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JA 3054 DU 21 AU 27 JUILLET 2019 GF MAROC

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INTERVIEW MO IBRAHIM

ALGÉRIE Lost in transition

« Trop de chefs d’État se croient irremplaçables »

RD CONGO Les miniers retiennent leur souffle

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3054 DU 21 AU 27 JUILLET 2019

Juillet 1999 : Mohammed VI monte sur le trône après la mort de son père. Juillet 2019 : même si ses fondements restent identiques, le royaume s’est métamorphosé dans de nombreux domaines. Quels sont les défis qui l’attendent pour les deux prochaines décennies ? Spécial 34 pages

MAROC

Ces vingt années quionttoutchangé .

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France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 birrs Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € Réunion 4,60 € RD Congo 6,10 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285

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COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERTS

Bakouchi & Habachi – HB Law Firm LLP 6, Rue Farabi, Bd Rachidi, RésidenceToubkal, 2e étage, Gauthier, Casablanca, Maroc Tél. : +212 522 47 41 93 - Fax : +212 522 47 10 82 Email contact@hblaw.ma www.hblaw.ma

OPCI : nouvel instrument pour une réelle redynamisation Un nouveau souffle au marché des capitaux et de l’immobilier Près de 200 milliards de dirhams est le chiffre estimé du potentiel du nouvel outil financier, les Organismes de placement collectif immobilier (OPCI) seront enfin opérationnels au Maroc. Cela va permettre d’attirer les investisseurs en leur offrant une nouvelle classe d’actifs : la pierre-papier (placement financier ayant comme sous-jacent l’immobilier). Ces organismes permettront aussi aux entreprises ou aux banques d’alléger leurs bilans en externalisant les actifs immobiliers, ce qui leur permettra de dégager des liquidités pour les investissements. Législation et régulation Le législateur conscient de l’importance que joue cet outil d’investissement immobilier a promulgué à cet égard le dahir n° 1-16-130 du 25 août 2016, portant promulgation de la loi 70-14 publiée au Bulletin Officiel n° 6501 et entrée en vigueur le 19 septembre 2016, ainsi que les différents décrets et arrêtés d’application. Cette loi a pour objet de mobiliser l’épargne longue et de l’orienter vers le financement immobilier et en particulier l’immobilier professionnel. Elle régit les fonds immobiliers liquides dont la vocation est la détention indirecte de l’immobi-

lier locatif, que ce soit en bureau, commerces, logistique, hôtels ou résidentiels, générant un revenu sécurisé et régulier. L’AMMC a déjà rendu publique, la circulaire qui fixe les modalités d’agrément des sociétés de gestion, les obligations de moyen dont elles doivent disposer, ainsi que les règles de prudence et de fonctionnement auxquelles elles doivent se conformer. Les premiers agréments des évaluateurs immobiliers des actifs des OPCI ont été délivrés Fonctionnement des Organismes de placement collectif en immobilier (OPCI) Un OPCI doit réaliser un minimum de 60 % d’investissements immobiliers directs (contre 95 % pour les SCPI). Un OCPI doit également détenir au moins 10 % des actifs liquides sous forme de liquidités pour faire face aux demandes de retrait. A qui profitera ce nouvel instrument ? Des acteurs institutionnels et particuliers pourront désormais investir à travers ces organismes dans des actifs principalement immobiliers, et exclusivement dédiés à la location. Les revenus et dividendes dégagés seront ensuite reversés aux investisseurs. Ceci-dit, les OPCI restent un produit nouveau, il faut en premier temps s’adresser à une clientèle

Me Salima Bakouchi,

Me Kamal Habachi,

Associée fondatrice et avocate

Avocat d’affaires Docteur en Droit

institutionnelle, qui comporte des investisseurs avertis et qualifiés, avant d’aller vers le grand public. Cadre fiscal Le cadre fiscal applicable aux OPCI a été complété et amélioré par la Loi de Finances de 2019 et le cadre comptable régissant ces organismes a été finalisé. Les OPCI bénéficient d’un régime fiscal avantageux. La loi de finances 2019 a ainsi mis en place un abattement de 60 % sur les bénéfices distribués par les OPCI à leurs actionnaires ayant le statut de personnes morales. Cependant, deux cas peuvent poser un problème pour les Organismes de placement collectif immobilier : le cas de la transformation d’une société déjà existante (dite immobilière ou foncière) en OPCI, notamment en termes d’apport déjà existant et le cas de la TVA. Les OPCI sont productrices de revenus locatifs très faibles sur le long terme.


©A.Ravera

DIARA NDIAYE

ALORS ON DIT QUOI ? SAMEDI À 9H10 TU Débats, initiatives, conseils, découvertes... L’émission interactive consacrée à la jeunesse africaine

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MAROC

Ces vingt années qui ont tout changé

SHUTTERSTOCK

Pour tout comprendre de l’évolution d’un pays

Juillet 1999 : Mohammed VI monte sur le trône. Juillet 2019 : le royaume, même si ses fondements demeurent identiques, s’est métamorphosé. Quels sont les défis qui l’attendent pour les deux prochaines décennies ? jeuneafrique no 3054 du 21 au 27 juillet 2019

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François Soudan

35 millions de citoyens a moindre des choses, dirat-on, est qu’en deux décennies un pays progresse. La moindre des choses est aussi de le reconnaître, ce qui n’est pas toujours le cas en ce qui concerne le Maroc. Pourtant, l’évidence s’impose : de 1999 à 2019, le royaume de Mohammed VI s’est progressivement et irrémédiablement transformé. Modernisé tout d’abord, à tous points de vue : économique, infrastructurel, administratif, culturel et sociétal. Démocratisé ensuite : inclusion des femmes dans le jeu politique, essor de la vie associative, transparence électorale, respect du résultat issu des urnes. Décrispé aussi, tant les rapports entre l’État et la population comme entre cette dernière et la police sont en rupture avec la culture de la peur qui prédominait il y a vingt ans. Africanisé, enfin, par l’ouverture de son action diplomatique et économique en direction du sud d’un continent trop longtemps négligé sous le règne précédent.

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Chantier permanent

Cette métamorphose est une sorte de chantier permanent où tout n’avance pas au même rythme. Dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la lutte contre la corruption et de la réduction des inégalités, le travail accompli par les gouvernements successifs – et, au-delà, par une classe politique en déficit d’imagination, d’audace et de

70 L’ÉVÉNEMENT « L’Empire chérifien n’est pas mort »

Un entretien avec Mohamed Tozy Politologue et sociologue

76 Humeur

réactivité – est loin d’avoir toujours été à la hauteur des enjeux. Faute d’emplois ou, plus exactement, d’adéquation entre la formation et le marché du travail, le désir d’émigration demeure vif au sein de la jeunesse. Et il a fallu qu’à plusieurs reprises le souverain dresse publiquement le constat de ces insuffisances pour que la gouvernance du royaume prenne conscience de ses responsabilités.

Monarchie exécutive

78 1999-2019

Dix réalisations phares

93 Tribune

Yousra Abourabi Professeure de science politique

94 Portfolio

Dix hommes d’influence

Car si le Maroc a changé, ses fondements essentiels demeurent et, parmi eux, la latitude laissée au roi d’intervenir directement dans le champ politique et de corriger ce qui doit l’être. Outre l’islam malékite et l’intégrité territoriale, le caractère sacré de la monarchie exécutive – si difficile à comprendre pour les non-Marocains – n’est contesté que par une petite minorité d’islamistes radicaux, de militants d’extrême gauche, d’irrédentistes rifains ou de séparatistes sahraouis. Pas plus qu’à l’époque de Hassan II, le régime n’est donc aujourd’hui menacé. Pas plus et moins encore, car Mohammed VI a su faire évoluer l’institution et remplacer l’usage de la coercition par l’habileté des choix. À sa mort, en juillet 1999, Hassan II commandait 28 millions de sujets. Vingt ans plus tard, son fils règne sur 35 millions de citoyens.

MOHAMMED VI A SU FAIRE ÉVOLUER L’INSTITUTION ET REMPLACER L’USAGE DE LA COERCITION PAR L’HABILETÉ DES CHOIX.

Où sont les oiseaux de mauvais augure ? Par Fouad Laroui

98 2019-2039 Dix chantiers pour demain

Suivez toute l’actualité du Maroc sur www.jeuneafrique.com

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Grand format MAROC

L’ÉVÉNEMENT

DR

Mohamed Tozy

« L’Empire chérifien n’est pas mort » 70

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MAP

La beï’a, cérémonie d’allégeance au roi, le 21 août 2012, devant le palais royal de Rabat, place du Méchouar.

Vingt ans après l’intronisation de Mohammed VI, le sociologue explique comment le souverain, par la perpétuation d’un art de gouverner séculaire, a fait du royaume un modèle si singulier en Afrique et dans le monde arabe. Propos recueillis par HAMID BARRADA

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assan II, Mohammed VI. On imagine difficilement deux hommes aussi dissemblables. Le premier aimait rencontrer – et affronter – les journalistes. Le second n’a jamais donné de conférence de presse et préfère prendre des selfies avec des inconnus. Mais tous deux sont vus avec circonspection à l’étranger. Familiers de la vie politique marocaine, le baisemain, la beï’a (« allégeance ») ou encore le titre de commandeur des croyants sont perçus comme des curiosités en France, en Algérie ou en Tunisie… Alors que Mohammed VI fête ce mois-ci ces vingt ans de règne, le politologue Mohamed Tozy rappelle que ces attributs du pouvoir tirent leur raison d’être, sinon leur légitimité, d’une longue histoire. La monarchie marocaine prend ses racines non dans le remodelage intéressé du maréchal Lyautey, mais dans l’Empire chérifien. Et il y a plus d’un point commun entre les sultans d’hier et le monarque constitutionnel d’aujourd’hui. Les explications souvent inattendues du professeur Tozy sont précieuses. À la science du politologue féru

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d’histoire il ajoute l’expertise de l’un des rédacteurs de la Constitution marocaine de 2011. Jeune Afrique : Quelle est la différence entre Hassan II et Mohammed VI (M6) ? Au début du nouveau règne, vous aviez déclaré que « Hassan II est roi du Maroc partout et toujours, Mohammed VI est roi aux heures ouvrables ». Mohamed Tozy: Il s’agissait d’une boutade faite à chaud,

évoquant les tentatives du jeune monarque de se distinguer de son père et de séparer le temps privé du temps public. Aujourd’hui, l’espace intime s’est rétréci, et l’institution a pris le dessus… Quel type de monarque est M6 ?

C’est un roi constitutionnel. Ses prérogatives et pouvoirs ont été renforcés par la Constitution de juillet 2011, fruit d’un Printemps arabe à la marocaine. Dans le texte, on n’a plus affaire à un roi absolu, mais à un roi fort. Trop fort ?

Fort, ou même très fort, ne signifie pas arbitraire. Formellement, il y a un cadre institutionnel qui définit ses compétences et fixe ses prérogatives. Jusqu’à aujourd’hui, les règles qui régissent les institutions sont respectées, mais le roi n’est pas responsable de la lecture qu’en font les acteurs politiques. Quand le chef du gouvernement, Saadeddine El Othmani, manifeste sa joie à la une de Jeune Afrique en déclarant que « le roi est satisfait de [son] travail », privilégiant ainsi le souverain par rapport à ses électeurs, il est difficile d’en rendre celui-ci responsable. Ici, c’est la culture politique des élites qui est en cause. Le roi nomme le chef du gouvernement, issu du parti qui a gagné les élections.

C’est ce qu’il a fait en chargeant Abdelilah Benkirane, alors secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), de former le gouvernement, en 2011. Mais comme, dit-on, « le roi ne l’aime pas », il s’est ensuite trouvé dans l’impossibilité de le faire à l’issue des législatives de 2016, et le « blocage » a duré sept mois…

La règle ici, c’est le choix du chef du gouvernement dans le parti vainqueur. Sa mise en œuvre dépend des rapports de force entre les partis, des coalitions, des relations entre les acteurs… On a tendance à présenter les enjeux sous un jour personnel et conflictuel : Ilyas El Omari [Parti Authenticité et Modernité, PAM] contre Benkirane, Benkirane contre Aziz Akhannouch [Rassemblement national des indépendants, RNI], etc. On oublie la nécessité de constituer une coalition au prix d’inévitables marchandages et concessions; c’est ce qui a provoqué le « blocage », et non je ne sais quelle intervention souterraine du Palais. Ce qui est important dans cette situation, c’est ce que le roi fait ou ne fait pas. Il aurait pu par exemple désigner au bout de deux ou trois mois un autre candidat que Benkirane, et pas nécessairement issu du PJD. On a l’impression que les débats politiques et idéologiques ont disparu au Maroc…

CONTRAIREMENT À HASSAN II, MOHAMMED VI NE TRANSFORME PAS LES RAPPORTS DE FORCE, MAIS IL LES ACCOMPAGNE.

Ils existent, mais ils ne sont pas explicites. On a affaire à deux projets de société antagonistes. Le premier est franchement conservateur, porté par différents acteurs: le PJD, les partis du Mouvement national (Istiqlal et certains courants de l’Union socialiste des forces populaires), la monarchie et une partie du sérail. Ce projet correspond à la culture dominante. Le second projet, qu’on peut qualifier de séculier, n’est pas formulé ni pris en charge, et encore moins assumé. Il n’est porté par aucun parti ou courant intellectuel qui pourraient en systématiser

20 ANS, 8 DATES CLÉS… 30 juillet 1999 Intronisation de Mohammed Ben Al Hassan, qui accède officiellement au trône après avoir été proclamé roi le 23 juillet, jour du décès de son père, Hassan II. Né le 21 août 1963, Mohammed VI est le vingt-troisième monarque de la dynastie alaouite et le troisième à porter le titre de roi du Maroc. 72

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12 au 14 juillet 2002 Après un mariage dans l’intimité le 21 mars, les noces du roi et de la princesse Lalla Salma (née Salma Bennani) sont officiellement célébrées à Rabat. De leur union naîtront le prince héritier Moulay El Hassan, le 8 mai 2003, et la princesse Lalla Khadidja, le 28 février 2007.

