VOYAGER pour apprendre les métiers d’art au VIETNAM
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CARNET DE VOYAGE P. 4
P. 2
Sur le départ MAËLLE
Introduction
Maëlle, 21 ans, fraîchement diplômée de l’atelier conception application métal dans le cursus métier d’art de l’école Boulle. P. 72
En partance pour Hanoï à la découverte des métiers d’art dans le cadre du programme Voyager pour apprendre les métiers d’art de la fondation culture et diversité et de l’UNESCO. Le rêve de l’ailleurs est devant moi.
P. 14 P. 34
Les à-côtés
Un week-end au soleil
Ici, le récit de mon expérience. P. 62
P. 20
Bilan de fin novembre
P. 52
P.8
Hanoï Gift Show
P.6
Premier jour
STAGE
P. 31 2
Pensées de stagiaire
P. 18
Mai Chau la surprenante vallée
Verre bris de glace et abus de pouvoir
Découv
P. 45
Vacances et concours P. 47 P. 37
SA PA
P. 12
Secrets d’atelier
De la rouille sur des cadres en acier
De l’inspiration P 28 Vivre à Hanoï
VIE VIETNAMIENNE
P. 29
Phuong P. 57
P. 54
Portes ouvertes l’atelier de Sébastien Sicot
MÉTAL
P. 26
Bouddhas en folie la fonderie
Vie hanoïenne
verte de l’ailleurs P. 68
RENCONTRES
Pauline
P. 70
P. 61
Khanh le vietnamien au béret
Anh P. 22
ARTISANAT P. 10 Rendez-vous à Thaï Binh samedi 03.11.12
Hadicomex patron hors norme, entreprise familiale
P. 66
Bonus échantillon de mauvais goût
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Sur le départ
Se préparer à partir me responsabilise, me plonge dans la paperasse administrative, me fait aller à la rencontre de médecins que j’évite au maximum dans mon quotidien. Cette année je fuis la routine qui se s’est discrètement installée durant mes trois années d’études parisiennes. Ces trois années qui risquent de se prolonger. Arrivée à Paris depuis mon petit chez moi, dans les Pyrénées centrales. Et même après avoir franchi une première étape à Toulouse pour passer un baccalauréat Sciences et Technologies Industrielles Arts Appliqués c’est à reculons que je monte à Paris. Et puis, la certitude de redescendre à la fin des études s’est peu à peu effacée pour n’être plus qu’une vague idée pour plus tard. Partir loin de chez moi m’a donné envie de voir encore plus loin.
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...Voyager pour apprendre les métiers d’art, en voilà une idée alléchante. Se retrouver parachutée au Vietnam qui plus est, en voilà une chance inouïe.
à l’arrivée Les premiers pas en terre inconnue nous font entrer dans un taxi, nous sommes directement bercées par une douce musique traditionnelle vietnamienne durant tout le trajet de l’aéroport à l’hôtel, contrastant avec l’exceptionnelle agitation de la ville. Nous croisons des conducteurs de scooters sans casque et à contre-sens dans un trafic dense composé de toutes sortes de véhicules motorisés ou non. Une fois arrivées il nous faut comprendre le réceptionniste vietnamien qui parle un anglais bridé. Nous boirons un thé glacé au jasmin et citron vert sur un stand de trottoir, malgré tous les interdits entendus. Il nous faut vite apprendre à traverser la rue sans attendre d’en avoir la place. On comprend qu’il faudra s’habituer aux bruits des moteurs et klaxons. Nous apprendrons à marcher sur la route afin de laisser vivre les trottoirs ici utilisés en bar, restaurant, parking à scooter, cuisine, stand, magasin et j’en passe.
Découverte de la nouvelle vie Ici c’est l’inconnu et tout paraît mieux. La chaleur, la liberté, la vie en extérieur, la spontanéité des vietnamiens, l’absence d’un cadre stricte et de lois, la joie de vivre omniprésente. Mais qu’en est-il du point de vue du peuple vietnamien? Pourrons-nous percer les pensées, regards et envies de ce peuple durant ces quatre mois de stage ?
J’espère que je ramènerai de ce voyage plus qu’une photo idyllique que ce que proposent les cartes postales. (A propos du paysage idyllique, je prends aussi.)
