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ALPHA CONDÉ, ACTE III Après une année 2020 tendue, le président a placé son troisième mandat sous le signe d’un nouveau mode de gouvernance. Peut-il enfin réformer la Guinée ? SPÉCIAL 30 PAGES
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COMMUNIQUÉ
GUINÉE
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La Justice au cœur du changement
Depuis les États généraux du 28 au 30 juin 2011, la justice guinéenne est portée par de nombreuses réformes destinées à renforcer l’État de droit et améliorer le fonctionnement de l’appareil judiciaire, pour surmonter les écueils du passé…
Ministère de la Justice à Conakry.
Conakry, Kankan, Kindia, Labé, Mamou et Nzérékoré et des Maisons d’arrêt et de correction de Coyah et Siguiri.
Le président Alpha Condé en visite au ministère de la Justice, avec le garde des Sceaux, Mory Doumbouya.
D
epuis 2011, le projet de moder nisation de la justice guinéenne a débuté par la réhabilitation de nombreuses infrastructures judiciaires, notamment la construction d’une nouvelle chancellerie et la construction, dans le cadre des fêtes tournantes de commémoration de l’indépendance nationale, des bâtiments de
la cour d’appel de la ville de Kankan et des Palais de justice des villes de Boké, Dalaba, Mandiana, Kérouané, Kouroussa, Nzérékoré, Pita et Siguiri. Dans ce contexte, le gouvernement a procédé à la mise en place du système d’approvisionnement en eau et d’assainissement des espaces communs et des locaux des Maisons centrales des agglomérations de Boké,
RÉFORMES MAJEURES Depuis 2010, la Guinée s’est dotée de réformes majeures comme l’abolition de la peine de mort, l’adoption de la loi anti-corruption, la suppression de la cour d’assises et l’extension de la compétence des tribunaux de première instance aux affaires criminelles ; la suppression des justices de paix, celles-ci en tant que juridictions à juge unique exerçant à la fois les fonctions de poursuite, d’instruction et de jugement, la création du Tribunal de commerce de Conakry et de tribunaux militaires ; la répression des nouvelles formes de criminalité, du crime organisé, de toutes les formes de violences basées sur le genre et de la corruption. Un organe chargé de la carrière et de la discipline des magistrats a été créé et les dispositions discriminatoires à l’égard des femmes et des autres couches sociales défavorisées ont été éliminées de l’arsenal juridique.
Aussi récemment, l’administration centrale et des juridictions ont été équipées à raison de 140 kits mobiliers, 195 kits informatiques, 13 véhicules (dont 1 ambulance et 3 fourgons cellulaires pour la Direction nationale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion et 1 bus pour le Centre de Formation judiciaire), 6 véhicules 4X4, 3 berlines et 1 bus de transport pour un coût total de 850 000 euros. Dans le cadre de la modernisation, le recensement biométrique est désormais effectif pour le personnel de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, la Cour constitutionnelle est dotée en matériels informatiques, ainsi que le monitoring judiciaire et pénitentiaire de la situation des droits de l’homme dans les 33 préfectures.
Réhabilitation des infrastructures et amélioration du cadre juridique Sur le plan des Ressources humaines et institutionnelles, l’accent a été mis sur le cadre juridique et institutionnel de la réforme, comme en témoigne l’adoption d’une politique nationale de réforme et d’un
Le recensement biométrique est désormais effectif pour tout le personnel de l’administration pénitentiaire
COMMUNIQUÉ
L’ANCIENNE LÉGISLATION Plan d’actions prioritaires ainsi que la création des organes chargés de sa mise en œuvre. Cet effort avait été précédé par l’organisation des États généraux de la Justice. Une rencontre qui a conduit à l’adoption du statut particulier des magistrats et une augmentation de 500 % du montant de leur rémunération. Une mesure accompagnée par l’installation du Conseil supérieur de la magistrature qui, à ce jour, a déjà prononcé 55 sanctions disciplinaires (dont une radiation) à l’encontre de magistrats indélicats, ainsi que par la mise en place de la Cour constitutionnelle, de la Cour des comptes, de la Commission nationale OHADA, du Tribunal militaire de Conakry et de nouveaux tribunaux de première instance. Depuis cette date, l’État guinéen a accordé une série de formations aux acteurs judiciaires en justice juvénile et en droits humains, sur les violences basées sur le genre et sur le fonctionnement de la chaîne pénale. D’autres formations ont eu lieu pour des cadres du ministère de la Justice et des magistrats des cours et tribunaux en technique budgétaire, en management des juridictions, en légistique et sur la tenue des audiences pénales. Des magistrats de la Cour suprême en contentieux électoral ont également bénéficié de ladite formation, 399 magistrats (dont 71 femmes) et 216 greffiers (dont 68 femmes) qui sont aujourd’hui en fonction. Le plan soutenait aussi la formation des greffiers en gestion des pièces à conviction et sur la tenue du greffe.
Sylla Mamadou, président de la Cour suprême.
Les magistrats dotés d’un statut particulier assorti d’une hausse sensible et significative de leur salaire
Avant 2010, la justice guinéenne se caractérisait par une législation disparate et non-conforme à certains engagements internationaux du pays. Cette législation enregistrait aussi des vides juridiques, notamment sur les questions relatives à l’enfance, qui étaient traitées à la fois dans le Code pénal, le Code civil, le Code de l’enfant et certaines conventions internationales ratifiées par la Guinée. Ces dispositions n’avaient pas fait l’objet de transposition dans le droit interne : le Code civil prévoyait, par exemple, que le mari pouvait demander le divorce pour adultère de sa femme, peu importe le lieu, alors que la femme ne pouvait demander le divorce pour adultère de son mari, que si celui-ci entretenait sa concubine au domicile conjugal ! Le Code pénal prévoyait la peine de mort pour les crimes d’assassinat, alors que le Statut de Rome auquel la Guinée a adhéré, prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les crimes les plus graves, tel que le génocide. La législation, ignorait la règle du double degré de juridictions en matière criminelle, en violation du Pacte international des droits civils et politiques ratifié par la Guinée. La loi ne réprimait pas la cybercriminalité. Il existait des dysfonctionnements dans les services judiciaires, comme la chaîne pénale, qui accusait des lenteurs excessives dans le règlement des affaires, les violations flagrantes de la loi et de l’éthique, l’inexécution ou exécution défectueuse des décisions de justice. Les interventions étaient courantes de la part d’autorités administratives, militaires et religieuses dans les procédures judiciaires.
Magistrats de la Cour constitutionnelle.
COMMUNIQUÉ
Formations, recrutements, études, engagements…
Dans ce domaine, le département a conduit, simultanément à Conakry et à Kankan puis à Labé, à l’organisation de quatre ateliers de formation sur la vulgarisation du nouveau Code pénal et du nouveau Code de procédure pénale depuis le mois de février 2017, puis en juin 2017 à l’élaboration du Guide pratique sur la gestion des pièces à conviction, et en août 2017, à la formation des formateurs en gestion des pièces à conviction à l’intention des chefs de greffe et des greffiers. Il s’en est suivi la formation thématique du personnel judiciaire dans la lutte contre la corruption, pour le management des juridictions et le contentieux de l’Internet. Le département de la justice a aussi enregistré de nouveaux acquis : le recrutement de 50 auditeurs de justice et de
Le président Alpha Condé sur la place des Martyrs.
50 élèves-greffiers, l’élaboration d’un programme de formation initiale, continue et de mise à niveau pour le personnel pénitentiaire et la réalisation de l’étude portant sur la redéfinition de la carte judiciaire et pénitentiaire.
Dans le but de renforcer les capacités d’action du domaine de la justice, le nouveau système a permis une étude diagnostic de la chaîne pénale (management, rapports hiérarchiques et collaboration horizontale), et la réalisation d’une étude de base sur l’accès au droit et à la Justice. On peut noter également la tenue des audiences correctionnelles et criminelles et celle, régulière, des missions d’inspection et de contrôle interne. La réforme de la législation s’est traduite en subs-
tance par la mise en cohérence des textes législatifs et règlementaires avec la Constitution, les engagements internationaux de la Guinée et les réalités du pays. Le pays a inscrit dans son arsenal législatif, de nouveaux codes, notamment le Code civil, le Code pénal, le Code de procédure pénale, le Code de justice militaire, le Code de l’enfant et l’adoption du régime des établissements pénitentiaires et du statut particulier du personnel de l’Administration pénitentiaire.
SORTIR DU PASSIF Avant le changement institutionnel de 2010, la Justice était marquée par la corruption généralisée de l’appareil d’Etat, les violations répétées des droits de l’Homme, de fortes inégalités de genre et la culture de l’impunité. Cette justice était trop coûteuse, lente, éloignée des justiciables, mal adaptée au contexte socioculturel et rendue dans une langue comprise seulement par une minorité, dans des infrastructures judiciaires et pénitentiaires vétustes, exiguës, inappropriées et inexistantes dans certaines localités. Depuis les années 1960, la plupart des juridictions n’avaient bénéficié d’aucun budget d’entretien, nombre d’entre elles ayant été détruites au cours des évènements de 2007, sans avoir été reconstruites ou rénovées. Il n’y avait pas de prison dans certaines localités comme Koubia, Macenta, Mandiana et Tougué, là ou existaient pourtant des juridictions de première instance. Il n’y avait pas, par exemple, de Palais de justice à Kérouané, Koubia et Koundara et certains palais étaient en ruines, comme ceux de Kindia et Dabola. Certaines juridictions se trouvaient dans des bâtiments privés comme les tribunaux de première instance de Dixinn, Dubréka et Kaloum. Des juridictions dotées de ressources humaines insuffisantes, vieillissantes, mal formées pour la plupart et mal payées : pour une population de 10 000 000 d’habitants environ, il y avait 286 magistrats, soit 1 magistrat pour 35 560 habitants, alors que le ratio universellement reconnu serait de 1 magistrat pour 10 000 habitants, soit un gap de 714 magistrats, alors que la population est aujourd’hui passée à environ 12 000 000 d’habitants, et seulement 100 greffiers. De 1984 à 2008, soit pendant 24 ans, il n’y a eu aucun recrutement, ni de magistrats, ni de greffiers. La plupart des magistrats en fonction avaient simplement leur maîtrise (Master 1) en droit, à l’exclusion de toute formation dans une école spécialisée et le traitement mensuel du magistrat guinéen était moins élevé que la moyenne sous-régionale.
DIFCOM/DF - PHOTOS : © DR SAUF MENTION.
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GRAND FORMAT GUINÉE ENJEUX p. 196 | ÉCONOMIE p. 214 | SOCIÉTÉ p. 245
CELLOU BINANI / AFP
Alpha, acte III Après une année 2020 tendue, le président Alpha Condé a placé son troisième mandat sous le signe d’un nouveau mode de gouvernance, dans tous les domaines. De quoi apaiser le climat politique et social. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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COMMUNIQUÉ
KAMSAR PETROLEUM
UNE AMBITION GUINÉENNE ET AFRICAINE
L’
Afrique se caractérise de plus en plus par un esprit d’entreprenariat porté par des jeunes entrepreneurs qui voient de plus en plus grand et dont les ambitions portent aussi bien sur leur pays que sur l’ensemble du continent. C’est dans cette lignée que s’inscrivent les fondateurs de Kamsar Petroleum, une société de distribution de produits pétroliers qui connait depuis ses débuts une croissance rapide et qui exploite à ce jour un réseau d’une dizaine de stations-services en République de Guinée. La société approvisionne également en hydrocarbures plusieurs clients corporatifs et miniers. > Louis Camara et Mohamed Julien Ndao
L’aventure Kamsar Petroleum est partie de la vision de deux fils d’Afrique, Louis Camara et Mohamed Julien Ndao, respectivement Guinéen ingénieur des mines et Sénégalais ingénieur pétrolier de formation, bénéficiant tous deux de solides expériences au sein d’importantes sociétés minières et pétrolières à l’international et en République de Guinée. Au regard des lourds investissements et de l’expertise pointue qu’elles nécessitent, l’importation et la distribution de produits pétroliers en Guinée avaient depuis l’indépendance du pays été le quasi-monopole de certains groupes internationaux. Offrir un service de distribution de carburant de proximité, sur la base de solutions innovantes et de compétences africaines, et ce, tout en répondant aux standards internationaux les plus élevés, parut aux deux jeunes entrepreneurs comme une nécessité.
JAMG - PHOTOS DR
C’est ainsi que Kamsar Petroleum, filiale de la société Okapi Trading (négoce international et distribution de
produits pétroliers) fut créée en s’appuyant notamment sur l’innovation des stations mobiles qui permettent de stocker et de distribuer du carburant dans des lieux où la construction d’une station-service est impossible ou économiquement non viable. Grâce à sa croissance rapide liée à ce positionnement stratégique, Kamsar Petroleum dispose désormais d’un réseau de distribution qui compte aussi bien des stations-services classiques que mobiles. La jeune entreprise a multiplié son chiffre d’affaires par dix en cinq ans et a quatriplé ses effectifs parmis lesquels ont compte au sein de la direction plusieurs diplômés des grandes écoles de commerce et d’ingénierie internationales et africaines. À ce sujet, Louis Camara, Directeur Général de Kamsar Petroleum mentionne que : « Dans plusieurs domaines, l’Afrique et la Guinée disposent désormais des compétences nécessaires afin que leurs entreprises puissent concurrencer les plus grands groupes internationaux. Kamsar Petroleum en est la preuve ».
KAMSAR PETROLEUM Coleah, Corniche Sud, Conakry, République de Guinée contact@kamsarpetroleum.com - (+224) 62 43 40 005 - kamsarpetroleum.com
GRAND FORMAT GUINÉE
Édito
François Soudan
De mémoire d’éléphant
À
croire qu’Alpha Condé n’aime rien tant que désespérer ceux qui voudraient le voir sortir de l’Histoire. À 83 ans, l’inoxydable président guinéen se dit en pleine forme, fait volontiers visiter sa salle de fitness où trônent des haltères de culturiste, évite soigneusement tout excès, et confie que les deux doses de vaccin Spoutnik V qu’on lui a administrées lui ont redonné des anticorps de jeune homme. En ce mois de mai 2021, le fils de Mamadou Condé et de Saran Camara a un appétit intact pour le pouvoir et les capacités qu’il offre pour transformer son pays. Une faim et une passion auxquelles s’ajoute une immunité physiologique hors norme – au point que nombre de ses pairs cherchent à en déceler les secrets –, inaltérée depuis soixante ans. Et une mémoire d’éléphant. Soixante ans : 1961. Cette année-là, Ahmed Sékou Touré est encore une icône, et il ne viendrait à l’idée de personne (ou presque) de se scandaliser de son score à la première élection présidentielle depuis l’indépendance : 100 %. À Paris, où il vient d’intégrer Sciences Po et s’apprête à diriger la Feanf, Alpha Condé, 23 ans, croit encore en ce personnage qui a su le charmer lors de leurs rencontres. Ébranlé par la féroce répression des grèves étudiantes et enseignantes de novembre, il attendra encore quatre ans avant de rompre définitivement avec le héros du « non » à la France. Cinquante ans : 1971. Deux mois après l’agression portugaise, Sékou Touré organise la pendaison
publique de 80 cadres guinéens accusés de complicité avec les envahisseurs. Alpha Condé, 33 ans, désormais opposant résolu au régime et enseignant à La Sorbonne, a fermement condamné la tentative de coup de force. Mais le tyran profite de l’amalgame et le fait condamner à mort par contumace. Le temps de l’exil commence.
Grèves de la faim Quarante ans : 1981. Sékou Touré a renoncé au marxisme-léninisme, pas à la dictature, ni à la peur paranoïaque des complots permanents. À l’étranger, chez les panafricains et les militants africains-américains, son charisme demeure intact. La télévision guinéenne montre Miriam Makeba et Stokely Carmichael faisant leurs courses dans un marché de Conakry. Les nouveaux billets de sylis émis par la Banque centrale sont à l’effigie de Lumumba, de Mohammed V et de Béhanzin. Alpha, 43 ans, parcourt le continent tout en faisant du business, fonde un parti clandestin et se fait discret lorsqu’il passe par Dakar ou Abidjan, de crainte d’être extradé. Trente ans : 1991. Sékou Touré est mort, Lansana Conté lui a succédé, le multipartisme va enfin avoir droit de cité, et Alpha Condé, 53 ans, fait, en mai, son grand retour au pays. Mais, aux yeux du général-président, il n’est pas le bienvenu. L’accueil est chaotique. Au stade de Koléa, la police charge la foule de ses partisans. Réfugié à l’ambassade du Sénégal, Alpha est exfiltré grâce à l’intervention
du président Diouf. Tout est à recommencer. Vingt ans : 2001. Lansana Conté fait adopter une révision constitutionnelle qui l’autorise à briguer indéfiniment la fonction suprême. À 600 km à l’est de Conakry, des miliciens venus du Liberia s’emparent de la localité de Guéckédou, reprise par l’armée après de furieux combats. Le 18 mai, Alpha Condé, 63 ans, est libéré après vingthuit mois de prison, une demi-douzaine de grèves de la faim, autant de crises de paludisme et une parodie de procès pour complot contre la sûreté de l’État. Il a perdu 25 kg, mais il est plus déterminé que jamais. Dix ans : 2011. Sept mois après son investiture en tant que premier président démocratiquement élu de Guinée, Alpha Condé, 73 ans, paie cash le solde de la plus audacieuse de ses réformes : celle de l’armée. Le 19 juillet, son domicile de Kipé est attaqué par un commando de militaires mécontents, décidés à l’assassiner. Il s’en sort indemne et se résout à déménager pour s’installer au palais Sékoutoureya. En septembre, préfiguration de ce qui se produira par la suite de façon récurrente, une manifestation de l’opposition interdite dégénère à Conakry. Des jeunes casseurs affrontent les forces de l’ordre. Dans certains quartiers, la violence de rue devient endémique sur fond de manipulations politiciennes et communautaires. Aujourd’hui : 2021. Alpha Condé a été réélu, et la Guinée est entrée dans la IVe République. Une réélection comme on accouche dans la douleur, au forceps, dans un climat de contestation, mais dont la page est désormais tournée. Son objectif proclamé est de « gouverner autrement », via une « révolution culturelle », afin de faire naître un « Guinéen nouveau ». Rien de moins. Pourquoi n’y est-il pas parvenu en dix ans d’exercice au pouvoir ? Lui répond : Ebola, Covid-19, nécessité de reconstruire un État sinistré, héritage en lambeaux, harcèlement d’une opposition revancharde. Une chose est sûre : Alpha Condé a désormais les mains libres comme il ne les a jamais eues. Et plus aucune circonstance atténuante pour ne pas réussir son pari, l’émergence de la Guinée. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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MARIÈME SOUMARÉ, ENVOYÉE SPÉCIALE
I
l y a sans doute des jours où, avec un peu de chance, on peut se permettre de ne pas aller au travail sans que personne ne s’en aperçoive. Le 8 mars 2021 n’était pas de ceux-là pour les employés de certains départements ministériels guinéens, dont l’absence a été constatée par leur supérieur : le président Alpha Condé lui-même. Ces « descentes surprises » du chef de l’État dans les administrations et les ministères ont un but bien précis, a-t-il expliqué : lutter contre l’absentéisme. « Toute absence sans justificatif vaut avertissement », menace d’ailleurs le président guinéen dans un entretien accordé à la fin de mars à Jeune Afrique. Au-delà de la mesure symbolique que représentent ces visites improvisées, l’avertissement, on l’a bien compris, est tout autre. Il vise à informer non pas uniquement les ministres et l’administration, mais l’ensemble du pays : en Guinée, les choses se feront désormais autrement. Cette « volonté de rupture » a été annoncée et détaillée par le chef de l’État lors de son investiture, le 15 décembre 2020. Meilleure redistribution des richesses, éradication de la corruption, redynamisation de l’administration, rationalisation de la dépense publique… Cette nouvelle bonne gouvernance implique beaucoup de promesses. L’exécutif pourra-t-il les tenir ? « Ce processus correspond à trois piliers, détaille le ministre d’État, secrétaire général et porte-parole de la présidence, Kiridi Bangoura. Il s’agit d’abord de consolider nos acquis et de remettre en question certaines pratiques pour augmenter l’efficacité du gouvernement. Le deuxième pilier est celui de la bonne gouvernance : nous devons nous assurer que le moindre denier public est utilisé pour la bonne cause et pour le bon objectif.
