patrie d’élection ? La réponse est sans conteste oui, mais elle n’est pas circonscrite par la géographie. Ni par le climat, la latitude et encore moins par des frontières nationales. Du Husky arctique au Basenji africain, en passant par le Dogue argentin ou le Berger australien, le chien n’obéit qu’à une seule loi : là où est l’homme est sa patrie. En d’autres termes, sa patrie n’est pas la planète, c’est l’humanité elle-même. Certes, nous verrons qu’il peut survivre en notre absence, en solitaire, ou se réunir en meute avec des congénères sans maître pour mieux survivre en mutualisant les risques d’un retour au sauvage. Mais en recouvrant sa liberté, n’abandonne-t-il pas ce qui fait son essence canine, ce lien mystérieux et unique qui le lie à notre espèce ?
Si cet animal, plus proche de nous qu’aucun autre, est aussi apte à cohabiter avec nous, quelles que soient l’époque, la société, les coutumes, le climat ou le niveau de développement, que dit-il de notre humanité ? Que lui doitelle ? Qu’a-t-elle appris de ce premier animal qu’elle a domestiqué, bien avant les suivants, vaches, chèvres, cochons et moutons, au cours de ce compagnonnage plurimillénaire ? Depuis qu’à peine sorti de son état sauvage, il gardait, fidèle et vigilant, nos campements et abris sous roche de l’ère glaciaire, et jusqu’à notre époque contemporaine, où nous organisons des concours de beauté à son intention, 450 générations, au minimum, se sont succédé dans notre espèce. Dans le même temps, pour notre compagnon, elles sont plus de 15 000 à s’être empilées ! Car le temps du chien n’est pas celui de l’Humain, et qui a fait l’expérience de sa perte, parfois renouvelée plusieurs fois au cours d’une vie, en ressort transformé.
Introduction 9
Comme si cette distorsion symbolisait à elle seule la brièveté et la finitude de l’existence, tout comme la relativité de sa durée. Le lien peut être si fort qu’il rejoint parfois celui qu’on tisse avec les membres de sa famille. Pourtant, au commencement était le loup. Puis il s’est approché lui-même de nos foyers qui éclairaient la nuit glaciale, évitant flèches et sagaies jusqu’à ce que nous tolérions sa présence. Enfin, un jour, nous l’avons accueilli près du feu, déjà transformé par cette longue approche, à l’entrée d’une grotte ou devant une tente de peau de renne. Sans doute pour nous protéger de la redoutable faune de l’époque glaciaire, ou pour nous faciliter la chasse.
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Depuis, nous le sélectionnons en fonction de nos besoins et nous l’avons transformé, tant au niveau physique que psychique, ou comportemental, en créant des races distinctes. De là, une nouvelle question surgit : si nous sommes bien son démiurge et l’initiateur de ses métamorphoses, ne nous a-t-il pas lui aussi ouvert un horizon qui, sans lui, nous serait resté inatteignable ? En d’autres termes, le chien et l’Humain n’ont-ils pas vécu jusqu’à récemment, du temps long de la préhistoire à celui de l’histoire, dans un processus de coévolution ? L’un n’a-t-il pas transformé l’autre et vice versa par le truchement de cette relation unique entre deux espèces aux origines si différentes ? Dans
ce déroulement complexe, y a-t-il eu simple exploitation de l’animal par l’Humain, un classique de la domestication, ou alliance à bénéfices mutuels ? Cette question est l’une de celles qui sous-tendent cet ouvrage, que nous allons explorer par le récit des origines du chien, tel que les récentes recherches archéologiques et génétiques nous permettent de l’écrire. Au-delà de l’histoire de l’animal et de ses ancêtres, de ses usages par les humains et de ses représentations dans la culture, nous chercherons à attester de ce lien particulier, de cette évolution commune, des aléas de la sélection à sa place dans le monde contemporain. Nous évoquerons
les débats scientifiques, éthiques, éthologiques et éducatifs actuels sur sa place à nos côtés comme compagnon de vie et auxiliaire indispensable dans bien des domaines allant de l’élevage à la recherche forensique, en passant par l’aide en cas de catastrophe. Au pays de Barry, à tout seigneur tout honneur, ce livre étant avant tout dédié au public helvétique et à un lectorat intéressé par notre pays, il offrira une vitrine centrale aux races suisses, à leurs usages traditionnels et aux représentations du chien dans notre imaginaire national.
