Manuel de l’élève 4e secondaire
histoire du QuEbec et du Canada DE 1840 à nos jours
Extrait Version provisoire
Julie Charette Catherine Déry Gaëtan Jean Sabrina N. Fortier Louis-Pascal Rousseau
parution manuel complet : juillet 2017
composantes de la collection périodes Conçu selon le programme de formation Histoire du Québec et du Canada de 4e secondaire, cet ensemble didactique propose un contenu accessible enrichi d’une offre numérique innovante qui le met en valeur. Manuel de l’élève : Formats papier et numérique Guide d’enseignement : Formats papier et numérique • Quatre reliures à anneaux qui
contiennent : – les ressources reproductibles : • Cahier de bord • Analyse de documents • Activités supplémentaires • Cartes muettes • Évaluations • Quatre reliures spiralées contenant les Notes pédagogiques, soit une par période
Suppléments numériques : • Ligne du temps personnalisable • Afficheurs d’images haute définition • Carrousels d’images • Cartes interactives, certaines avec
animation • Comparateurs d’images et de cartes • Documents interactifs • Info + • Exercices interactifs • Hyperliens donnant accès à
des contenus multimédias, comme des vidéos
II
Table des
matières Mode d’emploi ....................................................................................................................................... XI t • inc
sl an ’e
lus d
rappel
...............................................................................................................................
1
Des origines à 1840 : Vue d’ensemble des périodes de 3e secondaire.................................................. 2 1830 à 1840 : Les luttes politiques et les affrontements armés ........................................................... 4
xtrai
1840-1896
t • inc
sl an ’e
lus d
La formation du régime fédéral canadien
....................................................................
6
1840 à 1848
De l’Acte
d’Union au gouvernement responsable
Un mariage forcé .........................................
12 Le contexte sociopolitique et économique.... 12 L’Acte d’Union 4 constitution .............................. 14 e
Progrès et mouvements sous l’Union ......
16
L’adoption du libre-échange par le Royaume-Uni ................................. 16 Les principales activités économiques .......... 17 Le développement des transports ................. 18 L’immigration transatlantique........................ 20 Les Premières Nations ................................... 21
............................................................. 10
La foi et la nation..........................................
22 La présence de l’Église catholique ................ 22 Deux idéologies opposées .............................. 24 Le nationalisme de survivance....................... 26
S’allier pour une cause commune............
28 L’alliance des réformistes............................... 28 La lutte pour le gouvernement responsable..... 30 Temps d’arrêt J’explique...................... 32
xtrai
III 1848 à 1864
Industrialisation et instabilité
politique
L’industrie en marche ................................. La première phase d’industrialisation ........... L’essor des chemins de fer............................. Le traité de réciprocité................................... Les bouleversements de l’agriculture............
36 36 40 41 42
Ça chauffe ! ...................................................
44 Le gouvernement de Baldwin-Lafontaine ..... 44
.......................................................................... 34 La colère des marchands de Montréal........... 46 L’éducation et l’expression de l’identité canadienne-française ............................... 47
Impasse au Parlement ...............................
48 Des partis politiques divisés .......................... 48 L’instabilité ministérielle ................................ 50 Temps d’arrêt Je décris........................ 52
1864 à 1873
Naissance de la fédération
canadienne
Vers la Confédération .................................. Des problèmes politiques et économiques.... La Grande Coalition de 1864.......................... Le projet d’union fédérale .............................. Les débats et l’adhésion des provinces .........
56 56 58 60 62
Le Canada prend son envol ........................
64
L’Acte de l’Amérique du Nord 5 constitution ............................. 64 britannique
............................................................................. 54 La structure du fédéralisme canadien........... 66
D’un océan à l’autre......................................
68 Les ambitions canadiennes à l’ouest .............. 68 Le premier soulèvement des Métis................ 70 Trois nouvelles provinces............................... 71 Temps d’arrêt J’explique ..................... 72
e
1873 à 1896
Les défis du Dominion du Canada
......................................................................................... 74
Vers l’ouest ! .................................................
76 La Politique nationale..................................... 76 La Loi sur les Indiens...................................... 78
L’exode : un choix difficile ..........................
80 Les progrès et les difficultés de l’agriculture 80 La migration vers les villes ............................. 82 L’émigration vers les États-Unis .................... 84 L’ouverture de régions de colonisation ......... 86
Les germes de la colère .............................. L’urbanisation et les conditions de vie .......... Les conditions de travail ................................ L’essor des syndicats...................................... L’intervention de l’État ..................................
88 88 90 92 94
Influences et identités...............................
96 La suprématie de l’Église catholique............. 96 La question de l’enseignement....................... 97 La voix des femmes ........................................ 98 Des manifestations socioculturelles .............. 100
Le fédéralisme ébranlé............................... 102 Le principe de l’autonomie provinciale.......... 102 Le deuxième soulèvement des Métis............. 104 Le gouvernement autonomiste d’Honoré Mercier ..................................... 106 Temps d’arrêt Je décris ........................ 108
Temps d’arrêt J’interprète la réalité sociale.......................................................................... 110
Synthèse
......................................................................................................................................... 112 J’étudie.................................................................................................................................................. 112 L’histoire en BD................................................................................................................................... 114 L’histoire à suivre… ........................................................................................................................... 115
IV
1896-1945
Les nationalismes et l’autonomie du Canada
....................................................................... 116
1896 à 1919
t • inc
sl an ’e
lus d
Le Canada à l’aube du 20e siècle
............................................................................................ 120
Sous l’ère libérale........................................ 122 Les libéraux au pouvoir.................................. 122 Le développement des transports et l’immigration ......................................... 124 Le début de la deuxième phase d’industrialisation..................................... 126
Le soleil ne se couche jamais sur l’Empire britannique ............................ 128 L’impérialisme britannique............................. 128 La guerre des Boers........................................ 130 Le nationalisme canadien-français ................ 132
Une société en ébullition............................ 134 L’omniprésence de l’Église catholique .......... 134 Le système d’éducation.................................. 136 Les revendications ouvrières ......................... 138 L’attrait du milieu urbain ............................... 140
L’Empire est en guerre : le Canada est en guerre !
.......................... 142 Les intérêts nationaux européens en 1914 ... 142 Le déclenchement de la Première Guerre mondiale....................................... 143 Le gouvernement de guerre .......................... 144 L’envoi du Corps expéditionnaire canadien.... 146
De l’impasse à la victoire ........................... 148 L’engagement des soldats canadiens............. La crise de la conscription ............................. L’effort de guerre............................................ La fin d’un long conflit....................................
148 150 152 154
Temps d’arrêt J’explique...................... 156
1919 à 1929
Prospérité et insouciance
....................................................................................................... 158
Une économie en transition ...................... 160
Sous la croix et le lys .................................. 176
Le mouvement ouvrier et syndical ................ 160 La deuxième phase industrielle bat son plein 162 Le milieu rural ................................................ 166
Une église catholique dominante................... 176 Le clérico-nationalisme .................................. 178 Les Premières Nations et le régime des pensionnats du Canada ..................... 180
Des années folles ! ...................................... 168 Une culture de masse ..................................... Le milieu urbain.............................................. Un renouveau artistique................................. Les luttes des femmes ....................................
168 170 172 174
Temps d’arrêt J’explique ..................... 182
xtrai
V 1929 à 1939
De la crise à la guerre.................................................................................................................. 184
Sombrer dans la Grande Dépression ...... 186 Le Krach de Wall Street de 1929 ................... 186 Le chômage et la misère................................. 188 Les mesures des gouvernements................... 190
Gérer la crise ............................................... 192 La remise en question du capitalisme ........... 192 La montée des régimes totalitaires en Europe ................................................. 194
La scène politique canadienne....................... 196 Les réactions de l’élite conservatrice au Québec ................................................. 198
« Le ciel est bleu ! » ...................................... 200 La prise du pouvoir par l’Union nationale ..... 200 Une politique conservatrice ........................... 202 Temps d’arrêt Je décris........................ 204
1939 à 1945
La Seconde Guerre mondiale
................................................................................................. 206
La marche à la guerre ................................ 208
L’ultime effort .............................................. 218
Le climat politique européen à la veille du conflit................................................... 208 Le déclenchement de la guerre...................... 210
L’industrie de guerre ...................................... L’engagement des femmes............................. La stratégie des Alliés..................................... La victoire des Alliés.......................................
Le Canada s’engage..................................... 212 Des gouvernements libéraux ......................... 212 Le déploiement des troupes canadiennes .... 214 Le plébiscite sur la conscription .................... 216
218 220 222 224
Temps d’arrêt Je décris........................ 226
Temps d’arrêt J’interprète la réalité sociale.......................................................................... 228
Synthèse
......................................................................................................................................... 230 J’étudie.................................................................................................................................................. 230 L’histoire en BD................................................................................................................................... 232 L’histoire à suivre… ........................................................................................................................... 233
VI
1945 -1980
LA modernisation du québec et la révolution tranquille
............................................... 234
1945 à 1960
Le Québec de l’après-guerre .................................................................................................. 238
La guerre, plus jamais ?.............................. 240 La création de l’Organisation des Nations unies ..................................... 240 Le plan Marshall.............................................. 241 Le début de la Guerre froide.......................... 242 Le mouvement de décolonisation .................. 244
Une prospérité sans précédent ................ 246 La relance économique................................... Le bébé-boum ................................................. Des nouveaux arrivants.................................. Le mode de vie à l’américaine........................
246 248 249 250
Une économie privée ................................... 252 Le contexte économique canadien ................ 252 Le libéralisme économique............................. 254
Le développement régional............................ 256 Les relations patronales-syndicales............... 258
Duplessis, le chef ! ...................................... 260 Les relations fédérales-provinciales............... 260 L’autonomie provinciale ................................. 262 Les pratiques électorales ................................ 263
Un Québec attaché à la religion ?.............. 264 La place de la religion dans la société ........... 264 Le conservatisme social et le cléricalisme..... 266 La contestation des milieux culturel et intellectuel ........................................... 268 Temps d’arrêt J’explique...................... 270
1960 à 1970
Révolution tranquille dans un Québec................................................................................... en effervescence 272
« C’est l’temps que ça change » ................. 274 La mise en place de l’État-providence........... 274 La réforme en éducation ................................ 276 La réforme en santé........................................ 278
« Maîtres chez nous ».................................. 280 Des politiques économiques............................. 280 Des politiques sociales...................................... 282 La naissance du mouvement indépendantiste. 284 La réforme des institutions démocratiques..... 286 La montée du mouvement féministe............... 287
« Le Québec d’abord » .................................. 288 Le retour de l’Union nationale ....................... 288 La poursuite de la réforme en éducation ...... 289 Le développement des infrastructures urbaines .................................................... 290
Une idée de réforme constitutionnelle.......... 291 Des nouvelles politiques d’immigration......... 292
« Soyons réalistes, demandons l’impossible ! »............................................... 294 Les luttes sociales aux États-Unis ................... 294 Les luttes sociales en France ........................... 296 L’affirmation des nations autochtones ............ 298
« Vive le Québec libre ! » .............................. 300 La création du Parti québécois ........................ 300 L’effervescence sociale au Québec .................. 302 L’effervescence culturelle au Québec ............. 304 La question linguistique.................................... 306 Temps d’arrêt J’explique...................... 308
VII 1970 à 1976
Le Québec en crise
...................................................................................................................... 310
Une année mouvementée ........................... 312
Une prospérité secouée.............................. 322
Le retour des libéraux..................................... 312 La crise d’Octobre........................................... 314
La crise du pétrole.......................................... 322 Le développement hydro-électrique ............. 324
Une société en ébullition ............................ 316
Des communautés fragilisées .................. 326
Les bouleversements syndicaux .................... 316 Le féminisme dans les années 1970............... 318 La société de consommation.......................... 320 L’accueil de réfugiés ...................................... 321
Les conditions de vie des Autochtones ......... 326 Les revendications territoriales et la reconnaissance des droits ancestraux .... 328 Temps d’arrêt Je décris........................ 330
1976 à 1980
Un parti souverainiste au pouvoir ....................................................................................... 332
Le temps de nouvelles réformes.............. 334 Les réactions à l’élection d’un gouvernement souverainiste.................... 334 Le financement des partis politiques............. 336 La Loi sur les normes du travail..................... 337 La protection du territoire agricole ............... 338
Les délicates questions linguistique et nationale................................................... 340 La situation linguistique ................................. 340 La protection de la langue française.............. 342 La question nationale ..................................... 344 Temps d’arrêt Je décris........................ 346
Temps d’arrêt J’interprète la réalité sociale.......................................................................... 348
Synthèse
......................................................................................................................................... 350 J’étudie.................................................................................................................................................. 350 L’histoire en BD................................................................................................................................... 352 L’histoire à suivre… ........................................................................................................................... 353
VIII
De 1980 à nos jours
Les choix de société dans le québec contemporain
........................................................... 354
1980 à 1995
Une ère de changements et de questionnements
La Constitution dans tous ses états ........ 360 Le référendum de 1980 sur la souveraineté-association...................... 360 Le rapatriement de la Constitution ............... 362 La loi constitutionnelle de 1982 6 constitution ..... 363 Le renouveau des revendications autochtones ................................................ 364 L’accord du lac Meech.................................... 365 e
Un avenir partagé entre inquiétude et enthousiasme ......................................... 366 La redéfinition du rôle de l’État..................... La remise en question des programmes sociaux ...................................................... La montée des préoccupations environnementales ................................... Les femmes et le travail .................................
366 367 368 370
S’adapter à la mondialisation .................. 372 La montée du néolibéralisme......................... La mise en place du Québec inc. ................... Les premiers accords de libre-échange......... Le portrait des secteurs d’exportation ..........
372 374 375 376
......................................................... 358
Une population qui se diversifie, des communautés qui s’expriment .......... 378 Les changements démographiques et générationnels...................................... La diversification des appartenances ethnoculturelles ....................................... L’évolution de la question linguistique.......... Le développement de la politique culturelle. La diffusion de la culture ...............................
378 380 382 384 385
Cochez oui, cochez non !.............................. 386 La commission Bélanger-Campeau et le rapport Allaire .................................. 386 Le référendum sur l’accord de Charlottetown . 388 La préparation du prochain référendum....... 390 Le référendum de 1995 sur la souveraineté.... 392 Temps d’arrêt J’explique...................... 394
IX 1995 à aujourd’hui
Le Québec face à de nouveaux défis ................................................................................... 396 Choisir entre revendication et réconciliation .......................................... 398
Des Québécois et des Québécoises de partout..................................................... 418
Les forces politiques et la question nationale ................................................... Les actions postréférendaires........................ L’évolution de la question autochtone........... La commission de vérité et réconciliation du Canada .................................................
Le vieillissement de la population et la santé publique .................................. 418 La politique familiale au Québec ................... 420 La lutte pour l’égalité hommes-femmes ........ 421 La question des appartenances ethnoculturelles ....................................... 422 L’apport des communautés culturelles ......... 423 L’état de la situation linguistique................... 424
398 400 402 404
Suivre le rythme du monde ........................ 406 L’ouverture des marchés internationaux ...... 406 La transformation des missions à l’étranger des Forces armées canadiennes ............. 408 La dette publique, la privatisation et le rôle de l’État ..................................... 410
Quitter les régions pour les grands centres...................................... 412 La chute des économies locales et le déclin des villes mono-industrielles ................... Les migrations vers les centres urbains et les effets sur les régions ...................... Le poids politique des régions ....................... La réorganisation du territoire ......................
412 414 415 416
Connecter la culture sur le monde ........... 426 Le développement d’internet et des réseaux sociaux ............................. Les médias et l’information ............................ La politique et le financement de la culture ... La diffusion de la culture................................
426 428 429 430
Citoyens, engagez-vous ! ............................ 432 Un climat d’inquiétude concernant l’environnement........................................ L’exploitation des ressources naturelles ....... L’économie sociale.......................................... L’implication de la société civile ....................
432 433 434 436
Temps d’arrêt Je décris ....................... 438
Temps d’arrêt J’interprète la réalité sociale.......................................................................... 440
Synthèse
......................................................................................................................................... 442 J’étudie.................................................................................................................................................. 442 L’histoire en BD................................................................................................................................... 444 L’histoire à suivre… ........................................................................................................................... 445
Synthèse
....................................................................................................................... 446
1840 à nos jours : Évolution politique et territoriale............................................................................. 448 1840 à nos jours : Développement économique .................................................................................... 450 1840 à nos jours : Mouvements de population et courants de pensée................................................. 452
X
Outils
................................................................................................................................. 454
Analyser des documents sources .................................................................................................... 456 Utiliser une ligne du temps............................................................................................................... 458 Utiliser une carte historique............................................................................................................ 459 Opération intellectuelle 1 Établir des faits................................................................................................................................... 460 Opération intellectuelle 2 Situer dans le temps et dans l’espace ........................................................................................... 461
xtrai
Opération intellectuelle 4 Déterminer des causes et des conséquences ............................................................................... 464
t • inc
Opération intellectuelle 3 Dégager des différences et des similitudes .................................................................................. 462
sl an ’e
lus d
Opération intellectuelle 5 Déterminer des changements et des continuités ........................................................................ 465 Opération intellectuelle 6 Mettre en relation des faits ............................................................................................................. 466 Opération intellectuelle 7 Établir des liens de causalité........................................................................................................... 467 Compétence disciplinaire 1 Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada ........................................................................................................................................ 468 Compétence disciplinaire 2 Interpréter une réalité sociale ....................................................................................................... 470
Glossaire ............................................................................................................................................... 472 Liste des cartes .................................................................................................................................... 478 Index : repères de temps, précisions des connaissances et concepts ....................................... 480 Crédits iconographiques .................................................................................................................... 486 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................................................. 489
XI
mode
d’emploi Le manuel Périodes présente en une trame chronologique les contenus de formation liés au programme Histoire du Québec et du Canada (1840 à nos jours). Les contenus sont découpés selon les quatre périodes du programme, elles-mêmes divisées en sous-périodes. Le manuel est enrichi de la section Rappel qui présente un sommaire des périodes étudiées en 3e secondaire et un retour sur les principaux événements des années 1830.
La section Outils présente des pistes pour faciliter l’apprentissage et la réalisation des tâches par le développement d’habiletés diverses : analyse de sources, opérations intellectuelles et compétences disciplinaires.
2
Des origines à 1840
459
Utiliser une carte historique
Vue d’ensemble des périodes de 3e secondaire
Des origines à 1608 MoMents forts
Utiliser une carte historique implique de prendre connaissance de ses caractéristiques et de son contenu. On doit ensuite analyser ces informations et se questionner sur leur utilité pour comprendre l’histoire. Les tableaux ci-dessous présentent les éléments à considérer pour lire et utiliser une carte historique.
Vers -10 000 : Arrivée des premiers humains sur le territoire du Québec 1534 : Premier voyage de Jacques Cartier 1541-1543 : Colonie de Charlesbourg-Royal – France-Roy 1600 : Fondation d’un poste de traite à Tadoussac 1603 : Alliance franco-amérindienne
1 Le dépLoiement des premiers humains sur Le territoire du QuébeC iL y a 9 000 ans Légende Mouvements migratoires d’humains Inlandsis (glacier)
In l an ds is l auren tidien
S ve leu
urent t-La ain
Lac Supérieur
Mer de Champlain
Lac Mégantic
Lac Huron Lac Ontario
460
OCÉAN AT L A N T I Q U E OpéraTION INTeLLecTueLLe
Lac Érié
-30 000
1500
1525
1550
1575
1600
1608-1760
1625
1650
4
L’éVoLUtion de LA SOCIÉTÉ coLoniALe soUs L’AUtorité de LA mÉTrOpOlE frANçAISE À partir de 1608, des Français fondent une colonie permanente dans la vallée du Saint-Laurent. Les principales activités économiques de la colonie sont alors la pêche et la traite des fourrures. Les débuts de la colonisation de la vallée du Saint-Laurent sont marqués par les guerres iroquoises. Après avoir laissé l’administration de la Nouvelle-France à des compagnies détenant un monopole, le roi de France décide de prendre en charge la colonie en 1663 pour accélérer son développement. Il établit un gouvernement royal, qui est dirigé par un conseil souverain composé d’un gouverneur, d’un intendant et de l’évêque. Le peuplement français s’accélère. Les colons s’adaptent au territoire et pratiquent l’agriculture sur des terres organisées selon le régime seigneurial. L’Église catholique encadre la vie des colons et cherche à évangéliser les Autochtones. Alliés à de nombreuses nations autochtones, les Français étendent leurs activités sur un très grand territoire, ce qui contribue aux tensions qui mènent à quatre guerres intercoloniales les opposant aux colonies britanniques, qui désirent elles aussi prendre possession des territoires sur le continent.
1830 à 1840
MoMents forts
Les luttes politiques et les affrontements armés
1608 : Fondation de Québec
Dans les années 1830, les luttes politiques entre les réformistes et les conservateurs dégénèrent en affrontements armés dans le Bas-Canada et le Haut-Canada. Plusieurs facteurs expliquent le soulèvement des réformistes radicaux contre les forces britanniques.
1634 : Fondation de Trois-Rivières 1642 : Fondation de Ville-Marie (Montréal) 1663 : Gouvernement royal et arrivée des premières Filles du Roy la composition des institutions
Le contexte social et politique
du bas-canada 1701 : Grandepolitiques Paix de Montréal
1754-1760 : Guerre de la Conquête
Dans les deux colonies, il existe une minorité privilégiée, proche du gouverneur, qui exerce une influence économique et politique importante. Dans le Haut-Canada, cette minorité est appelée « le Family Compact » et dans le Bas-Canada, « la clique du Château ». Ces groupes sont fortement représentés dans les institutions politiques, surtout au sein des deux conseils (exécutif et législatif). On les qualifie de « conservateurs », parce qu’ils cherchent à conserver le système politique en place, qui les avantage.
gouverneur conseil exécutif
parti des bureaucrates
chambre d’assemblée parti patriote
légende Réformistes
british party
contre
Conservateurs (clique du Château)
Ceux qui s’opposent aux conservateurs en dénonçant leurs privilèges et en réclamant des changements sont dits « réformistes ». Ils défendent les intérêts de la majorité de la population, moins fortunée. Ils ont des représentants élus dans les deux chambres d’assemblée. Dans le Bas-Canada, plusieurs réformistes prennent le nom de « patriotes ».
Golfe du Saint-Laurent
F
Les Autochtones ont été les premiers humains à habiter le territoire du Québec actuel. Ils se sont adaptés à leur environnement et, vers 1500, ils formaient de nombreuses sociétés diversifiées, dont les rapports sociaux étaient liés à leur mode de vie nomade ou sédentaire. Ces sociétés entretenaient des alliances et des rivalités entre elles et avaient développé des réseaux d’échange très étendus. Au 16e siècle, des Européens viennent pêcher la morue et chasser la baleine. Ils font des échanges avec les Autochtones qu’ils rencontrent et commencent à explorer le territoire. Pour exploiter les ressources qu’ils convoitent, des Français s’allient avec des Autochtones et tentent de fonder des établissements permanents en Amérique du Nord. Ces premières tentatives se soldent par des échecs.
Lac Mich igan
L’expérience des AUTOCHTONES et Le projet de coLonie
0
1 200
Établir des faits 400 km
Une carte historique comporte des caractéristiques Une carte historique comporte des informations qui peuvent être plus ou moins détaillées. liées à la représentation de l’espace. Établir des faits signifie qu’il faut chercher des faits pertinents et vérifiables qui sont liés à un aspect de l’histoire. cArActéristiques de contenu de lA cArte précisions et exemples précisions et exemples lA cArte historique historique Comment reconnaître une tâche qui vise à établir des faits ? Uneune tâche requiert Quelle est l’échelle L’échelle indique le rapport entre Quel est le sujet Le titre donne généralement bonnequi indication sur d’établir des faits peut être formulée de différentes de la carte ? les distances mesurées sur la carte et de la carte ? le sujet de la carte. manières. celles mesurées sur le terrain. Le déploiement des premiers humains sur • Elle peut comporter des verbes comme : nommer, identifier ou indiquer. le territoire du Québec il y a 9 000 ans. L’échelle indique que • Elle peut comporter un déterminant interrogatif comme : quel, combien de, 1 cm sur la carte équivaut un pronom interrogatif comme : qui, quoi, ou l’expression qu’est-ce que. Quel est le territoire Par exemple : à 200 km dans la réalité. représenté ? • La vallée du Saint-Laurent • Le Québec Quelle est l’orientation L’orientation, c’est-à-dire le sens de la Quels faits doit-on chercher ? • Le Canada • Le monde de la carte ? carte par rapport aux points cardinaux, La tâche qui requiert d’établir des faits précise la nature des faits à établir. Une partie du territoire du Nord-Est est donnée par la rose des vents. Sur de l’Amérique • Les faits à établir peuvent être de différentes natures, ils peuvent être liés une carte du monde, le nord se trouve unpictogrammes, acteur, un desgroupe, lignes et desune action, une mesure, un rôle, un territoire, une Quels renseignements La légende peut comporteràdes habituellement en haut, par convention. un phénomène, un événement ou une institution. points, qui permettent de activité décoder les économique, informations de la carte. sont donnés dans C’est la raison pour laquelle il n’y a pas la légende ? Flèches rouges : mouvements de rose des vents. La rose des vents indique que le Nord est en haut, légèrement vers la gauche.
À quelle époque la carte Ce renseignement peut figurer dans les a-t-elle été produite ? informations qu’on trouve autour de la carte ou dans son titre. Cette carte, comme la plupart des cartes du manuel, est de production récente.
pour réussir à établir des faits
3 Lire la consigne pour cerner le type de faits à établir. 3 Utiliser ses connaissances pour interpréter les documents afin de relever les faits. 3 Vérifier que les faits trouvés sont bien liés à la question posée. 3 S’assurer que les éléments relevés sont des faits vérifiables. 3 Présenter la réponse en un mot, une expression ou une liste.
migratoires d’humains
Exemple de tâche visant à établir des faits
Tache blanche : inlandsis (glacier)
de nombreuses informations, Quelles sont les données Une carte comporte souventQuel événement metcomme fin à la guerre de la Conquête en Nouvelle-France ? des toponymes (noms de lieux) et des hydronymes (noms de cours principales et les L’événement se passe données secondaires ? d’eau). Les informations n’ont pas toutes la même importance : à Montréal en septembre 1760. • Les données principales sont directement liées au sujet de la carte.
2 La fin de La guerre de La ConQuête
« Le 6 septembre, toutes les
troupes françaises sont refoulées dans l’île de Montréal. À huit heures, ce soir-là, Vaudreuil convoque les officiers supérieurs en conseil de guerre. […] Le 8 septembre, il signe la capitulation.
les mouvements migratoires d’humains
1 Les troupes angLaises arrivent à montréaL en septembre 1760 • Les données secondaires complètent les données principales. Les lacs, la mer et l’inlandsis.
La capitulation = la reconnaissance de la défaite.
»
Les revendications des réformistes la composition des institutions politiques du haut-canada gouverneur conseil exécutif
conseil législatif
• Les réformistes du Haut-Canada réclament que le Conseil exécutif soit responsable devant la Chambre d’assemblée : c’est le principe de la responsabilité ministérielle ;
chambre d’assemblée reform party
légende Réformistes
contre
tory party
• Les réformistes du Bas-Canada, représentés par le Parti patriote, réclament surtout l’élection des membres du Conseil législatif. Cette demande et plusieurs autres sont formulées en 1834 dans 92 résolutions.
Conservateurs (Family Compact)
Louis-Joseph Papineau, chef patriote
guy Frégault et Marcel trudel, hIstorIens, Histoire du Canada par les textes, toMe 1, 1963.
Les réformistes déplorent que de petits groupes d’influence détiennent les principaux pouvoirs. Ils réclament davantage de démocratie et une plus grande autonomie des colonies vis-à-vis de la métropole britannique. Les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada ont toutefois des idées un peu différentes sur les moyens d’y parvenir.
Parmi les réformistes, certains prônent des moyens politiques pour obtenir ce qu’ils revendiquent : ce sont les modérés. Dans les années 1830, devant les refus répétés du gouverneur et du Conseil législatif d’accorder les changements qu’ils réclament, des réformistes en viennent à envisager la lutte armée : ce sont les radicaux.
Augustin-Norbert Morin, député patriote
Jonathan Sewell, conseiller législatif au Bas-Canada
William Lyon Mackenzie, député réformiste du Haut-Canada
468
CD 1
Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada réponse :
Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada signifie décrire une période ou une partie de période à l’aide de faits précis. Une tâche de compétence 1 : • Amène à décrire comment étaient les choses à une époque. • Pose des questions comme : Qui ? Quand ? Quoi ? Où ? • Comporte trois composantes : - Établir des faits historiques (événements, acteurs, actions, paroles, etc.). - Établir la chronologie (dates, succession des événements). - Considérer des éléments géographiques (limites du territoire, éléments naturels et humains). • Considère différents aspects parmi les suivants : société (aspect social), pouvoir (aspect politique), économie (aspect économique), culture (aspect culturel) et territoire (aspect territorial ou géographique). • Peut être réalisée sous différentes formes qui permettent de DÉCRIRE : tableau, ligne du temps, texte descriptif, etc. • Est réalisée à partir de documents fournis.
pour réussir une tâche de compétence 1
3 3 3
3
3 3
Lire la consigne pour prendre connaissance : • de la période ou de la sous-période à décrire ; • des aspects à considérer ; • des faits à relever. Consulter les documents et utiliser ses connaissances pour les analyser. Annoter les documents en indiquant, par exemple, des dates ou des repères de temps, des éléments géographiques, des informations importantes et des aspects traités. Utiliser l’information des documents pour structurer les éléments demandés dans la consigne. Organiser sa réponse en fonction de la structure indiquée dans la consigne. Vérifier sa réponse avec la grille d’évaluation.
Exemple de tâche visant à caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada
Les concepts communs, utiles à la compréhension de l’ensemble des contenus, sont définis et illustrés au début du manuel. Les concepts propres à chacune des périodes sont définis et illustrés à la fin du manuel.
À partir des documents de la page 469, précisez la période concernée et citez des particularités des sociétés amérindiennes pour chacun des aspects indiqués dans le tableau. réponse :
les sociétés Amérindiennes
Sociétés iroquoiennes
Sociétés algonquiennes
repère temporel
Vers 1500
Vers 1500
aspect social
Sédentaire
Nomade
aspect Deux activités économique de subsistance
Agriculture, chasse, pêche
Chasse, pêche, cueillette
Mode de vie
2 points
1 point
aspect territorial
Les BassesTerres du Saint-Laurent et des Grands Lacs
Le Bouclier canadien et les Appalaches
Deux activités de subsistance
4 points
2 points
0 point
régions habitées
2 points
1 point
0 point
Type d’habitat construit
2 points
1 point
0 point
Mode de vie
Régions habitées
Les auteurs de cet extrait sont des historiens.
cOMpéTeNce DIScIpLINaIre
Type d’habitat Des maisons- longues formant construit des villages
Des wigwams
grille d’évAluAtion éléments demAndés
l’élève indique des pArticulArités correctement
plus ou moins correctement
Incorrectement 0 point
La capitulation de Montréal, en septembre 1760
XII
Ouverture de la période Quatre pages permettent de situer le contexte historique de la période à l’étude et annoncent les sous-périodes. 6
Une question d’interprétation en lien avec la réalité sociale à l’étude dans la période est proposée.
Le 27 octobre 1864, les délégués des colonies britanniques d’Amérique du Nord présents à la Conférence de Québec parviennent à une entente après plus de deux semaines de discussions, ponctuées de nombreux bals et banquets. Malgré la fatigue, le froid et la pluie, ils se réjouissent de l’accord qu’ils ont conclu. Ce soir-là, ils prennent le train en direction de Montréal pour y tenir deux autres journées de travail. Par la suite, ils auront la tâche de convaincre leurs concitoyens d’appuyer leur projet de fédération.
?
Une question d’analyse pour chaque sous-période est proposée.
Comment la fédération canadienne se forme-t-elle dans un contexte de bouleversements économiques et sociaux entre 1840 et 1896 ?
Ces questions peuvent servir d’amorce pour présenter les connaissances historiques qui seront abordées dans la période. Elles font aussi l’objet d’une tâche de Temps d’arrêt en fin de sous-période et de période.
Comment le Haut-Canada et le Bas-Canada évoluent-ils, sur les plans politique, économique et culturel, à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ?
Deux documents évoquent le contexte de la période et la situent dans le temps. L’un présente un aspect du début de la période et l’autre, un aspect de la fin.
Une ligne du temps indique les repères temporels au programme. Des bandes colorées indiquent les sous-périodes déterminées par les auteurs de la collection.
Quels bouleversements économiques, sociaux et politiques la société canadienne connaît-elle sous le régime fédéral dans le dernier quart du 19e siècle ?
8
1840-1896
OCÉAN AORCCÉTAI Q NUE ARCTIQUE
En 1840, la métropole britannique impose l’union du Haut-Canada
OCÉAN ARCTIQUE
Alaska et du Bas-Canada en une (Russie) Alaska seule colonie. Au cours (Russie) des décennies qui suivent, le transport et l’industrie Alaska (Russie) connaissent un essor Territoire important, ce qui entraîne du Nord-Ouest Territoire l’émergence de la classe du Nord-Ouest ouvrière. Alors que de Territoire nombreux immigrants du Nord-Ouest continuent de s’établir en Amérique du Nord, des Canadiens émigrent vers les États-Unis. Des alliances et des Territoire affrontements politiques de l’Oregon Territoire marquent cette période où de l’Oregon les colonies britanniques d’Amérique du Nord Territoire de l’Oregon choisissent de former une fédération. ME X I QUE
9 OCÉAN
1 Les coLonies britanniques d’amérique du nord en 1840
2 Le Dominion Du CanaDa en 1896 A R C T I Q U E Légende
Territoire inconnu Territoire inconnu
Territoire inconnu
Groenland (Danemark) Groenland (Danemark)
Colonies britanniques Légende
Autres possessions britanniques Colonies britanniques Territoires contestés Autres possessions britanniques (États-Unis – Royaume-Uni)
contestés Frontières LégendeTerritoires (États-Unis – Royaume-Uni)
Groenland (Danemark)
Légende
Groenland (Danemark)
OCÉAN ARCTIQUE
Alaska (États-Unis)
Colonies britanniques Frontières Autres possessions britanniques Territoires contestés (États-Unis – Royaume-Uni) Frontières
Groenland (Danemark)
DISTRICT DE FRANKLIN
Alaska (États-Unis)
DISTRICT DE FRANKLIN
Territoires du Nord-Ouest
DISTRICT DU YUKON
Provinces du Dominion du Canada Territoires appartenant Légende au Dominion du Canada Provincesbritannique du Dominion du Canada Colonie Territoirescontesté appartenant Territoire au Dominion– du Canadadu Canada) (États-Unis Dominion Colonie britannique Frontières internationales Territoire contesté Frontières contestées (États-Unis – Dominion du Canada) Frontières provinciales et territoriales Frontières internationales Frontières contestées Frontières provinciales et territoriales
Territoires du DISTRICT Nord-Ouest
DISTRICT DU YUKON
DE MACKENZIE DISTRICT DE MACKENZIE
TE R R E NE U V E TE R R E NE U V E
Baie d’Hudson Baie d’Hudson
COLOMBIEBRITANNIQUE
TE R R E NE U V E
Terre de Rupert
(Compagnie de la Baie Baied’Hudson)
Terre de Rupert d’Hudson
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
Terre de Rupert
C IN OV E PR INC OV
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
PR
É T A T S-UNI S É T A T S-UNI S
COLOMBIEBRITANNIQUE
A
canadien
Pourquoi des colonies britanniques d’Amérique du Nord entreprennent-elles de s’unir entre 1864 et 1873 ?
D NA U D D AC AU NCAA DNA AD
Réalité sociale
La formation du regime federal
Dans quel contexte des divisions politiques surviennent-elles au Canada entre 1848 et 1864 ?
O PR
VI
E
CA
1840-1896
U
Période
D
Un texte et une illustration présentent un moment charnière de l’histoire. Ils nous plongent dans l’atmosphère et le contexte historique de la période.
7
N
C
E
Î L E - DU PR I NC E Î L E - DU É DO U A R D PR I NC E É DO U A R D NOU V E LLE OSSE Î L EÉ-CDU NOU V E LLE PR I NC E OSSE NOU VÉECAU É DO U A-R D BRU NSW I C K NOU V E AU -
ME X I QUE
0
345
Baie d’Hudson
Territoires du Nord-Ouest
Baie
Territoires D’UNGAVA du Nord-Ouest DISTRICT D’UNGAVA
ÎL E- D U P R IN C EÉD O U A R D ÎL E- D U P R IN C EN O U V EL L EÉD O U A R D ÉC O S S E
Q U ÉB EC
O N T A R IO
DISTRICT D’ASSINIBOIA
TERRENEUVE
DISTRICT
DISTRICT DISTRICTd’Hudson DISTRICT D’ATHABASCA DE KEEWATIN D’ALBERTA DISTRICT DE SASKATCHEWAN DISTRICT DISTRICT DE KEEWATIN D’ALBERTA DISTRICT DISTRICT MANITOBA DE SASKATCHEWAN D’ASSINIBOIA
Q U ÉB EC
MANITOBA O N T A R IO
N EA O UUV-EL L ENOUV ÉC BRUNSW ICOKS S E N O U V EA U B R U N S W IC K
ÉT A T S - U N I S
NOU VE BRU NSW I CLLE K É C OSSE NOU V E AU BRU NSW ICK 0 345
TERRENEUVE
DISTRICT D’ATHABASCA
ÉT A T S - U N I S
690 km
0
345
690 km
0
345
690 km
690 km
É T A T S-UNI S
1840 Acte d’Union
ME1844 X I QUE Dépôt du Fondation rapport de la de l’Institut commission canadien Bagot
1845-1848 Publication de Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours de François-Xavier Garneau
0
345
690 km
1866 Entrée en vigueur du Code civil du Bas-Canada
1852 Fondation de la Compagnie du Grand Tronc Fondation de l’Université Laval, la première université francophone d’Amérique
1870 Création des Territoires du Nord-Ouest 1872 Légalisation des syndicats
1893 Fondation du Montreal Local Council of Women
1875 Abolition du ministère de l’Instruction publique
de l’acte d’unIon au gouvernement responsable IndustrIalIsatIon et InstabIlIté polItIque Les défis du dominion du canada
naissance de La fédération canadienne
1840 1840
1850 1850 1845-1847 Immigration irlandaise massive
1849 Incendie du Parlement de Montréal Retrait du droit de vote aux femmes
1860 1860
1870 1870
1854 Abolition du régime seigneurial 1854-1866 Traité de réciprocité avec les États-Unis
1867 Adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique
1880 1869 Premier soulèvement des Métis
1890 1876 Adoption de la Loi sur les Indiens
1885 Deuxième soulèvement des Métis Pendaison de Louis Riel
1900
1895 Fondation de l’école littéraire de Montréal
Début d’une sous-période Les contenus historiques sont campés chronologiquement dans des sous-périodes, soit des intervalles de temps de la période à l’étude. 10 3 Vue depuis la Citadelle de QuébeC en 1840 Dans les années 1840, le fleuve Saint-Laurent constitue encore la principale voie de transport des marchandises. Les bateaux y circulent du printemps à l’automne, lorsque le fleuve est libre de glaces. C’est au port de Québec que les autorités du Bas-Canada perçoivent les tarifs douaniers sur les marchandises importées.