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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Le chef de l’État guinéen, au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba, en février 2020.
ENJEUX
Gouverner autrement, mais comment ?
JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
MICHAEL TEWELDE/AFP
Depuis sa réélection, en octobre 2020, Alpha Condé a mobilisé l’exécutif autour d’un engagement, celui de changer radicalement le mode de gouvernance. « Petite révolution », comme le soulignent ses équipes, ou simple slogan ?
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CAROL VALADE/AFP
GRAND FORMAT GUINÉE
L’un des derniers meetings de campagne du président-candidat, à Kissidougou, le 12 octobre 2020.
Le progrès social constitue le troisième pilier. » Avec une priorité pour le gouvernement, celle de doubler les recettes intérieures du pays, qui représentent aujourd’hui 13 % du budget national, pour atteindre 26 % d’ici à 2026.
« Rien ne sera plus comme avant, promet Alpha Condé. Le temps du laisser-aller, du laisser-faire et de l’oisiveté dans le service public est révolu. » Pour cela, Alpha Condé entend mettre tout le monde au pas. Certifications des fonctionnaires avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), « contrats de performance » passés avec ses ministres… Les évaluations – pour ne pas dire la surveillance – des agents de l’État et du gouvernement seront renforcées.
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« Au sein des ministères, tous ont des objectifs clairs de mobilisation des recettes et s’engagent à les atteindre. S’ils ne les atteignent pas, le président tirera les conséquences qui s’imposent », détaille le ministre de l’Information et de la Communication, Amara Somparé. « Rien ne sera plus comme avant, promet Alpha Condé. Le temps du laisser-aller, du laisser-faire et de l’oisiveté dans le service public est révolu. » En dépit de ces grands changements annoncés, l’équipe qui gravite autour d’Alpha Condé, elle, est restée majoritairement inchangée. Le Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, avait été rapidement reconduit à la tête du gouvernement le 15 janvier. Et le reste de son équipe a été progressivement nommé par la suite, avec un seul nouveau membre : Kadiatou Émilie Diaby, chargée des Travaux publics. Les autres ministres, reconduits à leur poste ou orientés vers un autre cabinet, faisaient déjà partie de l’équipe précédente. Sans surprise, les proches du président conservent les ministères régaliens : Mohamed
Diané, gardien du temple du parti présidentiel, conserve le contrôle du portefeuille de la Défense ; Damantang Albert Camara, celui de la Sécurité. Si ces reconductions n’ont pas manqué de provoquer une certaine frustration au sein du Rassemblement du peuple de Guinée (au pouvoir), celle-ci a rapidement été étouffée en interne.
Une idée qui met mal à l’aise
Gouverner autrement, donc… mais avec les mêmes ? Kiridi Bangoura n’y voit rien de paradoxal : « Pour faire les choses autrement, il faut changer les hommes, mais aussi donner à tous la chance de changer en même temps. Pas seulement le gouvernement, mais aussi les Guinéens. C’est la posture générale de la société qui doit changer. » « Ce n’est pas parce que l’on garde la même équipe que l’on ne peut pas changer de système de jeu », renchérit Amara Somparé. Un proche du chef de l’État raconte toutefois que ce dernier avait été tenté par une « petite révolution » au sein de ses équipes. Il aurait en effet envisagé de demander la démission du gouvernement bien avant
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Trois questions à Loïc Armel KENGNE, directeur général de SAAR Assurances Guinée et promoteur du Takaful en Guinée
« Grâce au Takaful, nous espérons doubler le taux de pénétration des assurances en Guinée » Quel était l’objectif du lancement des produits d’assurance islamique ?
Quels sont les résultats obtenus à ce jour ?
Le taux de pénétration des assurances en Guinéeestparmilesplusfaiblesd’Afrique. Il est quasiment nul si on limite l’étude aux ménages et aux particuliers. L’une des raisons principales de ce faible taux est le fait que les produits d’assurance jusqu’ici commercialisés par les compagnies sont considérés comme prohibés par l’islam, dufaitqu’ilscontiennentleriba(intérêt),le gharar (spéculation) et le maysir (hasard).
L’accueil a été très favorable. Nous avons obtenu plus de 2 500 souscriptions nouvelles au cours des sept derniers mois. L’objectif est de doubler le taux de pénétrationdesassurancesenGuinéeen2022 et d’atteindre au moins 2 %.
Après plusieurs études, SAAR Assurances Guinéeamisaupointdesproduitsd’assuranceislamiquestailléssurmesureafinde prendre en compte les exigences de cette grandepartiedelapopulationjusqu’iciexclue du système classique. Le lancement officiel de la gamme de produits Takaful a eu lieu en septembre 2020.
Qu’est ce qui fait de SAAR Assurances uneréférenceenmatièred’assurance? Tout d’abord l’implication et la dévotion denotreéquipejeunepourrépondreavec célérité aux besoins de nos assurés. Ensuite, notre permanente remise en question nous conduit à innover chaque jour afin de rendre inoubliable l’expérience client chez SAAR. Et enfin notre attachement au respect de la parole donnée.
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le 15 janvier, quitte à laisser les secrétaires généraux gérer les affaires courantes pendant plusieurs semaines. Cette idée de « gouverner autrement » met toutefois mal à l’aise, même au sein de l’équipe gouvernementale. « Il est possible de reconnaître qu’on n’a pas été à la hauteur des attentes des populations, mais il ne fallait peut-être pas le dire comme ça, glisse un membre de l’exécutif. D’autant plus que cette expression ne veut pas dire grand-chose : après tout, on ne peut gouverner autrement que selon ce qui est prévu par les textes régaliens. » Promettre de faire les choses différemment après dix années passées à la tête de l’État, et au sortir d’une réélection contestée, n’est pas un aveu d’échec, veut croire l’équipe gouvernementale. « Comme Alpha Condé le disait au moment de son élection, il a hérité d’un pays, pas d’un État. Il a eu beaucoup de réformes structurelles et profondes à faire pour le remettre en ordre de marche », défend Kiridi Bangoura, qui parle d’un « souci de perfectionnement ». « Le président se pose la même question que tout le monde, se risque le porte-parole : avec les ressources minières et agricoles dont nous disposons, commentexpliquer que nous n’ayons pas mieux fait jusqu’à présent ? »
Suivi et contrôle
On l’a bien compris, le chef de l’État entend ne plus rien laisser passer. Déjà peu réputé pour sa capacité à déléguer, Alpha Condé semble bien loin de lâcher du lest à ses équipes en ce début de troisième mandat. C’est ainsi que la Mission d’appui à la mobilisation des ressources internes (Mamri) a échappé au contrôle de la primature. Cette mission, chargée de la politique fiscale structurelle et de la modernisation des administrations fiscales afin de mobiliser les ressources internes, est désormais rattachée directement à la présidence. Un poste spécialement conçu pour garder un œil sur les marchés publics depuis la présidence a également été créé. Nommée par décret, Myriame Naila Conté, ancienne fonctionnaire de la BAD, est chargée du suivi
des passations de marchés publics. Il existe pourtant déjà, depuis la réforme du code les concernant, en 2019, une direction censée en assurer le contrôle, rattachée au ministère des Finances. En coulisses, certains s’en étonnent et évoquent une « superposition des agences » qui pourrait être préjudiciable à l’action publique. « Nous sommes dans un régime présidentiel, balaie Amara Somparé. Il est normal que le président veuille garder un œil sur les réformes majeures qu’il engage, surtout lorsque l’on touche aux marchés les plus sensibles, avec les montants les plus importants. » Officiellement, la fonction de Myriame Naila Conté permettra donc de mieux suivre la commande publique, qui constitue l’essentiel des dépenses de l’État, via un système de contrôle « à deux niveaux ». Pour le politologue Kabinet Fofana, en mettant l’accent sur le contrôle de l’équipe gouvernementale et de l’administration, Alpha Condé tente de battre en brèche les reproches d’une partie de l’opposition, qui considère qu’il n’en a pas assez fait au cours de ses mandats précédents. « Le chef de l’État parvient à jouer sur deux positions : parler de “gouverner autrement” lui permet de se positionner comme quelqu’un qui veut bien faire… mais avec une équipe qui n’en fait pas suffisamment, estime-t-il. Cette politique apparaît presque comme un slogan de campagne, qui toucherait plus au marketing politique. » De son côté, Cellou Dalein Diallo, adversaire d’Alpha Condé à la dernière présidentielle, a opposé au « gouverner autrement » un bilan moins reluisant, celui d’une « crise économique, marquée par une baisse drastique des revenus des ménages, une aggravation du chômage et une flambée des prix des denrées de première nécessité ». Vainqueur autoproclamé du scrutin d’octobre, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée, désormais forcé de mener ses assemblées générales par visioconférence, a perdu certains de ses cadres au profit du cabinet du nouveau chef de file de l’opposition. Il en est de même pour l’Union des forces républicaines (UFR), de
YOUSSOUF BAH POUR JA
GRAND FORMAT GUINÉE
Kiridi Bangoura Secrétaire général et porte-parole de la présidence
Le président se pose la même question que tout le monde : avec les ressources minières et agricoles dont nous disposons, comment expliquer que nous n’ayons pas mieux fait jusqu’à présent ? Sidya Touré, qui, lui, avait fait le choix de boycotter la présidentielle. Mamadou Sylla, éphémère candidat au scrutin de 2020 qui avait finalement soutenu la candidature d’Alpha Condé, a réussi à compter plus de membres de l’opposition dans son cabinet que de députés à l’Assemblée. Il a toutefois promis de mener une opposition réfléchie à Alpha Condé : de quoi placer l’exécutif dans une position de force telle qu’il pourra mener à bien ses réformes sans difficulté, même si certaines risquent d’être impopulaires ? « Nous sommes dans une situation de détente politique. Mais à présent que la réélection est passée, il va falloir gérer les six années à venir : cela promet d’être une autre paire de manches », prédit Kabinet Fofana. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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MINISTÈRE DE L’HYDRAULIQUE ET DE L’ASSAINISSEMENT DE GUINÉE
Service National d’Aménagement des Points d’Eau (SNAPE) BILAN & PERSPECTIVES
ELHADJ PAPA KOLY KOUROUMA Ministre d’État en charge de l’Hydraulique et de l’Assainissement de Guinée.
E
n République de Guinée, le service en charge de la promotion et le développement de l’hydraulique rurale, c’est le Service National d’Aménagement des Points d’Eau (SNAPE). Il entend améliorer la desserte en eau potable et en équipements d’assainissement, en milieu rural et semi-urbain, dans un souci de durabilité et de la préservation de l’environnement. Pour y parvenir, le SNAPE dispose de services déconcentrés dans chacun des sept chefs-lieux de région administrative. De sa création, en 1980, à nos jours (31 12 2020), le SNAPE est parvenu au bilan suivant :
• 18 363 ouvrages de distribution d’eau potable réalisés dont : 15 459 forages ; 271 AEP pour 725 BF ; 2 179 pour les autres types ; • +80 % fonctionnels : efficacité de la maintenance des Pompes à Motricité Humaine ; • 47,9 % de la population rurale et semi urbaine ont accès à un Point d’Eau Moderne ; • +15 % des ménages ont accès à l’assainissement (latrinisation).
Perspectives Au regard de ce bilan plus ou moins élogieux, les défis à relever, conformément au Plan National de Développement Économique et Social et aux ODD (horizon 2030), s’articulent autour d’un besoin estimé à 20 247 EPE, sur la base d’un ratio de 300 habitants pour un EPE et une dotation de 20 litres/jour/habitant. Pour combler ce gap, un investissement massif et urgent s’impose avec un minimum de 1 841 EPE (dont 736 PMH et 55 Systèmes d’AEP) à réaliser chaque année pour un coût estimé environ à 23 433 000 USD. Pour parvenir à bout de ces défis, la mise en œuvre des projets et programmes suivants s’avère impérieuse.
Projets actifs EN COURS
BID • Projet d’approvisionnement en eau potable et assainissement dans les préfectures de Boké et Télimélé (300 FPMH, 18 AEP et 2 250 latrines),
COMMUNIQUÉ
FONDS SAOUDIEN DE DÉVELOPPEMENT (FSD) • Projet de forages, de puits et le développement rural en Guinée, 5ème phase (120 FPMH et 20 AEP) dans les préfectures de Kérouané, Beyla et Lola.
Ces promesses de financement, une fois réalisées, garantirons un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement pour tous en milieu rural et semi-urbain, à l’horizon 2030.
BID
BADEA • Composante 3 du Projet de développement rural intégré pour la relance de l’horticulture et forages en Guinée (400 FPMH et 43 AEP). Ministère de l’Agriculture
COOPÉRATION GUINÉE - UNICEF • Ce programme de coopération est quinquennal ; il intervient notamment dans la réalisation de point d’eau (FPMH et AEP) ; appui au renforcement des capacités des autorités locales dans le cadre du transfert des compétences pour la gestion et la maintenance des infrastructures de façon durable.
Perspectives À COURT TERME
FONDS PROPRES • Projet Initiative Présidentielle d’Alimentation en Eau Potable des Collectivités (300 forages d’eau en Haute Guinée et 200 forages d’eau en Guinée Forestière). • Programme de Réhabilitation des Points d’Eau en Milieu Rural et Semi Urbain.
FONDS QUATARI DE DÉVELOPPEMENT (FQD) • Projet de réalisation de 5 000 Équivalents Points d’Eau (EPE).
KARINKAN DOUMBOUYA Directeur Général du SNAPE.
BADEA • Projet d’AEPA des îles et du littoral guinéen (15 AEP multi villages, 65 impluviums (50 en béton et 16 en citerne), 3500 TCM et 3100 Latrines VIP).
À MOYEN ET LONG TERME • Projet d’AEPA en milieu rural et semi-urbain de Kindia, Mamou, Dalaba et Pita (réalisation de 300 FPMH, 34 AEP, 600 Latrines et la réhabilitation de 400 PEM et 6 AEPS). Etude de faisabilité financée par la BAD, • Programme de réhabilitation des ouvrages dont l’âge est supérieur à 20 ans et la réalisation de nouveaux forages, • Projet d’hydraulique villageoise à Kérouané et Mandiana (700 FPMH, 5 AEP et 2 000 Latrines), • Projet de réalisation de 100 Systèmes d’AEP à pompage solaire, • Programme de réalisation de 15000 Points d’Eau Modernes (PEM) soumis en mode Partenariat Public Privé.
Service National d’Aménagement des Points d’Eau (SNAPE) ÉTABLISSEMENT PUBLIC À CARACTÈRE ADMINISTRATIF ET SOCIAL
SIÈGE SOCIAL Quartier Almamya - Commune de Kaloum BP : 2064 - Conakry, République de Guinée Tél.: (224) 622 57 02 76 / 622 23 41 11 E-mail : snape.guinee@gmail.com mamakarinkanfakoly2010@gmail.com
www.snapeguinee.org
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• Projet d’approvisionnement en eau potable et assainissement dans les préfectures de N’Zérékoré, Lola et Yomou (455 FPMH, 20 AEP et 1425 Latrines).
• Projet d’AEPA en Moyenne Guinée et Haute Guinée (réalisation de 650 FPMH, 70 AEP, 1 900 latrines, 1 nouveau siège du SNAPE et réhabilitation de 500 PEM).
GRAND FORMAT GUINÉE
EXÉCUTIF
Ibrahima Kassory Fofana « Il est temps de dépasser les passions électorales » Premier ministre
PROPOS RECUEILLIS À CONAKRY PAR MARIÈME SOUMARÉ
S
a reconduction à la tête du gouvernement était un secret de polichinelle. Économiste de formation, Ibrahima Kassory Fofana, 67 ans, est considéré comme un réformateur. Ancien ministre du Budget, puis des Finances de Lansana Conté, candidat malheureux à la présidentielle de 2010 (0,66 % des voix), il soutient Alpha Condé au second tour du scrutin, mais bascule un temps dans l’opposition, avant de se rapprocher de nouveau de la majorité et de devenir, en 2014, ministre d’État à la présidence chargé des Investissements et des Partenariats public-privé. Nommé Premier ministre en mai 2018, Ibrahima Kassory Fofana a porté à bout de bras le projet de révision de la Loi fondamentale engagé en 2019. Chargé des consultations en vue de l’organisation du référendum sur la Constitution, il sera impliqué tout au long de la campagne pour les scrutins référendaire et législatif de mars 2020, puis pour la présidentielle du 18 octobre. Un engagement qui explique en partie son maintien à la tête du gouvernement. Pourtant, Ibrahima Kassory Fofana l’assure : il ne compte pas rester éternellement à la primature. « J’ai un contrat de deux ans avec le président. Après ça, j’irai planter mes choux ailleurs », a-t-il déclaré après sa reconduction. Renouvelant sa loyauté au chef de l’État, il préfère cependant ne pas évoquer d’éventuelles ambitions présidentielles. D’autant qu’en ce début de quinquennat il a fort à faire en tant que chef
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
du gouvernement. Dans sa déclaration de politique générale du 7 avril, approuvée par 108 députés sur 114, il a défendu la « résilience » de l’économie guinéenne et développé son programme social. Le Premier ministre sait que les attentes de la population sont à la hauteur des potentialités inexploitées de la Guinée, immenses, et que la majorité n’a pas droit à l’erreur. À charge pour lui de diriger le dialogue national. L’occasion de tendre la main à ses adversaires, au sortir d’une année électorale explosive. Et le seul moyen, assure-t-il, de sortir le pays de l’extrême pauvreté.
