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Violence des armes

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Violence des armes

La violence des armes en dix questions et dix rĂŠponses

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1. Les armes sont-elles un problème ?

Les armes sont un instrument de contrainte. La menace qu’elles contiennent est ambivalente. L’État se sert en effet des armes comme moyen de dissuasion pour assurer sa protection et l’application des règles qu’il édicte. Mais les armes sont aussi le moyen que peut utiliser un criminel pour parvenir à ses fins. Là où il y a des armes, il y a un enjeu de pouvoir. Celui qui dispose d’armes est susceptible de menacer des personnes non armées. Celui qui n’est pas armé est exposé sans défense à une telle menace. C’est la raison pour laquelle l’État a le monopole de l’usage de la force. Les armes que détient l’État sont en mains sûres, parce que le souverain, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens, décide de l’usage qui doit en être fait et parce que cet usage est défini par la loi. Toute arme dirigée contre un être humain hors des limites des tâches de l’État représente non seulement une menace contre la vie humaine, mais encore une remise en question de l’ordre légal et du monopole de l’État sur le recours à la force. Le problème, pour la société, ce ne sont pas les armes, mais le danger qu’il y a d’en faire un emploi abusif. Les lois ont finalement pour but de protéger contre les abus de la liberté humaine. Il n’y aurait pas besoin de lois s’il n’y avait aucun risque d’abus. Mais comme il y a des comportements incorrects et des abus, les lois sont nécessaires : il en va de même par exemple pour la circulation routière ou pour la protection des consommateurs. Et comme il y a des abus dans l’emploi des armes, il faut une règlementation légale efficace sur la possession et l’usage des armes.

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2. Existe-t-il un lien entre la détention d’armes et les actes de violence ?

Oui. Le lien entre le libre accès aux armes et les actes de violence commis contre soi-même ou contre des tiers a fait l’objet d’études détaillées dont les résultats sont sans équivoque. En Suisse aussi, les menaces armées contre des personnes sont une réalité, et la violence armée fait des victimes. On observe par ailleurs une régression sensible du taux de suicide dans les pays qui ont durci leur législation sur la détention d’armes à feu. Les données statistiques sont connues. Ce que l’on connaît moins en revanche, ce sont les nombreux cas de violence ou de menace de violence qui surviennent en milieu privé. Par pudeur, par crainte, par manque d’intérêt ou de compréhension, on évite d’en parler, et cette violence quotidienne liée à l’usage d’armes à feu est ainsi reléguée dans une zone d’ombre. Les évènements les plus spectaculaires sont relatés et discutés dans la presse, mais ils ne représentent que la pointe de l’iceberg.

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3. Quel est le but de l’initiative ?

L’initiative n’a pas pour but de promulguer une interdiction arbitraire des armes, mais de limiter la possession arbitraire d’armes à feu. Pour ce faire, elle prévoit principalement quatre moyens qui devraient être inscrits dans la loi : 1. L’arme du soldat doit être conservée dans un arsenal et non à domicile ; 2. Les détenteurs d’armes à feu doivent fournir la preuve du besoin et de leur capacité ; 3. Un registre central des armes doit être constitué au niveau fédéral ; 4. Les armes particulièrement dangereuses doivent être interdites. Indirectement, les adversaires de l’initiative et le Conseil fédéral en reconnaissent la nécessité en signalant l’impulsion qu’elle donne à la règlementation légale. Les obligations et les contraintes qu’implique l’initiative sont raisonnables et objectivement adaptées au but poursuivi, en considération des cas d’emploi abusif d’armes à feu et de leurs conséquences. Ceux qui savent faire un usage honnête de leur arme comprennent que l’on ne puisse tolérer la détention et l’usage irresponsables d’armes à feu. La loi ne vise ni les tireurs sportifs, ni les collectionneurs d’armes, et c’est détourner la question que de focaliser le débat sur eux.

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4. Un durcissement de la législation représente-t-il une menace contre la sécurité de la Suisse ?

Non. Dans le contexte actuel, les nécessités de la défense nationale n’exigent plus que le militaire ait immédiatement et en tout temps accès à son arme individuelle. Il n’y a pas de menace de conflit armé aux frontières de la Suisse. Les formes de violence diffuse qui se manifestent à l’intérieur des frontières sont considérées aujourd’hui comme beaucoup plus dangereuses. Une forte densité d’armes dans le pays, loin de contribuer à la sécurité, ne fait que la mettre en péril. On ne lutte pas contre le terrorisme international en armant la population civile. Les actes de violence armée peuvent servir à justifier non pas la diffusion d’armes à feu, mais au contraire le désarmement règlementé et contrôlé de la population civile. Dans un environnement mondialisé, les armes ne sont plus un facteur de sécurité, mais de plus en plus d’insécurité généralisée.