Sous-période La mise en scène expose le contexte de la sous-période. Un court récit permet de plonger dans la réalité d’un personnage, réel ou fictif, afin de favoriser l’empathie historique. Les documents permettent de saisir encore mieux le contexte.
11 4 Vue Nord-est de la rue Notre-dame, Montréal, vers 1843 À Montréal, la présence britannique se manifeste de diverses manières. Cette illustration en évoque quelques exemples : on y voit des soldats écossais, des étudiants de l’Université McGill ainsi que la colonne Nelson, qui rend hommage à un célèbre militaire britannique.
1840 à 1848
De l’Acte d’Union au
gouvernement responsable A
u printemps de 1839, la vie reprenait graduellement au Bas-Canada. Ralenties durant l’hiver, les activités agricoles et commerciales redémarraient. Pour Marie Tessier, de Saint-Eustache, ce printemps avait un goût amer. Le 14 décembre, son mari Jean-Baptiste, 25 ans, avait été tué par les troupes britanniques alors qu’il combattait aux côtés des patriotes. À cause de sa participation au soulèvement armé, on l’avait enterré dans le cimetière réservé aux enfants morts avant d’être baptisés, avec les autres patriotes. Au lendemain des affrontements, le village devait vivre avec la perte de plusieurs jeunes cultivateurs comme Jean-Baptiste, qui avaient laissé derrière eux des veuves et des orphelins. De plus, de nombreuses maisons avaient été incendiées. Marie éprouvait tour à tour de la tristesse, de la colère et de la résignation. Après une telle défaite, les anciens patriotes devaient-ils poursuivre la lutte ou renoncer à leurs revendications ?
Situés comme le sont les Canadiens Français, il ne leur reste d’autre alternative que celle de se résigner avec la meilleure grâce possible. ÉTIENNE PARENT, JOURNALISTE ET AVOCAT, LE CANADIEN, 13 MAI 1839.
? Comment le Haut-Canada et le Bas-Canada évoluent-ils, sur les plans politique, économique et culturel, à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ?
Rappel de la question d’ouverture qui énonce l’objet à caractériser et à interpréter dans la sous-période.
1835
XIII
Aperçu d’une leçon Chaque sous-période est divisée en leçons qui présentent les contenus historiques de manière chronologique. OCÉAN ARCTIQUE
Au début de chaque leçon
À la fin de chaque leçon Territoire inconnu
Groenland (Danemark)
15
De l’Acte D’Union AU goUvernement responsAble
La ligne du temps colorée rappelle la sous-période en cours. Elle est répétée tout au long de la sous-période.
12
1840
Un mariage forcé
Les patriotes • Plusieurs protestent contre la volonté d’assimiler les Canadiens français à la langue anglaise et aux lois britanniques. • La plupart des patriotes s’opposent à l’union forcée, mais certains s’y résignent. • Certains dénoncent l’idée de la représentation égale au Parlement et souhaitent plutôt une représentation proportionnelle, puisque le Bas-Canada est plus peuplé que le Haut-Canada.
Les hommes politiques • Ils accueillent favorablement le projet d’union, car celui-ci prévoit la fusion des dettes. • Très peu de députés s’opposent au projet d’union, mis à part quelques réformistes en désaccord avec les politiques du gouverneur général.
Assemblée législative Nom donné à la chambre où siègent les députés élus. Synonyme de « chambre d’assemblée ». Responsabilité ministérielle Principe selon lequel les membres du Conseil exécutif, appelés « ministres », doivent être choisis parmi les députés élus à l’Assemblée législative, à laquelle ils doivent rendre des comptes.
5 La dette ComBinée Milliers d’habitants
du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1840 375 000 $
700 600 500 400 300 200 100 0
Haut-Canada
Jusqu’au 19e siècle, l’expression « Canadiens » désigne les habitants francophones et catholiques de la vallée du Saint-Laurent dont les ancêtres sont venus de France à l’époque de la Nouvelle-France. Au cours du 19e siècle, on commence à employer l’expression « Canadiens français » pour parler de ces mêmes habitants. La majorité d’entre eux développent un sentiment Bas-Canada
9 La réaction d’un ancien député patriote au rapport durham
BRIAN YOUNG ET JOHN A. DICKINSON, HISTORIENS, BRÈVE HISTOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC, 2009.
Étienne Parent est résigné à l’idée de l’union, mais il pense que la métropole devrait permettre aux Canadiens français de conserver certains droits.
5 000 000 $
« […] nous comptons sur l’égalité dans la représentation ; sur la révision,
En 1840, la population du Bas-Canada est majoritairement francophone et catholique, et celle du Haut-Canada est principalement anglophone et protestante.
Dette du Bas-Canada
YVAN LAMONDE, HISTORIEN, HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC, 2000.
d’appartenance à une nation canadienne-française à laquelle les habitants d’origine britannique et les Autochtones ne s’identifient pas. À cette époque, on désigne encore par le terme « Britanniques » les habitants originaires du Royaume-Uni, même s’ils sont nés dans la colonie et qu’ils y sont établis depuis plus d’une génération.
Sur une nappe affreuse et par le sang rougie, Les ogres du commerce ont les deux Canadas […]. C’est le jour des banquiers, vous dis-je ! C’est leur gloire, Que les placards royaux affichent sur nos murs ; L’Union qu’on proclame est leur chant de victoire […] !
«
»
PIERRE-JOSEPH-OLIVIER CHAUVEAU, AVOCAT, L’UNION DES CANADAS OU LA FÊTE DES BANQUIERS, 1841.
AFFICHES BRITANNIQUES
OI 1 L’Assemblée législative de la Province du Canada n’est pas représentative de la population du Haut-Canada et du Bas-Canada. Illustrez cette affirmation par un fait historique. (Voir doc. 6 et 12.) OI 6
p. 460-467
anglaise
2 Pourquoi la fusion des dettes des colonies est-elle avantageuse pour le Haut-Canada ? (Voir doc. 5.) OI 4
10 La reine victoria La reine Victoria accède au trône en 1837, à l’âge de 18 ans. Elle régnera sur le Royaume-Uni pendant 64 ans. Des historiens ont appelé « époque victorienne » la période de son règne, marquée par une importante industrialisation du Royaume-Uni.
L’introduction met en place les contenus à explorer, donne des intentions de lecture et suggère des questions de réflexion pour aborder la leçon.
1848
1896 royaume-uni reine
3 Les membres du Conseil législatif sont toujours nommés par le gouverneur, et non élus. 4 La double majorité, c’est-à-dire une 2 majorité à la fois dans le Haut-Canada Le Conseil exécutif, formé de députés choisis au sein du parti majoritaire, exerce et le Bas-Canada, devient importante dans un gouvernement responsable les pouvoirs les plus importants dans la colonie. Les ministres doivent rendre pour conserver l’appui de l’Assemblée compte de leurs actions à l’Assemblée législative. législative. S’ils perdent la confiance de l’Assemblée, ils doivent démissionner. légende Nomination
Parlement secrétaire d’état à la guerre et aux colonies Province du canada gouverneur général
2
Élection
électeurs
2 La responsabilité ministérielle rend le gouvernement de la colonie plus démocratique. Illustrez cette affirmation par un fait. (Voir doc. 47.) OI 6 3 Pourquoi les réformistes demandent-ils la double majorité ? (Voir doc. 46 et 47.) OI 4
4
PoPulation du bas-canada
4 Expliquez comment la structure politique établie par l’Acte d’Union mène à l’alliance des réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada. (Voir doc. 12, p. 14, et doc. 45 et 46.)
• Une recommandation du rapport Durham écartée par la métropole en 1840 • Les demandes des réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada • Une raison de l’alliance des réformistes
n
fusion des dettes NOMBRE ÉGAL DE DÉPUTÉS du HAUT-CANADA ET DU BAS-CANADA
n
Les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada s’allient pour obtenir un gouvernement responsable. Gouvernement responsable
=
Conseil exécutif
assemblée législative
L’Acte d’Union favorise les échanges économiques entre le Haut-Canada et le Bas-Canada. ET DES CHEMINS DE FER
n
Au Bas-Canada, des idéologies s’affrontent. ULTRAMONTANISME
ANTICLÉRICALISME
Pouvoir
Pouvoir
=
parlement
0
265
530 km
AnECdotE Kingston, capitale de la province du canada
Avec l’Acte d’Union, la ville de Québec perd son titre de capitale. En 1841, on décide d’installer le Parlement de la Province du Canada à Kingston, dans le Haut-Canada. Cette ville, située entre Montréal et Toronto, n’a pas d’édifice parlementaire. Les députés et les conseillers siègent donc dans un ancien hôpital. Kingston demeurera la capitale de la nouvelle colonie jusqu’en 1843.
à suivre
3 Indiquez un changement territorial apporté par l’Acte d’Union de 1840. (Voir doc. 13.) OI 5
Comment les activités économiques et les mouvements migratoires évolueront-ils dans la Province du Canada sous l’Acte d’Union ?
4 Les documents 8 et 9 présentent les points de vue de deux patriotes sur les relations entre les Canadiens français et la métropole britannique. En quoi ces points de vue sont-ils différents ? OI 3
Le « À suivre » ouvre sur la leçon suivante et tient en haleine !
Temps
? à suivre Comment le climat politique de la Province du Canada évoluera-t-il sous un gouvernement responsable ?
« Une étendue de côtes plus grande, en proportion de notre population
Comment le Haut-Canada et le Bas-Canada évoluent-ils à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ?
et de la superficie de notre sol, que n’en possède aucune autre nation nous assure la force et la supériorité maritimes. […] En invention, en énergie, en habileté nous ne le cédons à personne ; […] toutes ces circonstances nous placent à la tête des nations qui se développent mutuellement par le libre-échange de leurs produits.
ROBERT PEEL, PREMIER MINISTRE DU ROYAUME-UNI, EXTRAIT D’UN DISCOURS PRONONCÉ EN 1846.
A Le canaL Lachine, vers La fin des années 1840 Le canal Lachine est élargi entre 1843 et 1849 pour laisser passer de plus gros bateaux.
B recrutement des effectifs250reLigieux 250 200 150 100
200 150 100 50 0
50
E L’intérêt d’une aLLiance entre Les réformistes du haut-canada et du bas-canada
« Il est de l’intérêt des réformistes des deux provinces de se rencontrer sur
250
entre 1830 et 1849 dans La région de montréaL
200 150 100 50
Démarche : • Analysez les documents présentés en utilisant vos connaissances. • Remplissez un schéma de ce type pour structurer vos informations. • Présentez votre réponse dans un texte d’environ 250 mots. Des Changements entre 1840 et 1848
Changement Dans l’organisation Des groupes politiques
Changement Dans le Développement éConomique
expliCation
expliCation
Changement Dans l’influenCe De l’église Catholique au Bas-CanaDa expliCation
« Vous pouvez être assuré que les Réformistes du
H.C. feront preuve envers vous et envers vos amis d’une parfaite bonne foi dans la législature unie […]. Après ce qui s’est produit, vos compatriotes n’obtiendraient jamais la reconnaissance de leurs droits dans une législature bas-canadienne. Vous voulez notre aide autant que nous voulons la vôtre […]. Nos libertés ne peuvent pas être garanties par l’Union. Je sais que vous pensez que nous n’obtiendrons jamais le gouvernement responsable, […] En disant mais nous les obligerons à nous « après ce qui s’est le donner qu’ils le veuillent produit », à quoi ou non. ce politicien fait-il référence ? FRANCIS HINCKS, POLITICIEN, EXTRAIT D’UNE LETTRE
?
?
»
Quelle partie du Canada profitait le plus du revenu des douanes avant l’Union ?
EXTRAIT DE L’ACTE D’UNION DE 1840.
»
C La position des réformistes du haut-canada
PERSONNELLE, LE 18 JUIN 1840.
de la Réunion des Provinces du Haut et du Bas-Canada, tous droits et revenus sur lesquels les Législatures respectives des dites Provinces avaient […] pouvoir d’appropriation, formeront un fonds de revenus réunis, qui sera approprié aux besoins publics de la Province du Canada […].
entre 1841 et 1846, il constata très tôt qu’il ne pouvait pas passer outre aux revendications et pressions du clergé bas-canadien. Celui-ci mena alors une lutte habile qui lui fit prendre confiance en lui-même. Les électeurs et les hommes politiques découvrirent que les dirigeants ecclésiastiques feraient dorénavant sentir tout le poids de leur influence sans cesse grandissante dans les débats publics où ils jugeraient que les intérêts de l’Église et des fidèles étaient en jeu.
Cet extrait est tiré d’une lettre d’un réformiste du Haut-Canada à Louis-Hippolyte LaFontaine.
»
« […] Et qu’il soit statué, que lors
»
LOUIS-HIPPOLYTE LAFONTAINE, POLITICIEN, EXTRAIT D’UN DISCOURS PUBLIÉ DANS LE JOURNAL LE CANADIEN, LE 31 AOÛT 1840.
«
GÉOGRAPHE, ATLAS HISTORIQUE DES PRATIQUES RELIGIEUSES, 1998.
au boulot ! Expliquez des changements qui surviennent sous l’Acte d’Union dans la Province du Canada. • Indiquez un changement dans l’organisation des groupes politiques entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un changement dans le développement économique de la colonie entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un changement quant à l’influence de l’Église catholique au Bas-Canada entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit.
F articLe de L’acte d’union sur La mise en commun des revenus du haut-canada et du bas-canada
le terrain législatif, dans un esprit de paix, d’union, d’amitié et de fraternité. L’unité d’action est nécessaire plus que jamais. Je n’ai aucun doute que, comme nous, les réformistes du Haut-Canada en sentent le besoin, et [qu’ils] nous en donneront des preuves non équivoques ; ce qui, j’espère, sera le gage d’une confiance réciproque et durable.
0 1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 RELIGIEUX 1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 Années G La question de L’éducation Femmes AnnéesHommes Hommes Lorsque le gouvernement tenta de mettre sur pied un système scolaire
Femmes 1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 Années LOUIS ROUSSEAU, THÉOLOGIEN, ET FRANK W.Hommes REMIGGI, Femmes 0
? Quelle politique économique est abandonnée au profit du libre-échange ?
»
MICHEL BRUNET, HISTORIEN, L’ÉGLISE CATHOLIQUE DU BAS-CANADA ET LE PARTAGE DU POUVOIR À L’HEURE D’UNE NOUVELLE DONNE (1837-1854), 1973.
H La formation de La nation après L’échec des rébeLLions de 1837-1838
I Les réseaux de transport vers 1848
« Avec l’exil ou l’exécution des
chefs patriotes […], c’est par l’Église catholique et les élites politiques dites réformistes que se développera la nation désormais canadienne-française.
»
Québec
P R O V IN CE D U CA N A D A BA S -C A N A D A Riv i
L’encadré Je retiens résume les contenus à retenir à l’aide de phrases déclaratives et de dessins qui les schématisent.
=
N O U V EA U B R U N S W IC K
ÉTATSU NIS
D discours en faveur du Libre-échange
En 1839, après avoir fait son enquête sur la situation au Bas-Canada, Lord Durham propose au gouvernement britannique d’unir le Haut-Canada et le Bas-Canada afin d’assimiler les Canadiens français. Il suggère également d’accorder la responsabilité ministérielle aux colonies. En 1840, le Parlement du Royaume-Uni adopte l’Acte d’Union, sans toutefois y inclure le principe de responsabilité ministérielle. Cette nouvelle constitution modifie la structure politique du Haut-Canada et du Bas-Canada.
DÉVELOPPEMENT DES CANAUX
ANGLAIS, LANGUE OFFICIELLE
N O U V EL L EÉC O S S E
33
1840 à 1848
J’explique
JE rEtiEns n L’Acte d’Union crée de l’insatisfaction dans le Bas-Canada.
Ontario
Montréal
32
d’arrêt
OI 7
Toronto Lac
Î L E -D U P R I N CE É D OU A R D
A D N AQuébec
3
électeurs
PoPulation du haut-canada
Responsabilité ministérielle
ActivitEs
OI 1 Quels éléments définissent le gouvernement responsable, selon Louis-Hippolyte LaFontaine ? (Voir doc. 45.) OI 1
1
conseil législatif Nombre égal de conseillers du Haut-Canada et du Bas-Canada
assemblée législative : Nombre égal de députés du Haut-Canada et du Bas-Canada
Nomination sous recommandation
p. 460-467
conseil exécutif Nombre égal de ministres du Haut-Canada et du Bas-Canada
Nombre de personnes
1 Le gouverneur général n’a plus la responsabilité de nommer les ministres du Conseil exécutif et il lui est interdit d’influencer les élections.
Nombre de personnes
47 Le fonctionnement du gouvernement responsabLe de La province du canada à partir de 1848
CA
a o u ais HAUT-CANADA (CANADA-OUEST)
Un Temps d’arrêt propose une tâche qui fait appel à des documents. Le temps d’arrêt Je décris mobilise la compétence disciplinaire 1 Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada. Le temps d’arrêt J’explique mobilise la compétence disciplinaire 2 Interpréter une réalité sociale. La tâche est basée sur la question posée en ouverture de période et reprise au début de la sous-période.
Nombre de personnes
1840
U
r eDd es Ou
Des questions font appel aux opérations intellectuelles et permettent l’utilisation appropriée de connaissances acquises dans la leçon.
»
31
INCE
ActivitEs
»
LOUIS-JOSEPH PAPINEAU, HOMME POLITIQUE, « DE LA RÉSISTANCE DU CANADA AU GOUVERNEMENT ANGLAIS », REVUE DU PROGRÈS POLITIQUE, SOCIAL ET LITTÉRAIRE, 1839.
ÉTIENNE PARENT, JOURNALISTE ET AVOCAT, LE CANADIEN, 13 MAI 1839.
De l’Acte D’Union AU goUvernement responsAble
OV
Lac Érié
« Voyez : la table est mise et pour un seul repas,
Voulant prouver que sa race favorite, la race saxonne, est seule digne du commandement, lord Durham l’a mensongèrement peinte en beau, et il a assombri par les plus noires couleurs le faux portrait qu’il a tracé des Canadiens français. Mais […] les Canadiens [français] n’ont aucune justice à espérer de l’Angleterre […].
non sur la destruction de nos lois ; sur l’usage libre de notre langue à la tribune et au barreau, et dans les actes législatifs et judiciaires, jusqu’à ce que la langue Anglaise soit devenue familière parmi le peuple ; enfin sur la conservation de nos institutions religieuses.
Fin d’une sous-période
PR
La Province du Canada est aussi souvent appelée « Canada-Uni ». On appelle parfois « Canada-Ouest » le Haut-Canada et « Canada-Est » le Bas-Canada. Il ne s’agit toutefois pas d’appellations officielles.
14 Poème d’un jeune canadien admirateur des Patriotes
HUMILIANTES ET COÛTEUSES
8 La réaction du chef patriote Louis-Joseph papineau, en exiL en france
« Canadiens » ou « Canadiens français » ?
et du Bas-Canada en 1840
BAS-CANADA int-Laurent (CANADA-EST) ve Sa u Fle
L’Acte d’Union ne modifie pas vraiment les frontières coloniales. Le seul changement est le regroupement des territoires du Bas-Canada et du Haut-Canada en une nouvelle entité territoriale appelée « Province du Canada ».
REQUÊTE DU CLERGÉ DU DIOCÈSE DE MONTRÉAL CONTRE L’UNION LÉGISLATIVE DES DEUX CANADAS, 25 FÉVRIER 1840.
C’est dans ce contexte que, en 1840, le Parlement du Royaume-Uni présente un projet d’union des deux colonies à la reine Victoria afin d’obtenir sa sanction royale.
6 La popuLation du Haut-Canada
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
H A U T -C A N A D A
è re de
Lac Huron
Hamilton
Welland Chatham
Lac Érié
Beauharnois
Lachine Lac Champlain
Champlain
Érié
ÉT A T S - U N I S
ur -La int Sa
ent
ais s O utaou Montréal
Rideau Kingston Cobourg Port Hope Toronto Lac Ontario
JEAN-FRANÇOIS LANIEL, SOCIOLOGUE, L’ÉGLISE-NATION CANADIENNE-FRANÇAISE AU SIÈCLE DES NATIONALITÉS : REGARD CROISÉ SUR L’ULTRAMONTANISME ET LE NATIONALISME, 2015.
Fle uve
Le Parlement du Royaume-Uni accueille favorablement une autre recommandation de Durham : l’idée d’unir le Haut-Canada et le Bas-Canada. Le Parlement de Londres élabore donc un projet d’union, qui prévoit entre autres de fusionner les dettes du Haut-Canada et du Bas-Canada, de former une seule assemblée législative et d’accorder un nombre égal de députés à chacune des deux colonies.
TERRENEUVE
Terre de Rupert
Su Lac péri eur
Le territoire de la Province du Canada
»
Depuis l’échec des rébellions, l’influence des patriotes a beaucoup diminué au Bas-Canada. Les chefs patriotes ont été emprisonnés ou se sont exilés. Cette élite est donc décimée. C’est dans ce contexte que l’Église catholique accroît son influence auprès des Canadiens français. Le clergé prend alors l’initiative de faire circuler des pétitions contre le projet d’union et il recueille près de 40 000 signatures.
Mer du Labrador
Baie d’Hudson
t
Dans le Haut-Canada
Le clergé catholique • Il s’oppose au projet d’union, car il craint l’anglicisation de la population canadienne-française et son assimilation à la religion protestante.
Dans le Haut-Canada, les députés réformistes applaudissent la recommandation du rapport Durham d’accorder la responsabilité ministérielle. De nombreux Canadiens français du Bas-Canada y sont également favorables. Toutefois, la métropole britannique hésite à accorder la responsabilité ministérielle à ses colonies, car cela équivaudrait à leur donner plus d’autonomie.
«
Colonies britanniques Autres possessions britanniques Territoires contestés (États-Unis – Royaume-Uni) Frontières
uron cH La
Dans le Bas-Canada
Le Parlement de Londres choisit de ne pas accorder la responsabilité ministérielle. Il veut ainsi préserver son autorité sur le gouvernement colonial, par le biais de son gouverneur général, puisque ce dernier conserve son droit de veto et le pouvoir de désigner les membres du Conseil exécutif.
[…] nous sommes menacés de perdre les droits acquis et garantis en faveur de notre religion, de nos lois et même de notre langue ; que cette union n’aurait lieu qu’à des conditions avilissantes et onéreuses pour ce pays, telles que d’aider à payer les dettes du Haut-Canada que nous n’avons jamais contractées […].
LES RÉACTIONS AU PROJET D’UNION
Le contexte sociopolitique et économique
Dette du Haut-Canada
1896
7 une pétition rédiGée par L’évÊQue de montréaL
Légende
è
En février 1839, Lord Durham publie son Rapport sur les affaires de l’Amérique septentrionale britannique. Il recommande au gouvernement britannique d’accorder la responsabilité ministérielle aux colonies et d’assimiler graduellement les Canadiens français par l’augmentation de l’immigration britannique et l’union du Haut-Canada et du Bas-Canada. Quelles sont les réactions au rapport Durham ? Quels changements la métropole apportera-t-elle dans ses colonies ?
La fusion des dettes Le projet d’union prévoit la fusion des dettes, c’est-à-dire la mise en commun des dettes que les deux colonies ont contractées au fil des ans. Le Bas-Canada a une dette peu élevée, surtout grâce aux revenus qu’il tire des douanes. En effet, avant 1840, le Bas-Canada a pu récolter la plus grande part des revenus des douanes, puisque Québec est le port d’entrée des navires transportant des marchandises étrangères soumises aux tarifs douaniers. Ces revenus ont servi, entre autres, à payer la construction de canaux pour la navigation. Pour sa part, le Haut-Canada n’a pas bénéficié de tels revenus avant 1840 et a dû emprunter pour construire des infrastructures de transport. Donc, en raison de son endettement élevé, le Haut-Canada est favorable au projet d’union.
1848
Le projet d’union suscite diverses réactions dans les colonies. Dans le Haut-Canada, l’accueil est plutôt favorable. Au Bas-Canada, les patriotes et le clergé catholique protestent.
1896
13 Les coLonies britanniques du nord-est de L’amérique en 1840
L’Acte d’Union vise à résoudre les problèmes qui ont conduit aux soulèvements armés de 1837 et 1838. Le rapport Durham de 1839 attribue ces problèmes à l’existence d’un conflit au Bas-Canada entre deux groupes ethniques : les Canadiens français et les Britanniques. Par conséquent, la nouvelle constitution cherche à réduire le poids politique des francophones, en intégrant le Bas-Canada et le Haut-Canada dans une même colonie. Pour ce faire, on accorde à chacun un nombre égal de sièges au Parlement, même si la population du Bas-Canada, très majoritairement canadienne-française, est plus nombreuse.
R iv i
Après les affrontements armés de 1837 et 1838 dans le Bas-Canada et le Haut-Canada, la métropole britannique envoie un nouveau gouverneur, Lord Durham, qui doit enquêter sur la situation dans la colonie.
1848
Les objectifs poursuivis
13
De l’Acte D’Union AU goUvernement responsAble
Rappel
1840
Lac Mich igan
Le « Rappel » permet de faire le lien avec une leçon précédente.
Vers New York
Chambly
0
95
190 km
Légende Canaux Chemins de fer Principaux ports
XIV
Fin de la période Le Temps d’arrêt J’interprète la réalité sociale propose une tâche qui fait appel à des documents. Cette tâche est liée à la question d’interprétation de la réalité sociale à l’étude dans la période. Elle mobilise la compétence disciplinaire 2 Interpréter une réalité sociale.
Non inclus dans l’extrait
Les pages J’étudie proposent une synthèse des contenus abordés durant la période. Une liste des connaissances au programme permet d’organiser la révision et l’étude. Une ou des cartes présentent des repères géographiques de la période.
Non inclus dans l’extrait
J’analyse la BD et J’analyse l’image d’ouverture proposent des questions qui stimulent le réinvestissement des connaissances. L’histoire en BD présente une planche de BD en lien avec la période.
Non inclus dans l’extrait L’histoire à suivre… est un court récit fictif qui permet d’entrer dans la prochaine période.
XV
Documents
Rubriques
A document iconographique
approfondissement
Les documents iconographiques constituent un support visuel aux contenus historiques. Leur analyse favorise le travail d’interprétation.
coup d’œil Approfondit un contenu au programme de formation en y ajoutant une précision importante ou des détails. Permet parfois de camper plus en détail certaines notions conceptuelles.
Biographie
Présente un personnage ayant marqué la période à l’étude. Les informations de cette rubrique ne figurent pas au programme de formation, mais facilitent la compréhension des événements historiques.
OCÉAN A R C T I Q U E Des questions d’analyse
?
accompagnent certains documents.
Territoire
enrichissement
Groenland (Danemark)
inconnu écrit 87 document
« Les documents écrits proviennent de sources primaires et secondaires. Ils favorisent l’interprétation et l’analyse critique des sources. »
AnECdote
L’AUTEUR, SA FONCTION, LE TITRE DU DOCUMENT ET LA DATE FACILITEnt L’ANALYSE.
Raconte un événement parfois méconnu de l’histoire du Québec et du Canada. Les informations de cette rubrique ne figurent pas au programme de formation, mais enrichissent le récit historique.
106 Carte
trace du passé Présente un héritage provenant de la période historique à l’étude, par exemple des traces archéologiques, des éléments du patrimoine, etc. Les informations de cette rubrique ne figurent pas au programme de formation, mais permettent de faire des liens avec le présent.
Les cartes facilitent la compréhension de l’histoire en situant dans l’espace les actions et les événements. Légende Colonies britanniques Autres possessions britanniques Territoires contestés (États-Unis – Royaume-Uni) Frontières
Mer du Labrador
soutien T ER R EN EU V E
Baie d’Hudson
Complément d’information pour aider l’élève dans son travail d’analyse. Plusieurs de ces compléments mettent en lumière des contenus géographiques.
Terre de Rupert
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
BAS-CANADA int-Laurent (CANADA-EST) ve Sa u Fle
PR
OV
R iv i
Su Lac pér ieu r
U
r eDd es Ou
è
INCE
CA
t
a o u ais HAUT-CANADA (CANADA-OUEST)
uron cH La
Lac Mich igan
D NA
Toronto Lac Érié
Lac Ontario
Î L E-DU PR I N CEÉDOU A R D
A
Québec
Montréal
ÉTATSUNIS
N O U VE L L E É CO SSE
NO U VE AU B RU N SW ICK 0
265
530 km
Question que l’élève peut se poser pour aborder l’étude des contenus présentés.
? Question pour aider l’élève à s’interroger en abordant un document.
1
L’histoire du Québec et du Canada débute avec l’arrivée des premiers humains sur le territoire, il y a de cela des milliers d’années. Au 16e siècle, des Européens attirés par ses ressources naturelles entreprennent d’explorer et de coloniser le territoire. La France fonde alors un empire colonial s’étendant de l’Acadie à la Louisiane. Par la suite, une série de guerres intercoloniales mènent à un changement d’empire lorsque la France cède la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne en 1763. La nouvelle métropole administre alors le territoire, où cohabitent des Autochtones, des habitants d’origine française et des nouveaux venus d’origine britannique. Cette section présente un sommaire des périodes étudiées en 3e secondaire et fait un retour sur les principaux événements des années 1830.
rappel
2
Des origines à 1840
Vue d’ensemble des périodes de 3e secondaire
Des origines à 1608 Moments forts
L’expérience des AUTOCHTONES et le projet de colonie Les Autochtones ont été les premiers humains à habiter le territoire du Québec actuel. Ils se sont adaptés à leur environnement et, vers 1500, ils formaient de nombreuses sociétés diversifiées, dont les rapports sociaux étaient liés à leur mode de vie nomade ou sédentaire. Ces sociétés entretenaient des alliances et des rivalités entre elles et avaient développé des réseaux d’échange très étendus. Au 16e siècle, des Européens viennent pêcher la morue et chasser la baleine. Ils font des échanges avec les Autochtones qu’ils rencontrent et commencent à explorer le territoire. Pour exploiter les ressources qu’ils convoitent, des Français s’allient avec des Autochtones et tentent de fonder des établissements permanents en Amérique du Nord. Ces premières tentatives se soldent par des échecs.
-30 000
1500
1525
1550
1575
1600
Vers -10 000 : Arrivée des premiers humains sur le territoire du Québec 1534 : Premier voyage de Jacques Cartier 1541-1543 : Colonie de Charlesbourg-Royal, puis de France-Roi 1600 : Fondation d’un poste de traite à Tadoussac 1603 : Alliance franco-amérindienne
1625
1650
1608-1760
L’ÉVOLUTION DE LA SOCIÉTÉ COLONIALE SOUS l’autorité de la métropole française À partir de 1608, des Français fondent une colonie permanente dans la vallée du Saint-Laurent. Les principales activités économiques de la colonie sont alors la pêche et la traite des fourrures. Les débuts de la colonisation de la vallée du Saint-Laurent sont marqués par les guerres iroquoises. Après avoir laissé l’administration de la Nouvelle-France à des compagnies détenant un monopole, le roi de France décide de prendre en charge la colonie en 1663 pour accélérer son développement. Il établit un gouvernement royal, qui est dirigé par un conseil souverain composé d’un gouverneur, d’un intendant et de l’évêque. Le peuplement français s’accélère. Les colons s’adaptent au territoire et pratiquent l’agriculture sur des terres organisées selon le régime seigneurial. L’Église catholique encadre la vie des colons et cherche à évangéliser les Autochtones. Alliés à de nombreuses nations autochtones, les Français étendent leurs activités sur un très grand territoire, ce qui contribue aux tensions qui mènent à quatre guerres intercoloniales les opposant aux colonies britanniques, qui désirent elles aussi prendre possession des territoires sur le continent.
Moments forts
1608 : Fondation de Québec 1634 : Fondation de Trois-Rivières 1642 : Fondation de Ville-Marie (Montréal) 1663 : Gouvernement royal et arrivée des premières Filles du Roy 1701 : Grande Paix de Montréal 1754-1760 : Guerre de la Conquête
3
1760-1791 Moments forts
LA conquête et le changement d’empire
1760 : Capitulation de Montréal
En 1760, la Nouvelle-France capitule devant les forces britanniques. La colonie vit sous un régime militaire jusqu’en 1763, lorsque la France cède officiellement la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne. Par la Proclamation royale, la nouvelle métropole réserve un vaste territoire aux Autochtones et crée la Province de Québec, qui se limite à la vallée du Saint-Laurent. La colonie est désormais dirigée par un gouverneur britannique, qui a comme instruction d’assimiler les Canadiens et de leur imposer le serment du Test. Quelques Britanniques s’installent dans la colonie, principalement des marchands de fourrures. Devant la menace d’une révolte dans les Treize colonies, la Grande-Bretagne adopte l’Acte de Québec en 1774 pour tenter de fidéliser les Canadiens à leur métropole. Cette constitution rétablit notamment les lois civiles françaises et permet le maintien du régime seigneurial. Après l’indépendance des États-Unis, de nombreux loyalistes viennent s’établir dans la Province de Québec. Plusieurs d’entre eux revendiquent le retour des lois civiles et criminelles anglaises et la création d’une chambre d’assemblée.
1675
1700
1725
1750
1775
1763 : Traité de Paris et Proclamation royale (1re constitution) 1763-1766 : Révolte de Pontiac 1774 : Acte de Québec (2e constitution) 1775 : Arrivée des premiers loyalistes
1800
1825
1791-1840
Les revendications et les luttes nationales L’Acte constitutionnel de 1791 divise la Province de Québec en deux colonies : le Haut-Canada et le Bas-Canada. Cette troisième constitution crée une chambre d’assemblée dans chacune des deux colonies. Au Bas-Canada, les députés élus en viennent à former deux groupes aux intérêts opposés : le Parti des bureaucrates et le Parti canadien. Ces groupes, qui développent des sentiments d’appartenance nationale différents, s’opposent lors des séances au Parlement ainsi que dans les journaux d’opinion. Dans les années 1830, les conflits politiques culminent en affrontements armés entre les patriotes et les forces britanniques. Sur le plan économique, la colonie connaît des transformations importantes à partir du 19e siècle. Le commerce du bois est en plein essor alors que l’agriculture connaît des difficultés et que le commerce des fourrures décline. Par ailleurs, des conditions difficiles au Royaume-Uni entraînent l’immigration d’un grand nombre de Britanniques dans la colonie à partir de 1815.
Moments forts
1791 : Acte constitutionnel (3e constitution) 1792 : Premières élections législatives 1834 : Adoption des 92 résolutions 1837-1838 : Rébellions des patriotes 1839 : Rapport Durham
1850
4
1830 à 1840
Les luttes politiques et les affrontements armés Dans les années 1830, les luttes politiques entre les réformistes et les conservateurs dégénèrent en affrontements armés dans le Bas-Canada et le Haut-Canada. Plusieurs facteurs expliquent le soulèvement des réformistes radicaux contre les forces britanniques.
la composition des institutions politiques du bas-Canada
Le contexte social et politique Dans les deux colonies, il existe une minorité privilégiée, proche du gouverneur, qui exerce une influence économique et politique importante. Dans le Haut-Canada, cette minorité est appelée « le Family Compact » et dans le Bas-Canada, « la clique du Château ». Ces groupes sont fortement représentés dans les institutions politiques, surtout au sein des deux conseils (exécutif et législatif). On les qualifie de « conservateurs », parce qu’ils cherchent à conserver le système politique en place, qui les avantage.
gouverneur conseil exécutif
conseil législatif
Chambre d’assemblée parti canadien
Légende Réformistes
contre
Parti des bureaucrates
Conservateurs (clique du Château)
Ceux qui s’opposent aux conservateurs en dénonçant leurs privilèges et en réclamant des changements sont dits « réformistes ». Ils défendent les intérêts de la majorité de la population, moins fortunée. Ils ont des représentants élus dans les deux chambres d’assemblée. Dans le Bas-Canada, plusieurs réformistes prennent le nom de « patriotes ».
Les revendications des réformistes la composition des institutions politiques du haut-Canada
Les réformistes déplorent que de petits groupes d’influence détiennent les principaux pouvoirs. Ils réclament davantage de démocratie et une plus grande autonomie des colonies vis-à-vis de la métropole britannique. Les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada ont toutefois des idées un peu différentes sur les moyens d’y parvenir.
gouverneur conseil exécutif
• Les réformistes du Haut-Canada réclament que le Conseil exécutif soit responsable devant la Chambre d’assemblée : c’est le principe de la responsabilité ministérielle ;
conseil législatif
Chambre d’assemblée Reform Party
Légende Réformistes
contre
• Les réformistes du Bas-Canada, représentés par le Parti patriote, réclament surtout l’élection des membres du Conseil législatif. Cette demande et plusieurs autres sont formulées en 1834 dans 92 résolutions.
Tory Party
Conservateurs (Family Compact)
Louis-Joseph Papineau, chef patriote
Parmi les réformistes, certains prônent des moyens politiques pour obtenir ce qu’ils revendiquent : ce sont les modérés. Dans les années 1830, devant les refus répétés du gouverneur et du Conseil législatif d’accorder les changements qu’ils réclament, des réformistes en viennent à envisager la lutte armée : ce sont les radicaux.
