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Nº 1 2010
bulletin
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Le magazine de la Fédération des Églises protestantes de Suisse
Numéro spécial pour l’Open Forum Davos 2010 4 LA SUISSE, UN ORIGINAL
24 RELIGION ET VÉRITÉ
30 « Yes we can ? »
Interview sur l’avenir du secret bancaire
Proposition d’un consensus fondamental des religions
L’Évangile de Barak Obama
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APRÈS LA CRISE
Des idées pour un nouveau modèle économique
SOCIÉTÉ VIEILLISSANTE
Bien vieillir, une question de planification ?
PORTRAIT DE PERSONNALITÉ
L’écoféministe Vandana Shiva affronte des Global Players
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bulletin Nº 1 / 2010
ÉDITORIAL
Bienvenue à l’Open Forum Davos 2010 Chères lectrices, chers lecteurs, chers visiteurs,
IMPRESSUM © Fédération des Églises protestantes de Suisse, Case postale, 3000 Berne 23 Téléphone 031-370 25 01 Fax 031-370 25 80, info@feps.ch www.feps.ch Parution : 4 fois l’an Tirage : 6500 ex. en allemand, 1200 ex. en français, 500 ex. en anglais Directeur de la communication : Simon Weber Administration : Nicole Freimüller-Hoffmann Rédactrice : Maja Peter Graphisme/Layout : Meier Media Design Silvan Meier Traduction : Tradapt / Sabine Dormond André Carruzzo Correction : Monique Lopinat
En ce début de nouvelle année, le bulletin de la FEPS fait peau neuve. Certainement pour suivre l’évolution des goûts, mais aussi pour mettre davantage de couleurs dans un monde qui nous apparaît souvent en noir et blanc. En effet, si les nouvelles sombres de l’évolution du climat, de la crise financière, des affrontements entre religions et des défis face au vieillissement de nos sociétés occidentales nous gâchent notre quotidien dès la première heure, les réponses à ces problèmes restent souvent dans le noir-blanc, sans nuances, simplistes. Notre monde ambiant devient de plus en plus complexe alors que le vocabulaire pour l’exprimer se rétrécit. C’est navrant et les recettes simples ou la pensée linéaire ne peuvent plus résoudre nos problèmes complexes. « La complexité exige que l’on se hisse jusqu’à elle, et elle n’y met aucune bonne volonté », disait Marc Halévy, physicien et philosophe français. Or, dans ce monde complexe et tumultueux, l’Open Forum Davos, organisé par la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) et par le Forum économique mondial, propose une plateforme qui permet à des acteurs du monde politique, économique, scientifique et religieux de débattre en public, d’émettre des propositions, de réfléchir et de nous faire réfléchir à des thèmes brûlants. Mais vous aussi, chers visiteurs, vous êtes invités à entrer dans le débat, à ne pas vous contenter de réponses en noir et blanc ou de recettes simplistes, à vous impliquer dans le débat. Et nous enfin, en tant qu’Église protestante, nous avons des choses à dire sur les thèmes de l’Open Forum. Dans ce bulletin, vous découvrirez les réflexions de responsables d’Églises, de théologiens, d’éthiciens qui nous présentent un regard nouveau sur la vieillesse, un point de vue différent sur la crise financière, une réflexion théologique sur l’Évangile de Barack Obama. Bonne lecture !
Impression : Schlaefli & Maurer AG, Interlaken Couverture : Open Forum Davos 2009 Alessandro della Valle / Keystone
Simon Weber, pasteur, directeur de la communication
Sommaire
Panel 1 La Suisse, un original
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Après la crise financière
À discuter
Un commerce responsable et moral pourrait-il éviter une crise ? Par Beat Kappeler et Denis Müller
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« Nous profitons toutes et tous des affaires du secteur financier. »
Thomas Wipf pour un consensus fondamental des religions. Par Thomas Wipf
Panel 7 Armes nucléaires
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Armes nucléaires : quelle suite ?
Photo par Shigeo Hayashi
Panel 5 Panel 3
Vieillir
PERSONNALITÉ
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Par Ivana Bendik
« Celui qui détruit la nature détruit ses ressources vitales. »
Changement climatique
Maja Peter s’entretient avec l’éthicien économique Christoph Weber-Berg Panel 2 Après la crise financière
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L’engagement politique des Églises en faveur du climat. Par Otto Schäfer et Hella Hoppe
Garder le contrôle jusqu’à la fin ? Panel 6 « Y es we can ? »
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Des idées pour un nouveau modèle. Par Hella Hoppe et Otto Schäfer
Panel 4 La prétention des
« La vérité est Dieu. » Par Rajmohan Gandhi
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La Fédération des Églises protestantes de Suisse à l’Open Forum Davos. Par Theo Schaad
Par Christopher Caldwell
La Feps
Quand une religion est-elle religion ?
Par Stephanie Riedi
39 Point final
religions à la vérité
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Vandana Shiva
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Société vieillissante : Un défi et une chance pour l’Église. Par Helen
Gucker-Vontobel
L’Évangile de Barack Obama.
Par Matthias D. Wüthrich
bulletin Numéro spécial pour l’Open Forum Davos 2010 Pour la huitième fois, la Fédération des Églises protestantes de Suisse organise l’Open Forum Davos en partenariat avec Le Forum économique mondial. Les points forts du présent bulletin reprennent les thèmes du programme. Plus d’informations sur les tables rondes et les invités aux podiums sur notre site www.openforumdavos.ch
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Panel 1 –
La Suisse, un original
« Nous profitons tous des affaires du secteur financier. » Dans cette interview, le théologien et éthicien économique Christoph Weber-Berg fait preuve de compréhension pour certains aspects du secret bancaire, explique pourquoi le gain et l’éthique se complètent et donne sa vision du modèle d’entreprise de l’avenir. par Maja Peter *
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onsieur Weber, quelle est votre évaluation du secret bancaire dans une perspective éthique ? J’y vois bien sûr la protection de l’individu : d’un point de vue éthique, il faut protéger les données personnelles. D’un autre côté, je trouve problématique que le secret bancaire soit utilisé de manière abusive et que cet abus soit pratiquement entré dans les dispositions et réglementations. Il ne faut pas se cacher derrière le secret bancaire, ni utiliser ce dernier pour se dérober à ses responsabilités vis-à-vis de la société. Le secret bancaire établit une différence entre la fraude fiscale et l’évasion fiscale. Peut-on justifier éthiquement cette différence ? Selon l’acception juridique suisse, cette distinction peut se justifier du point de vue de l’éthique. Le problème est que la Suisse n’est pas une île. Si cette distinction entre délit pénal et délit administratif ouvre, pour des personnes étrangères, la porte à des abus, elle n’est plus légitime. À quoi sert cette différenciation ? Elle permet de ne pas criminaliser les personnes qui ne remplissent pas correctement leur déclaration d’impôts, et oublient, par exemple, de déclarer le petit pécule hérité de leur grand-mère. Ces personnes sont sanctionnées de toute façon, et parfois assez durement, mais ce ne sont pas des criminels au regard du droit pénal.
Il y a pourtant certainement des Suisses qui déposent le petit pécule de leur grand-mère sur un compte protégé par le secret bancaire au Liechtenstein et qui l’oublient là-bas ? Oui, mais beaucoup de choses sont aussi en train de changer au Liechtenstein. Et puis, à partir du moment où l’on omet sciemment de déclarer ses biens, il s’agit de fraude fiscale. Je ne cherche certes pas à sacraliser le secret bancaire, mais j’ai de la compréhension pour certains de ses aspects. Cependant, lorsqu’il devient pour les étrangers une incitation à en faire un usage abusif, il n’est plus défendable. Le problème est que le secret bancaire n’incite pas seulement les étrangers à en faire un usage abusif. Des banquiers suisses ont activement incité leurs clients à abuser du système, comme le prouvent les documents comparant les USA et la Suisse dans l’affaire de l’UBS. Je ne rejette pas la faute sur les étrangers. Un modèle d’affaires est illégitime lorsqu’il repose sur des opérations par lesquelles les clients étrangers se rendent punissables au regard des lois de leur propre pays. Il ne faut pas s’étonner d’apprendre ensuite que certains banquiers suisses ont peur de voyager à l’étranger. Peut-on justifier éthiquement le fait que l’Office fédéral de justice aide ensuite ces banquiers à vérifier s’ils doivent craindre une arrestation ?
dominic ott
Christoph Weber-Berg enseigne l’éthique économique et précise dans l’entretien qu’une gestion inefficace est non seulement « fausse » d’un point de vue économique, mais aussi « mauvaise » d’un point de vue éthique.
depuis longtemps le secret bancaire. Même Hans Jusqu’ici, l’État s’est parfaitement accommodé du Bär, le doyen de la banque qui porte son nom, fait que les banques fassent des affaires sur cette base. a écrit, voilà des années déjà, qu’il nous fallait Les banquiers ont donc pu en tirer, à raison, la conclurenoncer au secret bancaire et que c’était tout à sion qu’ils évoluaient dans un cadre protégé. On peut fait faisable. Pourquoi tout ce temps pour que ces donc dire que l’État leur est redevable de quelque chose. efforts aboutissent ? À vrai dire, je m’élève plutôt contre Pendant trop longtemps, trop le soupçon généralisé qui plane de gens en ont profité – en Suisse sur tous ceux qui travaillent avec la et à l’étranger. C’est dans la nature clientèle étrangère dans la banque « Trop de gens ont trop privée. Je connais personnellement longtemps profité du secret humaine que de ne pas changer une formule qui fonctionne bien. plusieurs responsables et décideurs bancaire. » La dernière chance de garder le sedes banques suisses qui n’ont pas cret bancaire aurait été de le négoprofité de la situation et qui en ont cier durant les pourparlers concermême subi quelques inconvénients. nant l’accord sur la fiscalité de l’épargne en 2002–2004. L’éthique et la réputation des banques leur importaient Mais on a essayé de gagner du temps et un grand davantage. Ces gens-là aussi sont désorientés. nombre d’acteurs ont laissé passer l’occasion de remodeler leur affaire en fonction d’un avenir sans secret banLes Églises, les acteurs de la coopération au dévecaire. Cette crispation sur le secret bancaire a peut-être loppement et les politiciens de gauche critiquent
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quelque chose à voir avec la manière dont on le critique. Les représentants des Églises, les gens de gauche et les organisations d’aide au développement ont critiqué le secret bancaire sur un mode fondamentaliste. Sans surprise, la réaction à cette critique a été également fondamentaliste. Les deux camps n’avaient pas la volonté et n’étaient pas en mesure d’évaluer la situation de façon plus nuancée. Votre critique à l’égard du secret bancaire est plutôt timide. À mes yeux, ce n’est pas le secret bancaire au sens étroit du terme qu’il faudrait remettre en question, mais bien plutôt la question de l’équité fiscale. Prenons l’exemple de l’Allemagne. Certains Allemands sont devenus très riches grâce au miracle économique rendu possible grâce à l’État. Aujourd’hui, certains d’entre eux quittent l’Allemagne, fâchés contre leur pays qu’ils considèrent comme éthiquement incorrect, parce qu’il leur réclame des impôts élevés. Je trouve cela complètement absurde. Ces gens ont sans conteste une responsabilité vis-à-vis de la société qui leur a permis de s’enrichir et ils se dérobent à cette responsabilité lorsqu’ils transfèrent leurs biens à l’étranger. C’est injuste et le secret bancaire ne devrait pas encourager un tel comportement.
vieille comme le monde et il argumente en parlant de Jésus-Christ chassant les marchands du temple. Il en déduit que ce reproche n’a rien à voir avec la crise actuelle. « Les banquiers étaient déjà cupides dans les temps anciens, et cela n’a pas provoqué de crise. » Comment Jésus s’est-il réellement positionné vis-à-vis du commerce de l’argent ? Le Nouveau Testament ne prône pas une éthique vis-à-vis de l’argent, il critique la richesse qui ne s’occupe pas des pauvres et n’assume pas ses devoirs sociaux. À mon avis, Jésus s’est surtout exprimé ponctuellement sur le sujet. Par exemple, il a dit qu’il faut redonner à César ce qui est à César. Il parlait des impôts. Dans une autre histoire, on reproche à Jésus de s’être assis à la table d’un homme riche. Mais ensuite, ce dernier rachète ses escroqueries et il finit par distribuer la moitié de ses biens. Il y a aussi la parabole du vigneron qui raconte que chaque ouvrier commence son travail à une heure différente, mais que tous reçoivent le même salaire. Il n’y a dans cette histoire, qui parle symboliquement du royaume des cieux, aucune morale éthique. Mais Jésus ne l’a sans doute pas racontée par hasard. Il a probablement voulu évoquer la question du salaire qui doit pouvoir assurer l’existence des travailleurs.