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LE STAGE et le Hanoï Gift Show, salon d’artisanat Lundi 15 octobre 2012 Notre premier jour de stage arrive très vite. Nous avons atterri à Hanoï depuis trois jours à peine et nous frappons à la porte de Vietcraft dès le lundi matin. Nous rencontrons Ha, avec qui nous sommes en contact par e-mail depuis cet été pour les formalités de VISA. Ha est une jeune femme de 26 ans spécialisée dans le marketing. Elle nous accueille chaleureusement tout en s’excusant de son indisponibilité. Elle nous propose de passer la matinée à s’informer sur l’entreprise en lisant leurs flyers et catalogues d’exposition. Nous avons le temps de feuilleter certains livres de métiers d’art. A midi nous partons manger accompagnées de Ha, d’un monsieur japonais et d’un designer philippin. Nous échangeons quelques mots et faisons connaissance autour de ce premier repas entre collègues, assis à une table d’une cantine de luxe pour employés de bureau. Nous rencontrons aussi une troisième stagiaire française qui est designer textile arrivée une semaine plus tôt. Elle est réquisitionnée pour réaliser de la communication du Hanoï Gift Show, elle nous envie d’être installées à la table des designers. Elle nous rejoint très vite puisqu’en fin de journée nous rencontrons monsieur Le Ba Ngoc qui s’entretien avec nous de nos compétences, envies et motivations pour le stage. Nous discutons de différentes entreprises qui pourraient nous accueillir et collaborer. Mais pour l’heure toute l’équipe est accaparée par le salon qui a lieu dans deux semaines. Personne n’a le temps de s’occuper des trois stagiaires françaises. Monsieur Ngoc nous met en contact avec deux entreprises que nous visitons le lendemain. Une première entreprise, GREENCRAFT, qui réalise des bijoux en corne, toute sorte d’objets en papier mâché ainsi que des broderies sur sacs et pochettes. Une deuxième, VIRI (Vietnam rural Industry Research and development Institute), qui effectue un travail semblable à celui de Vietcraft en promouvant le savoir-faire des minorités ethniques en particulier dans l’art de la broderie et du tissage. Nous sommes contre toute attente dans le feu de l’action. Les responsables souhaitent avoir de nouveaux produits, si possible à présenter lors du salon qui a lieu dans moins de deux semaines. Ce peuple détient l’art de la spontanéité et du travail dans la précipitation.
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Vietcraft deux semaines après Préparation du Hanoï Gift Show 2012. Salon d’artisanat du Vietnam. Vendredi 26 octobre 2012 A 20 heure nous nous installons sur des chaises à l’extérieur du salon afin d’assister à la cérémonie d’ouverture. La cérémonie est la dernière chance donnée aux exposants de finir leurs stands. Certains resteront remplis de cartons durant les quatre jours de salon.
Nous assistons à un show digne des plus grandes manifestations sportives. Au programme : vidéo d’introduction, danse, chant, discours, applaudissements, paillettes et découpe du ruban d’entrée par les invités d’honneur. Le tout sur un air de musique vietnamienne qui nous laisse un grand sourire en coin. Une fois le ruban découpé nous entrons par la grande porte et réalisons un bref passage entre certains stands. Nous ne tardons pas à rentrer chez nous, la semaine a été rude. Il a fait très chaud sous les halls du parc des expositions de Hanoï. Nous avons dû apprendre à travailler à la vietnamienne, c'est-à-dire qu’il faut apprendre à laisser les choses se faire par elle-même. Nous apprendrons le dernier jour du salon que les coussins que nous avons dessiné ont tous étés vendus. Quelle belle surprise et récompense du travail fourni !
Scénographie et installation de produits d’artisanat à l’occasion du séminaire «one village - one product», en parallèle du salon. Hotel Horizon, Hanoï.