10 octobre 2004 Inscription de l’égalité hommes-femmes dans la Constitution et promulgation de la Moudawana, code du statut personnel et du droit de la famille (élaboré sous Mohammed V, en 1958), révisé par le Parlement en février 2004.

D’avril 2004 à décembre 2005 Un organe de justice transitionnelle, l’Instance équité et réconciliation (IER), est chargé par le roi d’enquêter sur le bilan humain des « années de plomb » (1970-1999, sous le règne de Hassan II) et rend ses conclusions.


AP/SIPA

Le roi entouré de son fils, le prince héritier Moulay Hassan (à g.), et de son frère, Moulay Rachid, le 29 juillet 2018, à Al Hoceima.

les aspects modernistes, voire progressistes. Son existence est le résultat de profondes transformations au cours de ces trente dernières années. Il est l’aboutissement d’un processus d’individuation et concerne les structures de la famille, les relations hommes-femmes, la généralisation des standards urbains de consommation, l’appropriation des nouvelles technologies par le plus grand nombre. Des changements qui ont une incidence sur les rapports au politique et à l’État, à la religion, au statut de la femme, à l’identité. Par exemple, près d’un Marocain sur dix a la double nationalité – saviez-vous que tous les membres de l’équipe nationale de football, à l’exception de deux joueurs, sont des binationaux et que beaucoup parlent

9 mars 2011 Annonce d’une réforme de la Constitution dans le cadre du projet de régionalisation et après les manifestations du 20-Février, apparues dans le sillage des mouvements populaires dans le monde arabe. Elle sera adoptée par référendum le 1er juillet 2011.

25 novembre 2011 Élections législatives anticipées, qui, pour la première fois dans le pays, donnent la majorité parlementaire à un parti islamiste, le Parti de la justice et du développement (PJD), dont le secrétaire général, Abdelilah Benkirane, est nommé chef du gouvernement.

à peine l’arabe ? Il arrive que le roi fournisse quelques repères. Exemples: la Moudawana [droit de la famille, lire p. 80], en 2004, ou l’intégration des femmes dans le métier des adoul [notaires de droit islamique]. Nous sommes dans une société plurielle, et les consultations électorales ont comme enjeu la traduction politique du rapport de force entre ces deux projets de société. Il arrive qu’un parti élu démocratiquement porte le projet conservateur, comme le PJD et les partis du Mouvement national. Et parfois, sous la pression de la société civile, on a aussi assisté à des tentatives disparates de porter le second projet. Jusqu’ici, celles-ci ont échoué, même si elles étaient soutenues clandestinement par le roi.

30 janvier 2017 Le Maroc réintègre l’Union africaine, qu’il avait quittée en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le 24 février, le pays demande son adhésion à la Cedeao, dont il est membre observateur depuis 2005.

29 juillet 2018 Discours royal, prononcé à Al Hoceima, axé sur la nécessité et l’urgence d’agir pour corriger les défaillances sociales, assurer une réelle application sur le terrain des mécanismes de prise en charge des plus démunis et améliorer le quotidien des citoyens après les mouvements sociaux d’Al Hoceima et de Jerada (2016-2017), puis la campagne de boycott contre plusieurs produits de grandes marques (2018). jeuneafrique no 3054 du 21 au 27 juillet 2019

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Comment expliquez-vous la mort politique des partis?

C’est un phénomène universel, qu’on observe partout, y compris dans les pays de tradition démocratique. Mais attention, la crise des partis ne signifie pas la crise des médiations et la nécessité pour un État d’agréger les demandes disparates des différentes catégories de la population de manière à en faire une demande politique cohérente. Au Maroc, les anciens clivages idéologiques sont périmés, et les partis du Mouvement national ont eu du mal à se réinventer. Disons qu’elles sont crédibles, malgré un taux de participation faible [38 %]. Aujourd’hui, les gens croient que leur bulletin de vote a de l’influence. Surtout au niveau local, là où les enjeux sont tangibles et les débats clairs, sur des réalisations concrètes (eau potable, écoles, routes…), ce qui facilite la reddition des comptes. Au niveau national, les élections se jouent sur des enjeux moraux, comme la corruption, et non politiques ou de compétence, ce qui explique la popularité du PJD. Toutefois, l’exercice du pouvoir crée un certain décalage entre la fonction moralisatrice et la fonction de gestion, et il bouleverse les hiérarchies au sein du parti qui a fondé sa légitimité sur une morale irréprochable. L’une des explications des difficultés qu’a rencontrées le PJD au moment du blocage est la résistance interne des idéologues islamistes, qui voyaient leurs positions menacées par l’arrivée des techniciens. La facilité avec laquelle la mise à l’écart de Benkirane a été acceptée par les notables du parti est le fruit de cette évolution. Pour sortir de l’impasse, on peut même soutenir, en exagérant à peine, que le roi n’a finalement fait qu’entériner une décision du PJD! Contrairement à Hassan II, Mohammed VI ne transforme pas les rapports de force, mais les accompagne. Une telle attitude vient de loin. Elle renoue avec une vieille tradition de l’Empire chérifien. L’histoire et la tradition sont très présentes dans le comportement de Mohammed VI…

Le Maroc est un vieil État; les arts du gouvernement et les façons d’exercer le pouvoir viennent de loin. Le protectorat n’a pas inventé l’État marocain, ce n’est pas Lyautey qui en est l’artisan. Ce dernier n’a fait qu’en accentuer les aspects archaïques en mettant l’accent sur les idées de sacralité et d’un pouvoir absolu délégué à la puissance coloniale. Cette profondeur historique d’un pouvoir monarchique plutôt fragile, en intense interaction avec une société difficile à soumettre, il faut la chercher chez les historiens du XIXe siècle ou dans les correspondances entre le sultan et ses sujets les plus subalternes. Quand on lit entre les lignes un ouvrage laudateur et apologétique – mais tellement précieux – comme Al Ithaf, du prince du sérail Abderrahmane Ibn Zidane, on y voit une description minutieuse de l’art de gouverner, de la fabrique des compromis et des mises en scène d’un pouvoir tantôt fragile, tantôt puissant… Les traces de cet art du gouvernement sont repérables dans

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FADEL SENNA/AFP

Estimez-vous que les élections sont désormais libres?

les gestes et les façons de faire. Elles donnent aujourd’hui leur sens aux rapports de pouvoir et aux attentes des gouvernés. L’État marocain ne se réduit pas à un décorum, il renvoie à une conception impériale du pouvoir. Dans cette configuration, il est nécessaire de faire la distinction entre gouverner et administrer, parce qu’on peut gouverner sans administrer, préférer la loyauté à la soumission, faire un usage spectaculaire de la violence sans en faire un usage systématique, gouverner à distance et parfois dans l’absence, respecter un dissident sans cesser de le combattre et procéder, chaque fois que c’est possible, à son intégration. J’insiste, l’Empire chérifien n’est pas mort, du moins dans l’imaginaire politique des Marocains. L’absence de M6 pendant des mois ne pose donc aucun problème?

En effet. Mais ce qu’il convient d’observer, c’est le moment de sa présence.

Il semble que les Marocains étaient néanmoins inquiets…

Les journalistes! Ils confondent l’État et le roi. Au Maroc, je le répète, le roi gouverne aussi par l’absence. Diriez-vous que la popularité de M6 est intacte?

C’est la monarchie qui est populaire. Et ce n’est pas nouveau, ni d’ailleurs spécifiquement marocain. La plupart des monarchies le sont parce qu’elles incarnent l’aspect mystérieux et démesuré du pouvoir. Les hommes ont un besoin de rêve que la monarchie satisfait. Il arrive même que la république se drape des atours de la monarchie. Mais sa popularité, M6 la doit aussi à sa personne : sa gentillesse, son écoute, une certaine fragilité…

Le roi est populaire parce qu’il a le beau rôle: il inaugure les grands chantiers, le TGV, etc.

Pas toujours! Et le roi perd quand ça ne marche pas!


Discours du nouveau chef du gouvernement, Saadeddine El Othmani, devant le Parlement, le 19 avril 2017, après un blocage de l’action gouvernementale - et législative - qui aura duré près de sept mois.

Même quand celui-ci s’abstient – et il le fait toujours –, ils se sentent obligés d’anticiper ses intentions supposées et ceci toujours dans un sens conservateur. Au mieux, les juges veulent bien être autonomes, mais pas indépendants. Nasser Zefzafi, le leader d’Al Hoceima, a donc écopé de vingt ans de prison.

Ce n’est pas le seul. Le problème, c’est que les juges s’interdisent de prendre en compte le contexte politique et, pour éviter le risque de déplaire, pensent devoir appliquer littéralement la loi, dans toute sa rigueur. On observe au Maroc un certain isolationnisme par rapport au monde arabe…

Est-celecasduprojetAlHoceima,pharedelaMéditerranée [lire p. 101] ?

Celui-ci est très éclairant sur le fait que le régime des responsabilités est opaque ou, plus exactement, que les acteurs politiques ne croient pas en lui, même quand il est gravé dans la Constitution. Qui est responsable ? De quoi ? Et auprès de qui ? Cette perception des choses fait courir au monarque des risques inconsidérés et décrédibilise le travail du gouvernement. Au passage, elle encourage la tentation de rejeter la responsabilité sur les autres et de se mettre sous le parasol royal, préférant les affres de la disgrâce à une reddition des comptes institutionnalisée. Il a donc fallu recourir à un « séisme » ?

Provoquer un séisme – c’est-à-dire un événement brutal et imprévisible – en impliquant la Cour des comptes tout en ayant recours au régime de la grâce et de la disgrâce peut avoir des effets désastreux, notamment démobiliser l’administration et faire de l’inaction le choix le plus rationnel pour minimiser les risques.

C’est le monde arabe et non le Maroc qui a changé. Le royaume a un profil de pays insulaire, c’est le « Maghrib al-Aqsa » (l’Extrême-Occident), un Finistère, de surcroît amazigh et trop proche de l’Europe. Le Moyen-Orient et le Golfe sont dominés par deux données: l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et, dans le même temps, le fait que les Américains, sous l’ère Trump, pensent déléguer leur politique à une potentielle puissance (Arabie saoudite ou Israël) à un moment où la Turquie est moins fiable. Le Saoudien Mohammed Ben Salmane (MBS), l’Émirati Mohammed Ben Zayed et, dans une certaine mesure, le Qatari Cheikh Tamim mènent dans l’ensemble de la région une politique d’influence et désormais d’intervention pour prévenir toute évolution démocratique ou les effets d’un processus de sécularisation en marche. Le Maroc se doit de composer avec cette nouvelle situation, tout en imposant des limites, autant que possible. Ce d’autant plus que l’intervention du Golfe ne s’arrête pas au terrain militaire, comme au Yémen, mais s’intéresse désormais aux changements de politique intérieure, en soutenant la junte militaire au Soudan ou en combattant des réformes sociétales d’ampleur, comme celle de l’héritage en Tunisie. L’événement le plus important dans la région et au-delà, c’est la situation en Algérie…

Et la justice dans tout ça ?

La justice est le plus grand acquis de ces vingt dernières années et, en même temps, le plus grand défi des vingt ans à venir. Les conditions institutionnelles d’une bonne justice sont posées : autonomisation du parquet, redéfinition du ministère de la Justice, composition du Conseil supérieur de la magistrature, où siègent des personnalités respectables et compétentes. Sauf que la conception qu’ont les magistrats marocains de l’indépendance diffère des standards internationaux. Ils se considèrent comme les gardiens d’un ordre politique où le roi est l’unique référent.

LES « HIRAK » AU MAGHREB SONT LA PREUVE QUE DES TRANSFORMATIONS PROFONDES GAGNENT NOS SOCIÉTÉS.

L’Algérie nous concerne de très près et touche à notre stabilité. Ces événements confirment la tendance à la maturation des sociétés maghrébines par rapport au Moyen-Orient. Les hirak dans tous ces pays – Tunisie, Maroc, Algérie – sont la preuve que des transformations profondes gagnent nos sociétés. On observe, notamment au sein de la jeunesse, la promesse d’une rupture par rapport au credo des Frères musulmans (« L’islam est la solution »). L’hypothèse d’une société séculière, malgré les formes exagérées du puritanisme encouragées par l’État, est de plus en plus crédible.

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Grand format MAROC L’ÉVÉNEMENT

HUMEUR

Où sont les oiseaux de mauvais augure ? FOUAD LAROUI

I

l y a vingt ans, le Maroc changeait d’ère – ou changeait d’air – et, aussitôt, les Cassandre s’abattirent sur nous comme la misère sur le pauvre monde; nous avions pourtant assez de problèmes comme ça… Ce fut une avalanche de livres aux titres apocalyptiques, qu’on pourrait ainsi paraphraser: « Demain, l’islamisme ouh là là ! », « Al-Qaïda-surBou-Regreg », « La fantasia dantesque », « Le dernier pacha », « Le guerrab et le jihadiste », etc. Frisson

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garanti, pour 19,90 euros. Le point commun de tous ces livres était qu’ils ne donnaient pas cher de la peau du lion de l’Atlas. Vermoulue et mangée aux mites, ladite peau, et c’était le Maroc tout entier à qui l’on promettait de finir fissa en descente de lit. En attendant, tous ces oiseaux de mauvais augure s’essuyaient les pattes dessus, avec une certaine délectation. Je me souviens que notre grand historien Abdallah Laroui fulminait alors, en

privé: « Ce n’est pas sérieux tout ça, c’est de la pornographie politique! » Et il est vrai que ces pensums ne brillaient ni par la rigueur ni par la profondeur. Mais un certain public raffolait apparemment de ce genre de politique-fiction qui promet les pires catastrophes… à autrui. L’enfer, c’est pour les autres. Vingt ans ont passé. L’Empire chérifien n’est pas le paradis sur terre, tant s’en faut, mais, enfin, il n’a pas été englouti par les flots, ni n’est devenu

un État failli, comme la Somalie, le Venezuela ou la Libye, ni n’a disparu, comme la fière Yougoslavie de Tito. Il y a ici mille choses à changer (et d’abord nos menta­ lités…), la démocratie n’est pas acquise, mais, enfin, il y a quelque part un train qui roule vite, des centrales solaires parmi les plus performantes du monde, et le groupe OCP est en train de conquérir la planète de façon magistrale. Si nous étions suisses ou singapouriens, les commentateurs se pâmeraient. Quant aux marocano­ logues, qui, il y a vingt ans, avaient prédit le chaos entre Tanger et Lagouira, la dislocation de l’État, le retour de l’année du typhus et du printemps des sauterelles, où sont-ils maintenant ? Se sont-ils excusés ? Bien sûr que non. Espérons qu’ils ont appris la leçon et que, en leur for intérieur, ils se disent parfois : « Mea culpa ! Dorénavant, je ne m’aventurerai plus à pérorer sur un pays aussi complexe que le Maroc à moins de maîtriser au moins deux ou trois disciplines scientifiques (économie, sociologie, anthropologie…) ; je ne mettrai plus les éructations d’un hurluberlu vissé à son tabouret de bar au-dessus des analyses d’un professeur d’université ; je ne prendrai plus pour argent comptant les allégations délirantes d’un adolescent boutonneux promu “fixeur” par mes soins ; je ne prophétiserai plus à propos d’une nation dont j’ignore les langues, l’Histoire, la texture sociale et la profondeur psychologique… »


Grand format MAROC

1999-2019 DIX RÉALISATIONS PHARES

PATRICE THEBAULT/ ONLYWORLD.NET

Tramway à Rabat.