Et comment interprétez-vous l’histoire des marchands chassés du temple ? Nous avons une situation « Nous n’avons pas Jésus ne condamne pas le analogue avec les dirigeants de encore réglé la facture commerce : il s’élève en fait contre l’UBS qui ont gagné des somde la crise. » la tentation de commercialiser la mes astronomiques en jouant à foi. Du point de vue théologique, des jeux extrêmement risqués, la question de savoir « que fait l’arqui ont ensuite appelé l’État à gent aux êtres humains ? » est bien plus intéressante investir pour sauver la banque, mais qui n’ont pas que la question de savoir « que fait l’être humain de son déboursé un centime de leur poche pour contribuer argent ? ». Il y a l’exemple du jeune homme riche qui à ce sauvetage. demande à Jésus ce qu’il devra faire pour atteindre le C’est un problème du système : on ne devrait pas royaume des cieux. Jésus lui demande ce qu’il a déjà privatiser les gains et socialiser les pertes. Mais dans le fait pour cela. Le jeune homme répond qu’il respecte cas du secteur financier, la question se pose : les gains scrupuleusement les lois juives. Jésus l’invite alors à ont-ils seulement été privatisés ? Selon certaines estimadistribuer tout son argent aux pauvres et à le suivre. Le tions, 16 % des contributions fiscales de Suisse provienjeune homme, peiné, s’en va. Sur ce, les disciples denent du secteur financier. Ensuite, les caisses de pension mandent à Jésus qui pourra réellement aller au détiennent 8 à 10 % de la capitalisation boursière de la royaume des cieux. C’est pour moi un passage imporbourse suisse, ce qui signifie qu’elles profitent également tant. La question porte en réalité sur la conception que de l’essor des actions des grandes entreprises. Sans l’on a de l’argent, sur l’orientation du cœur, comme l’apcompter l’apport des assurances-vie. Ce ne sont donc pelle la tradition rabbinique. pas seulement les top managers qui se remplissent les poches. Directement ou indirectement, nous profitons Joe Ackermann, directeur de la Deutsche Bank, dit toutes et tous des affaires du secteur financier. que l’unique raison de la pratique bancaire est de faire du profit. La réflexion éthique et morale n’a-t-elle Hans Geiger, professeur émérite de l’Université donc pas sa place dans les questions économiques ? de Zurich, a écrit en mai 2009 que le reproche Bien sûr que si. Partout où des êtres humains ont affaire d’avidité que l’on fait aux banquiers est une critique
avec d’autres êtres humains, la morale joue un rôle. L’économie est un immense champ d’activité de l’être humain dont on ne peut retrancher l’éthique. Faire du commerce et de l’économie de manière éthique ne pose pas une contradiction inconciliable. (Il esquisse.) Dans la dimension de l’économie, les choses sont « justes » ou « fausses »; dans la dimension de l’éthique, elles sont « bonnes » ou « mauvaises ». Chaque acte économique est à classer dans l’un de ces quatre quarts de cercle. Lorsqu’on agit de manière économiquement inepte sur la base de considérations sociales, on fait aussi quelque chose de faux du point de vue de l’éthique. Comment cela ? Lorsque vous gérez une institution sociale de manière économiquement inepte, c’est une attitude « fausse » du point de vue économique et « mauvaise » du point de vue éthique. En effet, vous pouvez apporter bien plus aux personnes dans le besoin en gérant votre institution avec efficacité. Du point de vue de l’éthique, les solutions légitimes sont moralement « bonnes » et économiquement « justes »; on pourrait dire aussi durables. En conséquence, la maximisation des gains est éthiquement une bonne chose ? Je fais la différence entre ce qui est économiquement juste et la maximisation des gains. La maximisation des gains demande de choisir des solutions moralement mauvaises. Ce n’est pas éthique. Il y a des années, vous avez travaillé comme responsable des crédits au Crédit Suisse (CS). Comment avez-vous vécu ce travail ? Aviez-vous la possibilité de faire des réflexions éthiques ? Le travail au Crédit Suisse a été le point de départ de mon parcours biographique. J’étais collaborateur dans le secteur qui s’occupait des clients d’entreprises étrangères et je collectais des informations permettant d’évaluer les risques des différentes entreprises et des divers pays. Les risques en fonction des pays s’évaluaient selon plusieurs critères éthico-normatifs comme la situation des droits de l’homme. Je trouvais cette approche encore trop peu systématique. Je voulais donc d’abord rédiger mon travail de doctorat sur la question de savoir quels critères éthiques influent sur les décisions d’octroyer ou non des crédits. Comment un collaborateur fait-il pour introduire des valeurs éthiques dans son travail sans en subir les inconvénients sur le plan de sa carrière ? Je dis aux étudiants qu’ils ne doivent pas se résigner en regardant les grands problèmes qu’ils ne peu-
Panel 1 : La Suisse, un original
vent pas résoudre seuls, mais bien plutôt résoudre les problèmes qui se trouvent dans leur sphère d’influence. Je leur propose des exercices censés les sensibiliser à leurs marges de manœuvre éthiques. Au niveau du management, la maximisation des gains est quand même le plus souvent considérée comme la valeur suprême. Les incitations sont faussées. La plupart des entreprises ont rédigé un code d’éthique que les collaboratrices et collaborateurs doivent signer. Mais les incitations salariales ne tiennent aucun compte de ces codes. Souvent, elles engendrent même un mouvement contraire : les collaborateurs qui se tiennent au Code of conduct encaissent moins de bonus à la fin. C’est quelque chose que j’ai observé à l’époque au CS. Mais alors, qu’est-ce qui devrait changer ? Le professeur Josef Wieland, éthicien économique à l’Université de Constance, décrit l’entreprise comme un projet de coopération. Cependant, plusieurs dirigeants d’entreprises, particulièrement dans le secteur financier, organisent l’entreprise selon des règles de concurrence dont le mot d’ordre est « tous contre tous ». Les incitations financières encouragent cette attitude. Wieland démontre qu’à partir d’un certain point, la concurrence interne n’est pas souhaitable, ni sur le plan éthique, ni sur le plan économique. Les salaires élevés et les bonis représentent des frais de transactions qui, dans le fond, s’avèrent souvent peu rentables pour l’entreprise. Ce qu’il faudrait, c’est amener les gens à coopérer mieux et plus et à moins réagir aux seules incitations financières. Les banques suisses semblent avoir relativement bien surmonté la crise. Elles se défendent par tous les moyens contre l’exigence d’augmenter leur capital propre, d’installer une meilleure surveillance et de renforcer la régulation. Rien ne va donc changer ? Dans mes mauvais jours, je pense que non. Dans mes bons jours, j’espère que quelque chose va changer. Mais tous les jours, je pense que nous n’avons pas encore payé la facture de la crise. <
* Christoph Weber-Berg est docteur en théologie et
spécialiste en éthique économique. Depuis avril 2009, il dirige le Center Corporate Social Responsibility à la Haute école d’études économiques de Zurich. Il y enseigne et y fait de la recherche. Maja Peter est rédactrice à la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS.
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NICHOLAS ROBERTS / Getty Images
La faillite de la Banque Lehman Brothers en septembre 2008 a clairement démontré que l’industrie financière a besoin de nouvelles règles du jeu.
Panel 2 –
Panel 2 : Crise financière
Après la crise financière
Des idées pour un nouveau modèle La crise économique et financière est un défi pour la restructuration de l’économie mondiale. Les Églises soulèvent la question des valeurs morales de l’économie mondiale et du système financier international. L’économie de marché sociale doit être complétée par des engagements écologiques et planétaires. Ce « Global Green New Deal » est la perspective décisive.
par Hella Hoppe et Otto Schäfer *
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es conséquences de l’actuelle crise économique et financière ont beau être clairement perceptibles pour d’innombrables citoyens du monde, la manière dont on a pu en arriver là reste un mystère. Quant à l’évolution ultérieure de la situation, elle soulève elle aussi des vagues de perplexité. Où faut-il agir pour éviter de futures crises financières ? Faut-il chercher le problème principal auprès des représentants de certains secteurs économiques ? La faute incombe-t-elle aux Bourses et à leurs cours difficilement prévisibles ? La politique a-t-elle manqué à ses devoirs ou la crise renvoie-t-elle à des défauts fondamentaux du système économique ? Ces questions montrent que les causes de la crise ne peuvent être comprises que si on prend en considération les différents niveaux du système économique et financier international. Cela vaut également pour la question de la responsabilité, c’est-à-dire pour le jugement éthique. Faut-il attribuer la faute à des particuliers, comme l’escroc américain Bernard Madoff condamné à une peine d’emprisonnement largement supérieure à son espérance de vie ou le Français Jérôme Kerviel accusé d’avoir causé, par ses spéculations, un préjudice de 4,9 milliards d’euros à la Société Générale ? Dans cette vision éthique individuelle, la crise fi-
nancière découle de la cupidité, d’une mentalité du profit rapide et du comportement immoral des spéculateurs, des banques et des investisseurs qui visent des rendements maximaux. Cette vision n’est pas fausse, mais unilatérale.
La culture d’entreprise est déterminante
En tant que représentants de groupes professionnels et collaborateurs d’entreprises, les particuliers font toujours aussi partie d’une collectivité avec ses conditions d’action, ses habitudes et ses intérêts, sa pression à l’adaptation. Il y a fort peu de place pour les avis divergents. Dans son ouvrage « Après la crise », l’éditorialiste Roger de Weck cite Jens-Peter Neumann qui dirigeait l’activité marchés de capitaux à la Dres– dner Bank : « Savez-vous ce qui se serait passé si j’avais dit pendant la période florissante que ces papiers étaient dangereux ? On m’aurait flanqué à la porte. » Les cultures d’entreprise peuvent favoriser la cécité au même titre qu’une ambiance ouverte, confiante, méprisant la valeur d’une protestation critique. Des codes éthiques, comme ceux en vigueur pour les médecins ou les ingénieurs, pourraient aussi donner un appui à la conscience individuelle dans d’autres associations professionnelles. Ce plan de l’éthique profes-
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planétaires. L’économie doit par conséquent être sionnelle et de l’éthique d‘entreprise ne concerne comprise comme un ménage/budget bien tenu dans d’ailleurs pas que le milieu banquier et boursier; il se une maison dotée d’un règlement intérieur. On peut y rapporte aussi aux sciences économiques. Car la crise jouer, mais en respectant des règles du jeu équitables a aussi révélé à quel point un courant de base néolibépour tous les joueurs. La réflexion éthique sert à ral hostile à toute régulation a, ces dernières années, établir et à contrôler ce règlement intérieur et ces relégué en marge les mises en garde et les voix discorrègles du jeu. C’est aussi une tâche des Églises, en tant dantes, empêchant ainsi une diversité d’opinions que service à la collectivité. scientifique productive. En suivant l’approche de l’éthique sociale évangéC’est grâce au sauvetage des grandes banques par lique d’Arthur Rich, les Églises chrétiennes sont tenues les aides financières publiques que la crise financière a d’évaluer les questions sociétales et politiques de ma(provisoirement) pu être amortie et que la perte de nière à la fois juste et objective. L’éthique sociale évancroissance occasionnée par la récession de l’économie gélique procède avec objectivité, lorsqu’elle saisit la simondiale restera probablement (si tout va bien) dans tuation réelle dans la description du problème. Le une fourchette de 1 à 3 %, au lieu des 20 à 30 % essuyés jugement éthique est équitable au sens de l’éthique soen 1929. C’est par conséquent au niveau des structures ciale évangélique, dans la mesure où il se bat pour des mondiales que se produisent en fin de compte les évéconditions propices à la vie humaine, respectueuses de nements décisifs. Celles-ci sont définies par « des acla personne humaine, favorables à la communauté des teurs mondiaux » (global players) de l’économie, mais hommes et à la communauté de la création terrestre. aussi par les États Nations. L’État très discrédité, condamné par certains futurologues à disparaître progressivement, s’est révélé indispensable, notamment Un jugement objectif par rapport à ses capacités d’adaptation à l’actualité inC’est une bulle immobilière aux États-Unis qui a ternationale. En même temps, l’État est parvenu à ses déclenché la crise financière mondiale. Mais celle-ci limites, principalement en raison de l’augmentation ne procède pas d’un seul événement. Elle a été précéconsidérable de l’endettement. Si l’on veut que le sysdée par une crise économique latente. Déjà depuis la tème financier mondial puisse fin des années septante, les éconofonctionner, il faut impérativemies nationales des pays occidenment renforcer les structures taux n’affichent plus qu’une faible juridiques contraignantes d’une croissance réelle – contrairement Les forts taux de politique mondiale (global goverpar exemple aux économies natiorendement des produits nance). « Une mondialisation des nales florissantes des pays asiafinanciers ont compensé marchés qui ne s’accompagne pas tiques et des pays producteurs de la stagnation de l’économie pétrole. Cela se manifeste à travers d’une mondialisation de l’État de droit amène le système financier à d’immenses déséquilibres entre les réelle. faire ce qu’il veut », déclare le économies nationales, par exemple conseiller politique français celles de la Chine et des ÉtatsJacques Attali. Il réclame un « État Unis. Les forts taux de rendement de droit planétaire ». Cette éthique de l’ordre est l’aspect des produits financiers ont (apparemment) compensé le plus important du problème. Le plan de l’éthique inla stagnation de l’économie réelle dans les économies dividuelle (renforcement de la personnalité responnationales occidentales. En même temps, les marchés sable), ainsi que le plan de l’éthique professionnelle et financiers nationaux se sont ouverts de plus en plus et de l’éthique d’entreprise (renforcement des directives on a vu apparaître des marchés financiers mondiaux opérationnelles collectives), lui sont subordonnés. gonflés de liquidités fictives : moins de 5 % des moyens disponibles correspondent au chiffre d’affaires du commerce mondial et des investissements directs Une crise économique latente a précédé étrangers. La réforme du système de rentes joue aussi la crise financière un rôle. Ces dernières années, les rentes ont été largeLes Églises chrétiennes ont sans cesse demandé à ment transférées dans des systèmes d’investissement s’exprimer partout dans le monde sur les questions sur le marché des capitaux, ce qui a fortement accru la d’éthique économique. Économie et œcuménisme ont demande en possibilités de placement à long terme sur beaucoup en commun, à commencer par la racine les marchés de capitaux. grecque « oikos » (= maison). L’économie et l’œcuméAlors qu’ils n’ont aucune part de responsabilité nisme gèrent un budget, tiennent un ménage (en alledans les causes de la crise financière, les habitants de mand « Haushalt » dans les deux cas) aux dimensions
nombreux pays en développement en subissent les dures conséquences économiques. Ils sont impliqués dans un gigantesque jeu de gains et de risques où ils courent plus de risques que les joueurs eux-mêmes. Le droit au développement de nombreux pays est ainsi bafoué par les conséquences de la crise économique et financière : les recettes des exportations de matières premières reculent et la baisse de la demande en biens d’exportation transformés freine massivement la production de l’industrie d’exportation, ce qui se traduit par une hausse du chômage. La diminution des sommes virées de l’étranger par les travailleurs et travailleuses émigrés provoque une baisse supplémentaire des revenus. L’évolution de la situation des pays en développement est particulièrement grave sur le plan de l’endet tement. L’actuelle crise économique et financière menace aussi le droit de l’homme à la nourriture. La crise financière asiatique a déjà montré que les femmes et les filles sont souvent celles qui en souffrent le plus.