Nous souffrons de la corruption, de l’inefficacité de l’administration, et de bien d’autres maux. Jeune Afrique : Quelle est la priorité de votre nouveau gouvernement pour répondre aux demandes de développement de la population ? Ibrahima Kassory Fofana : C’est d’arriver à sortir ce pays de l’extrême pauvreté à l’horizon 2026. L’indice de pauvreté est passé de 54 à 48 en dix ans, mais nous devons aller plus loin. Pour développer le pays, nous avons besoin d’un climat de paix et
d’institutions stables. Le tumulte des dernières années, les grèves récurrentes, les manifestations, tout cela a freiné son élan. Avec quelles politiques le relancer ? Nous avons mis en place un programme d’aide sociale pour mettre directement de l’argent dans les poches des plus pauvres : les veuves, les invalides, etc. Nous avons identifié 40 % de la population qui pourrait en être bénéficiaire, soit 6 millions de personnes. Un demi-million en a bénéficié en 2020, 1,5 million en profitera cette année, et nous visons les 6 millions à la fin du mandat, avec un investissement à hauteur de 4 % du PIB. Après, il sera temps de revoir les politiques publiques pour aller vers la classe moyenne. Nous avons également prévu de soutenir l’entrepreneuriat de la jeunesse et des communautés à la base. La fiscalité minière a été revue : 15 % des revenus tirés des gisements sont désormais affectés de façon égalitaire à des collectivités rurales, ce qui a représenté la mise sur pied de 800 projets socio-économiques de base en deux ans, pour un budget total de 2 milliards de francs guinéens [près de 167 000 euros]. Quelles faiblesses peuvent être corrigées ? Nous pouvons nous appuyer sur une croissance soutenue depuis dix ans, avec un taux de 5,2 % pour 2020. Mais souffrons toujours de la corruption, de la faiblesse de notre
GRAND FORMAT GUINÉE
Pourquoi certaines institutions, jusqu’à présent rattachées à la primature, sont-elles désormais sous la tutelle de la présidence ? Le chef de l’État voulait jouir d’un contrôle plus rapproché sur la gestion des affaires publiques. Cela lui permet de surveiller la gestion du gouvernement et d’avoir des comptes rendus plus souvent. Il est l’élu du peuple. S’il veut se donner les moyens de mieux suivre ce programme, il a le pouvoir de le faire. En vous donnant pour objectif de doubler les recettes des impôts et des douanes, ne risquez-vous pas de mettre en place des mesures impopulaires dès le début du nouveau mandat d’Alpha Condé ? Notre but est d’élargir l’assiette fiscale, pas d’augmenter les impôts. Certaines entreprises échappent à la fiscalité, il faut les identifier et leur faire payer leurs obligations. Notre objectif est de relever le niveau de pression fiscale de 13 % à 18 %, ce qui est la moyenne régionale, afin de faire face à nos objectifs sociaux. En tant que Premier ministre, vous êtes constitutionnellement chargé du dialogue politique. Pourquoi créer un cadre permanent ?
La crispation du climat politique est un handicap au développement. Mettre en place ce cadre permanent permet de souligner la nécessité de cette mission, de poser les bases qui permettront de régler nos problèmes. Les membres de la structure seront choisis selon des critères qui restent à déterminer, cela ne peut pas se faire de manière discrétionnaire.
Certains cadres de partis politiques sont emprisonnés depuis des mois dans l’attente de leur jugement… Parce qu’ils font l’objet de restrictions judiciaires et que les délais de la justice sont différents des délais politiques. Ils sont sous le coup d’une instruction et ont été arrêtés sur la base d’indices sérieux, selon la justice.
Avez-vous fait un pas vers l’opposition extraparlementaire ? Son absence du dialogue ne serait-elle pas un risque pour la démocratie ? Posez-lui la question. Est-ce qu’elle accepterait de participer ? Cette opposition est très importante ; sans elle, il ne peut y avoir de dialogue. Je désire un débat inclusif et apaisé, et ferai de mon mieux pour que tout le monde participe. Mais il est difficile d’apaiser les échanges avec des partenaires qui font valoir une époque révolue. Il nous faut dépasser cette passion électorale et regarder les réalités en face pour aller vers un dialogue sérieux.
Au moins quatre personnes sont mortes en détention depuis la présidentielle, dont trois militants de l’UFDG. Des enquêtes approfondies serontelles menées ? Cela va de soi. Quand une personne meurt en détention, on réalise une autopsie pour déterminer les causes de la mort, et, si l’on établit que cette cause n’est pas naturelle, l’enquête se poursuit. Considérez-vous votre reconduction comme une marque de confiance du président en vos capacités à réformer le pays ou comme un remerciement pour votre engagement sur la révision de la Constitution ? Les deux. Un Premier ministre est forcément un homme de confiance. Et Alpha Condé doit également considérer que j’ai été totalement engagé dans la campagne pour son élection, comme la majorité de l’équipe. Nous avons obtenu des résultats : il est normal que les personnes investies soient reconduites.
La libération des prisonniers politiques ne serait-elle pas un premier geste d’apaisement ? Les mineurs libérés ont été jugés pour des raisons qui ne sont pas politiques : violences, dégradations de biens publics… Le chef de l’État a décidé de gracier ces jeunes après leur jugement, mais ne peut prendre des mesures de clémence pour ceux dont les dossiers sont toujours entre les mains de la justice.
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capital humain, de l’inefficacité de l’administration, de l’insuffisance d’infrastructures et de bien d’autres maux.
Vous avez pourtant annoncé vouloir quitter votre poste d’ici à deux ans. Est-ce pour mieux vous préparer à la présidentielle ? D’un point de vue personnel, je considère qu’après cinq années dans une fonction, quelle qu’elle soit, il faut savoir partir. Nous sommes convenus avec le président d’en rediscuter d’ici à deux ans. Je n’ai pas encore quitté la primature ! Je me projette, mais je ne rêve pas. D’autant que j’ai donné ma parole au président que je ne me présenterais pas contre lui. C’est à lui de décider ce qu’il voudra faire en 2026, mais, même si je ne suis plus avec lui à ce moment-là, je ne serai jamais son adversaire. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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MINISTÈRE DES MINES ET DE LA GÉOLOGIE DE GUINÉE LES MINES : UN DÉVELOPPEMENT SANS PRÉCÉDENT SSUR LA DÉCENNIE 2011-2020 MOT DU MINISTRE
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Abdoulaye Magassouba est titutlaire d’un Master en Économie du Développement de l’Université Williams Collège (USA).
La Guinée a pu réaliser, malgré les épidémies d’EEbola et de COVID-19, des progrès significatifs dans d le secteur minier au cours de la dernière décennie grâce aux réformes entreprises par le Chef de l’État, le Pr. Alpha Condé. Il s’agit notamment de l’adoption d’un nouveau code minier, de la revue des conventions, de l’instauration de la transparence, de l’assainissement et la modernisation du cadastre. Cela a permis la réalisation de 6,4 milliards de dollars US d’investissements grâce à un cadre plus propice. Le secteur minier industriel a créé des dizaines de milliers d’emplois, profité aux PME avec des achats locaux de plus de 800 millions de dollars US, et investi dans la construction d’infrastructures multiusages. Aussi, le transfert effectif de 15 % des revenus miniers au titre du Fonds National de Développement Local à travers l’ANAFIC (Agence National de Financement des Collectivités) et le versement
de 0,5 ou 1 % du chiffre d’affaires des sociétés minières au FODEL (Fonds de Développement Économique Local), ont déjà assuré le financement de 1 800 projets socioéconomiques dans l’ensemble des collectivités du pays. Malgré les impacts positifs des activités minières, le gouvernement est pleinement conscient des défis qui restent à relever, en particulier dans la diversification de la production, la transformation locale et la gestion des impacts environnementaux, sociaux et économiques. Les recettes minières ont plus que doublé sur la décennie mais, à l’instar des autres secteurs de l’économie, des efforts demeurent à faire pour atteindre leur plein potentiel, dans le cadre de la nouvelle gouvernance portée par le Chef de l’État, le Pr. Alpha Condé. L’objectif visé par l’État est une stricte application des textes en vigueur, la consolidation des reformes et l’amplification des bénéfices pour l’ensemble des parties prenantes.
LES PERSPECTIVES La Guinée n’a jamais eu autant de projets de raffineries d’alumine aussi avancés. À l’instar d’autres pays, moins dotés mais plus développés et reconnus pour leurs succès en matière de développement, la Guinée fait aujourd’hui le choix de la transformation locale des produits miniers, de la production en grande quantité de bauxite et de la diversification de sa production minière, tout en prenant les mesures de maximisation des impacts économiques et de minimisation des impacts sociaux et environnementaux qui s’imposent. Ces investissements bien ciblés,auxquels s’ajoutent le développement d’infrastructures de transport et énergétiques partagées dans les projets miniers intégrés en cours, constituent la meilleure façon de doter la Guinée de moyens et de capacités lui permettant d’être moins dépendante des mines au
COMMUNIQUÉ
IMPACT DES INVESTISSEMENTS DANS LE SECTEUR MINIER Une évaluation indépendante de l’impact économique du secteur minier sur la période 2011 à 2020 commanditée entre mars et août 2020 par le Gouvernement démontre les progrès réalisés pendant la dernière décennie. Un quasi-triplement du nombre de société en activité ; Le nombre de sociétés en phase d’exploitation qui était de six (6) en 2010 est passé à dix-sept (17) en 2020. Le nombre de sociétés en phase d’exploration est passé de seulement 12 en 2010 à 340 en 2020. Le niveau total d’investissements réalisés sur le terrain est de 6,4 milliards de dollars contre moins de 5 milliards entre 1958 et 2010. Le rapport de 2015 de l’Institut Fraser (organisation basée au Canada qui fait référence) classait la Guinée 103e dans le monde et 20e en Afrique en termes d’attractivité pour les investissements dans le secteur minier. Grâce aux reformes réalisées dans le secteur, le rapport de 2019 du même organisme classe la Guinée 20e au monde et 1ere en Afrique ! Des investissements miniers ont permis de multiplier la production bauxitique par quatre (4) et de faire de la Guinée un acteur majeur sur le marché mondial. La production bauxitique qui était de 17 millions de tonnes en 2010 est passée à un niveau record de 70,2 millions de tonnes en 2019. Un doublement de la production aurifère portée par la production industrielle et artisanale. La production aurifère a presque doublé, passant de 14,7 tonnes en 2010 à 26,8 tonnes en 2019. Comme conséquence de l’accroissement de la production minière, le nombre d’emplois a été multiplié par 2,7 entre 2010 et 2019. Le nombre d’emplois directs du secteur minier a presque triplé en passant de 6 110 en 2010 à 16 340 en 2019. Les emplois indirects ont une tendance similaire à celle des emplois directs, avec un nombre d’emplois estimés à 34 515 en 2019 contre 12 906 en 2010.
fil des années et de s’épanouir avec une économie plus diversifiée, prospère et inclusive. En vue de pérenniser ces acquis, le gouvernement guinéen a identifié des projets prioritaires capables de continuer l’essor du secteur minier. Ils sont axés sur trois priorités : 1 - Accroître les connaissances géologiques par plus d’investissement dans la recherche ; 2 - Construire plus d’infrastructures de transport et d’évacuation des produits miniers ; 3 - Favoriser la transformation locale et promouvoir la main-d’œuvre et les PME locales.
L’accroissement de la production du secteur minier a été également une opportunité pour les entreprises locales à travers les achats de biens et services par les sociétés minières. L’activité minière a fortement contribué au budget de l’État sur la période 2011 et 2019. Les recettes minières directes enregistrées dans les comptes publics sont passées de 115 millions de dollars US en 2010 à 397 millions de dollars US en 2019 Le secteur minier est devenu une source importante de financement des collectivités locales, à travers le Fonds de Développement Economique Local (FODEL) et le Fonds de Développement Economique Local (FNDL), conformément à la vision présidentielle. Grâce à ces réformes, les ressources mobilisées pour le financement des collectivités ont atteint plus de 33 millions entre 2011 et le premier trimestre de 2020, soit une moyenne annuelle de 3 millions dollars contre seulement 100 mille dollars en 2010. En termes d’impacts induits du secteur minier sur les autres secteurs de l’économie, les investissements de ces quatre dernières années ont entraîné un accroissement de la valeur ajoutée du secteur des travaux de construction de 4,04 %, les services d’hôtellerie et de restauration de 2,11 %, les services immobiliers et aux entreprises de 2,49 % et les services financiers de 3,17 %, pour ne citer que ces sous-secteurs.
Ministère des Mines et de la Géologie Immeuble OFAB Boulevard du Commerce Kaloum-BP 295 Guinée Conakry Tél. : (224) +621 69 58 58/ +620 95 11 95
www.mines.gov.gn
JOHN WESSELS / AFP
GRAND FORMAT GUINÉE
Partisans du candidat de l’UFDG pendant la campagne présidentielle d’octobre 2020.
VIE DES PARTIS
Paysage après la bataille Au sortir de l’éprouvant marathon électoral de 2020, l’opposition se réorganise, avec, d’un côté, une aile modérée formée autour de Mamadou Sylla, et, de l’autre, un camp plus radical incarné par Cellou Dalein Diallo. DIAWO BARRY, À CONAKRY
D
epuis l’investiture d’Alpha Condé à un troisième mandat, le 15 décembre 2020, Conakry est bien calme. Les dispositifs sécuritaires mixtes (armée, police et gendarmerie) n’ont toutefois pas été levés aux abords de l’autoroute Le Prince, réputés bouillants et acquis à l’opposition. L’absence de manifestations ne signifie pourtant pas que tout va bien
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
entre le chef de l’État et ses détracteurs de la classe politique. Depuis novembre 2020, un allié (Étienne Soropogui) et quatre responsables (Ibrahima Chérif Bah, Ousmane Gaoual Diallo, Abdoulaye Bah et Cellou Baldé) de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo, attendent leur procès à la maison centrale de Conakry. D’autres
opposants à Alpha Condé ou au troisième mandat, dont Oumar Sylla, Mamady Condé, Ismaël Condé, Souleymane Condé, Youssouf Dioubaté et Mamady Onivogui, ont quant à eux été déjà condamnés. Les uns pour « fabrication et détention d’armes de guerre », les autres pour « atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation », « participation délictueuse à un attroupement »,
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GRAND FORMAT GUINÉE « trouble à l’ordre public », etc., des crimes et des délits tous liés au processus électoral. Si Cellou Dalein Diallo est encore libre de ses mouvements, ce n’est qu’à l’intérieur des frontières nationales. À deux reprises, il a été refoulé à l’aéroport de Conakry-Gbessia, notamment lorsqu’il a voulu se rendre à Abidjan pour assister aux obsèques du Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko, où il devait représenter l’Internationale libérale, dont il est le vice-président. Son passeport lui a été confisqué. Les mêmes restrictions de voyage pèsent sur son épouse, Halimatou. « Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Mafanco, qui nous a reçus mon confrère Pépé Antoine Lama et moi-même, nous a dit qu’il existait une mesure d’interdiction de sortie du territoire contre Cellou Dalein Diallo. Mais, malgré notre insistance, il ne nous a montré aucune copie de cette décision, qui, en réalité, n’a jamais existé. Ce sont juste des instructions verbales », explique Mohamed Traoré, l’un des avocats du président de l’UFDG. Contacté par Jeune Afrique, le procureur Lansana Sangaré a déclaré n’avoir « aucune réaction » sur le sujet.
En exil
D’autres leaders d’opposition, comme Sidya Touré, le président de l’Union des forces républicaines (UFR), et Ibrahima Abé Sylla, de Nouvelle Génération pour la République (NGR), ont fini par quitter le pays, après un premier refus – Abé Sylla grâce à son passeport américain. Reste à savoir quand ils pourront rentrer. De même pour Sékou Koundouno, Saïkou Yaya Diallo et Ibrahima Diallo, tous responsables du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) et exilés à Dakar. De quoi conforter Alpha Condé dans sa conviction selon laquelle « toutes les tentatives de déstabilisation visant la Guinée viennent du Sénégal », comme il l’affirmait dans son interview à Jeune Afrique à la fin de mars. À Conakry, l’entrée du bureau de Cellou Dalein Diallo dans le quartier de Hamdallaye-CBG et celle
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
du siège de son parti, à La Minière, sont toujours bouclées par les forces de l’ordre. Il en est ainsi depuis le 19 octobre 2020, lorsque le président de l’UFDG s’était déclaré « vainqueur dès le premier tour » au lendemain de la présidentielle. Ses avocats ont saisi la justice pour demander la réouverture des locaux et la restitution du passeport de Cellou Dalein Diallo, en vain. Dernier recours : les réseaux sociaux. Depuis le 20 mars, l’UFDG tient ses assemblées générales chaque samedi sur ses plateformes Facebook et YouTube. « Depuis 2010, l’opposition a existé par sa capacité à tenir tête au pouvoir. Toutes les luttes qu’elle a remportées ont résulté des manifestations de rue. La rue a notamment permis à l’UFDG de peser dans le débat politique, constate le politologue Kabinet Fofana. Aujourd’hui, les manifestations n’étant pas permises en raison
Certains, comme Sidya Touré, le président de l’UFR, et Ibrahima Abé Sylla, le leader de NGR, ont fini par quitter le pays. d’un contexte sanitaire politiquement exploité par le pouvoir, la marge de manœuvre de l’UFDG est très faible. La fermeture de son siège a davantage compliqué la situation, même si le parti a trouvé une alternative en utilisant les réseaux sociaux pour relayer ses activités. Malgré tout, n’étant représenté ni à l’Assemblée nationale ni dans la rue, il est aujourd’hui contraint à une opposition médiatique… Et l’opposition est réduite à sa plus petite expression. » Entre les deux extrêmes de la politique guinéenne – le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-enCiel, au pouvoir) et l’UFDG (principal parti d’opposition) –, l’Union démocratique de Guinée (UDG), de Mamadou Sylla, veut être la troisième option, modérée, tantôt proche de l’un, tantôt proche de l’autre. Lors des dernières élections communales, en
2018, le RPG et l’UFDG s’étaient âprement disputé la tête de la mairie de Kindia, ville stratégique de la région de Basse-Guinée, où les deux formations étaient arrivées au coude-àcoude en obtenant 17 sièges chacune. L’UDG, qui n’a remporté que 1 siège, finira par y faire élire son candidat… grâce au soutien du RPG. Quand les ténors de l’opposition boycottent les législatives du 22 mars 2020, couplées au très controversé référendum constitutionnel, Mamadou Sylla présente sa candidature à la députation, tout en restant membre du FNDC. Avec 4 sièges obtenus à l’issue du scrutin, l’UDG devient le principal parti d’opposition dans une Assemblée nationale quasi monocolore, où la majorité présidentielle occupe 79 sièges sur 114.