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5. Quel est le prix de la liberté ?

À l’initiative, il est notamment reproché de porter atteinte à la liberté personnelle de posséder une arme. Cet argument n’est pas pertinent. L’idée fondamentale du libéralisme au sens large est de donner à chacun le droit à des libertés individuelles et non de donner au plus fort les moyens d’imposer sa liberté au plus faible. À la place de la contrainte, le libéralisme institue le droit à la liberté. La force est mépris de la liberté et défiance à son encontre. Tout automobiliste sait que la conduite d’un véhicule à moteur est susceptible de mettre en danger sa propre vie et celle d’autrui. Il accepte l’obligation d’acquérir et de prouver ses qualifications physiques et psychiques à la conduite d’un véhicule, d’observer les règles de la circulation, les contrôles, les limitations de vitesse, parce qu’il sait que ces restrictions sont décrétées dans l’intérêt de la sécurité de tous. Or les armes recèlent un potentiel de menace et d’abus incomparablement plus élevé que la circulation automobile. Dans ce domaine, une règlementation devrait aller de soi. Ce qui est tout à fait normal pour les automobilistes devrait l’être aussi pour les détenteurs d’armes à feu.

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6. Qui doit protéger qui ?

L’introduction de nouvelles règlementations et prescriptions implique des changements qui au début peuvent paraître tracassiers, compliqués et exagérés. Pour beaucoup, le durcissement de la règlementation en vigueur constitue une atteinte inutile à leurs libertés individuelles. Mais les choses sont perçues tout à fait différemment par ceux et celles qui ont été directement ou indirectement victimes de la violence des armes ou qui subissent la menace latente d’un emploi abusif d’armes à feu, qui sont dans l’incapacité de se défendre eux-mêmes et se trouvent ainsi exposés sans protection. Le critère énoncé dans le préambule de la Constitution fédérale, à savoir le « bien-être du plus faible » doit aussi servir de référence pour les limites à imposer à la libre détention d’armes à feu. La liberté de posséder une arme doit être mise en regard de la liberté de ceux qui ont subi des dommages du fait de l’emploi abusif d’armes à feu ou qui sont menacés d’en subir. La position à adopter à l’égard des armes n’est pas une question d’intérêts particuliers, elle relève du devoir qu’a l’État de protéger la population et des droits individuels fondamentaux. Une société attentive à la solidarité et au sens de la responsabilité se doit d’améliorer autant que possible le sort de ceux de ses membres qui sont sans ressources et sans défense. Être victime de la violence des armes est un terrible malheur. Mais c’est des décisions de l’État et de la société que dépend l’ampleur du risque.

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7. Les chrétiens sont-ils des pacifistes ?

Le message de paix du Sermon sur la montagne est au cœur des convictions de beaucoup de chrétiens. Il y a aussi de nombreux autres chrétiens pour qui les tâches de protection et de sécurité des pouvoirs publics font partie des devoirs à l’égard de la collectivité. Pour les uns comme pour les autres, les rapports de violence sont tout aussi inconcevables. Tous les chrétiens ont pour but de surmonter la violence. L’initiative « pour une protection contre la violence des armes » ne revient pas à une profession de foi en faveur de la non-violence ou de la politique de sécurité appuyée sur le recours légitime à la force. La Bible apprend à porter un regard lucide sur le monde, sur les possibilités et les risques de la coexistence entre les êtres humains. Mais elle attend aussi des chrétiens un jugement objectif. L’objectivité signifie ici ne pas s’en tenir, pour l’emploi des armes, à la seule responsabilité personnelle, et ne pas s’attacher obstinément au passé et aux références familières. Le regard objectif ne se détourne pas de la réalité de l’emploi abusif des armes à feu ni de la réalité des victimes de la violence des armes. Le regard objectif en reste à la question posée, à savoir celle d’une règlementation appropriée visant à surmonter la violence.

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8. Pourquoi les Églises chrétiennes luttent-elles afin de surmonter la violence ?