Augustin-Norbert Morin, député patriote
Jonathan Sewell, conseiller législatif au Bas-Canada
William Lyon Mackenzie, député réformiste du Haut-Canada
5
Les rébellions de 1837 et 1838 En 1837, la métropole britannique rejette, par les résolutions Russell, les demandes des patriotes du Bas-Canada (les 92 résolutions). Les députés protestent et le gouverneur suspend la Chambre d’assemblée. Les patriotes organisent alors des assemblées populaires pour mobiliser la population, particulièrement dans la région de Montréal. L’Église prend position et interdit aux catholiques de participer à des soulèvements contre les autorités coloniales. Malgré cet appel au calme, la violence éclate. En 1837 et 1838, plusieurs batailles opposent les patriotes et les forces armées britanniques, faisant des centaines de morts. Les principales batailles ont lieu à Saint-Denis, Saint-Charles et Saint-Eustache. Durant ce temps, de plus petits affrontements ont lieu dans le Haut-Canada, alors que des réformistes radicaux se soulèvent à Toronto, puis dans quelques autres localités. En 1838, les autorités du Bas-Canada mettent en place un conseil spécial, chargé de diriger la colonie temporairement.
Les mesures de répression Les forces britanniques réussissent à maîtriser les rébellions dans les deux colonies. Les autorités imposent alors la loi martiale, qui leur permet d’arrêter toutes les personnes soupçonnées d’avoir participé aux soulèvements. Plusieurs chefs patriotes du Bas-Canada ainsi que des chefs réformistes du Haut-Canada sont condamnés à mort ou à l’exil.
Le rapport Durham
Les années 1830 sont difficiles pour plusieurs habitants du Bas-Canada. Les agriculteurs vivent une crise : les récoltes sont mauvaises et les seigneuries sont surpeuplées. Des milliers de Canadiens émigrent vers les villes ou vers les États-Unis pour tenter d’améliorer leur sort. En 1832, une épidémie de choléra fait 8 000 morts dans la colonie. Ce contexte, ajouté aux conflits politiques, avive la colère de nombreux Canadiens.
une crise raciale
« Je m’attendais à trouver un
conflit entre le gouvernement et le peuple ; […] je trouvai une lutte, non de principes, mais de race.
»
JOHN GEORGE LAMBTON DURHAM, COMTE DE DURHAM, LE RAPPORT DURHAM, 1839.
En 1838, la métropole nomme un nouveau gouverneur, Lord Durham, pour enquêter sur la situation. En 1839, il publie son rapport, dans lequel il constate deux principaux problèmes : • Le système politique dans les deux colonies favorise les conflits entre la Chambre d’assemblée et le Conseil exécutif ; • Le conflit au Bas-Canada oppose deux groupes ethniques très hostiles l’un à l’autre (les Canadiens et les Britanniques). Les solutions proposées par Lord Durham
• Accorder la responsabilité ministérielle (gouvernement responsable) de manière à ce que le Conseil exécutif soit forcé d’obtenir l’appui de la Chambre d’assemblée pour gouverner.
UN CONTEXTE SOCIOÉCONOMIQUE DIFFICILE
• Assimiler graduellement la population canadienne à la culture britannique, et ce, par deux principaux moyens : - L’union du Haut-Canada et du Bas-Canada ; - Une forte immigration britannique dans la colonie.
les pouvoirs du peuple
« Ce n’est pas en affaiblissant,
mais en affermissant l’influence du peuple sur son gouvernement […] qu’il sera possible, je crois, de rétablir la concorde là où si longtemps la discorde a régné […].
»
JOHN GEORGE LAMBTON DURHAM, COMTE DE DURHAM, LE RAPPORT DURHAM, 1839.
6
Le 27 octobre 1864, les délégués des colonies britanniques d’Amérique du Nord présents à la Conférence de Québec parviennent à une entente après plus de deux semaines de discussions, ponctuées de nombreux bals et banquets. Malgré la fatigue, le froid et la pluie, ils se réjouissent de l’accord qu’ils ont conclu. Ce soir-là, ils prennent le train en direction de Montréal pour y tenir deux autres journées de travail. Par la suite, ils auront la tâche de convaincre leurs concitoyens d’appuyer leur projet de fédération.
1840-1896
La formation du regime federal
canadien
7
? Comment la fédération canadienne se forme-t-elle dans un contexte de bouleversements économiques et sociaux entre 1840 et 1896 ? Comment le Haut-Canada et le Bas-Canada évoluent-ils, sur les plans politique, économique et culturel, à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ? Dans quel contexte des divisions politiques surviennent-elles au Canada entre 1848 et 1864 ? Pourquoi des colonies britanniques d’Amérique du Nord entreprennent-elles de s’unir entre 1864 et 1873 ? Quels bouleversements économiques, sociaux et politiques la société canadienne connaît-elle sous le régime fédéral dans le dernier quart du 19e siècle ?
8 1 Les colonies britanniques d’Amérique du Nord en 1840 OCÉAN AORCCÉTAI Q NUE ARCTIQUE OCÉAN ARCTIQUE
Territoire inconnu Territoire inconnu
Territoire inconnu
Colonies britanniques Légende
Autres possessions britanniques Colonies britanniques Territoires contestés Autres possessions britanniques (États-Unis – Royaume-Uni) Territoires contestés Frontières Légende(États-Unis – Royaume-Uni) Colonies britanniques Frontières Autres possessions britanniques Territoires contestés (États-Unis – Royaume-Uni) Frontières
Groenland (Danemark)
TE RRE N E UV E TE RRE N E UV E
Baie d’Hudson Baie d’Hudson
TE RRE N E UV E D NA U D D AC AU NCAA DNA AD
A
Terre de Rupert
(Compagnie de la Baie Baied’Hudson)
Terre de Rupert d’Hudson
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
Terre de Rupert
P
C N VI E O C PR IN V RO
O
N VI
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
ÉTATS-UNIS ÉTATS-UNIS
PR
E
CA
et du Bas-Canada en une seule colonie. Au cours des décennies qui suivent, le transport et l’industrie Alaska (Russie) connaissent un essor Territoire important, ce qui entraîne du Nord-Ouest Territoire l’émergence de la classe du Nord-Ouest ouvrière. Alors que de Territoire nombreux immigrants du Nord-Ouest continuent de s’établir en Amérique du Nord, des Canadiens émigrent vers les États-Unis. Des alliances et des Territoire affrontements politiques de l’Oregon Territoire marquent cette période où de l’Oregon les colonies britanniques d’Amérique du Nord Territoire de l’Oregon choisissent de former une fédération. MEXIQUE Alaska (Russie) Alaska (Russie)
Légende
Groenland (Danemark) Groenland (Danemark)
U
En 1840, la métropole britannique impose l’union du Haut-Canada
D
1840-1896
C
E
Î L E - DUPRI N CE Î L E - DUÉ DOUARD PRI N CE É DOUARD N OUVE L L E Î L EÉ-COSSE DUN OUVE L L E PRI N CE É COSSE N OUVE AUÉ DOUARD B R UN SWI CK N OUVE AUOUVE LLEB RN UN SWI CK É COSSE
N OUVE AUBR 0 UN SWI 345 CK
MEXIQ UE
0
345
690 km 690 km
ÉTATS-UNIS
1844 MEXIQUE Dépôt du Fondation rapport de la de l’Institut commission canadien Bagot
1840 Acte d’Union
1845-1848 Publication de Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours de François-Xavier Garneau
0
345
690 km
1852 Fondation de la Compagnie du Grand Tronc Fondation de l’Université Laval, la première université francophone d’Amérique
DE l’acte d’union au gouvernement responsable Industrialisation et instabilité politique
1840 1845-1847 Immigration irlandaise massive
1850 1849 Incendie du Parlement de Montréal Retrait du droit de vote aux femmes
1860 1854 Abolition du régime seigneurial 1854-1866 Traité de réciprocité avec les États-Unis
9 OCÉAN
2 Le Dominion du Canada en 1896 A R C T I Q U E
Légende
Groenland (Danemark)
OCÉAN ARCTIQUE
Groenland (Danemark)
Alaska (États-Unis)
DISTRICT DE FRANKLIN
Alaska (États-Unis)
DISTRICT DE FRANKLIN
Territoires du Nord-Ouest
DISTRICT DU YUKON
Provinces du Dominion du Canada Territoires appartenant Légende au Dominion du Canada Provincesbritannique du Dominion du Canada Colonie Territoires appartenant Territoire contesté au Dominion– du Canadadu Canada) (États-Unis Dominion Colonie britannique Frontières internationales Territoire contesté Frontières contestées (États-Unis – Dominion du Canada) Frontières provinciales et territoriales Frontières internationales Frontières contestées Frontières provinciales et territoriales
Territoires du DISTRICT Nord-Ouest
DISTRICT DU YUKON
DE MACKENZIE DISTRICT DE MACKENZIE
Baie d’Hudson
Territoires du Nord-Ouest
Baie DISTRICTd’Hudson
Territoires D’UNGAVA du Nord-Ouest
DISTRICT D’ATHABASCA
COLOMBIEBRITANNIQUE COLOMBIEBRITANNIQUE
T E RRE N E UV E
DISTRICT DISTRICT D’ATHABASCA DE KEEWATIN D’ALBERTA DISTRICT DE SASKATCHEWAN DISTRICT DISTRICT DE KEEWATIN D’ALBERTA DISTRICT DISTRICT MANITOBA DE SASKATCHEWAN D’ASSINIBOIA DISTRICT D’ASSINIBOIA
T E RRE N E UV E
DISTRICT
DISTRICT D’UNGAVA
Î L E - DUPR I N CE É DOUAR D Î L E - DUPR I N CE N OUVE L L E É DOUAR D É COSSE
QUÉBEC O NT ARI O
QUÉBEC
MANITOBA O NT ARI O
N OUVE N OUVE AU- L L E É COSSE B R UN SWI CK N OUVE AUB R UN SWI CK
ÉTATS-UNIS ÉTATS-UNIS
1866 Entrée en vigueur du Code civil du Bas-Canada
1870 Création des Territoires du Nord-Ouest 1872 Légalisation des syndicats
345
690 km
0
345
690 km
1893 Fondation du Montreal Local Council of Women
1875 Abolition du ministère de l’Instruction publique
Les défis du dominion du canada
Naissance de la fédération canadienne
1870 1867 Adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique
0
1880 1869 Premier soulèvement des Métis
1890 1876 Adoption de la Loi sur les Indiens
1885 Deuxième soulèvement des Métis Pendaison de Louis Riel
1895 Fondation de l’école littéraire de Montréal
10 3 Vue depuis la Citadelle de Québec en 1840 Dans les années 1840, le fleuve Saint-Laurent constitue encore la principale voie de transport des marchandises. Les bateaux y circulent du printemps à l’automne, lorsque le fleuve est libre de glaces. C’est au port de Québec que les autorités du Bas-Canada perçoivent les tarifs douaniers sur les marchandises importées.
1840 à 1848
De l’Acte d’Union au
gouvernement responsable A
u printemps de 1839, la vie reprenait graduellement au Bas-Canada. Ralenties durant l’hiver, les activités agricoles et commerciales redémarraient. Pour Marie Tessier, de Saint-Eustache, ce printemps avait un goût amer. Le 14 décembre, son mari Jean-Baptiste, 25 ans, avait été tué par les troupes britanniques alors qu’il combattait aux côtés des patriotes. À cause de sa participation au soulèvement armé, on l’avait enterré dans le cimetière réservé aux enfants morts avant d’être baptisés, avec les autres patriotes. Au lendemain des affrontements, le village devait vivre avec la perte de plusieurs jeunes cultivateurs comme Jean-Baptiste, qui avaient laissé derrière eux des veuves et des orphelins. De plus, de nombreuses maisons avaient été incendiées. Marie éprouvait tour à tour de la tristesse, de la colère et de la résignation. Après une telle défaite, les anciens patriotes devaient-ils poursuivre la lutte ou renoncer à leurs revendications ?
11 4 Vue Nord-Est de la rue Notre-Dame, Montréal, vers 1843 À Montréal, la présence britannique se manifeste de diverses manières. Cette illustration en évoque quelques exemples : on y voit des soldats écossais, des étudiants de l’Université McGill ainsi que la colonne Nelson, qui rend hommage à un célèbre militaire britannique.
Situés comme le sont les Canadiens Français, il ne leur reste d’autre alternative que celle de se résigner avec la meilleure grâce possible. ÉTIENNE PARENT, JOURNALISTE ET AVOCAT, LE CANADIEN, 13 MAI 1839.
? Comment le Haut-Canada et le Bas-Canada évoluent-ils, sur les plans politique, économique et culturel, à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ?
12
Rappel Après les affrontements armés de 1837 et 1838 dans le Bas-Canada et le Haut-Canada, la métropole britannique envoie un nouveau gouverneur, Lord Durham, qui doit enquêter sur la situation dans la colonie.
Un mariage forcé En février 1839, Lord Durham publie son Rapport sur les affaires de l’Amérique septentrionale britannique. Il recommande au gouvernement britannique d’accorder la responsabilité ministérielle aux colonies et d’assimiler graduellement les Canadiens français par l’augmentation de l’immigration britannique et l’union du Haut-Canada et du Bas-Canada. Quelles sont les réactions au rapport Durham ? Quels changements la métropole apportera-t-elle dans ses colonies ?
Le contexte sociopolitique et économique
Le Parlement du Royaume-Uni accueille favorablement une autre recommandation de Durham : l’idée d’unir le Haut-Canada et le Bas-Canada. Le Parlement de Londres élabore donc un projet d’union, qui prévoit entre autres de fusionner les dettes du Haut-Canada et du Bas-Canada, de former une seule assemblée législative et d’accorder un nombre égal de députés à chacune des deux colonies. La fusion des dettes Le projet d’union prévoit la fusion des dettes, c’est-à-dire la mise en commun des dettes que les deux colonies ont contractées au fil des ans. Le Bas-Canada a une dette peu élevée, surtout grâce aux revenus qu’il tire des douanes. En effet, avant 1840, le Bas-Canada a pu récolter la plus grande part des revenus des douanes, puisque Québec est le port d’entrée des navires transportant des marchandises étrangères soumises aux tarifs douaniers. Ces revenus ont servi, entre autres, à payer la construction de canaux pour la navigation. Pour sa part, le Haut-Canada n’a pas bénéficié de tels revenus avant 1840 et a dû emprunter pour construire des infrastructures de transport. Donc, en raison de son endettement élevé, le Haut-Canada est favorable au projet d’union.
5 La dette combinée du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1840 375 000 $
Assemblée législative Nom donné à la chambre où siègent les députés élus. Synonyme de « chambre d’assemblée ». Responsabilité ministérielle Principe selon lequel les membres du Conseil exécutif, appelés « ministres », doivent être choisis parmi les députés élus à l’Assemblée législative, à laquelle ils doivent rendre des comptes.
6 La population du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1840 Milliers d’habitants
Dans le Haut-Canada, les députés réformistes applaudissent la recommandation du rapport Durham d’accorder la responsabilité ministérielle. De nombreux Canadiens français du Bas-Canada y sont également favorables. Toutefois, la métropole britannique hésite à accorder la responsabilité ministérielle à ses colonies, car cela équivaudrait à leur donner plus d’autonomie.
700 600 500 400 300 200 100 0
Haut-Canada
Bas-Canada
BRIAN YOUNG ET JOHN A. DICKINSON, HISTORIENS, BRÈVE HISTOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC, 2009.
5 000 000 $
Dette du Haut-Canada
Dette du Bas-Canada
YVAN LAMONDE, HISTORIEN, HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC, 2000.
En 1840, la population du Bas-Canada est majoritairement francophone et catholique, et celle du Haut-Canada est principalement anglophone et protestante.
13
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Le projet d’union suscite diverses réactions dans les colonies. Dans le Haut-Canada, l’accueil est plutôt favorable. Au Bas-Canada, les patriotes et le clergé catholique protestent. LES RÉACTIONS AU PROJET D’UNION Dans le Bas-Canada
Dans le Haut-Canada
Les patriotes • Plusieurs protestent contre la volonté d’assimiler les Canadiens français à la langue anglaise et aux lois britanniques. • La plupart des patriotes s’opposent à l’union forcée, mais certains s’y résignent. • Certains dénoncent l’idée de la représentation égale au Parlement et souhaitent plutôt une représentation proportionnelle, puisque le Bas-Canada est plus peuplé que le Haut-Canada. Le clergé catholique • Il s’oppose au projet d’union, car il craint l’anglicisation de la population canadienne-française et son assimilation à la religion protestante.
Les hommes politiques • Ils accueillent favorablement le projet d’union, car celui-ci prévoit la fusion des dettes. • Très peu de députés s’opposent au projet d’union, mis à part quelques réformistes en désaccord avec les politiques du gouverneur général.
C’est dans ce contexte que, en 1840, le Parlement du Royaume-Uni présente un projet d’union des deux colonies à la reine Victoria afin d’obtenir sa sanction royale. « Canadiens » ou « Canadiens français » ? d’appartenance à une nation canadienne-française à laquelle les habitants d’origine britannique et les Autochtones ne s’identifient pas. À cette époque, on désigne encore par le terme « Britanniques » les habitants originaires du Royaume-Uni, même s’ils sont nés dans la colonie et qu’ils y sont établis depuis plus d’une génération.
9 La réaction d’un ancien député patriote au rapport Durham Étienne Parent est résigné à l’idée de l’union, mais il pense que la métropole devrait permettre aux Canadiens français de conserver certains droits.
« […] nous comptons sur l’égalité dans la représentation ; sur la révision, non sur la destruction de nos lois ; sur l’usage libre de notre langue à la tribune et au barreau, et dans les actes législatifs et judiciaires, jusqu’à ce que la langue Anglaise soit devenue familière parmi le peuple ; enfin sur la conservation de nos institutions religieuses.
»
ÉTIENNE PARENT, JOURNALISTE ET AVOCAT, LE CANADIEN, 13 MAI 1839.
DE MONTRÉAL
« […] nous sommes menacés de
perdre les droits acquis et garantis en faveur de notre religion, de nos lois et même de notre langue ; que cette union n’aurait lieu qu’à des conditions avilissantes et onéreuses pour ce pays, telles que d’aider à payer les dettes du Haut-Canada que nous n’avons jamais contractées […].
»
REQUÊTE DU CLERGÉ DU DIOCÈSE DE MONTRÉAL CONTRE L’UNION LÉGISLATIVE DES DEUX CANADAS, 25 février 1840.
HUMILIANTES ET COÛTEUSES
8 La réaction du chef patriote Louis-Joseph Papineau, en exil en France
Depuis l’échec des rébellions, l’influence des patriotes a beaucoup diminué au Bas-Canada. Les chefs patriotes ont été emprisonnés ou se sont exilés. Cette élite est donc décimée. C’est dans ce contexte que l’Église catholique accroît son influence auprès des Canadiens français. Le clergé prend alors l’initiative de faire circuler des pétitions contre le projet d’union et il recueille près de 40 000 signatures.
Jusqu’au 19e siècle, l’expression « Canadiens » désigne les habitants francophones et catholiques de la vallée du Saint-Laurent dont les ancêtres sont venus de France à l’époque de la Nouvelle-France. Au cours du 19e siècle, on commence à employer l’expression « Canadiens français » pour parler de ces mêmes habitants. La majorité d’entre eux développent un sentiment
7 UNE PÉTITION RÉDIGÉE PAR L’ÉVÊQUE
« Voulant prouver que sa race
favorite, la race saxonne, est seule digne du commandement, lord Durham l’a mensongèrement peinte en beau, et il a assombri par les plus noires couleurs le faux portrait qu’il a tracé des Canadiens français. Mais […] les Canadiens [français] n’ont aucune justice à espérer de l’Angleterre […].
»
LOUIS-JOSEPH PAPINEAU, HOMME POLITIQUE, « DE LA RÉSISTANCE DU CANADA AU GOUVERNEMENT ANGLAIS », REVUE DU PROGRÈS POLITIQUE, SOCIAL ET LITTÉRAIRE, 1839.
anglaise
10 La reine victoria La reine Victoria accède au trône en 1837, à l’âge de 18 ans. Elle régnera sur le Royaume-Uni pendant 64 ans. Des historiens ont appelé « époque victorienne » la période de son règne, marquée par une importante industrialisation du Royaume-Uni.
14 11 L’Acte d’Union, 1840
L’Acte d’Union
4e constitution
En 1840, le Parlement du Royaume-Uni adopte l’Acte d’Union, une nouvelle constitution qui réunit en une seule colonie le Haut-Canada et le Bas-Canada. Il suit ainsi les recommandations du rapport Durham, sauf en ce qui concerne la responsabilité ministérielle, qu’il choisit de ne pas accorder. L’Acte d’Union est sanctionné par la reine Victoria le 23 juillet 1840 et entre officiellement en vigueur le 10 février 1841. LES FAITS SAILLANTS DE L’ACTE D’UNION DE 1840
Constitution Texte de loi qui précise le fonctionnement du régime politique en vigueur sur un territoire délimité. La constitution sert de base aux autres lois.
Territoire • Le Haut-Canada et le Bas-Canada sont réunis en un seul territoire. • La colonie porte le nom de « Province du Canada ». Pouvoir
Pouvoir exécutif Pouvoir d’administrer le territoire (pays, colonie, etc.), de faire le budget, d’appliquer les lois et de s’assurer de leur respect. Pouvoir législatif Pouvoir de proposer et d’adopter des lois. L’Assemblée législative de la Province du Canada remplace les chambres d’assemblée du Bas-Canada et du Haut-Canada.
1
• La colonie est dirigée par un gouverneur général. Économie • Les dettes du Haut-Canada et du • Le Parlement se compose d’une seule Bas-Canada sont fusionnées. assemblée législative et d’un seul En conséquence, le Bas-Canada doit conseil législatif, qui exercent le assumer une partie du remboursement pouvoir législatif. de la dette élevée du Haut-Canada. • Le pouvoir exécutif est détenu par le Conseil exécutif. Société et • L’anglais devient la seule langue culture reconnue au Parlement. Les documents • L’Assemblée législative et les conseils officiels (textes de lois, ordonnances, comptent un nombre égal de rapports, etc.) doivent être rédigés représentants des deux régions uniquement en anglais. (Haut-Canada et Bas-Canada).
Royaume-uni
1
Malgré les revendications des patriotes du Bas-Canada et des réformistes du Haut-Canada dans les années 1830, les membres du Conseil législatif sont toujours nommés par le gouverneur et non élus, et les membres du Conseil exécutif ne sont pas choisis parmi les députés élus et ne rendent pas de comptes à l’Assemblée législative. Le principe de la responsabilité ministérielle n’est donc pas appliqué.
reine parlement
2
4
• Le Haut-Canada et le Bas-Canada conservent leurs lois distinctes. Au Bas-Canada, on peut donc continuer d’appliquer les lois civiles françaises. Les lois criminelles anglaises s’appliquent encore dans toute la Province du Canada.
12 La structure politique de la Province du Canada selon l’Acte d’Union
Même si la reine exerce de moins en moins son pouvoir dans les décisions politiques et que son rôle devient surtout symbolique, la monarchie demeure une institution très respectée dans l’Empire britannique. Le gouverneur général conserve un grand pouvoir sur les institutions politiques de la colonie puisqu’il nomme tous les conseillers et qu’il possède un droit de veto. 3 Le Conseil exécutif exerce les pouvoirs les plus importants dans la colonie : administrer la colonie, gérer le budget et nommer les fonctionnaires.
Lois
Secrétaire d’état aux colonies
Légende Élection Nomination
province du canada
2
3
gouverneur général
conseil exécutif 8 conseillers (ministres) : 4 conseillers du Bas-Canada et 4 conseillers du Haut-Canada
4
conseil législatif 24 conseillers : 12 conseillers du Bas-Canada et 12 conseillers du Haut-Canada
assemblée législative 84 députés : 42 députés du Bas-Canada et 42 députés du Haut-Canada électeurs Population du haut-canada
électeurs Population du bas-canada
Le schéma indique le nombre de députés et de conseillers en 1840. Ce nombre augmentera par la suite, tout en demeurant égal pour les deux parties de la colonie.
15
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Les objectifs poursuivis
13 Les colonies britanniques du nord-est de l’Amérique en 1840
L’Acte d’Union vise à résoudre les problèmes qui ont conduit aux soulèvements armés de 1837 et 1838. Le rapport Durham de 1839 attribue ces problèmes à l’existence d’un conflit au Bas-Canada entre deux groupes ethniques : les Canadiens français et les Britanniques. Par conséquent, la nouvelle constitution cherche à réduire le poids politique des francophones, en intégrant le Bas-Canada et le Haut-Canada dans une même colonie. Pour ce faire, on accorde à chacun un nombre égal de sièges au Parlement, même si la population du Bas-Canada, très majoritairement canadienne-française, est plus nombreuse. Le Parlement de Londres choisit de ne pas accorder la responsabilité ministérielle. Il veut ainsi préserver son autorité sur le gouvernement colonial, par le biais de son gouverneur général, puisque ce dernier conserve son droit de veto et le pouvoir de désigner les membres du Conseil exécutif.
Légende Colonies britanniques Autres possessions britanniques Territoires contestés (États-Unis – Royaume-Uni) Frontières
Mer du Labrador
T E RRE N E UV E
Baie d’Hudson
Terre de Rupert
(Compagnie de la Baie d’Hudson)
BAS-CANADA int-Laurent (CANADA-EST) ve Sa u e Fl
PR
OV
R iv i
Su Lac pér ieu r
U
r eDd es Ou
è
INCE
CA
D NA
Québec
N OUVE L L E É COSSE
t
Montréal a o u ais HAUT-CANADA (CANADA-OUEST)
Lac Mich igan
L’Acte d’Union ne modifie pas vraiment les frontières coloniales. Le seul changement est le regroupement des territoires du Bas-Canada et du Haut-Canada en une nouvelle entité territoriale appelée « Province du Canada ».
Toronto
Lac Ontario
Lac Érié
É TA TSU NI S
« Voyez : la table est mise et pour un seul repas,
Sur une nappe affreuse et par le sang rougie, Les ogres du commerce ont les deux Canadas […]. C’est le jour des banquiers, vous dis-je ! C’est leur gloire, Que les placards royaux affichent sur nos murs ; L’Union qu’on proclame est leur chant de victoire […] !
»
PIERRE-JOSEPH-OLIVIER CHAUVEAU, AVOCAT, L’UNION DES CANADAS OU LA FÊTE DES BANQUIERS, 1841.
2 Pourquoi la fusion des dettes des colonies est-elle avantageuse pour le Haut-Canada ? (Voir doc. 5.) OI 4
0
265
530 km
AnECdote Kingston, capitale de la Province du Canada
Avec l’Acte d’Union, la ville de Québec perd son titre de capitale. En 1841, on décide d’installer le Parlement de la Province du Canada à Kingston, dans le Haut-Canada. Cette ville, située entre Montréal et Toronto, n’a pas d’édifice parlementaire. Les députés et les conseillers siègent donc dans un ancien hôpital. Kingston demeurera la capitale de la nouvelle colonie jusqu’en 1843.
ActivitEs OI 1 L’Assemblée législative de la Province du Canada n’est p. 460-467 pas représentative de la population du Haut-Canada et du Bas-Canada. Illustrez cette affirmation par un fait historique. (Voir doc. 6 et 12.) OI 6
N OUVE AUB R UN SWI CK
La Province du Canada est aussi souvent appelée « Canada-Uni ». On appelle parfois « Canada-Ouest » le Haut-Canada et « Canada-Est » le Bas-Canada. Il ne s’agit toutefois pas d’appellations officielles.
14 Poème d’un jeune Canadien admirateur des patriotes
AFFICHES BRITANNIQUES
uron cH La
Le territoire de la Province du Canada
Î L E - DUPRI N CE É DOUARD
A
3 Indiquez un changement territorial apporté par l’Acte d’Union de 1840. (Voir doc. 13.) OI 5 4 Les documents 8 et 9 présentent les points de vue de deux patriotes sur les relations entre les Canadiens français et la métropole britannique. En quoi ces points de vue sont-ils différents ? OI 3
à suivre Comment les activités économiques et les mouvements migratoires évolueront-ils dans la Province du Canada sous l’Acte d’Union ?
16
Rappel Dans la première moitié du 19e siècle, des dizaines de milliers de Britanniques immigrent dans le Haut-Canada et le Bas-Canada. Sur le plan économique, le commerce du bois se développe au Bas-Canada, mais l’agriculture y connaît des difficultés.
Progrès et mouvements sous l’Union En 1840, les deux principales activités économiques de la Province du Canada demeurent le commerce du bois et l’agriculture. Les politiques protectionnistes de la métropole stimulent les exportations des produits de la colonie dans l’Empire britannique. Mais le gouvernement du Royaume-Uni subit des pressions pour mettre fin à ces mesures. De plus, des conditions difficiles en Irlande poussent des centaines de milliers de personnes à s’exiler en Amérique du Nord. Comment l’économie et les transports évoluent-ils dans la Province du Canada sous l’Union ? Quels mouvements migratoires la colonie vit-elle à cette époque ?
L’adoption du libre-échange par le Royaume-Uni En 1840, la Province du Canada bénéficie encore des lois protectionnistes, comme les tarifs préférentiels et les Corn Laws, mises en place par le Royaume-Uni dans les premières décennies du 19e siècle. Ces mesures de la métropole favorisent l’achat du bois et des céréales des colonies britanniques au détriment de ceux d’autres territoires. Par exemple, les Corn Laws imposent des taxes élevées sur les céréales provenant des pays étrangers, ce qui fait monter leur prix. Ces taxes ne s’appliquent pas au blé des colonies. Ainsi, les colonies peuvent plus facilement exporter leurs surplus de blé au Royaume-Uni, puisqu’ils ne sont pas taxés et coûtent donc moins cher. Cependant, Londres met fin au protectionnisme dans les années 1840 et adopte graduellement le libre-échange : • par la diminution des tarifs sur le bois en 1842, en 1845 et en 1846 ; • par l’abolition des Corn Laws en 1846. Le Royaume-Uni ne protège donc plus l’économie de ses colonies. Cette politique survient dans un contexte où, de manière générale, la métropole réduit ses interventions dans ses colonies et tend à leur accorder davantage d’autonomie. La fin du protectionnisme a des conséquences importantes sur l’économie de la Province du Canada, puisque le bois et le blé se vendent désormais plus difficilement au Royaume-Uni. En conséquence, la colonie doit trouver d’autres marchés, par exemple les États-Unis, pour vendre ses ressources.
Pourquoi les colonies britanniques exportent-elles leurs produits surtout vers le Royaume-Uni et les États-Unis ? OI 4
?
Pourquoi abandonner les tarifs préférentiels ? Le Royaume-Uni est le premier pays à s’être industrialisé, et ses entreprises produisent de grandes quantités de biens manufacturés qu’elles veulent exporter. Afin d’accroître ses échanges commerciaux avec d’autres pays, le Royaume-Uni doit sceller avec eux des accords de libre-échange pour réduire les tarifs douaniers de part et d’autre. C’est pourquoi, dans les années 1840, de nombreux Britanniques veulent que leur pays abandonne le protectionnisme au profit du libre-échange, même si cela nuit à l’économie de certaines colonies. Ils soutiennent d’ailleurs que les colonies coûtent cher à la métropole et souhaitent que le Royaume-Uni cesse d’encadrer leur développement.
15 Destinations des produits exportés par les colonies britanniques d’Amérique du Nord au milieu du 19e siècle États-Unis (30 %)
Antilles (3 %)
Royaume-Uni Autres colonies d’Amérique (48 %) du Nord britannique Autres pays d’Europe (9 %) (10 %) R. LOUIS GENTILCORE (DIR.), GÉOGRAPHE, ATLAS HISTORIQUE DU CANADA, VOL. 2, 1993.
17
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
Les principales activités économiques
1896
Principaux produits d’exportation des colonies britanniques
Dans les années 1840, les activités liées au commerce du bois continuent de se développer. La coupe forestière, le flottage du bois sur les cours d’eau ainsi que la transformation dans les moulins à scie (ou scieries) procurent beaucoup d’emplois. On compte des milliers de scieries dans le Bas-Canada et le Haut-Canada, et l’industrie du bois de sciage est en plein essor. À cette époque, le bois équarri et le bois d’œuvre constituent environ 40 % de toutes les exportations des colonies britanniques d’Amérique du Nord. Au Bas-Canada, l’exploitation forestière est particulièrement importante dans la région de l’Outaouais et elle commence à se développer au Saguenay, sous l’impulsion d’hommes d’affaires comme William Price. Le bois est expédié à l’étranger à partir du port de Québec, qui est alors l’un des plus grands ports du monde.
Province du Canada : • Haut-Canada
Farine et bois d’œuvre
• Bas-Canada Nouveau-Brunswick Île-du-Prince-Édouard Terre-Neuve Nouvelle-Écosse
Bois équarri Bois équarri Avoine et pomme de terre Poisson Poisson
L’agriculture prospère dans le Haut-Canada. Les céréales sont transformées en farine dans des moulins et les surplus sont exportés. Toutefois, l’abolition des Corn Laws assène un dur coup aux producteurs de blé. Quant au Bas-Canada, l’agriculture s’y porte mal depuis les années 1810. Elle entre alors dans une phase de transition : la production de blé décline et d’autres productions augmentent, plus diversifiées (avoine, pomme de terre, pois, etc.). L’agriculture du Bas-Canada vise alors davantage le marché des villes et villages de la colonie que l’exportation. Par ailleurs, la population du Bas-Canada augmente plus rapidement que la production agricole. En conséquence, de nombreux travailleurs agricoles vont dans les chantiers forestiers en hiver pour subvenir aux besoins de leur famille.
16 Le bois équarri et le bois d’œuvre
À Québec, l’industrie du bois alimente le secteur de la construction navale, qui emploie des milliers de travailleurs. Financés par des marchands d’origine britannique, les chantiers navals fabriquent des bateaux qui sont exportés principalement vers le Royaume-Uni. Dans l’est du Québec, la pêche demeure une activité économique très importante et occupe une grande part des travailleurs, notamment en Gaspésie, où l’on produit de la morue séchée pour l’exportation.
17 UN MOULIN SUR LA RIVIÈRE DES OUTAOUAIS
Bois équarri
Madrier Planches
Bois d’œuvre
William Price 1789-1867
Né en Angleterre, William Price arrive au Bas-Canada comme employé d’une compagnie britannique qui fait, entre autres, le commerce du bois. Dans les années 1820, il fonde sa propre compagnie d’exportation de bois à Québec, qui prospère dans les décennies suivantes. Dans les années 1840, il réussit à s’approprier le monopole des activités forestières au Saguenay. Certains le considèrent comme le « père du Saguenay » en raison de son apport au développement de cette région.
Construits près des cours d’eau, les moulins utilisent la force du courant afin d’actionner des meules pour moudre les céréales ou encore des scies pour couper le bois.
18
AnECdote L’ouverture du canal Érié
Au 19e siècle, les ports de la Province du Canada et ceux des États-Unis se font concurrence pour devenir la plaque tournante du commerce avec l’étranger, en particulier avec l’Europe. Les États-Unis disposent d’un avantage important depuis l’ouverture du canal Érié en 1825. Sa construction est un véritable tour de force : le canal fait 584 kilomètres de long, comporte 83 écluses pour monter ou descendre un dénivelé total de plus de 180 mètres, et traverse la chaîne de montagne des Appalaches. Le canal permet aux bateaux de circuler entre le lac Érié et le fleuve Hudson, puis de se rendre jusqu’au port de New York. Le canal Érié avantage le port de New York au détriment des ports de la Province du Canada, puisqu’en 1825, la navigation n’est pas possible entre le lac Érié et le fleuve Saint-Laurent.
18 Vue du canal Érié en 1839
Canalisation Aménagement d’un système de canaux qui permettent d’améliorer la circulation des bateaux.
Le développement des transports L’Acte d’Union favorise le développement des voies de transport commercial du Haut-Canada et du Bas-Canada. Puisque la Province du Canada constitue une seule colonie disposant de tous les revenus de douanes, elle peut entreprendre de grands projets de canalisation sur le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs. Pour les marchands, l’amélioration des voies de transport est essentielle afin d’exporter vers le Royaume-Uni et les Antilles les produits de la colonie, notamment les produits agricoles du Haut-Canada. Les marchands de Montréal souhaitent même que les produits des États-Unis puissent ainsi circuler par le Saint-Laurent plutôt que par les réseaux de transport américains. Pour permettre le passage de gros bateaux, on creuse plus profondément certains canaux au cours des années 1840 en plus d’en construire de nouveaux. Afin de financer ces infrastructures, le gouvernement doit emprunter 1,5 million de livres sterling (7 millions de dollars) à Londres en 1841. En 1848, au terme des travaux, les bateaux peuvent enfin circuler du fleuve Saint-Laurent jusqu’au lac Érié. Le transport par bateau nécessite l’aménagement de plusieurs ports, où les bateaux transbordent les marchandises de commerce. Les villes portuaires bénéficient de cette activité commerciale : plusieurs entreprises s’établissent à proximité des ports de la colonie. De plus, puisqu’on y décharge beaucoup de marchandises, on aménage près des ports des marchés publics, par exemple le marché Finley à Québec. Les travaux de canalisation permettent d’accroître les échanges entre le port de Montréal et ceux du Haut-Canada, ce qui donne une importance nouvelle au port de Montréal, car c’est là que transitent les produits en provenance du Haut-Canada.
19 Vue du port de Montréal en 1841
Dénivelé Différence d’altitude entre deux endroits. Transborder Transférer des marchandises d’un moyen de transport à un autre.
Les travaux de canalisation dans les années 1840
Canaux existants agrandis • Canal Lachine • Canal Rideau • Canal Welland Nouveaux canaux construits • Canal Cornwall (1843) • Canal Chambly (1843) • Canal Beauharnois (1845) • Canaux Williamsburg (1847)
20 Entrée de Toronto en 1840 La ville de York est renommée « Toronto » en 1834. Comme Québec et Montréal, elle constitue un important port commercial.
19
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Dans les années 1840, le transport par train se développe. Il s’ajoute au bateau pour le transport des personnes et des marchandises. En 1840, la Province du Canada a seulement 26 kilomètres de voies ferrées : un chemin de fer qui relie depuis 1836 le village de Saint-Jean-sur-Richelieu et le village de La Prairie. Il permet aux voyageurs partant de Montréal de se rendre au port de Saint-Jean-sur-Richelieu, pour ensuite prendre un bateau jusqu’à New York par la rivière Richelieu, le lac Champlain et le fleuve Hudson. La concurrence avec les États-Unis pousse la Province du Canada à développer son propre réseau de chemins de fer. Les premiers chemins de fer servent de compléments au transport fluvial et maritime, et plusieurs tronçons se rattachent au réseau américain.