Éviter la confrontation
Avec son nouveau statut de chef de file de l’opposition, le leader de l’UDG veut aujourd’hui jouer un rôle d’intercesseur entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. Il a ainsi été reçu à la primature, dans les institutions, les ambassades, et par le président de la République… avant de rendre visite aux prisonniers politiques à la maison centrale. Sans jamais rencontrer, toutefois, le président de l’UFDG, qui conteste la validité des législatives et, du même coup, le statut de chef de file de l’opposition de Mamadou Sylla. Ce dernier a pourtant nommé dans son cabinet des opposants comme Faya Millimouno, le leader du Bloc libéral (BL), et Bah Oury, ancien vice-président de l’UFDG. Leur point commun : vouloir « s’opposer autrement ». C’est-à-dire éviter la confrontation, « proposer avant de critiquer », ainsi que le confie Mamadou Sylla à Jeune Afrique [lire p. 211]. « Le choix du Bloc libéral est de travailler à décrisper la situation par la libération des prisonniers politiques, l’ouverture des frontières et du dialogue politique, la sauvegarde de l’unité nationale et des acquis démocratiques, l’élimination des causes récurrentes des crises dans notre pays », renchérit Faya Millimouno. En précisant que les partis membres du cabinet du chef de file gardent leur indépendance, et que lui s’exprime au nom du sien, le Bloc libéral.
GRAND FORMAT GUINÉE
QUESTIONS À…
CELLOU BINANI POUR JA
Mamadou Sylla Président de l’UDG, chef de file de l’opposition
« Nous voulons proposer avant de critiquer »
«M
arionnette du pouvoir », « illégitime »… Depuis qu’il est devenu, presque malgré lui, le chef de file de l’opposition guinéenne à l’issue des législatives de mars 2020 – boycottées par les principaux partis de l’opposition –, Mamadou Sylla est sous le feu des critiques. Avec 4 sièges sur 114, son parti, l’Union démocratique de Guinée (UDG), ne pèse pas lourd face aux 79 élus du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-enciel). D’autant que cet ex-patron des patrons, ancien proche de Lansana Conté, a rapidement abandonné sa candidature à la présidentielle d’octobre 2020 pour soutenir Alpha Condé, et ne cache pas sa volonté de collaborer avec la majorité. Il a cependant réussi à attirer dans son cabinet – aux allures quasi ministérielles – plusieurs poids lourds de l’opposition extraparlementaire.
Jeune Afrique : Alpha Condé a promis de « gouverner autrement », et vous, de vous « opposer autrement ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Mamadou Sylla : Je fais passer le dialogue avant tout. L’essentiel est de pouvoir s’entendre entre Guinéens. L’opposition a bien sûr le droit de descendre dans la rue, mais en respectant la loi. Si le cas se présente, nous demanderons l’autorisation de manifester, et si elle est nous est accordée, nous le ferons. L’essentiel est de restaurer la
confiance entre acteurs politiques et de développer le pays. Nous voulons proposer avant de critiquer, changer de stratégie, car il y a déjà eu trop de morts. Une partie de l’opposition critique votre proximité avec le pouvoir… Et qu’est-ce que cette opposition a gagné ? Rien du tout. J’étais membre fondateur du Front national pour la défense de la Constitution, comment peut-on me reprocher d’être proche du pouvoir ? Dans un État de droit, si on décide de ne pas participer [à une élection], on ne peut pas ensuite critiquer celui qui a reçu le suffrage du peuple. Vous pensez à Cellou Dalein Diallo ? Cellou Dalein Diallo a refusé de me recevoir, car il ne me reconnaît pas en tant que chef de file. Idem pour Sidya Touré et Lansana Kouyaté, qui ont tous boycotté les élections. Mais aujourd’hui, entre les députés et les membres de l’opposition extraparlementaire, j’ai la majorité de l’opposition avec moi.
L’ex-patron des patrons a attiré dans son cabinet plusieurs poids lourds de l’opposition extraparlementaire.
Bah Oury, Faya Millimono, plusieurs des anciens candidats à la présidentielle m’ont rejoint. Votre parti n’a que 4 députés, est-ce suffisant pour être légitime ? La loi est claire et fait de moi le chef de file de l’opposition. Petit parti, grand parti, ça ne veut plus rien dire ! C’est un faux débat. D’autant que les législatives se sont déroulées dans de mauvaises conditions et que les voix que nous avons recueillies ne correspondent pas au résultat d’au moins 20 députés que nous aurions dû obtenir, mais nous avons décidé de ne pas le contester. Vous avez été reçu le 2 mars par le chef de l’État. Qu’attendez-vous de ce dernier et qu’espérez-vous du dialogue national ? Nous avons déposé nos revendications, qui mentionnent notamment le cas des prisonniers politiques, le climat social, la fermeture des frontières avec le Sénégal et la Guinée-Bissau. Nous espérons que l’ensemble de l’opposition participera au dialogue, y compris l’UFDG. Une première réponse favorable du chef de l’État a été d’accepter que l’on voie les détenus [la visite à la maison d’arrêt de Conakry a eu lieu le lendemain de cet entretien, le 11 mars]. Mais Cellou Dalein Diallo continue de se déclarer président, ce qui bloque la situation. La crise est profonde. Propos recueillis à Conakry par Marième Soumaré JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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LE PROJET BOFFA-BOKÉ,
NOUVEAU PROJET MAJEUR POUR LA GUINÉE
F
ondée en 2014, la SMB est devenue en quelques années le principal producteur et exportateur de bauxite du continent africain. En 2019, le Consortium a exporté 43,5 millions de tonnes de bauxite, soit plus de 60% de la production guinéenne. Le 16 juin 2021, la SMB va inaugurer le Projet Boffa-Boké, nouvelle avancée majeure pour l’industrie minière en Guinée. Ce projet intégré comprend la construction d’une ligne de chemin de fer de 135 kilomètres, la production et l’exploitation industrielle de ressources de bauxite dans les nouvelles zones minières de Santou II et de Houda, ainsi que la construction et l’exploitation d’une rafinerie d’alumine dans la zone économique spéciale de Boké.
LA SMB,
NOUVEL ACTEUR DU RAIL GUINÉEN Durant cette phase de construction, WCRG s’est engagé à promouvoir le contenu et l’emploi local. Ainsi, de nombreuses entreprises guinéennes participent actuellement en tant que sous-traitant à la construction de la voie ferrée contribuant à la création de nombreux emplois. Avec le Projet Boffa-Boké, la SMB contribue au transfert de technolo-
gies et à la formation locale. Dans le cadre du Schéma Directeur des Infrastructures Auxiliaires aux Mines (SDIAM), les entreprises sont incitées à explorer toutes les opportunités de mutualisation sur les infrastructures publiques ou privées déjà opérationnelles et sur les nouvelles en construction.
CRÉER UN CORRIDOR AGRICOLE POUR UNE CROISSANCE DURABLE EN ZONES MINIÈRES
COMMUNIQUÉ
JAMG - PHOTOS DR
La SMB accorde une importance particulière à l’après-mine, en privilégiant notamment les projets dans l’agriculture, toujours en s’appuyant sur des partenaires locaux. Dans les localités de Kaboye, Katougouma, Dapilon, Dabis et Karick-Madina, la SMB a soutenu le développement de projets agricoles et a notamment introduit la culture sous serre dans la région de Boké.
UNE NOUVELLE GÉNÉRATION D’INGÉNIEURS FERROVIAIRES GUINÉENS AVEC LE CONSORTIUM
A
vec plus de 10000 employés, le Consortium SMB-Winning est l’une des principales entreprises de Guinée. Le département des ressources humaines a donc un rôle stratégique au sein de l’organisation afin que le groupe puisse mener à bien sa stratégie d’entreprise en comptant sur l’engagement et les compétences de chacun des employés. Conscient de la nécessité d’investir dans le capital humain pour la performance du groupe, le Consortium va prochainement mettre en place un partenariat
avec l’Institut ferroviaire de Hunan. En mettant en place ce programme d’excellence, le Consortium souhaite contribuer à la montée en compétences d’une nouvelle génération d’ingénieurs ferroviaires guinéens. Pour la mise en place de ce cursus spécifique, le Consortium fournira un appui technique et financier : fourniture d’équipements pédagogiques, élaboration des programmes de formation, intervenants extérieurs, offres de stages et de recrutement… Investir dans la formation est la clé pour favoriser l’employabilité locale.
Société minière de Boké (SMB) SMB Building BP : 2162 Tombo 1, Kaloum, Conakry contact@smb-guinee.com
GRAND FORMAT GUINÉE
Modernisation et bitumage de rues à Conakry.
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
GRAND FORMAT GUINÉE
ÉCONOMIE
Divine surprise ! Non seulement il n’y a pas eu de récession en 2020, mais la croissance a été revue à la hausse, à 5,2 %. Une performance inattendue compte tenu de la difficile conjoncture mondiale. Explication. ALAIN FAUJAS
YOURI LENQUETTE POUR JA
J
usqu’à ce que les premiers résultats réels tombent, les prévisionnistes n’étaient pas franchement optimistes pour l’économie guinéenne. La pandémie avait mis à l’arrêt l’économie mondiale et stoppé l’activité des usines asiatiques et européennes qui traitent la bauxite, l’alumine et le fer sur le territoire guinéen. Elle avait aussi contraint le gouvernement à fermer les frontières du pays de septembre 2020 à février 2021. Ajoutez à ce sombre tableau que le confinement et les distanciations contribuaient à étouffer l’activité économique, les calculs des logiciels ne pouvaient qu’annoncer une forte chute du taux de croissance de 5,6 % en 2019 à 1,4 % en 2020. Erreur ! La surprise est d’abord venue de la Chine, dont les activités ont redémarré beaucoup plus vite que prévu, et qui a retrouvé un appétit d’ogre pour les productions minières de la Guinée. Lesquelles ont bondi de 18 % en 2020. Coincés par la fermeture des frontières, les orpailleurs ont arrêté d’exporter leur or en fraude et l’ont confié à la Banque centrale (BCRG), qui a ainsi vu passer 54 tonnes du précieux métal, contre 14 t en 2019. Pour parer aux dégâts
économiques, sociaux et humains du coronavirus, les bailleurs de fonds se sont montrés généreux. Le Fonds monétaire international a apporté 197 millions de dollars, la Banque mondiale 80 millions, et la Banque africaine de développement (BAD) 30 millions. La suspension de la charge de la dette a permis d’économiser 32 millions de dollars. Dans la tempête, la Banque centrale guinéenne a bien piloté les liquidités et le taux de change du franc guinéen.
Un essor à la chinoise
Mises bout à bout, ces bonnes nouvelles ont permis aux ordinateurs de voir la situation en rose et de relever le calcul du taux de croissance guinéen à 5,2 %, ce qui, dans la conjoncture mondiale actuelle, est digne d’une performance « à la chinoise » ! Le risque du surendettement de la Guinée est qualifié par le FMI de « modéré ». Seule l’inflation peine à redescendre vers le taux espéré de 8 %, restant à 10,2 % en 2020. Il n’y a plus qu’à attendre la mise en service du barrage de Souapiti, qui doublera la capacité électrique du pays, et, dans quelques années, celle de la montagne de fer du Simandou, pactole annoncé pour l’État qui en est copropriétaire JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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GRAND FORMAT GUINÉE (10 %) aux côtés d’investisseurs chinois, singapouriens et français. Le satisfecit est-il complet ? Pas tout à fait, car les données macro économiques de la Guinée ne rendent pas compte de certains déséquilibres dangereux pour le fonctionnement de l’État. Dans son rapport publié en décembre 2020, le FMI pointe un curieux phénomène. La production minière a augmenté de 18 %, et les exportations extractives ont bondi de 25 % l’an dernier, mais les recettes minières de l’État ont reculé de 9,4 % ! Commentaire du FMI : « Cette disparité entre les recettes de production n’a rien de nouveau et s’est creusée avec le temps, pour atteindre des dimensions colossales à la fin de la décennie 2010. » La faute à qui ? Un peu à tout le monde. Les entreprises minières faussent le prix de leurs transactions avec leurs filiales de façon à
localiser leurs vrais bénéfices dans les pays où ils sont le moins taxés. Le FMI déplore aussi de « vastes » exonérations au code minier. « La plupart des conventions signées après l’entrée en vigueur du code minier n’en respectent pas, à des degrés divers, les dispositions fiscales et douanières », souligne-t-il. Enfin, la production et l’exportation d’or artisanal ne sont pas soumises à l’impôt. Avec de tels handicaps fiscaux, la faiblesse du budget national n’est pas près d’être corrigée, et les services publics risquent de demeurer de médiocre qualité. Il semblerait qu’Alpha Condé partage ces critiques. Le président guinéen a intimé l’ordre à ses ministres de porter la pression fiscale du pays de 13 % à 20 % d’ici à 2025. Et pour cette nécessaire mise en ordre, il a, en février dernier, fait migrer, de la primature au palais présidentiel, la
REPÈRES
Une santé de fer… et de bauxite 2019 Croissance (PIB réel, à prix constants)
2020
2021
Projections (en %)
Secteur minier Secteur non minier
5,7 8,0 5,1
5,2 18,4 2,4
5,5 7,6 5,0
Inflation ( moyenne annuelle)
9,5
10,2
8,0
Solde budgétaire global
(en % du PIB)
– 0,5
– 3,6
– 2,4
Balance des paiements
2,2
– 1,8
– 0,4
Dette publique totale
365 19,5
40,4 23,8
43,2 28,4
(dons compris)
Dette publique extérieure
SOURCES : AUTORITÉS NATIONALES ET FMI, DÉC. 2020 - PNUD 2020
Les retards du développement humain
IDH
Indice de développement humain
0,477, soit le 178 e rang mondial sur 189 pays classés, contre une moyenne de 0,547 en Afrique subsaharienne
Espérance de vie
61,6 ans, dans la moyenne de 61,5 ans en Afrique subsaharienne
Urbanisation
35,8 %, au-dessous des 39,7 % de moyenne en Afrique subsaharienne
Population vivant au-desssous du seuil de pauvreté
(moins de 1,90 $ par jour) 35,3 %, moins que la moyenne de 45,7 % en Afrique subsaharienne
Durée moyenne de scolarisation
d’un Guinéen âgé de 25 ans 2,8 ans, au lieu d’une durée attendue de 9,4 ans, et d’une moyenne de 5,8 ans en Afrique subsaharienne
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Mission d’appui à la mobilisation des ressources internes (Mamri). Le FMI, la BAD, les Émirats et la France notamment apporteront leur expertise pour améliorer les performances des services fiscaux guinéens. La préférence d’Alpha Condé pour le secteur minier pose un autre problème. On comprend que les milliards apportés par le soussol sont indispensables à l’État pour faciliter son action dans les infrastructures et la lutte contre la pauvreté. Malheureusement, les mines sont des activités hautement capitalistiques qui créent peu d’emplois et dont les retombées locales sont médiocres. La fascination qu’elles exercent sur les dirigeants leur fait oublier le monde agricole. En Guinée, l’agriculture occupe 70 % de la population et représente 18 % du PIB. Les études de la Banque mondiale démontrent que l’augmentation de la production agricole et pastorale est l’un de moyens les plus efficaces pour faire reculer la pauvreté, qui frappe 44 % des Guinéens, en fournissant des emplois à des populations peu q ualifiées et analphabètes à 68 %.
Priorité à l’agriculture
L’exécutif remet donc l’agriculture au premier plan : celle-ci pourrait être diversifiée, grâce à l’abondance de l’eau et à l’étagement idéal des cultures en altitude, à condition d’être épaulée ; ainsi, 500 000 ha seront préemptés par l’État pour y développer l’agro- industrie et, à terme, contribuer à diviser par deux les importations alimentaires ; la Banque mondiale a promis 100 millions de dollars pour implanter des infrastructures agro-industrielles et aménager des pistes rurales qui faciliteront l’expédition des produits dans les zones de Conakry, Boké-Kamsar, et sur l’axe Conakry-Kindia ; enfin, 1 000 PME agricoles impactées par le coronavirus bénéficieront d’un soutien aux filières riz, maïs, pomme de terre, aviculture et pisciculture, d’un total de 9 milliards de francs guinéens (près de 960 000 euros). Le nouveau Plan national de développement économique et social (PNDES II) 2021-2025, en cours d’élaboration, sera l’occasion de mesurer la place de l’agriculture dans l’émergence guinéenne à l’horizon 2040.
GRAND FORMAT GUINÉE
INFRASTRUCTURES
Retards à l’aérogare de Gbessia Portés par une coentreprise entre l’État guinéen, Aéroports de Paris et le fonds Africa50, les travaux de modernisation de l’aéroport international de la capitale guinéenne, officiellement lancés en octobre 2020, n’ont toujours pas démarré. En cause : la crise sanitaire. DIAWO BARRY
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rapidement avait d’ailleurs été la cause de la restructuration du capital de la Société de gestion de l’aéroport de Conakry (Sogeac), devenue Sogeag. Ce qui a eu pour conséquence d’abandonner en route l’un des actionnaires, l’Agence française de développement (AFD), qui avait « des délais extrêmement importants pour prendre des décisions de participation ou de réévaluation de [ses] apports dans une société », avait estimé l’ancien ministre des Transports, Aboubacar Sylla. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, n’y a plus assez d’avions. La
Trois fois plus grand
« L’entreprise WIETC a déjà construit sa base et, le 22 avril, elle a commencé les travaux de construction de la clôture », ajoute notre interlocuteur de la Soja, afin de bien délimiter l’emprise du site et de le libérer d’éventuels étals informels, mais il n’est pas question d’empiéter ni de démolir d’autres concessions. « Tous les travaux se font sur la plateforme aéroportuaire », assure-t-on du côté de la Soja. La réunion d’Abidjan devrait permettre de débloquer la deuxième phase du projet, qui porte sur la construction de l’infrastructure proprement dite. La nouvelle aérogare, bâtie sur une superficie de 20 000 m2, sera trois fois plus grande que l’actuelle, appelée à être démolie, et elle permettra de doubler la capacité d’accueil de la plateforme, pour la porter à 1,5 million de passagers par an d’ici à 2031.