Un jugement équitable
Un jugement éthique équitable soulève la question de savoir dans quelle mesure un système social, en l’occurrence le système économique et financier international, est au service de l’être humain. À quelles valeurs faut-il se référer pour respecter la dignité et le sens de l’existence humaine ? Les conditions fondamentales sont des valeurs morales comme la confiance qui assure la cohésion sociale et rend possibles des relations d’échange fiables. La crise financière est essentiellement une crise de confiance (confiance dans la valeur des titres et dans la fiabilité des instituts monétaires, mais aussi des débiteurs et des États tout entiers). Les aides financières étatiques visaient en fin de compte à restaurer la confiance dans le système financier et les diverses grandes banques en tant que composantes essentielles de ce système. Le rétablissement durable de la confiance dans les marchés financiers internationaux est encore loin d’être assuré. Une autre condition-valeur fondamentale est d’honorer le travail et par là même l’économie réelle. Le travail compte parmi les possibilités d’épanouissement de l’être humain; il donne un sens et un contenu à la vie. Deux conséquences découlent de l’importance de la confiance et du travail : – le fait d’être digne de confiance et capable de faire confiance constitue un irremplaçable facteur constitutif de capital dans le système financier; il se répercute sur les bilans actuels sans jamais avoir lui-même été saisissable en chiffres. – le sens et la justification de l’économie financière sont d’être au service de l’économie réelle.
Panel 2 : Crise financière
Les deux constats montrent la nécessité d’intégrer l’économie financière à des relations sociales fonctionnelles et à des systèmes culturels. Ils soulignent aussi combien l’économie dépend de conditions sur lesquelles elle n’a pas de prise directe, comme la confiance. Il vaut aussi la peine de relever que les deux conditions-valeurs ont une composante chrétienne, théologique. D’un point de vue biblique, la confiance est l’attitude fondamentale qui permet de réussir la vie humaine et le travail, également le travail manuel, en parfaite contradiction avec l’intellectualisme des philosophes grecs, une vocation.
Global Green New Deal
Cela paraît plus solennel que ça ne l’est véritablement. En réalité, la vision théologique consiste à laisser l’être humain être tout à fait humain, dans la mesure où il n’est justement pas Dieu, mais placé face à Dieu. L’être humain et tout ce qui s’y rapporte sont des créatures, honorables, mais pas admirables. C’est également le cas de tous les systèmes sociaux créés et inventés par l’homme : l’argent doit être quelque chose de prosaïque; il ne faut pas en faire un veau d’or, ni lui consacrer et lui sacrifier la vie. Les prises de position ecclésiastiques, surtout celles émanant de l’œcuménisme, expriment cette protestation contre toute sacralisation de l’argent. « On perçoit une religion dans le capitalisme », écrit le philosophe Walter Benjamin en 1921. Parler de Dieu signifie ensuite protester contre cette confusion entre créateur et créature, s’opposer à ce qu’un système crée son propre univers et lui soumette tout le reste.
Voies de la réorientation
La crise économique et financière amène son lot de débats très polarisés et empreints d’idéologie sur les systèmes économiques. Ce type de discussion empêche de revendiquer et de mettre en pratique les nécessaires réformes de la politique nationale et internationale avec le large soutien dont elles auraient besoin de la part de la société. C’est pourquoi il faut s’efforcer de mettre en place des stratégies séculaires, engagées socialement et libérées de toute idéologie, pour une mondialisation sociale et équitable. Il est évident que la crise financière ne peut pas être résolue au détriment de la crise climatique, mais qu’elle doit être comprise comme une chance de passer à une économie durable. La réalité parle toutefois (encore) un autre langage. Une étude menée en février 2009 par HSBC Global Research montre qu’à peine 15 % des moyens financiers mondiaux, qui totalisent plus de deux billions d’euros, sont engagés pour des programmes conjoncturels durables sur le plan écolo-
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gique et pour la réalisation des objectifs de la politique climatique. On relève toutefois quelques exceptions notables : l’Union européenne (59 %), la Corée du Sud (80 %) et, ce qui peut surprendre, la Chine (38 %). Le « Global Green New Deal » prôné par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) est par conséquent déjà une réalité politique à l’état d’ébauche. Il faut continuer à évoluer dans cette direction. À une conférence interreligieuse, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a flatté les représentantes et les représentants du mouvement baha‘i, de l’islam, du judaïsme, du christianisme, du bouddhisme, de l’hindouisme, des sikhs, du shintoïsme et du taoïsme en les qualifiant à cet égard « de personnalités dirigeantes capables d’exercer la plus large, la plus vaste et la plus profonde influence ». Ce serait magnifique. Mais même si les Églises pouvaient agir dans ce sens ne serait-ce que modestement, qu’elles le fassent au moins avec conviction : car elles ne se fourvoient pas sur des voies secondaires, mais proclament l’Évangile dans un domaine décisif qui libère pour la vie. < Ce texte est un résumé de l’étude sur la crise économique et financière que la FEPS publiera en 2010.
* L’économiste Hella Hoppe est chargée des
questions économiques à la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS. Otto Schäfer est théologien, pasteur et docteur en biologie (écologie végétale). Il travaille à la FEPS en tant que chargé des questions théologiques et éthiques.
LES EXIGENCES DES ÉGLISES
Une gestion éthique
Les valeurs fondamentales que sont la liberté et la responsabilité, la justice, la solidarité, la participation et la durabilité sont la source d’un jugement éthique équitable. Des normes pratiques se laissent déduire de ces valeurs fondamentales : elles incluent le droit humain au développement, à la nourriture et à la protection contre la discrimination. Les normes pratiques se laissent aussi formuler en tant que « maximes » (A. Rich), indépendamment de textes aussi contraignants que la Déclaration universelle des droits de l’homme. On peut établir trois maximes éthiques d’ordre général : – Les marchés financiers dérégulés, sans transparence et axés sur le profit rapide menacent l’efficacité des économies nationales et sont incompatibles avec la préséance de l’économie réelle sur l’économie financière. – La propriété doit être assortie d’obligations sociales (de même que les libertés en général sont associées à des responsabilités). – Les principes et les formes d’organisation de l’État de droit doivent aussi être développés, en tant que droit international public contraignant, pour les relations commerciales à l’ère de la mondialisation. Voici les maximes éthiques spéciales qui en découlent : – Il faut spécialement tenir compte de l’économie de subsistance (autoapprovisionnement) et du service public incluant la mise à disposition de biens de première nécessité. Ce sont des aspects élémentaires importants de l’économie réelle qu’il s’agit de favoriser. – Par analogie au principe de prévoyance de la politique environnementale, il faut exiger un principe de prévoyance de la politique financière qui empêche l’effondrement du système financier par des mesures de prévention appropriées (comme l’augmentation du capital propre des banques; une séparation claire entre les instances de contrôle et les instances de cotation). – Une répartition équitable est une condition indispensable à la paix sociale et donc à une économie prospère (c’est également valable pour le système de bonus et pour les gratifications de toutes sortes). – Il doit aussi y avoir une justice fiscale sur le plan mon dial (il faut combattre les oasis fiscales). – Le concept de l’économie de marché sociale a fait ses preuves. Il faut l’élargir à une économie de marché qui s’engage sur le plan écologique et mondial. – Des indices de croissance qualitative doivent remplacer les indices de croissance désuets comme le produit intérieur brut (PIB) et être obligatoirement reconnus. – La régulation du système financier international doit obéir aux principes de subsidiarité, de transparence et d’efficacité. – Les flux financiers en faveur des pays pauvres ne doivent pas être additionnés, s’ils découlent de motifs indépendants les uns des autres (paiements de compensation pour des dégâts, compensation de la surexploitation de biens universels comme le climat, les océans, la biodiversité, etc., solidarité économique et sociale).
Open Forum Davos
2010
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– La Fédération des Églises protestantes de Suisse à l’Open Forum Davos Pour la huitième fois, la FEPS organise, en partenariat avec
le Forum économique mondial, l’Open Forum Davos. Il fait partie de l’engagement des
Églises protestantes dans la société civile.
À
travers la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS, les 24 Églises évangéliques réformées cantonales, l’Église évangélique méthodiste et l’Église évangélique libre de Genève ont créé, en 1920, une plateforme de discussion sur leur mission ecclésiastique et un organisme de représentation vis-à-vis de l’extérieur. Depuis, la FEPS est devenue une interlocutrice reconnue par les autorités fédérales, la communauté œcuménique et les Églises partenaires à l’étranger. Elle s’engage dans des questions de politique sociétale, prend position sur de nouvelles propositions de loi et s’implique activement dans la politique ecclésiastique et religieuse, sur le plan national et international. Par ailleurs, elle publie quatre fois l’an un bulletin et tient à jour un site rassemblant toutes les études et prises de position, ainsi que des informations sur des sujets d’actualité.
par la mondialisation économique. Aujourd’hui, la Fédération des Églises protestantes de Suisse établit à nouveau un lien plus étroit entre le thème de l’éthique sociale et l’argumentation théologique. En conséquence, l’Institut d’éthique sociale, rebaptisé Institut de théologie et d’éthique ITE, a été intégré au siège en tant que département. Il réalise des études aussi bien sur des sujets éthiques que théologiques. Pour le dialogue interne et œcuménique, il a rédigé ces dernières années des textes de référence sur le baptême, la communion et la question de la fonction ecclésiastique. Dans le domaine de l’éthique sociale, les publications avaient trait aux valeurs fondamentales de la vie en société, comme la liberté de religion ou la question de l’énergie (éthique de l’énergie), ainsi qu’aux questions relatives au début ou à la fin de la vie : de la recherche sur les cellules souches à l’assistance au suicide.
La FEPS prend position
Le Conseil des religions
En 1971, l’Assemblée des délégués, c’est-à-dire l’organe législatif de la FEPS, a fondé l’Institut d’éthique sociale IES. C’était à l’époque faire œuvre de pionnier car, durant la période de haute conjoncture de l’après-guerre, les traités éthiques étaient largement réservés aux facultés de théologie et de philosophie. La FEPS a rapidement pris position sur des questions relevant de la vie économique et politique de tous les jours. La mise sur pied par la FEPS et le World Economic Forum de l’Open Forum Davos, qui en est cette année à sa huitième édition, s’inscrit dans cette tradition. Avec l’étude « Globalance – Perspectives chrétiennes pour une mondialisation à visage humain », la FEPS s’est aussi exprimée dès 2005 sur des questions soulevées
Les prises de position sur les délibérations de la Confédération et sur les votations populaires contribuent au discours sociétal en Suisse. La dernière grande contribution a été un argumentaire et un papillon contre l’initiative populaire « contre la construction de minarets ». L’issue de cette votation montre que les Églises doivent continuer à s’occuper du dialogue sur les signes extérieurs de la religion en public. Une partie de ce travail est le fruit d’une collaboration entre chrétiens, juifs et musulmans au sein du Conseil suisse des religions dont la FEPS est l’un des membres fondateurs. Mais le service de la FEPS chargé des questions de migration se trouve maintenant aussi placé face à un nouveau défi.
La Fédération des Églises travaille en ce moment à une révision de sa constitution. Elle se doit d’être tournée vers l’avenir, afin de pouvoir continuer à œuvrer à l’échelle nationale en tant qu’annonciatrice du message chrétien. < Theo Schaad
directeur de la FEPS
Open Forum Davos
L’Open Forum Davos porte un éclairage d’actualité sur les débats concernant la mondialisation et ses conséquences. Ce lieu de dialogue est organisé depuis 2003 en parallèle à la réunion annuelle du Forum économique mondial. Comme chaque fois, le micro est ouvert à tous : après une première partie consacrée à la discussion entre les personnes participant aux tables rondes, le public est alors invité à s’affronter sur les questions et les positions en débat. www.openforumdavos.ch
La Fédération des Églises protestantes de Suisse en bref
La Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS rassemble 26 Églises avec plus de 2 millions de membres. L’Assemblée des délégués, avec ses 70 membres, constitue le législatif. Le Conseil de la FEPS comprend un président à plein temps et 7 membres à temps partiel. Le Secrétariat à Berne occupe 35 collaborateurs et collaboratrices dans les départements Églises en relation, Institut de théologie et d’éthique ainsi que les Services de communication et centraux. Toutes les publications peuvent être téléchargées sur www.feps.ch
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– Une question, deux réponses
Un commerce responsable et mo éviter une crise ? autres n’auraient pas fait d’affaires. La troisième cause politique a été l’argent papier que les États servent à leurs citoyens, depuis la fin de la couverture du dollar par l’or en 1971. Il n’y a rien derrière et les banques qui transforment des mises de fonds courtes en crédits à long terme sont, pour l’essentiel, les seules habilitées à y puiser. En septembre 2008, la confiance a disparu. C’était la crise financière. Le monde politique propose des remèdes immoraux. Il refuse d’admettre que des maisons gratuites ou l’épuisement de l’argent papier par des banques de crédit sont, fondamentalement, de fausses promesses. Le monde politique se réfugie dans ses thèmes de prédilection, bonus, impôt sur le chiffre d’affaires des devises, régulation plus forte. Il faudrait au contraire installer, pour tous les acheteurs d’obligations bancaires, l’obligation de changer ces dernières en actions bancaires dans les périodes de crise. Ainsi, l’argent resterait cher – même en temps normal ; et en temps de a crise financière de 2008 aurait sans doute crise, les banques reviendraient au capital sans utiliser pu être évitée grâce à un commerce moral et l’argent du contribuable. En outre, responsable, mais de la l’argent papier devrait être émis part d’acteurs inattendus. uniquement par les banques Qu’est-ce qui a provoqué la « Le monde politique d’émission. Les banques devraient crise ? Les autorités américaines propose des remèdes placer les fonds de leurs clients diont laissé deux de leurs géants du immoraux » rectement dans des placements prêt hypothécaire prêter plus de productifs, comme les actuelles 2000 milliards de dollars à des mébanques de gestion de fortune. Le nages fondamentalement insolbilan bancaire ne serait ainsi pas mis à mal pour des vables. De leur côté, les fonds étatiques asiatiques et crédits. Les marchés financiers, comme tous les mararabes ont racheté des dettes en dollars et pendant des chés, sont techniquement exigeants, ils tiennent années, ils ont comprimé les intérêts. Les ménages, les l’égoïsme en échec lorsqu’ils se meuvent dans un cadre entreprises, les consommateurs, tout le monde contrijuste. C’est le monde politique qui doit mettre ce cadre buait à ce que la roue tourne en s’endettant. Deux acsur pied, et c’est tout ce qui lui incombe. < teurs politiques ont provoqué la débâcle. Sans cette masse monétaire fictive, les banques d’investissement, les cadres avec leurs bonus, les hedge-funds et tous les
Beat Kappeler *
L
* Beat Kappeler est docteur honoris causa de l’Université de Bâle, commentateur auprès de la « NZZ am Sonntag » et auteur. Son dernier ouvrage a pour titre « Sozial, sozialer, am unsozialsten », éd. NZZ-Verlag 2007.