21 Évolution de la longueur des lignes de chemins de fer dans les années 1840 1840
1850
Province du Canada
26 km
106 km
États-Unis
4 530 km
14 500 km
MAURICE SAINT-YVES, GÉOGRAPHE, ATLAS DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DU CANADA, 1982, ET MAURICE PARDÉ, GÉOGRAPHE, « LES CHEMINS DE FER DES ÉTATS-UNIS », DANS ANNALES DE GÉOGRAPHIE, 1947.
22 Le premier train au Canada, La Prairie Le télégraphe Dans les années 1840, le télégraphe est une nouvelle technologie qui permet de communiquer un signal sonore par des fils électriques. Ainsi, on peut transmettre des messages à l’aide du code morse sur de grandes distances. En 1847, les deux premières lignes télégraphiques au Canada relient Toronto, Montréal et Québec. Les lignes télégraphiques suivent généralement les voies ferrées.
23 Les réseaux de transport vers 1848
P R OV I NC E DU C A NA DA
Légende Canaux Chemins de fer Principaux ports
Williamsburg Cornwall
HAUT-C ANAD A
Cobourg Port Hope
ÉTATS-UNIS
Toronto
Le canal Welland permet de contourner les chutes Niagara et d’atteindre le lac Érié par le lac Ontario. Chatham
Lac Ontario
Hamilton
Welland
Lac Érié
Érié
Oswego
nt
Le premier chemin de fer canadien relie La Prairie et Saint-Jean-sur-Richelieu.
Rivière Richelieu
Lachine Beauharnois Lac Champlain
Kingston
u re -La int Sa
Montréal
Rideau
Le canal Rideau relie la rivière des Outaouais et le lac Ontario.
120 km
is aoua e d e s Out
Champlain ve Hu d on s
60
Riviè r
Vers New York
Fle u
0
BAS -C ANAD A
Fle uve
Québec
Chambly
Le canal Chambly permet aux bateaux d’atteindre le lac Champlain.
20
L’immigration transatlantique Migration Déplacement d’une personne ou d’un groupe de personnes d’un endroit à un autre pour des raisons économiques, politiques ou culturelles. Typhus Maladie contagieuse et grave, qui peut être transmise des rongeurs aux humains par les poux, les puces et les acariens.
24 Proportion d’anglophones dans la Province du Canada L’immigration britannique dans le Haut-Canada et le Bas-Canada fait augmenter la majorité anglophone dans la colonie. Anglophones
1840 1850
55 % 64 %
JACQUES LACOURSIÈRE, JEAN PROVENCHER ET DENIS VAUGEOIS, HISTORIENS, CANADA-QUÉBEC 1534-2000, 2001.
?
Pourquoi la proportion d’anglophones augmente-t-elle dans les années 1840 ? OI 4
Dans les années 1840, l’Amérique du Nord connaît une grande vague de migration en provenance du Royaume-Uni. Les immigrants viennent d’Angleterre, d’Écosse, et surtout de l’Irlande, qui connaît des difficultés socio-économiques importantes : sa population, à 80 % rurale, est en croissance, et il n’y a pas assez de terres et d’emplois pour subvenir à ses besoins. De plus, à partir de 1845, une grande famine affecte l’Irlande. La pomme de terre, aliment de base des Irlandais, est attaquée par un parasite qui détruit les récoltes. Selon les estimations des historiens, la « famine de la pomme de terre » aurait fait plus d’un million de morts en cinq ans. Cette situation explique l’augmentation de l’immigration irlandaise dans la Province du Canada, surtout en 1847. À cause des piètres conditions d’hygiène des navires qui les transportent, les immigrants sont touchés par des épidémies. En 1847, le typhus tue environ le tiers des 60 000 immigrants irlandais qui passent par le poste de quarantaine de La Grosse Île, à environ 50 kilomètres de Québec. La majorité des personnes qui quittent le Royaume-Uni et traversent l’Atlantique se rendent aux États-Unis. Celles qui entrent au Canada s’établissent surtout dans le Haut-Canada, notamment en raison de l’abondance de terres. Les immigrants qui choisissent le Bas-Canada s’installent souvent dans des régions où il y a déjà des communautés anglophones, comme à Montréal ou dans les Cantons-de-l’Est où ils font de l’agriculture. Les Irlandais sont les plus pauvres des immigrants britanniques. Ils sont catholiques et la majorité des hommes sont des travailleurs non qualifiés. Ils travaillent surtout dans les chantiers forestiers, les chantiers de construction des canaux ou encore les chantiers maritimes, avec des Canadiens français. L’immigration britannique a pour effet d’augmenter la proportion d’anglophones dans la Province du Canada. Au Bas-Canada, les Canadiens français demeurent majoritaires grâce à un accroissement naturel élevé. Toutefois, des milliers d’entre eux émigrent vers les États-Unis pour tenter d’améliorer leur sort.
25 Provenance des immigrants britanniques débarquant au port de Québec, 1840 à 1848
26 Des immigrants attendant d’embarquer pour l’Amérique
Nombre d’immigrants
60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 0
1840 Angleterre
1841
1842 Irlande
1843
1844
1845
1846
1847
1848
Écosse
JOHN A. DICKINSON ET BRIAN YOUNG, HISTORIENS, BRÈVE HISTOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC, 2009.
Ces données indiquent de quelle région du Royaume-Uni sont partis les immigrants. Parmi ceux qui partent des ports d’Angleterre, plusieurs sont irlandais. Des historiens estiment que 60 % des immigrants sont des Irlandais, 20 %, des Anglais et 20 %, des Écossais.
21
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Les Premières Nations La croissance de la population coloniale se fait au détriment des peuples autochtones, car des colons empiètent sur leurs terres. À cette époque, la population des Premières Nations est en déclin au Bas-Canada : la mortalité est généralement plus élevée que la natalité. Depuis les années 1830, des Autochtones réclament des terres qui leur seraient réservées. Ils présentent de nombreuses pétitions et demandent des compensations pour les territoires de chasse perdus à cause de la colonisation. En 1842, les autorités coloniales mettent sur pied une commission d’enquête, la commission Bagot, sur la gestion des populations autochtones. En 1844, la commission propose dans son rapport des moyens pour assimiler les Autochtones, dont leur sédentarisation, le développement de l’agriculture et l’éducation des enfants.
27 Les demandes des Premières Nations
« Les Algonquins et les Népissingues […] sont durant plusieurs années
les chefs de file de ce mouvement pétitionnaire, rédigeant la quasi-totalité des requêtes portant sur les questions territoriales avant 1840. Cela n’est pas étonnant, car leurs territoires de chasse sont situés dans la vallée de l’Outaouais, l’une des régions qui subissent le plus rapidement les contrecoups de l’industrie forestière.
»
ALAIN BEAULIEU, HISTORIEN, « LA CRÉATION DES RÉSERVES INDIENNES AU QUÉBEC », DANS LES AUTOCHTONES ET LE QUÉBEC : DES PREMIERS CONTACTS AU PLAN NORD, 2013.
28 Extrait du rapport de la Commission Bagot Ce témoignage présenté devant la commission révèle le point de vue d’un missionnaire protestant sur les Autochtones.
« Il est notoire que les parents en général n’exercent que peu ou point
de contrôle sur leurs enfants, et qu’ils les laissent faire ce qu’ils veulent. Abandonnés ainsi à leur propre volonté, ils n’ont que trop souvent à [faire que d’] errer dans les bois avec leurs arcs et leurs flèches, à accompagner leurs parents dans leurs excursions de chasse. […] Sous ces circonstances, je désirerais beaucoup qu’il fut établi parmi ces gens des Écoles de Travail Manuel qui auraient l’effet de les discipliner convenablement […].
»
PETER JONES, MISSIONNAIRE PROTESTANT, DANS RAPPORT SUR LES AFFAIRES DES SAUVAGES EN CANADA, 1847.
La Commission Bagot sur les Affaires indiennes Au début des années 1840, les autorités britanniques se questionnent sur la manière de gérer les Autochtones sur le territoire colonial. Aux yeux des Britanniques, non seulement les Autochtones ne représentent plus des alliés militaires stratégiques, mais leur présence nuit aussi parfois à la colonisation. En 1842, le gouverneur Charles Bagot met sur pied une commission sur l’administration des « Affaires indiennes ». En 1844, la commission dépose un rapport dans lequel elle fait de nombreuses recommandations. Entre autres, elle suggère de favoriser l’éducation des jeunes Autochtones pour leur apprendre la langue et les coutumes des « Blancs », et pour les évangéliser. Pour ce faire, la commission recommande de mettre sur pied à leur intention des pensionnats dirigés par des communautés religieuses. Les enfants seraient retirés de leur environnement familial et hébergés dans ces écoles. Ce retrait du cadre familial favoriserait ainsi, à moyen terme, l’assimilation des Autochtones.
Pensionnat École dans laquelle les élèves sont nourris et logés.
Pour quelle raison ce missionnaire souhaite-t-il établir des écoles pour les enfants autochtones ? OI 4
?
ActivitEs OI 1 Pourquoi l’abandon du protectionnisme par le Royaume-Uni affecte-t-il l’économie des colonies ? (Voir doc. 15.) OI 4
p. 460-467
2 Dans les années 1840, quelles sont les deux principales activités économiques dans la Province du Canada ? (Voir doc. 17.) OI 1
3 Indiquez une différence entre le réseau de chemins de fer de la Province du Canada et celui des États-Unis entre 1840 et 1850. (Voir doc. 21.) OI 3 4 Que réclament les Autochtones des Premières Nations dans les années 1840 ? (Voir doc. 27.) OI 1
à suivre Alors que la population anglophone augmente dans la colonie, quels courants de pensée circulent chez les Canadiens français ?
22
Rappel Lors des soulèvements de 1837 et 1838, le haut clergé demande aux catholiques de rester fidèles à la métropole britannique et de ne pas participer aux rébellions des patriotes.
La foi et la nation Depuis la Conquête de 1760, le clergé catholique s’est montré coopératif avec les autorités britanniques, de peur de perdre des privilèges comme la perception de la dîme. L’Église connaît toutefois une période difficile dans les premières décennies du 19e siècle : elle manque de prêtres et les soulèvements de 1837 et 1838 ont affaibli son autorité. Comment l’influence de l’Église évolue-t-elle dans les années 1840 ? Quels mouvements de pensée animent alors la société du Bas-Canada ?
La présence de l’Église catholique Dans les années 1840, l’Église profite de l’échec des rébellions des patriotes au Bas-Canada. En effet, une partie importante de l’élite laïque canadienne, qui a participé à ce mouvement, a quitté la colonie ou s’est retirée des affaires publiques. Puisque l’Église s’est rangée du côté du pouvoir britannique durant les soulèvements, elle bénéficie de la confiance et du soutien des autorités coloniales. De plus, même s’il est en désaccord avec l’Union de 1840, le clergé poursuit sa politique de collaboration avec les autorités. Dans ce contexte, le gouvernement accède aux demandes de l’Église en matière d’éducation : le système d’éducation est confessionnel (écoles catholiques et protestantes). L’Église obtient également un droit de regard sur les manuels scolaires et sur le choix des enseignants laïques. Les communautés religieuses assurent une part grandissante de l’enseignement primaire, et la majeure partie des élites canadiennes-françaises sont formées dans des collèges qui sont sous l’autorité directe du clergé. À partir de 1840, l’Église catholique rétablit son autorité morale dans la société canadienne-française. La pratique religieuse s’intensifie et les effectifs religieux augmentent. Plusieurs nouveaux prêtres sont formés et le nombre de femmes qui entrent dans les communautés religieuses s’accroît. Le nouvel évêque de Montréal, Ignace Bourget, se rend en Europe et en ramène 73 religieux et religieuses de communautés diverses.
29 Recrutement des effectifs religieux dans la région de Montréal Ces données comprennent les nouveaux prêtres ainsi que les nouveaux membres des communautés religieuses catholiques, aussi appelés « frères » et « sœurs ».
Nombre de personnes
250 200 150 100 50 0
1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 Années Hommes Femmes
LOUIS ROUSSEAU, THÉOLOGIEN, ET FRANK W. REMIGGI, GÉOGRAPHE, ATLAS HISTORIQUE DES PRATIQUES RELIGIEUSES, 1998.
Pourquoi le recrutement des effectifs religieux augmente-t-il dans les années 1840 ? OI 4
?
Ignace Bourget 1799-1885
Nommé évêque de Montréal en 1840 pour succéder à Jean-Jacques Lartigue, Ignace Bourget entreprend d’améliorer la situation de l’Église catholique au Canada. Il fait des voyages en Europe, notamment à Rome et en France, où il recrute des religieux et des religieuses qui viennent s’établir au Bas-Canada. Pendant les 26 années que cet évêque passe à la tête du diocèse de Montréal, l’Église catholique connaît un regain de prestige dans la colonie. Confessionnel Qui relève d’une religion. Laïque Qualifie une personne qui ne fait pas partie du clergé.
Des missions catholiques et protestantes Dans la première moitié du 19e siècle, l’Église catholique et les Églises protestantes poursuivent l’évangélisation des Autochtones, tant dans la Province du Canada que dans les territoires situés plus à l’ouest. Au Bas-Canada, l’évêque catholique Bourget confie à la communauté des Oblats des missions dans des régions comme la Mauricie, le Témiscamingue et le Saguenay. Cette communauté ouvre des missions dans le nord-ouest, près des forts de la Compagnie de la Baie d’Hudson fréquentés par des Métis et des Autochtones des Premières Nations. Les missions catholiques et protestantes se livrent une vive concurrence sur tout le territoire britannique en Amérique du Nord pour convertir les Autochtones.
23
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Les communautés religieuses féminines Des communautés religieuses d’Europe viennent s’implanter dans la Province du Canada, dont plusieurs congrégations féminines. De plus, des religieuses canadiennes-françaises fondent de nouvelles congrégations. Durant les années 1840, le nombre de religieuses double, atteignant près de 4 000. Quelques congrégations religieuses féminines implantées dans les années 1840 Congrégations originaires d’Europe
• • •
Les Dames du Sacré-Cœur (enseignement) Les Sœurs de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur (aide aux démunis) Les Sœurs de Sainte-Croix (enseignement)
Nouvelles congrégations canadiennes-françaises
• • • •
Les Sœurs de la Providence (aide aux démunis) Les Sœurs de la Miséricorde (aide aux mères et aux enfants abandonnés) Les Sœurs de Sainte-Anne (enseignement) Les Sœurs de la Charité de Québec (aide aux orphelins et aux démunis)
Au 19e siècle, les communautés religieuses jouent un rôle social primordial puisqu’elles assurent des services que les autorités coloniales et municipales ne fournissent pas : les soins hospitaliers, l’éducation et l’aide aux démunis. Elles mettent sur pied des œuvres pour venir en aide aux chômeurs, aux mendiants, aux itinérants, aux orphelins, etc. Grâce à des dons privés et au soutien des autorités publiques, en particulier les autorités municipales, elles ouvrent des hôpitaux, des asiles et des orphelinats. Les communautés religieuses féminines constituent aussi une option pour de nombreuses jeunes femmes qui ne désirent pas se marier et avoir des enfants. Par ailleurs, certaines femmes exercent au sein de ces congrégations des postes de direction majeurs, comme ceux de supérieure générale ou de directrice générale des études.
trace du passé
Les chapelles de procession
Les chapelles sont de petits édifices religieux. Aux 18e et 19e siècles, les chapelles de procession honorent un personnage saint et servent lors d’une célébration catholique appelée la « Fête-Dieu ». Ces petits édifices religieux témoignent de la pratique catholique à l’époque du Régime britannique. Souvent situées à l’extrémité d’un village, les chapelles de procession constituent une particularité architecturale du Québec, le seul endroit où on en trouve en Amérique du Nord. La chapelle de procession Sainte-Anne, à Neuville, près de Québec, a été construite dans la première moitié du 19e siècle et est reconnue comme immeuble patrimonial du Québec.
30 La chapelle de procession Sainte-Anne
Marie Fisbach 1806-1885
Issue d’une famille pauvre, Marie Fisbach travaille comme servante dès l’âge de 13 ans. Elle se marie en 1828, a trois enfants, puis devient veuve à l’âge de 26 ans. En 1846, lorsque ses filles se joignent à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec, elle y devient pensionnaire. Puis, en 1850, Marie Fisbach ouvre un asile pour accueillir les femmes sorties de prison, appuyée par une jeune orpheline irlandaise, Mary Keogh. Cette œuvre deviendra, en 1856, une nouvelle communauté religieuse consacrée aux femmes démunies, qu’on appellera communément les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec.
Congrégation Association de religieux ou de religieuses se consacrant à la prière ou à des œuvres de charité. Synonyme de communauté religieuse. Procession Suite de personnes qui se déplacent d’un lieu à un autre pour accomplir un rituel, soit par la prière ou par le chant.
Les Sœurs de la Providence Fondée à Montréal en 1843 par la religieuse Émilie Gamelin à la demande de l’évêque Ignace Bourget, la Congrégation des Sœurs de la Providence est vouée à l’aide aux pauvres, aux malades, aux orphelins, aux prisonniers, aux sourds-muets et aux personnes âgées. La communauté s’établit d’abord au Bas-Canada avant d’étendre ses activités dans d’autres colonies britanniques d’Amérique du Nord, aux États-Unis et au Chili.
31 Émilie Gamelin,
fondatrice des Sœurs de la Providence
24
Deux idéologies opposées Au moment où l’Église catholique est en plein essor et cherche à accroître son influence, elle subit les critiques de certains Canadiens français aux idées libérales.
L’ultramontanisme L’ultramontanisme est un courant de pensée selon lequel le pouvoir de l’Église doit être supérieur au pouvoir de l’État. Pour ses partisans, le catholicisme exige une pratique rigoureuse, et les fidèles doivent se soumettre à l’autorité du pape. Les ultramontains s’opposent aux idées libérales.
32 L’église Notre-Dame de Montréal vers le milieu du 19e siècle Index Liste de livres dont l’Église catholique interdit la lecture à ses fidèles. Ultramontanisme Courant de pensée qui affirme la prédominance du pouvoir spirituel de l’Église catholique sur le pouvoir de l’État.
Les idées ultramontaines
• • • •
Reconnaissance de l’autorité du Pape Supériorité de l’Église sur l’État Respect strict des rituels et des interdits religieux Intervention de l’Église dans l’éducation
33 L’ultramontanisme et l’éducation
« […] l’éducation religieuse doit
être l’essentiel et l’instruction intellectuelle seulement l’accessoire, et le pouvoir civil doit donc bien se garder de vouloir absorber l’autorité religieuse, si l’on veut que ces deux influences puissent marcher ensemble.
»
Les mélanges religieux, 7 mars 1845.
34 Le carême brisé, 1848 Cette peinture montre un curé surprenant des habitants en train de manger pendant le carême, alors que l’Église impose le jeûne à ses fidèles. Réalisée par le peintre canadien Cornelius Krieghoff, qui a produit de nombreuses scènes de la vie quotidienne au 19e siècle, elle illustre à la fois le contrôle exercé par le clergé et les efforts de certains pour y échapper.
Vers le milieu du 19e siècle, l’ultramontanisme se répand dans la Province du Canada et donne lieu à un « réveil religieux ». On s’attend des catholiques qu’ils respectent les rituels religieux (jeûne, assistance aux messes). L’Église encadre strictement ses fidèles. De plus, le clergé exerce un contrôle accru sur l’éducation et les évêques interviennent de plus en plus dans le domaine politique. Sous l’impulsion de cette idéologie, l’Église s’attaque aux livres qui figurent à l’Index. Il s’agit d’une liste de livres qui remettent en cause, d’une manière ou d’une autre, des doctrines de l’Église catholique. Ainsi, le clergé interdit plusieurs auteurs, notamment les philosophes des Lumières comme Voltaire, Diderot, Montesquieu et Rousseau, qui prônent la liberté, la raison, la tolérance et l’instruction. En 1844, pour inciter les catholiques à s’en tenir aux livres autorisés par l’Église, un religieux sulpicien fonde l’Œuvre des bons livres. Il s’agit d’une bibliothèque qui compte, dès son ouverture, environ 2 500 livres, un nombre qui augmente très rapidement par la suite. Par ailleurs, des journaux religieux sont fondés, par exemple Les Mélanges religieux. Ces journaux expriment des idées souvent proches de l’ultramontanisme et militent en faveur de l’influence politique de l’Église et du maintien de ses pouvoirs, notamment en éducation.
25
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
L’anticléricalisme Au 19e siècle, les défenseurs des idées libérales, appelés libéraux, dénoncent la trop grande influence du clergé, surtout en éducation. Ils réclament la laïcisation. Au Bas-Canada, les libéraux les plus radicaux sont appelés les « rouges ». Ils reprochent ouvertement au clergé de se mêler d’affaires politiques alors qu’il devrait, selon eux, se limiter aux questions de moralité et de religion. L’anticléricalisme des libéraux en général, et des rouges en particulier, donne lieu à plusieurs affrontements avec l’Église. En 1844, de jeunes libéraux canadiens-français fondent l’Institut canadien de Montréal. L’organisme a pour mission de promouvoir la culture canadienne-française, les arts et l’éducation par des conférences et des débats. Ces événements diffusent les principales idées de l’organisme, comme la laïcisation, l’abolition de la peine de mort et l’éducation gratuite et obligatoire. Des libéraux réclament même l’abolition de la dîme, affirmant que le clergé est trop riche. Parmi les conférenciers, on trouve à la fois des libéraux modérés et des rouges. La plupart sont d’anciens patriotes, comme Wolfred Nelson, Étienne Parent et Augustin Norbert-Morin. L’Institut canadien de Montréal possède une bibliothèque de 1 300 livres, en plus des journaux, disponibles pour les abonnés. Le fait qu’il détienne des livres qui sont à l’Index lui mérite la condamnation de l’évêque de Montréal, Ignace Bourget. En 1848, l’Institut canadien de Québec est fondé. Il a la même mission culturelle que celui de Montréal. Certains journaux prônent les idées libérales et deviennent les porte-voix des libéraux, qui s’y expriment publiquement. En 1847, par exemple, de jeunes libéraux de Montréal, qui ont pour la plupart moins de 25 ans, fondent le journal L’Avenir, ouvertement anticlérical.
« Si la partie morale de l’enseignement appartient aux ministres de la religion, celle de la partie instructive appartient à la patrie, cette grande réunion de tous les intérêts. »
Anticléricalisme Courant de pensée qui s’oppose à l’intervention du clergé dans les affaires publiques. Laïcisation Retrait de l’influence de l’Église au sein de certaines institutions, comme les écoles, les hôpitaux ou le gouvernement. Synonyme de « séparation de l’Église et de l’État ».
Les idées libérales
• • • •
Liberté de penser Liberté de religion Liberté d’expression Liberté de commerce
• • • •
Droit à l’éducation Droit de vote Droit à la propriété Égalité des citoyens
Jean-Baptiste-Éric Dorion 1826-1866
L’état
37 Le point de vue de L’Avenir sur l’éducation
« Il est également contre l’intérêt de la société et des individus d’occuper
le temps court et précieux de la jeunesse à étudier des sciences qui n’ont que peu de rapport avec l’autre partie de son existence, en négligeant celles dont elle devrait faire plus tard un usage journalier et pratique. […] Dans plusieurs pays, mais particulièrement en Canada, on se contente d’une éducation générale et indéfinie, en négligeant cette instruction spéciale et pratique adaptée à ses besoins. [...] La masse du peuple de nos campagnes est cultivateur. Eh bien, que la plus grande partie de l’instruction ait rapport à la culture, à l’économie domestique, aux arts et métiers.
»
L’Avenir, 27 novembre 1847.
de 1847 à 1852
membres du clergé
36 La place du clergé dans l’enseignement
L’Avenir, 4 décembre 1847.
35 Le journal L’Avenir, publié
Matières scolaires comme le grec, le latin, la poésie, le calcul, la grammaire et l’histoire
Jean-Baptiste-Éric Dorion grandit dans une famille aux idées libérales. Il s’engage très jeune dans les débats politiques : il a 18 ans lorsqu’il participe à la fondation de l’Institut canadien de Montréal, et 20 ans lorsqu’il fonde le journal L’Avenir. Dorion milite pour un meilleur développement du commerce, de l’industrie et de l’agriculture. Il prône aussi des réformes radicales, comme l’abolition de la dîme et du régime seigneurial, ainsi que l’indépendance du Canada. Ses positions l’amènent souvent à affronter le clergé et les libéraux modérés.
26
Le nationalisme de survivance L’échec des patriotes et l’Acte d’Union de 1840 provoquent une réaction défensive chez plusieurs Canadiens français, qui sentent leur identité menacée par la volonté d’assimilation de la métropole britannique. Un nouveau courant de pensée émerge alors : le nationalisme de survivance. Ce nationalisme cherche à préserver la langue, la religion, les coutumes et les traditions des Canadiens français. Pour l’Église, c’est la religion catholique qui constitue le pilier principal de la nation canadienne-française. Ainsi, elle associe le catholicisme à la survie de la nation, une conception que ne partagent pas tous les nationalistes, en particulier ceux aux idées libérales. Toutefois, à partir des années 1840, L’Église catholique réussit à s’imposer comme le principal défenseur de la nation canadienne-française. L’importance de l’Église est donc renforcée aux yeux de ceux qui souhaitent préserver les particularités de la nation. Au nom du nationalisme de survivance, le clergé catholique incite les fidèles à adhérer à ses principes afin de sauver la nation canadienne-française : le respect des valeurs traditionnelles, les familles nombreuses, l’obéissance aux autorités et le contrôle des institutions sociales (écoles et hôpitaux) par l’Église. Les partisans du nationalisme de survivance sont très attachés à l’histoire de la Nouvelle-France, d’où les Canadiens français tirent leurs origines. Cette époque représente pour eux un grand idéal construit autour de l’apport des ancêtres venus de France qui ont édifié la colonie et ont subsisté malgré la menace posée par certains groupes autochtones. Par ailleurs, le nationalisme de survivance glorifie la résistance des Canadiens aux Britanniques lors de la Conquête, puis aux Américains lors de leurs tentatives d’invasion de la colonie.
39 Un fermier et son épouse en 1841 Le nationalisme de survivance préconise la vie à la campagne, où l’influence du clergé est plus importante qu’en ville.
38 Le temps des sucres au Canada, au milieu du 19e siècle Le nationalisme de survivance valorise les traditions canadiennes-françaises issues de l’époque de la Nouvelle-France.
Nationalisme Sentiment d’appartenance à une nation. Nationalisme de survivance Sentiment d’appartenance à une nation menacée de disparaître. Ce nationalisme prône la résistance aux changements culturels et le maintien des traditions.
40 La nation canadienne-française selon l’Église catholique
« Toute l’Église […] s’entend
pour considérer la nation d’abord comme une entité culturelle. Communauté […] caractérisée par l’unité de religion, de langue et de coutumes, la nation, aux yeux du clergé, ne doit pas sa perpétuation à l’État, mais à sa cohésion interne et à une volonté farouche de préserver ses traits culturels et ses institutions.
»
LUCIA FERRETTI, HISTORIENNE, BRÈVE HISTOIRE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU QUÉBEC, 1999.
Selon le clergé catholique, qu’est-ce qui explique la survie de la nation canadienne-française ? OI 4
?
27
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Le nationalisme canadien-français s’exprime aussi à travers les arts et la littérature. De jeunes intellectuels s’appliquent à mettre en valeur l’histoire et la culture canadiennes-françaises, et se réjouissent des efforts consacrés à leur sauvegarde. En 1845, François-Xavier Garneau publie Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours en réaction au rapport Durham de 1839, où il est écrit que les Canadiens français forment un peuple « sans histoire et sans littérature ». Garneau veut démontrer, par cet ouvrage, que Lord Durham avait tort et que les Canadiens français ont une histoire riche.
41 François-Xavier Garneau
Par ailleurs, des associations font la promotion de la culture canadienne-française et de l’éducation. L’association « Aide-toi et le ciel t’aidera », créée en 1834 par Ludger Duvernay, devient la Société Saint-Jean-Baptiste dans les années 1840.
42 Un Canadien errant
43 L’objectif de la publication d’Histoire du Canada L’extrait qui suit est tiré d’une lettre de François-Xavier Garneau au gouverneur de la Province du Canada.
« J’ai entrepris ce travail dans le but de rétablir la vérité si souvent défigurée
et de repousser les attaques et les insultes dont mes compatriotes ont été et sont encore journellement l’objet de la part d’hommes qui voudraient les opprimer et les exploiter tout à la fois. J’ai pensé que le meilleur moyen d’y parvenir était d’exposer tout simplement leur histoire.
»
FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU, HISTORIEN ET POÈTE, LETTRE À LORD ELGIN, 19 MAI 1849.
44 La Conquête racontée par Garneau
« Malgré la perte de leur capitale (Québec), que les Canadiens attribuèrent
à la trahison, ces braves gens […] aussi Français de cœur que s’ils avaient vécu au milieu de la France, ne désespérèrent point. Quoique Québec eût été détruit par le bombardement […] ; que les habitants de ces campagnes eussent perdu leurs maisons, leurs meubles, presque tous leurs bestiaux, […] les Canadiens ne parlèrent point de poser les armes ; ils demandèrent à marcher encore au combat : […] c’était la détermination indomptable de cette race à laquelle appartiennent une partie des Canadiens, et dont Napoléon appréciait tant la bravoure, le caractère et le dévouement sans bornes.
»
FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU, HISTORIEN ET POÈTE, HISTOIRE DU CANADA depuis sa découverte jusqu’à nos jours, 1845.
Animaux de ferme
En 1842, Antoine Gérin-Lajoie, un étudiant de 18 ans membre de l’Institut canadien, compose cette chanson en mémoire des patriotes condamnés et exilés après les rébellions de 1837 et 1838.
« Un Canadien errant,
Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers. [...] Un jour, triste et pensif, Assis au bord des flots, Au courant fugitif Il adressa ces mots : “ Si tu vois mon pays, Mon pays malheureux, Va dire à mes amis Que je me souviens d’eux. ”
»
Antoine Gérin-Lajoie, journaliste et écrivain, Un Canadien errant, 1845.
Relevez des mots ou des expressions qui révèlent que le point de vue de Garneau est favorable aux Canadiens français. OI 6
?
ActivitEs OI 1 Les documents 33 et 37 présentent la position de p. 460-467 deux journaux d’opinion. Sur quel point précis sont-ils en désaccord ? OI 3
2 Quels rôles les communautés religieuses féminines jouent-elles au Bas-Canada ? (Voir doc. 31.) OI 1 3 Quels facteurs expliquent le renforcement de l’influence de l’Église catholique dans les années 1840 ? (Voir doc. 29.) OI 4
4 Quels acteurs, groupes, journaux ou institutions défendent les courants de pensée suivants ? OI 6 a) L’ultramontanisme b) Le libéralisme et l’anticléricalisme 5 Dans quel but François-Xavier Garneau publie-t-il un ouvrage sur l’histoire du Canada en 1845 ? (Voir doc. 43.) OI 4
à suivre Maintenant que les députés du Haut-Canada et du Bas-Canada siègent à la même assemblée législative, leurs relations seront-elles cordiales ou conflictuelles ?
28
Rappel En 1840, le Parlement de Londres adopte l’Acte d’Union sans inclure le principe de responsabilité ministérielle. Il préserve ainsi son autorité sur le gouvernement colonial.
S’allier pour une cause commune Après l’adoption de l’Acte d’Union, des hommes politiques du Haut-Canada et du Bas-Canada revendiquent la responsabilité ministérielle pour accroître le pouvoir politique des représentants élus. Sans la responsabilité ministérielle, c’est principalement le gouverneur général et les membres qu’il nomme aux conseils qui exercent le pouvoir. Quels hommes politiques demandent la responsabilité ministérielle ? Quels moyens prennent-ils pour l’obtenir ? Comment la responsabilité ministérielle modifie-t-elle le fonctionnement de la structure politique en place sous l’Union ?
L’alliance des réformistes
Robert Baldwin
Les hommes politiques de la Province du Canada forment deux principaux groupes : les réformistes et les conservateurs. Les réformistes sont en général issus de la bourgeoisie professionnelle, à la fois dans le Haut-Canada et le Bas-Canada. Ils cherchent à modifier le fonctionnement politique de la colonie. Quant aux conservateurs, aussi appelés « tories », ils gravitent souvent autour du gouverneur en vue d’obtenir des avantages politiques et économiques. Favorables au maintien de l’Acte d’Union, les conservateurs résistent aux changements, en particulier ceux qui risquent de réduire leurs privilèges. Dans le Bas-Canada, les conservateurs défendent surtout les intérêts de la bourgeoisie marchande anglophone. Dans le Haut-Canada, ils protègent les intérêts des descendants des loyalistes, un groupe surnommé le « Family Compact ».
Robert Baldwin devient avocat en 1825. Il est élu député pour la première fois en 1830 et est réélu plusieurs fois par la suite, en plus d’être nommé à divers autres postes politiques. Au début des années 1840, les réformistes du Haut-Canada le choisissent pour chef. En 1848, il devient co-premier ministre de la section du Haut-Canada. Après des désaccords avec certains députés réformistes, il démissionne en 1851.
Lors des élections de 1841, le gouverneur, Lord Sydenham, tente d’influencer le vote pour faire élire des députés conservateurs. Pour ce faire, il a recours à des moyens frauduleux comme l’achat de votes et l’installation de bureaux de vote dans des villages qui lui sont favorables. De plus, le gouverneur exerce sa mainmise sur le gouvernement de la Province du Canada, ce qui mécontente certains hommes politiques.
Louis-Hippolyte LaFontaine
Les agissements du gouverneur ont comme effet de rapprocher les réformistes des deux Canadas, qui réclament un gouvernement responsable, plus autonome par rapport à la métropole. Les deux groupes ont des motivations complémentaires. Les réformistes du Haut-Canada, dirigés par Robert Baldwin, veulent un gouvernement responsable pour avoir un meilleur contrôle des finances et ainsi éviter la corruption et les dépenses superflues. Quant aux réformistes du Bas-Canada, menés par Louis-Hippolyte LaFontaine, ils souhaitent assurer un pouvoir politique aux Canadiens français. Deux groupes d’hommes politiques opposés après 1840
Les réformistes : qui sont-ils ? Les conservateurs : qui sont-ils ? Haut-Canada Réformistes qui demandaient déjà la Hommes politiques issus du Family Compact responsabilité ministérielle dans les années 1830 Bas-Canada
Surtout des anciens patriotes
Surtout des anciens membres du Parti des bureaucrates issus de la clique du Château
1804-1858
1807-1864
Louis-Hippolyte LaFontaine devient avocat en 1828. Il est élu député pour la première fois en 1830. Il appuie alors le Parti patriote. En 1840, il lance un programme politique réformiste aux élections du Bas-Canada réclamant le gouvernement responsable. Un peu plus tard, il occupe la fonction de chef des réformistes du Bas-Canada et il revendique la reconnaissance du français en prononçant un discours en français au Parlement, malgré le fait que seul l’anglais y soit reconnu. En 1848, il devient co-premier ministre de la section du Bas-Canada selon les principes du gouvernement responsable. Malade, il démissionne en 1851, quelques mois après Robert Baldwin. Gouvernement responsable Gouvernement qui applique la responsabilité ministérielle : les membres du Conseil exécutif sont choisis parmi les députés élus de l’Assemblée législative, à laquelle ils doivent rendre des comptes.
29
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896
Les objectifs des réformistes
Le principe de la double majorité
Les réformistes veulent réduire le pouvoir politique des conservateurs, qui sont surreprésentés au Conseil exécutif même s’ils sont minoritaires à l’Assemblée législative. Pour y parvenir, les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada demandent un gouvernement responsable. Ainsi, les membres du Conseil exécutif seraient choisis parmi les députés élus du parti majoritaire à l’Assemblée législative. Le Conseil exécutif devrait donc conserver la confiance de l’Assemblée pour rester en poste. De plus, les réformistes s’appuient généralement sur le principe de la double majorité, principe selon lequel les lois doivent être approuvées par la majorité des députés des deux parties de la Province du Canada. Les réformistes du Bas-Canada, menés par LaFontaine, réclament aussi la reconnaissance du français et demandent que cette langue obtienne un statut officiel.
L’importance de l’éducation pour les réformistes Les réformistes trouvent important d’élever le niveau d’éducation de la population pour former des citoyens plus éclairés et des travailleurs plus compétents. L’éducation occupe donc une grande place dans les débats de l’Assemblée législative, composée d’une majorité de députés réformistes. En conséquence, l’Assemblée adopte plusieurs lois sur l’éducation dans les années 1840. Certaines de ces lois imposent une taxe aux propriétaires selon la valeur de leur propriété en vue de financer l’organisation d’un réseau d’écoles primaires. Une partie de la population s’oppose à la taxation scolaire, et cette opposition dégénère bientôt en véritable crise, puisque certains habitants refusent de payer les taxes scolaires. L’opposition est alimentée par le clergé, qui se montre réticent au développement d’un réseau d’écoles publiques hors de son contrôle. ACCORD
45 Le programme politique de LaFontaine
« […] le moyen d’obtenir cette liberté politique […], c’est la sanction
de la volonté populaire à l’adoption des lois ; c’est le consentement à voter l’impôt et à régler la dépense ; […] et son contrôle effectif et constitutionnel sur les individus plus immédiatement préposés à faire fonctionner cette administration ; c’est […] le gouvernement responsable, tel qu’on l’a […] promis à l’assemblée du Haut-Canada, pour obtenir son consentement au principe de l’union.
»
LOUIS-HIPPOLYTE LAFONTAINE, POLITICIEN ET AVOCAT, DISCOURS TRANSCRIT DANS LE JOURNAL LE CANADIEN, LE 31 AOÛT 1840.
MEMBRES DU CONSEIL EXÉCUTIF
46 La double majorité
« Adoptons le principe que la majorité doit gouverner dans l’une et
l’autre section de la Province respectivement […]. Si nous étions, habitants du Haut et du Bas Canada, deux peuples homogènes, à la bonne heure ; mais nous différons en tout ; religion, langue, institutions, lois, usages, mœurs. Or, qui doit légitimement être appelé à la législation et à l’administration pour chacun des deux peuples ? la majorité ou la minorité ?
»
EXTRAIT D’UN ARTICLE PARU DANS LE JOURNAL LE CANADIEN, LE 18 NOVEMBRE 1844.