Les travaux d’un roi


Évolutions sociétales, réformes politiques, aménagement territorial, rayonnement diplomatique… Les changements sont tangibles dans de nombreux domaines. Bilan d’étape non exhaustif.

N

«

ous souhaitons que le Maroc, sous notre règne, aille de l’avant sur la voie du développement et de la modernité, et qu’il accède au troisième millénaire, doté d’une vision prospective, en parfaite cohabitation et en entente réciproque avec nos partenaires… » C’est ce que promettait Mohammed VI aux Marocains le 30 juillet 1999, jour de son intronisation. Deux décennies plus tard, le Maroc du troisième millénaire apparaît en effet plus moderne et développé, mais aussi plus démocratique. L’arrivée sur le trône, à l’âge de 35 ans, de l’héritier de Hassan II a cristallisé les attentes d’un Maroc qui a enclenché une alternance démocratique depuis 1998, avec la nomination d’un gouvernement dirigé par le socialiste Abderrahmane Youssoufi. Après la parenthèse technocratique du gouvernement de Driss Jettou (de 2002 à 2007), Mohammed VI a privilégié la nomination du parti arrivé en tête dans les urnes, au terme d’un processus électoral transparent. Ce principe élémentaire de la démocratie était impensable à l’ère de Hassan II – lequel, dans l’une de ses punchlines devenues légendaires, se vantait de détenir le pouvoir de nommer son chauffeur comme Premier ministre. La désignation d’un chef de gouvernement ayant la légitimité des urnes a été consacrée par une nouvelle Constitution qui a accordé des pouvoirs plus étendus à l’exécutif tout en désacralisant la personne du roi. C’est que, à la différence de Hassan II, qui imposait une crainte paternelle à son peuple, Mohammed VI se prête volontiers aux bains de foule, sort des circuits balisés des cortèges royaux et prend des selfies avec des Marocains lambda. Il est plus populaire et fédérateur, même dans les moments les plus délicats. Et les épreuves n’ont pas manqué. Attentats terroristes, mouvements sociaux, crises diplomatiques, surenchères sur l’affaire du Sahara… À chaque fois, la monarchie a réagi en engageant des réformes de fond. Ce style de gouvernance a conféré au royaume une stabilité politique qui le caractérise dans sa région, malgré toutes les difficultés socio-économiques.

Un si lourd héritage

Surnommé « roi des pauvres », Mohammed VI a lancé, en 2005, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), dont il a eu l’idée au cours d’une visite dans un orphelinat de Casablanca. Même s’il n’a pas pu résorber tous les déficits sociaux, ce programme transversal a fait baisser le niveau de pauvreté générale dans le royaume. Mais

le développement humain et la lutte contre les disparités restent des chantiers permanents, tant l’héritage est lourd et les défis sont énormes (lire p. 102). Quant aux agglomérations du royaume, elles respirent la modernité (lire p. 85). On peut désormais circuler en bus électrique à Marrakech ou en tramway à Rabat. Un TGV relie Casablanca à Tanger en deux heures dix chrono, alors qu’il y a vingt ans, le même périple s’apparentait à un voyage exotique… Les distances entre Maroc « utile » et Maroc « inutile » tendent à se réduire, avec un réseau autoroutier plus étoffé (lire pp. 86-87). Le royaume de Mohammed VI a enfin pu faire valoir son positionnement géostratégique dans le détroit de Gibraltar, avec le complexe portuaire Tanger Med. Fort de cette situation aux portes de l’Afrique, Mohammed VI a pu ériger la coopération Sud-Sud comme modèle de développement. Le royaume a consolidé ses relations bilatérales avec différents pays du continent et retrouvé sa place dans l’Union africaine – qu’il avait quittée en 1984 (lire pp. 92-93). Il a renforcé ses liens avec ses partenaires traditionnels d’Europe ou du Moyen-Orient et a élargi ces efforts diplomatiques à de nouveaux espaces, comme la Russie, la Chine et certains pays d’Amérique latine. Tous considèrent aujourd’hui le Maroc comme un acteur de poids sur le plan international. Et observent avec intérêt ses modèles dans divers domaines – notamment sécuritaire, religieux et migratoire.

REPÈRES

Économie dynamique, progrès sociaux mitigés

De 1999 à 2019, la croissance annuelle moyenne du PIB a été de 4 % et celle du PIB par habitant de plus de 3 %.

1999

2009

2019

27,9

31,8

34,9

41,6

92,9

121,4

1 492

2 923

3 360

en % de la population active

13,9 %

9,1 %

10,2 %

Indice de développement humain

0,613

0,646

0,667

Population

en millions d’habitants

Évolution du PIB

en milliards de dollars, en prix courants

$

Évolution du PIB par habitant

en dollars, en prix courants

Taux de chômage

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SOURCES : AUTORITÉS NATIONALES, FMI, PNUD

FAHD IRAQI, à Casablanca

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Grand format MAROC 1999-2019

La philosophie du droit de la famille (« Moudawana ») a été radicalement changée par la promulgation d’un nouveau Code de la famille en 2004, après l’installation par le roi d’une commission chargée de cette réforme. Le nouvel arsenal législatif a notamment permis la reconnaissance pleine et entière du droit de la femme majeure à contracter un mariage et l’introduction de la notion de coresponsabilité familiale entre les époux. Quinze ans plus tard, il est question de poursuivre ce chantier et de pallier les insuffisances de ce premier texte, d’autant que la Constitution de 2011 est venue consacrer, dans plusieurs de ses articles, l’égalité sans réserve entre les hommes et les femmes. Pourtant, malgré des progrès notables, tels que

2

Devant le tribunal de première instance de Casablanca.

l’instauration d’une liste nationale des femmes lors des élections au Parlement ou encore l’octroi de la nationalité aux enfants nés d’une mère marocaine, la discrimination et les inégalités entre les sexes sont toujours bien réelles

en chiffres », publié en mars, le taux d’activité des femmes (22,4 %) a reculé de 3,5 % au cours des quinze dernières années. Pis, deux femmes actives sur cinq ne perçoivent même pas de salaire. FAHD IRAQI

Consensus sur la Constitution

Timidement revendiquée par les principales forces politiques du pays depuis l’intronisation de Mohammed VI, la réforme constitutionnelle a finalement eu lieu en 2011. Alors que le vent des protestations du Printemps arabe faisait tomber les régimes de la région comme des châteaux de cartes, le souverain chérifien a enclenché le processus pour qu’une nouvelle Constitution soit élaborée et soumise à l’approbation du peuple. Adoptée à 98 % par référendum le 1er juillet 2011, la sixième loi fondamentale de l’histoire du royaume (les précédentes dataient de 1962, 1970, 1972, 1992 et

80

et pesantes, et les actions socio-économiques mises en œuvre pour donner aux femmes accès à leurs droits restent assez timides. Exemple éloquent : selon l e r a p p o r t d u H a u tCommissariat au plan, « La femme marocaine

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1996) entérine le renforcement du pouvoir exécutif, une nomination du chef du gouvernement dépendant directement des résultats des législatives, la reconnaissance de l’amazigh comme langue officielle ou encore la sacralisation des libertés individuelles. Huit ans après, certains changements restent encore théoriques, plusieurs lois organiques nécessaires à leur application n’étant pas encore sorties du circuit législatif – lequel ne semble pas avoir connu de révolution. Par ailleurs, la pratique a démontré que certaines dispositions peuvent être source de blocage :

ainsi, l’article 47 dispose que « le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants », mais ne prévoit rien si la formation en question ne parvient pas à réunir une majorité parlementaire… Une situation que le Maroc a éprouvée au lendemain des législatives de 2016 et qui a conduit à un blocage gouvernemental de sept mois. Plusieurs partis appellent donc à une révision constitutionnelle pour, entre autres, amender cet article avant les prochaines législatives, prévues en 2021.

F.I.

P. FORGET/SAGAPHOTO

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Une Moudawana plus égalitaire


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MAP

Grand format MAROC 1999-2019

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Cérémonie d’installation des membres du conseil supérieur de la Fondation Mohammed-VI des oulémas africains, le 14 juin 2016, à la mosquée de l’université d’Al Quaraouiyine de Fès.

Soft power religieux

Avec pour maîtres mots la modération et la tolérance, le royaume a façonné un islam du juste milieu, « à la marocaine », qui fait aujourd’hui figure de référence.

C’est dans l’un de ses discours de 2004 que le roi Mohammed VI, commandeur des croyants, a posé les premiers jalons d’une réforme du champ religieux. Une stratégie globale et multidimensionnelle a ainsi été déployée pour consacrer la modération et la tolérance, qui ont toujours composé l’ADN de l’identité religieuse du royaume (islam malékite), et barrer la route à toute velléité d’extrémisme, ainsi qu’au terrorisme. L’un des chantiers les plus importants était la réforme du ministère des Habous et des Affaires islamiques. Un département qui, depuis 1955, veille à l’organisation administrative du champ religieux au Maroc, mais dont la gestion et l’organigramme, obsolètes, devaient être renouvelés. Un autre volet stratégique a porté sur l’uniformisation des fatwas, afin de couper court aux amalgames nés d’interprétations de l’islam. Le Conseil supérieur

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des oulémas est ainsi devenu la seule institution autorisée à en émettre et à traiter des questions de jurisprudence religieuse. Le principe de concertation est resté de mise, avec la modernisation d’institutions comme la Rabita Mohammadia des oulémas, ou encore l’établissement Dar El Hadith El Hassania.

Sécularisation des imams

Pour préserver l’unité religieuse de la Oumma, une charte des oulémas a permis de « requalifier » les imams et les prédicateurs de façon à préserver la religion du juste milieu et de veiller sur la sécurité spirituelle des Marocains. La « laïcisation » des imams, ou sécularisation, a également été instaurée : toute appartenance à des mouvements politiques ou à des instances privées leur est interdite, et, en contrepartie, plus de moyens leur sont alloués pour accomplir leurs

missions. La mosquée a par ailleurs retrouvé sa vocation première de lieu de culte et d’apprentissage à travers un plan de mise à niveau, alors que, avant les attentats de 2003, la gangrène de l’obscurantisme et de l’officieux semblait s’y propager. L’effort d’encadrement a été également concrétisé par la création de l’Institut Mohammed-VI pour la formation des imams, qui accueille chaque année des étudiants d’Europe et d’Afrique pour qu’ils s’imprègnent de « l’islam à la marocaine », tout en capitalisant sur le patrimoine religieux partagé, depuis douze siècles, avec les pays du Sahel et d’Afrique occidentale. Ce modèle de renouveau du champ religieux, qui consacre une exception marocaine, est à la fois apprécié et reconnu, ainsi que l’a souligné le pape François lors de sa visite au royaume à la fin du mois de mars. FAHD IRAQI


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Une politique migratoire responsable

FAHD IRAQI

F.I.

ALEXANDRE DUPEYRON POUR JA

(DGED), confiée à un camarade de classe de Mohammed VI, Yassine Mansouri (lire son portrait p. 95). Les renseignements fournis par leurs services ont à maintes reprises permis d’éviter des attentats ou d’arrêter des personnes recherchées. Leur efficacité et leur collaboration avec leurs homologues étrangers sont reconnues au niveau international et ont valu aux responsables marocains de nombreuses décorations. Chez les militaires, le roi Mohammed VI a opéré une transition générationnelle en douceur. Au fil des années, les généraux qui ont servi Hassan II sont tranquillement partis en retraite, laissant la place et les honneurs à de nouveaux officiers.

La politique nationale d’immigration et d’asile engagée depuis 2014 puise ses origines dans la mutation fondamentale qu’a connue le Maroc : de territoire de transit, le royaume est devenu une terre d’accueil pour les immigrés venus principalement d’Afrique subsaharienne. La réorientation de sa diplomatie économique en direction du continent a également beaucoup influé sur sa politique migratoire. La feuille de route donnée par Mohammed VI vise à encadrer une immigration responsable et solidaire. Ainsi, une opération exceptionnelle a permis de régulariser plus de 43 000 migrants en deux phases, en 2014 puis en 2016. Le royaume a également mis à niveau son cadre réglementaire et ouvert l’accès des services de base aux migrants et aux réfugiés (éducation, santé, logement, formation professionnelle, emploi…). Responsable au sein de l’Union africaine (UA) du dossier des migrations, le roi Mohammed VI a été chargé par ses pairs d’établir un rapport sur la question et a annoncé l’installation à Rabat du siège d’un observatoire africain qui va se charger de collecter et d’analyser les données des migrations du continent. Marrakech a également accueilli en 2018 la conférence intergouvernementale de l’ONU pour l’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Le royaume reste un rempart contre l’explosion des départs vers l’Europe, bien que 80 % des flux migratoires sur le continent soient intra-africains.

Entraînement d’unités du Groupe d’intervention rapide au nouvel institut de formation spécialisé de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), en mai 2018, à Rabat.