Panel 2 : Crise financière
ral pourrait-il
L
’éthique n’a jamais la prétention ou la naïveté de croire qu’elle pourrait se réaliser entièrement et simultanément dans tous les domaines de la vie et de la société. Elle formule un idéal, un but à atteindre. Cela vaut encore plus pour l’éthique chrétienne, qui demeure placée sous le signe du Royaume de Dieu – autrement dit, d’une réalité dernière, vers laquelle toutes les réalités avant-dernières sont appelées à s’orienter. C’est au nom d’une telle exigence éthique radicale et sans concessions que nous avons à nous prononcer sur les réalités économiques, financières et politiques; non pour résoudre par enchantement les problèmes qui se posent, mais pour dénoncer les injustices et les imprévoyances dont la crise financière actuelle offre une illustration aveuglante. En 1994 est parue en traduction française « L’Ethique économique », d’Arthur Rich. Bien que conçu à l’époque où les régimes communistes représenla politique respecte la morale et les droits de l’homme, taient encore un « modèle » parmi d’autres, cet ouvrage et fixe les cadres sociaux et éthiques du marché. Sinon, annonçait clairement l’effondrec’est la loi de la jungle. ment de l’économie planifiée (tout Il faut dire sans ambiguïtés, en reconnaissant ses idéaux de sod’un point de vue éthique, à la fois « La Suisse paie très cher lidarité et de justice) et soutenait réaliste et engagé, que la Suisse, que seule l’économie libérale, fonpar les errements de certains de le prix de son manque cièrement démocratique, était cases responsables économiques et de lucidité, de hauteur de pable de se réformer ; Rich en apfinanciers (depuis la Deuxième vue et de courage. » pelait dès lors à une « économie Guerre mondiale jusqu’à Swissair sociale de marché », capable de et à l’UBS), mais également d’une surmonter les impasses d’un libépartie de son establishment poliralisme sauvage. tique, paie très cher le prix de son manque de lucidité, Sur ce point, la direction de son éthique sociale de hauteur de vue et de courage. (théologiquement fondée) demeure exemplaire et perL’éthique doit inspirer et réguler aussi bien la détinente. La crise financière a vérifié l’intuition éthique mocratie libérale que le marché et la finance; lui dénier de Rich : la démocratie libérale doit se réformer, mais ce rôle, c’est succomber à un cynisme irresponsable ou ce changement est douloureux et profond. Il faut que à un pragmatisme trompeur. <
Denis Müller *
* Denis Müller est professeur ordinaire d’éthique à l’Université de Genève.
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Sammlung Gesellschaft für ökologische Forschung
1948
Panel 3 –
Changement climatique
L’engagement politique des Églises en faveur du climat Les Églises protestantes prônent la justice climatique depuis les années 80. Les catholiques donnent également le bon exemple à la société, surtout les deux derniers papes. Cinq principes servent de fondement éthique à une amélioration du climat.
2002
Panel 3 : Changement climatique
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2006
Le réchauffement clima tique met aussi en danger la biodiversité de la Suisse : le glacier du Trift, à l'extrémité orientale du canton de Berne, se retire à une vitesse effa rante. L’eau de fonte des neiges forme un lac qui accélère la fonte du glacier.
par Otto Schäfer ET Hella Hoppe *
L
es Églises comptent parmi les forces de la société civile présentes partout dans le monde. Elles s’engagent en faveur de la justice climatique depuis les années quatre-vingt. Le premier rassemblement œcuménique européen a eu lieu à Bâle à l’occasion de la Pentecôte 1989. Qualifié déjà à l’époque de sérieux défi, le changement climatique avait fait l’objet d’une discussion détaillée en collaboration avec la Société européenne de physique et d’autres
acteurs. Dans le document final du rassemblement, on lit : « Les pays riches du Nord se trouvent devant la nécessité de changer leur mode de consommation d’énergie. L’effet de serre et la détérioration de la couche d’ozone exigent des mesures urgentes et coordonnées au plan mondial. » Un an plus tard, le pape Jean Paul II souligne, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix, la nécessité de limiter l’effet de serre artificiel et d’adopter, dans
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– Le principe de l’égalité des droits De l’égalité de tous les êtres humains et du droit à la vie et au développement découle le même droit à l’exploitation des ressources vitales. – Le principe de la justice internationale Les États riches sont tenus de faire des efforts financiers et technologiques particuliers en faveur des plus faibles. – Le principe du pollueur payeur Celui qui cause un dommage, en l’occurrence une atteinte au climat, en assume la responsabilité, même si l’effet se manifeste très loin de l’endroit où sont émises les influences nuisibles (émissions de gaz à effet de serre). En principe, cette obligation s’étend aussi aux dommages antérieurs. Mais comme on ne peut raisonnablement pas remonter avant la naissance d’une conscience environnementale généralisée et d’une conception scientifique du changement climatique, on ne commence généralement pas avant 1990 pour des raisons pragmatiques. – Le principe de prévention et le principe de précaution Les cinq principes de la justice climatique L’obligation d’agir en tenant compte de l’avenir imMais il est clair que ce n’est pas uniquement grâce porte plus que la pesée des avantages et des nuisanà la technique que la société parviendra à instaurer la ces que les énergies fossiles ont justice climatique, et encore présentés dans le passé. Il faut prémoins l’équité sur le plan des resvenir les dommages qui risquent sources. Car, au-delà du changeCe n’est pas uniquement très vraisemblablement de survement climatique, nous serons amenés, au cours des prochaines grâce à la technique que la nir dans des circonstances connues années, à nous préoccuper de la société parviendra à instau- (principe de prévention). Les dégâts particulièrement imporpénurie de matières premières, rer la justice climatique. tants ne peuvent être acceptés, de la perte de la biodiversité et de même si leur occurrence est peu la pollution environnementale probable ou si le risque est encore planétaire avec les déchets en difficile à évaluer (principe de précaution). Les meplastique, sans même parler du nucléaire. On répète sures de sécurité consistent aussi bien à réduire les sans cesse à juste titre qu’une pure « révolution de émissions de gaz à effet de serre qu’à rendre aussi l’efficacité » ne fait que reporter et renforcer les exigentolérables que possible les conséquences attendues ces si elle ne s’accompagne pas d’une « révolution de la des changements climatiques. satiété », c’est-à-dire une mutation vers une nouvelle tempérance. « En avant avec modération » : la devise apparemment paradoxale, mais en vérité très pertiL’autoprotection cynique des privilégiés nente, de l’économiste Hans-Christoph Binswanger, La population suisse ne se rend pas toujours bien père de la réforme fiscale écologique, donne la direccompte à quel point ces mesures d’adaptation au chantion. La satiété, la modération, est l’une des condigement climatique concernent aussi le paysage alpes tions du concept de la société à 2000 watts que la tre, par exemple la protection contre les inondations ou FEPS représente aussi dans son étude « Éthique de le renforcement de la protection contre les glissements l’énergie » (2008). de terrain et les chutes de pierres. Mais c’est au Sud Une politique climatique internationale à la fois qu’il faut s’attendre aux conséquences les plus dramacontraignante et consensuelle ne saurait se passer d’un tiques. Les moins responsables seront les plus concerfondement éthique tel que la justice climatique. Cette nés. En effet, les gens qui souffrent le plus du réchaufperspective se fonde notamment sur cinq principes fement sont ceux qui n’y contribuent en rien ou très qu’il s’agit de rappeler ici : peu, car ils n’ont pas les possibilités financières et tech-
les pays riches, un mode de vie plus sobre et mesuré. Son message intitulé « Paix avec l’ensemble de la créa tion » est largement pris en considération. En exigeant le respect de la justice climatique et en portant leur attention sur les questions éthiques de la politique énergétique, les Églises de Suisse s’inscrivent ainsi dans une assez longue tradition. En octobre 2009, les trois Églises nationales ont adressé, sur l’initiative de la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS, une lettre commune au Conseil fédéral et à la délégation suisse au Sommet mondial sur le climat COP 15 de Copenhague. Elles émettent le souhait que notre pays réduise ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2020 et contribue dans le même ordre de grandeur à des mesures d’adaptation et de réduction de la pollution à l’étranger. Leur argument est que « la Suisse en tire indirectement profit ». Les Églises songent à un gain en termes de justice climatique, mais aussi au développement d’une technologie de pointe plus favorable au climat et à ses perspectives d’exportation (les francophones parlent déjà de « génie climatique »).
niques de prendre des mesures d’adaptation. Dans les pays en développement, il faudrait investir chaque année jusqu’à 200 milliards d’euros pour lutter contre les sécheresses, le manque d’eau et les inondations, pour limiter le déboisement et pour introduire des sources d’énergie sans impact sur le climat. Si ces pays ne reçoivent aucun soutien financier, leurs habitants seront contraints de fuir. Ce sera le cas au Bangladesh, car le pays pourrait perdre un dixième de sa surface. Pour contenir les réfugiés climatiques, l’Inde voisine a commencé à ériger sur la frontière un mur de 4000 km de long et près de 3 mètres de haut. La Birmanie qui partage également une frontière avec le Bangladesh compte suivre cet exemple. D’un point de vue éthique, c’est inacceptable. Sans une application sérieuse des principes du pollueur payeur, de l’égalité des droits et de la justice internationale, le principe de prévention et le principe de précaution aboutissent à l’autoprotection cynique des privilégiés. Les générations futures sont importantes, mais ce sont les prochaines générations d’une seule humanité et c’est de l’humanité tout entière dont il doit déjà être question aujourd’hui. C’est pourquoi un soutien financier immédiat à ces pays est d’une importance vitale.
Le principe de l’auto efficacité et du contrôle coordonné
Aucun gouvernement mondial, ni aucune police mondiale, ne pourrait imposer des conventions internationales sur le climat et les mécanismes de régula tion qui en découlent si ces mesures se heurtent à de fortes résistances. Il importe donc que ces mécanismes soient autant que possible auto efficaces ou qu’ils « s’imposent par eux-mêmes » (self-enforcing). Le commerce des droits d’émissions est une tentative qui va dans la bonne direction. Mais quelque séduisante que soit l’idée de base, ce système présente encore beaucoup d’insuffisances quand on entre dans les détails. La politique climatique et la diplomatie climatique des différents États manquent souvent de transparence et de crédibilité, justement en ce qui concerne les données chiffrées. C’est pourquoi il n’y aura pas de progrès sans un contrôle international renforcé et coordonné. L’amélioration de l’auto-efficacité doit être complétée par un indispensable contrôle.
Des panneaux solaires sur les toits du Vatican
Les règles internationales sont une chose, leur application en est une autre. Les Églises montrent-elles le bon exemple à travers leurs constructions et leur exploitation, dans la vie quotidienne des paroisses et
Panel 3 : Changement climatique
dans les bureaux des institutions ? Oui et non. On peut en tout cas relever que l’Église protestante d’Allemagne s’est fixé en 2008 des objectifs ambitieux en ce qui concerne la protection du climat. À côté des délégués aux questions environnementales, les Églises nationales allemandes emploient en outre des conseillers ecclé siastiques pour les questions énergétiques. Leur label « coq vert » a entre-temps connu une notoriété et une diffusion telles qu’il a été imité en Suisse. Le Vatican s’est même fixé pour objectif de devenir le premier État au monde à pouvoir se targuer d’un impact neutre sur le climat. Voici environ une année, il a ainsi installé des panneaux solaires sur le toit de la salle d’audience et fait planter 7000 arbres en Hongrie. Il faut aussi mentionner l’Église baptiste de Brande/ Danemark, érigée en 1972. Cette construction d’une grande beauté, à base de matériaux aussi modestes que des briques de récupération et des pierres ramassées dans les champs, reste aujourd’hui encore un digne exemple d’humilité. C’est peut-être ce mot vieillot désignant une vertu chrétienne qui exprime le mieux ce dont on a le plus urgemment besoin de nos jours sur le plan mondial, social et écologique. <
* L’économiste Hella Hoppe est chargée des questions économiques à la FEPS.
Otto Schäfer est théologien, pasteur et docteur en biologie (écologie végétale). Il travaille à la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS en tant que chargé des questions théologiques et éthiques. Parue en 2008, son étude « Éthique de l’énergie » est disponible sur le site www.feps.ch
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Panel 4 –
La prétention des religions à la vérité
« La vérité est Dieu.» Vingt ans avant qu’il ne soit assassiné, mon grand-père Gandhi avait déclaré qu’il préférait la phrase « La vérité est Dieu » à son opposé « Dieu est la vérité », parce que beaucoup de monde avait déjà été tué au nom de Dieu, mais jamais personne encore au nom de la vérité.