Province du canada
MAJORITÉ DES DÉPUTÉS DU HAUT-CANADA EN FAVEUR D’UN PROJET DE LOI
+
MAJORITÉ DES DÉPUTÉS DU bas-CANADA EN FAVEUR D’UN PROJET DE LOI
=
DOUBLE MAJORITÉ
loi adoptée
AnECdote LAFONTAINE ÉLU AU HAUT-CANADA
Les élections de 1841 comptent parmi les plus violentes et les plus frauduleuses de l’histoire du Canada. Au Bas-Canada, dans la circonscription de Terrebonne, les électeurs favorables à LaFontaine subissent menaces et violence de la part des hommes du gouverneur. Pour cette raison, LaFontaine laisse la victoire à son opposant. Pendant ce temps, le chef réformiste Baldwin est élu dans deux circonscriptions du Haut-Canada en même temps. Il abandonne un siège et invite LaFontaine à se présenter comme candidat. LaFontaine remporte aisément les élections dans la circonscription de York, à Toronto. Deux ans plus tard, la situation inverse se produit : Baldwin est défait dans le Haut-Canada, et un député réformiste du Bas-Canada démissionne et l’invite à se présenter à sa place dans la circonscription de Rimouski. Baldwin y est élu sans opposition.
trace du passé
LE MONUMENT BALDWIN-LAFONTAINE
Un monument représentant Baldwin et LaFontaine s’élève depuis 1914 sur la colline du Parlement, à Ottawa, pour rendre hommage à l’œuvre de ces deux hommes politiques.
30
La lutte pour le gouvernement responsable En 1841, les députés réformistes sont majoritaires à l’Assemblée législative. Baldwin demande alors au gouverneur Sydenham de choisir les ministres du Conseil exécutif parmi les députés majoritaires à l’Assemblée. Sydenham refuse. Cependant, il meurt cette année-là. Charles Bagot, qui le remplace en 1842, accepte pour sa part de nommer quelques députés réformistes au Conseil exécutif, dont Baldwin et LaFontaine. Il cherche, entre autres, à se rallier les Canadiens français. Bagot meurt peu après, en 1843, et est remplacé par Charles Metcalfe, qui refuse de consulter le Conseil exécutif avant de procéder à la nomination de fonctionnaires importants. Les ministres du Conseil exécutif démissionnent en guise de protestation contre l’intransigeance du gouverneur. De nouvelles élections en 1847 portent au pouvoir une forte majorité de députés réformistes, mais le Conseil exécutif, constitué en 1843, est majoritairement conservateur. L’Assemblée législative, menée par LaFontaine et Baldwin, demande au gouverneur, Lord Elgin, de former un nouveau Conseil exécutif. Elgin accepte et reconnaît alors le principe de la responsabilité ministérielle : le 11 mars 1848, il demande à Baldwin et LaFontaine de nommer eux-mêmes les ministres du Conseil exécutif. Avec l’accord de la métropole, le gouverneur renonce ainsi à exercer son autorité dans la colonie. Désormais, ce sont les ministres qui nommeront les fonctionnaires et exerceront le véritable pouvoir exécutif. Le gouverneur ne se mêle plus des élections. Certains pouvoirs, cependant, restent aux mains de la métropole : les relations extérieures, le commerce international, la constitution et la défense.
L’obtention du gouvernement responsable dans les colonies d’Amérique du Nord Après 1839, les autorités coloniales voient d’un nouvel œil les relations entre la métropole et les colonies, avec la remise en question du rôle protectionniste de la métropole dans l’Empire. Désormais, plusieurs Britanniques considèrent que l’autonomie des colonies est un facteur positif pour la métropole. En 1848, les gouverneurs de la Province du Canada et de la Nouvelle-Écosse renoncent à intervenir dans la formation de leurs conseils exécutifs. Entre 1848 et 1860, le Royaume-Uni accorde le gouvernement responsable à toutes ses colonies d’Amérique du Nord.
Les gouverneurs généraux de la Province du Canada entre 1841 et 1848 Cette ligne du temps présente les gouverneurs qui doivent composer avec les réformistes qui luttent pour l’obtention du gouvernement responsable. James Bruce, comte d’Elgin
Gouverneur de 1847 à 1854. Influencé par le ministre des colonies du Royaume-Uni, lord Grey, Elgin est favorable au gouvernement responsable.
Charles Poulett Thomson, dit Lord Sydenham
Gouverneur en 1841. Il est opposé au gouvernement responsable. Il joue lui-même le rôle de premier ministre.
Charles Murray, comte de Cathcart
Gouverneur intérimaire de 1845 à1847 1840
1845
1850
1855
Charles Metcalfe Sir Charles Bagot
Gouverneur de 1842 à 1843. Il est opposé au gouvernement responsable. Toutefois, il a besoin de faire accepter l’Union aux Canadiens-français.
Gouverneur de 1843 à1845. Il est opposé au gouvernement responsable. Il refuse de laisser aux ministres du Conseil exécutif le choix des nominations des fonctionnaires.
31
De l’Acte d’Union au gouvernement responsable
1840
1848
1896 Royaume-uni
47 Le fonctionnement du gouvernement responsable de la Province du Canada à partir de 1848 1
reine
3
parlement
Le gouverneur général n’a plus la responsabilité de nommer les ministres du Conseil exécutif et il lui est interdit d’influencer les élections.
Les membres du Conseil législatif sont toujours nommés par le gouverneur, et non élus. 4 La double majorité, c’est-à-dire une 2 majorité à la fois dans le Haut-Canada Le Conseil exécutif, formé de députés choisis au sein du parti majoritaire, exerce et le Bas-Canada, devient importante dans un gouvernement responsable les pouvoirs les plus importants dans la colonie. Les ministres doivent rendre pour conserver l’appui de l’Assemblée compte de leurs actions à l’Assemblée législative. législative. S’ils perdent la confiance de l’Assemblée, ils doivent démissionner. Légende Nomination
Secrétaire d’état à la guerre et aux colonies province du canada gouverneur général
2
Élection
électeurs
OI 1 Quels éléments définissent le gouvernement responsable, selon Louis-Hippolyte LaFontaine ? (Voir doc. 45.) OI 1
2 La responsabilité ministérielle rend le gouvernement de la colonie plus démocratique. Illustrez cette affirmation par un fait. (Voir doc. 47.) OI 6 3 Pourquoi les réformistes demandent-ils la double majorité ? (Voir doc. 46 et 47.) OI 4
3
4
électeurs
Population du haut-canada
Responsabilité ministérielle
p. 460-467
conseil législatif Nombre égal de conseillers du Haut-Canada et du Bas-Canada
assemblée législative : Nombre égal de députés du Haut-Canada et du Bas-Canada
Nomination sous recommandation
ActivitEs
conseil exécutif Nombre égal de ministres du Haut-Canada et du Bas-Canada
1
Population du bas-canada
4 Expliquez comment la structure politique établie par l’Acte d’Union mène à l’alliance des réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada. (Voir doc. 12, p. 14, et doc. 45 et 46.) OI 7
• • •
Une recommandation du rapport Durham écartée par la métropole en 1840 Les demandes des réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada Une raison de l’alliance des réformistes
Je retiens n L’Acte d’Union crée de l’insatisfaction dans le Bas-Canada.
n
fusion des dettes NOMBRE ÉGAL DE DÉPUTÉS du HAUT-CANADA ET DU BAS-CANADA ANGLAIS, LANGUE OFFICIELLE n
Les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada s’allient pour obtenir un gouvernement responsable. Gouvernement responsable
=
Conseil exécutif
assemblée législative
L’Acte d’Union favorise les échanges économiques entre le Haut-Canada et le Bas-Canada.
DÉVELOPPEMENT DES CANAUX ET DES CHEMINS DE FER n
Au Bas-Canada, des idéologies s’affrontent.
ULTRAMONTANISME Pouvoir
=
ANTICLÉRICALISME Pouvoir
=
parlement
à suivre Comment le climat politique de la Province du Canada évoluera-t-il sous un gouvernement responsable ?
32
1840 à 1848
Temps d’arrêt
Le canal Lachine est élargi entre 1843 et 1849 pour laisser passer de plus gros bateaux.
le Haut-Canada et le ? Comment Bas-Canada évoluent-ils à la suite de l’Acte d’Union de 1840 ?
250 Nombre de personnes
B Recrutement des effectifs250religieux
entre 1830 et 1849 dans la région de Montréal Nombre de personnes
En 1839, après avoir fait son enquête sur la situation au Bas-Canada, Lord Durham propose au gouvernement britannique d’unir le Haut-Canada et le Bas-Canada afin d’assimiler les Canadiens français. Il suggère également d’accorder la responsabilité ministérielle aux colonies. En 1840, le Parlement du Royaume-Uni adopte l’Acte d’Union, sans toutefois y inclure le principe de responsabilité ministérielle. Cette nouvelle constitution modifie la structure politique du Haut-Canada et du Bas-Canada.
250 Nombre de personnes
J’explique
A Le canal Lachine, vers la fin des années 1840
200 150 100
200 150 100 50
200 150 100 50 0
1830-1834 1835-1839 1840-1844 1 1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 Femmes AnnéesHommes Hommes Femmes 0 1830-1834 1835-1839 1840-1844 1845-1849 Années LOUIS ROUSSEAU, THÉOLOGIEN, ET FRANK W.Hommes REMIGGI, Femmes 0
50
GÉOGRAPHE, ATLAS HISTORIQUE DES PRATIQUES RELIGIEUSES, 1998.
au boulot ! Expliquez des changements qui surviennent sous l’Acte d’Union dans la Province du Canada. • Indiquez un changement dans l’organisation des groupes politiques entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un changement dans le développement économique de la colonie entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un changement quant à l’influence de l’Église catholique au Bas-Canada entre 1840 et 1848 et expliquez pourquoi il se produit. Démarche : • Analysez les documents présentés en utilisant vos connaissances. • Remplissez un schéma de ce type pour structurer vos informations. • Présentez votre réponse dans un texte d’environ 250 mots. Des changements entre 1840 et 1848
Changement dans l’organisation des groupes politiques
Changement dans le développement économique
explication
explication
Changement dans l’influence de l’Église catholique au Bas-Canada explication
C la position des réformistes du Haut-Canada Cet extrait est tiré d’une lettre d’un réformiste du Haut-Canada à Louis-Hippolyte LaFontaine.
« Vous pouvez être assuré que les Réformistes du
H.C. feront preuve envers vous et envers vos amis d’une parfaite bonne foi dans la législature unie […]. Après ce qui s’est produit, vos compatriotes n’obtiendraient jamais la reconnaissance de leurs droits dans une législature bas-canadienne. Vous voulez notre aide autant que nous voulons la vôtre […]. Nos libertés ne peuvent pas être garanties par l’Union. Je sais que vous pensez que nous n’obtiendrons jamais le gouvernement responsable, […] Quand il écrit mais nous les obligerons à nous « Après ce qui s’est le donner qu’ils le veuillent produit », à quoi ou non. ce politicien fait-il référence ? FRANCIS HINCKS, POLITICIEN, EXTRAIT D’UNE LETTRE
?
»
PERSONNELLE, LE 18 JUIN 1840.
33 D Discours en faveur du libre-échange
« Une étendue de côtes plus grande, en proportion de notre population et de la superficie de notre sol, que n’en possède aucune autre nation nous assure la force et la supériorité maritimes. […] En invention, en énergie, en habileté nous ne le cédons à personne ; […] toutes ces circonstances nous placent à la tête des nations qui se développent mutuellement par le libre-échange de leurs produits.
? Quelle politique économique est abandonnée au profit du libre-échange ?
»
ROBERT PEEL, PREMIER MINISTRE DU ROYAUME-UNI, EXTRAIT D’UN DISCOURS PRONONCÉ EN 1846.
E L’intérêt d’une alliance entre les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada
« Il est de l’intérêt des réformistes des deux provinces de se rencontrer sur
F Article de l’Acte d’Union sur la mise en commun des revenus du Haut-Canada et du Bas-Canada
le terrain législatif, dans un esprit de paix, d’union, d’amitié et de fraternité. L’unité d’action est nécessaire plus que jamais. Je n’ai aucun doute que, comme nous, les réformistes du Haut-Canada en sentent le besoin, et [qu’ils] nous en donneront des preuves non équivoques ; ce qui, j’espère, sera le gage d’une confiance réciproque et durable.
« […] Et qu’il soit statué, que lors
de la Réunion des Provinces du Haut et du Bas-Canada, tous droits et revenus sur lesquels les Législatures respectives des dites Provinces avaient […] pouvoir d’appropriation, formeront un fonds de revenus réunis, qui sera approprié aux besoins publics de la Province du Canada […].
»
LOUIS-HIPPOLYTE LAFONTAINE, POLITICIEN, EXTRAIT D’UN DISCOURS PUBLIÉ DANS LE JOURNAL LE CANADIEN, LE 31 AOÛT 1840.
G La question de l’éducation
RELIGIEUX
« Lorsque le gouvernement tenta de mettre sur pied un système scolaire
?
»
entre 1841 et 1846, il constata très tôt qu’il ne pouvait pas passer outre aux revendications et pressions du clergé bas-canadien. Celui-ci mena alors une lutte habile qui lui fit prendre confiance en lui-même. Les électeurs et les hommes politiques découvrirent que les dirigeants ecclésiastiques feraient dorénavant sentir tout le poids de leur influence sans cesse grandissante dans les débats publics où ils jugeraient que les intérêts de l’Église et des fidèles étaient en jeu.
Quelle partie du Canada profitait le plus du revenu des douanes avant l’Union ?
EXTRAIT DE L’ACTE D’UNION DE 1840.
»
MICHEL BRUNET, HISTORIEN, L’ÉGLISE CATHOLIQUE DU BAS-CANADA ET LE PARTAGE DU POUVOIR À L’HEURE D’UNE NOUVELLE DONNE (1837-1854), 1973.
I Les réseaux de transport vers 1848
« Avec l’exil ou l’exécution des »
BAS -C ANAD A Riv i
chefs patriotes […], c’est par l’Église catholique et les élites politiques dites réformistes que se développera la nation désormais canadienne-française.
Québec
P R OV I NC E DU C A NA DA
HAUT-C ANAD A
è re de
Lac Huron
Kingston Cobourg Port Hope Toronto Lac Ontario
Hamilton
Welland Chatham
Lac Érié
Beauharnois
Lachine Lac Champlain
Champlain
Érié
ÉTATS-UNIS
ur -La int Sa
ent
ais s O utaou Montréal
Rideau
JEAN-FRANÇOIS LANIEL, SOCIOLOGUE, L’ÉGLISE-NATION CANADIENNE-FRANÇAISE AU SIÈCLE DES NATIONALITÉS : REGARD CROISÉ SUR L’ULTRAMONTANISME ET LE NATIONALISME, 2015.
Fle uve
H La formation de la nation après l’échec des rébellions de 1837-1838
Vers New York
Chambly
0
95
190 km
Légende Canaux Chemins de fer Principaux ports
116
Le 15 septembre 1916, le 22e bataillon (canadien-français) est positionné près de Courcelette, un village de la France. Ce bataillon est la seule unité d’infanterie combattante canadienne constituée entièrement de francophones. Depuis le matin, des divisions canadiennes attaquent en direction de ce village, contrôlé par les Allemands. Le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay, qui dirige le bataillon, rassemble ses hommes. Ils se préparent à leur première offensive d’envergure pour tenter de déloger les Allemands. Pour ces soldats, l’honneur du Canada français est en jeu.
1896-1945
Les nationalismes
et l’autonomie
du canada
117
? Comment la société québécoise évolue-t-elle dans un contexte de redéfinition de l’autonomie du Canada, de 1896 à 1919 ? Quels effets les politiques des gouvernements ont-elles sur la société au Québec et au Canada, de 1896 à 1919 ? Comment les changements économiques et sociaux influencent-ils la société québécoise dans les années 1920 ? Quels effets la crise économique des années 1930 a-t-elle au Québec et au Canada ? Quel rôle le Canada joue-t-il pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945?
118
1896-1945 En 1896, Wilfrid Laurier devient premier ministre du Canada. Il gouverne la fédération canadienne pendant 15 ans, contribuant à faire progresser la société vers l’autonomie. Dans ce contexte, le Québec tente de maintenir ses particularités linguistiques et culturelles. De plus, l’industrialisation se poursuit et la société se transforme. Des femmes font valoir leurs droits et la classe ouvrière s’organise. Pendant cette période, le Canada fait face à des bouleversements qui secouent plusieurs sociétés : deux guerres mondiales et une grave crise économique.
1 Affiche commémorant le jubilé de diamant du règne de la reine Victoria en 1897 Au Canada, le jubilé de diamant, ou 60e anniversaire de règne, est l’occasion de célébrer la fierté de faire partie de l’Empire britannique. Cette affiche comporte de nombreux symboles canadiens et britanniques. On y voit deux portraits de la reine Victoria, l’un datant de 1837 et l’autre, de 1897.
1896 Élection du gouvernement libéral de Laurier
1912 Annexion du district de l’Ungava au territoire québécois 1907 1910 1902 Fondation de l’École Ouverture de Publication du des hautes études l’Abitibi à la Traité de droit usuel commerciales colonisation
1917 Bataille de la crête de Vimy Crise de la conscription
Le canada à l’aube du 20e siècle
1890
1900 1899-1902 Guerre des Boers 1900 Fondation de la première caisse populaire
1910 1906 Premier cinéma à Montréal
1914 Création du 22e bataillon (canadien-français)
1914-1918 Première Guerre mondiale
1918 Octroi du droit de vote aux Canadiennes
119 2 La Conférence de Québec en 1943 En 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants des principales puissances alliées se réunissent à Québec pour élaborer leur stratégie militaire. Sur cette photo, on voit, de gauche à droite, le premier ministre du Canada, William L. Mackenzie King, le président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, le premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill, et le gouverneur général du Canada, Alexander Cambridge, comte d’Athlone.
1934 Premier pensionnat indien au Québec 1933 New Deal de Roosevelt 1939-1945 1931 Seconde Guerre mondiale Statut de Westminster
1921 Fondation de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada
1943 Adoption de la Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire 1943-1944 Conférences de Québec
Prospérité et insouciance la seconde guerre mondiale
la crise économique
1920 1927 Jugement du comité judiciaire du Conseil privé de Londres sur la frontière du Labrador
1930 1929 Krach boursier
1940 1935 Fondation de la Banque du Canada
1936 Création de la Société Radio-Canada
1950 1944 Débarquement de Normandie
1942 Plébiscite sur la conscription
1940 Octroi du droit de vote aux Québécoises
120 3 l’empire britannique en 1897 Cette carte de 1897 est un document historique qui illustre l’Empire britannique, alors qu’il atteint des proportions gigantesques. À la fin du 19e siècle, le Dominion du Canada fait partie d’un vaste empire, marqué en rouge sur cette carte, qui s’étend sur tous les continents.
1896 à 1919
Le Canada à l’aube
du 20 siècle e
E
n ce matin du 24 juin 1896, jour de la Saint-Jean-Baptiste, le jeune camelot Marcel Dubois attendait l’édition du journal L’Événement afin de commencer sa distribution. Posté devant l’édifice du journal, situé sur la côte de la Fabrique à Québec, il aperçut enfin les piles qu’on sortait de l’imprimerie. Il prit un exemplaire et lut le titre. Vite, il s’empara du plus de journaux possible et partit en courant. Il avait hâte de répandre la nouvelle. Pour la première fois, un Canadien français avait été élu à la tête du Canada, et ce, malgré la vive opposition de l’Église catholique à son égard. « Les résultats de l’élection ! Wilfrid Laurier et les libéraux triomphent dans tout le Dominion ! » cria-t-il. Il vendit toutes ses copies en un rien de temps, dans l’enthousiasme général. Cette élection allait peut-être marquer l’histoire du pays.
121
4 Publicité du gouvernement fédéral en 1909 Le gouvernement du Canada dirigé par Wilfrid Laurier renouvelle sa campagne publicitaire afin d’attirer des colons dans l’Ouest canadien. On placarde entre autres ces affiches, qui présentent l’Ouest canadien comme étant le meilleur endroit où immigrer, sur les murs d’édifices dans les ports d’Europe.
Le Canada a une histoire modeste jusqu’à maintenant, mais celle-ci n’en est, d’après moi, qu’à ses balbutiements. Elle débute dans le siècle présent. Le XIXe siècle a été celui des États-Unis. Je pense que nous pouvons affirmer que c’est le Canada qui envahira le XXe siècle. WILFRID LAURIER, PREMIER MINISTRE DU CANADA, DISCOURS PRONONCé DEVANT LE CERCLE CANADIEN à OTTAWA, LE 18 JANVIER 1904, [en ligne].
? Quels effets les politiques des gouvernements ont-elles sur la société au Québec et au Canada, de 1896 à 1919 ?
122
Rappel Depuis les débuts de la fédération canadienne en 1867, le Parti conservateur domine la scène politique canadienne et québécoise.
Sous l’ère libérale En juin 1891, le premier ministre conservateur John A. Macdonald meurt. Pendant les cinq années qui suivent, le Parti conservateur se maintient au pouvoir, mais avec difficulté : quatre premiers ministres se succèdent. Plusieurs sujets divisent le parti, dont celui des écoles franco-catholiques du Manitoba. De plus, l’économie est instable, et les relations entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces sont tendues. Ainsi, tous les espoirs sont permis pour le Parti libéral et son chef, Wilfrid Laurier. C’est dans ce contexte politique que les libéraux prennent le pouvoir à l’élection fédérale de 1896. Quelles politiques les libéraux adoptent-ils en matière d’éducation ? Comment les libéraux entendent-ils développer le Canada en ce début du 20e siècle ? Comment évolue l’économie canadienne et québécoise ?
Les libéraux au pouvoir Lors de la campagne électorale de 1896, les conservateurs et les libéraux se livrent une chaude lutte. Alors que les conservateurs mettent de l’avant une politique qui favorise la centralisation des pouvoirs au gouvernement fédéral, les libéraux de Wilfrid Laurier prônent plutôt le respect de l’autonomie des provinces. Au Québec, la question des écoles du Manitoba, où les droits des franco-catholiques sont menacés, est au centre des débats. Laurier promet de remédier à la situation, sans toutefois retenir l’idée d’une loi fédérale pour régler le problème, marquant ainsi sa volonté de respecter l’autonomie provinciale en matière d’éducation. Le clergé catholique, qui juge cette position trop modérée, prend publiquement parti contre les libéraux. Cependant, Wilfrid Laurier incarne le changement et il est porté par une vague de popularité, en particulier au Québec. Son parti remporte l’élection.
5 Rassemblement électoral à Trois-Rivières en 1896 Lors de la campagne électorale, Wilfrid Laurier attire les foules. Le 20 mai 1896, il prononce un discours près de la rue des Forges, à Trois-Rivières. Confessionnel Qui se rapporte à une religion.
Wilfrid Laurier 1841-1919
Le système d’éducation au Manitoba En 1890, le gouvernement du Manitoba abolit le financement des écoles catholiques et protestantes ainsi que le statut du français comme langue officielle dans cette province où la population est maintenant en majorité anglophone. Dès ce moment, l’anglais est la seule langue d’enseignement du nouveau système public d’éducation, dorénavant constitué d’anciennes écoles protestantes, devenues
non confessionnelles pour obtenir l’aide financière de l’État. Pour sa part, le clergé catholique doit demander des frais de scolarité aux parents pour continuer à gérer ses écoles. Cette décision met en péril la survie des écoles catholiques francophones et le droit des Franco-Manitobains de recevoir un enseignement en français et suivant les principes de la religion catholique.
Wilfrid Laurier est élu pour la première fois comme député à la Chambre des communes en 1877. En 1885, il défend la cause des Métis après la pendaison de Louis Riel. S’exprimant aussi bien en anglais qu’en français, il devient chef du Parti libéral du Canada en 1887. Premier ministre du Canada de 1896 à 1911, et premier Canadien français à occuper ce poste, il est reconnu pour sa politique de compromis ainsi que pour son ambition de développer le Canada et d’en faire un pays prospère.
123
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
La question des écoles du Manitoba
6 Extraits du compromis
En 1896, lorsqu’il devient premier ministre du Canada, Wilfrid Laurier négocie un accord avec le gouvernement du Manitoba au sujet du statut de ses écoles publiques. Les parties arrivent à une entente, appelée le « compromis Laurier-Greenway », du nom des premiers ministres canadien et manitobain en poste. Cette entente prévoit que le gouvernement manitobain peut continuer à subventionner uniquement les écoles publiques non confessionnelles. Toutefois, un enseignement bilingue et catholique pourra être offert dans les écoles publiques, suivant certaines conditions. Ce compromis soulève la colère des autorités religieuses catholiques, car il limite le temps d’enseignement religieux. Wilfrid Laurier demande l’opinion du pape Léon XIII, qui considère aussi que l’entente est inadéquate. Malgré tout, le pape demande aux catholiques de la respecter.
Les relations fédérales-provinciales Au Québec, le parti libéral provincial prend le pouvoir en 1897 et le conservera jusqu’en 1936. Des relations plus égalitaires se développent entre le gouvernement fédéral et celui de la province. Cela s’explique par la volonté du gouvernement de Wilfrid Laurier de respecter l’autonomie des provinces, et aussi par les affinités qui existent entre les libéraux des deux paliers de gouvernement. En 1906, Laurier convoque une conférence fédérale-provinciale, la première au Canada. Il accepte alors d’augmenter d’un tiers les subventions que le gouvernement canadien verse aux provinces. Mais pour les gouvernements provinciaux, ces sommes sont insuffisantes, car leurs dépenses augmentent davantage que les subventions fédérales. Ainsi, de 1896 à 1913, les sommes versées par le fédéral passent de 43,1 % à 28,6 % du budget des provinces. Les pouvoirs fiscaux Selon l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB) de 1867, les provinces ont un pouvoir de taxation directe seulement : licences et permis, redevances sur les terres publiques, impôts fonciers et impôts sur le revenu, excluant les droits de douane. Le gouvernement fédéral, pour sa part, peut prélever des taxes et des impôts par le biais de tous les
modes de taxation, directs ou indirects. Au début du 20e siècle, les dépenses des gouvernements provinciaux augmentent peu à peu, notamment pour financer des travaux publics. Pour combler le manque à gagner, les provinces exigent que le gouvernement fédéral leur accorde des subventions plus généreuses.
Laurier-Greenway
Article 2.3 [S’il est autorisé] Un enseignement religieux se déroulera entre trois heures trente et quatre heures de l’après-midi et sera dispensé par tout ecclésiastique chrétien […].
«
»
religieux
Article 2.10 Dans toute école où dix élèves parleront le français ou dont la langue maternelle sera tout autre que l’anglais, l’enseignement dispensé à ces élèves se fera Subvention en français ou dans leur langue Somme d’argent donnée par le gouvernement à une personne, maternelle, et en anglais, d’après à un groupe ou à une association. le système d’enseignement bilingue.
«
»
TERMES DE L’ACCORD ENTRE LE GOUVERNEMENT DU CANADA ET LE GOUVERNEMENT DU MANITOBA POUR LE RÈGLEMENT DE LA QUESTION SCOLAIRE, 16 NOVEMBRE 1896, [en ligne].
7 Affiche annonçant le futur pont de Québec, vers 1897 Le gouvernement de Wilfrid Laurier développe des relations plus étroites avec les premiers ministres des provinces. Sur cette affiche, on le voit en compagnie de Simon-Napoléon Parent, qui deviendra premier ministre libéral du Québec en 1900.
Laurier Parent
Lomer Gouin
8 Une réunion du conseil des ministres du gouvernement libéral de Lomer Gouin, 1905 Lomer Gouin préside la conférence fédérale-provinciale en 1906.
124
Le développement des transports et l’immigration
9 Le port de Montréal vers 1910 Le port est le point d’arrivée des cargaisons de céréales provenant de l’Ouest canadien et des États-Unis avant leur expédition vers l’Europe.
AnECdote Le naufrage de l’Empress of Ireland
Au début du 20e siècle, l’activité maritime entre le Canada et le Royaume-Uni est très importante. Beaucoup de navires vont d’un continent à l’autre pour y faire escale. Le 28 mai 1914, le paquebot Empress of Ireland quitte Québec en direction de Liverpool, en Angleterre, avec à son bord 420 membres d’équipage et 1 057 passagers. Dans la nuit du 29 mai, alors qu’il navigue en plein brouillard à la hauteur de Pointe-au-Père, près de Rimouski, un navire norvégien, le Storstad, percute son flanc. L’énorme brèche fait sombrer le paquebot en moins de 15 minutes. Il n’y a que 465 survivants. C’est la pire catastrophe maritime de l’histoire du Canada. Cet événement survient deux ans après le naufrage du Titanic dans l’Océan Atlantique.
Même si les libéraux sont plutôt favorables au libre-échange, le gouvernement de Wilfrid Laurier maintient la Politique nationale mise en place par le gouvernement conservateur en 1878. Les tarifs douaniers restent, mais ils sont réduits pour les produits britanniques. Pour accélérer le développement économique du pays et le peuplement de l’Ouest, le gouvernement fédéral investit dans la construction de deux nouvelles voies ferrées transcontinentales. Ces réseaux facilitent le transport des céréales des provinces de l’Ouest vers l’est et, inversement, l’envoi des produits manufacturés du Québec et de l’Ontario vers l’ouest. D’ailleurs, l’essor de l’Ouest entraîne la création de deux nouvelles provinces en 1905 : l’Alberta et la Saskatchewan. Dans l’Est, le gouvernement fait construire la ligne de chemin de fer appelée « Chemin de fer National Transcontinental » afin de relier Winnipeg à Moncton. Cette ligne traverse en Ontario et au Québec des régions plus nordiques et favorise l’exploitation de leurs ressources naturelles. Elle passe aussi par Québec, où l’on entame la construction d’un premier pont qui lui permettra de rejoindre les Maritimes. Cette ligne de chemin de fer contribue également à la colonisation de l’Abitibi en 1910. La prospérité économique du Canada stimule l’immigration, soutenue par une vigoureuse politique gouvernementale de recrutement en Europe. De nombreux immigrants arrivent au Canada en provenance des pays de l’est et du sud de l’Europe. La moitié d’entre eux s’établit dans l’Ouest, alors que l’autre moitié s’installe dans les villes du centre du Canada, à proximité des manufactures du Québec et de l’Ontario, le cœur industriel du pays. En 1911, le Canada compte 7 200 000 habitants, dont 22 % sont nés à l’étranger. OCÉAN ARCTIQUE
Légende Groenland (Danemark)
Alaska (États-Unis)
YUKON TERRITOIRES DU NORD-OUEST Prince Rupert
Le district d’Ungava, créé en 1895, est annexé au territoire du Québec en 1912.
TERRENEUVE
Le gouvernement canadien paie 160 millions de dollars pour la construction du Chemin de fer National Transcontinental.
COLOMBIE- ALBERTA BRITANNIQUE SASKATCHEWAN Edmonton MANITOBA Vancouver
QUÉBEC
Saskatoon Calgary
ONTARIO
Regina
10 Les principales lignes de chemin de fer au Canada, vers 1914
Colonie britannique Dominion du Canada Territoire contesté Frontières internationales Frontières provinciales et territoriales du Dominion du Canada Canadien Pacifique Canadien Nord National Transcontinental et Grand Tronc Pacifique
Entre 1895 et 1910, la longueur du principal réseau ferroviaire du Canada passe de 25 700 km à 40 000 km.
Winnipeg
Moncton Amos (Abitibi) Québec
Saint-Jean
Montréal
ÉTATS-UNIS
North Bay Toronto
ÎLE-DUPRINCEÉDOUARD
Ottawa
0
NOUVELLEÉCOSSE NOUVEAUBRUNSWICK 435
870 km
125
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
De nouveaux arrivants
11 Lieu de naissance de la population
En raison de sa prospérité, le Canada exerce un attrait indéniable sur les individus qui souhaitent fuir les persécutions religieuses ou les conditions d’extrême pauvreté qu’ils subissent dans leur pays. De 1900 à 1914, trois millions d’immigrants venant d’Europe et d’Asie arrivent au Canada. D’une part, le gouvernement canadien promeut l’immigration de gens en provenance de certains pays choisis, mais d’autre part, il tente de décourager l’immigration de Chinois, une politique discriminatoire basée sur des considérations raciales. D’ailleurs, à partir de 1885, une loi fédérale restreint l’entrée d’immigrants chinois sur le territoire en leur imposant une taxe, d’abord fixée à 50 $ puis augmentée à 500 $ en 1903. Au Québec, la vague d’immigration la plus importante a lieu au début des années 1910, alors qu’arrivent près de 47 000 immigrants chaque année. Leur arrivée compense l’émigration vers les États-Unis de quelque 100 000 Canadiens français entre 1900 et 1910. En dépit de ces mouvements migratoires d’envergure, le taux de natalité demeure élevé chez les Canadiens français qui représentent 80 % de la population québécoise au début du 20e siècle. Bien que des nouveaux arrivants s’établissent à Québec, à Hull ou à Sherbrooke, la majorité d’entre eux s’installent à Montréal. Les communautés juives et italiennes, notamment, croissent de manière significative. En 1911, on estime à 30 000 la population juive, dont une bonne partie travaille dans l’industrie du vêtement. Quant aux Italiens, ils deviennent souvent des travailleurs saisonniers œuvrant à la construction des chemins de fer. Bon nombre de ces hommes s’installent et fondent une famille. Une première paroisse catholique italienne est créée à Montréal en 1905. En 1911, plus de 7 000 des 468 000 résidents de Montréal sont nés en Italie.
13 La politique d’immigration canadienne en 1900
1945
canadienne née à l’étranger en 1911 Immigration globale États-Unis (19,1 %)
Royaume-Uni (52,6 %)
Asie et autres pays (2,8 %)
Autres pays européens (25,5 %)
Immigration européenne non britannique Russie et Ukraine (22,2 %) Autriche-Hongrie (19,3 %) Scandinavie (15,1 %) Allemagne (9,8 %) Italie (8,6 %)
Pologne (7,7 %) Autres pays (6,4 %) Roumanie (4,5 %) France (4,4 %) Belgique (2 %)
Statistiques historiques du Canada, SÉRIES A297-326, 1983, [en ligne].
12 Certificat de paiement de la taxe d’entrée d’un immigrant chinois, 1913
De la Galice, région d’Espagne
« Si un colon a pratiqué l’agriculture dans son pays d’origine, qu’il
possède toutes ses facultés, est sérieux, honnête et sobre, et qu’il est prêt à travailler, qu’il soit riche ou pauvre, galicien, autrichien, russe, suédois, belge ou français, nous croyons qu’il est particulièrement souhaitable de l’encourager à s’établir dans notre pays pour qu’il y travaille la terre et contribue à l’exploitation de ses ressources, de façon à s’enrichir et à enrichir le Canada.
»
JAMES SMART, SOUS-MINISTRE DE L’INTéRIEUR DU CANADA, 1900.
14 La structure d’accueil des immigrants au port de Québec, début du 20e siècle Dans l’est du Canada, la ville de Québec est la principale porte d’entrée au pays. Des installations portuaires sous la juridiction du gouvernement fédéral servent à contrôler étroitement l’arrivée des immigrants. Le poste de la Grosse Île, fondée en 1832, demeure aussi en fonction comme poste de quarantaine.
126 Le capitalisme de monopole À partir de la fin du 19e siècle, certaines entreprises achètent leurs concurrentes ou tentent de les conduire à la faillite par divers moyens. Elles forment ainsi des trusts, c’est-à-dire des regroupements d’entreprises dirigées par une seule administration. En éliminant la concurrence, ces entreprises deviennent puissantes et se trouvent souvent en situation de monopole. Au Québec, entre 1900 et 1914, on observe des concentrations d’entreprises dans les secteurs des services publics, du textile, du fer et de l’acier. C’est le cas de la Montreal Light, Heat and Power qui naît de la fusion d’une compagnie de gaz et de trois compagnies d’électricité. Forte de son monopole, la compagnie peut imposer à ses clients des tarifs d’électricité très élevés.
Électrolyse Processus qui consiste, dans une aluminerie, à utiliser l’électricité pour extraire l’alumine de la bauxite, un type de roche, afin de produire de l’aluminium. Kilovolt Unité de mesure relative à la tension électrique. Un kilovolt équivaut à 1 000 volts.
trace du passé
Le début de la deuxième phase d’industrialisation Au début du 20e siècle, la production manufacturière des secteurs de l’alimentation, du textile, de la chaussure, du fer et de l’acier demeure prépondérante. À cela s’ajoute la production domestique, c’est-à-dire le travail rémunéré effectué à la maison, important dans la confection de vêtements. Toutefois, l’économie du Québec connaît des changements : les activités industrielles liées à l’exploitation et à la transformation des richesses naturelles sont en pleine expansion. Ces changements s’expliquent par la demande grandissante des industries américaines en matières premières et l’avènement de nouvelles technologies. La construction des premiers barrages hydroélectriques est au cœur de la transformation industrielle du Québec. Grâce aux nouvelles technologies, des barrages sont aménagés, particulièrement en Outaouais, en Mauricie et au Saguenay, des régions parcourues de cours d’eau à fort débit. De nouvelles centrales électriques produisent une puissante énergie capable de faire fonctionner une machinerie lourde, ce qui entraîne la construction d’usines, notamment des usines de pâtes et papiers qui s’implantent dans les régions du Québec riches en conifères. La demande en papier journal, engendrée par la publication de nombreux journaux à grand tirage au Canada et aux États-Unis, explique l’essor de ce secteur d’activité. C’est en Mauricie qu’est créée, en 1898, la plus importante compagnie d’électricité au Québec, soit la Shawinigan Water and Power. Cette entreprise génère suffisamment d’énergie électrique pour attirer de nouvelles industries, comme la Northern Aluminium Company qui, en 1901, devient la première aluminerie à utiliser le procédé d’électrolyse au Canada. La même année, la Montreal Light, Heat and Power voit le jour. Il s’agit d’une entreprise de distribution d’électricité qui achète l’énergie produite, entre autres, par la Shawinigan Water and Power.