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Hanoï Gift Show
Samedi 27 – mardi 30 octobre 2012
Nous découvrons peu à peu le monde artisanal vietnamien. Ce monde est souvent restreint par le manque de créativité. L’artisanat vietnamien reste ancré dans le style traditionnel. Bon nombre d’artisans sont en quête d’idées et dessins. Les lignes lourdes du mobilier en bois sculpté rendent très bien compte de l’étroite liaison entre savoir-faire et tradition. Je ne peux que constater le travail de création des artisans français, dont la volonté est de se rapprocher de la scène actuelle du design. Bien qu’en France la séparation entre le designer et l’artisan d’art reste bien marquée, en règle générale l’artisan d’art est amené à créer de son propre chef ou bien en accord avec les attentes de sa clientèle. Au Vietnam l’artisan reproduit un geste méticuleux, la plupart du temps c’est un savoir transmis de père en fils, sans se préoccuper de la création. Pourtant des entreprises d’artisanat proposent des lignes d’objets rompant avec la tradition. Le problème du manque de créativité se ressent encore puisque lorsqu’un produit est édité par une entreprise, toutes les autres copient l’idée et c’est lors du salon Hanoï gift Show que nous nous rendons compte de la monotonie des projets exposés. Là où le manque de création handicape les artisans est le désir des entreprises de rentrer dans le commerce international. nombre d’objets ne sont pas exportables. Il y a tout de même certains produits et entreprises qui se démarquent du reste des exposants. La plupart on fait appel à des designers étrangers pour composer leur gamme de produit. Le goût des différentes cultures sont aussi un énorme frein à l’exportation des produits. Nous n’apprécions pas les mêmes couleurs, textures, formes et fonctions. Il est donc essentiel pour les entreprises de bénéficier du regard d’un designer occidental si il vise le marché européen. Cette demande nous place ici telles des reines. Nous sommes accueillies à bras ouvert par les différents chefs d’entreprises d’artisanat.
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Ci-dessus Mathilde designer textile et stagiaire, Yen employée de VIRI et moi. Installation d’un stand A gauche Grand Hall d’exposition. J-2 avant le début du salon.
Photo souvenir en compagnie de Mathilde, Pauline, Phi et Thao, employées chez Vietcraft
Différents stands de création contemporaine du salon. Objets en céramique et osier
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Samedi 03 Novembre 2012
Rendez-vous A Thai Binh Pour la visite d’une entreprise de rotin en compagnie de Viet, et de son ami Cuong. Viet est le neveu du patron de l’entreprise, avec qui nous sommes rentrés en contact lors du salon. Il s’occupe de la partie commerciale de l’entreprise ainsi que de la relation avec l’international. Il parle un bon anglais, de retour d’une année d’étude en Nouvelle-Zélande depuis 6 mois à peine. Il nous donne rendezvous à la gare routière à 9h30 le samedi matin. Nous nous installons tranquillement dans un bus doté d’air conditionné et d’une TV. Il nous faudra patienter une heure et trente pour démarrer et une demiheure supplémentaire pour rouler à vitesse normale : le bus ne part pas tant qu’il n’est pas complet, le contrôleur continue à appeler des voyageurs alors que le bus est déjà en route. Il détient une pile de petits tabourets en plastique qu’il dispose dans l’allée afin de doubler la capacité de places assises. Après quatre heures de trajet et cent vingt kilomètres parcourus nous arrivons à destination où un repas digne des plus beaux festins nous attend. Nous partageons le repas en piochant dans les différents plats présentés à table. Nous passons ensuite chez la mère de Viet afin d’emprunter des motorbikes pour se rendre à l’entreprise, quelque peu excentrée. Nous découvrons alors un autre aspect de la vie ici, celui d’une entreprise artisanale. Structure métallique, traitement de surface, production de matériau plastique imitant le rotin, tissage. Le temps de discuter des attentes de chacun puis nous repartons jeter un coup d’œil sur la cour de sa tante où il projette d’y créer un café. Viet nous offre ensuite une « gourmandise vietnamienne » servie dans un verre, composée de saveurs fruitées mêlées à des textures gluantes, le tout servi frappé. Nous sommes ensuite guidées lors d’un tour de la ville à deux roues. Un moment d’exceptionnel bonheur avant d’être ramenées à la station de bus, et c’est déjà la fin de la journée. On en redemande !
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Loin de la capitale. Première visite d’une entreprise de rotin effectuée à peine une semaine après un premier contact au salon des métiers d’art organisé par Vietcraft. Première sortie de Hanoï, Thai Binh, nous y avons aperçu une simple ville de province, loin des lieux touristiques, j’ai l’impression de toucher une partie invisible pour l’étranger. Non pas que la ville ait quelque chose de spécial, elle rappelle les nouvelles villes occidentales sur beaucoup de points. De larges rues et trottoirs, de hauts buildings et des quartiers résidentiels où une maison ressemble à une autre qui bordent un centre ville plus ancien.