Par Rajmohan Gandhi *
L
es extrémistes religieux avaient Gandhi en point de mire; le 20 janvier 1948, un Hindou qui désapprouvait son attitude affable à l’égard des musulmans tenta de l’assassiner. Suite à cet acte de violence, Gandhi déclara pourtant : « Vous ne devriez pas éprouver de haine envers cet homme. Il a pris pour acquis que j’étais un ennemi de l’hindouisme.» Ce juriste indien, dirigeant du mouvement d’indépendance de l’Inde, a opposé avec succès sa philosophie pacifiste aux partisans de la haine et de la violence (envers les Britanniques ou entre Hindous et musulmans) et les a remis à leur place pendant soixante ans. Mais il a finalement été assassiné par l’un des extrémistes qu’il voulait amener sur le chemin de la paix et de la compréhension.
Gandhi nous mettrait en garde
Aujourd’hui, les extrémistes prêts à recourir à la violence représentent un grand problème partout dans le monde. Mais il existe aussi d’autres problématiques, comme la détresse économique, le sida et d’autres maladies, les répercussions du changement climatique et de la destruction de l’environnement, la guerre et l’oppression. Cela n’empêche pas qu’il y ait aussi de nombreux signes d’espoir, comme le dialogue entre les religions au-delà des lignes de démarcation mondiales. Les relations entre le « monde occidental» et le « monde islamique» sont particulièrement importantes. Si Gandhi était vivant, je pense qu’il nous mettrait en garde contre la tentation de croire qu’une communauté de foi est particulièrement déchue, particulièrement
corrompue, particulièrement dangereuse pour le reste du monde. À notre époque marquée par une apparente lutte des cultures, beaucoup de représentants du monde démocratique considèrent la population des pays musulmans comme affligée de plusieurs tares, même si les relations avec leurs dirigeants politiques sont bien souvent bonnes, parce qu’il y a des affaires à faire avec eux. Beaucoup de personnalités influentes aux ÉtatsUnis et en Europe assimilent terrorisme et islam et croient que les deux sont étroitement liés. D’un autre côté, une propagande négative contre les chrétiens assimilés aux croisés et contre les juifs associés au sionisme persiste dans le monde islamique. Les Américains et les Européens sont mis dans le même panier. Quand j’entends une fois de plus l’argument de la nature défectueuse de l’islam, je me souviens des visages et de la vie des musulmans que j’ai rencontrés. Je me souviens des musulmans à genoux, absorbés dans leurs prières, ou levant les bras vers Dieu, emportant leurs morts et leurs blessés suite à des tremblements de terre, et je me demande comment on peut croire qu’un islam pratiqué de la sorte puisse être nuisible d’une manière ou d’une autre. Je ne peux pas le croire.
Comment les ennemis sont devenus des alliés en 1941
Quand j’entends de telles absurdités, je me souviens parfois d’une émission de radio que j’ai entendue dans mon enfance. La voix qui s’exprimait alors en juin 1941, voici près de trois quarts de siècle, était celle de
Panel 4 : La prétention des religions à la vérité
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terroristes. Au Rwanda, en 1994, quelques massacres ont même été commis dans des églises. Cela fait-il pour autant de ce génocide un crime chrétien ? Quand dans les années 70, le Cambodge bouddhiste a été mis à feu et à sang, ces massacres ont-ils été le reflet d’une faute inhérente au bouddhisme ? Quand, voici quelques années, presque tous les membres de la famille royale népalaise ont été fusillés et que beaucoup de paysans et de gardes sont morts lors des échanges de coups de feu qui ont suivi, un enseignement hindouiste était-il en cause ? Les deux guerres mondiales du XXe siècle ontelles elles-mêmes découlé du christianisme ? Il n’est que trop vrai que la religion est un élément dans le tissu complexe de la violence moderne; mais nous devrions être prudents avant de déclarer une fois pour toutes que la faute en incombe à la religion en général et à une certaine religion en particulier, que la religion remplit les cœurs de haine et du désir désespéré de détruire les autres et soi-même. Nous devrions accepter l’idée que le combat propre au monde actuel n’oppose plus des cultures, des civilisations, des religions ou des Nations, mais qu’il se livre plutôt dans nos cœurs, entre la peur et la foi, entre la peur ou la haine et l’acceptation. <
Dans son combat pour l’indépendance, Gandhi (1869–1948) est invité à une conférence pour une nouvelle Constitution indienne en 1931 à Londres.
Winston Churchill. Hitler venait d’attaquer l’Union soviétique, faisant de la Russie une alliée britannique. Après avoir répété pendant des années ses mises en garde contre les dangers du communisme russe, Churchill devait désormais solliciter le soutien à une alliance avec ces mêmes communistes russes. Cet homme dont l’éloquence relevait tous les défis a une nouvelle fois su trouver les mots justes. Dans son discours de juin 1941 qui contenait la célèbre phrase « nous combattrons Hitler sur terre, nous le combattrons sur mer, nous le combattrons dans les airs», Churchill a déclaré à propos des Russes menacés par Hitler : « Je vois 10 000 villages en Russie, où les moyens d’existence ont été arrachés si difficilement de la terre, mais où on continue de vivre des moments de joie, où des jeunes filles rient et des enfants jouent.»
La violence n’a pas de religion
Maintenant aussi, les jeunes femmes musulmanes rient, les enfants musulmans jouent et tous les musulmans, Sunnites ou Chiites, sont reconnaissants pour les joies humaines fondamentales. Ils détestent le terrorisme comme n’importe qui d’autre au monde, peutêtre même davantage encore, car il y a eu plus de musulmans que de non-musulmans tués dans les attaques
* Rajmohan Gandhi est politicien, auteur et professeur
d’histoire au Center for South Asian and Middle Eastern Studies de l’University of Illinois US. Il avait 12 ans quand son grand-père, le Mahatma Ghandi, a été assassiné. En 2007, Rajmohan Ghandi a publié la biographie ci-dessous.
SUGGESTION
« Mohandas : A True Story of a Man, His People and an Empire». Ce livre est paru aux éditions Penguin Books India. 745 pages, ISBN 9780143104117 Édition française : « Gandhi : Sa véritable histoire par son petit-fils», Rajmohan Gandhi, 950 pages, éditeur : Buchet-Chastel, ISBN-10 : 228302305X
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Panel 4 –
La prétention des religions à la vérité
Quand une religion est-elle religion ?
La liberté de religion interdit à l’État de s’imiscer dans les affaires religieuses. Il arrive toutefois régulièrement que des juges doivent décider de ce qui constitue une pratique religieuse et non. Par Christopher Caldwell *
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ans son discours au monde musulman prononcé au Caire cet été, Barak Obama a lancé l’attaque rhétorique la plus sévère que l’Amérique ait faite à la France depuis que Donald Rumsfeld, alors ministre de la Défense, ait parlé de la « vieille Europe » juste avant la guerre d’Irak. Évoquant les pays occidentaux qui veulent « dicter aux femmes musulmanes la manière dont elles doivent se vêtir » (comme c’est le cas en France depuis cinq ans avec l’interdiction du port du voile dans les écoles), Obama a déclaré : « On ne peut dissimuler une hostilité vis-à-vis de telle ou telle religion derrière le voile du libéralisme. » Cette petite phrase était destinée à induire en erreur les citoyens américains, notamment les plus francophobes d’entre eux. On leur a appris qu’il ne fallait pas porter de jugement sur des rites et coutumes qui sont très différents des leurs. On leur dit maintenant de n’avoir aucune tolérance pour la République et la démocratie la plus semblable à la leur par sa tradition politique.
Avaler des vitamines, une pratique religieuse ?
La France entretient une séparation stricte de l’Église et de l’État. En France, on porte devant les tribunaux des questions que d’autres pays occidentaux évitent de se poser. Dernièrement, un tribunal parisien a jugé deux représentants de l’Église de scientologie, le « Celebrities Centre » et la librairie SEL, pour escroquerie. Il a condamné l’organisation à verser une amende de 600 000 euros et a prononcé contre la personne qu’il considère, de facto, comme
le dirigeant de l’Église de scientologie française, une peine de prison de deux ans avec sursis. Cette personne et trois autres ont également reçu une amende financière. (En juin, le procureur de la République avait exigé une interdiction de la secte, malgré le fait qu’une réforme judiciaire entrée en vigueur un mois auparavant ait rendu cette exigence impossible.) Le jugement portait sur la vente par l’Église de scientologie de cours et de produits destinés à aider ses adeptes à atteindre l’ouverture spirituelle. L’Église vendait des vitamines et ce qu’elle appelle des « électromètres », un appareil mesurant l’état de santé spirituel de son utilisateur. Un électromètre coûte plus de 3’500 euros. Ce jugement faisait suite à la plainte de deux femmes accusant l’Église d’avoir profité de leur vulnérabilité pour les dépouiller de leurs économies (plus de 20 000 euros chacune). Intellectuellement, la question fondamentale est de savoir si la scientologie est une « véritable » Église ou au moins, si des pratiques comme l’électrométrie ou l’administration de vitamines sont des pratiques religieuses. Juridiquement en revanche, la question fondamentale est de savoir qui a le droit d’en juger. Dans ce sens, le débat sur les électromètres se rapproche du débat sur l’utilisation religieuse du peyotl par certaines religions amérindiennes qui a agité les tribunaux américains. Ce champignon est considéré comme une drogue et, à ce titre, interdit. Sur le principe, plusieurs cours fédérales ont décidé que les États pouvaient interdire la drogue s’ils le voulaient. Mais en pratique, la plupart des tribunaux ont prononcé des exceptions à ce principe. Le jugement français tente de sortir de ce choix cornélien. Outre le reproche d’escroquerie, le tri-
bunal a infligé des amendes à deux scientologues pour commerce et exploitation illégale de produits médicamenteux. La marge bénéficiaire de la vente des électromètres et des vitamines était importante et le tribunal a contesté la « valeur scientifique » du test de personnalité de l’Église. Séparant les « activités commerciales » de l’Église de ses « activités religieuses », le tribunal a fondé son jugement sur les premières. La base du débat se déplace ainsi du domaine de la liberté de culte à celui de la défense des consommateurs. Nous ne sommes pas très éloignés des règlementations juridiques qui frappent la bière des Trappistes belges ou les confitures faites maison que les Amishs vendent dans l’État américain de Pennsylvanie. Cependant, il y a deux différences de taille. Premièrement, les activités économiques et les activités religieuses sont parfois impossibles à séparer. Les activités de vente de la scientologie pourraient faire partie de la religion elle-même, tout comme les aumônes prescrites (les Zakats) font partie de l’islam. Deuxièmement, il est plus simple de fixer un prix équitable pour une bière ou un pot de marmelade que pour un processus spirituel. Évaluer la valeur de ce dernier revient à porter un jugement sur la légitimité des assertions de la religion.
Mais lorsque tout est transcendant, plus rien ne l’est.
Ces dernières décennies, les élites des pays de l’Ouest ont développé des allergies à ce genre de jugements. En 1992, la Cour suprême des États-Unis a rendu son jugement dans l’affaire opposant les Planned Parenthood (cliniques de planning familial) et Casey. Dans ce jugement majoritairement repris dont l’enjeu n’était autre que le droit à l’avortement, la juge fédérale Sandra Day O’Connor écrit en substance : « Le droit de définir son propre concept de l’existence, de l’univers, du sens et du secret de la vie humaine se trouve au cœur de la liberté. Des convictions en la matière ne pourraient pas définir les propriétés de la nature humaine si elles résultaient d’une contrainte de l’État. » Mais lorsque tout est transcendant, plus rien ne l’est. Pourquoi l’État devrait-il protéger une personne faible qui se fait évaluer au moyen d’un électromètre, alors qu’il ne protège pas une autre personne faible qui dépense des milliers d’euros dans un magasin pour acheter des vêtements dont elle n’a pas besoin ? L’ère Casey semble toucher à sa fin. Les gouvernements et les tribunaux décident de plus en plus souvent de ce qui est acceptable ou non dans les comportements religieux. C’est peut-être là le résultat de l’influence grandissante de l’islam, ou au moins de la peur grandissante que l’islam éveille en Occident. Je-
Panel 4 : La prétention des religions à la vérité
tons un coup d’œil à l’initiative que le peuple suisse a votée en novembre 2009. Il a été décidé d’interdire les minarets sur le territoire national. Même si cette décision ne définit pas précisément l’identité religieuse des Suisses, le verdict des urnes établit quelles religions peuvent être pratiquées dans leur pleine mesure, et lesquelles ne le peuvent pas. On observe un peu la même approche également aux Pays-Bas, où le parti anti-islamique de Geert Wilders va jusqu’à dénier à l’islam son statut de religion, contournant ainsi les contradictions constitutionnelles que ses propositions (par exemple celle qui vise à interdire le Coran) pourraient mettre en évidence. Le jugement français porte un coup à la scientologie sans que le tribunal ait dû prouver que la scientologie n’est pas une religion. C’est là un jugement qui va faire école. Georges Fenech, président du service interministériel de surveillance des sectes, l’a commenté en disant que c’était la structure même de l’Église de scientologie qui avait été condamnée. Même si c’est la structure commerciale qui a été condamnée, et non pas la structure religieuse, les deux sont liées de telle manière que ce jugement a de quoi nous inquiéter. Le cas montre clairement que les autorités des pays occidentaux vont désormais de plus en plus s’ingérer et remettre en question les actes accomplis sous couvert de religion. <
* Christopher Caldwell est rédacteur en chef de
« The Weekly Standard ». Ce commentaire est paru le 31 octobre 2009 dans le « Financial Times ». Seul le passage concernant l’initiative visant à interdire les minarets en Suisse a été modifié au vu des résultats du vote du 29 novembre 2009.