4

Réorganisation sécuritaire en douceur

Trois mois après son intronisation, Mohammed VI a limogé le tout-puissant ministre de l’Intérieur (hérité de son père), Driss Basri. Depuis, plusieurs grandes figures se sont succédé pour prendre la tête de la « mère des ministères », alors que s’opérait une profonde réorganisation sécuritaire. Au sein de la police, celle-ci a abouti, en mai 2015, à la nomination d’Abdellatif Hammouchi (lire son portrait p. 95) au poste de directeur général de la Sûreté nationale, une fonction qu’il cumule avec celle de patron de la Direction de la surveillance du territoire, qu’il occupe depuis 2005. Ces deux entités sont chargées de lutter contre les organisations terroristes, avec la Direction générale des études et de la documentation

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Plus belles les villes

Transports, quartiers d’affaires, espaces publics, loisirs… Du nord au sud, les grandes agglomérations du royaume ont toutes bénéficié de programmes d’aménagement urbain qui les ont considérablement modernisées.

BAPTISTE DE VILLE D’AVRAY

Chaque année depuis son intronisation, Mohammed VI sillonne le royaume pour inaugurer de grands projets d’infrastructures. En particulier dans les villes, qui ont complètement changé de visage en deux décennies. De Tanger à Laâyoune, en passant par Casablanca, Marrakech, Fès, Oujda ou Dakhla, des programmes d’équipements ont été lancés dans toutes les grandes agglomérations du royaume et des plans de mobilité ont été mis en place pour accompagner leur développement. De nouveaux quartiers résidentiels sont sortis de terre, des centres d’affaires, des centres commerciaux et des zones d’activités ont été bâtis, des espaces publics, des jardins et des aires de loisirs ont été aménagés, des marinas et des ports de plaisance ont fait leur apparition… Sans parler des théâtres et des centres culturels en

cours de construction ou en projet. Le plus emblématique de ces programmes de développement urbain est sans doute le plan d’aménagement de la vallée de Bouregreg, qui a permis la métamorphose de la capitale, Rabat.

Culture de planification

Des plans de développement régionaux (PDR) ont également été mis sur pied, avec la nouvelle législation sur la régionalisation avancée (lire p. 101). Désormais, dans chacune des communes, des provinces et des régions, les élus sont tenus d’élaborer des programmes transversaux à déployer au cours de leur mandat. Cette expérience de gouvernance territoriale n’en est cependant qu’à ses balbutiements, puisqu’elle n’est effective que depuis les élections communales et locales de 2015 – certains

conseils régionaux ont d’ailleurs dû faire plusieurs tentatives avant que leur PDR soit validé par les autorités de tutelle –, mais une culture de planification et de performance est bel et bien en train de s’installer. Les PDR sont censés contribuer efficacement au développement des infrastructures et des équipements sociaux, mais aussi à la valorisation des ressources régionales, ainsi qu’au renforcement de l’attractivité et de la compétitivité des régions, de façon à doper leur croissance économique et à résorber les déficits sociaux, qui sont encore lourds : insuffisance des services de base dans les quartiers périphériques des grandes villes et en milieu rural ; résultats peu probants de programmes nationaux, comme la création de villes nouvelles, ou le programme « villes sans bidonvilles ». F.I.

La nouvelle gare de Casa-Port, inaugurée fin 2014 après six ans de travaux de réaménagement.

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Pont Mohammed-VI, contournement du centre-ville de Rabat

aphie L’infogra

Infrastructures du futur En novembre 2018, le roi Mohammed VI, en compagnie du président français, Emmanuel Macron, M inaugurait la ligne ferrov iaire à grande vitesse (LGV) Casab blancaTanger. Dernière livraison en date de la longue série de projets struc cturants engagés ces vingt dernières années, a qui ont permis au royaume de e rattraper les retards qu’il avait accum mulés en matière d’équipement. Depuis le l début des années 2000, en moyenne 40 milliards de dirhams (plus de 3,7 milliards m d’euros) par an d’investisse ements publics ont été consacrés à la a mise à niveau des infrastructures du pays, contre une dizaine de milliardss par an entre 1980 et 1990. Nouveaux ports, chemins de fer, gares et aéroports moderniséss, zones d’activités réaménagées, po ortions d’autoroutes… Les gouverne ements qui se sont succédé ont renfo orcé les infrastructures, essentielles au dévelopd pement social et économique du d pays, puisque ces efforts continus – qui se poursuivent aujourd’hui – conttribuent à attirer les investisseurs, les opé érateurs économiques et les touristes étrrangers. Même si les effets socio- économiques de certains de ces projets tardent encore à se faire sentir, la mise à niveau est bien réelle e. Elle a été notamment saluée par le e World Economic Forum : en 2015, il a classé le Maroc premier pays en Afriique du Nord, troisième en Afrique et sixième s dans le monde arabe pour la qu ualité et le maillage de ses infrastructurres. EL MEHDI BERRADA, à Casablanca

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Dakhla

Inauguré mi-2016, le pont Mohammed-VI est le premier pont à haubans du pays et l’un des plus longs du genre (950 m) sur le continent. Enjambant l’oued Bouregreg, il fait partie des 42 km de l’autoroute de contournement de Rabat et a été construit par China Railway Major Bridge Engineering Group, pour un coût de 730 millions de dirhams, sur un total de 3,2 milliards de dirhams pour l’ensemble de l’autoroute.

SAFI

LGV Casa-Tanger Après presque huit ans de travaux, qui ont nécessité 22,9 milliards de dirhams d’investissement, la première ligne à grande vitesse d’Afrique a été inaugurée en novembre 2018. Elle permet de relier Tanger et Casablanca via Rabat en seulement 2 h 10, au lieu de 4 h 45 auparavant.

ESSAOUIRA

AGADIR

Océan Atlantique

Laayoune

Réseau autoroutier Réseau routier, voies express 200 km


Tanger Med Souvent considéré comme le plus important chantier engagé sous le règne de Mohammed VI, cette gigantesque plateforme portuaire et logistique a nécessité un investissement global public de 33 milliards de dirhams. Le secteur privé a quant à lui investi plus de 50 milliards de dirhams pour équiper les terminaux ou s’implanter dans la zone franche adjacente. Le complexe portuaire Tanger Med I est entré en service en 2007, et Tanger Med II a été inauguré le 28 juin dernier. Trois des quatre terminaux sont opérationnels (soit une capacité de 9 millions de conteneurs et de 7 millions de passagers), le dernier le sera en 2020.

Nador West Med

TANGER

En cours de construction, le complexe portuaire de Nador comprendra deux terminaux, l’un pour le commerce, l’autre pour les produits pétroliers. Le chantier a commencé en 2012 et sa livraison est prévue en 2021, pour un coût global estimé à 5,9 milliards de dirhams.

NADOR OUJDA RABAT

CASABLANCA

FÈS

MEKNÈS

Marchica Med BÉNI MELLAL

MARRAKECH OUARZAZATE

Nouveau terminal de l’aéroport de Marrakech-Ménara La nouvelle aérogare, conçue par l’architecte Abdou Lahlou, a ouvert ses portes en 2016. Elle a nécessité un investissement global de 1,22 milliard de dirhams et offre à elle seule une capacité d'accueil de 6 millions de passagers par an, ce qui porte la capacité totale de l’aéroport à plus de 9 millions de voyageurs par an.

L’aménagement de l'immense lagune de Marchica (« petite mer »), à Nador, est le plus important projet balnéaire et touristique en cours : d’un coût global de près de 50 milliards de dirhams, il est géré par l’agence Marchica Med (détenue par l’État et le Fonds Hassan II) et comprend la construction de sept zones d’aménagement, abritant complexes résidentiels, hôtels, infrastructures sportives et de loisirs. Le chantier a commencé en 2010 par une opération de dépollution de la lagune et ne devrait être finalisé qu’en 2025, même si quelques établissements hôteliers ouvrent cette année.

Maillage autoroutier

Renouvellement des gares

L’entreprise publique des autoroutes du Maroc a mobilisé plus de 54 milliards de dirhams sur vingt-cinq ans pour développer et moderniser son réseau. Actuellement, 85 % de la population habite à moins d’une heure d’une autoroute, 1 800 km ont déjà été construits, traversant huit régions. Objectif : atteindre 3 000 km à l’horizon 2030.

L’Office national des chemins de fer (ONCF) a lancé en 2018 un nouveau programme de modernisation des gares du pays – notamment celles de Rabat, Casablanca, Kenitra, Tanger et Marrakech –, qui va s’échelonner sur plusieurs années. Des opérations de réaménagement ou de construction qui bénéficient d’une enveloppe globale de près de 2,5 milliards de dirhams.

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Démarche verte

Le pays s’est imposé comme un pionnier africain, et même mondial, en matière de développement durable. Ce qui lui a valu, notamment, d’accueillir la COP22 en 2016.

Ces dix dernières années, le Maroc s’est positionné parmi les pays les plus proactifs du continent en matière de développement durable et d’environnement. « Nous plaçons la sécurité d’approvisionnement, la disponibilité de l’énergie, ainsi que la préservation de l’environnement en tête de nos préoccupations […] », déclarait le roi Mohammed VI en 2009, lors des premières assises nationales de l’énergie. Dans la foulée, en 2010, il créait la Masen,

l’Agence marocaine pour l’énergie durable, dont la principale mission est d’élaborer et de mettre en œuvre une politique énergétique axée sur le développement des énergies renouvelables et, en particulier, du solaire. C’est à Mustapha Bakkoury (lire p. 96) – ancien directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion, le bras financier de l’État – que le roi a confié la présidence de cette stratégique société de droit privé à capitaux publics.

La Masen a élaboré le programme Noor (« lumière », en arabe), dont l’objectif est d’installer une capacité de production minimale d’électricité d’origine solaire de 3 000 MW en 2020 et de 6000 MW d’ici à 2030. En février 2016 est inaugurée la phase I du complexe solaire thermodynamique Noor à Ouarzazate (lire ci-dessous). Une vitrine pour le Maroc, qui, en novembre 2016, accueillait à Marrakech la Conférence mondiale sur le climat (COP22), qualifiée

CAP SUR LE RENOUVELABLE

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figure le méga-complexe à technologie hybride solaire thermodynamique Noor, à Ouarzazate: la première phase est opérationnelle depuis 2016 (480 hectares de

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panneaux photovoltaïques pour 160 MW et un coût de plus de 600 millions d’euros) ; les chantiers des centrales Noor II (200 MW, 810 millions d’euros) et Noor Le parc éolien de Tarfaya, près de Laayoune (Sud).

BAPTISTE DE VILLE D’AVRAY/HANS LUCAS

En 2009, le roi a fixé un objectif: la part des énergies renouvelables (ENR) dans le parc électrique marocain, alors quasi nulle, devait atteindre 42 % de la puissance installée en 2020 et 52 % en 2030. En 2019, les ENR représentent 35 % du mix énergétique (soit environ 3000 MW). Au Maroc, la consommation globale d’énergie augmente en moyenne de 5 % par an depuis le milieu des années 2000, et, depuis toujours, le pays dépend très fortement des importations d’énergies (à 90 % fossiles) – la facture a atteint plus de 7,5 milliards d’euros en 2018. Mais, en dix ans, le pays s’est doté de fermes éoliennes, de complexes thermodynamiques et photovoltaïques, et quatre centrales solaires sont en projet (à Ain Beni Mathar, Foum El Oued, Boujdour et Sebkhat Tah). Parmi les plus importantes infrastructures construites

III (150 MW, 645 millions d’euros) sont en cours de finalisation, et la livraison de Noor IV, entièrement photovoltaïque (70 MW), est prévue d’ici à 2020. D’ores et déjà capable de satisfaire les besoins de 1 million de foyers, ce complexe sera le plus grand du genre dans le monde (580 MW). Dans la filière éolienne, le plus important parc, celui de Tarfaya, dans le Sud, à 40 km de Laayoune, est opérationnel depuis 2014 (130 éoliennes, 300 MW) et l’un des plus récents, celui de Khalladi, près de Tanger (exploité par le saoudien Acwa Power, 140 MW), a été mis en service en 2018. Le cabinet britannique EY classe aujourd’hui le Maroc au 13e rang des 40 pays du monde les plus attractifs pour l’investissement dans les énergies renouvelables et au premier rang des économies africaines. EL MEHDI BERRADA


COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERT

CMS Francis Lefebvre Maroc Conseil juridique et fiscal Résidence LeYacht 63 boulevard de la Corniche Casablanca 20250 – Maroc Tél. : (+212) 5 22 22 86 86 E-mail : marc.veuillot@cms-fl.com www.cms.law/fl

Fiscalité au Maroc, vers une plus grande équité ? Vers plus de justice fiscale ? Au Maroc, moins de 1 % des entreprises financent à elles seules 80 % de l’impôt sur les sociétés. Nous observons également que 73 % de l’impôt sur le revenu est supporté par les salariés uniquement. Cette situation, qui n’est pas nouvelle, pose des questions de justice fiscale et d’égalité des contribuables devant l’impôt.

aux zones franches et à la Casablanca Finance City ; 4. Réaménager progressivement la cotisation minimale d’impôt sur les société (IS) pour aboutir à son abandon à l’horizon 2024 ; 5. Réaménager de manière optimale les taux et les tranches du barème de l’impôt sur les revenus (IR) pour soutenir le pouvoir d’achat des faibles revenus et des classes moyennes ;

Les 3e assises nationales de la fiscalité marocaine, organisées les 3 et 4 mai 2019 à Skhirat, avaient pour thème « l’équité fiscale », et ce n’est pas un hasard. 10 principes pour réformer la fiscalité marocaine À l’issue des travaux réalisés et des débats des assises, le ministre de l’Economie et des Finances,Mohamed Benchaâboun, a synthétisé 10 principes qui devraient être repris dans les réformes à venir.