YOURI LENQUETTE POUR JA
I
nauguré en octobre 2020 en présence du chef de l’État, le chantier de modernisation et d’extension de l’aéroport international de Conakry-Gbessia, prévu pour durer deux ans et demi, n’a pas encore commencé. Raison invoquée : la pandémie de coronavirus qui « a particulièrement affecté le transport aérien », déplore un responsable de la Société de gestion de l’aéroport de Gbessia (Sogeag), joint à la mi-avril alors qu’il participait depuis Abidjan à une réunion du conseil d’administration regroupant les différents actionnaires, à savoir l’État guinéen (34 %) et le consortium formé par le fonds Africa50 (créé par la Banque africaine de développement) et Aéroports de Paris (Groupe ADP), qui se partagent à égalité les 66 % restant, par le biais d’une concession de vingt-cinq ans. Pourtant, dès l’an dernier, les 120 millions d’euros d’investissements nécessaires avaient déjà été mobilisés par les deux partenaires, et les travaux confiés au chinois Weihai International Economic & Technical Cooperative (WIETC), qui a remporté l’appel d’offres face au turc Summa – après la disqualification du français Sogea-Satom, dont le dossier était incomplet. La volonté du gouvernement de voir le projet avancer
RAM, entre autres, n’a toujours pas repris ses liaisons avec Conakry. Or ce sont les compagnies et les passagers qui font rentrer de l’argent dans un aéroport. De quoi chambouler les plannings financiers et le calendrier des remboursements. Rappelons que, et c’est le résultat d’un compromis entre autorités guinéennes, compagnies aériennes et agences de voyages, le montant de l’investissement mobilisé auprès de banques locales et sous-régionales sera remboursé par l’institution grâce à une redevance aéroportuaire de 2 à 3 dollars par passager sur le tarif actuel.
La plateforme aéroportuaire de Conakry-Gbessia est désormais gérée par Sogeag.
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Dernière mais longue ligne droite vers Simandou L’exploitation des blocs 1 et 2 du mégagisement de fer, attribuée au consortium sinosingapouro-guinéen WCS, suppose de lourds investissements dans les infrastructures ferroviaires. Mais les négociations entre partenaires prennent du temps… CHRISTOPHE LE BEC
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nfin. Après des mois de discussions – encore loin d’être terminées – entre les actionnaires de Winning Consortium Simandou (WCS), les autorités guinéennes et leurs partenaires opérationnels et financiers, la réalisation de la première infrastructure du mégaprojet d’exploitation du plus grand gisement de fer du continent a été officiellement lancée le 23 mars dernier, soit un an et trois mois après l’attribution des licences minières au consortium sino-singapouro-guinéen. Ce jour-là, Sun Xiushun, le président du conseil d’administration de WCS, a inauguré les travaux préparatoires du chantier des deux tunnels ferroviaires de la préfecture de Madina-Oula, au sud de Kindia, le long de la frontière s ierra-léonaise. L’infrastructure sera, avec ses quelque 20 km de galeries souterraines, la plus longue du genre en Afrique de l’Ouest. Il a qualifié l’événement de « jalon historique » pour la partie ferroviaire du projet, rappelant qu’elle était destinée non seulement à l’évacuation du minerai de fer de Simandou, mais également à celle d’autres ressources minérales, agricoles et forestières collectées le long d’une voie de 679 km allant du gisement jusqu’au futur port minéralier de Matakong. Le véritable lancement des travaux d’infrastructures et de développement de la mine semble cependant encore lointain. Les trois principaux
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actionnaires de WCS – le guinéen United Mining Supply (UMS), le singapourien Winning Shipping et le chinois Shandong Weiqiao – ont encore du chemin à parcourir avant de mener à terme ce mégaprojet qui attend son heure depuis plus de vingtcinq ans et doit coûter la bagatelle de 14 milliards de dollars. En effet, le chantier inauguré en grande pompe par Sun Xiushun, président-fondateur de Winning Shipping, en présence de Fadi Wazni, figure de proue du consortium en Guinée et PDG-fondateur d’UMS, et d’officiels guinéens, dont le ministre des Mines, Abdoulaye Magassouba, ne concerne que des études de géothermie et de déblaiement préalables à la construction des tunnels. Elles seront menées en direct par WCS et son sous-traitant, ERM. Les négociations en vue de sélectionner le maître d’ouvrage de toute l’infrastructure du chemin de fer minier et du port se poursuivent. Le groupe China Railways Construction Company
Ce grand projet devrait coûter 14 milliards de dollars, dont 8 milliards pour les voies ferrées. Mise en production prévue à l’horizon 2025.
(CRCC), déjà établi en Guinée – il construit actuellement la voie ferrée de 135 km Dapilong-Santou pour la Société minière de Boké (SMB), détenue par les mêmes actionnaires que WCS –, semble toujours tenir la corde, compte tenu de sa présence locale et de ses liens avec les actionnaires du groupe.
Rio Tinto, toujours dans la place
Mais les discussions, menées du côté de WCS par Sophie Xiaohui, achoppent sur les enveloppes budgétaires allouées pour cette infrastructure ferroviaire stratégique, que le consortium sino-singapouro-guinéen veut limiter au total à 8 milliards de dollars – 5 milliards pour la première voie et 3 milliards pour la seconde. Dans ce type de contrat, le diable se trouve dans les (nombreux) détails, et, selon nos informations, le groupe ferroviaire chinois se montrerait particulièrement tatillon sur les différentes clauses. Quant au montage financier du projet – forcément difficile et complexe au vu des montants faramineux à mobiliser, d’un marché du fer en demi-teinte et de la notoriété relative du consortium à l’échelon international –, rien ne filtre du côté de WCS. Pas plus que sur le calendrier d’exécution envisagé. On peut subodorer un soutien financier de Pékin à travers ses banques étant donné les partenaires chinois impliqués dans le projet, mais
GRAND FORMAT GUINÉE
SÉNÉGAL MALI
GUINÉEBISSAU
ZONE BAUXITE
RUSAL
SMBWinning
CBG
Kamsar
ZONE BAUXITE, FER ET OR
Télimélé
GAC Boffa
Kaléta
Siguiri
Diabola
RUSAL
Fria
Anglogold Ashanti
Dinguiraye
Labé
Santou
Sangarédi
Boké
Norgold
SMBWinning
Kouroussa
ZONE BAUXITE ET FER Mamou
Kindia
Mandiana
Bellzone Mining
Kankan Faranah
Sycamore Mining
Dubréka Coyah
Futurs tunnels de Madina-Oula
CONAKRY Forécariah
ZONE FER, OR ET DIAMANT
Gisements
Bauxite Océan Atlantique
SIERRA LEONE
Kissidougou
Kérouané
Or
WCS
Fer
Beyla
Voie ferrée en projet Voie ferrée existante
Macenta
Ports minéraliers Existant
Simandou Nord (blocs 1 et 2)
En projet
LIBERIA
Simandou Sud (blocs 3 et 4)
Rio Tinto Chinalco
Nzérékoré
X Actionnaire principal
100 km
HPX
JEUNE AFRIQUE
Matakong
CÔTE D'IVOIRE
Principaux projets et infrastructures du secteur minier
le consortium chercherait également à obtenir un prêt syndiqué de banques occidentales, notamment françaises. Autres discussions qui ont nécessairement cours actuellement, celles entre Rio Tinto, titulaire des permis 3 et 4 du mont Simandou, situé plus au sud que les permis 1 et 2 attribués à WCS. Après avoir été un temps censé quitter la Guinée, le géant minier anglo-australien n’a pu vendre ses parts à son coactionnaire minoritaire,
Chinalco, et est donc toujours dans la place. Son nouveau directeur général, Jakob Stausholm, nommé en janvier, n’a pas officiellement arrêté de stratégie sur ce qu’il allait faire de ces gisements, que le groupe détient depuis 1995. La réalisation de l’infrastructure ferroviaire et portuaire pourrait lui permettre une entrée en exploitation à un moindre coût… à condition de trouver un modus operandi avec WCS – ce que souhaite vivement Conakry.
Mais, là encore, aucune information n’a filtré. Pour l’instant, le calendrier d’entrée en exploitation des blocs 1 et 2, annoncé à l’horizon 2025 par Fadi Wazni, reste le même. Mais il est probable que l’allongement de la durée des discussions avec Rio Tinto et CRCC, sans oublier la pandémie de Covid-19, qui complexifie la logistique, retardent de quelques mois ce mégaprojet crucial pour l’économie guinéenne. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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ETI, PARTENAIRE DE LA DIGITALISATION DES ENTREPRISES GUINÉENNES UNE EXPÉRIENCE SOLIDE La société intervient dans différents domaines d’activités : CONNECTIVITÉ. ETI a déployé l’un des réseaux de fibre optique les plus dense de Guinée, avec plus de 300 km de fibre sécurisée. INTÉGRATION DE SOLUTIONS. ETI est la seule société en Guinée focalisée sur le monde IP et data. Purement orientée « corporate », seul ETI propose aujourd’hui en Guinée des solutions globales de par sa double activité « Fournisseur d’Accès Internet » + « IT business solutions provider ». La société se positionne comme leader sur ce marché et adresse désormais le segment « Hospitality » au niveau panafricain. Les références sont nombreuses et multi-sectorielles : conception, mise en œuvre et exploitation du réseau du système national de paiement en Guinée ; conception et mise en œuvre du réseau Cisco Wan pour BNP Paribas Guinée (BICIGUI) ; mise en œuvre et exploitation d’un réseau de fibre optique pour l’accès à Internet et les lignes privées (Bolloré). APPLICATIONS MÉTIERS. Experte des solutions sur mesure quel que soit le secteur d’activité, ETI détient à son actif plusieurs contrats obtenus ces dernières années qui viennent s’ajouter aux références précitées : Tonnerre (Électricité de Guinée depuis décembre 2017) ; Duty (Direction Nationale des Impôts depuis 2010) ; Humy (Fonction Publique de la République de Guinée depuis 2014) ; Escale (Port autonome de Conakry depuis 2001).
Créée en 1984 par Latif Taleb, ETI est une société de télécommunications internationale, de droit guinéen orientée et spécialisée en IT Business Solutions, Télécommunications et Machine-to-Machine. Elle propose des solutions clés en mains aux entreprises de toute taille et de tous les secteurs. La particularité de la société réside dans le fait d’être à la fois un opérateur de télécommunications, un intégrateur et un développeur d’applications. « Nous proposons aux sociétés de la place, des solutions sur mesures ou clés en main, quel que soit le secteur d’activité et la taille de l’entreprise » affirme Latif Taleb. ETI a des clients dans les secteurs de la finance, des mines et des hydrocarbures, les télécommunications, l’industrie et l’hôtellerie. Elle travaille également pour les organisations internationales, l’État et la sécurité publique. Entreprises nationales ouvertes sur le monde ou multinationales souhaitant poursuivre son plan de développement digitale à partir de la Guinée, ETI est avant tout le partenaire technologique qui accompagne ses clients à répondre sans cesse aux défis d’un monde de plus en plus connecté. ETI est le Pionnier en infrastructure et solutions digitales pour les entreprises. LA SOCIÉTÉ OFFRE DEUX GRANDS TYPES DE SERVICES : • Conception, installation, opération et maintenance des infrastructures critiques
de Télécommunication et IT pour les entreprises de toute taille, depuis la PME jusqu’à la filiale d’un groupe multinational dans un environnement où la continuité de service et la performance sont essentielles et indispensables au succès opérationnel. • Fourniture de solutions globales pour les applications et missions critiques d’entreprises. « Nous intervenons en qualité de Point de Contact Unique (SPOC) afin de fournir à nos clients des solutions fiables, innovantes, et indépendantes des équipementiers/éditeurs et opérateurs » précise Latif Taleb. ETI s’appuie sur un pool d’experts importants et travaille dans un écosystème de partenaires internationaux techniques et commerciaux. « Nous avons une grande expérience dans des environnements difficiles, des zones géographiques à risques, où les accès, l’énergie, le climat, l’environnement socio-politique, logistique, peuvent être problématiques » ajoute Latif Taleb.
COMMUNIQUÉ
Trois questions à Latif Taleb, Président Directeur Général d’ETI SA
La solution MultiBio, développée par ETI c’est : • la promesse d’une gestion de l’identité biométrique, • la maitrise de la délivrance de documents sécurisés et de qualité, • un service efficient de contrôle et de bonne gestion du droit associé. ✔ La MultiBio d’ETI permet de mettre en œuvre un système de gestion de l’identité des personnes en conformité avec la législation en vigueur, dans le respect des décrets et ordonnances d’application. ✔ Grace à MultiBio, les clients peuvent acquérir, déployer, exploiter et maintenir un système informatique permettant de fournir un service de qualité aux personnes et tiers bénéficiaires. ✔ MultiBio permet de maitriser les processus métiers en termes de coûts, de performances, de qualité, d’analyse de risques, et de les améliorer en appliquant une méthodologie adaptée et éprouvée pour la gestion de l’identité des personnes. ✔ La solution MultiBio s’adapte aux évolutions de la législation de façon maitrisée, sans besoin de tout redéployer, tout en maintenant le niveau de compétence pour utiliser le système au meilleur de ses capacités. NOUS SOMMES CAPABLES DE MENER À BIEN DES PROJETS D’ENRÔLEMENT, DE RECENSEMENT ET D’IDENTIFICATION DES PERSONNES. Le plus technologique MultiBio MultiBio intègre toutes les dernières avancées dans le domaine de la biométrie et répond aux besoins d’unicité et de sécurité requis pour un système identitaire. Elle intègre également une large gamme d’applications : - système de reconnaissance par empreinte digitale, - système de reconnaissance faciale, - système de reconnaissance de l’iris, - solution de recensement biométrique de personnes, - solution de sécurisation de documents, - solution de référence pour la gestion intégrée de l’état-civil gestion intégrée de la personnalisation et de la production de eDocuments, - système automatisé de gestion des cartes, - inscription, personnalisation et gestion du cycle de vie des cartes infrastructures à clé publique, - solution de gestion intégrée de présence salariale ou scolaire.
Pouvez-vous présenter votre société ? Créé il y a plus de 35 ans, ETI s’est hissé au premier rang des entreprises guinéennes dans la fourniture d’équipements et de solutions informatiques, notamment dans l’accès Internet, l’intégration de Système, le Développement spécifiques et les applications biométriques. Combinant valeur ajoutée et innovation dans les solutions apportées, qualité et performance des services délivrés, ETI est le partenaire de référence des grandes entreprises et institutions qui recherchent le meilleur usage du numérique pour assurer leur développement et leur compétitivité. Notre vision globale est de nous positionner comme étant le fournisseur de premier choix en matière de solutions IT et de télécommunications basées sur une culture de l’innovation dans notre offre de services.
Quelle est votre stratégie ? Aujourd’hui, fort de l’expérience acquise sur le plan local, et conscient des enjeux de la mondialisation, nous développons au sein d’ETI une véritable stratégie visant à promouvoir nos activités hors frontières. C’est avec allégresse que nous poursuivrons notre mission, convaincus que la valeur, le dévouement de nos collaborateurs et la confiance acquise auprès de nos clients sont pour nous le meilleur garant de la réussite. La maîtrise de nos différents secteurs garantit sur chaque mission une efficacité opérationnelle et une satisfaction clients maximale. L’objectif de la société ETI est de révolutionner le marché de la digitalisation et de réduire la fracture numérique, afin de participer activement au développement socioéconomique de la Guinée et cela, en Guinée.
Comment maintenez-vous le cap avec le Covid 19 ? Le Covid-19 a été un accélérateur de la digitalisation pour l’ensemble des pays et acteurs économiques. Nous nous inscrivons dans cette même dynamique et maintenons le cap de notre développement en continuant de moderniser aussi bien chez nous que chez nos clients, les outils et méthodes de travail. Nous proposons et fournissons des solutions innovantes et digitales pour être toujours en phase avec le défi technologique mondial.
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MultiBio
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« NOUS PUISONS NOTRE EXPERTISE D’UNE CULTURE DE L’INNOVATION QUI NOUS PERMET DE PROPOSER UNE OFFRE DE SERVICES ET SOLUTIONS À LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE »
GRAND FORMAT GUINÉE
INDUSTRIE
Sonoco ajoute plusieurs cordes à son arc Présent dans la distribution, l’immobilier et la finance, le groupe vient de lancer une gamme de boissons, a pris des parts dans Sunu Assurances, s’apprête à inaugurer une usine de bouillon cube. Sans oublier un centre d’affaires au cœur de Conakry. DIAWO BARRY
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Son complexe industriel, qui occupe désormais une superficie de 8 hectares dans la zone industrielle de Sonfonia, dans le nord de Conakry, vient de s’agrandir avec la nouvelle usine de sa filiale Agro Food Industrie. Créée en 2018, cette dernière a déjà racheté Nestlé Guinée – dont elle fabrique et distribue les produits –, et, en décembre 2020, elle a lancé une nouvelle gamme de boissons sans alcool (jus de fruits 100 % naturels, eau minérale, eaux aromatisées ou gazeuses, sodas, boissons énergétiques…) commercialisée sous la marque Salam. L’infrastructure a nécessité un investissement de 40 millions d’euros et comprend une unité de traitement de l’eau (pompée à une centaine de mètres de profondeur grâce à trois forages), ainsi que deux chambres froides pour stocker la matière première importée d’Allemagne – tel le blé qui alimente la minoterie voisine de LMA. Elle dispose d’une capacité
Le PDG du groupe, Mamadou Saliou Diallo. DR
D
u haut de son bureau situé au 5e étage de l’immeuble Sonoco, dans le centre-ville de Kaloum, à Conakry, Mamadou Saliou Diallo voit loin. « Tous les secteurs stratégiques sont détenus par des étrangers : le port, l’aéroport, les banques, les mines… Cela doit changer », martèle l’emblématique capitaine d’industrie guinéen « Saliou Kégnéko », ainsi que l’appellent ses proches. Beaucoup de choses ont déjà changé dans la vie de celui qui était un petit distributeur de pains dans les années 1980 et connaissait alors toutes les boulangeries et ruelles de Conakry, avant de se lancer dans l’import grâce à un prêt accordé par sa belle-mère. En 1992, l’entrepreneur autodidacte crée la Société guinéenne d’investissement (SGI), qui, en 2004, deviendra la Société Nouvelle de commerce (Sonoco). Il emploie aujourd’hui plus de 1 000 personnes dans des secteurs aussi divers que la distribution, la construction et l’immobilier, le transport et la logistique, la finance – avec des sociétés leaders telles que AM Transit, Métal Import, Global Investment and Construction (GIC SA), la Nouvelle Compagnie d’investissement –, sans oublier l’agroalimentaire, avec, entre autres, Les Moulins d’Afrique (LMA, lire pp. 228-230), numéro un de la farine dans le pays. À 59 ans, l’homme d’affaires ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
de production de 1 million de tonnes de boissons par jour, conditionnées en bouteilles et en boîtes. Avec Salam, Agro Food Industrie ambitionne d’être le leader du marché des jus en Guinée d’ici à deux ans. Sur le même site, l’autre chantier d’Agro Food Industrie est celui de sa future usine de bouillon cube et de tablettes crevettes, une grande bâtisse en béton armé « achevée à 90 % », précise son directeur général, Thierno Ismaël Niang, recruté après avoir travaillé vingt-neuf années chez Nestlé. L’usine, qui a nécessité un investissement de 26,5 millions de dollars, sera opérationnelle avant la fin de l’année et dotée d’une capacité de 20 000 t par an.