Introduction 11
Grand Bouvier
Au commencement était le loup Bien avant l’apparition du chien, les canidés parcouraient déjà la planète depuis des millions d’années. Ce chapitre retrace l’étonnante histoire évolutive de cette grande famille animale, des premiers carnivores aux ancêtres du loup moderne.
Entre chien et loup Désigne le crépuscule, lorsque les chiens rentrent ou se terrent, avant que les loups sortent.
Reconstitution d’un loup sinistre ayant vécu durant le Pleistocène et l’Holocène
1 Les Canidés, une vieille et grande famille Il y a 66 millions d’années, un astéroïde géant provoque la dernière grande extinction sur Terre. Les trois quarts des espèces animales et végétales disparaissent. Les dinosaures s’éteignent. Leur disparition offre une extraordinaire opportunité aux mammifères, qui se montraient discrets jusqu’alors, d’occuper les niches écologiques laissées par ces reptiles. Profitant de certaines mutations provoquant leur évolution rapide dans ce nouveau monde, ils se diversifient en plusieurs branches. La période géologique qui suit la catastrophe, nommée Paléocène, voit une première famille se distinguer, les Myacidés, ancêtres des mammifères de l’ordre
Carnivora. On les appellera plus commodément Carnivores, bien qu’il existe d’autres animaux dont le régime est carnivore, mais qui ne sont pas des mammifères carnivores. Les Carnivores se distinguent par la puissance de leurs molaires et prémolaires capables de broyer les os de leurs proies. Il y a 40 millions d’années, on retrouve plusieurs familles de carnivores très diverses, comme aujourd’hui les Canidés, les Félidés, les Pinnipèdes ou les Ursidés. Mais contrairement aux précitées, la grande majorité d’entre elles sont éteintes depuis longtemps. Les paléontologues retrouvent la trace des origines des Canidés, qui nous intéressent, dans des
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gisements fossiles des plaines de l’Amérique du Nord. Ils commencent à se distinguer des autres carnivores à la période suivant le Paléocène, l’Eocène, qui s’étend d’il y a 56 millions à 33 millions d’années. En quelques millions d’années, ils se séparent en trois familles : les Hespérocyoninés, les Borophaginés et les Caninés. Les premiers sont d’abord des petits animaux arboricoles qui marchent sur la moitié de leur voûte plantaire, et pas encore sur les doigts, comme les Canidés actuels. Leurs dents montrent un régime mixte, principalement carnivore, mais ouvert aux végétaux. Cette famille doit son nom à une espèce qui est l’ancêtre des deux autres familles : l’Hespérocyon. Sa particularité ? S’il marche déjà sur les doigts, il en a encore cinq, contrairement au loup et au chien actuel ! Durant plus de 30 millions d’années, toujours en Amérique du Nord, cette famille se développe en une multitude d’espèces aujourd’hui disparues aux cours des périodes géologiques suivantes. La seconde famille – les Borophaginés – leur survivra, se développant à son tour pendant 30 millions d’années, avant de disparaître voilà 3 millions d’années. Elle donnera de grandes
espèces, qui se déploieront dans toute l’Amérique du Nord et dont la denture montre l’aptitude à broyer des os. La troisième famille, les Caninés, émerge il y a 32 millions d’années. Ils cohabitent avec les représentants des deux autres familles, en se diversifiant en de nombreuses espèces, toujours en Amérique du Nord, jusqu’à la disparition de leurs derniers concurrents il y a 3 millions d’années. Pour leur part, dès il y a 5 millions d’années, ils vont entreprendre un grand voyage et coloniser presque toute la planète. Lorsque la Terre se refroidit, les glaciations se succèdent et lorsque le niveau de la mer est très bas, à cause de l’eau stockée dans les immenses glaciers continentaux, un pont terrestre relie l’Amérique à l’Eurasie. C’est la Béringie, bande de terre située en lieu et place du détroit de Béring. Les Caninés de l’époque s’y engouffrent et, au gré de leurs migrations, se répartissent les différentes niches écologiques qui, de la jungle au désert en passant par la zone tempérée, s’offrent à eux. Certains d’entre eux, une fois transformés dans leur nouveau milieu, au gré des mutations génétiques, refont le chemin inverse et rejoignent l’Amérique du Nord par la Béringie.
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