6. Simplifier la fiscalité locale et harmoniser ses bases d’imposition et ses procédures avec la fiscalité de l’état notamment avec la taxe professionnelle et intégrer la fiscalité de l’état, fiscalité locale et la parafiscalité dans le Code général des impôts ;

1. Garantir la neutralité totale de la TVA ;

7. Réaménager le barème de l’IR au fur et à mesure de l’élargissement de l’assiette de cet impôt ;

2. Augmenter le taux marginal des activités économiques protégées ; 3. Normaliser les régimes préférentiels appliqués à l’export

8. Renforcer les droits des contribuables dans un souci d’équilibre entre les droits et les obligations ;

Marc Veuillot, Managing partner

9. Consolider les efforts de modernisation de l’administration fiscale par le parachèvement de la dématérialisation et la promotion des valeurs d’éthique et de transparence ; 10. Baisser le taux marginal de l’IS pour certains secteurs et ce en vue de dynamiser la création de l’emploi et de favoriser l’innovation. Ils ont vocation à être repris dans un « projet de loi-cadre sur la fiscalité », pour être ensuite développés dans le cadre des nouvelles lois de finances. On espère que les nouvelles mesures fiscales, issues de ces principes, permettront effectivement de mieux répartir l’effort fiscal entre les contribuables, et réparer ces inégalités fiscales. Les recommandations devraient être mises en œuvre entre 2020 et 2024.


VINCENT FOURIER/JA

Grand format MAROC 1999-2019

L’avenue Mohammed-V, à Rabat. En 2010, la capitale, qui compte plus de 230 hectares arborés, a été proclamée « ville verte » lors de la Journée de la Terre.

de « COP de l’action » : 195 pays étaient réunis afin de ratifier l’accord de Paris (COP21) pour lutter contre le réchauffement climatique, sous la présidence de Salaheddine Mezouar, alors ministre marocain des Affaires étrangères. Le royaume y a notamment présenté son initiative Ceinture bleue, visant à préserver les communautés côtières et à promouvoir une pêche durable, en plus du protocole permettant d’aider les exploitants agricoles

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africains à restaurer les terres dégradées. L’année 2016 a aussi été celle de la mise en place de l’opération « Zéro mika » afin de bannir les 25 milliards de sacs plastique que le Maroc utilisait jusqu’alors chaque année… Ce chiffre diminue petit à petit, malgré la résistance de quelques commerçants et des contrebandiers. Le royaume a également fait de l’efficacité énergétique une priorité, avec pour objectif d’économiser 12 % de la consommation d’électricité en 2020 et

Champions nationaux

Couramment utilisé par les décideurs économiques, les médias et l’opinion publique pour illustrer les progrès de la stratégie économique du pays, le concept des « champions nationaux » est né au milieu des années 2000. Qui sont ces champions ? Les plus grandes entreprises marocaines, publiques comme privées, qui, d’une part, ont démontré leur capacité à être

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15 % en 2030. Pour mener à bien cette mission, l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE), créée en 2016 et dirigée par Saïd Mouline, a pris plusieurs mesures comme le programme Mosquées vertes, alimentées par le photovoltaïque, ou encore les aides étatiques pour l’achat de véhicules électriques. Pour rappel, 1 % d’efficacité énergétique gagnée permet d’économiser environ 700 millions de dirhams (65 millions d’euros). EL MEHDI BERRADA

compétitives et à rivaliser avec les multinationales et, d’autre part, sont susceptibles de rehausser substantiellement le niveau de l’économie et de la moderniser. Parmi elles, on peut citer Al Mada, OCP, Maroc Telecom, Addoha, BMCE Bank of Africa, Attijariwafa Bank ou encore la Banque centrale populaire.

E.M.B.


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Alassane Ouattara accueillant Mohammed VI à Abidjan, le 24 février 2017, lors d’une tournée du souverain en Afrique de l’Ouest.

(Ré)intégration africaine

Depuis son intronisation, en 1999, Mohammed VI a effectué plus de 50 voyages dans une trentaine de pays du continent. Des tournées aux objectifs politiques qui ont préparé le retour du royaume au sein de l’Union africaine, en janvier 2017, mais aussi économiques. La diplomatie marocaine a œuvré au service des grands groupes et des PME nationales pour les aider à développer leurs activités dans les pays subsahariens, avec lesquels des centaines d’accords ont été signés depuis le milieu des années 2000. Objectif premier de cette « diplomatie des contrats » : préparer le terrain réglementaire et juridique pour les entreprises désireuses de conquérir des marchés et de s’implanter hors des frontières du royaume.

Diplomatie des contrats

En moyenne, depuis 2008, 45 % des flux annuels d’investissement directs marocains à l’étranger se font sur le continent, dont environ 90 % en Afrique subsaharienne, tout particulièrement au sein de la Cedeao (voir infographie), où le royaume est devenu l’un des principaux investisseurs africains. Une dizaine de groupes marocains sont ainsi devenus panafricains et disposent de filiales dans les principales métropoles du continent, notamment en Afrique de l’Ouest.

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du Maroc avec l’Afrique subsaharienne ont enregistré une croissance moyenne supérieure à 9 % par an de 2008 à 2016. Ils ont permis de dégager un solde excédentaire de 1,3 milliard de dirhams en 2008 et de 11,9 milliards en 2016.

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Cette percée a profité à plusieurs secteurs, dans le public comme dans le privé: banques, assurances, télécoms, BTP, mines… Elle a été portée par les principaux groupes bancaires du royaume tels qu’Attijariwafa Bank, filiale du holding royal Al Mada, actuellement présente dans une quinzaine de pays du continent, ainsi que la Banque centrale populaire et BMCE Bank of Africa, qui ont elles aussi gagné des parts de marché en Afrique, où elles accompagnent des entreprises marocaines. Le groupe Maroc Telecom a également tissé son réseau : il est présent dans neuf autres pays du continent et sert plus de 61 millions de clients. Dans la finance et les assurances, avant d’être racheté, en 2018, par le géant sud-africain Sanlam, le groupe Saham s’est déployé dans 34 pays africains. Côté immobilier, les groupes Addoha et Alliances sont les deux promoteurs qui ont signé le plus de contrats en dehors du Maroc (principalement en Côte d’Ivoire et au Sénégal). Enfin, le minier Managem, filiale d’Al Mada, s’est déployé en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, et le géant phosphatier OCP (lire p. 108) s’est positionné en tant que fournisseur local d’engrais pour les cultures typiquement africaines, comme le cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire. EL MEHDI BERRADA

LA CEDEAO DEVIENT UN PARTENAIRE CLÉ

Échanges commerciaux Maroc-Afrique subsaharienne, en milliards de dirhams Afrique de l’Ouest (Cedeao) Afrique centrale (Cemac)

Afrique de l’Est (EAC) Afrique australe (SADC)

Importation depuis... 2008 2016

1,0

0,76 0,75

0,47 0,35

0,18 2,40

1,80

Exportation vers...

3,20

2008 2016

1,64

10,20 2,00

0,37

2,60

0,18

0,76

En 2016, en % des échanges en Afrique subsaharienne

15,5 %

13,4 %

58,2 % 12,4 %

DES INVESTISSEMENTS SOUTENUS

Flux nets d’investissements directs marocains à l’étranger, en milliards de dirhams 2018

Chiffres provisoires

Total des IDE marocains à l’étranger

6,25 milliards de DH

SOURCE : OFFICE DES CHANGES

SIA KAMBOU/AFP

LES ÉCHANGES COMMERCIAUX

dont 25,5 % en Afrique 1,60 milliard de DH

dont 21,2 % en Afrique subsaharienne 1,30 milliard de DH

dont 1,27 milliard en Côte d’Ivoire


TRIBUNE

Avant-garde continentale Q

ui aurait pu croire que, le 30 janvier 2017, le Maroc réintégrerait l’Union africaine (UA), lui qui l’avait quittée volontairement trente-deux ans plus tôt ? Au-delà de sa dimension symbolique, ce retour témoigne de la projection croissante du royaume au sein du continent ces dernières années. De fait, la nouvelle politique africaine du Maroc a débuté en 2005-2006 et pris un tournant important en 2011-2013. Jusqu’alors, personne ne prenait véritablement au sérieux cette orientation diplomatique. Mais elle a ensuite pris de l’ampleur, y compris dans la représentation géopolitique des puissances étrangères. À titre d’exemple, ce rapport parlementaire français de 2013 : ses auteurs indiquent que « le Maroc n’a jamais été aussi présent au sud du Sahara », le considérant désormais comme un « partenaire » qui compte dans les relations trilatérales avec les pays africains.

Cette réintégration marque en elle-même la fin d’une étape et le début d’une autre dans l’histoire de la diplomatie africaine du Maroc: celle du passage d’un bilatéralisme sélectif à un multilatéralisme restant à définir. Sur le plan économique, les grandes entreprises, publiques comme privées, ont hissé le pays au rang de cinquième puissance économique continentale, de premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et de deuxième sur le continent. Ces entreprises agissent comme de véritables ambassadrices, mais sont aussi confrontées aux défis du management interculturel. Sur le plan sociétal, en effet, dans la définition des identités sociales et des normes nationales, de nombreux efforts restent encore à fournir. La diplomatie migratoire – qui prône une « désécurisation » du phénomène au niveau national et un rôle accru du royaume dans la mise en œuvre d’un agenda africain commun – est un objectif très ambitieux. Le Maroc ujourd’hui, cette politique africaine est prédevra parvenir à proposer un modèle d’intégrasentée au Maroc comme une évidence histion et de protection plus diffus et à harmoniser torique, une consécration naturelle de sa place au sein de l’UA l’Agenda africain sur les migraà l’international et, surtout, une opportunité à tions et le cadre de politique migratoire (MPFA), saisir pour le royaume. Elle a ainsi entraîné une que l’Union peine déjà à faire adopter aux États Yousra mobilisation nationale. Les PME tentent de suivre membres. Abourabi* la voie ouverte par les grandes entreprises. Les Enfin, la diplomatie environnementale repose Professeure de science médias s’emparent des sujets relatifs au contisur un modèle tout aussi ambitieux de transition politique à l’Université nent, comblant un manque de savoir lié à l’abénergétique, comme l’illustre la centrale solaire internationale sence de l’histoire africaine dans les programmes Noor. Elle a pour ambition de faire du Maroc un de Rabat d’enseignement public. Les jeunes diplômés les défenseur africain du climat dans les sphères plus ambitieux organisent des conférences, des multilatérales spécialisées. Cependant, le événements privés ou proposent des prestations royaume dispose de peu de diplomates négociade conseil. teurs climatiques – comme le reste du continent Le royaume a déjà rempli une grande partie de ses objectifs d’ailleurs –, et son modèle ne s’intéresse pas assez, du moins de africains à court terme. Sur le plan diplomatique, les nombreuses façon durable, aux autres domaines de l’écologie. tournées royales en Afrique francophone et, dans une moindre mesure, en Afrique anglophone ont permis la signature de cenlus généralement, pour que le Maroc parvienne, à travers taines d’accords de coopération bilatéraux dans de nombreux sa politique africaine, à consolider son influence, il doit se domaines (industrie, agriculture, santé, environnement, armée, démarquer davantage sur les questions normatives. Cette disformation religieuse, finances, aide au développement…). Ces tinction ne peut se faire qu’à la condition d’une bonne intégration cadres institutionnels doivent encore se traduire par des polipolitique, capable de favoriser l’innovation chez l’ensemble des tiques durables et effectives, mais ils ont déjà ressuscité l’intérêt acteurs étatiques et non étatiques marocains. des États africains envers le Maroc et favorisé leur appui au plan * Yousra Abourabi est l’auteure de l’ouvrage Maroc, publié dans la colmarocain d’autonomie au Sahara. Au moment de la réadmission lection « Monde arabe / Monde musulman », aux Éditions De Boeck du royaume au sein de l’UA, 28 États demandaient la suspension supérieur, en avril 2019 (128 pages). de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). DR

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PORTFOLIO

Dix hommes d’influence Pour mener à bien les réformes, Mohammed VI s’est appuyé sur des personnalités et des responsables politiques aussi loyaux que compétents. Florilège. FAHD IRAQI

Fouad Ali EL HIMMA L’ami d’enfance

I AFP

l a connu Mohammed VI sur les bancs du Collège royal et ne l’a plus jamais quitté. Dès le début du règne, El Himma est nommé secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur, où il avait déjà fait ses classes, avant de devenir ministre délégué de ce département, de 2002 à 2007. Après une immersion totale dans le milieu politique via un mandat parlementaire et la création du Parti authenticité et modernité (PAM), il revient auprès de Mohammed VI en décembre 2011, en tant que conseiller royal. Aujourd’hui, à 56 ans, il est comme l’ombre du souverain, à ses côtés tant pour les réunions de travail que lors de certains déplacements privés.

Driss JETTOU

Monsieur bons comptes

L

’ancien ministre de Hassan II (Commerce, Finances), aujourd’hui â g é d e 74 a n s, a toujours bénéficié de la confiance de Mohammed VI. Après avoir été chargé de mettre de l’ordre dans l’héritage privé de la famille royale, il a dirigé le ministère de l’Intérieur de 2001 à 2002, supervisant les premières législatives du nouveau règne. À la suite de désaccords

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entre l’Istiqlal et l’USFP autour de la primature, le roi le choisit pour conduire le gouvernement (qui sera quasiment d’union nationale) de 2002 à 2007. Après cinq ans loin des arcanes du pouvoir, le haut commis de l’État est rappelé par le souverain pour prendre la présidence de la Cour des comptes, une institution qui fait trembler les décideurs du royaume.

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Driss BENZEKRI

L’homme des droits de l’homme

C

’est grâce à cet ancien opposant, décédé en 2007, que le Maroc a pu tourner la page Hassan II sur le volet des droits de l’homme. En acceptant en 2003 de présider l’Instance équité et réconciliation (IER), créée par Mohammed VI, l’ancien patron du Forum vérité et justice a donné de la crédibilité à cet organisme chargé de faire la lumière sur les violations des droits humains commises dans le royaume depuis les années 1960. Même si cette expérience inédite dans le monde arabe a eu ses limites, l’IER a instruit plus de 16000 dossiers de victimes de la répression, organisé des audiences publiques transmises à la télévision, tenté d’élucider le sort de centaines de disparus et indemnisé plus de 10000 victimes et leurs familles. À la fin de sa mission, en décembre 2005, l’IER a rendu public un rapport qui fait encore référence. Driss Benzekri a ensuite dirigé, jusqu’à sa disparition, le Conseil national des droits de l’homme.