Le message chrétien est centré sur l’annonce de l’avènement du Royaume de Dieu, qui dans la Bible est décrit comme un règne de paix éternelle. Pour les chrétiens, la paix sur terre est toujours provisoire et relative. Mais c’est justement dans ces efforts visant à surmonter la violence entre les hommes et à l’égard de la nature que se manifeste la réalité de l’action divine. S’opposer à la violence par la violence n’est donc pas satisfaisant. Là où la violence ne peut être contenue que par la menace d’une violence plus grande encore, on est loin d’une paix véritable. Des situations où il faut mettre en balance les intérêts de la sécurité et le recours à la force ne sont pas de nature à créer un climat de paix. « Il n’y a pas de voie qui mène à la paix sur la voie de la sécurité. Car la paix doit se risquer. » (Dietrich Bonhoeffer). Cette attitude n’est pas naïve, elle est tout ce qu’il y a de plus clairvoyant. Le reproche souvent adressé à la conception chrétienne de la paix repose sur un malentendu. Les chrétiens n’ignorent pas la réalité de la violence. Ils connaissent très bien la réalité du mal dans le monde. Mais ils savent aussi que l’on n’en viendra pas à bout par la force, qui ne peut procurer un sentiment de sécurité qu’aussi longtemps qu’elle dispose du potentiel de menace le plus dissuasif. La sécurité repose sur le principe de la méfiance. Et la méfiance est le point de départ de nombreuses formes de violence. À l’encontre de cet engrenage de la méfiance, les chrétiens propagent une conception de la paix fondée sur la recherche et la pratique de la confiance entre les êtres humains.

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9. Quelle est la position de la FEPS ?

La FEPS est du côté des personnes touchées et des victimes. Elle ne porte aucun jugement moral sur ceux qui possèdent ou utilisent des armes ni ne critique le pacifisme radical. Parce qu’il y a des êtres humains qui ici et maintenant sont menacés par un emploi abusif d’armes à feu, et parce qu’il y a ici et maintenant des gens qui peuvent menacer ou porter atteinte à leur propre vie ou à celle d’autrui par des armes, l’État et la société ne peuvent échapper à l’obligation de fixer des règles pour la détention et l’usage des armes. Une société soucieuse de la sécurité intérieure et de la prévention à long terme des suicides ne peut pas ne pas s’intéresser aux moyens de se procurer des armes et à l’identité de leurs détenteurs. La FEPS approuve l’intention de prévention de la violence, qui a trop peu retenu l’attention. Dans les discussions sur la politique de société, il est souvent question d’auteurs ou de groupes d’auteurs, présumés ou avérés, d’actes violents, à l’encontre desquels on exige de la part des pouvoirs publics l’application rigoureuse des lois en vigueur. Plus la prévention de la violence est systématique, moins la société est obligée d’imposer des sanctions draconiennes et de promulguer des lois disproportionnées.

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10. Que faire face à la violence quotidienne ?

Du point de vue biblique et chrétien, la violence et la culpabilité sont le propre de chaque être humain. Nul n’en est exempt. Il résulte de cela deux conséquences. Il serait premièrement irresponsable de supposer que l’homme agit toujours avec la pleine conscience de sa responsabilité. L’important est donc la manière dont la société peut et doit réagir en présence de comportements humains irresponsables. Deuxièmement, personne ne devrait rester démuni et inactif face au spectacle de la violence. Autant nous sommes incapables de mettre fin purement et simplement à la violence humaine, autant sommes-nous, comme chrétiens, invités à contribuer partout où cela est possible à surmonter la violence. Surmonter la violence est une question de confiance. Là où il y a de la confiance, il y a aussi de la solidarité. Dans l’initiative sur la protection contre la violence des armes, il s’agit également de solidarité : avec les personnes touchées ou menacées d’actes de violence. La lutte contre la violence quotidienne commence par l’attention portée aux victimes autour de nous. On ne peut agir contre la violence que si on a vraiment pris conscience de sa réalité comme telle. L’initiative attire l’attention sur les victimes de l’emploi abusif des armes. Une règlementation de la détention et de l’usage des armes ne résoudra pas toute la diversité des conflits et des potentiels de violence dans la société. Mais elle est une condition nécessaire pour que ces problèmes puissent être abordés de manière constructive, et à ce titre elle mérite d’être soutenue.

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Violence des armes La violence des armes en dix questions et dix réponses De Frank Mathwig, Thomas Flügge, Christina Tuor, Simon Weber. Fédération des Églises protestantes de Suisse, Berne 2010. Photos: iStockphoto.com Plus d‘informations: www.feps.ch

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