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Panel 4 –
À discuter
Thomas Wipf pour un consensus fondamental des religions Des gens du monde entier ont élu domicile en Suisse. La question de savoir ce qui fait la cohésion d’une société réapparaît avec une urgence accrue. Le constat que l’intégration de l’islam dans une société aussi marquée par le christianisme que la nôtre mettra à contribution les forces de tous les acteurs s’impose comme une évidence, et pas seulement depuis l’adoption de l’initiative contre les minarets. Les Églises de Suisse s’engagent depuis longtemps pour le dialogue avec les autres religions. Ce dialogue doit acquérir une qualité nouvelle. Le pasteur Thomas Wipf propose que les religions formulent et signent un consensus de base sur les conditions de la vie commune.
Par Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS
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n processus global de recherche est en cours dans notre société. De quoi sera faite la Suisse de demain ? Quelles en seront les caractéristiques principales, les valeurs et les fondements spirituels ? Comment voulons-nous organiser la vie commune du futur ? La question de la cohésion sociale n’est pas nouvelle. Mais elle se pose aujourd’hui avec une nouvelle acuité, ce qui montre bien que l’État de droit démocratique laïc et la société pluriculturelle libérale ont besoin d’un cadre de référence qui ne se résume pas à la politique sécuritaire, à la politique économique et à la politique sociale. La Suisse est aussi un espace de vie commune, un espace de co-humanité. En tant qu’Églises chrétiennes, nous savons que cette dimension inclut également la foi et les repères éthiques, ces éléments constitutifs de l’essence même d’une communauté humaine. Les Églises et les communautés religieuses apportent une contribution essentielle à ce processus de re-
cherche sociétal. Maintenant, qu’est-ce que cela implique que d’autres religions, en particulier les communautés islamiques, s’associent aux Églises chrétiennes dans cette réflexion ? Les personnes de confession musulmane font depuis longtemps partie de la Suisse. Elles habitent ce pays et une bonne partie d’entre elles en ont déjà la citoyenneté. L’islam n’est pas seulement devenu un élément de notre vie économique; il fait aussi partie de notre vie sociétale et religieuse. Les personnes de confession musulmane nous demandent si nous sommes prêts à partager avec elles l’espace de vie qu’est la Suisse.
Où peut-il y avoir confiance ?
Les Églises membres de la FEPS et la FEPS ellemême cultivent depuis longtemps le dialogue interreligieux, en particulier avec les musulmans. Depuis 2006, des représentantes et des représentants des juifs, des chrétiens et des musulmans cultivent également l’échange et le dialogue dans le cadre du Conseil suisse des religions. À la notion de lutte entre les cultures, les Églises opposent celle de dialogues entre les religions. Nous répondons volontiers aux questions des musulmans. Car nous les confrontons également à travers le dialogue : le comportement de certains groupes ou individus – pas seulement à l’étranger – provoque de l’irritation et de la résistance. Beaucoup de gens estiment qu’il n’est pas facile de porter un jugement sur la religion musulmane. Où peut-il y avoir confiance et accord ? Où faut-il poser des limites et formuler des
contradictions ? Nous commençons à peine à prendre pleinement conscience de l’ampleur du devoir d’intégration. La pluralité culturelle et religieuse est une notion sociétale exigeante. Elle signifie que nous pouvons gérer de façon constructive la tension de préserver ce qui nous est propre tout en restant ouverts à ce qui nous est étranger. Cela soulève des questions fondamentales : il en va du rôle des religions dans l’État de droit laïc, du rapport que l’islam entretient avec la démocratie, de la liberté de religion et de la liberté de changer de religion, de l’égalité entre homme et femme, des droits de l’homme dans leur ensemble et de la violence légitimée par des motifs religieux. Le dialogue entre les religions en Suisse doit acquérir une qualité nouvelle. Pour faire un pas en avant, en particulier dans le dialogue avec l’islam, il est devenu nécessaire d’établir entre les religions un consensus de base sur les conditions de la vie commune. Ce consensus de base ne doit pas porter sur le contenu de la foi. Les religions sont différentes. Ces différences persisteront toujours; elles font la richesse de chaque religion. Il s’agit aujourd’hui de prendre au sérieux les différences fondamentales entre les religions, de sorte qu’elles n’agissent pas comme causes de conflits, mais comme impulsions pour renforcer la cohésion sociale. Les communautés religieuses ont besoin d’un consensus de base sur les conditions de la vie commune. Ce consensus devrait être négocié en commun, fixé dans un document et décidé de manière contraignante.
Un consensus de base en tant que condition de la vie commune
Du point de vue protestant, voici les éléments qu’il importerait de voir figurer dans un consensus de base : 1. Consensus à propos de la vérité La religion repose sur une révélation de Dieu. Par rapport à la révélation de Dieu, la religion est toujours aussi une réalité historique, marquée par les faiblesses humaines. C’est pourquoi elle ne doit pas s’attribuer un caractère absolu, mais se tenir toujours à l’écoute de la révélation de Dieu et, à partir de là, se laisser remettre en question. La religion ne doit donc pas prétendre détenir la vérité absolue vis-à-vis des autres. Elle ne doit pas revendiquer de pouvoir à son profit, ni chercher à exercer de domination. La religion doit plutôt servir Dieu et les hommes et s’investir pour le bien de tous. 2. Consensus à propos de la liberté de religion La liberté de vivre sa foi individuellement et en communauté est un droit fondamental, en particulier
Panel 4 : La prétention des religions à la vérité
pour les religions comme le christianisme ou l’islam qui conçoivent le devoir missionnaire comme une évidence. Le consensus à propos de la liberté de religion impliquerait que toutes les religions représentées en Suisse s’engagent partout en faveur de ce droit qui inclut aussi le droit de n’avoir aucune religion et celui de se convertir. 3. Consensus à propos de la pluralité des religions La Suisse est un pays marqué par le christianisme. Les Églises attendent des autres religions qu’elles soient sensibles à cet héritage. La pluralité fait aussi partie de la réalité de la Suisse. L’histoire de notre pays repose sur la diversité des langues, des cultures et des confessions. C’est là un signe de force, non de faiblesse. Nous devons en prendre soin. 4. Consensus à propos des droits de l’homme Les droits de l’homme constituent un acquis qu’il nous revient de respecter. Il faut que toutes les communautés religieuses de Suisse reconnaissent et approuvent la Convention européenne des droits de l’homme de 1950. En donnant leur aval aux droits de l’homme, toutes les religions représentées en Suisse s’engageraient à participer à la préservation de ces acquis. 5. Consensus à propos de l’État de droit Toutes les religions doivent reconnaître que l’État suisse repose sur le droit laïc et non pas sur la confession d’une religion particulière. Le droit public vaut pour tous de manière identique. Une pluralité juridique qui consisterait par exemple à faire valoir des prescriptions religieuses pour certains domaines du droit civil (droit de la famille, droit successoral, etc.) ou à instituer des tribunaux religieux est incompatible avec l’idée de l’État de droit. 6. Consensus à propos du maintien de la paix Un désir et un potentiel de paix sont immanents à toutes les religions. En Suisse, les religions s’engagent à préserver la paix religieuse et à renforcer la cohésion sociale par leur activité. C’est dans cette direction que, d’un point de vue protestant, pourrait aller un consensus de base entre les communautés religieuses de Suisse. À une époque marquée par des bouleversements en profondeur, les gens ont besoin d’un minimum de garanties. Les religions pourraient apporter une contribution importante par la signature d’un consensus de base sur les conditions de la vie commune. <
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Vieillir
Panel 5 –
Garder le contrôle jusqu’à la fin ? L’industrie de la beauté, la médecine de pointe et la publicité pour les institutions de prévoyance nous suggèrent que « bien vieillir » est une question de planification. Pouvons-nous réellement assumer la responsabilité de vieillir en bonne santé, en forme et gaiement ? Considérations théologiques.
Par Ivana Bendik *
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ne mer de lumières projetées par des lampes multicolores éclaire le plafond de la discothèque où de fringants retraités habillés jeune sautillent de joie sur des rythmes pop, agitent les bras, lèvent les jambes et exhalent la bonne humeur. La scène est tirée d’un spot publicitaire du film Atame, Attache-moi !, du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sorti dans les salles en 1990. Une voix off questionne : « Pourquoi les retraités allemands se dorent-ils au soleil de Benidorm … alors que … ». Changement de tableau : on passe de l’ambiance nocturne des retraités allemands à la réalité espagnole sous son jour le plus cru. Une vieille femme aux cheveux gris, toute de noir vêtue, tend furtivement sa main vide aux passants sur une grande place. La voix off poursuit : « … alors que les pauvres retraités espagnols doivent mendier vers les bouches de métro ? » S’ensuit une rapide succession d’images provocantes en guise de réponse : un couple allemand en uniforme nazi planifie soigneusement son avenir, alors que des couples espagnols succombent à la tentation du flirt et du tango. « L’assurance vieillesse de la gérobanque pour que tu puisses continuer à danser », conclut la voix off. Secouée par le message, Marina, une jeune ex-star du porno qui est l’un des principaux personnages du film, demande alors Ricky, son ami de 23 ans, à peine sorti d’un établissement psychiatrique : « Quels sont tes projets d’avenir ? » Ce qu’Almodóvar transpose ici, avec
toute la finesse de son sens artistique, dans des images caricaturales, touche des aspects essentiels de l’actuel débat sur le thème de la vieillesse.
Bien vieillir dépend des moyens financiers
Visiblement, il y a différentes manières de vieillir, selon les possibilités financières de chacun. Replacé dans le contexte suisse, cela signifie qu’une scientifique célibataire occupant une position de cadre chez Novartis ne vieillit pas comme une ouvrière élevant seule ses enfants et travaillant par roulement dans la même entreprise. À cela s’ajoute l’écart de niveau de vie induit par le fossé Nord-Sud qui se superpose à un fossé EstOuest, au plus tard depuis l’extension de l’Union européenne (UE) aux pays de l’Est. À l’intérieur même de l’UE, on relève déjà des différences considérables en ce qui concerne les moyens financiers des retraités, ainsi que les possibilités de soins et de contacts sociaux qui en découlent. Cette inégalité factuelle dans la répartition des moyens est sous-tendue par l’idée que les gens sont eux-mêmes responsables de leur bien-être (aussi) en prenant de l’âge. La vision d’une société où le progrès économique et médical rend possible un maximum de confort et de bien-être physique est propre au monde occidental et à l’Europe centrale. Elle préserve l’illusion que la vie et donc aussi le vieillissement dans de bonnes conditions dépend du bon vouloir de l’individu. Dans cette logique, ceux qui vieillissent pré-
Zac Macaulay / Getty Images
Peu de personnes ont le privilège de rester jeunes jusqu’au bout.
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maturément et qui n’ont pas de couverture d’assurance suffisante sont non seulement responsables de leur situation, mais représentent aussi une charge abusive pour la société.
C’est de notre faute si on a l’air vieux
tent la baisse constante de la natalité et par conséquent le vieillissement de l’ensemble de la société qui a des conséquences pour le système économique et pour la prévoyance vieillesse garantie par l’État. Dans ces circonstances, le slogan publicitaire du film d’Almodóvar qui appelle à la prévoyance privée est plus que jamais d’actualité et la question « Quels sont tes projets d’avenir ? » peut amener à s’inquiéter de l’avenir. N’y a-t-il vraiment qu’une ex-star du porno et un homme ayant grandi dans une clinique psychiatrique pour réussir à se soustraire au diktat de l’apparente normalité ?