FADEL SENNA / AFP

Abdellatif HAMMOUCHI Le superflic

I

l fait partie de cette génération qui a décollé avec l’avènement du nouveau règne. La « débasrisation » de l’appareil sécuritaire opérée par Mohammed VI (lire p. 84) permet à ce brillant analyste de prendre rapidement du galon au sein de la mythique Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dont il est devenu le patron en 2005. Au fil des années, il en fait l’un des services de renseignement les plus reconnus au monde, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Une efficacité récompensée par un cumul de postes inédit dans l’histoire du royaume : depuis 2015, Hammouchi chapeaute aussi la Direction générale de la sécurité nationale (DGSN), qu’il a totalement métamorphosée. À 53 ans, il est ainsi le premier gardien de la sécurité des Marocains et de la monarchie.

Yassine MANSOURI Au service secret de Sa Majesté

C

et ancien camarade de Mohammed VI au Collège royal a fait ses armes au département de l’Intérieur dès novembre 1999, avant de prendre la direction de l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP). Six ans plus tard, il est nommé à la tête de la prestigieuse Direction générale des études et de la documentation (DGED), devenant ainsi le premier civil à diriger le service de contre-espionnage extérieur du royaume. En quatorze ans, il a traversé bien des épreuves, dont l’affaire Chris Coleman – des correspondances de son service avaient fuité sur les réseaux sociaux –, et a dû faire face, en juin, aux accusations du quotidien espagnol El Mundo, qui affirme que certains agents de la DGED seraient mêlés à des malversations. Ces incidents de parcours médiatisés masquent cependant la bonne performance d’ensemble de ce service clé – laquelle explique que, à 57 ans, le très discret Yassine Mansouri continue de jouir de la confiance du souverain.

Nizar BARAKA L’Istiqlal dans le sang

L

e petit-fils d’Allal El Fassi, fondateur de l’Istiqlal, a bien évidemment toujours été l’une des figures du parti. Surtout lorsque son beau-père, Abbas El Fassi, en a pris les rênes. C’est à ce dernier, lorsqu’il était à la tête du gouvernement, que Nizar Baraka doit son poste ministériel, aux Affaires économiques et générales (de 2007 à 2012). Il hérite ensuite du portefeuille des Finances (en 2012 et 2013). Puis, lorsque l’Istiqlal sort du gouvernement, au cours de l’ère Hamid Chabat, il devient président du Conseil économique, social et environnemental (de 2013 à 2018). Élu à la tête de l’Istiqlal en octobre 2017, Nizar Baraka cherche à redonner au parti son aura d’antan et se positionne comme un sérieux challenger pour les législatives de 2021.

Abdelilah BENKIRANE

Pacificateur islamiste

FADEL SENNA / AFP

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algré tous ses dérapages, Abdelilah Benkirane, 65 ans, a été l’homme clé de la phase de transition que le royaume a dû négocier en 2011. Alors que les régimes islamistes foisonnent dans le sillage du Printemps arabe, le secrétaire général du Parti justice et développement (PJD) privilégie la voie de la réforme plutôt que la surenchère dans la rue. Le parti islamiste marocain adhère alors au processus engagé par Mohammed VI et remporte les premières législatives tenues après l’adoption de la nouvelle loi fondamentale. Le 29 novembre 2011, il est nommé chef du gouvernement. Depuis, même s’il a été remplacé par Saâdeddine El Othmani à la tête du gouvernement (en avril 2017, après sept mois de blocage), puis du PJD (en décembre 2017), la formation islamiste continue de diriger l’exécutif, qui dispose de prérogatives que l’on n’aurait pu imaginer à l’époque de Hassan II.

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Aziz AKHANNOUCH L’hyperministre

Mustapha BAKKOURY PAM et plan solaire

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ustapha Bakkoury fait partie de ces cols blancs qui, en août 2001, ont accédé à la haute fonction publique. Le souverain lui confie alors la direction de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), bras financier de l’État. La vieille dame de Rabat connaîtra une nouvelle dynamique sous sa direction, jusqu’à son limogeage surprise en 2009. Il aurait payé le prix de son engagement politique au sein du tout nouveau Parti authenticité et modernité (PAM), dont il est un des cofondateurs.

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Son retour en grâce sera rapide : six mois plus tard, il se voit confier les commandes de Masen, l’agence chargée du développement des énergies renouvelables (lire pp.88-90),l’undesplus importants chantiers du règne. Il dirige aussi le PAM, de 2012 à 2016 et reste aujourd’hui, à 54 ans, l’un de ses représentants les plus en vue, en tant que président de la région de Casablanca–Settat, à la tête de laquelle il a été élu en septembre 2015 avec le soutien du Rassemblement national des indépendants (RNI).

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Ahmed TAOUFIQ Religieux du juste milieu

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et homme de lettres de 76 ans a été propulsé à la tête du ministère des Affaires islamiques lors du premier gouvernement nommé par Mohammed VI, en 2002. Depuis, ce fervent défenseur de la Commanderie des croyants est devenu le premier promoteur de l’islam du juste milieu (lire p. 82). Au service d’Amir Al Mouminine, il a été l’artisan de la réforme du champ religieux qui a abouti à la création de plusieurs institutions, parmi lesquelles l’Institut Mohammed-VI pour la formation des imams, qui reçoit chaque année des contingents d’étudiants de pays africains, mais aussi européens.

FREDERIC MAIGROT/REA

VINCENT FOURNIER/JA/REA

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ès le début du règne de Mohammed VI, l’héritier du holding Akwa Group – connu, entre autres, pour son réseau de stations-service Afriquia – s’intéresse à la politique. Avec succès puisque, à l’issue des élections locales de 2003, l’homme d’affaires est élu président du Conseil de la région Souss-Massa-Drâa. Il est réélu en 2006 et, l’année suivante, intègre le gouvernement en tant que ministre de l’Agriculture et de la Pêche. Ce portefeuille crucial pour l’économie marocaine a connu depuis un essor inédit. Et ce bon bilan a permis au businessman-ministre de conserver son portefeuille – auquel ont été adjoints, en avril 2017, les départements du Développement rural et des Eaux et forêts. Aziz Akhannouch a non seulement la confiance du roi, mais aussi son amitié – il est le seul membre du gouvernement à avoir eu le privilège de recevoir le souverain à sa table de f’tour. Désormais, le superministre de 58 ans se fixe de nouvelles ambitions : en 2021, lors des prochaines législatives, il compte faire gagner le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont il a pris la tête en 2016. Nombre d’observateurs voient d’ailleurs en lui le futur chef du gouvernement.


Veolia au Maroc

Partenaire des villes et des industries pendant près de 20 ans

V

eolia Maroc accompagne depuis 20 ans les villes face à l’expansion des territoires urbains, la croissance démographique et le développement économique. Ces évolutions entraînent inévitablement des tensions sur les ressources vitales comme l’eau et l’énergie qu’il faut prévoir et gérer pour en éviter les effets dramatiques. A travers ses filiales Amendis et Redal, Veolia a accompli depuis 2002 un travail considérable en matière de gestion déléguée des services essentiels de RabatSalé et de Tanger-Tétouan. Les performances du service se sont très significativement améliorées, que ce soit en termes de sécurité, de diminution des pertes dans les réseaux, en continuité de service ou encore dans la qualité de l’accueil et de la relation avec les clients. En parallèle, des investissements importants ont été réalisés pour que l’infrastructure technique se développe au même rythme que la population ou simplement

soit mise à niveau. Cela a été particulièrement le cas dans le domaine de l’assainissement liquide et de la dépollution des littoraux.

“

Pour les années à venir, les objectifs stratégiques de Veolia au Maroc se déclinent donc autour de 4 axes fondamentaux : 1) Continuer de satisfaire

Au quotidien nos équipes fournissent des services vitaux, relèvent le défi des ressources et se tournent vers les industriels.

Veolia entend aujourd’hui poursuivre dans la même voie avec une nouvelle ambition de devenir un acteur de référence dans la gestion globale des nouveaux pôles urbains ou économiques intelligents, résilients et durables (Smart City) en apportant son savoir-faire dès la conception du projet pour proposer et gérer des interfaces intelligentes entre les services de base (Reuse, waste to energy, etc.). Pour ses autres activités, comme la collecte et le traitement des déchets industriels ou dangereux, Veolia Maroc va proposer dès 2020 des solutions transparentes et professionnelles à ses clients qui recherchent pour leur activité l’excellence environnementale.

Ressourcer le monde

”

les attentes de ses clients (Autorités et Collectivités) et des consommateurs; 2) Être reconnu comme un des meilleurs acteurs au Maroc dans les activités de gestion déléguée (transparence et excellence opérationnelle); 3) Développer ses autres activités avec, en priorité, les déchets dangereux, les déchets industriels et l’efficacité énergétique auprès des industriels ou du secteur tertiaire. Et au-delà, devenir un acteur de référence dans la gestion globale des pôles économiques intelligents, résilients et durables.


Grand format MAROC

2019-2039 DIX CHANTIERS POUR DEMAIN

Étape supérieure « Centré sur la satisfaction des besoins des citoyens » et sur la réduction des inégalités, un projet de nouveau modèle de développement est à l’étude. Quels sont les principaux domaines concernés? Éléments de réponse. EL MEHDI BERRADA

L

e discours prononcé par le roi devant les représentants de la nation, le 13 octobre 2017, lors de l’ouverture de la session parlementaire, appelait une « réévaluation du modèle de développement national et l’élaboration d’une nouvelle approche, centrée sur la satisfaction des besoins des citoyens, capable de trouver des solutions pratiques aux vrais problèmes, apte à réduire les disparités et les inégalités existantes, et à instaurer la justice sociale et territoriale ». Une exigence que Mohammed VI a réitérée à l’occasion de la rentrée parlementaire d’octobre 2018, en annonçant aux membres des deux chambres la création d’une commission ad hoc chargée d’élaborer le projet de ce nouveau modèle de développement, notamment en structurant les études et les réflexions déjà engagées depuis son précédent appel par quelques institutions, élus et décideurs au niveau national et territorial.

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« La commission devra soumettre à notre haute appréciation le projet du nouveau modèle de développement, en spécifiant les objectifs fixés, les leviers de changement proposés et les mécanismes de mise en œuvre retenus », avait précisé le souverain. Depuis, rien n’a filtré sur cette commission, dont on ne connaît ni la composition ni l’agenda. Ce qui est sûr, c’est que les contributions pleuvent sur son bureau, émanant des partis politiques, des instances constitutionnelles et même des universités et centres de recherches de tout le pays. Le gouvernement, quant à lui, semble attendre, comme le reste des Marocains, et donne l’impression d’être mis à l’écart de la préparation de ce chantier. Les partis de la majorité ont fini par faire part de leur vision des choses à ladite commission – chacun de leur côté, parce qu’ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur une seule version. Selon quelques observateurs avertis, le projet de nouveau modèle de développement devrait être dévoilé avant la fin de l’année.


Pourquoi l’exigence d’un nouveau modèle s’est-elle imposée ? Malgré la profonde et incontestable transformation de la société et de l’économie, malgré l’émergence d’une classe moyenne et la mise en œuvre de politiques de développement régional, les disparités sociales et territoriales se sont creusées, le taux de chômage des jeunes ne faiblit pas – avec un fort contingent de chômeurs diplômés –, l’enseignement public et la formation professionnelle continuent de se dégrader, le système de santé est défaillant… Le Maroc a en effet souffert pendant de nombreuses années, et souffre encore, de l'absence d’une politique globale sur le long terme, couvrant l’ensemble des secteurs. « Le pays pâtit aussi de choix d’investissements publics discutables et d’un certain manque de compétitivité de ses entreprises », commente l’économiste Mehdi Lahlou. Le nouveau code des impôts, lui aussi en cours d’élaboration, entend d’ailleurs renforcer la compétitivité des entreprises, laquelle contribuerait, entre autres, à redresser la balance commerciale.

Carences et dépendance

Si le royaume est aujourd’hui l’un des pays les plus performants du continent en matière de climat des affaires et d’essor économique, avec une croissance du PIB de plus de

YOUSSEF BOUDLAL/REUTERS

Cérémonie de remise des diplômes, le 2 février dernier, à l’université de Rabat.

4 % par an en moyenne depuis 2000, il souffre du poids de l’économie informelle, ainsi que d’une forte dépendance aux aléas climatiques et à la santé – bonne ou mauvaise – de ses principaux partenaires, notamment sur le Vieux Continent. « Nous sommes encore rattachés à la locomotive de l’Europe, où les taux de croissance ont oscillé ces dernières années entre – 1 % et +2 %, alors que notre économie a besoin de taux bien plus importants », explique l’ancien ministre de l’Économie Mohammed Berrada, qui a présidé les dernières Assises de la fiscalité. Une situation qui ne permet pas au pays d’offrir suffisamment d’emplois pour résorber le taux de chômage, qui se maintient autour de 10 %. Le futur modèle de développement devra trouver une solution à ces carences. Les Marocains attendent notamment une refonte globale de l’éducation, ce qui permettra une meilleure intégration sur le marché du travail. « Le principal défi, c’est de redonner à l’enseignement la place qu’il mérite dans la société et d'investir dans des écosystèmes de recherche et de développement », estime Othman El Ferdaous, secrétaire d’État chargé de l’investissement. La nouvelle feuille de route devra également donner des orientations générales qui inspirent les futures politiques sectorielles et, surtout, qui assurent leur cohérence, leur convergence vers les mêmes objectifs et leur pérennité.

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Grand format MAROC 2019-2039

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Régler le conflit sahraoui… avec l’Algérie

Avec Mohammed VI, la diplomatie chérifienne est devenue intraitable sur la question du Sahara. Que ce soit avec les Américains, avec les Européens ou avec les instances internationales, le royaume ne se laisse plus faire quand il s’agit de son intégrité territoriale. Tentative d’introduire le monitoring des droits de l’homme dans le mandat de la Minurso, jugement de la Cour de justice européenne pour écarter les provinces du Sud des accords agricoles avec l’Union européenne (UE), projet de loi reconnaissant la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en Suède, rencontre entre l’ancien secrétaire général de l’ONU et les dirigeants du Polisario dans la zone tampon… Face à toutes les crises, la diplomatie marocaine a réagi avec fermeté pour faire valoir la souveraineté du royaume sur les provinces du Sud. Grâce à cette ligne diplomatique, complètement à l’opposé de la politique de la chaise vide que le pays avait adoptée jusqu’alors, le Maroc a marqué des points auprès de la

ZOHRA BENSEMRA/REUTERS

Le plan d’autonomie présenté par le royaume a marqué des points au sein de l’UA, ainsi que sur la scène internationale. Et Rabat tend désormais la main à son voisin.