Nouveau fleuron, la tour Niger
Toujours sur le site de Sonfonia, mais également sur celui de Matoto (commune du sud-est de Conakry), Métal Import, filiale de Sonoco fondée en 2011, qui fabrique des tôles, du fer et des pointes à béton, redouble d’activité… notamment pour fournir le chantier de la tour Niger, nouveau fleuron du groupe – et de la capitale. Construite dans le centre de Kaloum pour 25 millions de dollars d’investissement, elle devrait être inaugurée au troisième trimestre de 2021. « C’est un concept immobilier pour l’émergence d’un business center, le premier en Guinée. Et ce sera l’un des meilleurs en Afrique de l’Ouest », assure son directeur général, Thierno Malick Barry, qui est aussi le
DR
GRAND FORMAT GUINÉE
Palettes de la nouvelle gamme de boissons Salam dans les entrepôts d’Agro Food Industrie, sur le site industriel du groupe, à Sonfonia, dans le nord de Conakry.
représentant pays du groupe Regus, spécialiste international de la domiciliation d’entreprises, des espaces de coworking et des centres d’affaires. La tour Niger comprend un centre commercial de dix-huit boutiques au rez-de-chaussée (vêtements, électroménager, transfert d’argent et services divers) ; des bureaux privés modulables, ainsi que deux espaces de coworking et de VIP (1er et 2e étages) ; des espaces de bureaux à louer (et à aménager) du 3e au 11e étages, et six appartements entre 220 et 280 m2, équipés de bureaux, ainsi qu’une salle de gymnastique commune (aux 12e et 13e étages).
Pas d’effet d’annonce
« Je n’aime pas faire les choses à moitié, c’est pourquoi je m’associe aux meilleurs dans chaque domaine », précise Mamadou Saliou Diallo, qui s’est accompagné de l’expertise de Regus pour le centre d’affaires de la tour Niger, et travaille avec le groupe allemand Krones, spécialiste des
lignes d’embouteillage et de conditionnement de liquide, pour les activités boissons d’Agro Food Industrie, et avec le suisse Buhler, leader mondial des chaînes logistiques agroalimentaires, qui a installé la minoterie de LMA.
Pour la conception de son business center, Mamadou Saliou Diallo s’est associé au groupe Regus, l’un des leaders mondiaux du secteur. Sonoco vient par ailleurs d’intégrer le marché de l’assurance en devenant actionnaire du groupe panafricain Sunu à hauteur de 15 %. « Cela entre dans notre stratégie de diversification et dans notre volonté de développer nos services dans notre
pays, mais également dans la sous- région », explique Mamadou Saliou Diallo. Prochaine étape, la banque ? « Je n’aime pas les effets d’annonce, je ne fais pas de “pose de la première pierre”, rétorque-t-il. Quand le président me demande quels sont mes projets, je réponds que je préfère ne pas en parler, pas avant qu’ils soient inaugurés et concrets. » Un brin nostalgique, Saliou Kégnéko se remémore l’époque où il ne faisait qu’acheter et revendre. « Il y a des années, quand il était simple ministre de l’Économie, l’actuel Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, avait réuni les opérateurs économiques pour leur expliquer les avantages de quitter l’informel. Plus tard, à son retour des États-Unis, il a visité l’usine de farine des Moulins d’Afrique. Il en était très fier. Je crois qu’on compte de plus en plus d’industriels parmi les opérateurs économiques. » Et c’est là l’un des objectifs prioritaires fixés pour accélérer la croissance en Guinée. JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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AGENCE NATIONALE DES INFRASTRUCUTRES MINIÈRES (ANAIM) En optimisant l’utilisation des infrastructures minières, la Guinée a boosté son attractivité auprès des investisseurs privés
Créée en juin 1995, l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM) est l’organisme public en charge de la conception, de l’étude, du financement et de la construction des infrastructures minières en Guinée. Véritable innovation en matière de politique minière, l’ANAIM a développé l’utilisation en commun de ces infrastructures par les acteurs miniers. Une initiative saluée par l’OCDE.
D
ans le cadre de la stratégie de la politique minière engagée par son Excellence, le Président de la République, Professeur Alpha CONDE, le Gouvernement a adopté, en 2011, un schéma directeur des infrastructures minières qui comprend le Corridor Nord-Ouest, le Corridor Central et le Corridor Sud-Est. Ce schéma vise à créer un réseau cohérent et performant des infrastructures ferroviaires et portuaires permettant d’optimiser les ressources minières du pays.
Grâce à ces investissements, la production de bauxite de la Guinée est passée de 14 millions de tonnes en 2010, à 60 millions en 2018, en incluant la production de la Société minière de Boké (SMB), estimée à plus de 30 millions de tonnes environ. La Guinée se place ainsi au 3ème rang mondial des pays producteurs de bauxite derrière la Chine et l’Australie. Elle est par ailleurs le premier fournisseur de la Chine. Dans cette optique de valorisation des resLamine CISSE, directeur général de l’ANAIM
sources de la Guinée, l’ANAIM, sous la direction de Lamine CISSE, Directeur Général, et avec l’appui du Ministère des Mines et la Géologie, s’est engagée dans les négociations avec des compagnies privées minières en vue de permettre une utilisation commune des infrastructures.
Une initiative originale : la mutualisation des infrastructures minières Le principe de la mutualisation des infrastructures a été introduit en 2015 dans les différents accords, notamment l’Accord de concession renouvelé liant l’État, l’ANAIM et la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG). Ce principe, véritable innovation en matière de politique minière, admet l’utilisation en commun des infrastructures minières par différentes entreprises minières, afin d’améliorer leur compétitivité par la diminution des coûts d’investissement et d’opération mais aussi de préserver une égalité de traitement entre les différents acteurs miniers. Parmi tous ces accords signés, notons principalement les Contrats d’opérations multi-utilisateurs (ANAIM/CBG/GAC/COBAD) et d’opérations portuaires (ETAT/ANAIM/CBG/GAC), conclus le 24 juin 2015, portant respectivement sur l’utilisation en commun du chemin de fer et du port. Aux termes de ces accords, la production at-
teindra 51 millions de tonnes en 2021 et plus de 70 millions à l’horizon 2027. D’autre part, il y a lieu de souligner que le Contrat d’opérations multi-utilisateurs a été positivement remarqué par l’OCDE, qui le considère comme étant une des meilleures pratiques, à travers son initiative « Dialogue des politiques axées sur les ressources naturelles ».
Des résultats concrets Sur le même Corridor Nord–Ouest, en dépit d’un contexte international difficile marqué par le Covid-19, la Guinée a réussi à attirer plusieurs investisseurs dans la zone. Les prévisions sont entre autres : CHALCO (12 millions de tonnes en 2021 et 30 millions de tonnes en 2024), KIMBO (10 millions de tonnes à partir de 2021), EURASIAN (20 millions de tonnes en 2021 et 40 millions de tonnes en 2024) GBT-AXIS (10 millions de tonnes en 2021). L’ANAIM s’est engagée dans des partenariats visant à faciliter l’opérationnalisation du fleuve Fatala, dans le respect des exigences sociales et environnementales du pays. Avec de telles prévisions, à l’horizon 2024, la Guinée sera le premier producteur de bauxite dans le monde.
COMMUNIQUÉ
LE RÔLE CLÉ DE L’ANAIM
AGIR POUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN
L’ANAIM EST CHARGÉE SPÉCIFIQUEMENT : D’assurer la maîtrise d’ouvrage de tout projet d’aménagement, de construction et d’extension des infrastructures minières concernées. D’assurer, en lien avec les services ou organismes compétents de l’État, la mobilisation des financements, la négociation des accords et la réalisation des investissements.
De réaliser, de faire réaliser ou de contrôler toutes les études techniques, économiques et financières relatives aux projets d’infrastructures minières et d’assurer tout acte de gestion ou d’administration y afférent.
Port de Konta : extension en vue Quant au Corridor Sud, il y a lieu de citer le port de Konta où plusieurs sociétés minières envisagent de l’utiliser pour l’évacuation de leurs minerais, dont notamment Ashapura, la SBG, Elite Mining, Sonit SARL, etc. Des négociations sont en cours avec des partenaires pour l’extension et l’exploitation dudit port en vue de redémarrer les exportations de tous types de minerais. « Mon ambition est de traduire de façon efficace et efficiente dans tous les ports miniers la politique minière exprimée par le Président de la République, en termes d’infrastructures et d’équipements nécessaires aux activités des sociétés minières » affirme Lamine CISSE.
L’ANAIM a lancé une série d’initiatives afin d’améliorer les conditions de vie des travailleurs des sociétés minières et des populations : RÉNOVATION ET CONSTRUCTION DU VILLAGE CBG Ce site d’une superficie de 6 ha est en cours de réhabilitation et d’extension pour offrir aux sociétés minières un véritable endroit de séjour et de travail à Conakry. HÔPITAL DE KAMSAR L’ANAIM a doté l’hôpital de nouveaux équipements (scanner, incinérateur, autoclave, microscope opératoire pour l’ophtalmologie, etc.). Et pour désengorger cet hôpital, l’ANAIM et la CBG ont lancé les travaux de construction d’un hôpital communautaire à Kamsar. CENTRE DE DIALYSE L’ANAIM, en partenariat avec SMEDI, un groupe tunisien spécialisé dans le domaine médical, a démarré la construction d’un centre de dialyse à l’hôpital de Kamsar. CONSTRUCTION DE LOGEMENTS POUR LES TRAVAILLEURS La ville de Kamsar connait une pénurie de logements, l’ANAIM a entrepris la construction de 26 appartements.
ANAIM République de Guinée MANQUEPAS, Kaloum en face de l’Église Anglicane, Contact : (+224) 62 57 55 800 Email : receptionanaimguinee@gmail.com
JAMG - PHOTOS DR
D’assurer le contrôle de l’exécution des conventions de concession, ou d’affermage, des contrats et accords ainsi que des conventions de cession de patrimoine, des cahiers de charges conclus avec les concessionnaires ou utilisateurs du secteur minier d’une part et les bailleurs de fonds d’autre part.
GRAND FORMAT GUINÉE
AGROALIMENTAIRE
Des moulins qui tournent à plein régime L’industrie meunière couvre largement la consommation nationale de farine et alimente même le marché sous-régional. Ses deux minotiers, Les Moulins d’Afrique et les Grands Moulins de Conakry, ne lésinent pas sur les investissements, alors qu’un troisième concurrent est en train de s’installer.
YOURI LENQUETTE POUR JA
DIAWO BARRY
L’usine de LMA, coentreprise entre le groupe guinéen Sonoco et le marocain Les Moulins Lahlal, est opérationnelle depuis 2014.
A
vec une capacité de production cumulée de 2 100 tonnes de farine par jour, l’industrie meunière guinéenne couvre largement la demande nationale. Deux minoteries assurent cette production : d’une part, Les Moulins d’Afrique
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(LMA), coentreprise créée par le groupe guinéen Société nouvelle de commerce (Sonoco, lire pp. 224-225), de Mamadou Saliou Diallo, en partenariat avec le marocain Les Moulins Lahlal, et, d’autre part, les Grands Moulins de Conakry (GMC), filiale du groupe Taher Fabrique de Guinée
(Tafagui), de l’homme d’affaires d’origine libanaise Ibrahim Taher. Installée dans la zone industrielle de Sonfonia, à Conakry, et opérationnelle depuis mars 2014, la minoterie LMA a nécessité un investissement de près de 30 millions de dollars. Tout y est ultramoderne et contrôlé :
COMMUNIQUÉ
UMS ,
leader de l’extraction du transport et de la logistique minière en Afrique de l’Ouest AVEC LE RACHAT D’ALTEO, UMS RENFORCE SON POSITIONNEMENT SUR LA CHAÎNE DE VALEUR DE L’ALUMINIUM
En parallèle, le groupe UMS est actionnaire des deux principaux projets miniers africains : • La Société Minière de Boké (SMB), principal producteur et exportateur de bauxite du continent africain, avec 43,5 millions de tonnes en 2019 qui a obtenu le droit d’exploitation du chemin de fer de 135 km reliant Boffa-Boké à travers la société WCRG, pour le transport d’une partie de ses ressources. • Winning Consortium Simandou (WCS), le plus important projet minier actuellement au monde, représentant 15 milliards de dollars d’investissements dans le développement de gisements de fer en Guinée forestière, incluant la construction d’une voie ferrée de 650 kilomètres et d’un port en eau profonde à Matakang.
FRANÇOIS MOURA POUR ALTEO
La société UMS, forte de plus de 3500 employés propose des solutions sur-mesure adaptées aux besoins de chacun de ses clients pour répondre à toutes les demandes en matière de transport. Soutenu par un réseau de sous-traitants de plus de 600 camions, en supplément de sa propre flotte, qui représentent 60 % des volumes transportés, le groupe UMS a su au fil des années diversifier ses activités, du transport aérien à l’importation et distribution de carburant tout en s’attaquant récemment au marché des alumines de spécialité.
En difficultés depuis plusieurs années, la reprise d’Alteo par UMS va permettre de développer sur le site de Gardanne un outil de pointe, d’augmenter les moyens de production, renforcer le réseau de clientèle et d’investir dans les outils de R&D. Avec ce rachat, UMS intègre des compétences qui seront utiles pour ses projets de raffinerie en Guinée, notamment concernant le procédé Bayer où Alteo dispose de la meilleure technologie disponible au niveau mondial permettant d’avoir les plus hauts standards en termes de respect de l’environnement. Avec cette opération, UMS incarne l’excellence des entreprises du secteur minier guinéen, capable de s’imposer avec des projets industriels ambitieux dans le paysage mondial grâce à ses performances opérationnelles et commerciales face à des concurrents internationaux.
Pour en savoir plus : www.ums ww.ums-international.com international.com Immeuble WAZNI, Tombo 1, Kaloum, Conakry, Guinée – BP 2162
JAMG - PHOTO © DR
Fondé en 1995 en Guinée, le groupe United Mining Supply (UMS) est spécialisé dans le transport et l’offre de solutions de logistique intégrée pour accompagner les sociétés minières et industrielles dans leurs projets.
GRAND FORMAT GUINÉE les échantillons de blé importé d’Allemagne sont soumis à une série d’analyses réalisées en interne et par correspondance en France, avant de passer par un moulin d’essai ; une production expérimentale de pain est réalisée, etc. Bénéficiant de la confiance des bailleurs de fonds, la société a obtenu 25 millions de dollars d’IFC (Groupe Banque mondiale) en juillet 2019, afin de construire six silos à grain supplémentaires pour accroître ses capacités et de développer ses exportations dans la sous-région. Numéro un de son secteur en Guinée avec une production de 1 200 t par jour et une part du marché national de 80 %, LMA commercialise sa farine fortifiée sous la marque AGB (Association guinéenne des boulangers). La société l’exporte également en Sierra Leone et au Liberia voisins et produit par ailleurs 250 t de son par jour (t/j) pour l’alimentation du bétail et des volailles, dont une grande partie est exportée vers le Sénégal. Opérationnels depuis mars 2016 et implantés dans la zone industrielle de Kagbélein (Dubréka), les Grands Moulins de Conakry (GMC) ont nécessité un investissement de 80 millions de dollars. Et disposent d’une capacité d’écrasement quotidienne de
900 t de blé pour une production de 650 t/j de farine, exclusivement vendue en Guinée, sous la marque Bravo. Ils réalisent un chiffre d’affaires annuel de près de 100 millions de dollars. Parallèlement, l’entreprise est en train d’installer une unité consacrée à la nutrition animale, dont les activités doivent démarrer en octobre 2021.
Saine concurrence
Le directeur général de GMC, Christophe Ratier, qui dispose d’une trentaine d’années d’expérience dans le secteur, est plutôt fier du parcours réalisé en cinq ans. « J’ai rencontré Ibrahim Taher à Casablanca. Il m’a dit : “Toi, tu travailleras pour moi”, et j’ai répondu : “Pas de problème.” Cinq ans plus tard, il m’annonçait qu’il démarrait et me demandait de venir. Résultat, alors que nous n’avions aucun client en 2016, nous avons réussi à nous imposer sur le marché national. Sur les 550 000 sacs de farine consommés chaque mois en Guinée, nous en produisons environ 55 %. » Autant dire que LMA et GMC ont tous deux le vent en poupe et se livrent une saine concurrence. D’autant que d’autres moulins ont jeté l’éponge ces dernières années – les Moulins d’or ont suspendu leurs
activités, et les Grands Moulins de Guinée sont en liquidation judiciaire – et que les deux concurrents ont plus d’un terrain où se confronter : de même que Sonoco, le groupe Tafagui est présent dans l’industrie métallurgique, le transport et la distribution alimentaire, et tout comme la filiale Agro Food Industries de Sonoco, qui s’apprête à ouvrir une usine de bouillon cube, GMC en fabrique déjà (en cube et en poudre) et doit lancer prochainement une unité de production de biscuits et de bonbons, qui seront également commercialisés sous la marque Bravo. Reste qu’un troisième acteur pourrait changer la donne. En effet, non loin du site industriel de GMC, l’homme d’affaires Mamadou Bobo Barry – plus connu sous le nom de Bobo Hongkong, patron de la société Global multi-service – est en train de construire sa minoterie (un investissement de 14 millions de dollars), qui devrait commencer à tourner en octobre, avec une capacité d’écrasement de 500 t/j. Mamadou Bobo Barry connaît bien le secteur pour avoir été importateur de farine. Toutefois, prévient Christophe Ratier, « s’il y a certes de la place pour tout le monde, pour passer de commerçant à industriel, il y a un océan ».
YOURI LENQUETTE POUR JA
La farine fortifiée de LMA est commercialisée sous la marque AGB, et celle de GMC sous le label Bravo.
LMA teste ses farines dans le laboratoire de boulangerie installé au sein de son site industriel de Sonfonia.
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JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
BIENVENUE AU NOOM HOTEL CONAKRY NOOM HOTEL CONAKRY : UN HÔTEL CONTEMPORAIN ET ICONIQUE AU COEUR D’UN QUARTIER D’AFFAIRES Le Noom Hotel Conakry, hôtel 5 étoiles, est situé, comme son nom l’indique, au cœur de la capitale économique et politique de la Guinée. Placé en plein centre-ville dans le quartier d’affaires de Kaloum : le poumon économique de la cité, il est à seulement 13 km de l’aéroport international de Conakry : Gbessia.