Que signifie maintenant « bien vieillir » et dans quelle mesure cela relève-t-il de la responsabilité individuelle ? Dans la vision privilégiée par la société et par les médias, à savoir celle qui valorise la jeunesse éternelle, cela signifie généralement rester jeune et capable de consommer jusqu’à la fin de sa vie. La publicité opère-t-elle aussi avec les possibilités presque infinies La limite imposée n’est pas la mort de donner à sa vie une forme vitale et sexy jusqu’à un La théologie chrétienne a peut-être un caractère âge très avancé. « Tant qu’on se sent jeune, on n’est pas un peu sec et cassant par le fait qu’elle n’est pas axée sur vieux », affirme un slogan. Le message qui résonne en le bonheur, mais sur la paix et la justice, et ce, dès ses même temps est : on est responsable de se sentir vieux tout premiers balbutiements. Sa force réside toutefois et d’avoir l’air vieux, parce qu’on n’en fait pas assez pour dans son aptitude à envisager sans résignation la réasoi-même, pour sa condition physique, pour sa santé lité du vieillissement et les expériences douloureuses physique et psychique. En suivant cette logique, on qui vont de pair, parce qu’elle se réfère à une ultime aboutit au constat suivant : au moins en Europe cenvérité, en l’occurrence Dieu. La foi chrétienne part du trale, beaucoup de gens ont aujourd’hui la possibilité principe que toute essence est fondée en Dieu et doit de prolonger leur jeunesse de quelques années. Ceci par conséquent aussi être comprise à partir de Lui. notamment grâce au progrès médical, à une meilleure Cela signifie que l’être humain se conçoit lui-même hygiène, à des conditions de travail plus humaines et à comme une créature de Dieu et conçoit sa vie comme une prévoyance vieillesse réglée par la loi. un bien à la fois offert et limité par Lui. Cette concepMais le progrès médical a aussi son revers. Comtion fondamentale peut paraître très simple, mais elle paré aux générations précédentes, l’homme d’aua de vastes conséquences. La seule idée que la limite jourd’hui ne reste pas seulement imposée à l’homme n’est pas la « jeune » plus longtemps, mais mort, mais Dieu ouvre tout un hoaussi « vieux » plus longtemps, en rizon de sens. Tout comme le fait L’homme d’aujourd’hui ce sens que la partie douloureuse de considérer la vie comme un cane reste pas seulement du processus de vieillissement se deau dont l’être humain ne porte prolonge également. C’est la phase pas la responsabilité en dernière « jeune » plus longtemps, où la baisse de performance des instance, parce qu’il n’en est pas mais aussi « vieux ». organes programmée biologiquecapable. Même si cette affirmation ment, liée à la diminution des peut dans un premier temps surforces physiques et mentales, enprendre, elle reflète pourtant l’extraîne des conséquences imprévisibles pour le bienpérience de l’injustice et touche à la question du être individuel et l’aspect extérieur. Un plus grand « pourquoi moi ? » que tout le monde se pose à un monombre de maladies apparaissent en outre durant ment ou l’autre de sa vie. cette période. Ce sont des maladies dont on ne meure certes pas (tout de suite), mais qui portent grandement Chaque tranche de vie est unique préjudice à la qualité de vie, comme la maladie de ParLa vie conçue à partir de Dieu recèle une compokinson, la maladie d’Alzheimer, la démence sénile, le sante passive, réceptive. Cela ne signifie pas que diabète et l’incontinence, pour ne citer que les plus l’homme ne doit rien faire. Au contraire, en raison connues. Le « bien vieillir » mesuré sur l’échelle du « resmême de la finitude de leur vie, l’homme et la femme ter jeune jusqu’à la fin » devient alors un défi que seuls prennent conscience qu’il s’agit d’un bien précieux quelques-uns sont à même de relever. Un tiers des suiqu’ils n’ont pas pour toujours. Il s’agit d’en faire quelque cides commis en Suisse le sont par des personnes de chose, d’organiser cette vie dans ce laps de temps liplus de 65 ans. D’après la NZZ du dimanche 22 ocmité, d’atteindre une bonne qualité de vie. Mais cette tobre 2006, les hommes de plus de 70 ans sont particufinitude signifie aussi que chaque tranche de vie est lièrement menacés. À toutes ces considérations s’ajouunique et ne revient jamais. L’être humain n’est qu’une
seule fois enfant, adulte et personne âgée. Il se perçoit au cœur de sa propre histoire, elle-même inscrite dans l’histoire du monde, et a conscience que les décisions qu’il doit prendre marqueront le déroulement ultérieur de sa vie. Identifier et accepter cet instant à l’intérieur de la durée de la vie, se laisser prendre par cette découverte est un moment de passivité. Passivité parce que l’être humain est celui qui reçoit à cet instant de sa vie habituellement axée sur l’activité. Ce sont des moments que la langue théologique désigne comme instants de grâce, parce que Dieu adresse ici une promesse qui est aussi comprise et suivie comme une exigence. Le théologien Karl Barth le formule en ces termes : « Le commandement de Dieu l’appelle précisément à être entièrement et sans réserve à la place qu’il doit occuper parce qu’il ne saurait être ailleurs. Il l’arrache donc à toutes les places qui ne seraient que celles d’un spectateur, pour le mettre aussitôt, non pas derrière, mais sur la scène, en exigeant qu’il prononce d’emblée sa petite « tirade » tant bien que mal, selon ses possibilités du moment. Car c’est maintenant, dans le temps qui lui est donné sur l’heure, que s’offre à lui l’occasion unique d’obéir. Cette occasion entend être saisie et utilisée immédiatement – car l’homme ne sait pas pendant combien de temps elle lui sera offerte. » (Barth, p. 665). L’être humain est appelé à assumer la tâche liée à son âge et aux circonstances de sa vie.
Panel 5 : Vieillir
vieillir » au sens chrétien, dans la mesure où ils peuvent ne pas entendre cet appel et se laisser entraîner hors d’eux-mêmes par les événements, les injustices et les soucis du quotidien. Au lieu d’être les acteurs de leur propre vie comme ils y sont appelés par Dieu, ils en deviennent ainsi des spectateurs. Pour une personne âgée, cela pourrait signifier qu’elle est plus proche de la conception chrétienne de base, à savoir que toute vie est redevable à la grâce miséricordieuse de Dieu, qu’elle l’était dans ses jeunes années. Consolée, elle peut plus que jamais déposer tout l’inachevé, le douloureux entre les mains de Dieu et proclamer avec Hölderlin : « Alles prüfe der Mensch, sagen die Himm lischen, dass er, kräftig genährt, danken für alles lern’, und verstehe die Freiheit, aufzubrechen, wohin er will », c’est-à-dire « l’homme essaie tout, disent les êtres célestes, afin qu’une fois nourri substantiellement, il apprenne à remercier pour tout et comprenne qu’il est libre d’aller où il veut ». < Plus d’informations à ce sujet dans Karl Barth, « Dogmatique ». Troisième volume, tome quatrième, §§ 55–56, Genève 1965 et Friedrich Hölderlin, Lebenslauf, dans : Œuvres complètes. 6e volume, tome 2, Stuttgart 1953, p. 22.
La jeunesse perçue comme enthousiasme
Qu’est-ce que cela signifie maintenant par rapport à la question du « bien vieillir » et dans quelle mesure l’être humain en est-il lui-même responsable ? Si la jeunesse implique aussi se donner à fond à quelque chose, sans se demander si c’est là une attitude juvénile, l’être humain a effectivement la possibilité de rester jeune jusqu’à la fin. Seul l’objet de son enthousiasme différera à chaque moment de sa biographie. Dans l’optique de la foi chrétienne, selon Karl Barth, « le commandement de Dieu accompagne l’homme tout au long de son cheminement, ainsi que dans la transformation de ses conditions d’existence qui en fait partie. Mais il n’est pas lié à ce que l’homme croit savoir de cette transformation. Au contraire, la connaissance que l’homme peut et doit chaque fois en avoir est liée à la communication que Dieu lui donne, c’est-à-dire à sa connaissance du commandement de Dieu : elle en découle. » (P. 315). Cela signifie que, dans l’optique de la foi chrétienne, nous n’avons pas à déterminer à l’avance quelles seront précisément les tâches inhérentes aux différentes étapes de la vie. C’est là une affaire entre Dieu et la personne à un moment précis de son existence. L’homme et la femme sont responsables de « bien
* La pasteure Ivana Bendik, ancienne aumônière
en hôpital, est chargée des questions théologiques à l’Institut de théologie et d’éthique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS depuis septembre 2009.
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« yes we can »
Panel 6 –
L’Évangile de Barack Obama
Charles Ommanney / Getty Images
Depuis l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, l’expression profane « oui, nous le pouvons » a fait le tour du monde. Grâce à lui, cette simple ligne d’une chanson s’est transformée en une promesse religieusement connotée qui peut s’appliquer à toutes sortes de choses : de la crème glacée à la lutte contre la pauvreté, en passant par l’histoire des USA. Le nouveau codage de « yes we can » préfigure-t-il une « renaissance de la religion » ?
Panel 6 : « yes we can »
Le slogan de Barack Obama a atteint son apogée lors de son discours suite à son élection le 5 novembre 2008.
Par Matthias D. Wüthrich *
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e 23 décembre 2008; nous sommes dans le show télévisé de la soirée « Willkommen bei Carmen Nebel Weihnachten », diffusé sur la chaîne allemande ZDF. Les projecteurs sont éteints, on distingue à l’arrière-plan les contours d’une grande arche gothique. Pas de doute, le plateau de télévision suggère que l’on se trouve dans une cathédrale. Le prélude de piano retentit et Howard Carpendale commence à chanter. Sa voix est douce, d’une sonorité légère, il souffle un peu, son visage et ses gestes indiquent qu’il est touché émotionnellement. La mise en scène ne laisse planer aucun doute : cet homme annonce quelque chose d’important. L’hymne de Carpendale parle de Barack Obama, de « la nuit des nuits », de la victoire électorale et de ce que lui, Carpendale, aurait aussi aimé « crier au ciel » : « yes we can ». Ces dernières paroles sont reprises par un chœur de gospel qui les répète depuis la fausse nef avec un léger swing. Puis le refrain « yes we can » se mélange peu à peu aux paroles de Carpendale : « Ensemble, nous pouvons marcher vers un avenir meilleur / avec notre cœur / nous pouvons faire tourner le vent ». Carpendale se trouve maintenant au milieu du chœur de chanteuses et chanteurs noirs qui dan-
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sent en tenue de cérémonie. Sa prestation s’achève dans un tonnerre d’applaudissements du public : la bonne nouvelle de Noël semble avoir été bien reçue. Changement de décor : sur le site internet de « Catholic Exchange », on trouve un article satirique intitulé « Commencement de l’Évangile de Barack Obama, Fils de Dieu », une histoire inspirée des Évangiles bibliques dans laquelle Obama apparaît sous la figure de Jésus. Le sermon sur la montagne est également parodié : « À la vue des foules, Obama monta sur la montagne … en prenant la parole, il les enseignait : Blessed are those who believe. For they shall say, Yes We Can !. Blessed are those who say, Yes We Can, for they shall audaciously hope. »
des campagnes électorales américaines, qu’elle s’est peu à peu construite. Obama utilise pour la première fois le slogan dans un discours tenu le 11 avril 2005 à Washington (D.C.). Il soulignait déjà par cette formule qu’ensemble, les injustices sociales pouvaient être combattues, et il promettait un espoir commun pour les USA. Par la suite, le slogan va de plus en plus s’imposer comme un leitmotiv de la campagne électorale pour la présidence des USA. Il semble que la chanson des Pointer Sisters mentionnée plus haut ait exercé une influence déterminante sur Obama. Des scientifiques américains estiment qu’elle a marqué au moins incon sciemment la rhétorique d’Obama.
Comment s’est formé le sens religieux, chrétien ?
Comme un « amen » dans un culte évangélique
On pourrait encore citer de nombreuses scènes pareillement connotées. Depuis quelque temps, des CD de chansons de gospel sont aussi commercialisés sur le marché allemand sous le titre « yes we can ». Mais comment cette simple expression « yes we can » a-t-elle pu prendre ce sens quasi religieux, voire chrétien. Comment se fait-il que ces trois mots se retrouvent soudain nimbés d’une aura évangélique ? C’est déjà étonnant dans la mesure où il s’agit d’une expression en soi banale et neutre du point de vue religieux. Mais ce l’est encore plus lorsqu’on sait que « yes, we can » prend ses origines dans un contexte linguistique totalement profane : cette phrase apparaît notamment sous forme d’expression idiomatique dans l’appel à la lutte syndicale emmenée en 1972 par les syndicalistes paysans César Chávez et Dolores Huerta en Arizona (USA) : « Sí se puede ! ». Il convient aussi de mentionner la chanson « Yes We Can Can » des Pointer Sisters (1973) :
Now’s the time for all good men to get together with one another. … We got to make this land a better land than the world in which we live. … I know we can make it. I know we darn well can work it out. Oh yes we can, I know we can can … Dans les exemples ci-dessus, il est difficile de déceler une quelconque utilisation religieuse. Mais alors d’où vient l’aura évangélique de cette tournure ? La piste remonte inéluctablement à Barack Obama. C’est ici, dans le mélange politico-religieux caractéristique
Le discours d’Obama dans le New Hampshire marque un premier temps fort dans l’histoire du slogan « yes we can ». Ce dernier devient une confession de l’âme de la nation américaine (« a simple creed that sums up the spirit of the people : Yes we can »), un message d’espoir hautement stylisé qui aurait toujours constitué le moteur caché de l’histoire des USA, et il est associé à l’expression à connotation chrétienne « way to the promised land ». Ce message d’espoir ne se réfère pas seulement aux racines de l’esprit pionnier américain, Obama souligne qu’il est aussi appelé à déterminer l’avenir de cette nation : ensemble, il faut maintenant écrire un nouveau chapitre de l’histoire des USA : « With three words that will ring from coast to coast, from sea to shining sea : yes we can. » Peu après, le chanteur « will.i.am » mettra en musique avec 37 stars un collage de citations de ce discours sous le titre « yes we can ». Cette chanson a été téléchargée d’innombrables fois sur Internet. C’est dans le discours de victoire d’Obama du 5 novembre 2008 que le slogan atteint son point culminant. Le président fraîchement élu conclut son allocution par un climax électrique : « yes we can » est repris à sept reprises, dont six dans la fonction d’un refrain rythmique. Même un prédicateur de télévision expérimenté n’aura pas fait mieux dans la construction rhétorique ! À partir de ce moment, l’expression idiomatique « yes we can » commence à se détacher de son cadre linguistique initial : elle devient indépendante et remplit une fonction semblable à celle des « amen » repris par l’assemblée en prière lors des cultes évangéliques. Là aussi, Obama assigne au « yes we can » la valeur d’une confession intemporelle de l’esprit de la nation. Le discours renferme en outre une allusion implicite à Martin Luther King (« a preacher from Atlanta who
Panel 6 : « yes we can »
Chip Somodevilla / Getty Images
Lors de son discours faisant suite à son élection, Barack Obama a répété sept fois « yes we can ». Le slogan, aidé par une bonne dose de patriotisme et le charisme messianique du président, sera de plus en plus souvent enveloppé d’une aura évangélique.
told a people We Shall Overcome. Yes we can. »), et s’achève sur la bénédiction d’Obama (« God bless you, and may God bless the United States of America »). « yes we can » serait-il devenu l’Évangile de Barack Obama ? On ne peut pas dire qu’Obama ait explicitement voulu donner à cette expression une dimension religieuse et chrétienne, ni prouver qu’il l’ait implicitement envisagé. Mais ce qui semble à peu près incontestable, c’est que la façon dont il utilise ce slogan induit un nouveau codage sémantique, que ce « yes we can » devient de plus en plus autonome et se rapproche ainsi – intentionnellement ou non – de modèles d’interprétation religieusement connotés. La réception très large de cette expression a favorisé ce phénomène d’autonomisation. Dans le God’s own country, le slogan, aidé par une bonne dose de patriotisme et le charisme messianique du nouveau président, sera de plus en plus souvent enveloppé d’une aura évangélique comme celle reproduite dans la mise en scène de Carpendale.