Le roi et Abdelaziz Bouteflika à Alger le 21 mars 2005, en marge du 17e sommet de la Ligue arabe.

communauté internationale. Son retour au sein de l’Union africaine (UA) lui a par ailleurs permis de contrer plusieurs manœuvres du

Polisario et de ses soutiens au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Les rapports de cette instance, autrefois hostiles au Maroc, ne font

LE SUD CHANGE DE VISAGE Lancé par le roi à l’occasion du 40e anniversaire de la Marche verte, en novembre 2015, le nouveau plan de développement des provinces du Sud (2015-2021) est en train de changer le visage du Sahara marocain. Ce programme d’investissement de plus de 81 milliards de dirhams (7,4 milliards d’euros)

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couvre tous les secteurs socio-économiques pour améliorer le PIB régional et prévoit la création à terme de 120 000 emplois. Avec un taux d’avancement des chantiers estimé à près de 70 % à la fin de 2018, le plan a déjà eu un effet d’entraînement sur le secteur privé national et auprès des investisseurs étrangers, qui suivent

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désormais de près les opportunités d’affaires au Sahara. Ses effets commencent aussi à être ressentis par la population, selon les représentants locaux des Nations unies. À travers ce nouveau modèle, les autorités marocaines semblent avoir tourné le dos à la gestion traditionnelle de la question

sahraouie, qui consistait à acheter la paix sociale grâce aux subsides de l’État. Pour le royaume, l’enjeu est d’opposer à la rhétorique du Polisario relative à l’exploitation des ressources du Sahara celle d’un développement économique concret du territoire. Et la démarche semble efficace. FAHD IRAQI


désormais plus référence au conflit du Sahara, si ce n’est pour s’aligner sur les positions de la communauté internationale.

Bonne volonté affichée

La diplomatie marocaine fait également preuve de plus d’efficacité au sein des instances onusiennes. L e s dernière s ré s olutions du Conseil de sécurité sont jugées plus favorables par Rabat. Son plan d’autonomie, présenté en 2007, est considéré comme une base « sérieuse et crédible » pour trouver « une solution politique mutuellement acceptable ». La bonne volonté affichée par le Maroc

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dans les négociations est également saluée par la communauté internationale, qui semble avoir pris conscience que la résolution de ce conflit vieux de plus de quarante ans passe par des négociations directes avec l’Algérie. Pour preuve : les tables rondes de Genève engagées par Horst Köhler (envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental avant sa démission, en mai dernier) ont réuni, en plus du Maroc et du Polisario, la Mauritanie et l’Algérie. Ce précédent conforte la diplomatie marocaine, laquelle a toujours considéré le pays voisin comme partie prenante de ce dossier. Rabat

lui a régulièrement tendu la main pour tenter de dépasser les désaccords historiques qui continuent d’entraver toute une dynamique régionale. Par exemple, la visite de Mohammed VI à Alger, en 2005, avait suscité l’espoir d’une réouverture des frontières terrestres entre les deux pays, toujours barricadées. Et, dans un récent discours, le souverain a invité son voisin à la création d’un mécanisme politique de dialogue et de concertation. Une proposition qui sera peut-être entendue par le futur exécutif d’une Algérie qui traverse actuellement une délicate phase de transition. FAHD IRAQI

Quand la régionalisation aura gommé les inégalités territoriales

Selon les projections du Haut Commissariat au plan, il faudrait un quart de siècle pour réduire de moitié les inégalités territoriales actuelles, qui fragilisent la cohésion sociale. Des disparités qu’illustre ce constat du Conseil économique et social: trois régions sur les douze que compte le pays contribuent à elles seules à la moitié du PIB national et concentrent plus de la moitié des entreprises industrielles. Le rapport « Un Maroc égalitaire, une taxation juste », publié à la fin du mois d’avril par Oxfam Maroc, montre lui aussi que le royaume est le pays qui présente le plus d’inégalités en Afrique du Nord : six régions concentrent 74 % des habitants les plus pauvres, et les déséquilibres de

revenus entre milieux urbain et rural, centres et périphéries, littoral et régions de l’intérieur sont très marqués. Consacrée par la Constitution de 2011 et mise en œuvre à partir de 2015, avec le redécoupage territorial et l’élection des conseils régionaux,

la « régionalisation avancée » doit progressivement permettre de gommer ces disparités en intégrant les localités les moins avancées aux régions économiquement plus stables, de manière à instaurer des mécanismes de solidarité. Une batterie de textes législatifs a

été promulguée, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir (lire encadré). Ne serait-ce que parce que la déconcentration des différents services de l’État au profit des collectivités territoriales n’en est encore qu’à ses balbutiements. F.I.

AL HOCEIMA DANS LE SILLAGE DE TANGER…

En 2015, la province d’Al Hoceima, en grande souffrance, a fusionné avec la région de Tanger-Tétouan, en pleine croissance. Sous le règne de Mohammed VI, la métropole du Nord est en effet devenue le deuxième pôle industriel du royaume (après Casablanca) et, de 2013 à 2017, elle a bénéficié d’un plan de développement (Tanger Métropole) doté d’une enveloppe de 7,6 milliards de dirhams (environ 700 millions d’euros). En revanche, en octobre 2015, huit mois après la création de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’État lançait le plan quinquennal de développement intégré « Al Hoceima, phare de la Méditerranée »… dont les résultats se sont fait longuement attendre. D’où les mouvements sociaux du Hirak, en 2016 et 2017, et l’ire de Mohammed VI. Des élus ont été limogés et le plan a été relancé début 2018. CÉCILE MANCIAUX

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Ces défis humains qui restent à relever

Accès aux soins, aide aux plus démunis, réforme de l’enseignement… Malgré les efforts consentis depuis le milieu des années 2000, le royaume a encore du pain sur la planche. Classé au 123e rang sur 189 pays dans le rapport sur le développement humain publié par le Pnud fin 2018, le royaume reste à la traîne, derrière la Libye (108e) ou même l’Irak (120e). Il est notamment pénalisé par son modeste revenu national brut par habitant, de 7 340 dollars par an (contre 11 100 dollars en Libye), et par ses mauvais résultats en matière d’éducation : la durée moyenne de scolarisation d’un Marocain âgé de 25 ans ou plus n’est que de 5,5 ans, contre une moyenne de 7 ans dans le monde arabe et une durée attendue de 12,4 ans. En outre, selon les chiffres de l’Observatoire national du développement humain (ONDH), 52 provinces sur 62 accusent un retard par rapport à la moyenne nationale quant au nombre d’élèves qui achèvent le cycle secondaire dans l’enseignement général.

Statistiques inquiétantes

Le royaume cherche pourtant à combler ses déficits en matière de progrès sociaux, et des efforts ont été consentis par les pouvoirs publics, notamment à travers l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Lancée par le roi en 2005 pour lutter contre la précarité et la pauvreté, particulièrement en milieu rural et dans les quartiers défavorisés des grandes agglomérations (avec le programme « Villes sans bidonvilles »), cette stratégie nationale a mobilisé 43 milliards de dirhams (près de 4 milliards d’euros) d’investissements, dont 28 milliards issus des fonds de l’INDH pour le financement de plus de 60 projets ou actions bénéficiant à près de 10,5 millions de Marocains. Mais elle connaît des difficultés de mise

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DANS SA TROISIÈME PHASE, LANCÉE EN 2018, L’INITIATIVE NATIONALE POUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN SE CONCENTRE SUR L’ENFANCE ET LA JEUNESSE. en œuvre, dues, entre autres, à la multitude des intervenants. En 2013, déjà, le Conseil économique et social avait relevé les insuffisances et les dysfonctionnements du processus de l’INDH, notamment en matière de gouvernance et de ciblage des populations, et présenté une série de recommandations.

Dans sa troisième phase, lancée l’an dernier, l’INDH se focalise sur l’enfance et la jeunesse. Une nouvelle génération qui pourrait s’inscrire dans un nouveau modèle de développement. Le capital humain reste la principale richesse du royaume, mais, peu valorisé jusqu’à présent, il s’est transformé en handicap. Les statistiques sont éloquentes, et inquiétantes : 6 millions de Marocains âgés de 15 à 24 ans évoluent hors du système scolaire, ne suivent aucune formation et sont sans emploi. La prise en charge de ces jeunes ainsi que la mise en place de mesures et de réformes qui permettront d’éviter à la nouvelle génération – et aux suivantes – de tomber dans les mêmes travers font partie des plus grands défis à relever aujourd’hui et dans les années à venir. FAHD IRAQI

UNE ÉDUCATION À REFAIRE Dès son intronisation, Mohammed VI a fait de l’éducation une priorité. « Cette question figure en tête de nos préoccupations actuelles et futures, en raison de son extrême importance, de son impact sur la formation des générations et de leur préparation à accéder à la vie active pour contribuer à l’édification de la nation », souligne le souverain dans son premier discours du trône, en 1999. Vingt ans plus tard, ce domaine reste celui où le Maroc

accuse le plus de retard. Les différents plans ou stratégies mis sur pied n’ont jusque-là pas porté leurs fruits. Même si le budget du département de l’Éducation nationale a été multiplié par trois et que certains indicateurs ont progressé, les études d’instances nationales ou internationales viennent régulièrement rappeler l’état désastreux de l’école marocaine. Un récent rapport de la Banque mondiale a par exemple révélé qu’à peine un collégien sur trois justifie

d’un niveau satisfaisant de lecture. La refonte de tout le système éducatif se fait de plus en plus urgente. Car, au rythme actuel, la généralisation du préscolaire ne pourrait par exemple devenir effective qu’à partir de 2028. Quant à la loi-cadre sur l’éducation, elle est encore bloquée au Parlement en raison de calculs politiciens. Un coup de fouet royal pour accélérer la machine de la réforme dans ce domaine ne serait pas de trop. F.I.


L’abstention est devenue la grande gagnante de chaque rendez-vous électoral. À l’exception du référendum constitutionnel de 2011, pour lequel il atteignit 73 %, le taux de participation n’a en effet pas dépassé 53 % lors des six derniers scrutins communaux et législatifs. Et c’est sans compter les plus de 6 millions de Marocains en âge de voter qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales… Malgré une plus grande transparence des scrutins et les pouvoirs plus étendus que la Constitution de 2011 accorde aux élus, les Marocains continuent de se désintéresser de la politique. Un désamour dû en partie au fonctionnement interne de la trentaine de partis marocains. Au sein de la plupart d’entre eux, l’action partisane reste surtout limitée à la saison électorale. Et leurs rouages ne favorisent pas l’émergence d’une classe politique intègre et volontaire, au service des citoyens, mais plutôt celle d’élus animés par des

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Dans un bureau de vote à Rabat, lors des législatives d’octobre 2016.

intérêts personnels. Idem pour les syndicats, dont la représentativité diminue à chaque nouvelle élection professionnelle. Ces dernières années, plusieurs discours royaux ont été consacrés à ce thème, afin de

FADEL SENNA / AFP

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Comment remédier à la crise de la représentativité

mettre les formations politiques et les centrales syndicales devant leurs responsabilités. Mais on est loin, encore, d’avoir réconcilié les citoyens marocains avec la politique. FAHD IRAQI

Un registre social unique

Parmi les grands chantiers lancés récemment par l’État, celui du registre national unique doit répondre à plusieurs problématiques, à commencer par celle du « ciblage » de s famille s à faible revenu, qui doivent être les premières à bénéficier des programmes sociaux publics. Les gouvernements qui se sont succédé depuis le début des années 2000 ont lancé plus de 120 programmes de soutien (Ramed, Tayssir, aides

scolaires…) visant à améliorer le quotidien des plus démunis. Mais ceux-ci se sont révélés, avec le temps, très peu efficaces. L’État n’a aucune certitude quant aux ménages profitant réellement du soutien qu’il propose. Et la Caisse de compensation subventionne encore la farine, le sucre et le gaz butane pour tout le monde… Pour remédier à ces problèmes, le gouvernement a créé en 2018 une Agence nationale des registres et un registre social unique

(RSU), que le ministère de l’Intérieur va progressivement mettre en place, après une phase pilote prévue dans la région de RabatSalé d’ici à la fin de 2019. Le dispositif devrait être entièrement opérationnel sur l’ensemble du territoire d’ici cinq ou six ans. Ce RSU sera similaire à celui de l’Inde, baptisé « Aadhaar » et développé à partir d’une technologie élaborée en partenariat avec les experts de l’Institut international de technologie de l’information

de Bangalore. Il permettra d’abord de rendre les données personnelles des personnes physiques facilement accessibles, afin de permettre aux administrations publiques de mieux les cibler lors de la mise en place des dispositifs d’aides. Cette plateforme visera aussi à améliorer la coordination entre les différents programmes de soutien et de protection sociale, sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. EL MEHDI BERRADA

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Histoire d’eau

Depuis quelques années, le stress hydrique menace le royaume et, si rien n’est fait, la situation risque de se compliquer. Dans les récents rapports de l’ONU consacrés aux ressources en eau, le Maroc figure parmi les pays à risque. En 2017 et 2018, des manifestations contre la pénurie d’eau ont eu lieu dans différentes régions. En avril dernier, le roi a même tenu une séance de travail au palais royal sur cette problématique, et en particulier sur la question de

Comme l’avait fait son père, Hassan II, Mohammed VI a lancé un programme pour la construction de trois nouveaux grands barrages dans cette région. Le plus important sera celui de Bni Mansour, avec un réservoir d’une capacité de 1 milliard de mètres cubes, qui devrait

EL MEHDI BERRADA

Une puissance industrielle en devenir

Les filières automobile et aéronautique restent les principales locomotives du secteur secondaire. Mais le royaume est loin d’avoir exploité tout son potentiel.