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GRAND FORMAT GUINÉE
Tribune Baba Hady Thiam Avocat aux barreaux de Guinée et de Paris, cofondateur du Guinean Young Professionals’ Club
« Notre essor économique passera par nos entrepreneurs »
O
n ne peut que saluer les progrès réalisés par la Guinée dans les secteurs de la bauxite et du fer, après des décennies d’espoirs déçus. Pourtant, force est de constater que les milliards de dollars d’investissements consentis par les sociétés minières ont des effets limités sur la prospérité des Guinéens. Malgré leur extraordinaire essor, les activités extractives représentent toujours moins de 3 % des emplois. En réalité, c’est dans les services, l’industrie et l’agriculture que se joue l’avenir économique du pays. La bonne nouvelle, c’est que nombre de Guinéennes et de Guinéens sont animés d’un fort esprit e ntrepreneurial et se lancent avec succès dans de nombreux domaines. Ainsi, Mountaga Keïta, fondateur de Tulip Industries, a contribué à l’effort de lutte contre le Covid-19 en Guinée en mettant au point la tablette Health Scan, capable de détecter les symptômes grâce à sa caméra thermique [lire pp. 236-237]. La jeune entrepreneuse Fatoumata Cissoko a monté une usine de transformation d’ananas, mettant sur pied une chaîne de valeur allant de la collecte auprès des agriculteurs locaux jusqu’au conditionnement et à la commercialisation des fruits dans tout le pays. Quant à la société Sodiaplast, elle s’est
attaquée au fléau des déchets plastique en créant une filière de recyclage et de transformation industrielle locale.
Les oubliés de la croissance ? Malgré leur bonne volonté, ces entrepreneurs risquent d’être les oubliés de la croissance guinéenne. Ils mériteraient d’être soutenus, non seulement par l’État, mais aussi par les grands acteurs miniers. Eux qui s’interrogent sur les retombées locales de leurs activités pourraient mettre en œuvre des politiques de développement local pérennes en soutenant des filières d’approvisionnement et des stratégies de diversification innovantes. Souvent mis en place par obligation légale, les programmes RSE [responsabilité sociale et environnementale] des sociétés minières, généralement coûteux et inadaptés, s’écroulent dès que l’exploitation prend fin. En soutenant les e ntrepreneurs locaux, à la manière d’un fonds d’impact, ces entreprises pourraient au contraire jouer un rôle de catalyseur, voire dégager une rentabilité sur le long terme. Ces entrepreneurs devront aussi réaliser un travail de structuration et de formalisation qui leur permettra d’accéder aux sources de financement disponibles. L’investissement récent de 25 millions de dollars
d’IFC (groupe Banque mondiale) dans la Sonoco, société à 100 % guinéenne [lire pp. 224-225], montre que les entreprises locales peuvent accéder aux ressources d’institutions très rigoureuses dans leurs critères de sélection. De son côté, l’État a un rôle d’architecte à jouer pour soutenir les jeunes pousses guinéennes. À cet égard, le futur Fonds de garantie des prêts aux entreprises pourrait faciliter l’accès aux financements bancaires. L’État pourrait également structurer un fonds souverain alimenté par les revenus miniers pour le financement en capital des entreprises guinéennes, avec la possibilité pour les bénéficiaires d’accéder à un accompagnement sur mesure.
L’État a un rôle d’architecte à jouer pour soutenir les jeunes pousses. La Guinée a tous les atouts pour faire du secteur minier le véritable moteur de la diversification économique, à la condition de soutenir et de valoriser la vraie richesse du pays : ses entrepreneuses et ses entrepreneurs.
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COMMUNIQUÉ
ANSOUMANE KABA : UNE SUCCESS STORY GUINÉENNE Exemple de réussite, le fondateur de Guiter S.A, l’un des leaders du secteur du BTP en République de Guinée, a su pérenniser le dialogue entre les secteurs public et privé du pays.
La croissance économique peut transformer les sociétés, intensifier la prospérité et favoriser l’épanouissement des populations. Les entreprises et les institutions financières représentent les principaux moteurs de croissance dans les pays en développement et émergents. Elles participent activement à la création d’emplois et de revenus, y compris fiscaux, pour les États. Ansoumane Kaba, le dirigeant de la société Guinéenne de Terrassement l’a bien compris. Il y a trente ans, cet homme d’affaires engagé a créé Guiter S.A, l’un des leaders du secteur du BTP en République de Guinée. Aujourd’hui, la société s’est diversifiée dans les mines et l’énergie.
UN LEADERSHIP ENGAGÉ Pour Ansoumane Kaba, les affaires sont indissociables du développement socioéconomique de son pays. Cette vision l’a mené, en 2016, à la tête du Conseil National du patronat de Guinée (CNPG).
Le positionnement de l’organisation a été considérablement renforcé. Membre de l’Organisation Internationale des Employeurs (OIE), le plus grand réseau du secteur privé au monde et de la Fédération des Organisations Patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO), le CNPG participe aujourd’hui activement aux débats nationaux, régionaux et internationaux sur les questions liées au secteur privé. Meneur d’hommes, Ansoumane Kaba a permis que soient issus des rangs du CNPG, l’actuel Représentant en Guinée de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) et l’actuel Conseiller en charge de l’Afrique à l’Organisation Internationale des Employeurs (OIE). Ces deux positions stratégiques viennent confirmer la vision de celui pour qui « entreprendre consiste avant tout à savoir évoluer dans un écosystème, à miser sur le capital humain et à créer de la valeur partagée ».
L’HOMME DU DIALOGUE PUBLIC-PRIVÉ Adoptés lors de l’atelier de Dialogue Public-Privé, organisé par le Groupe de la Banque mondiale en Guinée le 30 avril 2014, les travaux du « Guinée Business Forum » (GBF) ont été officiellement lancés au mois de mars dernier à Conakry. Objectifs : améliorer l’environnement des affaires et entamer la transformation structurelle de l’économie à travers un dialogue public-privé efficace. « Que veut l’entrepreneur guinéen aujourd’hui ? Faire fonctionner une entreprise qui délivre des biens, services ou projets, crée de l’emploi et contribue à l’économie nationale. Plus il y aura d’entreprises, plus il y aura d’emplois et plus grande la contribution à l’économie nationale sera », expliquait Ansoumane Kaba, lors de son premier discours en tant que 2nde Vice-Président du GBF. Sa préoccupation reste la même depuis trois décennies : contribuer à l’essor d’un secteur privé créateur de richesses partagées dans son pays.
UNE PRÉOCCUPATION POUR LE SECTEUR PRIVÉ NATIONAL Parmi les principales préoccupations de Ansoumane Kaba, figure la question du transfert des compétences et du renforcement des capacités locales. Le président de la République de Guinée a signé le décret numéro 263 fixant le cadre juridique et
Ansoumane Kaba Directeur général de Guiter sa et Tibou Camara Ministre de l’Industrie, des Petites et moyennes entreprises et de la Promotion du secteur privé
Lancement du Guinée Business forum Premier ministre chef du gouvernement – Ibrahima Kassory Fofana Ministre du budget – Ismaël Dioubaté Gouverneur de la banque centrale – Louncény Nabé La présidente de CEPEG (patronat) Président de PAG (patronat) Ministre de l’agriculture – Mariama Camara
économique, voire sociale, dans un pays où tout est à construire, du capital humain au secteur privé. « Les dirigeants africains doivent développer des champions nationaux » : cette phrase prononcée par le banquier franco-ivoirien Tidjane Thiam avait marqué l’édition 2021 du Forum Afrique de l’OECD – OCDE, en février dernier et Ansoumane Kaba partage cette vision. À cela, l’homme d’affaires guinéen rajoute que : « les entreprises étrangères doivent respecter les lois en Guinée, notamment respecter les concepts de transferts de compétences et de renforcement des capacités qui bénéficient légitimement à la Guinée et aux Guinéens qui y vivent ». Le succès de Guiter S.A montre donc toute l’importance que l’État guinéen accorde au rôle du secteur privé dans le développement du pays. Bien que le chemin soit
encore long, nul doute que Ansoumane Kaba, ses entreprises et ses projets sauront relever avec brio les défis inhérents à cette nouvelle Guinée qui se dessine, pour s’inscrire davantage dans l’économie florissante du pays.
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institutionnel du contenu local ou préférence nationale, afin de favoriser, dans le cadre de l’exécution des projets publics ou portés par les investisseurs du secteur privé. « Ce décret est une avancée importante qui nécessite une mise en application stricte pour le bien-être de l’écosystème entrepreneurial guinéen et la création de véritables richesses partagées pour la Guinée », selon Ansoumane Kaba qui, luimême, fait face à une féroce concurrence venue de Chine. Sans détour, l’homme n’hésite pas à qualifier cette concurrence de déloyale, évoquant le fait que cette dernière bénéficierait de financements disproportionnés de la part de Pékin et pratiquerait également sur le terrain, des méthodes commerciales déloyales telles que le dumping. Un sourire lui vient aux lèvres lorsque l’on évoque les sujets du protectionnisme et du libre marché. Il rappelle alors sans hésiter que ce n’est nullement de cela qu’il s’agit, mais plutôt d’une forme de justice
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ENTREPRENEURIAT
Success-stories en série Trentenaires ou quadras, « repat » ou non, ces femmes et hommes d’affaires ont lancé leur société ces dernières années. Avec la volonté d’incarner la modernisation souhaitée de leur pays. Portraits. Malgré l’épidémie d’Ebola en 2014-2015 et, aujourd’hui, la pandémie de Covid-19, les trentenaires et quadras guinéens font preuve d’un esprit d’initiative au-dessus de la moyenne. Que ce soit dans les technologies, l’agroalimentaire, les services, le tourisme ou la communication, ces jeunes femmes et hommes d’affaires ont créé des sociétés dans des secteurs porteurs qui répondent aux besoins de la société guinéenne. Ils ont en commun d’afficher de bons résultats, mais aussi un même désir de montrer leur pays sous un jour positif et moderne. À l’image de leur génération d’entrepreneuses et d’entrepreneurs.
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Mountaga Keïta, dans la course à l’innovation
L
e PDG de Tulip Industries prévient d’entrée de jeu : il reçoit de moins en moins la presse dans ses locaux, par peur qu’on lui vole ses idées. Mountaga Keïta raconte qu’il a été victime de deux tentatives d’espionnage menées par de faux journalistes qui travaillaient en fait pour des opérateurs chinois. Depuis, il préfère se méfier et cacher son nouveau prototype – une table digitale, avec puce 4G et imprimante papier thermique. Il a fait une exception pour Jeune Afrique, qui, rappelle-t-il, a été « le premier média à s’intéresser au projet, en 2015, lorsqu’il n’était encore qu’embryonnaire ». À l’époque, l’immeuble qui abrite l’usine et le siège de Tulip Industries n’existait pas. Et c’est dans ce bâtiment neuf, construit par sa famille dans le quartier de Sonfonia, à Conakry, qu’il nous reçoit. De retour en Guinée en 2015 après vingttrois ans à l’étranger (en France, puis aux États-Unis), Mountaga Keïta, 44 ans, a lancé les activités de Tulip Industries en 2017.
Spécialisée dans l’innovation technologique, l’entreprise a pour produit phare des bornes automatisées multiservices de 85 kg d’acier, auxquelles chacun peut se connecter grâce à un bracelet doté d’une puce électronique. Utilisables dans les administrations et en milieu rural, ces machines doivent permettre de digitaliser le pays. Du moins, c’est ce qu’espère Mountaga Keïta. Au début de 2020, il a signé un contrat avec le ministère de la Santé pour en installer dix-sept dans des hôpitaux de Guinée maritime et, lors de notre visite, en mars, il s’apprêtait à livrer une dizaine de ces bornes au Programme alimentaire mondial.
Technologie médicale
L’entrepreneur rêve de doter l’ensemble des structures de santé du pays de ce système automatisé qui permet de répertorier les données personnelles des patients (poids, âge, groupe sanguin, etc.), leurs symptômes, et d’envoyer ces éléments au ministère de la Santé. Une innovation qui prend tout son sens en période de pandémie. En janvier dernier,
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CELLOU BINANI POUR JA
Mountaga Keïta, au siège de Tulip Industries, à Conakry.
avec le soutien de la Francophonie, l’entreprise a d’ailleurs fait don à l’hôpital Donka de Conakry de cinq tablettes Health Scan. Équipées d’une caméra thermique et de capteurs qui mesurent la température corporelle, le niveau d’oxygène dans le sang et le rythme cardiaque d’un patient, ces tablettes, conçues par Tulip, aident à détecter les symptômes du Covid-19 et à déterminer si l’état d’un patient nécessite une assistance respiratoire. Mountaga Keïta prône également la digitalisation des administrations, en vue d’améliorer le service public et de lutter contre la corruption. « Lorsque l’on digitalise, il n’y a pas de discrimination possible, et l’argent arrive directement dans les caisses de l’État », souligne l’entrepreneur, qui, rien que pour la commune de
Il a remporté la médaille d’or au 47e Salon international des inventions à Genève, en 2019.
Ratoma, à Conakry, a évalué le montant gagné avec la mise en place de ces bornes à 7 millions de dollars. Rien ne prédestinait le Guinéen à travailler dans l’innovation technologique, sinon sa passion pour les magazines scientifiques que lui ramenait son père lorsqu’il était enfant. Après des études de droit à l’université ParisDescartes, puis de commerce international à l’université du Maryland, aux États-Unis, Mountaga Keïta a commencé sa carrière en tant que chef de projet international et conseiller dans différentes banques à Washington.
Start-up à l’américaine
Des États-Unis (qu’il a quittés « par amour pathétique pour [son] pays »), il est revenu bardé de diplômes, mais pas que. En effet, une ambiance de start-up à l’anglo-saxonne souffle dans les locaux de Tulip Industries, avec open spaces, baies vitrées, canapés, table de billard et salle de sport pour les employés. Il est aussi rentré avec un goût prononcé pour les formules de motivation à l’américaine et un sens certain du storytelling. « Parler anglais vous ouvre les portes d’un club où l’innovation est mise en valeur et où l’argent circule facilement », ajoute Mountaga Keïta.
D’ailleurs, il n’a pas les pudeurs francophones liées à la question de l’argent et diffuse directement ses tableaux Excel sur rétroprojecteur lorsqu’on lui demande son chiffre d’affaires : de 0,5 million de dollars en 2020, il prévoit d’atteindre 15 millions en 2021 et 219 millions en 2025. Ses innovations lui ont permis d’être cité parmi les 50 meilleurs innovateurs africains au Sommet sur l’innovation en Afrique (AIS) de Kigali, en 2018, et de remporter la médaille d’or au 47e Salon international des inventions à Genève, en 2019. Aussi pressé qu’il est déterminé, c’est presque en courant que Mountaga Keïta nous fait visiter les six étages de ses locaux. Une manière de rester jeune, dans une entreprise où la moyenne d’âge des 70 employés n’excède pas 30 ans. « C’est un garçon têtu, qui aime se projeter », déclare son père, Thierno Keïta, qui a fait carrière dans le pétrole et détient 10 % de Tulip Industries. « Reviens, a-t-il dit à son fils lorsqu’il était encore à l’étranger. Ou bien tes amis vont prendre tous les marchés disponibles ici et tu devras travailler pour eux. » Il sait que, être l’employé de quelqu’un, son fils n’apprécie pas. Marième Soumaré JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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Salématou Sako ne fait pas que Sakom
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Parenthèse politique
De retour en Guinée en 2015, elle crée avec son frère, cadre commercial dans le secteur pétrolier, l’agence de communication Sakom. Objectif : « Œuvrer au développement de la Guinée ! À l’époque, on disait “Guinée-Ebola”. Or la Guinée, c’est tellement d’autres choses,
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Salématou Sako, cofondatrice et directrice de Sakom. PYSPIC
irectrice associée de l’agence Sakom et secrétaire générale du Conseil national du patronat guinéen (CNPG), Salématou Sako, à 36 ans, fait partie de la génération des « repats » qui a vécu, étudié et travaillé à l’étranger avant de revenir se mettre au service de son pays. Née à Paris en 1984 d’une mère malienne, styliste à ses heures, et d’un père guinéen, malinké de Kankan, homme d’affaires dans le BTP, elle a grandi à Conakry, où elle a suivi une partie de sa scolarité au lycée français, avant de s’envoler en famille pour le Canada. « Mes parents, qui aimaient beaucoup voyager, voulaient offrir à leurs enfants l’apprentissage de l’anglais, une éducation ouverte sur le monde et nous transmettre “le goût de l’autre”. » Dynamique et pressée d’accéder au marché du travail, elle décide, dès ses 16 ans, d’enchaîner les petits boulots (apprentie libraire, hôtesse, employée au service clientèle dans les centres d’appels…). Parallèlement, elle suit des études de sciences politiques, obtient un certificat en tourisme et planification d’événements, puis trouve des postes de cadre dans le marketing au sein de différentes entreprises canadiennes, où elle apprend « la com » et les « public relations ».
notamment la culture. » Dans un parfait « franglish », Salématou Sako organise alors des « mailing drinks », des « after works » – « c’est comme si je parlais chinois, certains m’ont même demandé si je dirigeais une agence matrimoniale ! » – et elle se fait rapidement remarquer au plus haut niveau. On lui propose de travailler à la cellule de communication du gouvernement, puis de présenter le journal de campagne du président candidat Alpha Condé en 2015, avant de devenir cheffe de la cellule communication du ministère du Budget. Après cette parenthèse politique, Salématou Sako a repris son indépendance et profite d’un carnet d’adresses bien rempli pour organiser les événements des grandes comme des petites entreprises, afin d’améliorer leur image et de contribuer à montrer une Guinée positive. Désormais Sakom couvre toute l’Afrique de
l’Ouest, et « Salé », devenue vice-présidente du comité d’organisation du Salon des entrepreneurs (Saden), présente depuis 2018 une émission en direct sur YouTube : Les Jeudis de l’entrepreneuriat. La femme d’affaires y invite chaque semaine des acteurs du privé à communiquer sur leurs entreprises, toujours avec l’objectif de « tirer le pays vers le haut ». Pour le moment mise en stand-by à cause du Covid, l’émission devrait très prochainement reprendre et être diffusée sur une chaîne nationale. La cheffe d’entreprise compte d’ailleurs faire plus de télévision, mais pas seulement. Tout juste remariée et mère d’un petit garçon, elle veut aussi reprendre des études, écrire un livre et continuer d’œuvrer pour l’« empowerment » des femmes, dans les affaires comme dans la sphère publique. François-Xavier Freland
COMMUNIQUÉ
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GRAND FORMAT GUINÉE
Abdoulaye Diallo, smart et magique
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arge sourire, ton assuré, expression gestuelle marquée… Pas de tour de passe-passe pour autant chez Abdoulaye Diallo, mais un concept simple qui a changé la vie de plus d’un Conakryka depuis 2017. « La création de Magic est née d’un besoin personnel. On restait tard le soir au bureau et, que ce soit pour déposer un courrier ou pour manger quelque chose, il n’y avait rien.
Abdoulaye Diallo, fondateur et gérant associé de Magic.