Nostalgie de la religiosité
La dissolution du langage traditionnel de la foi et le transfert dans le langage courant de mots originellement utilisés dans un contexte religieux et chrétien sont des phénomènes qui passent aujourd’hui presque inaperçus. Il est donc d’autant plus remarquable que l’inverse se produise et qu’une expression idiomatique apparaisse soudain dans un contexte linguistique religieux. Faut-il y voir l’expression de la « renaissance de la religion » dont on discute beaucoup actuellement ? Dans l’Europe postséculière en tout cas, il semblerait plus juste de parler de retour d’une nostalgie diffuse de la religiosité qui n’attache guère d’importance aux significations et aux certitudes des religions. On le
constate également avec la formule « yes we can ». Dans le processus complexe de son nouveau codage sommairement reconstitué ici, cette expression reste diffuse et vague. Que pouvons-nous au juste ? Comment le pouvons-nous ? Qui est « nous » ? Et d’où tireronsnous la capacité de pouvoir ce que nous pouvons ? Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas prendre au sérieux ces aspirations et les analyser sur le plan théologique, au contraire. Du reste, même les aspirations très profanes méritent qu’on leur prête attention : il paraît que la nouvelle crème glacée « Yes, Pecan » créée en l’honneur d’Obama est très bonne … < Sources : http://catholicexchange.com/2008/05/21/112550/ Wolfgang Mieder, « Yes We Can ». Barack Obama’s Proverbial Rhetoric, New York 2009. http://www.nytimes.com/2008/01/08/us/ politics/08text-obama.html http://www.spiegel.de/politik/ ausland/0,1518,588507-2,00.html
* Matthias D. Wüthrich est maître assistant en
théologie/dogmatique systématique à la Faculté de théologie de l’Université de Bâle
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Instantané
Panel 7 –
Armes nucléaires : quelle suite ? Les puissances nucléaires que sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France veulent empêcher que les armes nucléaires ne tombent entre de mauvaises mains. Mais quelles sont les mauvaises mains ?
Septembre 1945 : l’église Nagarekawa et la gare principale de Hiroshima après le bombardement nucléaire des États-Unis. Photo de Shigeo Hayashi issue de la collection du Peace Memorial Museum à Hiroshima.
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bulletin Nº 1 / 2010
Vandana Shiva
PERSONNALITÉ –
« Celui qui détruit la nature détruit ses ressources vitales. » Physicienne et militante écologiste, Vandana Shiva lutte contre l’exploitation forcenée et la destruction de la nature à l’échelle de la planète. Son engagement lui a valu le prix Nobel alternatif. Mais aussi de nombreux ennemis. Par Stephanie Riedi *
L
e bindi de couleur bordeaux sur le front de Vandana Shiva est à la fois un symbole religieux et une déclaration politique. Dans l’hindouisme, cette marque de la grandeur du pouce figure le troisième œil censé ouvrir le regard sur l’âme universelle. Il symbolise en outre Shakti, l’énergie féminine élémentaire. Les deux servent à la célèbre militante écologiste dans sa lutte contre l’exploitation et la destruction de la nature : à l’aide de son radar intérieur, Vandana Shiva localise les problèmes et leurs responsables. Puis elle s’en prend à ces derniers avec une énergie que les « cowboys de l’économie » et les « biopirates » ont appris à redouter. Vandana Shiva est une tigresse, cela ne fait aucun doute. Il est vrai qu’avec son chignon et son sari en soie, elle ferait plutôt penser à un gentil bouddha. Mais face aux « global players » sans scrupules, elle se montre impitoyable. Son engagement lui a valu de nombreuses distinctions, dont le prix Nobel alternatif (1993) et le Golden Plant Award (1997). Aujourd’hui âgée de 57 ans, Vandana Shiva a publié une vingtaine d’ouvrages scientifiques sur le thème de l’écologie. Elle est membre du Club de Rome et vice-présidente de l’organisation internationale Slow Food. Conseillère auprès de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies (FAO), elle a fondé à New Dehli la Research Foundation for Science, Technology and Ecology qu’elle préside en tant que directrice. À l’instar du Mahatma Gandhi, son mentor spirituel, Vandana Shiva prend la défense des plus faibles. Elle appelle à la désobéissance civique, mais rejette toute violence. Ses plaidoyers sont ponctués d’arguments factuels inébranlables. Son combat : un changement de paradigme radical au profit de la sécurité de l’alimentation
dans le monde et d’une culture de la dignité du travail. « L’industrialisation de l’alimentation et de l’agriculture a mis le genre humain sur une mauvaise voie », explique la tigresse en sortant ses griffes. Selon elle, c’est le dernier moment pour agir. « Soit nous parvenons à affronter la crise économique et écologique de manière créative, soit nous courons à notre perte. » La militante prône la nécessité d’une conscience universelle qui permette de créer une démocratie plus profonde et plus large – une « démocratie de la terre » fondée non pas sur la politique et l’économie, mais sur le principe selon lequel chacun est responsable du bien-être de tous les êtres vivants de cette planète. « En cette époque de changements climatiques et de pénuries de ressources dramatiques, celui qui se cache derrière des querelles de partis se comporte comme Néron jouant de la lyre pendant que Rome brûlait. »
RiceTec dut renoncer à plus de 20 brevets
Dans son nouvel ouvrage polémique, « Leben ohne Erdöl », Vandana Shiva plaide pour une « économie d’en bas contre la crise d’en haut ». Elle en résume le fonctionnement par une phrase : « C’est la terre, et non le pétrole, qui forme le cadre dans lequel nous pourrons transformer la catastrophe écologique annoncée et la violence humaine en une chance de retrouver notre humanité et de nous redonner un avenir. » Vandana Shiva sait de quoi elle parle. Fille d’universitaires libres penseurs de la vallée de Dehra Dun, au pied de l’Himalaya, elle lutte depuis près de quarante ans pour la terre, qu’elle appelle avec respect « Gaia ». Dans la mythologie grecque, c’est le nom de la déessemère, raison pour laquelle Vandana Shiva l’associe à la biodiversité, la démocratie, la justice, la durabilité – et à
Matthias Wäckerlin /NZZ
L’écoféministe s’est déjà vue gratifiée de bouses de vaches. Ce que ses opposants ignoraient, c’est que l’engrais de vache est signe de fertilité.
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la paix. « Gaia est un organisme vivant », explique-t-elle, un organisme dont il faut défendre rigoureusement le bien-être. Pour sa part, elle le fait en menant des recherches de terrain, en publiant ses études, en participant à des congrès mondiaux, mais aussi en organisant des marches de protestation où elle figure toujours en première ligne. En 2001 par exemple, Vandana Shiva lança un appel à une manifestation et ne tarda pas à être suivie par 100 000 personnes. Le motif de cette démonstration était un accord passé entre le gouvernement indien et le producteur de semences américain RiceTec, qui avait fait main basse sur le brevetage du riz indigène Basmati. Vandana Shiva qualifia le pacte de « fascisme alimentaire ». Avec succès : RiceTec dut renoncer à plus de 20 brevets. Elle obtint récemment un résultat similaire en Europe : grâce à son engagement, la variété de maïs génétiquement modifié MON 810, de la multinationale américaine Monsanto, fut rapidement interdite.
Elle rêvait d’étudier la physique nucléaire
En 1991, dans le souci de contrer l’appétit des multinationales à la chasse aux brevets en Inde et de rendre les paysans plus autonomes, Vandana Shiva fonda la coopérative Navdanya. L’objectif était de sto cker les semences dans des dépôts autogérés et de les fournir gratuitement aux agriculteurs. Ce fut le début d’un vaste projet unique en son genre. Aujourd’hui, Navdanya comprend 55 banques de semences et environ 500 variétés robustes qui devraient pouvoir supporter les changements climatiques. Un demi-million de paysans en profitent déjà. Elève, Vandana Shiva avait obtenu une bourse d’encouragement et a pu suivre des cours à Harvard, elle rêvait alors d’étudier la physique nucléaire. Mais son plan de carrière prit subitement fin lorsque sa sœur, qui était médecin, la mit en garde contre les dangers de la radioactivité. « Elle m’a ouvert les yeux », raconte Vandana Shiva, qui n’avait connu jusque-là que le bon côté de la science. Elle réorienta ses études et soutint une thèse en théorie quantique. Parallèlement, elle commença à prendre la défense des femmes Chipko, ces paysannes indiennes qui s’accrochaient aux arbres pour empêcher qu’ils ne soient abattus. D’elles, Vandana Shiva apprit que la déforestation mettait aussi en péril l’eau et les terres fertiles. « Celui qui détruit la nature détruit ses ressources vitales », affirme-t-elle aujourd’hui. Les femmes Chipko sont à l’origine de l’engagement de Vandana Shiva pour la cause féminine. « Les femmes sont les premières à souffrir de la destruction de l’environnement », affirme-t-elle. « Par exemple,
quand une source est asséchée à la suite de travaux en montagne, ce sont elles qui doivent marcher plus loin pour chercher de l’eau. » Persuadée que la répartition inégale des tâches s’accompagne d’une distribution misogyne des rôles et qu’il existe donc une relation entre objectifs féministes et écologiques, elle développa sa théorie de l’écoféminisme. « Ce dont nous avons le plus besoin à présent, ce sont des compétences féminines telles que la sollicitude, donc de personnes qui sachent faire bon usage de leur pouvoir dans la mesure où elles se préoccupent de la société et de l’environnement. » Dans un système de pouvoir à tendance patriarcale comme celui qui domine jusqu’ici « Gaia », il n’est pas étonnant que ces paroles soient perçues comme un sacrilège. De fait, les opposants à Vandana Shiva sont aussi nombreux que ses partisans. C’est ainsi que lors du sommet de l’ONU de 2003 à Johannesburg, elle reçut comme tribut de ses efforts deux bouses de vache séchées . « Je me suis sentie honorée », raconte-t-elle en expliquant qu’en Inde, l’engrais de vache est associé à la fertilité du sol. Mais en l’occurrence, le « cadeau » émanait de partisans du génie génétique qui trouvaient que ses efforts étaient tout simplement « de la merde ». Vandana Shiva reste sereine : « Ces bouses de vache montrent surtout une chose, c’est que nous produisons de l’effet. » Dans ses yeux brille la force originelle de Shakti. <
* Stephanie Riedi est journaliste indépendante.
SUGGESTION
Choix d’ouvrages parus en français de Vandana Shiva consacrés aux thèmes de l’énergie et de l’environnement : Terrorisme alimentaire. Comment les multinationales affament le tiers-monde, Paris, Fayard, 2001. La vie n’est pas une marchandise. Les dérives des droits de propriété intellectuelle, Montréal, Éditions Écosociété, 2003 La guerre de l’eau : privatisation, pollution et profit (2003) Éthique et agro-industrie : main basse sur la vie / Paris, Éditions L’Harmattan, 1998
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Par Helen Gucker-Vontobel
Membre du Conseil de la FEPS et membre du Conseil de l’Église évangélique réformée du canton de Zurich
– Point final
Société vieillissante : Un défi et une chance pour l’Église
N
otre société compte de plus en plus de personnes âgées, c’est un fait établi. La progression est particulièrement importante dans le segment des personnes d’un grand âge. On assiste ainsi à un déplacement des rapports proportionnels entre les moins de 20 ans, les adultes jusqu’à 65 ans et les retraités. Cette évolution a diverses conséquences : le nombre de personnes actives par retraité diminue, le besoin en logements va augmenter, le nombre de ménages aussi. Ce sont des réalités, tout comme le constat de la fragilité grandissante de personnes très âgées qui dépendent de diverses prestations et de soins médicaux et paramédicaux. Les coûts qu’elles engendrent, notamment au niveau de la santé publique, vont augmenter en conséquence. La société est confrontée ici à un défi. La solitude grandissante, le besoin d’assistance, la précarité même qui menace certaines personnes âgées sont des sujets que nous devons et voulons aborder. Que peut faire l’Église ? Elle ne pour-
ra sans doute pas résoudre les problèmes financiers du secteur de la santé. Mais elle peut agir sous de multiples formes dans d’autres domaines. L’Église est ouverte, présente, accueillante. Ouverte à l’écoute, présente pour soutenir des personnes en situation difficile, accueillante pour le dialogue, le recueillement, les manifestations musicales et culturelles.
Les jeunes aînés sont en pleine forme
Chez les jeunes aînés, il y a beaucoup de potentiel. Les personnes fraîchement retraitées souhaitent en effet pouvoir continuer à faire valoir leurs capacités. Elles sont en pleine forme, elles ont de l’énergie pour réaliser de nouveaux objectifs. Et beaucoup d’entre elles sont avides d’apprendre. L’Église prévoit des offres à leur intention, notamment dans le secteur de la formation non professionnelle des adultes qui permet de renforcer le bien-être mental. L’Église peut aussi utiliser les compétences des jeunes aînés pour développer de nouvelles activités. Les personnes
âgées entreprenantes qui cherchent à s’investir dans la société peuvent œuvrer dans de nouveaux domaines. Par exemple, celles pour qui l’engagement, la responsabilité et la fiabilité sont des qualités importantes peuvent assumer une fonction dans l’administration. L’Église n’entend pas oublier les personnes qui ont quitté la vie professionnelle, mais veut au contraire leur donner une nouvelle chance de faire partager leur trésor d’expérience et leur permettre de poursuivre leur engagement dans la société. <
Dans ce numéro
« La crispation sur le secret bancaire a peut-être quelque chose à voir avec la manière dont on le critique. »
Page
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« La politique climatique et la diplomatie climatique des différents États manquent souvent de transparence et de crédibilité. » Page 19 « Vingt ans avant qu’il ne soit assassiné, mon grand-père Gandhi avait déclaré qu’il préférait la phrase ‹La vérité est Dieu› à son opposé ‹Dieu est la vérité›. » Page 20 « Que signifie bien vieillir et dans quelle mesure cela relève-t-il de la responsabilité individuelle ? »
Page
28
sek · feps Fédération des Églises protestantes de Suisse
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