Tout le monde s’accorde à dire qu’à un an de son échéance le bilan du Plan d’accélération industrielle (PAI) est en demi-teinte. Lancée en 2014 par Moulay Hafid Elalamy, ministre du Commerce et de l’Industrie, cette stratégie devait permettre au Maroc d’intégrer le cercle très fermé des pays émergents d’ici à 2020. Les exportations du pays ont atteint 275 milliards de dirhams (25 milliards d’euros) en 2018, soit une progression de 40 % en cinq ans. Mais ce résultat reste en deçà du potentiel du royaume. L’automobile, qui a tiré vers le haut ces exportations, mais aussi la notoriété du pays à l’échelle mondiale, restera l’une des principales locomotives du secteur industriel dans les prochaines années. Les usines de Renault à Tanger et à Casablanca tournent

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Trois nouveaux barrages

être livré d’ici à 2027 et coûtera plus de 2,5 milliards de dirhams (plus de 228 millions d’euros), sur un investissement global de plus de 17 milliards de dirhams pour les trois ouvrages. Parallèlement, le roi a ordonné l’élaboration d’un Plan national de l’eau, qui devra s’étendre jusqu’en 2050. Plusieurs ministères travaillent sur ce projet, qu’ils devraient présenter au souverain au premier semestre de 2020.

FADEL SENNA/AFP

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l’approvisionnement dans les zones les plus menacées, comme le Nord et le Nord-Est.

déjà à plein régime (plus de 400 000 véhicules produits en 2018) et le constructeur français a souhaité faire du site tangérois un site de production pour les autres membres de l’alliance, Nissan et Mitsubishi.

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Chaîne d’assemblage dans l’usine Renault-Nissan Tanger, à Melloussa.

L’enjeu majeur pour faire monter le secteur en puissance est l’amélioration du taux d’intégration. Quatre écosystèmes – autour du câblage, des systèmes intérieurs, de l’emboutissage et des batteries – se complètent

ainsi petit à petit. Objectif? Faire en sorte que, à l’horizon 2023, 65 % des pièces installées dans chaque voiture de Renault produite au Maroc soient fournies par un industriel local. Le français PSA a également fait confiance au


Grand format MAROC 2019-2039 Salle des marchés de la Banque centrale populaire, à Casa.

Voitures électriques

Lors de ses nombreux roadshows, Moulay Hafid Elalamy s’appuie sur ces succès pour vendre la destination Maroc aux investisseurs internationaux. Il a déjà convaincu BYD, qui finalise son implantation dans le royaume. Le constructeur chinois prévoit de construire une usine de voitures électriques, et deux autres qui produiront des bus et des batteries. L’ensemble de ces entités devrait être opérationnel en 2025. Le secteur de l’aéronautique, qui enregistre une croissance annuelle moyenne de 20 %, attire également les plus grandes multinationales et leurs fournisseurs. C’est le cas d’Airbus et de Boeing, qui a opté pour la construction d’une plateforme de sourcing au Maroc. Plus de 120 équipementiers se sont déjà installés dans le royaume ou sont en train de le faire, qui vont générer un chiffre d’affaires global de plus de 1 milliard de dollars par an. La prochaine étape pour le secteur consistera à consolider les acquis et à chercher à attirer les entreprises spécialisées dans les technologies, et notamment dans l’automatisation des lignes de production. EL MEHDI BERRADA

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GUILLAUME MOLLÉ POUR JA

royaume chérifien et devrait lancer son activité dans le courant de cette année, avec l’ambition de produire plus de 200 000 voitures en 2020. Le groupe s’est entouré de fournisseurs marocains et devrait atteindre très rapidement 80 % de taux d’intégration.

Casablanca, carrefour financier international

Opérationnelle depuis 2012, Casablanca Finance City (CFC) est déjà devenue la première place financière du continent, selon le Global Financial Centres Index (GFCI), l’indice de référence du secteur. CFC regroupe actuellement près de 200 opérateurs économiques et financiers (42 % sont européens et 12 % américains), dont le point commun est de déployer leurs activités sur le continent, tels qu’OCP Africa, le fonds d’investissement panafricain Africa50, la britannique Lloyds Bank, le cabinet d’avocats international Clifford Chance, etc. L’objectif de CFC est d’accueillir au moins 50 nouvelles entreprises au sein de sa « communauté » d’ici à la fin de 2020. Un véritable « hub » financier est ainsi en train de se développer au sein de la capitale économique, qui accueillait déjà la Bourse marocaine et les sièges de grands groupes locaux et étrangers. La métropole casaouie s’est par ailleurs dotée de nouveaux quartiers et centres d’affaires, tels que Casanearshore, Midparc et, plus récemment, sur la corniche, Anfa Place, où se sont installés Siemens, Yamed Capital, le laboratoire pharmaceutique Pfizer, ou encore Marina Casablanca (80000 m² avec vue sur l’Atlantique), qui abrite des multinationales telles que Danone, Philips et Bymaro, filiale marocaine du groupe de BTP français Bouygues – laquelle vient justement de mettre la touche finale à la construction de la CFC Tower, première tour de grande hauteur du royaume (136 m, 28 étages). E.M.B.

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Marché commun et contrats panafricains

Le Maroc et ses entreprises sont impliqués dans le financement et la réalisation de projets structurants majeurs pour le continent.

Parmi le millier d’accords signés durant la cinquantaine de voyages officiels du roi en Afrique (lire p. 92), une grande partie a été consacrée au lancement de projets structurants pour le continent. Selon les statistiques disponibles sur les IDE marocains en Afrique, les entreprises

publiques et privées du royaume porteraient actuellement des projets à travers le continent pour l’équivalent de 4 milliards de dirhams (366 millions d’euros). Le plus important d’entre eux est celui du gazoduc Maroc-Nigeria, conclu en décembre 2016. Seules


COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERT

AMEE Espace les Patios,Bâtiment B3, AngleAvenueAnakhil et Avenue Ben Barka, Hay Riad - Rabat - Maroc Tél. : +212 537 28 73 53 - Fax : +212 537 71 79 29 Email : dg@amee.ma www.amee.ma

Efficacité Énergétique, stratégie de développement du Maroc 1) La transition énergétique : l’Efficacité Énergétique une priorité nationale Conformément à la Vision Royale, une nouvelle stratégie de développement du secteur énergétique a vu le jour. Cette orientation vise à agir au niveau de la production énergétique en développant le recours aux énergies renouvelables, et au niveau de la demande en instaurant l’efficacité énergétique comme moyen de réduire la consommation énergétique nationale en assurant les mêmes besoins et en restant compétitif notamment dans les secteurs les plus consommateurs d’énergie à savoir le transport, l’industrie, le bâtiment, l’éclairage public et l’agriculture. Le Maroc a mis en place une politique énergétique nationale atténuant les émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant notre dépendance énergétique. Dans cette perspective, le Maroc a élevé ses ambitions à la faveur d’une stratégie nationale qui vise à porter à 52% pour les énergies renouvelables et 20% pour l’efficacité énergétique à l’horizon 2030. 2) Le prestigieux Prix du Visionnaire en Efficacité Énergétique (Energy Efficency Visionary Award) attribué, à Sa Majesté le Roi Mohammed VI Le prestigieux Prix du Visionnaire en efficacité énergétique a été attribué au roi Mohammed VI à Washington en reconnaissance du leadership « visionnaire » et « exceptionnel » du souverain, en tant que porte-voix

de ce sursaut planétaire en faveur du climat, de la sauvegarde de l’environnement, des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Ce prix confirme le positionnement du royaume du Maroc parmi les pays qui ont su valoriser leur potentiel en énergie renouvelables et leur engagement en efficacité énergétique. 3) Les réalisations de l’AMEE en matière de l’efficacité énergétique L’AMEE a mis en place plusieurs programmes et projets structurants dans les principaux secteurs : Le secteur du bâtiment : qui consomme près de 34 % de la consommation énergétique globale, où la mise en place de la nouvelle réglementation thermique en 2015 contribue fortement à la réduction de la consommation énergétique dans le résidentiel et le tertiaire. Dans le secteur de l’industrie : Un programme d’accompagnement qualitatif du secteur a été établi, avec des dispositifs financiers incitatifs, la réalisation d’audits énergétiques, l’accompagnement des industriels pour la mise en place des recommandations des audits. Le secteur du transport : le transport reste le secteur le plus énergivore avec près de 40 % de la consommation énergétique globale. Un ensemble de mesures en cours de mise en œuvre comme l’incitation à l’achat de véhicules performants, la mo-

Saïd Mouline, Directeur Général de l’Agence Marocaine pour l’Efficacité Énergétique. AMEE

dernisation du transport collectif de passagers et de marchandises (prime à la casse), la mise en place de structures logistiques, la sensibilisation à l’éco-conduite, et le déploiement de la mobilité électrique. Le secteur de l’Agriculture : Le secteur agricole représente près de 8% de la consommation énergétique globale. Un ensemble d’actions a été identifié visant à réduire la consommation énergétique de ce secteur. Parmi ces mesures, la réalisation d’un audit énergétique détaillé, la gestion efficiente de l’eau d’irrigation, l’utilisation du solaire photovoltaïque. Le renforcement de capacités : L’AMEE dispose d’un centre à Marrakech, la « Green Plateform », Centre catégorie 2 de l’Unesco, qui entend consolider sa stratégie de formation et de renforcement des capacités dans l’objectif de professionnaliser davantage le secteur de l’efficacité énergétique en proposant des formations qualifiantes auprès des acteurs potentiels aussi bien à l’échelle régionale, nationale que continentale.


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les études de faisabilité détaillées ont pour l’instant été réalisées par l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) et par la Compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC). Le gazoduc devrait s’étendre sur plus de 5500 km et acheminer l’énergie à travers douze pays. Le tracé prévoit notamment l’installation de bretelles de desserte vers le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Quant à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), il a remporté plusieurs marchés à travers le continent. Au Sénégal, à la fin des années 2000, il a décroché deux concessions sur vingt-cinq ans pour l’électrification rurale de la zone Saint-Louis-Dagana-Podor et de la région Louga-Kebemer-Linguère. L’établissement public marocain intervient aussi dans le cadre de projets de développement de centrales

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Préserver le fleuve Congo

À Abidjan, en 2015, le roi a signé une convention relative au projet de sauvegarde et de valorisation de la baie de Cocody, confié à Marchica Med (lire pp. 86-87) pour une enveloppe globale dépassant les 200 millions d’euros. Le volet financier de ce vaste chantier a été piloté par Attijariwafa Bank, qui a accordé au gouvernement ivoirien un prêt de 15,2 millions d’euros. Mohammed VI s’est aussi engagé pour la préservation et le développement du fleuve Congo et de la forêt tropicale, en particulier en soutenant la création du Fonds bleu pour le bassin du Congo, une initiative portée avec le président congolais, Denis Sassou Nguesso, et présentée aux chefs

d’État du continent lors de la COP22 organisée à Marrakech en 2016 (lire pp. 88-90). De son côté, le groupe OCP (lireci-dessous)se prépare à lancer huit usines de production de fertilisants de taille moyenne en Afrique subsaharienne, notamment au Rwanda et au Gabon, et prévoit de construire deux grands complexes industriels au Nigeria et en Éthiopie. Enfin, le Maroc a lancé le processus législatif relatif à la ratification de l’accord pour la création de la Zone de libre-échange continentale (Zlec), entrée en vigueur le 7 juillet, qui doit faciliter l’intégration entre les marchés et les régions. À cet égard, le royaume a engagé un grand projet, financé à hauteur de 7 milliards d’euros, pour créer un corridor logistique et économique entre la Méditerranée et l’Afrique de l’Ouest. EL MEHDI BERRADA

OCP veut nourrir le monde

Le groupe réalise de gros investissements en Afrique pour anticiper les besoins en engrais et aide les agriculteurs à améliorer leurs rendements.

En 2008, deux ans après l’arrivée de Mostafa Terrab à la tête de l’Office chérifien des phosphates (OCP), le groupe a lancé une stratégie de transformation industrielle qui a fait de lui l’un des plus grands producteurs d’engrais au monde. Celle-ci mobilise près de 200 milliards de dirhams (18 milliards d’euros) d’investissements et devrait faire doubler la capacité minière du géant marocain ainsi que tripler sa capacité de transformation à l’horizon 2027 pour atteindre 25 millions de tonnes et capter 40 % des parts de marché. Les usines d’OCP fleurissent sur le globe, en particulier en Afrique

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de production et du réseau de distribution en Côte d’ivoire, en Gambie ou en Mauritanie

subsaharienne (lire p. 92). Le groupe essaie d’anticiper les besoins en engrais à travers le monde, qui sera composé de presque 10 milliards de personnes en 2050. Dans un premier temps, et pour accompagner la politique africaine du Maroc, l’OCP s’est tourné vers le continent, qui présente des potentialités énormes en matière d’agriculture, jusqu’ici très mal exploitées. Le géant marocain des phosphates a même créé OCP Africa en 2016, une

filiale ayant pour mission de faire émerger une agriculture structurée, performante et durable sur le continent. Celle-ci mène de nombreux programmes de soutien et d’accompagnement pour les agriculteurs en vue de les sensibiliser à de meilleures pratiques et de mettre à leur disposition toutes les ressources nécessaires pour améliorer leurs rendements. Depuis 2017, plus de 250 000 agriculteurs en ont bénéficié au Kenya, au Burkina Faso, au Sénégal, en Côte d’Ivoire,

L’OBJECTIF DU GÉANT DES PHOSPHATES EST DE FAIRE ÉMERGER UNE AGRICULTURE PERFORMANTE ET DURABLE.

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au Nigeria, au Togo, au Ghana et en Tanzanie. En parallèle, le programme Agribooster a apporté à 57 000 petits producteurs des produits et services destinés à améliorer leurs rendements.

Technologies

La Fondation OCP espère quant à elle moderniser l’agriculture à travers des technologies innovantes, mais aussi favoriser la recherche. Elle a ainsi lancé plusieurs initiatives pour la cartographie de la fertilité des sols, notamment en Guinée, au Togo, à Madagascar, au Burkina Faso, en Éthiopie et au Rwanda. E.M.B.


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