Madina Dansoko sur tous les fronts
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iscrète, sa petite entreprise monte tout doucement, sans faire de bruit. Pourtant, le petit monde des affaires de Conakry en parle. « C’est un modèle de réussite, une battante », dit d’elle Salématou Sako, la secrétaire générale du Conseil national du patronat guinéen (CNPG). À 35 ans, Madina Dansoko Diallo est la cofondatrice et directrice générale de Lella, une société spécialisée dans l’élevage de poulets de chair et la transformation. La jeune femme est sur tous les fronts.
d’art. Je dessine tous mes meubles, j’ai une clientèle locale et surtout étrangère. » L’inspiration lui vient de Dalaba et de sa belle région de forêts, où elle a grandi. L’humilité, elle l’a apprise toute petite – « dans la ferme de mes parents », dit-elle. En réalité, son père était gérant d’un grand élevage de volailles, installé par les Russes à l’époque de Sékou Touré. Elle apprend les rudiments du métier en travaillant dans l’usine « familiale », passe ensuite un BEP de formation en comptabilité-gestion et vit un temps à Conakry, puis à Labbé.
En 2003, à 17 ans, tout juste mariée, elle crée avec son époux une société spécialisée dans les poules pondeuses et le matériel pour l’élevage. Et en 2019, elle s’associe à son frère cadet, Boubacar, pour créer Lella, à Kouria, à la sortie de Conakry. « L’idée m’est venue de mes nombreux voyages dans le cadre de Salons agricoles dans la sous-région et en France. Jusqu’alors, tout était importé du Brésil ou de France. Nous avons investi 4 milliards de francs guinéens [environ 340 000 euros] en
Entreprise « familiale »
Celui de la famille d’abord, avec quatre enfants, un mari et une maison qu’elle a décoré de A à Z. Plus qu’un hobby, la déco est sa deuxième activité. « J’ai ouvert il y a deux ans un atelier de menuiserie
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« Nous proposons de la qualité. Malheureusement, les poulets importés ne sont pas surtaxés et sont moins chers que les nôtres ! Il faut que l’État joue son rôle. »
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Nous avons donc créé le service, avec deux motos et un investissement de 15 000 euros. » Et Magic est rapidement devenue incontournable dans la capitale guinéenne. « Nous faisons tout : service de conciergerie – parfois sur mesure –, dépôt de courrier, courses administratives ou bancaires, livraison de repas, réalisation de cartes d’invitation, etc. » « Comme sorti du chapeau du magicien : appelle Magic, et nous le faisons pour toi ! » résume Abdoulaye Diallo.
Développeur d’applications
Après avoir beaucoup voyagé, ce fils de commerçant est devenu un homme d’affaires plein de projets. Après un master en technologies de l’information à Sup Info, le jeune homme s’expatrie en 2011 au Maroc, où il travaille dans une entreprise d’informatique, DSI conseils et services. De retour en Guinée
en 2013, il travaille chez Global Itech Applications, avant de créer sa société en 2015 : Smart. Spécialisée dans le développement d’applications pour des groupes du secteur pétrolier ou des assurances, Smart continue d’arborer une excellente forme, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 250 000 euros. Succès également au rendez-vous avec Magic. Après trois ans d’activité, la société compte 45 collaborateurs,
Surfant sur son succès à Conakry, Magic se prépare à ouvrir ses services à Kindia. Bientôt Labé, Kankan et Boké ?
fonds propres, notamment dans l’abattoir, le premier abattoir de volailles moderne du pays. Nous proposons de la qualité, malheureusement les poulets importés ne sont pas surtaxés et sont moins chers que les nôtres ! déplore Madina Dansoko. Il faut que l’État joue son rôle. » Lella emploie aujourd’hui 30 personnes – des techniciens de production, un vétérinaire, des gestionnaires et des commerciaux –, pour un chiffre d’affaires de 600 millions de francs guinéens par mois. Elle dispose d’une boutique à Kobaya, dans Conakry, où ses poulets bio et halal se sont imposés partout, notamment dans les grands hôtels et les restaurants, les stations Total et les supermarchés, même si la pandémie est venue quelque peu freiner son envol. F.-X. F.
DR
Madina Dansoko Diallo, cofondatrice et directrice générale de Lella.
dont 20 coursiers en externe, et réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 100 000 euros, avec des clients très divers, parmi lesquels Orange Guinée, NSIA Assurances, Lafarge, des professions libérales, etc., mais aussi des particuliers, pour lesquels « Magic s’occupe de tout ». Quand il n’est pas au travail, Abdoulaye Diallo disparaît dans la nature, pour aller cultiver son jardin ou randonner dans les collines de Koba. « J’aime le vert de l’Afrique, la nature, c’est d’ailleurs pour cela que le vert est la couleur de Magic. C’est à la mode, c’est l’écologie, c’est l’espoir d’une Guinée meilleure ! » Surfant sur son succès à Conakry, Magic se prépare à ouvrir ses services à Kindia, en partenariat avec une grande entreprise française. Et Abdoulaye Diallo espère que, bientôt, ce sera le tour de Labé, de Kankan et de Boké. François-Xavier Freland
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« J’ai voulu créer une plateforme d’e-tourisme qui mette en avant la destination. Et une vitrine de la Guinée. »
La fondatrice et directrice générale de Miranass Tourisme.
Mariama Kaba, tour-opératrice d’exception
C
’est d’abord dans sa tête que Mariama Kaba a commencé à voyager. Élevée par une grand-mère musulmane pratiquante aussi stricte que chaleureuse, elle a grandi à Conakry dans un milieu modeste, privée de bien des choses, sauf de valeurs. « Après l’école, il y avait la maison, un professeur de soutien, du sport, l’école coranique… Ma grand-mère ne me donnait pas d’argent et me surveillait beaucoup, mais je la remercie, car c’est grâce à elle que j’ai appris à me connaître et suis devenue qui je suis. » Enfant, elle aimait partir le week-end avec sa grand-mère à Coyah, à 30 km de Conakry. Ce sont ses premiers souvenirs de voyage. Aujourd’hui, à 27 ans, la jeune femme dirige Miranass Tourisme, une agence de voyages d’exception qu’elle a fondée. « Miranass vient de la fusion de mon prénom avec celui de Nassou Diallo, mon amie
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d’université, quand j’étudiais l’informatique à l’université de Labé. Elle avait beaucoup soutenu mon projet et est décédée brutalement d’une maladie à 21 ans. En l’associant au nom de l’agence, j’ai voulu la garder toujours vivante. »
Spectaculaires ou insolites
C’est dans la région de Labé, où l’étudiante passionnée d’informatique et de culture passait ses week-ends à la découverte du patrimoine et des paysages à couper le souffle de la Moyenne-Guinée, qu’a germé l’idée de créer un site internet consacré au voyage. Mariama Kaba se rend compte alors que beaucoup de paysages et de sites culturels ne sont ni référencés ni documentés. « J’ai voulu créer une plateforme d’e-tourisme qui mette en avant la destination Guinée, pour que les voyageurs puissent y glaner des idées, planifier des visites, se mettre en relation
avec des guides. Je voulais créer une vitrine de la Guinée. » Petit à petit, Miranass Tourisme devient le miroir de ses propres voyages. En 2016, Mariama Kaba décide de mettre à profit ses « bons plans » en créant l’agence du même nom, qui organise des séjours et des excursions à la découverte des sites les plus spectaculaires et les plus insolites de Guinée et de la sous-région, ainsi que des sessions de team building (renforcement d’équipe) à la demande. « Au début, je faisais tout toute seule. Je testais les hôtels, les restaurants, j’allais voir les artisans, je cherchais les guides, je réalisais moi-même les photos des sites… Aujourd’hui, je le fais toujours, mais suis secondée par un guide associé et une administratrice », explique la voyagiste, qui, malgré la crise sanitaire, parvient à maintenir son activité en misant sur le tourisme « d’exception ». François-Xavier Freland
COMMUNIQUÉ
AVIS D’EXPERT
EY et associés E-mail : christian.mion@fr.ey.com rene-marie.kadouno@gn.ey.com moez.ajmi@fr.ey.com www.ey.com
Comment les miniers sont devenus des partenaires de développement pour la Guinée M algré son potentiel minier
lique du pays. Là aussi, les miniers
exceptionnel, la Guinée fait
ont un rôle à jouer pour contribuer à
face à un déficit d’infrastructures
trouver une solution durable à cette
de transport qui oblige les miniers à
question énergétique. Les exploita-
investir eux-mêmes pour acheminer
tions minières, et surtout les projets
leur production. Une large partie de
de transformations minières sur
l’investissement nécessaire pour un
place que les autorités guinéennes
projet minier en Guinée est réservée
souhaitent les voir se réaliser un jour,
à la construction d’un port, d’une
génèrent des besoins considérables
route ou d’une voie de chemin de fer.
en électricité qui justifieraient la
Sous l’impulsion des autorités, ces
mise en œuvre de grands projets
infrastructures sont souvent parta-
hydrauliques. Ces projets seront
gées avec les populations riveraines
facilités par la présence d’importants
pour le transport de passagers et de
acteurs miniers en Guinée capables
Christian MION
René-Marie KADOUNO
Moez AJMI
EMEA Advisory Mining Leader, Western Europe, Maghreb, French Speaking Africa and Mena Mining Leader
Managing Partner EY Republic of Guinea
WEM Mining Leader, Western Europe, Maghreb, and Frenchspeaking Africa Mining Leader
également très encouragée entre
Ce rôle de partenaire de dévelop-
sociétés minières évoluant dans les
pement pour la Guinée s’intensifie
mêmes zones d’exploitation, voire
de plus en plus pour les acteurs
au-delà.
miniers contribuant ainsi à aug-
Ce rôle de partenaire de développement pour la Guinée s’intensifie de plus en plus pour les acteurs miniers contribuant ainsi à augmenter l’attractivité du pays.
marchandises,et contribuent ainsi au
de s’engager financièrement sur des
développement et à l’amélioration des
contrats importants d’approvision-
conditions de vie de ces populations.
nement en électricité.
Cette politique de mutualisation est
menter l’attractivité du pays. De
en faisant bénéficier les infrastruc-
Ces corridors de croissance per-
manière générale, la responsabilité
tures au maximum de territoires en
mettront de résoudre les difficultés
sociétale des sociétés minières a
orientant et en optimisant les tracés
de mobilité pour les populations
regagné de l’importance comme le
des routes par exemple.
guinéennes et de dynamiser le
démontre notre dernier classement
commerce, ainsi que les différents
des principaux risques du secteur
Consultez l’étude « Top 10 des principaux
secteurs de l’économie traditionnelle
minier en 2021.
risques et opportunités d’affaires pour les
(agriculture, contenu local …) dans les régions concernées.
mines et métaux en 2021 » ici :
L’État a aujourd’hui un rôle crucial pour orchestrer ce mouvement en
Le déficit d’infrastructures élec-
encourageant les mutualisations
triques constitue l’autre deuxième
des infrastructures entre les acteurs
défi majeur pour la Guinée,après celui
miniers eux-mêmes avec toute la
d’infrastructures de transport, et ce
complexité qu’engendre ce type de
malgré l’important potentiel hydrau-
projet sur le partage des risques, et
https://go.ey.com/3cSZv5V
GRAND FORMAT GUINÉE
HOMMAGE
Djibril Tamsir Niane est entré dans l’Histoire étudiants lisaient, assis derrière des piles de livres. « C’est peut-être le seul centre de lecture privé en Guinée ! » J’avais aimé sa manière de me signifier ensuite, avec une touche d’impatience : « Bon, je suis prêt, on commence l’entretien ? »
Intellectuel universel
Il faut dire qu’alors, avant que Conakry devienne la « Capitale mondiale du livre » de l’Unesco, les médias avaient un peu oublié l’éminent historien. Lui, l’ami proche du Sénégalais Léopold Sédar Senghor et du Burkinabè Joseph Ki-Zerbo, lui, le médiéviste reconnu, a été l’un des premiers intellectuels africains à se réapproprier l’histoire du continent. Car Soundjata ou l’épopée mandingue, son ouvrage majeur, publié en 1960, était bien plus qu’une volonté d’apporter des précisions sur ce grand pan de l’histoire sous- régionale transmise oralement durant sept siècles par les griots. C’était d’abord un acte militant.
Tamsir Niane était un « décolonialiste » avant l’heure, mais sans esprit de revanche. Je lui avais parlé de ma grand-tante Germaine Le Goff, institutrice visionnaire qui avait œuvré pour l’éducation et l’émancipation des femmes africaines en 1938. Non seulement il la connaissait, mais il avait salué son travail, citant aussitôt le nom de l’une de ses anciennes élèves : Jeanne Martin Cissé, première femme ministre de Sékou Touré. Avec sa mort, à 89 ans, le 8 mars, la célèbre phrase de son autre grand ami, le Malien Amadou Hampâté Bâ, résonne plus que jamais : « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Intellectuel universel, Tamsir Niane avait compris que, dans ce monde moderne par trop façonné par l’Occident, une trace écrite permet de graver à jamais une grande page de l’histoire orale africaine. Cette histoire, c’était toute sa vie. François-Xavier Freland Le médiéviste dans son bureau, à Conakry, en 2017.
YOURI LENQUETTE POUR JA
J
e me souviens de ma première rencontre avec le « Professeur Tamsir Niane ». Silhouette longiligne, il m’attendait dignement, devant la bibliothèque flambant neuve qui porte son nom à Conakry. Droit comme un I, vêtu d’un grand boubou beige, il était fier, devant cette caverne du savoir qu’il avait portée à bout de bras : un bâtiment de trois étages reconstruit – après avoir été emporté par un incendie en 2012 –, à côté du rond-point de l’Éléphant, au cœur du quartier de la Minière. Le grand homme avait aussitôt tenu à me montrer l’entrepôt voisin abritant les cartons de livres calcinés, un peu comme on va s’agenouiller sur la tombe d’un parent au cimetière avant de célébrer la vie. Nous passâmes ensuite par sa villa de toujours, située juste en face, où je croisais le beau regard de son épouse, Aïssatou, si bienveillante avec cet homme qui avait tout connu : le mépris colonial, le goulag tropical de Sékou Touré, le long exil au Sénégal et, surtout, la perte d’une enfant – sa fille aînée, le top-modèle Katoucha, disparue tragiquement à Paris en 2008. J’avais alors repensé à la touchante confession que m’avait faite Fifi, son autre fille, ex-actrice de Jean Rouch, privée à sa naissance de son père, qui purgeait alors sa peine pour conspiration au camp Boiro. « J’avais 3 ou 4 ans lorsque je l’ai vu pour la première fois. Il m’en reste une sensation de force, de mouvement autour de moi. » Djibril Tamsir Niane m’emmena visiter sa nouvelle bibliothèque, dirigée par son fils Daouda – aussi doux que lui –, où quelques jeunes
JEUNE AFRIQUE – N° 3100 – MAI 2021
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Entretien avec
Pierre Christian Mosis Directeur des Opérations de Imaag Holding
L ville La ill nouvelle ll de Koloma va apporter un nouveau souffle à Conakry
Pouvez-vous vous présenter ? Imaag Holding est une société de droit guinéen, créée en 2017 et spécialisée dans l’aménagement des terrains urbains, les études en matière de BTP (bâtiment et travaux publics) et la promotion immobilière. Nous disposons d’une équipe pluridisciplinaire solide, composée d’ingénieurs, d’architectes, d’urbanistes, etc.
Le secteur de l’aménagement urbain est en pleine expansion en Guinée et nous avons accumulé de solides références. Nous avons obtenu le contrat de la maîtrise d’ouvrage déléguée du Programme d’aménagement du centre directionnel de Koloma.
réseau de transport performant en particulier sur les axes longitudinaux. Pour atteindre cet objectif, il a adopté comme stratégie, la déconcentration des activités à Kaloum en créant d’autres pôles de développement urbain sur l’ensemble de la péninsule. L’aménagement du centre directionnel de Koloma se situe dans ce cadre et va constituer la première étape de cette mutation.
De quoi s’agit-il ? Le gouvernement a opté pour la transformation de la structure fonctionnelle de Conakry afin de répartir les points d’attraction sur l’ensemble de la péninsule et favoriser ainsi la structuration d’un
Cette ville nouvelle en création à Koloma, dans la Commune de Ratoma, est une initiative du Président de la République, Professeur Alpha Condé. Elle se réalise sur une réserve foncière de l’État de 169 hectares, immatriculée en son nom dans les livres fonciers de Conakry.
COMMUNIQUÉ < VUE AÉRIENNE DU SITE KOLOMA EN COURS D’AMÉNAGEMENT.
Quel sera l’impactt de ce projet ? Il s’agit de permettre un aménagement de la ville structuré et plus respectueux de l’environnement ; d’améliorer le cadre de vie de la population guinéenne et d’accompagner le développement économique du pays.
pement durable, offrant ainsi une qualité environnementale remarquable. L’électricité utilisée sera d’origine renouvelable. L’éclairage public sera alimenté par l’énergie solaire. Il est prévu de créer, en parallèle des axes routiers, des pistes cyclables indépendantes : c’est une initiative pionnière en Guinée.
Où en est la réalisation du projet ? Le projet a été approuvé par le gouvernement le 15 mars 2020. L’ensemble des études a été réalisé et la phase d’aménagement a été engagée. La crise sanitaire liée au Covid-19 a freiné les travaux pendant le premier semestre de 2020 puis ceux-ci ont repris. Actuellement, les réseaux d’eau et d’assainissement, la voirie et l’électricité sont en cours de réalisation. Le réseau de fibre optique va être installé prochainement. La viabilisation de l’ensemble du projet devrait être finalisée en 2022 et permettre d’engager la phase suivante : celle de la commercialisation des parcelles.
En définitive, l’aménagement du centre directionnel de Koloma contribuera au renforcement de la politique gouvernementale visant à promouvoir un développement dynamique et équilibré de la capitale économique et par ricochet, les régions de la Guinée.
Pouvez-vous donner des exemples concrets ? Concernant le trafic sur les voies routières, l’aménagement du centre directionnel de Koloma permettra notamment de réduire le temps de transport quotidien pour les personnes qui travailleront dans ce nouvel espace. Le projet générera des gains économiques, mesurables notamment en termes de création de valeur ajoutée et d’emplois, pour la capitale économique et l’économie nationale, dans son ensemble. Véritable éco quartier, cet aménagement s’inscrit dans une perspective de dévelop-
Terminetaye - Commune de Kaloum BP 6850 - Conakry, République de Guinée Tél. : (+224) 654 227 535 - (+224) 629 845 834 Email : info@imaagholding.com
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR.
Elle accueillera entre autres : les institutions de la République, les ambassades et les représentations des organisations internation nales, les sièges d de s o ci été s, des en nsembles immobiliiers, des parkings, des eespaces paysagers amén nagés, des écoles, des centtres commerciaux, etc. Ce pro ojet devra également créer un pôlee de compétences et de développem ment durable.