15 Secteurs industriels, de 1900 à 1910
L’aluminerie de Shawinigan
80 Secteurs industriels (en pourcentage)
La construction d’une centrale électrique et d’une usine d’aluminium à partir de 1899 entraîne l’établissement d’un large complexe industriel surplombant la rivière Saint-Maurice. Au total, le site regroupe 12 bâtiments dont des salles de cuves, une fonderie, des ateliers, des laboratoires et des bureaux administratifs. À l’époque, la centrale électrique est alimentée par la Shawinigan Water and Power. L’aluminerie cesse ses activités en 1986 et, en 2001, cède ses bâtiments à la Cité de l’énergie, un lieu d’interprétation du patrimoine industriel québécois. La même année, l’ancienne aluminerie devient un lieu historique national du Canada.
60 40 20 0
Industries légères du fer et de l’acier 1900
1910
Industries liées aux richesses naturelles et aux nouvelles technologies
PAUL-ANDRé LINTEAU, RENé DUROCHER ET JEAN-CLAUDE ROBERT, HISTORIENS, HISTOIRE DU QUéBEC CONTEMPORAIN, TOME I, DE LA CONFéDéRATION à LA CRISE (1867-1929), 1989.
16 Une centrale hydroélectrique à Shawinigan, en Mauricie, en 1910 En 1903, la Shawinigan Water and Power alimente en électricité la ville de Montréal grâce à une ligne de 50 kilovolts s’étendant sur 135 kilomètres.
127
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
Les capitaux américains Les énormes complexes industriels qui utilisent une technologie de pointe, comme les papetières, les centrales électriques et les alumineries, requièrent des investissements massifs. Très peu de Canadiens français possèdent les capitaux nécessaires pour le faire. Ce sont donc principalement des Américains qui créent ici ce type d’industries, ainsi qu’un certain nombre de Canadiens anglais. Par ailleurs, comme la demande québécoise et canadienne pour les produits et les matériaux de ces industries demeure faible, la plus grande partie de leur production est destinée à l’exportation. Grâce au droit de percevoir des taxes sur ses richesses naturelles que lui confère la constitution de 1867, le gouvernement attire les papetières en leur concédant de vastes territoires d’exploitation forestière. En échange, ces entreprises privées doivent verser à l’État québécois des redevances, qui représentent alors la plus importante source de revenu fiscal pour le Québec. Pour encourager la transformation du bois coupé sur le territoire et créer davantage d’emplois, le gouvernement québécois vote en 1910 une nouvelle loi qui interdit l’exportation du bois coupé et non transformé sur les terres publiques.
Revenu fiscal Ensemble des montants d’argent perçus par un État provenant des taxes et des impôts des personnes ou des entreprises. Prédominance, supériorité
17 Des investissements étrangers
« L’importance de l’activité
industrielle et la prééminence du capital nous permettent d’utiliser les termes « capitalisme industriel » pour décrire l’économie québécoise du début du XXe siècle. Tandis que les institutions financières et de nombreux secteurs manufacturiers traditionnels demeuraient canadiens, d’importants capitaux américains étaient investis dans les industries du bois, des mines et de la métallurgie. […] On évalue qu’entre 1897 et 1914 le capital américain passa de 20 millions de dollars à 74 millions de dollars.
»
JOHN A. DICKINSON ET BRIAN YOUNG, HISTORIENS, BRèVE HISTOIRE SOCIO-éCONOMIQUE DU QUéBEC, 2014.
18 L’usine à papier de la compagnie Price à Jonquière, vers 1910 La construction d’un complexe industriel comme cette usine nécessite des investissements de l’ordre de plusieurs millions de dollars.
ActivitEs OI 1 Wilfrid Laurier prône le respect de l’autonomie provinciale. Illustrez cette affirmation par un fait historique. (Voir doc. 6.) OI 6
p. 460-467
2 Relevez un changement survenu entre les deux phases d’industrialisation du Québec. (Voir doc. 15.) OI 5 3 Quel changement politique survient à la fois au gouvernement fédéral et au gouvernement provincial en 1896 et 1897 ? (Voir doc. 5 et 8.) OI 5
4 Au début du 20e siècle, pourquoi le gouvernement fédéral finance-t-il la construction de deux nouvelles lignes de chemin de fer transcontinentales ? (Voir doc. 10.) OI 4 5 Au début du 20e siècle, le gouvernement canadien encourage l’immigration en provenance de certains pays, tout en limitant celle en provenance d’Asie. Relevez deux faits qui démontrent cette affirmation. (Voir doc. 12 et 13.) OI 6
à suivre À l’aube du 20e siècle, quelle sera la place du Canada au sein de l’Empire britannique ?
128
Rappel Depuis 1867, le Dominion du Canada est autonome à l’intérieur de ses frontières, mais il demeure dépendant du Royaume-Uni sur le plan des affaires étrangères.
Le soleil ne se couche jamais sur l’Empire britannique En 1897, le premier ministre Wilfrid Laurier participe au 60e anniversaire du règne de la reine Victoria en Angleterre. Le secrétaire d’État aux Colonies du Royaume-Uni, Joseph Chamberlain, saisit l’occasion et organise une grande conférence coloniale. La montée en puissance de l’Allemagne et des États-Unis inquiète les autorités britanniques, qui veulent maintenir la force de l’Empire britannique dans le monde. Qu’est-ce qui caractérise l’Empire britannique à la fin du 19e siècle ? Quel est le rôle des colonies dans les interventions militaires de la métropole ? Au Canada, quelles sont les réactions face au rôle du dominion au sein de l’Empire britannique ?
L’impérialisme britannique Au tournant du 20e siècle, l’Empire britannique est le plus puissant et le plus vaste empire du monde. Vers 1914, environ 400 millions de personnes, soit à peu près 20 % de la population mondiale, vivent sur des territoires sous contrôle britannique répartis sur tous les continents. Le Royaume-Uni se procure dans ces territoires les matières premières nécessaires à ses industries. En même temps, les colonies et les dominions sont autant d’endroits où il peut vendre ses produits manufacturés. À cette époque, des Britanniques continuent à s’installer et à investir dans les colonies de l’Empire. Ils y diffusent leur culture et y établissent leurs institutions, comme le font la France et la Belgique, deux autres puissances coloniales européennes, dans leurs propres colonies. À cette époque, les Européens sont convaincus d’appartenir à une civilisation supérieure et considèrent l’impérialisme comme un bienfait pour les peuples colonisés.
20 Les investissements britanniques en 1914
« Le principal flux de capitaux britanniques allait au Canada, aux
États-Unis et en Argentine. Le Mexique, le Brésil, le Chili et d’autres pays d’Amérique du Sud ont également profité d’investissements britanniques plus ou moins importants. De moindres capitaux britanniques ont aussi été injectés en Afrique du Sud […]. L’Inde et l’Extrême-Orient, quant à eux, ont rivalisé d’efforts avec la Russie et l’Australie pour obtenir des capitaux britanniques.
»
CHARLES KENNETH HOBSON, ÉCONOMISTE, THE EXPORT OF CAPITAL, 1914 (TRADUIT DE L’ANGLAIS), [EN LIGNE].
19 Publicité de la compagnie
Mazawattee Tea Company, en 1901 De nombreuses publicités d’entreprises britanniques véhiculent une idée romantique et civilisatrice de l’engagement des Européens en Afrique. Impérialisme Politique d’un État qui vise à imposer sa domination à d’autres nations.
Date de reconnaissance des dominions britanniques
Canada Australie Terre-Neuve Nouvelle-Zélande Union sud-africaine (Afrique du Sud)
1867 1901 1907 1907 1910
129
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
Lors de la Conférence coloniale de 1897, les autorités britanniques veulent raffermir les liens entre la métropole et ses possessions à l’étranger. Le secrétaire d’État aux Colonies, Joseph Chamberlain, souhaite créer un conseil impérial qui serait constitué de représentants du Royaume-Uni, des colonies et du Dominion du Canada, sur le modèle d’une grande fédération. Le gouvernement britannique entend ainsi intensifier les échanges commerciaux au sein de son empire et s’assurer d’un soutien militaire des colonies en cas de guerre.
21 Wilfrid Laurier quittant
le Royaume-Uni, en 1897 Cette caricature représente Wilfrid Laurier saluant les hauts dirigeants du Royaume-Uni. Elle illustre un changement dans les rapports de force entre la métropole et le Canada.
Wilfrid Laurier accueille l’idée de Chamberlain avec prudence. Si l’idée d’un conseil impérial lui semble intéressante, il refuse toutefois de s’engager sans obtenir pour le Canada et les autres colonies de réels pouvoirs. De plus, sur le plan commercial, il estime que le Canada a déjà bien servi la métropole en abaissant ses tarifs douaniers sur les importations du Royaume-Uni. Au cours des années suivantes, Laurier participe à d’autres conférences coloniales, mais il s’oppose chaque fois à la création d’un conseil impérial dominé par le Royaume-Uni. Laurier, en promouvant une politique autonomiste, cherche à libérer le Canada du contrôle du Royaume-Uni en ce qui a trait à ses affaires extérieures.
22 L’Empire britannique en 1898 Ce timbre canadien montre les territoires de l’Empire britannique en 1898. Pour illustrer l’étendue de leurs possessions territoriales, les Britanniques se plaisent à dire que « le soleil ne se couche jamais » sur leur empire. Peu importe l’heure, il fait jour à un endroit qui fait partie de l’Empire britannique. Le Canada exporte surtout des produits alimentaires (blé, orge, poisson, produits laitiers, bétail) et des matières premières (bois, charbon, nickel).
23 La production industrielle mondiale 1900 L’Inde produit, entre autres, du coton, du jute, des épices et du thé.
États-Unis (30 %)
Allemagne (17 %) France (7 %) Italie (3 %) Royaume-Uni (20 %)
Reste du monde, incluant les colonies (23 %)
1913 États-Unis (36 %)
Allemagne (16 %) France (6 %)
Reste du monde, incluant les colonies (25 %)
Italie (3 %) Royaume-Uni (14 %)
MARC NOUSCHI, HISTORIEN, PETIT ATLAS HISTORIQUE DU 20E SIÈCLE, 2000.
L’Australie possède des gisements d’or et d’autres métaux, et produit de la viande congelée, de la laine, du beurre et du blé.
La Nouvelle-Zélande produit de la viande congelée, de l’or, du charbon, des produits laitiers (beurre et fromage) et des peaux de mouton.
« Nous détenons un empire plus vaste que jamais »
Depuis les années 1880, de riches gisements d’or et de diamants sont découverts en Afrique du Sud.
Qu’observez-vous quand vous comparez l’évolution de la production industrielle du Royaume-Uni et celle des États-Unis ? OI 3
?
130 Boer Nom donné aux colons de descendance hollandaise présents en Afrique du Sud et parlant l’afrikaans. Cette langue est un dérivé du hollandais auquel s’amalgament des mots français, anglais, allemands et certains mots de langues africaines. Outre-mer Au-delà des mers, en pays étranger.
24 L’esprit impérial
« L’idée de créer un régiment canadien ne vient pas d’un besoin énoncé. Elle est née de l’esprit impérial que tout le monde manifeste si clairement aujourd’hui.
»
EXTRAIT DU JOURNAL THE MANITOBA FREE PRESS, 9 OCTOBRE 1899.
25 La position de Laurier avant le déclenchement des hostilités
« En vertu de la loi de la Milice
[…] nos volontaires sont enrôlés pour servir à la défense du Dominion […] Le Canada n’est pas menacé ; et bien que nous puissions désirer fournir des troupes, je ne vois pas comment nous pouvons le faire. Et d’ailleurs, comment pourrions-nous le faire sans que le Parlement nous votât les deniers nécessaires. Nous ne pourrions rien faire. En d’autres termes, il nous faudrait convoquer le Parlement.
»
WILFRID LAURIER, PREMIER MINISTRE DU CANADA, JOURNAL THE GLOBE, 4 OCTOBRE 1899.
27 Des soldats boers vers 1899
La guerre des Boers Au 19e siècle, l’Afrique du Sud est occupée par des colons britanniques, par des Boers et par différents peuples africains. En 1880, une première guerre éclate entre les Britanniques et deux États boers, soit la république du Transvaal et l’État libre d’Orange. L’enjeu est le contrôle d’un important gisement de diamants. Les Boers réussissent à repousser les Britanniques. En 1887, de nouvelles tensions surgissent lorsque des prospecteurs découvrent un formidable filon d’or au Transvaal, déclenchant une ruée vers l’or massive. En 1899, les Britanniques sont bien décidés à s’emparer de l’Afrique du Sud et disposent des troupes près des frontières des États boers. Les dirigeants boers demandent aux autorités britanniques de retirer leurs soldats. Essuyant un refus, ils déclarent de nouveau la guerre aux Britanniques le 11 octobre 1899. Dans ce conflit qui l’oppose aux Boers, le Royaume-Uni réclame l’appui militaire de ses colonies. Or, l’opinion publique canadienne est divisée sur la question : la majorité des Canadiens anglais sont impérialistes et souhaitent que le Canada envoie des troupes outre-mer, alors qu’une majorité de Canadiens français, de même qu’un grand nombre de nouveaux immigrants non britanniques, s’opposent avec vigueur à toute participation aux guerres impériales. Comment Wilfrid Laurier peut-il concilier ces positions contradictoires ? La politique autonomiste qu’il a défendue lors de la Conférence coloniale de 1897 est mise à rude épreuve.
26 La seconde guerre des Boers, de 1899 à 1902 en Afrique du Sud Légende Bataille Ville Offensive des Boers (oct.-nov. 1899) Riposte et défaite des forces britanniques (déc. 1899 - févr. 1900) Offensive victorieuse des forces britanniques (févr.-juin 1900) États boers Colonie britannique Autres États ou colonies Frontières entre les États ou colonies
T RA NS V A A L Pretoria Mafeking
Johannesburg
Vryburg
É T A T LIBRE D ’ O R A NG E
Les Boers sont en grande majorité des fermiers. Dans les premiers mois de l’année 1899, leurs effectifs surclassent en nombre les forces britanniques.
NA T A L
Bloemfontein
B A S U T OLA ND
Stormberg
O CÉAN ATL ANTIQUE
COLONIE DU CAP
O CÉA N IN DIEN
Cape Town
0
178
356 km
En Afrique du Sud, la population d’origine européenne est largement minoritaire. La population noire, issue de nombreux peuples africains et occupant le territoire depuis des millénaires, constitue la majorité.
131
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
Le soutien militaire canadien Au tournant du 20e siècle, le Canada n’est pas entièrement libre en matière d’affaires étrangères. Le gouvernement canadien peut cependant choisir la manière dont il vient en aide au Royaume-Uni : il peut offrir un soutien militaire ou encore financier. Rien ne l’oblige à envoyer des soldats se battre en Afrique du Sud. Le 13 octobre 1899, Laurier tranche la question. Par un arrêt ministériel, le gouvernement accepte d’équiper et d’envoyer des soldats volontaires. Cette décision divise l’opinion au pays. Les Canadiens anglais impérialistes jugent cet effort insuffisant. Les nationalistes canadiens-français condamnent cette mesure, qu’ils jugent trop impérialiste, et dénoncent le fait qu’elle crée un précédent : pour la première fois, des soldats canadiens vont combattre en territoire outre-mer. En Afrique du Sud, les Boers gagnent quelques batailles en 1899. Cependant, la puissance britannique s’impose peu à peu, appuyée par les troupes coloniales, dont celles du Canada et de l’Australie. Au total, 7 380 Canadiens servent en Afrique du Sud, dont 12 infirmières. Ils participent à neuf batailles importantes jusqu’en 1902. Les Boers résistent, mais l’armée impériale britannique brûle des villages, affame les populations et réussit à isoler les combattants boers. Pour regrouper les prisonniers et les civils ennemis, les Britanniques construisent des camps de concentration. La guerre prend fin en 1902 avec la victoire des Britanniques.
29 Une vive discussion entre Wilfrid Laurier et Henri Bourassa
« Henri Bourassa, un député de Wilfrid Laurier, s’adresse à lui : “ Avant de
chercher une voie moyenne, tâchons de savoir qui a tort ou raison. Vous m’avez dit deux fois en trois semaines que vous n’enverriez pas de soldats en Afrique, et vous l’avez dit à Chamberlain, et il y a bien des raisons d’ordre constitutionnel ; il y a aussi votre déclaration dans le Globe qui a paru il y a 7 jours. Comment allez-vous expliquer votre volte-face ? […] M. Laurier, avez-vous tenu compte de l’opinion de la Province de Québec ? ” […] [Ce à quoi répond Laurier] “ Mon cher Henri, la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments. ”
»
HENRI BOURASSA, DÉPUTÉ LIBÉRAL DE LABELLE, MÉMOIRES, LE 12 OCTOBRE 1899.
Compromis
Le secrétaire d’État aux Colonies du Royaume-Uni
30 Des soldats canadiens à la bataille de Paardeberg, en 1900 Cette bataille est le premier combat d’envergure contre les Boers auquel participent les troupes canadiennes.
28 Un camp de concentration britannique, vers 1901 Ces camps, où meurent 28 000 hommes, femmes et enfants malades durant la guerre des Boers, soulèvent l’indignation en Grande-Bretagne et au Canada. L’expression « camp de concentration » est utilisée pour la première fois lors de cette guerre.
Arrêt ministériel Décision prise par le Cabinet (ou Conseil des ministres) sans que la Chambre des communes ait été consultée ou ait procédé à un vote. Camp de concentration Lieu fermé où sont détenues des personnes considérées comme ennemies ou s’opposant au pouvoir en place.
?
Sur quel sujet ces deux politiciens sont-ils en désaccord ? OI 3
trace du passé
Monument aux Braves de la guerre des Boers
Inaugurée en 1905 et située à Québec, cette sculpture figure un soldat canadien en uniforme colonial tenant le Red Insign. Le monument s’élève à l’endroit où s’étaient rassemblés les soldats avant leur départ pour l’Afrique du Sud. De nombreux Canadiens français s’identifient aux Boers qui, comme eux, défendent leurs droits et leur langue contre un agresseur étranger. Seulement 11 des 267 soldats canadiens tués lors de cette guerre sont des Canadiens français.
132
Le nationalisme canadien-français 31 Le drapeau canadien de 1868 à 1921 Depuis la Confédération jusqu’en 1965, le Red Ensign est le drapeau canadien, bien que modifié à trois reprises. Union Jack, drapeau du Royaume-Uni
En 1910, la montée de la puissance militaire de l’Allemagne fait craindre une autre guerre, cette fois en Europe. Dans ce contexte, le gouvernement britannique demande de nouveau le soutien militaire de ses colonies, notamment pour renforcer sa flotte de guerre. La participation du Canada à la guerre des Boers avait mis en relief les différences dans le sentiment d’appartenance des Canadiens à l’Empire britannique. Cette nouvelle requête de l’Empire divise une fois de plus l’opinion publique canadienne. De nombreux Canadiens anglais impérialistes approuvent l’idée de contribuer financièrement à la construction de navires destinés à la flotte navale britannique. De leur côté, les nationalistes canadiens-français s’y opposent farouchement. Laurier tente de concilier les positions en proposant un compromis. Plutôt que de construire des navires pour la marine britannique, le gouvernement adopte la Loi du service naval, qui dote le Canada de sa propre marine de guerre en 1910. En cas de conflit, il sera possible de la mettre à la disposition de la Grande-Bretagne.
Armoiries des quatre provinces fondatrices du Dominion du Canada (Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse).
Cette idée ne fait pas l’unanimité. Henri Bourassa, un ardent défenseur de l’autonomie canadienne, accuse Laurier de favoriser la majorité canadienne-anglaise, alors que plusieurs Canadiens anglais se désolent de constater que Laurier n’appuie pas davantage le Royaume-Uni. Le compromis de Laurier lui fait donc perdre beaucoup d’appuis, autant chez les nationalistes que chez les impérialistes. Par conséquent, aux élections de 1911, le gouvernement de Laurier est battu et le Parti conservateur, dirigé par Robert Borden, prend le pouvoir.
32 L’impérialisme au service du Canada
« Pour bien des gens au Canada, l’idée de l’impérialisme est faussée, car il est fortement associé à la capitulation et à la subordination aux Anglais et aux idées anglaises […], mais pour le véritable avenir du pays, […] il doit y avoir un impérialisme supérieur et plus vrai que celui-ci […], c’est-à-dire l’impérialisme pour tout honnête citoyen qui demande que ce pays prenne la place qui est la sienne aux conseils de l’Empire et qu’il joue son rôle dans le destin du monde. En ce sens, l’impérialisme signifie la réalisation d’un Grand Canada, la reconnaissance d’une citoyenneté élargie.
»
STEPHEN LEACOCK, ÉCONOMISTE ET ENSEIGNANT, ALLOCUTION À L’EMPIRE CLUB DE TORONTO, LE 19 MARS 1907 (TRADUIT DE L’ANGLAIS), [en ligne].
Des sentiments d’appartenance différents au début du 20e siècle Impérialisme britannique
Nationalisme canadien-français
Manifestations • Appui à la participation canadienne lors de la guerre des Boers. • Fierté des traditions britanniques.
• Opposition à la participation canadienne lors de la guerre des Boers. • Défense de l’autonomie face à la métropole britannique.
Défenseurs
Majoritairement des Canadiens français. Ex. : Henri Bourassa, Jules-Paul Tardivel.
Majoritairement des Canadiens anglais. Ex. : Stephen Leacock, George Monro Grant.
33 Le croiseur Niobe arrivant à Halifax, 1911 La Loi du service naval de 1910 favorise l’autonomie du Canada sans toutefois briser le lien colonial. Elle prévoit notamment l’achat de deux croiseurs de la marine britannique, le Niobe, ancré à Halifax, et le Rainbow, pour la côte ouest. Cependant, ces navires sont désuets, en comparaison des énormes cuirassés mis en service à cette époque.
133
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
En 1912, le nouveau premier ministre Robert Borden doit faire face à une nouvelle crise linguistique qui secoue le pays. Le gouvernement ontarien vote le Règlement 17, qui limite l’usage du français dans les écoles bilingues de la province afin de faire de l’anglais la principale langue d’enseignement. Les nationalistes canadiens-français s’insurgent contre l’implantation de ce règlement, qui porte atteinte aux droits des francophones. Mais pour de nombreux Canadiens anglais, le Canada est un pays avant tout britannique et anglophone, où la minorité francophone hors Québec doit se plier aux principes de la majorité.
34 Deux positions nationalistes différentes Le journaliste et romancier Jules-Paul Tardivel est, comme Henri Bourassa, un ardent défenseur des intérêts des Canadiens français.
« Notre nationalisme à nous est le nationalisme canadien-français. […]
ce que nous voulons voir fleurir, c’est le patriotisme canadien-français ; les nôtres, pour nous, sont les Canadiens français ; la Patrie pour nous, nous ne dirons pas que c’est précisément la province de Québec, mais c’est le Canada français ; la nation que nous voulons voir se fonder, à l’heure marquée par la divine Providence, c’est la nation canadienne-française.
Henri Bourassa 1868-1952
Homme politique et journaliste, Henri Bourassa est un défenseur de l’autonomie du Canada vis-à-vis de la métropole et milite en faveur des droits des Canadiens français. Il dénonce l’approche impérialiste du gouvernement de Wilfrid Laurier et fonde en 1903, avec de jeunes intellectuels canadiens-français, la Ligue nationaliste, une organisation vouée à la défense de l’autonomie du Canada face au Royaume-Uni. D’abord député fédéral de 1896 à 1907, il est ensuite élu député provincial à Québec en 1908. En 1910, il fonde le journal Le Devoir. Il est réélu député fédéral de 1926 à 1935.
»
Jules-Paul Tardivel, journaliste et écrivain, journal La Vérité, 1er avril 1904.
« Nous travaillons au développement du patriotisme canadien, qui est
à nos yeux la meilleure garantie de l’existence des deux races et du respect mutuel qu’elles se doivent. Les nôtres […] sont les Canadiens français ; mais les Anglo-Canadiens ne sont pas des étrangers […]. La Patrie pour nous, c’est le Canada tout entier, c’est-à-dire une fédération de races distinctes et de provinces autonomes.
»
Henri Bourassa, député fédéral, journal Le Nationaliste, 3 avril 1904.
36 Une manifestation d’écoliers contre le Règlement 17 à Ottawa
En quoi le nationalisme de Jules-Paul Tardivel se distingue-t-il de celui prôné par Henri Bourassa ? OI 3
?
35 La première édition du journal Le Devoir, le 10 janvier 1910 Fondé par Henri Bourassa, Le Devoir fait la promotion du nationalisme canadien-français.
ActivitEs OI 1 Comment la puissance impériale britannique se manifeste-t-elle sur le plan économique ? (Voir doc. 20.) OI 6
p. 460-467
2 Quelle est la position de Wilfrid Laurier sur la place du Dominion du Canada dans l’Empire britannique, lors de la Conférence coloniale de 1897 ? (Voir doc 21.) OI 1
3 Sur quel continent les colonies britanniques sont-elles les plus nombreuses ? (Voir doc. 22) OI 2 4 Quelle est la conséquence de la guerre des Boers sur le plan politique au Canada ? (Voir doc. 29.) OI 4 5 Quelle décision politique est à l’origine de la défaite des libéraux de Wilfrid Laurier en 1911 ? (Voir doc. 33.) OI 4
à suivre Dans ce contexte de luttes politiques et de transformations économiques, comment la société évoluera-t-elle au Québec ?
134
Rappel Au 19e siècle, l’industrialisation bouleverse la société québécoise et entraîne l’émergence de la classe ouvrière.
Une société en ébullition Au début du 20e siècle, l’Église catholique exerce toujours une très grande influence sur la population canadienne-française. Toutefois, l’industrialisation vient bousculer le mode de vie traditionnel et contribue à modifier, entre autres, le rôle des femmes dans la société. Le mouvement d’urbanisation se poursuit et la prospérité économique ne touche pas toute la population de la même manière. Comment l’Église catholique réagit-elle aux transformations économiques et sociales ? Comment le système d’éducation s’adapte-t-il à ces changements ? Quelles sont les revendications des organisations féministes et ouvrières ? Quels sont les attraits du milieu urbain ?
L’omniprésence de l’Église catholique En réaction aux effets de l’industrialisation et de l’urbanisation, l’Église élabore une doctrine sociale, c’est-à-dire un ensemble de principes destinés à guider la conduite des individus dans la société. La doctrine sociale de l’Église prône l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et une plus grande solidarité entre chrétiens. Cette doctrine sociale suit les orientations dictées par le pape Léon XIII en 1891. Ainsi, pour contrer la montée des syndicats américains et canadiens, qui échappent à son contrôle, l’Église encourage la mise sur pied d’organisations syndicales catholiques, comme la Fédération ouvrière mutuelle du Nord qui voit le jour au Saguenay en 1912. Sur le plan économique, elle appuie la création de caisses populaires pour inciter les travailleurs à épargner. L’Église catholique utilise la presse pour exercer un contrôle religieux sur la population. Elle publie ses propres journaux afin d’imposer son interprétation de l’actualité. Elle fonde notamment Le Bien public à Trois-Rivières en 1909, Le Droit à Ottawa en 1913 et L’Action catholique à Québec en 1915. De plus, pour appliquer sa doctrine sociale, l’Église catholique peut compter au Québec sur un nombre élevé de prêtres. En effet, c’est l’une des régions du monde où il y a le plus de prêtres pour le nombre de fidèles. Le programme de l’École sociale populaire En 1911, des religieux créent l’École sociale commun. Par exemple, elle incite les populaire, une organisation qui regroupe dirigeants d’entreprise à mettre en des membres du clergé et des laïcs de pratique les valeurs chrétiennes différents milieux. L’École sociale populaire pour combattre les a pour mission de diffuser la doctrine inégalités sociales. sociale de l’Église au sein de la population catholique : ouvriers, bourgeois, membres 39 Brochure du clergé, etc. Elle distribue des brochures, publiée par l’École participe à la fondation de syndicats et sociale populaire organise des cours et des conférences. Elle cherche à guider les gens vers le respect de la dignité humaine et du bien
37 Les effectifs religieux catholiques au Québec en 1901
• Le nombre total de religieux (hommes et femmes) se chiffre à 8 612. • On compte 1 prêtre pour 680 fidèles catholiques et 1 membre d’une communauté religieuse pour 166 fidèles catholiques. PAUL-ANDRÉ LINTEAU, RENÉ DUROCHER ET JEAN-CLAUDE ROBERT, HISTORIENS, HISTOIRE DU QUÉBEC CONTEMPORAIN, TOME I, DE LA CONFÉDÉRATION À LA CRISE (1867-1929), 1989.
sens, signification
38 Une nouvelle publication catholique
« « LE BIEN PUBLIC » sera un
journal catholique dans toute la franche acception du mot. Il existe un certain malaise dans notre société ; de temps en temps et un peu partout, dans nos parlements, dans nos Conseils municipaux, etc., des idées étranges se font jour. Partout et toujours, nous serons sans merci pour l’erreur, comme aussi nous nous efforcerons d’observer, à l’égard des personnes, les lois de charité chrétienne.
»
EXTRAIT DU JOURNAL LE BIEN PUBLIC, TROIS-RIVIÈRES, 8 JUIN 1909, [en ligne].
?
Quelles institutions sont mises en cause dans cet article ? OI 1
135
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
Au tournant du 20e siècle, les catholiques représentent 85 % de la population québécoise, alors que les protestants en constituent près de 13 %, les autres étant juifs ou orthodoxes. Avec l’industrialisation, la population des villes ne cesse d’augmenter. Pour y conserver son influence morale et culturelle, l’Église catholique multiplie ses paroisses urbaines. Des associations de fidèles organisent des activités culturelles marquées par les valeurs chrétiennes. Des campagnes condamnent la consommation d’alcool, les journaux à grand tirage et les « images animées », soit le cinéma, que l’Église juge amoral. Sur le plan politique, l’Église se porte à la défense de la nation canadienne-française. Elle intervient partout où elle voit des menaces à la foi et à la nation. Pour cette raison, elle plaide pour les droits de la minorité franco-catholique en Ontario lors des débats suscités par le Règlement 17 sur les écoles bilingues. Le courant nationaliste qui associe la foi catholique et la langue française s’intensifie. Cherchant à promouvoir ce nationalisme, de jeunes catholiques fondent en 1904 l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française. Dans ce contexte, le pape reconnaît l’importance du clergé catholique québécois et choisit Montréal comme ville hôte, en 1910, d’un congrès eucharistique mondial, un grand rassemblement religieux catholique. Cet événement d’envergure, qui réunit 10 000 religieux de nombreux pays, est marqué par des processions, des messes et des discours. Près de 500 000 personnes, dont de nombreux touristes, assistent à ce premier congrès eucharistique en Amérique du Nord.
40 Une procession religieuse, début du 20e siècle Cette carte postale du Cap-de-la-Madeleine, près de Trois-Rivières, illustre l’importance des rites religieux pour les Canadiens français.
41 Les Ligues du Sacré-Cœur
« Fondées en 1884, les Ligues sont les premières associations à rechercher une action sur le milieu. Elles visent « à propager et à maintenir l’esprit chrétien dans la famille et dans la paroisse ». De fait, elles en viennent à fonctionner comme la majorité des associations pieuses : recrutement extensif des membres dans la paroisse, promesse solennelle au moment de l’adhésion, puis quelques réunions par année.
»
JEAN HAMELIN, HISTORIEN, HISTOIRE DU CATHOLICISME QUÉBÉCOIS : LE XXe SIÈCLE, TOME I : 1898-1940, 1985.
1945
AnECdote Un discours qui fait sursauter
Lors du congrès eucharistique de Montréal en 1910, Monseigneur Francis Bourne, archevêque au Royaume-Uni, affirme dans un discours qu’il prononce à l’église Notre-Dame que la langue anglaise doit être le seul « véhicule de la foi catholique » à l’extérieur du Québec. Plusieurs Canadiens français sont offusqués de cette affirmation, dans un contexte où les minorités franco-catholiques, comme celles du Manitoba, doivent se battre pour préserver leurs droits linguistiques. Henri Bourassa répond à l’archevêque anglais par un discours improvisé qui soulève la clameur de la foule : « Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai ; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. » Procession Suite de personnes qui se déplacent d’un lieu à un autre pour accomplir un rituel, soit par la prière ou par le chant.
La première caisse populaire Pour la majorité des francophones à revenu modeste, il est très difficile d’obtenir du crédit ou d’épargner. Il existe des banques francophones, mais leur capacité de financement est limitée. En 1900, Alphonse Desjardins et sa femme Dorimène fondent la première caisse populaire à Lévis. Ils veulent, d’une part, inciter les gens à épargner pour faire face aux imprévus et, d’autre part, aider les agriculteurs à se procurer des équipements dispendieux à crédit. Les fondateurs partagent les valeurs chrétiennes de solidarité pour combattre les inégalités sociales. D’ailleurs, l’Église soutient la fondation de nombreuses caisses. En 1906, la loi québécoise sur les coopératives entraîne la multiplication des caisses populaires au Québec.
136
Le système d’éducation 42 L’opposition à l’école obligatoire pour les enfants
« Cette loi serait inefficace à
cause de l’éloignement de l’école, de l’étendue des arrondissements scolaires, de l’état des chemins et de la rigueur des saisons. Elle sera inefficace aussi parce que, dans certains cas, c’est la pauvreté, c’est la rareté des bras pour l’agriculture qui forcent les parents à retenir leurs enfants.
»
ADÉLARD TURGEON, DÉPUTÉ, DISCOURS À L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DU QUÉBEC, 14 MARS 1901.
Pourquoi certaines personnes s’opposent-elles à une loi imposant l’instruction obligatoire ? OI 4
?
Pourquoi le gouvernement libéral québécois tente-t-il de mettre sur pied un ministère de l’Instruction publique ? OI 4
?
En 1897, le gouvernement provincial libéral tente de rétablir le ministère de l’Instruction publique, aboli en 1876. Cette décision est prise à la lumière des résultats du recensement canadien de 1891, qui indiquent un taux alarmant d’analphabétisme au Québec. Toutefois, le clergé catholique s’oppose à cette intrusion du gouvernement dans le domaine de l’éducation. La pression du clergé est si forte que le gouvernement recule : ce ministère ne verra pas le jour. Ainsi, le département de l’Instruction publique, toujours contrôlé par les clergés catholique et protestant, garde la mainmise sur le système d’éducation québécois. En 1901, des députés libéraux présentent un projet de loi pour rendre obligatoire la fréquentation scolaire jusqu’à 13 ans. Ce projet est rejeté par l’Assemblée législative. Au niveau secondaire, le système catholique continue à favoriser l’éducation des garçons de familles bien nanties. Les collèges classiques, où est formée l’élite canadienne-française, imposent des droits de scolarité élevés, ce qui en limite l’accès. Du côté anglophone, on met sur pied des High Schools publiques. Les communautés anglophones, majoritairement protestantes, accordent beaucoup d’importance à l’éducation. De plus, les familles anglophones sont plus riches que les francophones. Ainsi, les jeunes anglophones sont proportionnellement plus nombreux à fréquenter l’école que les francophones. En 1908, grâce aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, un premier collège classique pour les Canadiennes françaises ouvre ses portes à Montréal. Toutefois, peu d’étudiantes se rendent à l’université, à moins de s’inscrire dans un établissement universitaire anglophone qui admet quelques femmes, comme l’Université McGill. En effet, les universités francophones refusent l’accès aux femmes.
43 Le taux d’analphabétisme en 1891
Carrie Derick 1862-1941
Diplômée en botanique avec distinction de l’Université McGill en 1890, Carrie Derick est, en 1891, la première femme à donner un cours universitaire au Québec. Elle obtient sa maîtrise en 1896 et poursuit sa formation aux États-Unis, à l’Université Harvard, puis en Angleterre et en Allemagne. De retour à l’Université McGill, elle obtient officiellement en 1912 un poste de professeure, une première au Canada. Elle met sur pied un cours de génétique et publie ses recherches dans une prestigieuse revue scientifique américaine. Elle milite au sein de plusieurs groupes féministes pour le droit de vote des femmes et leur plus grande accessibilité à l’éducation.
En 1910, au Québec, 4 % des écoliers francophones sont inscrits en 5e année et seulement 1 % en Population âgée 7e année. De manière générale, la majorité des de 10 à 19 ans élèves du secteur anglophone terminent Population âgée leurs études de niveau primaire. de 20 à 29 ans GOUVERNEMENT DU CANADA, RECENSEMENT DU CANADA, VOL. IV, 1891, [en ligne].
44 La chapelle du collège de Lévis, au tournant du 20e siècle En 1900, on compte 19 collèges classiques au Québec. En 1908, tous les collèges classiques ont une clientèle exclusivement masculine, comme le collège de Lévis, à la seule exception de l’École d’enseignement supérieur, qui deviendra le collège Marguerite-Bourgeoys en 1926.
québec
Ontario
Ensemble du canada
16,9 %
4,6 %
9,7 %
19,9 %
4,3 %
10,2 %
137
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
La formation technique L’industrialisation entraîne de nouveaux besoins en matière de formation. En 1907, le gouvernement provincial fait adopter un projet de loi qui établit un système public d’enseignement professionnel et technique. Dans les années qui suivent, deux écoles techniques ouvrent leurs portes, l’une à Québec, l’autre à Montréal, pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée. Ces écoles offrent une formation de trois ans en français ou en anglais et préparent les élèves à des métiers liés au travail du bois, à la mécanique, à l’électricité, à la forge des métaux ou au dessin industriel. Puisqu’elles ne sont pas soumises au Conseil de l’instruction publique, elles ne sont pas sous le contrôle de l’Église catholique. Le ministère de l’Agriculture et de la Colonisation s’implique aussi dans la formation. En plus des écoles ménagères destinées aux filles, de nombreux établissements sont créés, comme des écoles de poterie, de laiterie ou de médecine vétérinaire. Par exemple, le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et l’école d’Oka, fondés au 19e siècle, offrent un enseignement en agriculture et sont affiliés à l’Université Laval pour donner une formation en agronomie.
Fondation d’établissements scolaires, début du 20e siècle
• 1907 : École d’arpentage, affiliée à la Faculté des arts de l’Université Laval • 1907 : Collège Macdonald (agriculture), affilié à l’Université McGill • 1907 : École des hautes études commerciales à Montréal • 1910 : École de foresterie, affiliée à la Faculté des arts de l’Université Laval Agronomie Étude des sciences et des techniques liées à l’agriculture.