Les gestes qui font les meubles
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De la rouille sur des cadre en acier, ici l’humidité n’épargne personne. L’atelier sent le familier. De ce que j’aperçois, en plus des odeurs, rien n’est vraiment bien différent. Les vieilles machines je les connais, non pas de l’école, mais de mes différents stages chez des jeunes créateurs. C’est d’ailleurs ce qui m’attends pour mes débuts ! Toutefois la hauteur du plan de travail est différente. Le plan de travail se trouve au sol. Les Vietnamiens passent leur temps accroupi. Et puis les fameuses normes de sécurité. Je n’en ai pas encore croisé jusqu’à présent. C’est alors protégé par une visière en carton que j’aperçois un ouvrier souder une structure d’assise. Le masque de soudure adapté est posé juste à côté, camouflé sous une couche de poussière. Mais surtout ici, les petites mains ont le sourire. Toujours !
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Les à-côtés En parallèle du stage, raison de ma présence ici, il y a un tas de petites et grandes anecdotes, il y a des moments de joies et de peines, il y a de bonnes et moins bonnes rencontres, il y a des jours de routine et d’autres exceptionnels. Il y a la vie, tout simplement. La vie ici est faite de rencontres et de divers instants volés à la vie hétérogène de cette ville et de ses habitants. Nous habitons dans un quartier populaire et étudiant. Notre maison est située dans une des nombreuses petites artères d’une rue agitée par le trafic des citadins se rendant dans le centre. La maison est protégée de tous les bruits communs à la ville. Seuls nos voisins et notre famille d’accueil nous laissent savoir que nous vivons en ville. Nous enfourchons notre scooter pour nous rendre au 20 Ly Thuong Kiet, adresse du bureau de Vietcraft, dans le quartier français à deux pas du cœur historique et touristique de la ville, et du lac Hoan Kiem. La vie à côté du stage est étroitement liée au stage. Tout d’abord nous avons les employés de l’association avec qui nous mangeons le midi et avec qui nous découvrons la cuisine de rue chaque jour un peu plus. Il y a Phi, Thao, Minh et Ha qui sont toujours souriantes, prêtes à nous rendre un service, et rigoler avec nous. Il y a les entreprises membre de Vietcraft chez qui nous avons été appelées en tant que designers et décoratrices. Nous avons rencontré Giang qui nous avait abordées en disant « mon passe-temps est français », nous espérons pouvoir parler français et tenter de pratiquer un peu de vietnamien avec elle. Il y a eu le salon qui nous a fait rentrer en contact avec un tas de personnes liées à l’artisanat. Il y a mon futur « maître de stage » qui m’a reçue et présenté son travail dans son atelier aux côtés de mon professeur d’atelier de Paris alors de passage pour ses vacances. Et il y a Viet qui nous a fait vivre une journée hors du temps dans sa ville de province. A coté de ça il y a la vie des expats que nous approchons grâce à Mathilde, la troisième stagiaire qui est arrivée à Hanoï avec 14 autres stagiaires dispersés dans différentes entreprises. Nous avons la possibilité de parler français et c’est bon de se sentir entourée de personnes qui comprennent ce que l’on est en train de vivre.
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Il y a les rencontres improbables comme la rencontre avec un étudiant dans un supermarché à vingt et une heure un vendredi soir, qui nous a joué un morceau de guitare et qui a rassemblé tout un tas de curieux autour de nous, dont un vietnamien avec qui j’ai parlé allemand. Il y a la vie de touriste que l’on mène lorsque nous décidons de se payer un restaurant qui propose du fromage, du pain, une pizza ou du taboulé à sa carte ou encore un petit déjeuner français au Café de Paris. Il y a aussi la vie de touriste perdu dans un monde qu’il ne connaît pas, ne comprend pas. Il y a alors des échanges avec les commerçants, chauffeurs de taxi et riverains qui ne cessent de nous surprendre. Il y a toutes sortes de malentendus, et d’incompréhensions qui sont frustrantes. Mais au-delà de ces inconvénients il y a bon nombre de sourires, petits gestes et attentions qui me font aimer ce peuple et cette vie d’étrangère ici.
Il y a la vie rythmée par le travail qui me lève tôt le matin, qui me fait rentrer tard parfois, ou visiter une entreprise un week-end. Il y a cette vie qui me donne envie de me lever le lendemain. Cette vie au travail me permet de me sentir chez moi ici. Elle me permet aussi de voyager profondément et de sortir des circuits touristiques.
Elle me pousse à sortir de chez moi, à construire des projets et à varier le quotidien, qui n’a rien de banal. Demain je commence à prendre des cours de yoga, où je serai la seule étrangère perdue dans un cours en vietnamien. J’ai toute une liste de choses à faire.
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