45 Une classe de chimie au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au début du 20e siècle
Principaux types d’écoles préuniversitaires au Québec, début du 20e siècle Type d’école
Écoles modèles Académies High Schools
Niveau*
Primaire et secondaire général : de la 1re à la 6e année Primaire et secondaire général : de la 1re à la 8e année Secondaire général menant à l’université
Collèges classiques Secondaire général menant à l’université (établissements privés) Écoles ménagères Primaire et secondaire professionnel (catholiques) Écoles d’agriculture Secondaire général et universitaire Écoles normales
Secondaire général menant à l’enseignement
Autorité
Comité catholique Comité catholique Comité protestant Communautés religieuses catholiques Ministère de l’Agriculture Ministère de l’Agriculture ou université affiliée Communautés religieuses catholiques ou comité protestant
* À cette époque, le niveau primaire comprend quatre années, soit de la 1re à la 4e année. De la 5e à la 8e année, les élèves suivent un enseignement équivalant de nos jours au secondaire de premier cycle.
L’implication des entreprises et du clergé Certaines entreprises investissent dans la formation technique offerte dans leur région pour combler leurs besoins en main-d’œuvre spécialisée. C’est le cas à Shawinigan où J. E. Aldred, président de la Shawinigan Water and Power, se joint à des hommes d’affaires de la ville pour fonder en 1911 une troisième école technique, après celles de Montréal et de Québec. L’Église catholique, pour sa part, offre une formation technique à Sherbrooke à partir de la même année, et à Beauceville dès 1913.
Plus de la moitié des membres du personnel de l’ensemble du réseau catholique sont des religieux.
46 Une leçon de filage à Saint-Pascal de Kamouraska, début du 20e siècle Après l’école ménagère de Roberval, qui ouvre en 1882, celle de Saint-Pascal de Kamouraska voit le jour en 1905. Ces écoles ont pour objectif d’enseigner aux jeunes filles toutes les tâches nécessaires pour bien tenir une maison, surtout en milieu rural.
138
Les revendications ouvrières 47 Les conflits ouvriers au Québec
entre 1901 et 1915 Années
Nombre de grèves
Nombre d’ouvriers impliqués
1901-1905 1906-1910 1911-1915
131 106 75
30 516 32 311 30 120
GÉRALD BERNIER ET ROBERT BOILY, PROFESSEURS EN SCIENCES POLITIQUES, LE QUÉBEC EN CHIFFRES DE 1850 À NOS JOURS, 1986.
Cheminot Agent des chemins de fer. Typographe Personne qui compose des textes destinés à l’impression à l’aide de caractères mobiles.
des hôpitaux pour enfants En 1903, après six ans d’études aux États-Unis, Irma Levasseur devient la première Québécoise francophone à pratiquer la médecine au Québec, après trois consœurs anglophones. Indignée par la piètre qualité des soins donnés aux enfants malades, particulièrement à Montréal où un enfant sur quatre meurt avant l’âge d’un an, elle fonde l’Hôpital Sainte-Justine pour leur venir en aide. De retour dans sa ville natale de Québec en 1922, elle investit ses économies dans l’ouverture d’un autre établissement voué aux enfants, soit l’Hôpital de l’Enfant-Jésus.
49 le logement à Montréal
Bien qu’elles se soient un peu améliorées depuis la fin du 19e siècle, les conditions de vie de la classe ouvrière demeurent difficiles au début du 20e siècle. C’est particulièrement le cas à Montréal, où la consommation d’eau ou de lait de mauvaise qualité explique un haut taux de mortalité infantile. Malgré tout, les salaires sont un peu plus élevés que dans les années 1890. Certains travailleurs s’en tirent mieux parce qu’ils sont qualifiés. C’est le cas des cheminots et des typographes, qui gagnent un salaire au-dessus de la moyenne. Ces conditions difficiles font passer le pourcentage de travailleurs syndiqués de 3 % en 1901 à 5,6 % en 1911. Bien que l’Église mette sur pied des syndicats catholiques, les deux tiers des syndicats québécois sont encore affiliés à des syndicats américains. Entre 1900 et 1914, les travailleurs syndiqués, hommes et femmes, déclenchent de nombreuses grèves, surtout dans les manufactures de textile, mais aussi dans le secteur du transport et de la construction. Les syndicats réclament des hausses de salaire et la réduction du nombre d’heures de travail. Leur lutte se transporte aussi sur la scène politique. Un parti politique favorable aux revendications ouvrières, le Parti ouvrier, naît en 1899 et fait élire un premier député en 1906, Alphonse Verville. Dans ce contexte, les gouvernements fédéral et provincial adoptent des lois visant à réduire les abus envers les ouvriers. Principales lois concernant les relations de travail, de 1900 à 1910
1900 Loi fédérale qui vise à réduire les conflits par le recours 1910 Loi provinciale qui fixe à 14 ans l’âge volontaire à la conciliation et à l’arbitrage minimum pour travailler dans une usine et interdit l’embauche d’enfants 1909 Loi provinciale relative aux accidents de travail qui analphabètes de moins de 16 ans oblige les patrons à dédommager les victimes
48 Distribution de lait au parc La Fontaine à Montréal, au début du 20e siècle Pour réduire le taux de mortalité infantile, des organismes appelés « Gouttes de lait » distribuent du lait de qualité.
« Les nouveaux logements qui
sont alors construits à Montréal sont de meilleure qualité. Ils sont dotés de toilettes à l’eau courante. […] L’utilisation du gaz comme combustible pour la cuisson des aliments se répand rapidement […]. L’électricité effectue une percée indéniable pour les fins d’éclairage, même si seule une minorité des ménages est en mesure d’en profiter.
»
PAUL-ANDRé LINTEAU, HISTORIEN, HISTOIRE DE MONTRéAL DEPUIS LA CONFéDéRATION, 2000.
50 Le travail des femmes dans les manufactures de textile, 1915 En 1901, la moyenne des heures travaillées par semaine se chiffre à environ 60, soit l’équivalent de 10 heures par jour, 6 jours par semaine.
139
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
Les revendications des femmes En 1901, les femmes représentent près de 16 % de la main-d’œuvre du Québec. Comme à la fin du 19e siècle, plus des trois quarts de la main-d’œuvre féminine sont constitués de jeunes femmes non mariées. Les femmes occupent les emplois les moins bien rémunérés. Elles gagnent en moyenne tout juste un peu plus de la moitié du salaire des hommes. Seules deux carrières féminines nécessitent une formation, soit l’enseignement et les soins infirmiers. Dans ces domaines contrôlés par l’Église catholique, on n’accepte cependant aucune femme mariée et les salaires sont bas. Depuis la fin du 19e siècle, des organisations féministes se forment dans les grandes villes occidentales et militent pour l’égalité des droits pour les femmes. Au Québec, les féministes se font entendre depuis les années 1890 grâce au Montreal Local Council of Women, une organisation laïque où s’impliquent à la fois des anglophones et quelques Canadiennes françaises. En 1907, des féministes canadiennes-françaises fondent leur propre association : la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. L’association revendique le droit des femmes de travailler hors du foyer conjugal, d’accéder aux études supérieures et de voter, mais se heurte aux autorités civiles et religieuses catholiques. En effet, ces dernières sont hostiles aux changements proposés, qui menacent l’ordre établi et les fondements traditionnels de la famille, selon lesquels la place de la femme mariée est à la maison, auprès de son époux et de ses enfants.
51 Situation juridique de la femme mariée, selon le Code civil du Québec (1866-1915)
1945
La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste Fondée en 1907 à l’initiative de Marie Lacoste Gérin-Lajoie et de Caroline Béïque, ainsi que d’autres femmes de la bourgeoisie, cette organisation prône un féminisme chrétien, basé sur la doctrine sociale de l’Église. Elle vise à protéger les femmes de la pauvreté et de la violence conjugale, et à lutter contre l’alcoolisme et le taux élevé de mortalité infantile. Il s’agit d’un féminisme à portée sociale, mais aussi politique. En effet, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste lutte pour changer le Code civil dans le but d’améliorer le statut légal des femmes mariées, d’obtenir le droit de vote des femmes et leur accessibilité aux études supérieures. Sa fondation est un événement important en 1907 : le journal La Patrie en fait d’ailleurs l’annonce en première page.
Personnes ayant une maladie mentale ou une déficience intellectuelle
« A – Sur le plan individuel
1) Incapacité générale (comme les mineurs et les interdits) a) ne peut contracter b) ne peut se défendre en justice ou intenter une action […] B – Relations personnelles avec le mari 1) Soumission au mari. En échange, le mari lui doit protection […] 6) Loi du double standard : Le mari peut toujours exiger la séparation pour cause d’adultère ; la femme ne peut l’exiger que si le mari entretient sa concubine dans la maison commune. C – Relations financières avec le mari 1) Ne peut exercer une profession différente de celle de son mari
»
MICHELINE DUMONT ET AUTRES, HISTORIENNES, L’HISTOIRE DES FEMMES AU QUéBEC DEPUIS QUATRE SIèCLES, éDITIONS DU CLUB QUéBEC LOISIRS, 1983.
Acte sexuel qui rompt le serment de fidélité dans un couple SIGNER DES CONTRATS
?
Entre 1866 et 1915, qui a une situation juridique comparable à celle de la femme mariée sur le plan individuel ? OI 1
Marie Lacoste Gérin-Lajoie 1867-1945
Marie Lacoste Gérin-Lajoie joue un rôle prépondérant dans l’émergence du mouvement féministe au Québec. D’abord, en 1902, elle publie le Traité du droit usuel, un ouvrage de vulgarisation des lois relatives à la vie privée des femmes visant à introduire l’enseignement du droit dans les écoles. Elle siège ensuite au conseil d’administration du Montreal Local Council of Women de 1900 à 1906, puis préside la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste de 1913 à 1933. Elle lutte pour le droit de vote des femmes et aussi contre les abus de pouvoir envers les femmes et les plus démunis.
140
L’attrait du milieu urbain Au début du 20e siècle, le monde rural se transforme. Grâce aux réseaux de chemins de fer et de routes qui prennent de l’expansion, les contacts avec la ville sont facilités et plus fréquents. De nouveaux produits font leur apparition à la campagne : les produits manufacturés en ville et vendus dans les magasins généraux remplacent graduellement les produits de fabrication artisanale. De plus, les conditions de vie s’améliorent. Malgré tout, la ville continue de présenter un attrait indéniable. Les journaux à grand tirage relatent les dernières innovations techniques et témoignent d’une vie en apparence meilleure en milieu urbain. Ainsi, en dépit des conditions de vie précaires de la classe ouvrière, des ruraux sans emploi de même que des immigrants continuent d’affluer en ville. L’exode rural se poursuit et l’urbanisation progresse dans la vallée du Saint-Laurent, tout comme dans les villes de régions qui se développent grâce à leurs richesses naturelles, telles que le Lac-Saint-Jean et la Mauricie. Montréal demeure tout de même la ville qui attire le plus de ruraux et d’immigrants. En 1901, 52,9 % de la population urbaine du Québec vit à Montréal. L’essor de la population urbaine entraîne la multiplication d’emplois liés aux secteurs des services. En 1901, un peu plus du quart des travailleurs occupent des postes dans les domaines de l’éducation, de l’administration, de la santé, de la justice, du transport ou de la vente au détail. Certes, des problèmes persistent sur le plan des infrastructures. Par exemple, à Montréal, plusieurs rues ne sont pas encore pavées. Aussi, ce n’est qu’à partir de 1910 que l’on commence à chlorer l’eau. De plus, la qualité des logements varie d’un quartier à l’autre. Toutefois, de manière générale, le milieu de vie urbain offre des perspectives attrayantes et une intéressante gamme d’activités.
52 La rue Saint-Jacques à Montréal,
vers 1910 À Montréal, la rue Saint-Jacques, avec ses nombreuses banques, est le centre financier du Canada au début du siècle.
54 Pourcentage de la population urbaine Année
Québec
Ontario
Canada
1901 1911
36,1 % 44,5 %
40,3 % 49,5 %
34,9 % 41,8 %
PAUL-ANDRÉ LINTEAU, RENÉ DUROCHER ET JEAN-CLAUDE ROBERT, HISTORIENS, HISTOIRE DU QUÉBEC CONTEMPORAIN, TOME I, DE LA CONFÉDÉRATION À LA CRISE (1867-1929), 1989.
Comparez les taux d’urbanisation du Québec et de l’Ontario à celui de l’ensemble du Canada. Que remarquez-vous ? OI 3
?
53 Une station de tramway à Québec, vers 1905 La ville se modernise avec l’apparition du tramway et de l’électricité. À Québec, la compagnie Quebec Railway, Light, Heat and Power exploite deux lignes ferroviaires, une ligne de tramway et la distribution de l’électricité et du gaz à partir de 1909.
141
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
La ville est un milieu dynamique où s’implantent de nombreuses innovations techniques. L’électricité éclaire les commerces, les rues principales et de plus en plus d’habitations. On présente des spectacles dans les parcs publics. Le théâtre est en plein essor et le cinéma muet fait son apparition sur grand écran. Les automobiles font leur apparition dans les rues, alors que les réseaux de tramways électriques s’étendent dans les grandes artères. Les citadins peuvent ainsi aller dans les grands magasins de détail, comme ceux de la rue Sainte-Catherine à Montréal ou de la rue Saint-Joseph à Québec. Ces commerces, où l’on vend des marchandises de toutes sortes, attirent de nombreux consommateurs. L’urbanisation amène aussi la création de ligues sportives organisées un peu partout au Québec. Les clubs amateurs et professionnels de crosse, de hockey et de baseball se multiplient.
55 Cartes de hockey de deux équipes rivales, vers 1910 Pour rivaliser avec le club anglophone des Wanderers de Montréal créé en 1903, le Club de hockey Canadien, composé majoritairement de francophones, est mis sur pied en 1909. Les promoteurs espèrent ainsi profiter de la rivalité entre les francophones et les anglophones de la ville, pour stimuler la vente de billets.
1945
AnECdote Une première médaille d’or olympique
En 1904, Étienne Desmarteaux, policier à Montréal, est le premier athlète québécois à remporter une médaille d’or olympique aux Jeux de Saint Louis, aux États-Unis. Il réussit cet exploit au lancer du poids de 56 livres (25,4 kg), qu’il propulse à une distance de 10,46 mètres. C’est la seule médaille d’or qui échappe aux Américains en athlétisme cette année-là. Lors de la compétition, Desmarteaux porte les couleurs de la Montreal Amateur Athletic Association, qui prend en charge les coûts de sa participation aux Jeux.
56 Le Ouimetoscope En 1906, Léo-Ernest Ouimet inaugure à Montréal la plus grande salle de cinéma du monde et la première où il y a l’air conditionné. Il produit aussi ses propres films d’actualité dans lesquels il présente, entre autres, les célébrations du Tricentenaire de Québec en 1908 et le congrès eucharistique de Montréal en 1910.
57 Page couverture du catalogue du magasin T. Eaton, 1903-1904 Les gens peuvent commander par service postal des biens provenant de grands magasins qui leur sont livrés grâce aux nombreux réseaux de chemins de fer.
ActivitEs OI 1 Quel moyen l’Église catholique utilise-t-elle p. 460-467 pour imposer sa vision de l’actualité à la population canadienne-française ? (Voir doc. 38.) OI 1
2 En 1891, le taux d’analphabétisme est très élevé au Québec. Relevez un fait qui illustre ce problème et une solution proposée par le gouvernement libéral provincial. (Voir doc. 43.) OI 6
3 Pourquoi les gouvernements fédéral et provincial adoptent-ils de nouvelles lois concernant les relations de travail au début du 20e siècle ? (Voir doc. 47.) OI 4 4 Quel est l’impact du développement des réseaux de chemins de fer et de routes sur la consommation en milieu rural ? (Voir doc. 57.) OI 4
à suivre Alors que le Canada connaît un développement sans précédent dans son histoire, la guerre est sur le point d’éclater en Europe. Le Canada y échappera-t-il ?
142
Rappel
L’Empire est en guerre : le Canada est en guerre !
Lors de la guerre des Boers de 1898 à 1902, le gouvernement du Canada soutient l’Empire britannique en envoyant des soldats combattre en Afrique du Sud.
Au début du 20e siècle, le gouvernement prend ses distances face à la métropole britannique. La politique de compromis de Wilfrid Laurier sur la participation canadienne aux guerres de l’Empire divise l’opinion publique au Québec, avec les impérialistes d’un côté et les nationalistes de l’autre. Alors que les conservateurs de Robert Borden battent les libéraux de Laurier aux élections de 1911, la Première Guerre mondiale est sur le point d’éclater en Europe. Quelles sont les causes de cette guerre ? Comment le gouvernement de Borden mène-t-il l’effort de guerre du Canada ? Quelle sera la contribution militaire canadienne ?
Les intérêts nationaux européens en 1914 Depuis la fin du 19e siècle, des rivalités divisent les puissances européennes. Guillaume II, empereur d’Allemagne, lance sa Weltpolitik, une politique qui vise à créer une puissante flotte navale et à bâtir un empire colonial allemand. Cette volonté d’expansion de l’Allemagne menace la suprématie d’autres puissances coloniales européennes, en particulier le Royaume-Uni. En outre, la France souhaite reprendre l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne. Pour leur part, l’Autriche-Hongrie et la Russie se disputent le contrôle des Balkans. Deux grandes coalitions se forment : la Triple-Entente, qui réunit la France, le Royaume-Uni et la Russie, et la Triple-Alliance, qui regroupe l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie.
58 Les principales rivalités en Europe en 1914
Légende
N OR VÈ GE
R OYA UME - UN I
S U ÈD E Me r du D A N E MA RK Nord P A YS BAS
E M PI R E A L L EM AN D
BE L GIQUE 0
357
714 km
OCÉAN AT L A N T I Q U E
1 FR A N C E
2 EM PI R E R U SSE
ALSACE E T LO RRAINE
S UIS S E
3
EM PI R E AU ST R O HONGROIS
R O U M AN I E
Sarajevo
PORTUG A L
ITA L I E
4
BOSNIEHE RZÉ GO V I N E
G R ÈCE
Me r Méditer ranée
Me r Noire
SER B I E B U LG AR I E
ALB AN I E
E S P A GN E
Les alliances en 1914 La Triple-Entente La Triple-Alliance Pays qui entrent en guerre entre 1914 et 1917 Du côté des pays de la Triple-Entente Du côté des pays de la Triple-Alliance États demeurés neutres Région des Balkans Territoire faisant l’objet d’une rivalité Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand
EM PI R E O T T O M AN
Slaves Peuples d’Europe centrale et orientale parlant une langue apparentée, comme le russe, le polonais, le tchèque, le slovaque et le serbe.
1
L’Alsace et la Lorraine sont habitées par des gens d’origine française et allemande. La France souhaite récupérer ces deux provinces prises en 1871 par l’Allemagne qui, elle, cherche à réunir tous les Allemands dans un seul État. 2
L’Allemagne est le pays européen le plus industrialisé, mais possède peu de colonies. 3
L’Autriche-Hongrie et la Russie veulent contrôler les Balkans, une région propice aux échanges commerciaux vu la proximité de la mer Méditerranée. De plus, la Russie vise à rassembler sous une même autorité tous les peuples slaves de cette région. 4
L’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine en 1908. Or, la Serbie souhaite récupérer cette province, majoritairement peuplée de slaves. Le Royaume-Uni et la France, qui ont longtemps été ennemis, se trouvent alliés contre l’Allemagne en 1914.
143
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale
1945
« La guerre dans la paix »
Le 28 juin 1914, un événement plonge l’Europe dans une crise politique majeure : l’archiduc François-Ferdinand, successeur au trône de l’Autriche-Hongrie,est assassiné à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, par un nationaliste serbe. L’Autriche-Hongrie soupçonne la Serbie d’avoir soutenu cet assassinat. Appuyée par l’Allemagne, elle présente un ultimatum à la Serbie. Entre autres, elle exige que la police austro-hongroise puisse enquêter sur le territoire serbe. Soutenue de son côté par l’Empire russe, la Serbie n’accepte pas toutes les exigences austro-hongroises. Cette décision marque le début d’une série d’événements qui conduisent l’Europe, puis le monde entier, en pleine guerre. Principaux événements déclencheurs de la guerre, été 1914
• 28 juillet : L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. • 30 juillet : La Russie, alliée de la Serbie, annonce une mobilisation générale. • 31 juillet : L’Allemagne exige que la Russie cesse sa mobilisation. La Russie refuse.
• 1er août : L’Allemagne déclare la guerre à la Russie. La France, alliée de la Russie, annonce à son tour une mobilisation générale. • 3 août : L’Allemagne déclare la guerre à la France. • 4 août : L’Allemagne envahit la Belgique ; le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne. • 24 août : L’armée allemande entre en France.
La déclaration de guerre du Royaume-Uni entraîne automatiquement dans le conflit le Canada et les autres colonies et dominions de l’Empire britannique. Le gouvernement fédéral peut décider de la nature de son soutien au Royaume-Uni et n’est pas obligé d’envoyer des soldats outre-mer. Cependant, l’annonce du déclenchement d’une guerre soulève l’enthousiasme au Canada. Même au Québec, l’alliance entre le Royaume-Uni et la France satisfait une large part de l’opinion publique. Du 18 au 22 août 1914, les députés fédéraux se réunissent à la Chambre des communes pour une session spéciale. Le Parti libéral et le Parti conservateur s’entendent alors sur l’importance pour le Canada de participer à la défense de l’Empire et de consacrer tous les efforts possibles pour soutenir financièrement et militairement le Royaume-Uni.
60 Un nationaliste canadien-français se prononce
« Le Canada, nation anglo-française, liée à l’Angleterre et à la France par
mille attaches ethniques, sociales, intellectuelles, économiques, a un intérêt vital au maintien de la France et de l’Angleterre, de leur prestige, de leur puissance, de leur action mondiale. Mais pour rendre cette contribution efficace, le Canada doit commencer par envisager résolument sa situation réelle, se rendre un compte exact de ce qu’il peut faire ou ne pas faire, et assurer sa sécurité intérieure, avant d’entamer ou de poursuivre un effort qu’il ne sera peut être pas en état de soutenir jusqu’au bout.
»
HENRI BOURASSA, JOURNALISTE ET POLITICIEN, JOURNAL LE DEVOIR, LE 8 SEPTEMBRE 1914.
59 Affiche annonçant
les manœuvres de la flotte allemande en 1903 Au début du 20e siècle, la flotte allemande menace la suprématie britannique sur les mers. Mobilisation Terme militaire qui désigne l’action de rassembler les soldats et de les préparer à faire la guerre. Ultimatum Document par lequel un État ordonne à autre État de se soumette à certaines exigences avant de lui déclarer la guerre.
La « Première Guerre mondiale » Une fois la fin de la guerre de 1914-1918 finie, on lui donnera le nom de « Grande Guerre » afin de rappeler le grand nombre d’États qui y ont pris part et la multitude de victimes qu’elle a faite. On utilisera aussi l’expression « der des ders », diminutif de « dernière des dernières », pour témoigner de l’espoir qu’il n’y ait aucune autre guerre tant que l’on se souviendrait du sacrifice humain consenti lors de cette grande guerre. C’est seulement après la guerre de 1939-1945 que les historiens commenceront à appeler la guerre de 1914-1918 « Première Guerre mondiale ».
Selon Henri Bourassa, que doit faire le Canada avant de s’engager dans la guerre en Europe ? OI 1
?
144 61 Affiche de recrutement
au Québec vers 1915 Afin de recruter des volontaires canadiens-français, les autorités militaires misent sur leur lien identitaire avec la France.
?
Identifiez un symbole de la France qui figure sur cette affiche. OI 1
Corps expéditionnaire Groupe de soldats entraînés pour combattre hors de leur pays. Milicien Civil au service de l’armée à temps partiel.
Le gouvernement de guerre En 1914, la plupart des dirigeants croient que la guerre sera de courte durée. L’opinion publique canadienne étant favorable à la guerre, les députés de la Chambre des communes votent la Loi sur les mesures de guerre. Cette loi donne au gouvernement de Borden le droit de diriger le pays sans l’autorisation du Parlement en situation de guerre. Puis, il met sur pied un corps d’armée destiné à aller combattre en Europe. Or, cette force militaire canadienne se limite à quelque 3 100 soldats réguliers et 55 000 miliciens. Le gouvernement lance donc une vaste opération de recrutement de volontaires dans tout le pays pour former un corps expéditionnaire. De nombreux hommes répondent à l’appel. En octobre 1914, le nombre de soldats inscrits pour le service outre-mer s’élève à plus de 32 600 hommes. Près de 70 % de ces premiers volontaires sont des Britanniques de naissance, récemment arrivés au Canada. Ces jeunes s’enrôlent par patriotisme, par esprit d’aventure ou encore pour se sortir de la misère. Les Canadiens français sont proportionnellement moins nombreux à s’engager. La langue explique en partie ce phénomène, puisque tout se fait en anglais dans l’armée. Il y a aussi des Canadiens français qui voient peu d’intérêt à aller combattre pour leur pays, qui bafoue leurs droits linguistiques. Par ailleurs, certains Canadiens désireux de servir leur patrie ne peuvent pas s’enrôler parce qu’ils sont Autochtones, Noirs ou originaires d’Asie.
62 Principaux pouvoirs de l’État, selon la Loi sur les mesures de guerre de 1914
• La censure, le contrôle et la suppression de publications et moyens de communication • L’arrestation, la détention, l’exclusion et la déportation d’individus
63 La politique de recrutement des volontaires canadiens
« La politique de recrutement de
l’armée est empreinte de racisme : la hiérarchie militaire juge les volontaires de couleur inaptes à devenir de bons soldats, tout comme d’ailleurs plusieurs politiciens et une partie de l’opinion publique. Ce n’est qu’à partir du moment où le nombre de volontaires diminue de manière significative, à l’été 1916, que l’armée cherche à enrôler plus activement parmi les communautés amérindienne, noire et asiatique. Ces soldats seront toutefois la plupart du temps confinés à des fonctions logistiques, car les lignes de front sont pratiquement réservées aux unités blanches, qu’on croit plus efficaces au combat.
»
JACQUES PAUL COUTURIER, HISTORIEN, UN PASSÉ COMPOSÉ. LE CANADA DE 1850 À NOS JOURS, 1996.
• Le contrôle du commerce, de l’exportation, de l’importation et de la production • La prise de possession, le contrôle, la confiscation et la disposition de biens
LOI SUR LES MESURES DE GUERRE, STATUTS DU CANADA, 1914.
64 Un point de vue nationaliste canadien-français
« Les nationalistes, par la bouche d’Armand Lavergne, ne tardent pas à
faire connaître leurs réactions. Le député de Montmagny donne le ton […] : « Si l’on nous demande d’aller nous battre pour l’Angleterre, nous répondrons : qu’on nous rende nos écoles ! ». Le mot d’ordre est lancé et un certain nombre le suivront : que l’Ontario abroge le règlement 17 et les Canadiens français accepteront peut-être d’aller défendre « la mère patrie ».
»
Jacques Lacoursière, historien, Histoire populaire du Québec, 1896 à 1960, Tome 4, 1997.
65 Le Corps expéditionnaire à Québec en 1914 Les soldats du premier contingent sont regroupés à Valcartier, près de Québec, avant d’être envoyés en Angleterre (Royaume-Uni).
145
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
L’industrie de guerre La guerre stimule l’économie canadienne. Des manufactures sont construites ou converties pour servir l’industrie de guerre. Les besoins en uniformes, en armes, en munitions et en matériel militaire divers revigorent la production manufacturière et minière. Les activités de transport s’intensifient. C’est à partir des ports de Québec et d’Halifax, notamment, que l’on expédie les soldats et le ravitaillement vers l’Europe. Bien que les besoins en vivres dynamisent la production agricole, la production industrielle la dépasse en importance pour la première fois au Canada. Pour soutenir cet effort de guerre, le gouvernement de Robert Borden mobilise les ressources économiques du pays. Des organismes, dont la Commission impériale des munitions et la Commission du ravitaillement, coordonnent la production et la distribution du matériel militaire et des vivres. Par ailleurs, les coûts de la guerre obligent le gouvernement fédéral à augmenter ses tarifs douaniers et à emprunter à des banques, soit à Londres ou à New York. Le gouvernement fédéral en vient ainsi à jouer un plus grand rôle dans l’économie canadienne.
67 L’impact de la guerre sur l’économie québécoise
« La Première Guerre stimula la croissance industrielle du Québec.
À Montréal, deux grandes usines de munitions virent le jour, et à Montréal, Québec et Sorel les chantiers maritimes prirent de l’expansion. Mais il n’y eut pas que les secteurs des transports, du fer et de l’acier qui tirèrent profit de cette période. Au cours de la Première Guerre, la valeur des actions ordinaires de la Woods Manufacturing Company, productrice montréalaise de ficelles, de tentes et de drapeaux, tripla.
»
Brian Young et John A. Dickinson, historiens, Brève histoire socio-économique du Québec, 2009.
68 Les manufactures de plus de cinq employés au Canada Nombre de manufactures 1905 1915
4 115 5 743 0
2 000
6 163
2 269 6 538
4 000
6 000
8 000
3 312
10 000
12 000
Production manufacturière 1905 1915
216
361 200
716 400
Québec 16 000 Nombre
129
381 0
14 000
600
800
285 1 000
STATISTIQUE CANADA, ANNUAIRE DU CANADA, 1916-1917, [EN LIGNE].
Quel est l’impact de la guerre sur le secteur manufacturier au Québec, en comparaison avec l’Ontario et le Canada en général ? OI 3
?
69 Une école d’aéronautique à Toronto pendant la guerre La guerre stimule les innovations en matière de technologie, particulièrement dans le domaine de l’aviation.
1 200 1 400 1 600 Valeur (en million de dollars)
Ontario Reste du Canada
66 La compagnie Canadian Vickers de Montréal Durant la guerre, cette entreprise emploie plus de 1 500 personnes pour construire 24 sous-marins et 214 navires anti-sous-marins destinés aux Britanniques, aux Italiens et aux Américains.
AnECdote La Ross Rifle Company
Le Québec joue un rôle important dans la production d’armes et de munitions. C’est sur les plaines d’Abraham que sont fabriqués à compter de 1902 les fusils Ross, l’arme réglementaire des soldats de l’armée canadienne. La Ross Rifle Company produit des milliers de ces fusils. Cette arme d’une grande précision est appréciée des tireurs d’élite. Toutefois, elle a un long canon mal adapté aux combats rapprochés et son mécanisme a tendance à s’enrayer. En 1916, le fusil Lee-Enfield, de fabrication britannique, remplace le Ross, au grand soulagement de nombreux soldats. Un an plus tard, la Ross Rifle Company ferme ses portes.
146
L’envoi du Corps expéditionnaire canadien Au mois d’août 1914, les Allemands envahissent la Belgique et entrent en France. Le Royaume-Uni envoie des troupes sur le continent pour prêter main-forte à ses alliés. Puis, à la mi-octobre, le front se stabilise et les armées, incapables de part et d’autre de repousser l’ennemi, creusent des tranchées afin de consolider leur position. C’est dans ce contexte que les premiers soldats du Corps expéditionnaire canadien, après un court entraînement en Angleterre, rejoignent les combattants des pays alliés retranchés face aux Allemands. Ils sont alors sous le commandement de l’armée britannique. Pour leur part, les volontaires canadiens-français sont répartis au sein d’unités anglophones. Au Canada, le recrutement de volontaires se poursuit. Pour inciter les Canadiens français à s’enrôler, des personnalités religieuses et politiques font pression auprès du ministre de la Milice et de la Défense, afin qu’il constitue un bataillon regroupant uniquement des Canadiens français. Ils obtiennent satisfaction le 15 octobre 1914 avec la création du 22e bataillon (canadien-français), une unité d’infanterie. L’année suivante, ce bataillon est envoyé en Europe avec le deuxième contingent de soldats. En 1916, le Corps expéditionnaire canadien compte un nombre élevé de soldats qui se battent auprès des troupes britanniques. Pour en faciliter la gestion, on décide de le réorganiser. Dorénavant, 100 000 soldats forment le Corps d’armée canadien, regroupés en quatre divisions, qui sont secondées par la cavalerie lors des combats. Quelques dates-clés de la participation militaire canadienne, 1915-1916
Février 1915
Une première division canadienne est envoyée au front en Belgique.
Avril-mai 1915
Les Canadiens participent à la deuxième bataille d'Ypres (Belgique).
Mai 1915
Le 22e bataillon débarque en Angleterre (Royaume-Uni).
Septembre 1915
Le 22e bataillon arrive en Belgique.
Juillet à novembre 1916
La bataille de la Somme, en France, entraîne la perte de 1,1 million de personnes au total. Le 22e bataillon (canadien-français) y participe : du 15 au 18 septembre, il contribue à la prise de Courcelette.
AnECdote Des initiatives privées pour former des bataillons
Des hommes influents ont joué un rôle important dans la formation d’unités combattantes. L’homme d’affaires montréalais Andrew Hamilton Gault propose au gouvernement canadien la somme de 100 000 $ pour former un bataillon, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. En septembre 1914, Arthur Mignault, docteur et homme d’affaires, offre 50 000 $ pour financer la mise sur pied d’un régiment canadien-français, qui sera le 22e bataillon d’infanterie. Le corps expéditionnaire canadien
Brigade Corps d’armée de canadien cavalerie (100 000 soldats) Unités d’infanterie, d’artillerie, d’ingénierie et médicales
Autres unités militaires Unités forestières et ferroviaires
1re division, 2e division, dont fait partie le 22e bataillon (canadien-français), 3e division et 4e division Bataillon Unité militaire désignant un regroupement d’environ 1 000 hommes. Synonyme de « régiment ». Contingent Regroupement de soldats recrutés. Division Regroupement de bataillons au sein du Corps d’armée canadien qui compte environ 21 000 hommes.
70 La deuxième bataille d’Ypres, en Belgique Lors de cette bataille, à laquelle participent les Canadiens, les Allemands utilisent massivement et pour la première fois de l’histoire des gaz chimiques. En quatre jours, 6 000 Canadiens meurent, sont blessés ou faits prisonniers.
71 Une tranchée tenue par des soldats britanniques Au fil des mois, les tranchées deviennent des obstacles quasi infranchissables. Des offensives menées de part et d’autre pour faire reculer l’ennemi se soldent par d’énormes pertes en vie humaine.
147
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
La guerre d’usure Les positions défensives étant très difficiles à prendre, les attaques échouent de part et d’autre. Les autorités militaires comprennent que la guerre sera plus longue que prévu et qu’il faudra mobiliser un plus grand nombre Voir carte de soldats. Les pays combattants tentent alors de convaincre p.149 des États neutres de se rallier à leur cause. En 1915, l’Empire ottoman s’allie à la Triple-Alliance, alors que l’Italie change de camp pour rejoindre la Triple-Entente. Comme le Royaume-Uni, la France fait appel à des troupes coloniales qui, pour leur part, viennent surtout d’Afrique. Ainsi, dès 1915, on nomme les pays de la Triple-Entente les « Alliés », alors que les pays de la Triple-Alliance deviennent les « Empires centraux ». Les États-Unis, eux, restent neutres. Or, malgré l’augmentation des effectifs, la guerre se trouve dans une impasse en 1916. Le front de l’Ouest, soit en Belgique et en France, est le théâtre de grandes offensives. Ensemble, la bataille de Verdun, lancée par l’Allemagne, et celle de la Somme, lancée par les Alliés, causent près de 1,8 million de pertes humaines. Malgré tout, aucun des camps ne recule.
73 Les exploits des soldats rapportés dans les journaux Le journal La Presse, qui a appuyé la création du 22e bataillon (canadien-français), relate régulièrement les exploits des Canadiens en Europe. En 1916, le journal publie des extraits de l’ouvrage du député Max Aitken, Canada in Flanders.
« Parmi ses meilleurs officiers, le 22
compte le capitaine Papineau, descendant direct du fameux rebelle de 1837, et cousin du lieutenant Papineau, M.C. du régiment de la Princesse Patricia. […] Le capitaine possède à fond et d’instinct l’art de la reconnaissance; chaque fois qu’il est besoin d’une patrouille il est là. Sa prédilection était devenue proverbiale par la façon dont il découvrait à coup sûr les cachettes des tirailleurs isolés, mais finalement l’un de ceux-ci lui envoya une balle dans l’œil. Néanmoins, le capitaine Papineau ne voulut point admettre que son œil unique valût moins que deux yeux d’Allemand et en quittant l’hôpital, il refusa une pension de réforme et revint se mettre à l’ouvrage. e
»
MAX AITKEN, DÉPUTÉ À LA CHAMBRE DES COMMUNES, LES CANADIENS EN FLANDRE, RELATION OFFICIELLE DES OPÉRATIONS DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE CANADIEN, VOL. I, 1916, [EN LIGNE].
capacité à deviner
ActivitEs OI 1 Pourquoi le Royaume-Uni s’allie-t-il avec la France et la Russie au début du 20e siècle ? (Voir doc. 58 et 59.) OI 4
p. 460-467
2 Quel est l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale ? (Voir doc. 58.) OI 1
72 Les soldats canadiens à la bataille de Courcelette, en France Grâce à l’utilisation combinée des chars d’assaut et de l’artillerie, l’infanterie canadienne parvient à prendre le village de Courcelette après quatre jours de combats. C’est l’une des rares victoires remportées par les Alliés lors de l’offensive sur la Somme. Quelques pays impliqués dans la Première Guerre mondiale en 1914 et 1915
Triple-Entente
Triple-Alliance
Alliés
Empires centraux
France, Royaume-Uni, Russie, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Indes, Italie (à partir de 1915)
Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie (jusqu’en 1915), Empire ottoman
AnECdote Un désastre pour Terre-Neuve
Lors de la Première Guerre mondiale, Terre-Neuve ne fait pas encore partie du Canada. Cette colonie s’engage néanmoins par l’envoi d’un bataillon distinct des divisions canadiennes, le 1st Newfoundland Regiment, qui combat au sein des unités britanniques. Le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille de la Somme, ce régiment se lance à l’attaque en direction du village de Beaumont-Hamel. En 30 minutes, le bataillon est décimé. Des 801 soldats participant à l’assaut, 324 périssent et 386 sont blessés. Depuis, les Terre-Neuviens commémorent cet événement tragique chaque 1er juillet.
3 Comment l’opinion d’Henri Bourassa au sujet de la participation canadienne aux guerres du Royaume-Uni évolue-t-elle entre 1899 et 1914 ? (Voir doc. 29 et 60.) OI 5 4 Les élites canadiennes favorisent l’enrôlement des Canadiens français en 1914. Illustrez cette affirmation par un fait. (Voir doc. 73.) OI 6
à suivre Alors que la guerre semble sans issue, le Canada maintiendra-t-il son soutien aux Alliés ?
148
Rappel Le Canada s’engage auprès du Royaume-Uni dans la Première Guerre mondiale, tant sur le plan économique que sur le plan militaire.
De l’impasse à la victoire Depuis le début de la Première Guerre mondiale, le gouvernement canadien recrute des volontaires pour former un corps expéditionnaire destiné à combattre aux côtés des Alliés en Europe. Or, en 1916, le conflit semble sans issue et le nombre de victimes atteint d’énormes proportions. Les responsables militaires réfléchissent à des stratégies pour mener leurs troupes à la victoire. Dans ce contexte, quelles seront les responsabilités militaires du Canada ? À compter de 1917, comment le gouvernement canadien entend-il poursuivre l’effort de guerre ? Quelles seront les conséquences de la Première Guerre mondiale pour le Canada ?
L’engagement des soldats canadiens Au printemps 1917, l’armée française fonce au Chemin des Dames, au nord-est de Reims, en France. Elle espère ainsi briser les lignes allemandes. En même temps, les Britanniques attaquent plus au nord. Le Corps d’armée canadien reçoit quant à lui l’ordre de prendre la crête de Vimy. L’assaut est lancé le 9 avril. La bataille dure quatre jours au cours desquels près de 3 600 soldats y laissent leur vie et 7 000 autres sont blessés. Le 12 avril, les troupes canadiennes prennent le contrôle de la crête. Cependant, malgré cette victoire importante, les Alliés ne réussissent pas à franchir le dispositif de défense de l’armée allemande sur le front de l’Ouest.
74 Des Canadiens revenant de la crête de Vimy, 1917 Certains historiens considèrent la victoire canadienne à Vimy comme un événement déterminant de l’évolution du Canada vers son autonomie face au Royaume-Uni.
Au moment où les Alliés préparent cette offensive, l’Allemagne décide d’attaquer sans condition tous les navires de transport, y compris ceux des pays neutres comme les États-Unis. Elle cherche ainsi à isoler le Royaume-Uni. En réaction, les États-Unis déclarent la guerre aux Empires centraux. Cet événement annonce un changement dans le rapport de force en faveur des Alliés.
Billy Bishop en action Des Canadiens, comme l’as pilote Billy Bishop, servent dans le Royal Flying Corps. La mise au point des avions militaires, tout comme l’utilisation des tanks, modifie la façon de faire la guerre au 20e siècle.
76 La fierté suscitée par la victoire canadienne à Vimy
« Pour le Canada, la bataille [de Vimy] était très importante du point de
vue national. Elle avait prouvé quelle arme puissante et efficace constituait désormais le corps d’armée canadien. Pour la première fois, les quatre divisions canadiennes avaient attaqué ensemble. Leurs bataillons se composaient de soldats originaires de toutes les régions du Canada et qui combattaient côte à côte. Le souvenir d’aucune autre opération au cours de la première Guerre mondiale ne devait évoquer chez les Canadiens autant de fierté, fierté d’avoir accompli quelque chose par un effort dévoué et commun.
»
GERALD W. L. NICHOLSON, MILITAIRE ET HISTORIEN, HISTOIRE OFFICIELLE DE LA PARTICIPATION DE L’ARMÉE CANADIENNE À LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE CANADIEN, 1914-1919, 1963.
75
ayant abattu au moins Le pilote canadien cinq avions
149
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
À l’été 1917, en attendant l’arrivée des troupes américaines, les Français adoptent une stratégie défensive. De leur côté, les Britanniques tentent de libérer la côte belge afin de neutraliser les bases de sous-marins allemands et de couper l’accès aux voies ferroviaires. Le 26 octobre 1917, les soldats canadiens viennent prêter main-forte aux Britanniques en Belgique à la bataille de Passchendaele. Les combats se déroulent dans des conditions terribles. La pluie et les tirs d’artillerie transforment le terrain en un énorme champ de boue. Le 10 novembre, les Canadiens réussissent à prendre la ville de Passchendaele. En parallèle, une révolution éclate en Russie et les bolcheviks y prennent le pouvoir. La Russie ne souhaite plus combattre les Empires centraux et elle signe la paix avec l’Allemagne en mars 1918. Le commandement militaire allemand concentre alors ses troupes sur le front de l’Ouest. Conscient de l’arrivée imminente de milliers de soldats américains en sol français, il réagit rapidement. Dès le mois de mars, les Allemands lancent une gigantesque offensive contre les positions franco-britanniques. En une semaine, les Alliés sont repoussés de 65 kilomètres, puis continuent de perdre du terrain. En mai, les Allemands ne sont plus qu’à 60 kilomètres de Paris. Cependant, l’armée allemande est à bout de force, épuisée par les longs délais de ravitaillement et par les difficultés d’un conflit qui s’éternise, comme la baisse de motivation des soldats et le manque de munitions.
Bolchevik Membre du parti politique russe dirigé par Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine. Ce parti devient le Parti communiste en 1918.
77 Un Canadien soutenu par des Allemands à Passchendaele, 1917 Pendant la bataille de Passchendaele, qui dure un peu plus de trois mois, les Britanniques perdent 275 000 hommes, contre 220 000 du côté allemand. Le Canada déplore, quant à lui, 4 000 morts et près de 12 000 blessés.
. 78 la Bataille De passChenDaele
« [La bataille de Passchendaele] figurera toujours, avec celles de la Somme et de Verdun, parmi les combats les plus gigantesques, les plus acharnés, les plus sinistres, les plus futiles et les plus sanglants jamais livrés dans l’histoire de la guerre. Chacune de ces batailles a duré des mois […].
»
DAVID LLOYD GEORGE, PREMIER MINISTRE BRITANNIQUE (1916-1922), WAR MEMOIRS, VOL. 4, 1917, 1934 (TRADUIT DE L’ANGLAIS).
80 Les opérations militaires canadiennes en Europe, de 1915 à 1917
79 Une affiche de recrutement de l’armée des États-Unis, vers 1917 Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés en 1917, mais les premiers contingents de soldats américains ne seront réellement opérationnels qu’en 1918.
Légende
ROYAUME-UNI
Ville Batailles impliquant l’armée canadienne PAYS-BAS Alliés Empires centraux
Londres
0
Passchendaele
41
82 km
M
an
ch
e
Salisbury Southampton
Pays neutre Front de l’Ouest en 1916 Avancée des Alliés en 1916 et en 1917
La
Ypres Lys
Mont Sorrel Saint-Éloi Festubert
Vimy
Scarpe
BELGIQUE EMPIRE ALLEMAND
SUÈDE D A N E MA R K R O YA U M E -U N I
Somme
PA Y S BA S
E MPI R E A LLE MA N D
BE L G I Q U E AL S AC E ET L O R R AI NE
FR A N C E
SUISSE
I T A LI E
0
425
850 km
Beaumont-Hamel Courcelette
E MPI R E RUSSE
E MPI R E AUSTROHONGROIS BO S NI EH ER ZÉG O V I NE
Chem i n des Dames
Oise
FRANCE Paris
Meuse Aisne
Verdun Reims
« L’armée américaine a besoin de vous au bureau de recrutement le plus proche. »
150 En 1917, les Autochtones n’ont pas le droit de vote.
81 Des Autochtones mécontents
« L’attitude du gouvernement à
notre endroit en ce qui concerne nos revendications territoriales et son refus de nous accorder le statut de citoyens du Canada ne sont pas raisonnables, et tant et aussi longtemps que nous ne serons pas traités équitablement […] nous ne devrions pas être visés par la conscription.
»
EXTRAIT D’UNE PÉTITION D’AUTOCHTONES DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE, 26 NOVEMBRE 1917.
Conscription Service militaire obligatoire.
82 La participation militaire des Canadiens, de 1914 à 1918 En 1911, 28,5 % des Canadiens sont d’origine française. Nés au Royaume-Uni ou dans une colonie britannique
Anglophones 283 705 (46 %)
237 605 (38 %)
Francophones environ 35 000 (près de 6 %)
Nés hors de l’Empire britannique 63 326 (10 %)
Total : 619 636 (424 000 en service outre-mer) Canadiens nés au Canada Canadiens nés à l’étranger PATRICK BOUVIER, HISTORIEN, DÉSERTEURS ET INSOUMIS, LES CANADIENS FRANÇAIS ET LA JUSTICE MILITAIRE (1914-1918), 2003.
La crise de la conscription En 1917, l’enthousiasme du début de la guerre s’est estompé. Beaucoup de Canadiens préfèrent travailler pour l’industrie de guerre plutôt que de s’engager dans l’armée. D’ailleurs, en mai 1917, le Canada perd deux fois plus d’hommes en Europe que le nombre de volontaires qui s’enrôlent pendant la même période. Pour soutenir l’effort de guerre, le gouvernement de Robert Borden, dépose un projet de loi proposant la conscription. Ce projet de loi soulève la colère au sein de la population, surtout au Québec, où de violentes manifestations ont lieu. Cependant, une majorité de Canadiens anglais sont d’avis que l’effort demandé est nécessaire pour gagner la guerre. Après de vifs débats, la Loi du Service Militaire, qui impose la conscription, est adoptée le 29 août 1917. Tous les hommes célibataires de 20 à 45 ans et en santé sont obligés de s’enrôler. Pour mener à bien la conscription, Robert Borden cherche à rallier une majorité d’hommes politiques. Il forme un gouvernement de coalition : il nomme à son cabinet des ministres issus à la fois du Parti conservateur et du Parti libéral. Parmi les 22 ministres de ce gouvernement de coalition, il y a seulement deux Canadiens français. À l’automne 1917, le gouvernement annonce des élections pour le 17 décembre. La question de la conscription est au centre de la campagne électorale. Pour s’assurer de l’appui d’un grand nombre d’électeurs favorables à la conscription, le gouvernement décide d’accepter le vote par correspondance de tous les militaires, y compris les infirmières. De plus, il accorde le droit de vote à toutes les Canadiennes dont un proche parent est un membre actif de l’armée. En décembre, Robert Borden est réélu.
83 Un effort ultime
« Je suis en situation de dire à la Chambre et au pays que le besoin de
renforts est urgent, pressant [et] impérieux. […] Les renforts actuellement disponibles ne dureront que quelques mois […]. Les exploits de nos troupes ont placé notre pays au premier rang des nations, et la question qui se pose […] est celle-ci : le Canada accepte-t-il de diminuer son effort dans la période la plus critique de la guerre, où il s’agit de son héritage, de sa constitution et de sa liberté.
»
ROBERT BORDEN, PREMIER MINISTRE DU CANADA, DéBATS A LA CHAMBRE DES COMMUNES, LE 11 JUIN 1917.
Quelle valeur 84 Un effort imposé commune Henri Bourassa et Robert Mais que penser de gens qui, depuis près de trois Borden invoquent-ils ans, appellent les Canadiens à la croisade volontaire afin de défendre leur de la démocratie contre l’autocratie militaire et qui position ? OI 3 s’apprêtent maintenant à leur imposer la forme la plus
?
«
odieuse de militarisme en violant les principes essentiels de la démocratie ?
»
HENRI BOURASSA, JOURNALISTE, LE DEVOIR, LE 6 JUIN 1917.
Les Empires centraux
85 Manifestation contre la conscription à Montréal, mai 1917 De nombreux Canadiens français protestent contre l’obligation d’aller combattre en Europe pour défendre la liberté, alors que les droits linguistiques des franco-catholiques ne sont pas respectés au Canada.
151
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
L’émeute de Québec La Loi du Service Militaire définit les conditions qui permettent une exemption du service militaire, par exemple des raisons de santé ou le fait d’occuper un emploi essentiel à l’économie de guerre. Dans tout le Canada, la très grande majorité des hommes appelés à s’enrôler invoquent cette loi pour demander une exemption. Au Québec, la proportion est particulièrement élevée : 98 % des appelés le font. La tension monte : la presse anglophone accuse les opposants à la conscription de traîtrise et s’en prend spécialement aux Canadiens français. L’atmosphère est à ce point tendue que Joseph-Napoléon Francœur, député à l’Assemblée législative du Québec, propose la séparation du Québec et du Canada. Parmi les hommes qui se voient refuser légalement une exemption, certains décident de ne pas se rapporter à l’armée pour être enrôlés. On les appelle les « insoumis ». Les autorités fédérales décident de faire arrêter les hommes qui tentent d’échapper illégalement à la conscription. Pour ce faire, elles embauchent des agents, surnommés « spotters ». Ces agents ont la réputation aux yeux de plusieurs d’être brutaux et acharnés. C’est dans ce contexte que le jeudi 28 mars 1918, à Québec, une foule en colère assiège un poste de police, renverse un tramway et blesse un agent fédéral à la suite d’une arrestation que la foule juge injustifiée. Malgré les appels au calme des autorités de la ville, des milliers de personnes, principalement issues de quartiers ouvriers, manifestent à nouveau dans les jours qui suivent. Après le saccage et l’incendie d’un immeuble tenant lieu de registraire pour la conscription, le maire de Québec demande l’intervention de l’armée. Dans la soirée du 1er avril, des soldats tirent sur la foule, tuant quatre personnes et en blessant environ 70 autres. Le gouvernement fédéral proclame la loi martiale, qui suspend les droits civils et confère à l’armée tous les pouvoirs. Alors que la situation en Europe devient critique en raison d’une offensive allemande généralisée, le gouvernement du Canada met un terme aux demandes d’exemption pour les hommes âgés de 20 à 22 ans. Désormais, tous ces jeunes hommes sont recrutés, sans exception.
88 Les réactions à la conscription de 1917 Province
Pourcentage des conscrits demandant une exemption légale
Pourcentage des conscrits refusant de se rapporter à l’armée pour être enrôlés*
90 % 98 %
9 % 41 %
Ontario Québec
* La plupart des conscrits qui ne se rapportent pas à l’armée se sont d’abord vu refuser leur demande d’exemption. ÉLISABETH ARMSTRONG, HISTORIENNE, LE QUÉBEC ET LA CRISE DE LA CONSCRIPTION, 1917-1918, 1998.
89 La motion Francœur pour l’indépendance Face aux nombreuses critiques du Canada anglais sur la faible participation militaire des Canadiens français, le député Francœur dépose une proposition.
« Que cette Chambre est d’avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867 si, dans les autres provinces, on croit qu’elle est un obstacle à l’union, au progrès et au développement du Canada.
»
JOSEPH-NAPOLÉON FRANCOEUR, DÉPUTÉ, MOTION PROPOSÉE À L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DU QUÉBEC, LE 17 JANVIER 1918.
86 Des civils tués à Québec lors des émeutes du 1er avril Au lendemain des émeutes du 1er avril dans la Basse-Ville, plusieurs journaux annoncent le décès de cinq civils. En réalité, il y en a eu quatre.
87 La conclusion du jury d’enquête Dans les jours suivant les émeutes de Québec, les autorités demandent une enquête du coroner, assisté d’un jury, dans le but de déterminer la cause de la mort des quatre personnes.
« Les autorités policières,
affirma-t-on, avaient fait preuve d’un manque de tact et de jugement flagrants, ce qui avait conduit à la mort de quatre innocents. […] L’opinion arrêtée de la grande majorité des citoyens du Québec était que, même s’il fallait certainement désapprouver la violence et la révolte armée, la mauvaise administration de la Loi sur le service militaire était sans nul doute à l’origine des émeutes de la fin de semaine pascale.
»
ÉLISABETH ARMSTRONG, HISTORIENNE, LE QUÉBEC ET LA CRISE DE LA CONSCRIPTION, 1917-1918, 1998.
semaine avant Pâques Coroner Personne chargée de déterminer, par une enquête publique, les causes d’une mort suspecte.
152 Fiscal Relatif à la gestion des impôts et des taxes par un gouvernement. Inflation Augmentation généralisée des prix. Obligation Titre émis par une entreprise ou un État à une personne qui prête de l’argent. L’acheteur d’une obligation reçoit des intérêts.
90 Une affiche pour stimuler la vente d’obligations de la Victoire La vente d’obligations de la Victoire rapporte au gouvernement canadien plus de deux milliards de dollars pendant la guerre, soit dix fois la somme empruntée à l’étranger.
L’effort de guerre La guerre entraîne des investissements massifs dans l’économie canadienne. Ainsi, en 1916, le taux de chômage est pratiquement nul au pays. Toutefois, la rareté des biens de consommation fait monter les prix, alors que les salaires n’augmentent pas au même rythme. Cette inflation diminue le pouvoir d’achat des travailleurs, ce qui cause de graves difficultés financières pour les familles. De son côté, le gouvernement invite la population à réduire la consommation et le gaspillage. Les journaux publient même des « menus de guerre » pour orienter les choix alimentaires des citoyens. Enfin, en 1917, le gouvernement adopte une réglementation plus stricte : il fixe le prix du blé et contrôle les exportations de beurre et de bacon vers l’Europe. Pour financer la guerre, le gouvernement canadien met en place de nouvelles mesures fiscales. Il perçoit dorénavant des impôts sur les profits des entreprises, puis, à partir de 1917, il prélève un impôt sur leur revenu des Canadiens. Le gouvernement invite aussi la population à acheter des obligations, également appelées « bons » ou « emprunts de la Victoire ». En achetant ces obligations, les Canadiens prêtent volontairement de l’argent au gouvernement. En échange, le gouvernement leur verse des intérêts qui peuvent atteindre 5,5 % du montant investi. Ainsi, en plus des dettes qu’il contracte en empruntant à l’étranger, le gouvernement fédéral s’endette auprès de ses citoyens. En temps de guerre, les libertés individuelles sont limitées. Le gouvernement canadien impose la censure et surveille le courrier des soldats au front, les journaux et d’autres publications. Les rédacteurs de textes qui vont à l’encontre des intérêts du Canada sont menacés d’emprisonnement. Pour inciter les citoyens à participer à l’effort de guerre, le gouvernement diffuse de nombreuses affiches de propagande concernant l’enrôlement, la consommation de biens et l’achat d’obligations.
91 Une affiche gouvernementale sur la consommation Le gouvernement élabore de grandes campagnes de sensibilisation publique au sujet de la consommation durant la Première Guerre mondiale. À titre d’exemple, les autorités demandent à la population de ne pas utiliser d’essence le dimanche et de ne pas manger de viande les vendredis.
92 La Commission impériale des munitions (CIM)
« En 1917, près des deux tiers de tous les obus
britanniques étaient fabriqués au Canada. La CIM construisait des navires et des avions et aménageait des terrains d’aviation pour un imposant programme d’entraînement des pilotes. À la fin de la guerre, ses 600 usines avaient achevé 103 navires de la marine, 2 600 avions d’entraînement et 30 hydravions à coque. Quand la CIM cessa ses opérations en 1919, elle était le plus grand employeur civil du Canada, avec plus de 290 000 employés.
»
MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE, LE CANADA ET LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE. FINANCES ET PRODUCTION DE GUERRE, 2016, [EN LIGNE].
?
Quel est le rôle de la Commission impériale des munitions ? OI 1
153
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
Le rôle des femmes Beaucoup plus longue que prévu, la guerre nécessite la fabrication d’une importante quantité d’obus et de munitions. Cependant, l’enrôlement des hommes dans l’armée entraîne une pénurie de travailleurs. Afin de répondre aux besoins de l’armée, les entreprises embauchent des milliers de femmes. La plupart sont des célibataires, employées pour effectuer des tâches liées à la fabrication, auparavant réservées aux hommes. Certaines femmes s’enrôlent aussi dans l’armée. Dans le Corps expéditionnaire, 3 000 femmes servent outre-mer, essentiellement dans des unités médicales en tant qu’infirmières. Les femmes mariées trouvent plus difficilement des emplois. Certaines préparent des colis destinés aux soldats sur le front ou font la promotion de l’enrôlement militaire. Malgré leur engagement inestimable pendant la guerre, les femmes reçoivent un salaire inférieur à celui des hommes. Et même si les autorités voient l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail comme une mesure temporaire, leur contribution ébranle la conception traditionnelle de la femme au foyer. Aussi, des groupes féministes continuent de militer pour les droits des femmes. C’est dans ce contexte que le gouvernement fédéral accorde le droit de vote aux Canadiennes en 1918, malgré une vive opposition des députés du Québec. Au niveau provincial, quatre provinces accordent le droit de vote aux femmes pendant la guerre : le Manitoba, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et l’Ontario.
93 Des ouvrières opératrices de machines Au Canada, en 1917, près de 300 000 hommes et femmes travaillent dans les usines de production de guerre.
94 L’impact de la guerre sur les emplois
« La demande de main-d’œuvre s’intensifiant, de
plus en plus de femmes vont travailler en usine. À la fin de la guerre, on en recense plus de 30 000 dans le seul secteur des munitions. Dans les exploitations agricoles, dans les bureaux, dans les services de transport et dans bien d’autres secteurs, on se rend compte que les femmes compensent efficacement l’absence des hommes qui, avant la guerre, accaparaient la plupart des emplois industriels.
»
RAMSAY COOK, HISTORIEN, HISTOIRE GéNéRALE DU CANADA, 1990.
Les suffragettes au Canada Au début du 20e siècle, le mot « suffragettes » désigne les militantes qui réclament le droit de vote. Depuis 1908, des suffragettes organisent des manifestations spectaculaires au Royaume-Uni . Dans la foulée, des féministes canadiennes réclament également le droit de vote. Par exemple, la Montreal Suffrage Association, fondée en 1913, diffuse des pamphlets et des livres pour sensibiliser les femmes aux injustices dont elles sont victimes. La plupart des journaux se déclarent contre les revendications des suffragettes, en particulier le journal Le Devoir. Le journaliste Henri Bourassa s’oppose farouchement au droit de vote des femmes qui, selon lui, menace les particularités de la nation canadienne-française catholique.
95 Fanion pour le droit de vote des femmes
Lois menant au droit de vote des femmes aux élections fédérales*
Date Loi 20 septembre • Loi donnant le droit de vote aux femmes enrôlées 1917 dans l’armée (infirmières). • Loi donnant le droit de vote aux épouses, veuves, mères, sœurs ou filles d’une personne servant ou ayant servi dans les forces armées. 24 mai 1918
• Loi donnant le droit de vote à toutes les Canadiennes (sauf celles des Premières Nations).
*Pour pouvoir voter, les femmes doivent avoir 21 ans et être citoyennes britanniques, soit remplir les mêmes conditions que les hommes.
154 Armistice Entente signée par plusieurs États afin de mettre fin à une guerre.
La Société des Nations (SDN) Lors de la Conférence de paix de Paris, le président américain Woodrow Wilson met de l’avant l’idée d’une organisation réunissant des représentants de toutes les nations du monde pour négocier et régler les différends afin d’éviter d’autres affrontements militaires. C’est ainsi que la Société des Nations voit le jour en 1920, à Genève, en Suisse, un pays neutre. L’Allemagne y est admise en 1926, alors que les États-Unis n’y sont pas représentés pour des raisons politiques. En effet, le Sénat américain refuse d’entériner le traité de Versailles. Le Canada, pour sa part, détient un siège à la SDN. De plus, le sénateur Raoul Dandurand, un Canadien français, préside l’organisation de 1925 à 1926.
96 Les principales clauses du traité de Versailles
Art. 51. Les territoires cédés à l’Allemagne […] [en] 1871 sont réintégrés dans la souveraineté française […]. Art. 119. L’Allemagne renonce […] à ses possessions d’outre-mer. Art. 160. L’armée allemande ne pourra dépasser 100 000 hommes. Art. 171. La fabrication de tanks est interdite. Art. 198. Les forces militaires ne pourront comprendre aucune aviation. Art. 231. L’Allemagne reconnaît qu’elle et ses alliés sont responsables […] de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les gouvernements alliés […]. Art. 232. Les gouvernements alliés exigent […] et l’Allemagne en prend l’engagement, que soient réparés tous les dommages causés à la population civile des alliés et à leurs biens. JEAN-MICHEL LAMBIN, HISTORIEN, HISTOIRE 1re, 1994.
La fin d’un long conflit Au printemps 1918, une vaste offensive allemande fait reculer les Alliés, mais sans réussir à percer complètement leurs lignes défensives. Toutefois, l’armée allemande en ressort complètement épuisée : elle manque de soldats, de matériel militaire et de ravitaillement. Le 8 août 1918, les Alliés, forts de l’appui militaire des États-Unis, contre-attaquent à Amiens, en France. Les troupes canadiennes sont aux premiers rangs de cette offensive d’envergure. À la fin septembre, les Allemands se replient, alors que les pays des Empires centraux abandonnent la lutte. Le 11 novembre, la signature d’un armistice met fin à la guerre. En janvier 1919, les vainqueurs de la guerre organisent la Conférence de paix de Paris, une conférence internationale, pour négocier des traités de paix entre les Alliés et les pays vaincus. Seuls des représentants des Alliés participent aux pourparlers. Au terme des discussions qui durent jusqu’en 1920, cinq traités sont conclus. De ce nombre, le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, reconnaît l’Allemagne responsable de la guerre et lui impose de sévères conditions. Par son statut de dominion, le Canada participe indirectement à ces négociations. Néanmoins, le gouvernement canadien insiste pour que ses représentants apposent leur signature sur le traité de Versailles, ce que le Royaume-Uni accepte. Ce traité prévoit aussi la création de la Société des Nations, un organisme chargé de maintenir la paix en favorisant la négociation entre les nations. Le Canada y est représenté comme une entité distincte du Royaume-Uni, et ce, parmi une quarantaine de pays.
97 La politique extérieure canadienne
« Pour le premier ministre canadien Robert Borden, la guerre fut inscrite, d’emblée, dans le dessein d’une grande politique : la mobilisation du Canada aux côtés de l’Empire devait servir à conférer aux dominions la pleine reconnaissance comme nations indépendantes […] Rien ni personne ne le fit reculer : pour lui, il s’agissait d’une « croisade morale pour sauver l’Empire et forger l’âme d’une nation.
»
SAM HAROUN, ENSEIGNANT ET AUTEUR, LE CANADA ET LA GUERRE, ESSAI SUR L’ENGAGEMENT MILITAIRE CANADIEN DE LAURIER à HARPER, 2009.
98 La signature de l’armistice, le 11 novembre 1918 C’est dans un wagon de train, près de Compiègne, en France, que les représentants de l’Allemagne et des pays alliés signent l’armistice.
155
Le canada à l’aube du 20e siècle
1896
1919
1945
Le rétablissement civil des soldats
99 Le bilan humain de la Première
À partir de janvier 1919 et jusqu’au mois d’août, les membres du Corps expéditionnaire canadien reviennent peu à peu au pays. Le retour à la vie civile s’avère très difficile pour nombre d’entre eux. Certains retrouvent leur emploi d’avant la guerre, alors que d’autres sont au chômage vu que les usines de guerre réduisent leur personnel. Le gouvernement canadien offre des formations professionnelles et même des terres agricoles aux anciens combattants. Il priorise aussi leur embauche au sein de la fonction publique, leur verse des pensions et paie leurs soins médicaux. Toutefois, tous les anciens combattants n’ont pas un accès égal à ces avantages. Par exemple, ceux qui sont physiquement mutilés reçoivent davantage que leurs confrères souffrant de traumatismes psychologiques. Des voix se font entendre à travers le pays pour exiger du gouvernement qu’il augmente les sommes versées aux anciens combattants.
ActivitEs OI 1 La bataille de la crête de Vimy est importante pour le Canada. Illustrez cette affirmation par un fait. (Voir doc. 74 et 76.) OI 6
p. 460-467
2 Donnez deux exemples de l’effort de guerre des femmes pendant la Première Guerre mondiale. (Voir doc. 91 et 93.) OI 1
Guerre mondiale au Canada
Morts Amputés Autres blessés physiques Traumatismes psychologiques
61 082 3 461 172 000 Environ 9 000*
* uniquement les cas diagnostiqués à l’époque par les autorités COMMONWEALTH WAR GRAVES COMMISSION, ANNUAL REPORT, 2014-2015, ET MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE, LE COÛT DE LA GUERRE DU CANADA, 2016, [EN LIGNE].
100 Un examen médical de soldats démobilisés Lors de leur démobilisation, les soldats subissent un examen médical et ceux qui sont atteints de maladie sont hospitalisés.
3 Relevez une cause des émeutes qui ont lieu à Québec au printemps 1918. (Voir doc. 87.) OI 4 4 À la suite de la Première Guerre mondiale, quel changement observe-t-on dans le statut du Canada au sein de l’Empire britannique ? (Voir doc. 97.) OI 5
Je retiens n Les libéraux prennent le pouvoir au début du
20 siècle, malgré l’opposition du clergé catholique. e
Libéraux (dont Laurier) n
n
= pouvoir
La question de la participation canadienne aux guerres impériales divise les impérialistes et les nationalistes canadiens-français. pour
Le Canada amorce sa deuxième phase d’industrialisation.
contre
impérialistes
2e phase d’industrialisation
guerres nationalistes impériales canadiens-français
n L’Église catholique conserve son influence, alors que
richesses naturelles
+ +
capitaux des états-unis
$ US
le féminisme et le syndicalisme se développent.
complexes = industriels
église catholique
= n
=
féminisme syndicalisme
La Première Guerre mondiale transforme le Canada : • Plus d’autonomie • Travail des femmes • Économie de guerre • Obtention du droit de vote des femmes
à suivre Comment le Québec évoluera-t-il après la guerre au sein d’un Canada plus autonome ?
156
1896 à 1919
A La politique extérieure canadienne
Temps d’arrêt
« Pour le premier ministre canadien Robert Borden, la guerre fut inscrite, d’emblée, dans le dessein d’une grande politique : la mobilisation du Canada aux côtés de l’Empire devait servir à conférer aux dominions la pleine reconnaissance comme nations indépendantes […].
»
SAM HAROUN, ENSEIGNANT ET AUTEUR, LE CANADA ET LA GUERRE, ESSAI SUR L’ENGAGEMENT MILITAIRE CANADIEN DE LAURIER à HARPER, 2009.
J’explique En 1896, le Dominion du Canada n’a pas encore sa pleine indépendance politique. C’est le Royaume-Uni qui dirige les affaires extérieures canadiennes. Cependant, le gouvernement canadien affirme peu à peu son autonomie, et ses politiques transforment la société canadienne aux plans politique, économique et socioculturel. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il décide de participer aux guerres impériales pour appuyer le Royaume-Uni.
effets les politiques des ? Quels gouvernements ont-elles sur la société au Québec et au Canada, de 1896 à 1919 ?
au boulot !
?
Pourquoi le Canada s’engage-t-il dans la Première Guerre mondiale ?
B La Commission impériale des munitions (CIM)
« En 1917, près des deux tiers de tous les obus
britanniques étaient fabriqués au Canada. La CIM construisait des navires et des avions et aménageait des terrains d’aviation pour un imposant programme d’entraînement des pilotes. À la fin de la guerre, ses 600 usines avaient achevé 103 navires de la marine, 2 600 avions d’entraînement et 30 hydravions à coque. Quand la CIM cessa ses opérations en 1919, elle était le plus grand employeur civil du Canada, avec plus de 290 000 employés.
»
MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE, LE CANADA ET LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, FINANCES ET PRODUCTION DE GUERRE, 2016, [EN LIGNE].
Expliquez les effets de la participation du Canada aux guerres de l’Empire britannique. • Indiquez un effet sur le sentiment national au Canada et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un effet sur l’économie du Canada et expliquez pourquoi il se produit. • Indiquez un effet sur le statut du Canada dans l’Empire britannique et expliquez pourquoi il se produit. Démarche : • Analysez les documents présentés en utilisant vos connaissances. • Remplissez un schéma de ce type pour structurer vos informations. • Présentez votre réponse dans un texte d’environ 250 mots. Les effets de la participation du Canada aux guerres de l’Empire britannique Effet sur le sentiment national au Canada
Effet sur l’économie du Canada
explication
explication
Effet sur le statut du Canada dans l’Empire britannique explication
C Des soldats canadiens en Afrique du Sud, en 1900
De nombreux Canadiens souhaitent que le Canada s’engage militairement auprès du Royaume-Uni. Plus de 7 000 Canadiens, surtout des anglophones d’origine britannique, se portent volontaires pour aller combattre les Boers au nom de l’impérialisme britannique.
157 D La participation militaire des Canadiens, de 1914 à 1918 Nés au Royaume-Uni ou dans une colonie britannique
Anglophones
283 705 (46 %)
En 1911, 28,5 % des Canadiens sont d’origine française.
237 605 (38 %)
H Des Canadiens revenant de la crête de Vimy, 1917 En 1917, quatre divisions de l’armée canadienne sont au combat. Ces divisions se distinguent notamment sur la Somme, à Vimy et à Passchendaele.
? Pourquoi le taux de participation militaire des Canadiens français est-il proportionnellement plus bas ?
Nés hors de l’Empire britannique 63 326 (10 %)
Francophones environ 35 000 (près de 6 %) Total : 619 636 (424 000 en service outre-mer) Canadiens nés au Canada
Canadiens nés à l’étranger
PATRICK BOUVIER, HISTORIEN, DÉSERTEURS ET INSOUMIS, LES CANADIENS FRANÇAIS ET LA JUSTICE MILITAIRE (1914-1918), 2003.
E Un point de vue nationaliste canadien-français
« Les nationalistes, par la bouche d’Armand Lavergne, ne tardent pas à faire connaître leurs réactions. Le député de Montmagny donne le ton […] : “ Si l’on nous demande d’aller nous battre pour l’Angleterre, nous répondrons : qu’on nous rende nos écoles ! ”. Le mot d’ordre est lancé et un certain nombre le suivront : que l’Ontario abroge le règlement 17 et les Canadiens français accepteront peut-être d’aller défendre « la mère patrie ».
»
JACQUES LACOURSIÈRE, HISTORIEN, HISTOIRE POPULAIRE DU QUÉBEC, 1896 À 1960, TOME 4, 1997.
F Les manufactures de plus de cinq employés au canada Nombre de manufactures 1905 1915
4 115 5 743 0
2 000
6 163
2 269 6 538
4 000
6 000
8 000
3 312
10 000
12 000
14 000
Production manufacturière 1905 1915
216
361 200
716 400
16 000 Nombre
129
381 0
Québec
600
800
285 1 000
1 200 1 400 1 600 Valeur (en million de dollars)
STATISTIQUE CANADA, ANNUAIRE DU CANADA, 1916-1917, [EN LIGNE]. STATISTIQUE CANADA, ANNUAIRE DU CANADA, 1916-1917, [EN LIGNE].
G Une réaction à la conscription Henri Bourassa croit que les sacrifices consentis par le Canada sont déjà considérables en proportion de ses forces.
« [Les Canadiens français] ne se croient pas plus
obligés de se battre pour la France que les Français d’Europe ne se croiraient tenus de se battre pour le Canada français, si la « guerre civile » éclatait ici, ou pour le Pourquoi Canada tout entier, si les États-Unis ce journaliste ou le Japon l’attaquaient. s’oppose-t-il à la conscription ? HENRI BOURASSA, JOURNALISTE, LE DEVOIR, 28 MAI 1917.
?
»
Ontario Reste du Canada
I L’implication de l’État
« Le total des achats d’obligations
au pays pendant la guerre dépassa 2 milliards de dollars, dix fois la somme recueillie à l’étranger. Le Canada avait financé la guerre en contractant des dettes de plus de 2 milliards de dollars, transmettant ainsi le coût de la guerre aux générations futures, mais il devait la majeure partie de cet argent aux citoyens canadiens, et non à des prêteurs étrangers.
»
MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE, LE CANADA ET LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, FINANCES ET PRODUCTION DE GUERRE, 2016, [EN LIGNE].
J Les Alliés lors de la Conférence de paix de Paris, 1919 Lors de cette conférence, l’idée de créer la Société des Nations est acceptée. Le Canada, signataire du traité de Versailles, en est l’un des membres fondateurs.
454
Sommaire Analyser des documents sources................................................... 456 Utiliser une ligne du temps............................................................. 458 Utiliser une carte historique.......................................................... 459 Opération intellectuelle 1 Établir des faits................................................................................. 460 Opération intellectuelle 2 Situer dans le temps et dans l’espace........................................... 461 Opération intellectuelle 3 Dégager des différences et des similitudes................................. 462 Opération intellectuelle 4 Déterminer des causes et des conséquences.............................. 464 Opération intellectuelle 5 Déterminer des changements et des continuités....................... 465 Opération intellectuelle 6 Mettre en relation des faits............................................................ 466 Opération intellectuelle 7 Établir des liens de causalité......................................................... 467 Compétence disciplinaire 1 Caractériser une période de l’histoire du Québec et du Canada....................................................................................... 468 Compétence disciplinaire 2 Interpréter une réalité sociale....................................................... 470
455
L’étude de l’histoire nécessite le développement d’habiletés et de compétences. Pour interpréter l’histoire, il faut analyser des sources : artefacts, documents écrits, iconographiques ou audiovisuels. La lecture et l’utilisation de lignes du temps et de cartes historiques sont également des habiletés à développer. Pour acquérir ces habiletés, on doit alors mobiliser certaines opérations intellectuelles. Aussi pour développer les compétences visant à caractériser une période historique et à interpréter une réalité sociale, il faut recourir à une méthode de travail propre à l’histoire. Les outils qui suivent présentent des stratégies pour faciliter l’apprentissage et la réalisation des tâches proposées dans l’étude de l’histoire.
Outils
histoire du QuEbec et du Canada DE 1840 à nos jours
Plongez au cœur de l’histoire avec la collection Périodes ! Conçu selon le programme de formation Histoire du Québec et du Canada de 4e secondaire, cet ensemble didactique propose un contenu accessible enrichi d’une offre numérique innovante qui le met en valeur. La collection Périodes se démarque par : • des • un
illustrations historiques inédites ;
récit vivant et accessible ;
• une
trame chronologique bien structurée ;
• des
cartes en abondance qui permettent de prendre en compte la géographie dans la compréhension de l’histoire ;
• des
documents sources variés et en grande quantité qui favorisent l’analyse critique ;
• les
opérations intellectuelles expliquées et modélisées dans la section Outils.
Composantes de la collection Périodes Manuel de l’élève : Formats papier et numérique Guide d’enseignement : Formats papier et numérique suppléments numériques : • Ligne du temps personnalisable • Afficheurs d’images haute définition • Carrousels d’images • Cartes interactives, certaines avec animation • Comparateurs d’images et de cartes • Documents interactifs • Info + • Exercices interactifs • Hyperliens donnant accès à des contenus multimédias, comme des vidéos
CODE DE PRODUIT : C10986